Loi 101 : le courage de Curzi
28 mars 2012

« Tout homme qui se tient debout, est le plus beau des monuments ».
-Georges Dor

C’est son testament politique que livre aujourd’hui Curzi en proposant de renforcer la Charte de la langue française. Partant du constat maintes fois démontré que le Québec est en voie d’anglicisation, il dépose à l’Assemblée nationale un projet courageux, mais qui ne s’attaque pas au cœur du problème : le surfinancement des institutions de langue anglaise.



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En effet, l’essentiel de ses propositions concerne des mesures périphériques, symboliques ou coercitives. Par exemple, Curzi modifie l’article 1, qui spécifie que le français est la langue officielle du Québec, en y ajoutant : « Et la langue commune de tous les Québécois ». C’est un ajout important, mais symbolique. Idem pour la francisation des raisons sociales, avec ajout obligatoire d’un préfixe ou suffixe dans la langue nationale. Idem pour l’article 7, qui définit le droit de tous les citoyens à l’apprentissage du français.

En soi, le symbolisme n’est pas mauvais. Toutes ces actions constituent autant de petits drapeaux qu’on plante sur notre territoire et qui signifient : « C’est chez nous ! ». Le problème, c’est que la Loi 101 est devenue essentiellement symbolique depuis qu’elle a été dépecée plus de deux cent fois, notamment par la Cour suprême du Canada. On s’obstine sur la grosseur des caractères pendant qu’on laisse de grands pans de notre nation s’angliciser en silence. Le symbolisme satisfait essentiellement les gouvernements en place parce qu’il permet d’acheter la paix auprès de la frange plus sensible de la population tout en refusant de toucher aux privilèges de la minorité anglophone.

Ceci dit, il y a plusieurs mesures intéressantes dans ce projet. Que ce soit l’obligation de communiquer dans la langue nationale avec les immigrants, la nécessité pour les employeurs de justifier leur exigence d’une langue étrangère lors d’une offre d’emploi, l’application de la Loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés ou l’augmentation du financement de l’OQLF, ce sont là des propositions positives, mais qui restent néanmoins très sectorisées et qui ajoutent à la complexité de notre aménagement linguistique. En plus, elles ignorent l’éléphant dans la pièce : le 1,6 milliard de dollars annuellement pour les universités de langue anglaise et le 1,5 milliard pour le méga-hôpital anglophone.

Ce projet perpétue donc l’attitude schizophrénique des Québécois qui, par toutes sortes d’entourloupettes, essaient de protéger les privilèges de leur minorité tout en faisant la promotion de la langue nationale. En utilisant une approche essentiellement bureaucratique, Curzi poursuit dans la veine d’une loi devenue coercitive parce qu’elle n’a jamais eu le courage d’être assez simple pour attaquer de front les anglophones.

La Loi 101 n’a pourtant pas besoin d’être complexe et d’impliquer nombre de contrôles et d’ajustements. Les solutions simples sont souvent les meilleures. En conclusion d’APARTHEID UNIVERSITAIRE, je propose notamment de financer les institutions de la minorité anglophone historique proportionnellement à son poids démographique.

La minorité anglophone historique – les anglophones nés ici, et y ayant donc des racines – forme 5,6% de la population québécoise. Il suffit simplement de financer ses institutions à 5,6% du budget total. Oubliez le 29% de financement des universités ou le 14% de financement des cégeps anglais. Oubliez le 45% pour le méga-hôpital. Oubliez les schémas complexes et les dérogations, oubliez la paperasse !

Aurions-nous besoin d’une Loi 101 tellement complexe si Bishop’s, McGill et la moitié de Concordia étaient francisés ? Aurions-nous besoin de faire tant des plaintes sur l’affichage si le méga-hôpital anglophone ressemblait à une petite clinique de banlieue plutôt qu’au monstre qui se construit actuellement dans la cour Glen ?

Il faut sortir des lieux communs. Notre refus de nous attaquer directement au surfinancement des institutions de langue anglaise est la cause principale de nos ennuis actuels.

Curzi est un des rares députés à avoir le courage de proposer un renforcement de la Loi 101. Si ses propositions ne s’attaquent pas encore au cœur des prérogatives léonines de notre minorité, elles jettent les bases d’un débat non plus basé sur la protection d’acquis insuffisants, mais sur la conquête de nouveaux pouvoirs permettant d’assurer le futur de notre langue.

C’est une étape fondamentale.

De la soi-disant division des indépendantistes
20 août 2011

Plusieurs militants, députés et stratèges péquistes, dont Jean-François Lisée, parlent de la création d’un nouveau mouvement indépendantiste comme représentant une énième division entre indépendantistes. Selon ce spin, relayé par plusieurs médias d’allégeance fédéraliste, hors du PQ, point de salut. Dans les faits, ce ne sont pas les indépendantistes qui se divisent, mais plutôt les nationalistes.

Cette analyse est celle du politologue Denis Monière, signataire du manifeste du Nouveau Mouvement pour le Québec, qui expliquait en début de semaine à Radio-Canada de quelle manière le Parti Québécois est devenu un parti autonomiste, s’accommodant du fédéralisme canadien et cherchant à obtenir des pouvoirs fédéraux plutôt que de bâtir un nouveau pays, notamment par l’écriture d’une constitution.

Je suis tout à fait d’accord avec cette analyse. Ce ne sont pas les indépendantistes qui se divisent, mais plutôt les nationalistes, entre d’un côté ceux qui s’accommodent du Canada et jouent la carte autonomiste et ceux qui ont décidé de faire face à l’échec de quarante ans d’étapisme péquiste n’ayant conduit qu’à la stagnation du mouvement et à la corruption des idéaux du parti par des carriéristes n’ayant comme objectif et finalité que de gérer une province.

Faire face à la réalité

De nombreux péquistes ont peur de faire face à cette réalité: la stratégie péquiste a échoué. Les vieux discours du genre « on a besoin du pouvoir pour préparer un référendum » ne convainquent plus personne. On a vu le PQ au pouvoir, et on a vu le PQ se mettre à genoux devant Péladeau pour une poignée de votes à Québec dans le dossier de l’amphithéâtre. On a aussi vu que le PQ, après plus de quarante ans d’existence, n’a toujours pas écrit de constitution d’un Québec indépendant. De la même manière, il nous faut avoir l’honnêteté de reconnaître que le dernier geste important en faveur de notre langue nationale, ce dernier geste d’État, a été accompli en 1977, alors que l’auteur de ces lignes n’était même pas né.

La première étape pour faire face à une situation difficile, c’est la reconnaissance de cette situation. On peut tout à fait comprendre la douleur, en particulier pour des baby-boomers ayant connu le Parti Québécois des années soixante-dix, de reconnaître que le Parti Québécois a été au bout de sa logique attentiste et autonomiste. On préfère s’attacher à ses vestiges et couler avec le bateau que de reconnaître qu’il n’y a plus rien à tirer de ce parti. Alors on s’en remet sur les vaines attaques des tentatives de division, du contrôle des médias, de l’acharnement contre Marois… On refuse de faire face à la réalité.

Peu importe la forme que prendra le nouveau mouvement, il ne pourra réussir que si les derniers indépendantistes au PQ le joigne et participent à la construction d’un nouvel État, ce qui implique de se départir de la pensée magique de molle de la construction graduelle d’un pays sans heurt et sans douleur. Créer un pays constitue un geste de rupture. C’est autant radical que nécessaire. Comme toute femme accouche dans la douleur, le pays ne peut naître sans confrontation et gestes d’affirmation.

On ne peut pas accepter, collectivement, de se laisser dicter les règles du jeu par le gouvernement canadien ou qui que ce soit. Un parti politique qui veut l’indépendance du Québec doit refuser de gouverner une province. Il doit déclarer qu’au jour UN de son élection il gouvernera un pays, qu’il rapatriera les impôts, qu’il fermera les bases militaires canadiennes, qu’il constituera sa propre monnaie, qu’il appliquera une nouvelle constitution d’un État indépendant.

C’est cela, se tenir debout. C’est radical ET nécessaire.

De plus en plus d’indépendantiste réalisent que le PQ les a entraînés dans un cul-de-sac. Certains se demandent même si le PQ n’aurait pas été infiltré tellement il a réussi à tuer le mouvement.

Il est plus que temps de tuer la bête puante de l’opportunisme politique et de l’autonomisme afin de bâtir un nouveau mouvement ayant comme seule et ultime finalité la création d’un État québécois pleinement indépendant et seul rempart contre l’assimilation des francophones sur ce continent.

Une dernière chance de survie pour le PQ
23 juin 2011

La crise au Parti Québécois est beaucoup plus profonde qu’elle n’y parait. Malgré toute l’antipathie qu’on peut éprouver pour les méthodes autoritaires de Pauline Marois et de son entourage, le simple fait de changer de chef n’offrirait pas de solution durable au problème fondamental du parti: c’est l’idée-même d’indépendance qui est en crise et le PQ ne pourra survivre s’il ne se réapproprie pas le côté révolutionnaire du projet.

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Comme le soulignait récemment l’historien Pascal Cyr, l’indépendance prônée par le Parti Québécois s’affiche de plus en plus comme étant une idée d’un autre temps; on n’a pas pris acte des profonds changements des dernières décennies et de la subordination croissante des États aux impératifs économiques d’organisations n’ayant aucun compte à rendre à la population. Pris dans la tourmente de la libéralisation des échanges économiques, et n’étant plus en mesure d’imposer adéquatement des multinationales menaçant de délocaliser leur production, les pays soi-disant indépendants ne le sont déjà plus réellement. On n’a qu’à observer de quelle façon le FMI tente d’imposer son plan d’austérité et de privatisations à une Grèce affaiblie… précisément par des années d’une même recette économique.

L’intellectuel français Alain Soral explique bien l’étendue du problème dans son dernier essai Comprendre l’empire dont le sous-titre « Demain la gouvernance globale ou la révolte des nations? » résume l’ampleur du problème. En clair, selon lui, le moteur de la politique des derniers siècles est la tentative de la Banque de s’émanciper du contrôle politique. Cette quête a notamment expliqué la Révolution française, de même que les nombreuses tentatives ratées cherchant à redonner le pouvoir économique à la collectivité (communisme, fascisme). Rejoignant Pascal Cyr, il explique d’ailleurs les conquêtes de la social-démocratie nationaliste du vingtième siècle comme constituant le lest jeté par la Banque face à la peur de voir les deux idéologies pré-citées se répandre au sein de la population. L’appétit financier des grands de ce monde a donc accepté une réduction de son appétit de peur de perdre toute son assiette; ce fut le printemps des peuples, ou la création de cette troisième voie représentée par le gaullisme français ou, d’une certaine manière, par la social-démocratie québécoise et la quête d’indépendance politique prônée par le Parti Québécois dès ses débuts.

Or, aujourd’hui, après la chute du Bloc communiste, l’indépendance politique ne veut plus rien dire parce que le pouvoir politique est tout à fait à genoux devant les intérêts économiques. La population – cette sagesse populaire – sent bien ce glissement puisqu’elle semble avoir perdu non seulement son respect pour les politiciens, mais également parce qu’elle ne se donne même plus la peine d’aller voter. On a compris que le pouvoir, s’il était largement à Québec en 1976, ne s’y trouve que très réduit en 2011. Du côté d’Ottawa, c’est à peine mieux: les accords économiques signés par le Canada rendent ce pays tout aussi aliéné que le Québec a pu l’être au cours des siècles.

Pourtant, on ne peut simplement affirmer que l’idée d’indépendance est dépassée, comme le fait Pascal Cyr, sans expliquer clairement par quoi. Dire que le Québec ne peut plus être indépendant parce que le politique s’est éclipsé devant l’économique est une chose. Faire face aux conséquences réelles de cette éclipse en est une autre. Ces conséquences sont pourtant tout à fait terribles: atomisation croissante de la société, recul du français, corruption, appauvrissement généralisé de la classe moyenne et des moins-nantis. Ces tares ne sont uniquement québécoises: c’est à l’échelle mondiale qu’on voit les inégalités sociales augmenter, les langues nationales perdre de leur influence et les intérêts privés prendre le pas sur les intérêts collectifs.

Un parti contre l’Empire

Le mot fait peur, mais osons l’écrire: nous faisons désormais partie de l’Empire. Un empire qui n’est plus britannique comme au 19e siècle, qui n’est plus étasunien comme au vingtième, qui n’est même pas canadien. Nous sommes à la botte d’un système économique ayant fait de nos politiciens des collaborateurs d’un ordre économique injuste privilégiant une minorité – au détriment du bien-être de la majorité – et transformant nos représentants en bouffons d’un jeu où toutes les décisions sont prises en-dehors de notre Assemblée nationale.

Le Parti Québécois, depuis 1976, a oscillé tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Parfois, on a pris le parti du peuple, parfois celui des banquiers. Depuis Lucien Bouchard, on a définitivement choisi la seconde option, et la création de Québec Solidaire a été le premier pieu que le parti s’est lui-même planté en son cœur.

L’indépendance, n’en déplaise à certains, constitue un projet révolutionnaire. C’était vrai en 1837, c’était vrai en 1976, et c’est encore vrai aujourd’hui. Les Patriotes se battaient contre le pouvoir colonial britannique, les indépendantistes des années soixante-dix luttaient contre l’oppression canadienne; aujourd’hui, le combat a évolué et c’est contre le mondialisme, le libre-échange et l’affaiblissement du pouvoir des nations qu’il faut reprendre la lutte.

Tout projet ne prenant pas acte de la perte de pouvoir des États et se contentant de réclamer un « pays sur la mappe » sans expliquer de quelle façon celui-ci permettrait de lutter contre l’hégémonie de la finance internationale est condamné à échouer.

À l’inverse, un parti comme celui que propose de créer François Legault ne ferait que lier encore davantage le Québec à ces mêmes intérêts.

La seule solution durable, à long terme, est celle consistant à réclamer non pas une indépendance de papier, mais une indépendance effective. Il faut développer un discours plus combatif, et cesser d’avoir peur de pointer les chaînes qui nous oppriment, à commencer par notre adhésion à l’OMC, au FMI et à l’ALÉNA. Tout parti réellement indépendantiste devrait cesser de jouer les prostitués d’un ordre économique rendant l’indépendance des peuples de plus en plus improbable et se réclamer d’une réelle solidarité nationale, prélude à une solidarité internationale de peuples vivant chacun chez eux, selon leurs us et coutumes, mais se respectant les uns les autres.

L’autre option porte un nom: démission. La démission non pas des politiciens qui ont quitté le Parti Québécois, mais celle d’un peuple qui, usé par des décennies de verbiage sur une indépendance imaginée, risque de choisir des chaînes qui ont au moins le mérite de s’assumer.

Révolution, contre-révolution.

Nous en sommes là.

Ou le Parti Québécois s’assume pleinement et devient le fer de lance d’un nouveau mouvement anti-mondialisme de reconquête de l’économique par le politique, ou bien il disparaît.

C’est sa dernière chance.

La peur d’avancer
25 janvier 2011

Le Québec a peur d’avancer. Les individus, eux, bougent, s’expriment, donnent des coups dans le destin pour améliorer leur sort personnel. Chacun, individuellement, pense à son futur. Mais collectivement, tout est bloqué, toute notion d’amélioration du sort collectif des Québécois est de plus en plus évacuée du débat à grand renfort de soi-disant libertés individuelles, prônées par l’ultradroite, tous les Mathieu Bock-Côté et Éric Duhaime de ce monde, grands négationnistes des bienfaits de la Révolution tranquille. Le résultat? Il est de plus en plus difficile de prendre des décisions pour améliorer le bien-être collectif de la société québécoise et nous vivotons, sclérosés, dans l’incapacité d’adopter de nouvelles façons de protéger les valeurs qui nous sont chères.

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Par exemple, lorsque le Parti Québécois propose d’appliquer la Loi 101 au cégep, il le fait du bout des lèvres. Pas de fanfare, pas de trompettes, on en parle comme s’il s’agissait d’un changement mineur. Point 3.1f de la proposition principale du parti, au milieu d’un document faisant la vive promotion des institutions de la minorité anglophone. Même l’étude publiée aujourd’hui par Pierre Curzi – depuis quand les politiciens produisent des études; ne doit-on pas les élire pour qu’ils gouvernent? – parle de la nécessité de ne pas créer de « ghettos anglophones » dans les cégeps anglais en y augmentant l’homogénéité de leur clientèle et en s’assurant que les cégeps anglais soient véritablement destinés à la minorité anglophone historique du Québec. Autrement dit: nous appliquerons la Loi 101 au cégep, mais n’ayez crainte, les cégeps anglophones continueront d’intégrer les immigrants en anglais. Il ne faudrait tout de même pas modifier l’ordre des choses!

Ce type de pensée est tributaire d’une forme de paralysie de l’esprit propagée au sein des instances péquistes. Sous prétexte d’une realpolitik interdisant toute forme d’action affirmée pour la protection des valeurs collectives des Québécois – dont la langue française est sans aucun doute la principale – on dilue le discours jusqu’à faire de l’application de la Loi 101 au cégep une ballade dans le parc où anglophones et francophones se tiennent par la main et chantent des comptines. En voulant s’arrimer au discours ambiant propagé par une droite individualiste et désolidarisée, on fait de l’application de la Loi 101 au cégep une mesure sectorielle, avec quantité d’exceptions, et n’étant en mesure que de modifier très légèrement le rapport de force entre une langue francophone numériquement et intellectuellement déclinante et une langue anglaise s’imposant avec de plus en plus d’arrogance et de fermeté.

Pierre Dubuc explique bien les enjeux dans une véritable leçon politique qu’il a administré récemment à Jean-François Lisée:

D’un côté, il y a une politique linguistique qui découle de la Charte de la langue française et de ses deux principes fondamentaux : le français, langue officielle et le français, langue commune. De l’autre, il y a une politique linguistique qui origine de l’arrêt Ford de 1988 de la Cour suprême du Canada qui impose le principe de la « nette prédominance du français », en prenant pour référence la Charte canadienne des droits, la Charte de Trudeau.

Ce qu’explique Dubuc est très simple à comprendre: ou bien on fait véritablement du français la langue commune des Québécois, comme on le clame depuis presque trente-cinq ans, et on s’attaque réellement à ce qui permet aux anglophones de passer outre cette langue commune, ou bien on applique des mesures pusillanimes permettant de calmer les militants francophiles pendant qu’on saupoudre une généreuse quantité d’anglais un peu partout, réduisant à néant les fruits de l’application de la Loi 101 au cégep.

Il faut revenir à la base. Le jeu est celui de la survie des francophones en Amérique du Nord face à un ethnocide programmé permettant, sous prétexte d’un libre-choix faisant triompher le poids du nombre et la langue des affaires, la réduction constante du poids démographique des locuteurs de langue française en Amérique du Nord. Ou nous nous battons, ou nous disparaissons. Il ne s’agit pas d’une situation où tout le monde peut gagner ensemble. Si nous gagnons et si nous arrivons à mettre fin à la menace anglaise au Québec, les anglophones auront perdu. Et si nous perdons, c’est que les anglophones auront gagné. C’est aussi simple que cela.

Finissons-en avec le culte de la bonne-entente et des molles mesures prétendant protéger la langue française tout en respectant le « patrimoine institutionnel de la minorité anglophone ». Le patrimoine des francophones en Amérique du Nord a été maintes fois pillé, détruit, annihilé, anéanti, démoli, écrasé, pulvérisé et ruiné. De la déportation des Acadiens en 1755 jusqu’à la nuit des longs couteaux en 1982, en passant par l’interdiction des écoles françaises dans presque toutes les provinces canadiennes pendant un siècle, sans oublier l’union des deux Canada ou les crises de la conscription, les valeurs chères aux francophones ont été méprisées et foulées des pieds par ceux qui ont toujours considéré que nous n’étions dignes de vivre que dans la mesure où nous accomplissions nos tâches de laquais avec le brio de ceux qui n’ont d’autres espoirs que de plaire à leurs maîtres.

Les Québécois se sont pourtant levés à moitié dans les années soixante-dix. Ils ont tourné le dos à un libre-choix n’ayant de libre que le choix de 92,1% des allophones de choisir l’école anglaise en 1971. (( Commission Gendron, Les groupes ethniques, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1972, p. 218. )) Ils ont décidé que face au droit individuel d’anglophones ayant déjà assis leur pouvoir sur toute l’Amérique et s’étant assurés que leur langue était la seule digne d’être parlée dans les officines du pouvoir, il fallait imposer le droit collectif de la majorité francophone à pouvoir brimer en partie la liberté individuelle de certains pour le plus grand bien collectif.

Aujourd’hui, parce qu’on a peur, parce que tous nos médias nous enfoncent jour après jour les histoires désillusionnées d’individualités fragmentées se complaisant dans leur individualisme crasseux, nous avons perdu de vue cette vérité toute simple: il est parfois légitime de brimer la liberté d’autrui si cette liberté nuit à la collectivité. Depuis la présence de feux de circulation « brimant » les automobilistes jusqu’aux lois « brimant » les criminels, il est normal et souhaitable pour toute collectivité de briser l’inertie débilitante de ceux qui, parce qu’ils écoutent leurs désirs individuels profonds, nuisent au plus grand nombre.

Le Parti Québécois, en valorisant l’application de la Loi 101 au cégep, se situe donc dans la bonne voie pour faire primer les droits collectifs sur ceux d’individus nuisant aux valeurs de la collectivités. Cependant, en le faisant à reculons, en s’engageant plus fermement à défendre les institutions anglophones que la volonté des Québécois d’assurer la survie de leur langue, en en parlant comme d’un détail plutôt que d’une réappropriation des institutions de la toute-puissante minorité anglophone par la majorité francophone, il offre le flanc à toutes les critiques et à tous ceux qui, conscients de l’incapacité péquiste à assumer sa position jusqu’au bout, ne vont manquer d’utiliser la place publique pour clamer la sacro-sainte sainteté des droits individuels.

Un parti qui se tient debout, qui est réellement au service des Québécois, n’aurait pas peur d’assumer pleinement ses positions et s’engagerait à faire du Québec non pas une nation un peu moins colonisée et respectueuse de ses maîtres, mais plutôt une nation « normale », comme le disait Lévesque, c’est-à-dire une nation qui finance des institutions scolaires supérieures dans la langue nationale.

Le cégep français ne doit donc constituer qu’une première étape. La suivante doit consister à mettre fin au sur-financement des universités anglaises, elles qui siphonnent près de 27% des ressources universitaires pour une minorité anglophone historique de moins de 6% de la population totale.

Oui, il faut s’attaquer aux institutions anglophones. C’est le but: reprendre possession, institution par institution, de notre nation et en faire une nation aussi française que le Canada est devenu un pays anglais. Nos méthodes seront peut-être différentes, mais il s’agit de la seule finalité permettant d’offrir une chance de survie au français en Amérique du Nord. C’est notre but et nous devons l’affirmer aussi honnêtement que possible.

Cessons d’avoir peur. Cessons de ramper. Marchons la tête haute pour des institutions scolaires supérieures en français!

Lisée et le PQ: unis contre le Québec français
15 janvier 2011

Les historiens du futur seront impitoyables dans leur analyse du déclin du français au Québec en ce début de vingt-unième siècle. Ils se gratteront d’abord la tête en cherchant à comprendre de quelle façon un parti qui a officialisé les aspirations de tout un peuple en paraphant la Charte de la langue française a par la suite œuvré à la dévalorisation de ses acquis, puis ils trouveront la seule conséquence logique: le sursaut nationaliste du Québec français de la fin du vingtième siècle constituait le plus tardif des chants du cygne d’un Canada français ne sachant pas disparaître sans au moins tenter un dernier baroud d’honneur qu’on pourrait ensuite mettre sur le compte d’une jeunesse idéaliste et archaïque.

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En effet, c’est bien ainsi que sont considérés, tant chez Jean-François Lisée que dans la proposition principale du Parti Québécois, ceux qui rêvent encore d’un Québec français comme flambeau de la pensée française en Amérique, comme lumière de la francophonie sur un continent ayant littéralement massacré ses populations francophones à grand coup de lois anglicisantes ou, la majorité fermement assurée, les laissant mijoter dans les oubliettes d’un multiculturalisme indigeste faisant de notre langue un simple ingrédient pimentant le grand potage canadien.

Lisée d’abord. Ce grand disciple du « bon-ententisme », comme le souligne Pierre Dubuc, pleure, dans son dernier texte, le sort de notre minorité anglophone, qualifiant ceux qui désirent un Québec aussi français que l’Ontario est anglaise d’archaïques, s’opposant à toute politique entraînant la diminution du poids démographique des anglophones. Jean-François Lisée, qui blâme, comme nos ennemis fédéralistes, l’exode des francophones de Montréal comme cause principale de la chute du français, alors qu’il a été démontré qu’il s’agit d’un mythe et que les banlieues s’anglicisent aussi vite sinon davantage que la ville centre. Jean-François Lisée, qui désire permettre une immersion anglaise aux francophones du cégep, mais qui n’explique pas de quelle façon les anglophones pourraient vouloir une immersion française alors que des études ont récemment démontré leur peu d’intérêt pour notre langue et notre culture.

Le PQ ensuite. Sa proposition principale, qui sera vraisemblablement adoptée par tous les carriéristes qui portent la sacoche de Marois comme leurs ancêtres ont été des porteurs d’eau, propose non seulement l’immersion anglaise au cégep, mais s’engage également à protéger les « droits linguistiques » et le « patrimoine institutionnel » de la « communauté anglophone ». En échange de l’application d’une Loi 101 au cégep ne voulant à peu près rien dire si on y permet l’immersion anglaise et qu’on a déjà anglicisé tous nos jeunes – première étape vers l’assimilation définitive -, le PQ s’engage également à intensifier l’apprentissage de l’anglais au primaire et au secondaire. En fait, comme le notait Bernard Desgagné, le PQ fait une fixation totale sur l’anglais, sur la nécessité d’en faire la promotion, mais ne parle nulle part de la nécessité d’améliorer la connaissance du français, la qualité de son enseignement; on ne parle pas non plus d’une intensification des cours de français alors, pourtant, que près d’un million de Québécois sont analphabètes et qu’un grand nombre d’anglophones ne parlent toujours pas la langue nationale. Non, non. Anglais, anglais, anglais. Et surtout, ne touchons pas aux institutions anglophones, méchants Québécois que nous sommes. Ce qui compte dans la proposition du PQ, ce n’est pas l’État national francophone, mais une simple primauté du français.

Les historiens de demain ne seront pas dupes. Le passage d’un État francophone à un État à primauté francophone ne constitue qu’un énième glissement vers la disparition définitive du français sur ce continent. La Nouvelle-France fut française, elle ne le fut plus. Le Canada fut majoritairement français, il devint majoritairement anglais. Le Québec ne peut échapper à cette damnation que s’il assure définitivement non seulement la prédominance du français, mais son statut indispensable pour fonctionner au Québec. Il doit être tout autant impossible de pouvoir vivre en anglais au Québec qu’en italien à Moscou ou en espagnol à Pékin. Ce n’est pas de devenir une langue prédominante qu’a besoin le français – elle l’a déjà été à de nombreuses reprises sur ce continent – mais de devenir une langue indispensable.

Un parti politique résolument nationaliste et au service du peuple québécois n’encouragerait pas l’immersion anglaise; il franciserait le plus gros cégep du Québec, Dawson. Un parti politique conscient du statut précaire de la langue française au Québec n’encouragerait pas l’augmentation de l’enseignement de l’anglais; il franciserait l’Université McGill et doterait enfin l’UQAM d’une faculté de médecine et d’un budget lui permettant de rayonner. Un parti politique ayant fait du français la seule langue officielle du Québec ne ferait pas la promotion de sa primauté, mais construirait une société française en s’assurant que l’État ne communique avec les citoyens que dans la langue nationale. Un parti politique se réclamant du Québec, des Québécois et ayant contribué à les libérer d’un ordre économique et linguistique où ils étaient des citoyens de seconde classe s’assurerait non pas de protéger les institutions de la minorité anglophone, mais reconnaîtrait plutôt le statut majoritaire de celle-ci à l’échelle continentale et encouragerait la solidarité avec les francophones hors-Québec en finançant leurs institutions pour assurer la survie de ce qui fut déjà une zone tampon entre le Québec français et l’Amérique anglaise. Un parti réellement QUÉBÉCOIS ne permettrait pas la construction, à Montréal, d’un méga-hôpital anglophone de 2,225 milliards de dollars, prenant l’argent des régions pour engraisser une minorité montréalaise déjà plus que riche.

Ce n’est pas archaïque, comme le soutient Lisée, de vouloir un Québec français. C’est être conséquent. Le rejet de l’identité canadienne-française par les Québécois des années soixante n’a eu de sens que si nous formons une majorité capable d’agir en tant que majorité et en mesure de défendre le français. Tant que nous n’oserons pas nous attaquer aux privilèges indus d’une minorité anglaise parmi les plus choyées au monde, tant que nous permettrons aux anglophones du Québec de surfer, grâce à leurs institutions sur-financées, au-dessus de la nation québécoise, ils n’accepteront pas leur statut de minorité et continueront de se percevoir comme des ayant-droits canadiens au sein d’une province comme les autres.

Ce qui est archaïque, par contre, c’est cette croyance que la bonne-entente et à l’à-plat-ventrisme devant le tout-anglais puisse mener à un résultat différent que ce que les trois derniers siècles de la même rengaine nous ont appris.

Les peuples qui survivent ne se couchent pas devant la menace, ils n’avancent pas à reculons en s’excusant d’exister et en répétant qu’ils ne toucheront pas à un cheveu des privilèges dont leurs vis-à-vis disposent. Les peuples qui survivent se tiennent debout et affirment, face au vent, qu’ils ont le droit d’exister et qu’ils prendront tous les moyens pour assurer leur survie. Les peuples qui survivent n’attendent pas un référendum ou le Saint-Esprit pour agir; ils défendent leur langue et leur identité au quotidien.

Olivar Asselin écrivait qu’il faudrait apposer l’épitaphe suivante sur la tombe du peuple canadien-français: « Ici gît un peuple mort de bêtise. »

Les divagations de Jean-François Lisée et la proposition principale du PQ ne peuvent que lui donner raison.

Marois doit partir
1 novembre 2010

Quand le malade vivote sur le respirateur artificiel et que tout espoir de guérison a été écarté, il faut parfois agir d’une manière humaine et le débrancher. C’est ce à quoi aspirent réellement le groupe des cinquante ayant signé une lettre pour mettre au rancart (l’étapisme de) Pauline Marois. Ces jeunes péquistes ne devraient pas être ostracisés ou traités de « no-name » (sans-noms) comme l’a fait avec si peu de classe et de fierté francophone l’ancien président de l’aile-jeunesse du parti, Alexandre Thériault-Marois. Il faudrait plutôt les féliciter, voire les récompenser pour leur tentative de sauver ce qui reste du parti de René Lévesque.

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En effet, Pauline Marois est devenu un boulet pour le Parti Québécois. Alors que le gouvernement Charest atteint un niveau d’insatisfaction stratosphérique dans les sondages, Marois n’arrive qu’à égalité avec le premier ministre au niveau des intentions de vote. Pire: un hypothétique parti n’existant même pas encore sur papier et dirigé par deux anciens péquistes prendrait le pouvoir si des élections étaient déclenchées demain matin!

On peut chercher des solutions de midi à quatorze heures, on peut vouloir mieux « vendre » Marois, on peut travailler sur ses manières, on peut dépenser des dizaines de milliers de dollars pour améliorer son image médiatique: rien n’y fait. Le courant ne passe pas. La population ne fait pas confiance à Pauline Marois. Elle est compétente, probablement très intègre, sûrement une excellente politicienne, mais les gens ne veulent pas d’elle, peu importe les raisons. Nous aimerions tous nous identifier au légitime rêve de Marois de devenir première ministre et de diriger un gouvernement du Parti Québécois, mais la particularité du rêve consiste à s’estomper quand sonne le réveil du matin.

Or, ce réveil a sonné depuis bien assez longtemps. Quand ce sont des députés libéraux qui rigolent du leadership de Marois, c’est qu’il est temps d’agir. La récente sortie de Jacques Parizeau doit sonner le réveil des troupes. Ce n’est plus le temps d’appuyer sur « snooze » et d’oublier la réalité. Si le Parti Québécois aspire à prendre le pouvoir et à réaliser l’indépendance, il lui faudra trouver des solutions à la fois au problème Marois et améliorer son plan de match en faveur de l’indépendance.

Gilles Duceppe doit prendre la tête du Parti Québécois

Gilles Duceppe n’est ni René Lévesque ni même Jacques Parizeau. Sur plusieurs points, on pourrait même affirmer qu’il fait partie de ces politiciens qu’on trouve un peu trop « langue de bois ». Ceci dit, ses convictions sont claires, nettes et précises. Il ne manque pas une occasion de parler de souveraineté. Il ne le fait pas du bout des lèvres comme Marois, presque comme une éruction involontaire; il le dit haut et fort et il semble davantage prêt à agir en faveur de celle-ci.

De plus, la population l’aime. Oui, il est imparfait. On se rappelle tous l’avoir vu avec un bonnet sur la tête ou s’être mêlé dans ses mots alors qu’il faisait une entrevue télévisée. Peu importe: il est imparfait et il nous ressemble. N’importe quel citoyen du fond d’une ruelle de Montréal ou d’un rang de la région peut s’identifier à Gilles Duceppe.

Or, au-delà du discours, des idées, de la rhétorique, à la fin, dans l’isoloir, la question se résume souvent à celle-ci: « est-ce que je fais confiance à cette personne? » Et Duceppe, dominant outrageusement les élections fédérales au Québec depuis plus d’une décennie, inspire confiance.

Le Parti Québécois doit refuser tout projet de gouvernance et bâtir l’indépendance dès maintenant

Outre la question du chef, celle du discours reste importante. La « gouvernance souverainiste » de Pauline Marois est vouée à l’échec. Le concept-même de gouverner une province – et peu importe les fantasmes de bizarreries du genre « indépendance sectorielle » – implique de faire des choix selon l’axe gauche-droite et non plus selon celui indépendantisme-fédéralisme. Une gouvernance provinciale du PQ ne peut qu’entraîner des déchirures à ce niveau; l’aile-gauche (ou ce qui en reste) et l’aile-droite ne pourraient jamais être satisfaits. Le parti serait constamment écartelé entre sa gauche et sa droite. On l’a vu sous les règnes de Bouchard et Landry. Ne dit-on pas que la folie consiste à agir d’une même manière en espérant des résultats différents?

L’indépendance constitue un geste de rupture. Par essence, il s’agit d’une position radicale. On ne peut pas constamment agir sur la pointe des pieds en ayant peur des sondages. Les plus grandes réalisations du Québec moderne ont constitué autant de gestes de rupture. Croyez-vous qu’on aurait nationalisé l’hydro-électricité en parlant de « nationalisation sectorielle » ou qu’on aurait appliqué la Loi 101 en revendiquant des gains linguistiques circonscrits? Il arrive un moment pour un peuple où celui-ci doit rompre avec un passé le sclérosant et lui faire mordre la poussière.

Le Québec stagne ou recule depuis des années précisément parce qu’on n’a pas définitivement réglé la question nationale et qu’on a préféré avancer sur la pointe des pieds en se contentant des miettes lâchées par le gouvernement de l’autre nation. L’indépendance ne tombe pas du ciel comme un fruit mûr, malgré ce qu’affirment certains rêveurs. Ce n’est pas parce que l’identité québécoise s’avère de plus en plus forte – qui se définit encore principalement comme Canadien aujourd’hui? – que l’indépendance approche; au contraire, c’est peut-être parce que nous avons de moins en moins l’impression de voir les chaînes qui nous limitent que nous avons peur des gestes de rupture.

Autrement dit: l’idée d’indépendance s’est bâtie sur une opposition entre un Québec français et un Canada anglicisant. Or, nous assistons à la naissance du concept de Québécois francophone – et à la légitimation de l’oxymore « Québécois anglophone » – laissant entrevoir non pas un rapprochement vers la réalisation de l’indépendance, mais plutôt vers la bilinguisation puis l’anglicisation du Québec. Loin de constituer une amélioration vis-à-vis du statu quo, la stratégie des petits pas et de la création d’une identité québécoise à l’intérieur du Canada nous rapproche plutôt du précipice.

Voilà précisément pourquoi il est d’une importance capitale de rejeter la stratégie de l’étapisme prônée depuis des décennies par les bonzes péquistes. Elle a échoué. Et elle échouera encore. Les peuples qui sont devenus libres ont d’abord planifié leur libération, l’ont exécuté, puis sont passé à d’autres enjeux.

Si l’article premier du Parti Québécois affirme que le but du parti est de réaliser l’indépendance du Québec, il doit s’y atteler dès maintenant en se débarrassant à la fois du boulet Marois et de son plan d’étapisme ne constituant qu’un énième recul pour la cause. S’il faut une élection référendaire, qu’à cela ne tienne. Le but, le seul, doit être d’utiliser tous les moyens possibles pour libérer définitivement le peuple québécois de l’État canadien.

Sinon, qu’il change son article premier et qu’il devienne un simple parti provincial.

Et nous disparaîtrons en silence à grands renforts de bilinguisme et de « In English Please » (en anglais SVP) éructé de la bouche pointue d’un individu faisant partie d’une nation qui, elle, se respecte.

Force Québec ou Capitulation Québec?
7 octobre 2010

La création annoncée d’un nouveau parti politique fédéraliste et de droite (comme si cela manquait au Québec), articulé autour de François Legault et Joseph Facal, ne peut que laisser songeur. Deux ans après la mort annoncée de l’ADQ et sept ans après que Jean Charest ait promis sa propre révolution du « bon sens » inspiré des réformes de droite de l’ancien premier ministre ontarien Mike Harris, c’est encore une fois la même rengaine: une nouvelle bande de joyeux politiciens s’improvisent guérilleros du grand capital pour lutter contre « l’immobilisme ». Les visages changent, mais le but demeure: en finir avec une social-démocratie qui empêche les mieux-nantis de s’en mettre plein les poches.

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Typiquement, une fois au pouvoir, ou près de celui-ci, les mentalités finissent par évoluer. On se rend compte, chiffres à l’appui, que le modèle québécois est de loin supérieur à beaucoup d’autres modèles dans le monde. Nous sommes plus en santé, notre dette est dans la moyenne des pays de l’OCDE, nos bas frais de scolarité encouragent l’accessibilité, nous enrichissent, et ceux qui ont appliqué les recettes des « Lucides » sont aujourd’hui ruinés. On constate également que la population est capable de se mobiliser, que les syndicats, représentant démocratiquement leurs membres, sont en mesure de s’opposer à la mise aux enchères de notre bien commun. Les positions finissent ainsi par s’adoucir et on réalise, finalement, qu’il vaut mieux respecter la population et y aller à petits pas.

Or, cette fois-ci, on nous promet que ce sera différent. Contre l’immobilisme! Contre le statu quo! Pour une fois, on va réellement bouger! Alors que les trois quarts des Québécois veulent la démission d’un premier ministre ayant trop jouer à touche-pipi avec le privé, on nous en promet davantage! Alors que les mouvements de citoyens ont permis de faire reculer le gouvernement libéral lorsqu’il exagérait dans ses réformes (Mont-Orford, Suroît, etc.), on nous promet presque, pour mieux vendre sa salade, que la population ne sera plus écoutée. Pour en finir avec l’immobilisme, on va tout brûler.

On a parlé d’appeler ce parti « Force Québec ». Pourquoi pas. En Italie, ils ont le Forza Italia, parti d’un Berlusconi qui transforme en échec pour la population tout ce qu’il touche. Au moins, on saura à quoi s’attendre!

Le cas Facal

Joseph Facal représente à lui seul tout ce qui ne marche pas en politique au Québec actuellement. Belle-mère péquiste parti pelleter des nuages, il a passé les dernières années à parler d’indépendance, d’identité et de culture québécoise dans les pages du Journal de Montréal de Pier-Karl Péladeau. L’indépendance, oui, mais pas pour tout le monde. Et certainement pas pour le lockouté qui vit dans la misère depuis un an et demi parce que M. Facal a décidé d’encourager Quebecor. Une indépendance proprette, déconnectée de sa base, loin des préoccupations du citoyen lambda. Une indépendance tout à fait hostile à la réalité d’un combat de libération nationale ayant toujours marché main dans la main avec la libération collective des travailleurs, des chômeurs et des moins-nantis.

J’ai connu plusieurs Péquistes qui ne juraient que par lui. Et moi, je leur disais: « ce type n’est pas de notre côté ». Qu’importe, qu’on me répondait, car il est indépendantiste! Et bien non, il ne l’est plus. Il a décidé de la rejeter aux calendes grecques, ce qui ne saurait surprendre quand on part du principe que tout projet de libération collective basé sur des prémisses économiques hyper-individualistes ne fait pas de sens. Facal était indépendantiste parce qu’il voulait un pays « sur la mappe », pas par un quelconque désir d’inventer une société différente permettant d’assurer à la fois la survie du français ET une réduction des inégalités sociales. Pour lui, l’indépendance du Québec ne constituait qu’une façon supplémentaire de l’enchaîner aux accords économiques internationaux et d’y appliquer des réformes économiques qui ont déjà prouvé leurs échecs un peu partout.

Il tente maladroitement de se justifier sur son blogue en parlant de la nécessité de gouverner à court terme – et d’oublier l’indépendance – afin d’infléchir une situation qu’il considère comme catastrophique. Encore une fois, notons-le, avec le thème archi-utilisé des « Lucides »: nous serions trop endettés (ce qui est faux, Lisée l’a noté). Facal y va même d’une loufoquerie: « Les gouvernements ne peuvent plus emprunter ni hausser les impôts pour se financer. » Étrange, ne trouvez-vous pas, qu’après avoir baissé les impôts des mieux-nantis pendant une décennie, jusqu’à un point où ils sont parmi les plus bas des pays industrialisés, il se refuse jusqu’à considérer une saine hausse de ceux-ci?

C’est le principe qu’avait si bien expliqué Josée Legault: on affame la bête étatique en préparant le démantèlement de l’État-providence. À chaque période de croissance, on réduit les impôts, et à chaque recul de l’économie, on coupe les services et augmente les tarifs régressifs. On coupe les impôts, et cinq minutes après l’avoir fait, il est trop tard, on ne peut plus les hausser. On appelle cela un aveuglement idéologique.  On appelle cela une capitulation.

Si Facal se contentait de parler de culture, de langue et d’identité; s’il gardait ses thèses de l’extrême-droite économique pour APRÈS l’indépendance, on pourrait presque le trouver sympathique. Mais quand il torpille le projet indépendantiste et cherche à dépecer notre État pour satisfaire sa soif de pouvoir et son penchant idéologique de droite, il devient une nuisance.

La seule chose qu’il prouve, outre son profond manque de jugement, c’est la nécessité pour le Parti Québécois d’adopter un échéancier rapide et clair pour l’indépendance, sous peine de finir écartelé entre son aile-gauche et son aile-droite. En ce sens, Facal nous est très utile: il expose clairement le manque de leadership de Pauline Marois et l’incapacité du PQ à faire la seule chose pour laquelle il devrait exister: l’indépendance du Québec.

La seule Force dont le Québec a besoin, en ce moment, c’est celle devant mener à la libération nationale et commune de ses citoyens, à la fois du carcan canadien et des idéologues désirant privatiser notre bien commun et nous appauvrir collectivement.

Et à court terme, cela signifie tourner le dos aux traîtres comme Joseph Facal et sa Force Québec qui, aveuglés par leur idéologie passéiste, risquent de nous éloigner de notre mieux-être.

Plus que jamais, la vraie force ne consiste pas à se plier aux diktats économiques des grandes entreprises et des lobbys de droite, mais à se tenir debout pour le plus grand nombre de citoyens.

Ce n’est peut-être pas Force Québec, finalement, qui devrait constituer le nom de ce mouvement, mais bien Capitulation Québec.  Quand nous sommes agressés au quotidien par une idéologie ayant fait tant de ravage partout sur la planète, l’immobilisme constitue peut-être un moindre mal…

L’aéroport politique
23 septembre 2010

C’était la première fois que j’entrais à l’Assemblée nationale. C’était un peu comme pour l’aéroport: on arrive beaucoup en avance, on part toujours trop tard, on se fait fouiller de la tête aux pieds et on regarde bêtement les uniformes des employés, les gens et la décoration tout en cherchant les toilettes. Parti à 6h30 de Laval, arrivé à 10h30 au parlement à cause des bouchons et des travaux, j’avais un peu l’impression de souffrir du décalage horaire. Qu’à cela ne tienne, la cause valait pleinement le déplacement: l’occasion de dire à la ministre St-Pierre et à ses acolytes libéraux ce que je pense de son projet de loi 103.

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J’étais très bien entouré. La fine équipe. Impératif français, dont j’avais écrit la quasi-totalité du mémoire. Et Jean-Paul Perreault, son président, un homme dont j’admire la fougue, la détermination (ça fait trente-cinq ans qu’il se bat pour notre langue) et qui n’a pas peur d’aller au bâton et de bousculer pour faire valoir ses idées. J’étais présent pour l’épauler dans l’exhibition du mémoire de l’organisme et je dois dire que ça fut pour moi une expérience très positive.

Nous avons martelé nos points avec – j’ose croire – beaucoup d’aisance et au moyen d’arguments pouvant difficilement être réfutés. Signe de respect ou de décontenance devant la solidité de notre discours, la ministre St-Pierre n’a pas osé ou n’a pas été capable de nous coincer avec les nombreux pièges qu’elle avait tendus aux autres participants.

Bien que cette consultation ne jouit certainement pas de la visibilité de la Commission Bastarache ou des débats houleux de la période de questions, peut-être avons réussi, à tout le moins, à fournir des arguments aux opposants à cette loi… Je l’espère, et c’était avec grande joie que j’ai expliqué plus en détails certains passages du mémoire à certaines personnes d’influence.

VOIR LA VIDÉO DE NOTRE PRÉSENTATION ICI: LIEN ou LIEN ALTERNATIF (certains ont eu de la difficulté avec le premier lien) (Vous pouvez également lire le journal des débats ici: LIEN)

De la politique, moi?

Un député m’a félicité chaudement pour ma performance, une autre m’a dit que j’avais un talent naturel pour cela, un autre a parlé positivement de ma pugnacité. Ai-je si bien fait que cela? À vous de juger. Une chose est certaine, cela m’a fait goûter au pouvoir de l’art oratoire. J’avais déjà eu l’occasion de me faire les dents à diverses émissions de télévision, mais jamais n’avais-je eu le temps de bien développer mes idées comme aujourd’hui. Dans un monde idéal, cette vocation – car c’en est une – m’intéresserait probablement, même si je devais pour cela contrôler une forme d’anxiété paralytique transformant mes avant-performances en cauchemar neurologique. Le problème, c’est bel et bien qu’il ne s’agit pas d’un monde parfait. Si en Théorie, tout fonctionne pour le mieux, au Québec, la situation est plus morose.

En effet, si dans un monde idéal les discussions éclairées serviraient à trouver la vérité et le bien commun, dans celui de notre réalité, j’ai parfois l’impression qu’il s’agit davantage d’un spectacle pour épater la tribune. Le parti Rouge dit Noir, le parti Bleu dit Blanc et gare au député qui déroge! On ne se mouille pas, on ne prend pas de risques. On aseptise notre discours, on le pré-mâche jusqu’à ce qu’il soit tellement facile à digérer qu’on puisse le faire avaler à n’importe qui, indépendamment de ses valeurs intrinsèques.

Si je devais faire de la politique, pourrais-je garder ma liberté de parole? La réponse est non. Je devrais calculer. Sacrifier ceci pour cela. Au PQ, par exemple, je devrais piler sur mes convictions sociales-démocrates et accepter une évolution monstrueusement lente de la question identitaire. Et si je me battais à l’intérieur du parti, comme d’autres me l’ont suggéré, je me battrais dans le vide, contre des fantômes, étant poussé vers les limites du marginal et me voyant refuser toute possibilité d’avancement. Blanc c’est Blanc, Noir c’est Noir, toi le Gris tu fermes ta gueule. Et j’aurais le choix: me la fermer et devenir un parfait apparatchik satisfait de son veston de chez Simons et ayant une « carrière » en vue, ou bien parler et en subir les conséquences.

Non, ce n’est pas la politique qui m’intéresse. Celle des idées, celle des personnalités fortes, celle des créatifs et des battants, elle n’existe plus en ce moment. On l’a tuée. On se demande souvent pourquoi il n’y a personne de charismatique et de frondeur pour remplacer Charest et Marois. C’est pourtant très simple: si un individu avait la capacité de changer les choses, il aurait été exclu de son parti depuis longtemps.

Denis Trudel et La division des troupes

J’ai rencontré Denis Trudel à la cafétéria de l’Assemblée nationale. Il venait présenter le mémoire du Mouvement Montréal français (que j’ai également écrit). Il n’était pas très content de mon dernier texte, où je me servais de lui pour exprimer une problématique du discours indépendantiste.

« Louis, tu aurais dû m’appeler et m’en jaser! » Bien sûr que je lui ai répondu, « sauf que le texte ne parle pas vraiment de toi. C’est une image, un simple exemple de ce qu’il faut modifier dans le discours indépendantiste ». Discussion franche mais agréable. Car j’adore Trudel. Sérieusement. Ce type est une bonne personne. Mais à ses yeux, comme aux yeux de beaucoup de mes détracteurs, de tels textes divisent notre mouvement.

Moi, je lui ai répondu que je n’ai qu’un seul mouvement: la langue française.

Encore une fois, comme j’avais tenté de l’exprimer dans ce texte, le problème vient, à mon avis, d’une mauvaise conception de ce qui divise ou rassemble le mouvement pour la survie du français. Ce n’est pas la critique entre militants qui divise. Non, celle-ci, à l’image de deux frères qui se chamaillent et apprennent ainsi à devenir plus fort et à se battre, nous permet de devenir plus confiants dans notre argumentaire. Cette critique permet de déterminer les faiblesses de notre discours et, véritable argumentation darwinienne, de permettre aux meilleurs arguments de détruire les plus faibles. En nous critiquant mutuellement DANS LE RESPECT, nous contribuons à rendre notre discours plus fort, voire invulnérable. C’est ainsi et seulement ainsi que nous vaincrons.

Parlant de respect, j’en ai manqué envers certaines personnes, même si c’était en réaction à leur comportement (dans la plupart des cas). Yvan Major, Luc Lapointe, Jonathan Dépot, Patrick Bourgeois, Tania Longpré, Sonya de Rosby, Philippe Leclerc. Mea culpa. Je m’excuse. Vous savez pourquoi. Je pourrais dire que pour certains c’était mérité, mais ce ne l’était pas. Ce que j’ai appris aujourd’hui en confrontant des idées abominables avec le sourire, et que je vais tenter d’appliquer dans le futur, ce n’est pas l’hypocrisie ou la violence qu’on se fait soi-même, mais la capacité à ignorer ce qui est contre-productif et à ne pas perdre de temps avec la roche qu’on cherche à mettre au pied de quiconque décide d’avancer, seul, vers la recherche de la vérité.

Peut-être que je deviens plus politique, après tout.

On a tous un avion à prendre.

Beurk?

Les colonisés
13 septembre 2010

Le passé façonne le présent. Prenez un enfant ayant subi les affres de la guerre, des bombardements et de la mort qui tombe du ciel comme un cadeau anonyme et amenez-le, adulte, voir un feu d’artifice. Chaque explosion le fait sursauter, l’inquiète, le rend circonspect. Il s’amuse, il rit, mais derrière l’œil éclairé se cachent toujours d’insondables noirceurs ne pouvant être illuminées, même par le temps. Prenez un peuple dépossédé de sa mère-patrie, de son élite, de son histoire, à qui on a tenté de lui voler sa langue et qu’on a gardé bien docile sous le voile silencieux d’évêques prêchant le conformisme et la résignation, et observez comment, encore aujourd’hui, il ne peut qu’avoir peur de sa propre liberté, appréhender le déploiement de ses ailes, et mépriser jusqu’à la prise de parole volontaire et libératrice d’un des siens. En rangs, mes amis, et ne relevez surtout pas la tête!

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Je n’en peux plus de ces soi-disant indépendantistes qui se perçoivent comme de grands libérateurs, mais qui rentrent à la maison en pleurnichant dès qu’on tente de les pousser à la cohérence. Descendants de générations de Canadiens-français colonisés ayant abdiqué jusqu’à l’idée d’une existence collective où ils auraient pu être maîtres chez eux, ils n’ont pas conscience de répéter les mêmes travers que ceux de leurs ancêtres, cherchant dans l’unanimité et l’accommodement la réponse à tous leurs maux. Ne dit-on pas, en psychologie, que la folie émane de la conviction qu’une même manière d’agir finira par produire un résultat différen? Ils n’en ont cure. Notre peuple se rétrécit comme un cancéreux oublié sous le soleil, mais ils parlent encore d’unité, d’accommodement, d’ouverture, de tolérance. Debout, stoïques, une fleur à la main, ils mourront sous les balles d’une Histoire cruelle et insensible pour les peuples n’ayant pas eu le courage de prendre leurs responsabilités. Ils mourront le sourire aux lèvres, car ils ont auront été unis. Unis et morts.

On m’accuse parfois de nuire au « mouvement » en « divisant les troupes ». J’écris les vérités qui ne plaisent pas, je compile les statistiques qui tuent, j’écris tout haut ce que d’autres disent en silence. Je me bats pour une virgule jusqu’à la mort s’il le faut, car si cette virgule doit être honorée d’une bataille épique, qu’elle le soit et qu’on ramasse les cadavres par la suite. C’est laid, ça pue le sang, la sueur, la terre, et la chaux de quelques paroles réconfortantes ne réussit que rarement à apaiser la violence du choc des idées.

Or, dans la vision colonisée du « mouvement », il n’y a pas place pour la divergence. On ne discute pas des désaccords. On parle stratégie, on se concentre sur les points communs, mais on n’aborde que rarement les points faibles, on refuse obstinément toute forme d’indépendance d’esprit comme si celle-ci était l’œuvre d’un démon. « Louis, arrête d’écrire [insérer le sujet de mon intervention ici], tu divises le mouvement! » Imaginez la force d’un tel mouvement s’il suffit que votre humble serviteur puisse le diviser en écrivant quelques mots sur un clavier en plastique chinois. Les guerriers s’en vont au champ de bataille avec des pots à fleurs à la place de fusils, mais il ne faudrait surtout pas leur dire, de peur de diviser le mouvement.

En 1760 ou en 2010, on crève dans l’unité du mouvement et on est uni derrière le chef qui nous conduit à l’abattoir. Bêêêêê!

Division ou consolidation?

J’en ai vu, de ces soi-disant indépendantistes depuis un an ou deux. À leurs yeux, je divise le mouvement parce que je force ses membres à développer un discours cohérent. Je ne me contente pas de regarder le spectacle abrutissant des larmoyants appels péquistes hurlant « on veut un pays » à chaque convention où on a précisément parlé de tout sauf de cela. Je ne suis pas plus impressionné par leur unanimité que par leurs futiles slogans. À mes yeux, s’ils n’ont pas un discours cohérent, s’ils ne peuvent pas assumer les conséquences de leurs choix et accepter l’idée d’une rupture avec le passé et de gestes libérateurs – aussi libérateurs que le fut la Loi 101 à une époque où le Parti Québécois constituait autre chose qu’un parti de carriéristes utilisant l’indépendance comme d’un faire-valoir permettant la prise du pouvoir -, ils ne valent rien.

Ce n’est pas en scandant « on veut un pays » ou en organisant de pathétiques marches rassemblant une quinzaine de personnes qu’on contribue à libérer les Québécois. La libération, elle se construit d’abord dans le discours et dans la capacité à accepter qu’on ne peut pas changer la société… sans changer la société. C’est une vérité de La Palisse, mais on ne peut pas à la fois vouloir la survie du français au Québec et dénoncer avec véhémence quiconque aimerait en finir avec le sur-financement des institutions anglophones. On ne peut pas vouloir l’intégration des immigrants en français et traiter de raciste quelqu’un qui aimerait éliminer le réseau scolaire anglophone public (alors que c’est la norme partout au monde, précisément, de ne financer qu’un seul réseau dans la langue nationale). On ne peut pas prétendre représenter le bien-être du peuple québécois tout en s’enorgueillissant et en qualifiant d’ambassadeurs des gens qui vivent ici depuis dix et qui arrivent à peine à balbutier quelques mots dans notre langue. On ne peut pas accueillir plus de cinquante mille immigrants par année tout en souhaitant la survie de l’identité québécoise. On ne peut pas se déclarer indépendantiste en refusant toute forme de radicalisme dans la construction d’un État véritablement français en Amérique du Nord.

La pensée précède l’action et si on n’accepte pas l’idée que l’indépendance et la survie de la langue française constituent une rupture avec une façon d’agir qui nous a précisément mené au bord du gouffre, on est aussi bien d’abandonner dès maintenant.

Ainsi, quand des indépendantistes affirment vouloir éviter la division, ce n’est pas tant de l’éloignement de factions plus radicales du mouvement qu’ils ont peur, mais bien plus de l’éclatement de la baudruche de leurs idées non-cohérentes, non-abouties, et contradictoires. Ils craignent non pas de voir des clans rivaux s’entre-déchirer dans une guerre civile idéologique, mais plutôt de réaliser, devant le choc des idées, que leurs propres conceptions sont surannées. Ce n’est pas de gens comme moi qu’ils ont peur, mais plutôt de la faiblesse de leur propre argumentation.

Après plus de 200 ans d’une relative pauvreté intellectuelle où il fallait suivre scrupuleusement le curé de la paroisse, certains n’ont pas encore compris que la véritable libération commence dans les esprits et qu’ils ne pourront pas se prétendre indépendantistes tant qu’ils n’auront pas permis à leur pensée de devenir assez forte pour résister à toutes les tempêtes argumentaires, fier navire voguant vers une destinée radicalement différente.

Les penseurs, les débatteurs, les radicaux, les « ostineux », ne sont pas des ennemis divisant leur mouvement, mais plutôt les concepteurs de l’argumentaire qui permettra, demain, de voir fleurir leurs idéaux. Ce sont eux, les vrais indépendantistes, libres jusque dans leur pensée.

Ceux qui les briment et refusent de les écouter sous prétexte de détenir l’ultime vérité du « seul parti pouvant réaliser l’indépendance » ne font que répéter les réflexes de colonisés de leurs ancêtres et retarder le moment où les graines seront enfin semées, porteuses d’espoir pour le futur.

Philippe Leclerc: candidat contre un Québec français
2 septembre 2010

« Le PQ est de retour! » lançait Pauline Marois en novembre dernier. On y a presque cru. On allait enfin récolter les fruits d’interminables « saisons des idées », de sempiternelles « discussions nationales » et le Parti Québécois, après une quinzaine d’années d’hibernation la plus totale où on était plus occupé à vouloir gérer une province qu’à se battre pour l’indépendance et la langue française, se ferait de nouveau le héraut de la cause du peuple québécois. Presque un an après cette déclaration et à l’occasion d’une élection partielle, le vieux parti nous offre encore une fois un candidat en boîte, un poteau coloré appelé Philippe Leclerc, qui serre des mains dans Saint-Laurent tout en se faisant le champion du multiculturalisme à la canadienne.

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Début août, j’écrivais un texte où je dénonçais la confusion identitaire et linguistique touchant certains individus lorsqu’il était question de groupes musicaux vivant ici mais refusant à la fois de parler notre langue ou de s’exprimer artistiquement dans celle-ci. Je parlais d’un contact Facebook ayant affirmé sa fierté d’un groupe comme Arcade Fire, quand bien même ce groupe représente précisément le contraire des objectifs d’intégration et du français comme langue commune que nous désirons atteindre. Ce contact Facebook, c’était précisément Philippe Leclerc, quelques jours avant qu’il ne soit consacré candidat du PQ dans St-Laurent.

Philippe Leclerc avait écrit, sur son statut Facebook:

« Je suis si fier d’être Québécois lorsque j’écoute la musique de compatriotes créateurs tout à fait géniaux, Arcade Fire. Quels ambassadeurs à l’échelle mondiale dont nous devons nous enorgueillir! »

Rien de moins. Des « compatriotes » qui, pour plusieurs, ont de la difficulté à dire deux phrases en français même après une décennie ici et qui chantent exclusivement dans une langue étrangère. Des « ambassadeurs » qui, à l’étranger, donne l’image de Montréal comme étant une ville anglophone et qui contribuent à son anglicisation en propageant cette croyance. S’enorgueillir. Rien-de-moins.

Après que je lui ai souligné le fait qu’on pouvait difficilement qualifier de Québécois des gens qui, précisément, ne possèdent ni la langue ni la culture québécoise, Philippe Leclerc s’est lancé dans une campagne de dénigrement, y allant de la traduction du « shame on you » anglais (traduit en français mot à mot, évidemment, avec le tristement révélateur « honte à toi ») dans plusieurs langues, soi-disant pour montrer son ouverture d’esprit face à la fermeture de ceux qui considèrent qu’un Québécois constitue autre chose que quelqu’un qui habite ici sans même se donner la peine d’apprendre notre langue.

Évidemment, Philippe Leclerc s’est fait démolir – avec raison – par plusieurs autres débatteurs. Akos Verboczy lui a fait remarquer que ce groupe aurait pu se rencontrer à Amsterdam ou ailleurs et qu’il n’a rien de québécois en tant que tel. Siegfried L. Mathelet, lui, a pondu une réplique assez savoureuse:

« S’il s’agit d’encenser cette réussite par une manœuvre d’appropriation nationale, c’est une nationalisation du succès qui relève de la plus plate propagande multiculturelle. Multiculturelle, cette fois, parce qu’elle oublie tout de la trame historique d’une culture de convergence et du statut historique qu’y occupe la langue française. Elle fait donc la promotion d’un nationalisme, en un sens, acculturé parce qu’il n’a plus conscience de sa propre trame historique. »

Multiculturalisme à la canadienne. Le terme est lancé. Surtout que Philippe Leclerc n’hésitait pas, récemment, à afficher sur son profil Facebook une photo du mot « Nous » composé de dizaine de façons de le dire dans des langues différentes, lançant effectivement le message selon lequel le « nous » québécois n’a pas le français comme langue commune.

Comme l’écrivait Philippe Perreault, du Mouvement Montréal français:

« Son « nous » contribue à l’hégémonie déjà puissante de l’anticulture qui lamine les pluralités nationales. Son « nous » exclut le collectif pour laisser place à l’individualisme et à l’atomisation de nos sociétés, symptôme grandissant de la perte de l’intérêt politique du bien commun pour laisser place à la fragmentation et à l’intérêt particulier. »

Un candidat du passé

Cette façon mollassonne de considérer la société québécoise est en droite ligne avec la période sombre des années de Lucien Bouchard, lorsque celui-ci avait affirmé qu’il ne pourrait pas se regarder dans le miroir si le PQ renforçait la Loi 101. On en est encore à l’étape de l’affaire Michaud, de l’argent et des votes ethniques de Parizeau et des grandes dénonciations de souverainistes qui oseraient affirmer quelque chose d’aussi « honteux » qu’il y a une langue commune au Québec et que cette langue, c’est le français.

Sous couvert d’être le secrétaire général des Intellectuels pour la Souveraineté du Québec (IPSO), Philippe Leclerc, qui a fait le choix d’étudier en anglais à l’université Concordia (et qui profite donc du sur-financement des universités anglaises au Québec) a donc tout le loisir de propager ses vieilles idées d’une indépendance désincarnée, dénationalisée, n’ayant rien à offrir au peuple québécois sinon une pâle copie du multiculturalisme canadien encourageant les ghettos et nuisant à la cohésion sociale garantie par une langue et une culture communes.

On aurait vraiment envie de lui demander: pourquoi l’indépendance, alors? Pourquoi vouloir que le Québec soit un pays si c’est pour « s’enorgueillir » de gens incapables de s’intégrer après plus de dix ans passés ici? Pourquoi vouloir un pays si on ne rêve que de multiculturalisme, de multilinguisme et d’une atomisation toujours plus croissante de la société en individus désolidarisés, déconnectés et repliés chacun sur leurs ghettos respectifs?

Non, le PQ n’est pas de retour. Il s’agit de la même continuité d’un parti ayant peur de s’engager fermement pour le français et préférant faire de la vieille politique avec quelque poteau sympathique s’activant pendant un mois à serrer des mains, à jouer à la pétanque avec l’âge d’or et à promettre mer et monde tout en continuant, insidieusement, à détruire notre capacité à bâtir une société nationale cohérente et française.

Avec tous ceux qui ne souhaitent que notre disparition, partout au Canada, avons-nous besoin en plus d’un Philippe Leclerc méprisant notre désir d’établir une société cohérente et francophone et valorisant ceux qui ne respectent pas notre désir de survie?

L’indépendance, c’est en français et pour le français qu’on la veut. Toute autre conception constitue au mieux une euthanasie volontaire, au pire un suicide organisé.