Obama ou McCain: bof, tu sais…
3 novembre 2008

Démocratie?Ma première idée consistait à écrire en détails pourquoi je me fous éperdument de savoir qui de Barack Obama ou John McCain gagnera les élections présidentielles états-uniennes de demain. Je m’étais préparé mentalement à mettre à l’eau cette vieille chaloupe dans la mare aux arguments où je puise généralement mes idées et à y jeter ma ligne, me préparant à repêcher quelque signe de l’inutilité de ces élections. J’aurais sûrement déniché de beaux poissons, et j’aurais pu parler du fait qu’Obama a donné son premier discours en tant que candidat officiel du Parti Démocrate devant le plus puissant lobby juif, qu’il désire bombarder le Pakistan, qu’il ne remet pas en question l’unilatéralisme de Washington, qu’il propose des politiques économiques très à droite s’adressant principalement aux gens faisant un bon salaire, etc.

« Bof, tu sais… »

À l’époque, quand j’étais adolescent et que je me croyais adulte parce que deux-trois poils noircissaient mon menton, j’avais adopté cette expression: « bof, tu sais… ». Concrètement, ça voulait dire: « tout m’est égal, c’est du pareil au même, j’en ai rien à cirer ». Et c’est comme cela que je me sens aujourd’hui face aux élections états-uniennes: j’en ai rien à cirer. Car Obama ou McCain, c’est la même merde et ce ne sont que des pantins au service d’une élite non-élue qui s’approprie les richesses collectives et appauvrit la population de ce pays depuis des décennies.

Si je pouvais m’imaginer un fantasme, celui de prendre possession des ondes et de me payer un trente minutes de publicité pour m’adresser directement au peuple états-unien, je lui dirais franchement: « Bof, tu sais… » Et je m’imagine la réponse: « Non, on ne sait pas! On veut croire! »

J’ai toujours trouvé que le « We believe » de Obama ressemblait au « I want to believe » des X-Files. « I want to believe » que George W. Bush était une aberration et qu’un autre président saurait redonner un peu de lustre à une classe moyenne disloquée, détruite après plus de trente ans de réformes néolibérales. « I want to believe ». Les gens veulent tellement croire Obama; ils ne voient même plus que ce que ce dernier propose est une version édulcorée de la même politique de Bush, Clinton, l’autre Bush, Reagan, alouette! Le vrai pouvoir ne s’élit pas à Washington; il choisit ses pions qui pourront le mieux représenter ses intérêts tout en plaisant au peuple. Obama est noir, jeune, fringant, nouveau… mais ses idées sont aussi vieilles que la nuit. Seule l’apparence du pouvoir a changé, pas le pouvoir lui-même.

Alors excusez-moi, mais mercredi matin pour moi il n’y aura qu’un perdant, peu importe le résultat: le peuple états-unien. Ce sera encore une fois le triste constat d’une démocratie abâtardie où l’argent peut tout acheter et où le mensonge et la manipulation sont les deux mamelles auxquelles s’accrochent des désespérés qui ne réalisent pas que le parti Démocrate et le parti Républicain sont les deux facettes d’une même élite de droite qui a davantage à coeur son profit que les intérêts de la majorité.

Les élections: la paix ou la démocratie?
27 octobre 2008

Démocratie ou dictature?

Ainsi, nous devrions être appelés aux urnes le 8 décembre prochain. Pendant que l’économie mondiale bat de l’aile et que chaque contrat obtenu de l’étranger se veut un baume sur la plaie béante et purulente que constitue la situation économique actuelle, notre premier ministre Jean Charest préfère penser à ses propres intérêts et annule un voyage en Chine pour espérer s’assurer une majorité lors des prochaines élections.

Charest fait la calcul suivant: on s’en va en récession, elle va être très sévère, probablement la pire depuis des décennies, et si ses pires effets pervers n’ont pas encore atteint le Québec ce n’est qu’une question de temps avant que le feu soit dans la grange et qu’on réclame la tête du coq le plus flamboyant. Car qu’on le veuille ou non, quand ça va mal on se cherche des coupables. Et si le Parti Libéral a une chance d’améliorer son sort, c’est ici et maintenant.

De quoi peut-il avoir peur?

D’un côté, l’ADQ s’en va nulle part; le parti est en train de sombrer dans la discorde interne et au rythme où vont les choses on se demande même si le parti de Mario Dumont serait en mesure de garder une vingtaine de sièges (il en a 39 présentement). Le navire coule, et déjà les rats ont commencé à le quitter.

De l’autre côté, Pauline Marois est égale à elle-même: prétentieuse, hautaine, tenant un discours creux et ayant à peu près autant de charisme que la secrétaire blasée chez votre dentiste. Donnez-lui son 4% à elle, et ça presse! Le PQ est lui aussi prêt à se faire battre, car son but premier est l’indépendance du Québec et Marois a rejeté ce principe, peu importe ce que les poèmes conventionnelo-populistes d’appels à la patrie d’une poignée de béni-oui-oui en fin de semaine laissaient croire. Le PQ de Pauline Marois a tué l’indépendance, et avec une cheffe aussi médiocre le parti n’a pas la moindre chance de gagner les élections.

Jean Charest vogue donc allègrement vers la majorité. Contrairement à Stephen Harper, qui a tenu le même pari et l’a perdu, Charest n’a pas une bande d’Albertains fanatiques à satisfaire et il ne coupera pas dans la culture à quelques semaines des élections. Il va se taper une petite campagne tranquille en martelant que son parti est le meilleur pour faire face aux problèmes économiques et on oubliera ce qu’était réellement le PLQ majoritaire: les écoles privées juives, le Suroît, le Mont Orford, les privatisations, etc.

Alors non, je ne suis pas emballé par cette campagne électorale qui s’annonce déjà ennuyante et au résultat prévisible. Mais je n’irais pas jusqu’à écrire des conneries comme Patrick Lagacé qui affirme que « Après [les élections], si le bon Dieu est bon, la paix pendant quatre ans. »

La véritable « paix », c’est-à-dire l’absence d’enjeux électoraux, c’est celle qu’offre une dictature , éliminant la démocratie… et les journalistes trop irrévérencieux; on devrait peut-être le rappeler à M. Lagacé, lui qui ne vote pas. Car le droit de voter, c’est le droit de chiâler. Quand on reste assis chez soi pendant que ce pour quoi des centaines de milliers de personnes ont donné leurs vies au travers des siècles se met en branle, on est discrédité et pour longtemps.

L’instabilité politique n’est sûrement pas la panacée, mais elle force les élus à se remettre régulièrement au diapason avec la population sous peine d’être relégués dans l’oubli. Et notre démocratie, quoi qu’imparfaite, doit être protégée de tous ceux qui croient avoir des opinions sur tout mais qui ne sont même pas capables de bouger leurs fesses une fois par année pour aller voter.

En ce sens, si la manoeuvre politique de Jean Charest est très « politi-chienne », le texte de Patrick Lagacé fait très « journal-élitiste ». Comme quoi certains ont parfois de la difficulté à s’élever au-dessus du quotidien pour voir les véritables enjeux derrière le processus électoral.


AJOUT: Mes 4-5 derniers commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé ont été censurés mystérieusement effacés. Je me suis plains à Patrick Lagacé, qui évidemment dit qu’il n’est au courant de rien. Vraiment plate comme situation; on suit leur foutu nétiquette à la lettre et suffit qu’on soit en désaccord avec l’auteur pour que les messages « disparaissent mystérieusement »! Ah Gesca et leur censure…

L’équipe sans identité
26 avril 2007

Un parti politique, c’est avant tout une équipe. Une sorte de club de hockey où, quand l’identité est forte et qu’on gagne des victoires, tout semble aller comme sur des roulettes. Mais quand arrivent les jours sombres, c’est un peu comme si on n’arrivait même plus à patiner et à « acheter un but », selon la célèbre expression sportive.

C’est exactement ce qui arrive au PQ actuellement.

Tantôt on veut réviser le programme, tantôt changer le chef, tantôt « reprendre contact avec les régions », mais au fond est-ce que tout ceci ne camoufle pas le vrai problème du parti, son manque d’identité au niveau social?

Quand une équipe n’a pas d’identité, elle dépense son énergie à s’entre-déchirer, à organiser ou mater des rébellions internes, à contrôler son image et elle n’arrive à rien. Elle perd son temps à achever on ne sait trop quoi, et on a l’impression que chaque joueur « fait son temps » en espérant un miracle pouvant changer les choses. Puis ça bavasse, puis ça s’accuse, puis ça se défile, et ça continue, alouette!

Le Parti Québécois a perdu son identité en refusant de bien se situer sur l’échiquier gauche-droite. On ne peut plus affirmer simplement qu’on fera l’indépendance sans expliquer en quoi l’indépendance est un moyen et non une fin. L’indépendance doit s’inscrire dans le cadre d’un programme politique de centre-gauche clairement établi et rassemblant autour de lui l’ensemble des progressistes quand ça compte.

Un peu comme en France.

Bien sûr, la situation est différente de l’autre côté de l’Atlantique, car lors d’un deuxième tour des présidentielles, par exemple, l’unité est automatique pour le candidat de gauche ou de droite. Mais le PQ peut – doit – travailler à renforcer l’unité des progressistes en son sein en rejetant tous les éléments inappropriés. Pourrait-on par exemple imaginer le Parti Socialiste français avoir des députés appuyant le néolibéralisme, comme le PQ en a déjà eu (et en a encore, bien que silencieux)?

Le Parti Québécois va revenir dans la partie en assumant son identité, en présentant un solide programme social complet et de gauche impliquant non seulement la classe moyenne, mais aussi les plus démunis, les écologistes, et tous ceux qui lui ont tourné le dos au cours des années. Ce n’est qu’en s’assumant entièrement que le parti arrivera à convaincre une majorité de la population de se joindre à lui, à son projet de société.

Car les gens ont horreur du vide. Ils veulent un plan; ils veulent du concret.

Le premier objectif pour le parti est donc de se débarrasser de Boisclair et de ses positions sociales ambigües. Ensuite, on montre la porte à tous les éléments rejettant une véritable social-démocratie. Puis, on invite des politologues, des chercheurs, des étudiants, des syndicats, des représentants d’organisme, et on rebâti un véritable programme moderne, basé sur la réduction des inégalités sociales engendrées par des années de néolibéralisme et on repense une indépendance qui veut vraiment dire de quoi pour Monsieur Tout-le-monde.

Le parti n’a pas le choix de se recadrer et de s’assumer. Sinon, l’équipe qu’il devrait être pourrait bien éclater et ce seraient les citoyens du Québec qui seraient perdants, se condamnant à un parlement dirigé par deux partis de droite n’ayant de différence majeure que le nom.