La patate chaude
17 octobre 2007

Ira-t-on en élections, oui, non, peut-être? Harper a démontré qu’il était en plein contrôle de la situation en tendant un piège à Stéphane Dion. Ce n’est pas un gros piège, mais c’en est un tout de même.

En effet, si Dion vote contre le discours du trône et respecte les positions libérales quant à Kyoto ou au retrait des troupes d’occupation de l’Afghanistan, ses chances de gagner les prochaines élections sont très faibles. Les sondages donnent près de 40% des votes au Parti Conservateur, et le Parti Libéral a presque été éliminé du Québec.

Mais d’un autre côté, si le PLC vote en faveur du discours du trône – ou si un nombre suffisant de ses députés d’abstiennent – le parti perdre toute crédibilité au cours des prochains mois lorsqu’il critiquera les choix du gouvernement. Harper pourra alors prendre son air de porc frais et dire: « Vous avez appuyez les orientations du gouvernement quand vous ne vous êtes pas opposés au discours du trône, alors arrêtez de vous plaindre! ». Et au Québec, on pourra profiter de ce temps pour mieux organiser les troupes conservatrices, notamment en utilisant les réseaux créés par l’ADQ. Et si Dion devait quitter la chefferie du Parti Libéral? Pas de problème, on s’arrange pour faire passer les mesures les plus radicales car aucun parti ne voudra aller en élections sans chef!

On peut détester les positions politiques de droite vieillottes et dépassées de Harper et de ses amis conservateurs (ou adéquistes, au Québec), mais force est d’admettre qu’il joue très bien le jeu politique. Comme quoi un manipulateur sachant manipuler aura souvent l’avantage sur un idéologue un peu naïf comme Dion.

Comme on dit, la balle est dans le camp de ce dernier. Et voilà bien une rare situation où celui qui a le pouvoir entre ses mains souhaiterait avant tout ne pas posséder cette puissance. Ce n’est plus une balle que doit frappper Dion, mais plutôt une patate chaude qui lui a remis Stephen Harper, convaincu qu’il ne peut pas perdre. Sans marge de maneuvre, Dion a maintenant le choix entre une mort rapide et violente ou la lente asphyxie de celui qui se décide à jouer la « game », mais qui commence avec la moitié du match en retard.

La fin
25 mars 2007

ParlementÊtes-vous comme moi, à avoir hâte que ça se termine? C’est un vrai marathon qui n’en finit plus cette campagne électorale. À tous les jours les mêmes phrases creuses, les mêmes discours, les mêmes stratégies, les mêmes idées, et la même couverture très peu objective des principaux médias.

L’émission Les Coulisses du pouvoir nous apprenait aujourd’hui que la couverture médiatique de la campagne de l’ADQ a été de près du double de celle du PQ, qui elle tirait largement derrière celle du PLQ. Faut-il se surprendre que des médias appartenant à de grosses corporations ou au gouvernement fédéral parlent davantage des partis les plus à droite et qui proposent des politiques économiques plus susceptibles de favoriser les plus riches?

Une chose est claire: il est temps que ça se termine. L’incertitude, ce n’est pas bon pour personne. Il faut que le rideau tombe, que les électeurs se prononcent, et qu’on reparte du bon pied. Le prochain gouvernement sera vraisemblablement minoritaire, et ce sera pour nous une occasion de mieux y voir clair et de répondre à trois questions fondamentales:

1) Jean Charest est-il capable de gouverner le Québec avec stabilité et d’assumer le désir identitaire du Québec?

2) André Boisclair est-il capable d’être rassembleur, de rallier les progressistes et les autres au sein de son parti et de mener à bien à la fois la quête indépendantiste et l’attachement des Québécois à leur social-démocratie?

3) Mario Dumont est-il capable d’être autre chose qu’un beau parleur et peut-il s’entourer d’une équipe? Est-il en mesure d’adoucir ses politiques quasi-extrémistes et de plaire autant aux régions qu’aux gens des grands centres?

Demain soir, nous serons fixés. Je crois que le PQ pourrait gagner ces élections avec près de 50 sièges, profitant de la division du vote fédéraliste et de droite entre l’ADQ et le PLQ. Mais même si c’était le cas, ce serait une victoire extrêmement fragile, qui ne pourrait être célébrée que parce que Boisclair revient de loin et qu’il a su mettre un frein à la montée adéquiste dans les dernières semaines de campagne.

Mes prédictions:

PQ: 50 sièges
PLQ: 49 sièges
ADQ: 26 sièges

Quelles sont les vôtres?

Mise à jour (20h30):

Le site Democraticspace vient de mettre à jour ses dernières prédictions. Le site ne s’est jamais encore trompé sur les résultats, et il prévoit un gouvernement libéral minoritaire, avec une très forte opposition du PQ et quelques sièges de moins que prévu pour l’ADQ.

Mise à jour (lundi, 9h00):

AUX URNES, CITOYENS!

Car comme le disait Vilain Pingouin, le droit de voter, c’est aussi le droit de chiâler! (Ok, ok, ça faisait longtemps que je voulais la ploguer celle-là! )
😉

Mise à jour (lundi, 13h30):

Il y a une rencontre de blogueurs ce soir organisée dans un bar du centre-ville. Les informations sont sur le site de Julie Bélanger. Mettez un petit 2$ que Philippe Schnob va y être. Pour ma part, je vais passer la soirée tranquille avec ma blonde et regarder les résultats à la télévision. N’hésitez pas à laisser vos commentaires tout au long de la soirée! Je vous reviens plus tard ce soir, quand nous aurons un nouveau gouvernement! (Au moins j’aurai quelqu’un pour me consoler si jamais le petit Mario obtenait trop de sièges… ) À bientôt!

La lucidité de la solidarité
18 février 2007

Québec Solidaire lançait aujourd’hui sa campagne électorale sous le thème « Soyons lucide, votons Québec solidaire », un clin d’oeil au débat entre les Lucides et les Solidaires, qui a fait rage tout au cours de l’année 2006.

La réappropriation par la gauche du thème de la lucidité largement utilisé à droite témoigne d’un désir de se réapproprier le côté rationnel du débat. On peut être solidaire ET être lucide à la fois. Mais comme l’écrivait Michel Venne il y a quelques mois:

« Il y a des personnes lucides et solidaires dans tous les partis, qui donnent chacune leur définition à ces deux expressions. Deux mots qui peuvent devenir des paravents commodes à des idéologies qui refusent de s’afficher, et que nous devrions cesser, au nom de la clarté des débats publics, d’ériger en catégories politiques. »

Bref, autant l’idée de s’approprier la lucidité par les Solidaires est intéressante, autant cela ne contribuera pas à élever le niveau de la discussion au-delà de cette apparente dichotomie. Tant et aussi longtemps que les Lucides croiront détenir la vérité parce qu’ils seraient lucides et les Solidaires parce qu’ils seraient solidaires, le débat fera du sur-place.

N’est-il pas plutôt temps d’aller au-delà de la lucidité et de la solidarité pour nommer les enjeux, pour se positionner clairement sur l’échiquier politique?

« Les Québécois se voient offrir quatre voies idéologiques dans l’univers partisan, de droite à gauche, entre l’Action démocratique, le Parti libéral, le Parti québécois et Québec Solidaire. C’est entre ces options que les électeurs choisiront. »

De droite à gauche, disons-le clairement. Le débat doit cesser de tourner autour du consensus, où chaque parti se targue de représenter tout le monde. Il doit plutôt se centrer sur les idéologies, qui elles seules sont véritablement représentatives de ce qu’est vraiment un parti.

En ce sens, je préfère encore le slogan de 1998 du PDS (Parti de la démocratie socialiste, l’ancêtre de l’UFP, qui lui-même est devenu Québec Solidaire) au nouveau de QS: « L’indépendance, c’est à gauche. »

Ça c’est clair. En quelques mots, on comprend que le PDS est une alternative de gauche au PQ. Clair. Lucide.

Au fond, se pourrait-il que Québec Solidaire ait peur de s’afficher à gauche, tout comme l’ADQ et le PLQ n’osent pas trop assumer le fait qu’ils sont de droite? N’est-ce pas là le signe que les idéologies ont mauvaise presse?

Mais les idéologies ont ceci de particulier: plus on prétend qu’elles ne doivent plus exister, plus elles pénètrent les esprits et orientent le débat.

C’est Foglia qui l’a le mieux expliqué, en réponse à des courriels où des lecteurs l’accusait de ne rien comprendr à l’économie puisqu’il défendait les travailleurs d’Olymel:

« On a changé de Plan, le nouveau s’appelle la mondialisation. […] C’est gentil de m’avoir donné un cours d’économie. En échange, voulez-vous que je vous explique comment fonctionne une idéologie? »

Lire aussi: Élections, les défis