Les connards
24 février 2012

Il arrive un jour dans la vie de tout parent où son enfant lui demande : « Papa, que faisais-tu quand… » Quand le jeune s’éveille à son histoire, qu’il prend conscience des grands mouvements sociaux ayant transformé la société, des formidables luttes ou des tristes reculs ayant façonné la réalité contemporaine, il désire savoir où se situait ses parents dans ce formidable flux..

« Papa, que faisais-tu quand les étudiants se battaient pour une éducation accessible pour tous ? »
– Heu… Hmmm… Veux-tu vraiment le savoir, fiston ?
– Oui !
– Hé bien… J’étais à la solde du gouvernement en place et je portais un carré vert signifiant que j’étais en faveur de cette hausse.
– …

Que dire à un tel enfant ? J’aimerais le savoir. Je regarde ce Mouvement des Étudiants Socialement Responsables du Québec, dont les têtes dirigeantes sont reliées au Parti Libéral du Québec, et j’ai de la peine. Pas pour eux, bien sûr, mais pour leurs enfants. Comment un enfant doit-il se sentir quand il apprend que son père ou sa mère étaient de gros connards ?

* * *

Les connards ont toujours des justifications ; c’est ce qui les différencie des idiots. Un connard est un idiot qui a développé un argumentaire suffisamment convaincant pour convaincre d’autres idiots de s’élever jusqu’à devenir des connards.

La première règle du connard. Pour devenir un connard, il faut avant tout adopter une argumentation circulaire s’appuyant sur les préjugés. Par exemple, dans les années soixante aux États-Unis, on pouvait parler des « nègres » comme d’une race de paresseux. En 2012, au Québec, on peut parler des étudiants comme étant des buveurs de bière. Ça marche. C’est circulaire ; à l’opposant de prouver le contraire. Il suffit d’avoir vu une fois un étudiant buveur de bière et le tour est joué.

La seconde règle du connard. De la même manière, on sort quelques chiffres bidons sans aucun rapport avec la réalité. On compare les frais de scolarité par rapport à ceux payés en 1968, par exemple. Pourquoi 1968 ? Parce que. Voir le point un. Et qu’importe si les taux de scolarité et de diplomation étaient plus faibles. Pas le moindre soucis si le taux de fréquentation universitaire était si anémique qu’il avait fallu baisser violemment les frais de scolarité pour renverser la tendance au début des années soixante. Non. Vous n’avez rien compris. Quand vous êtes un connard, vous choisissez une date, vous choisissez un chiffre, et vous répétez jusqu’à épuiser tout le monde sauf les autres connards qui vous suivent..

La troisième règle du connard. Quand l’utilisation abusive de données ne fonctionne pas, on utilise des concepts en vogue qu’on tente d’arrimer à notre cause. Tiens, l’utilisateur-payeur, par exemple. Il suffit alors de dire qu’il est « socialement responsable » pour l’utilisateur de payer. Le truc fondamental, c’est de ne pas s’engager plus en avant dans cet argumentaire, de peur d’avoir à avoir une logique à assumer. Par exemple, une personne intelligente pourrait bien faire remarquer que personne n’irait à l’université ou presque avec l’utilisateur-payeur, qu’il n’y aurait plus de rue, plus d’aqueduc, et plus aucune forme de société complexe et collective. Le connard, quand il fait face à de tels arguments, doit ABSOLUMENT faire référence au point 1 et revenir sur les préjugés originaux.

* * *

Le connard, en fait, est un idiot doté d’une intelligence suffisante pour s’établir un réseau complexe de schémas mentaux schizophréniques lui permettant d’être en mesure de se regarder dans le miroir sans se rendre compte à quel point il est connard. Il peut ainsi vivre une vie pleine et épanouie et ne pas ressentir le moindre malaise, ni face à la pauvreté, ni face à la baisse de la fréquentation universitaire, ni face à la marchandisation de l’éducation. Le connard marche dans un tas de merde en respirant des effluves de rose.

Et quand, un jour, son enfant lui pose la question fatidique, quand son propre enfant le met en face de son statut de connard égoïste et centré sur son petit cul, que fait le connard ?

Pour la première fois de sa vie, il est honnête. Il a vendu son corps, son âme, le peu d’intelligence qu’il avait, et il met désormais sur le marché celle de son enfant, en lui révélant l’ampleur de sa connerie et en proposant, en retour de l’amour inconditionnel d’un enfant pour son parent, la vérité d’une vie gâchée à se prostituer pour des intérêts privés n’ayant aucun état d’âme à œuvrer contre le bien commun.

Car, plus que tout, le connard rêve que son fils devienne un jour un super-connard.

Il est prêt à tout pour ça.

« Fiston, dans la vie, commence par payer tes propres couches, sois responsable… »

Pour qui travaillera Jean-Marc Fournier?
11 août 2010

La politique, c’est comme une partie d’échecs. Il y a un principe au jeu d’échecs consistant à toujours juger une position comme elle est présentement et à faire fi des erreurs commises. Je viens peut-être de faire une gaffe incroyable, mais je commets une autre gaffe en tentant de la réparer. Je dois observer l’échiquier tel qu’il est et tenter d’en tirer le maximum. Persister avec une façon de faire ayant mené à un échec est la meilleure façon de conduire à un nouvel échec. Voilà une leçon que Jean Charest aurait dû apprendre avant de sortir Jean-Marc Fournier des boules à mites.

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Théoriquement, l’idée fait du sens. Les stratèges libéraux se sont rendu compte que le ton acrimonieux à l’Assemblée nationale nuit principalement au Parti Libéral et très peu au Parti Québécois. Malgré tous les hauts-cris et les dénonciations de Jean Charest, la population ne le croit plus: c’est son parti qui, à ses yeux, est responsable de la dégénérescence des relations au parlement. En se débarrassant d’un Jacques Dupuis très agressif pour le remplacer par un Jean-Marc Fournier ayant déjà démontré qu’il pouvait accomplir cette tâche avec davantage de respect, le PLQ croit pouvoir changer la donne et se redonner une image respectable. Ça, c’est le calcul.

Le problème – et il est majeur – vient du fait que Jean-Marc Fournier a eu une vie entre son départ de la politique, en 2008, et son retour aujourd’hui. L’homme qui est avocat de formation est devenu, début 2009, vice-président principal de la planification stratégique au sein de la division Socodec, une filiale de SNC-Lavalin. Socodec, rappelons-le, est l’entreprise ayant construit le toit en kevlar du stade, au milieu des années 1980. Et c’est SNC-Lavalin qui était pressentie pour remplacer la toile du stade olympique par un toit fixe, jusqu’à ce que la Régie des installations olympiques décide, fin juin, de lancer un avis d’intention international.

Oui, vous avez bien lu. En plein scandale sur l’industrie de la construction, au moment où même le dernier des nouveaux-nés dans le dernier des hôpitaux de fond de rang demande une enquête sur les liens entre le gouvernement et cette industrie, Jean Charest va chercher un individu relié à ce secteur et qui a œuvré, jusqu’à tout récemment, à faciliter l’attribution du contrat du nouveau toit du stade à sa compagnie.

Odeur de fin de mandat

Évidemment, on pourrait rétorquer que ce ne sont que des allégations. Mais combien faut-il d’allégations avant qu’on puisse tirer des conclusions? Combien de personnes doivent-elles composer le 911 et affirmer qu’il y a de la fumée suspecte avant que les pompiers ne quittent leur caserne pour aller y voir de plus près? Le gouvernement aura beau dire qu’il ne s’agit que d’allégations, mais plus personne ne le croit.

En allant chercher Fournier, Jean Charest espérait peut-être redonner un nouveau souffle à son parti. Il confirme plutôt ce que beaucoup affirment depuis des mois: ce gouvernement est en fin de mandat et ses actions ne sont pas justifiées par la recherche du bien commun mais par la futile tentative de se sauver les fesses d’une situation dans laquelle il s’est lui-même placé. Et la présence de Jean-Marc Fournier ne constituera qu’un autre filon à exploiter par des journalistes curieux d’en savoir davantage sur les apparences de corruption de ce gouvernement.

Jean Charest est en train de perdre la partie. Il essaie n’importe quoi et joue des coups désespérés. Rien n’y fera. La seule façon pour lui de s’en sortir serait d’espérer une opposition péquiste assez faible et désorganisée pour espérer un énième miracle.

Avec Marois au volant, il garde peut-être espoir…

En attendant, la question mérite d’être posée. Pour qui travaillera Jean-Marc Fournier? Les citoyens, ou son portefeuille et ses amis de chez SNC-Lavalin?

PLQ: Cynisme 1, Éthique 0.
31 août 2009

Les révélations de Radio-Canada selon lesquelles la compagnie ABC Rive-Nord, dont est actionnaire le ministre David Whissel, a reçu plusieurs importants contrats sans appel d’offres de la part du ministère des Transports ne constitue pas une exception. Cette violation des règles établies par le Conseil du Trésor constitue un énième signe du peu d’intérêt porté par le gouvernement libéral pour les questions éthiques. On a beaucoup parlé des fortes apparences de corruption de l’administration Tremblay à Montréal; il ne faudrait pas oublier les méthodes douteuses de plusieurs ministres du gouvernement Charest.

plq-ethique

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Voici quelques exemples patents de cette « flexibilité » de l’éthique:

  • Sam Hamad.  En 2003, Danielle Dussault, sa femme, était propriétaire de quatre services de traiteurs obtenant de juteux contrats de la part du gouvernement.  Dans sa déclaration d’intérêts suivant son assermentation comme ministre, M. Hamad a pourtant écrit que ni lui ni des membres de sa famille immédiate ne possédaient d’entreprises « qui sont susceptibles de faire des marchés avec l’État ». Suite à l’analyse du jurisconsulte Claude Bisson, la relation entre l’entreprise Nourcy et le gouvernement a été démontrée, ce qui n’a pas empêché le gouvernement Charest de tolérer ces pratiques. (( Le Soleil, Le Québec et le Canada, jeudi, 11 septembre 2003, p. A6, La conjointe d’Hamad doit réduire ses services au gouvernement, La déclaration d’intérêts du ministre soulève des questions, Paquet, Stéphane ))
  • David Whissell. Plusieurs hommes politiques doivent choisir entre leurs intérêts privés et ceux de la nation.  Pas David Whissell.  En 2007, le gouvernement Charest a modifié la loi afin de permettre au ministre de conserver ses intérêts dans ABC Rive-Nord, une compagnie obtenant des contrats du ministère des Transports et dont le chiffre d’affaires a doublé entre 2006 et 2008. Par la suite, le ministère n’a pas hésité à violé la convention collective d’employés gouvernementaux pour favoriser cette même entreprise pour l’entretien d’une partie de l’autoroute 50, dans le comté de M. Whissell.  Au lieu de vérifier si le service ne serait pas moins coûteux avec le public, comme c’est la norme, il a fallu « déplacer des ouvriers du ministère vers un autre centre de service et retirer un contrat à un autre sous-traitant, tout ça pour permettre à la firme appartenant à un ministre d’obtenir un contrat avec le gouvernement », explique Éric Lévesque du SFPQ.  Comme quoi l’idéologie du tout-privé et les intérêts personnels des ministres ne sont jamais loin.
  • Philippe Couillard. M. Couillard a négocié pendant des mois son passage au privé chez Persistence Capital Partners (PCP), alors même qu’il était toujours ministre de la santé. Cinq semaines avant sa démission de ce poste important, il a même signé un « protocole d’entente concrétisant l’accord des parties et fixant les conditions de rémunération et d’autres considérations matérielles » avec PCP. Avec les deniers publics, sur un temps qui aurait dû servir à travailler sur les enjeux pour lesquels les électeurs l’avaient choisi, il a préféré se préparer un joli parachute doré en prévision de sa sortie. Et Charest, lui, a-t-il condamné ce manque flagrant d’éthique? Non, évidemment.
  • Jean D’Amour. En 2007, il a démissionné de son poste de maire de Rivière-du-Loup pour s’opposer à Mario Dumont lors des élections provinciales.  Un mois après sa défaite et quelques mois après avoir plaidé coupable de conduite avec facultés affaiblies, il est devenu directeur du développement des affaires pour la firme de génie-conseil BPR, en contravention directe avec les règles d’après-mandat pour un maire qui imposent un moratoire de deux ans sur les activités de lobbyisme auprès de « toute institution parlementaire, gouvernementale ou municipale » (( Source )). De la même manière, M. D’Amour n’était pas sur le registre des lobbyistes alors qu’il faisait du lobbyisme… au moment-même où il devenait président du Parti Libéral du Québec (PLQ) en mars 2008!

On le constate, le PLQ ne donne pas sa place en matière d’apparence de conflits d’intérêts, voire de corruption. Ce qui surprend, par contre, c’est la candeur avec laquelle on explique de quelle manière les lois ne sont pas faites pour être respectées par les députés, mais plutôt modifiées pour satisfaire chaque individu. « La directive, elle est ajustée à toutes les fois qu’un ministre remplit une déclaration d’intérêt, pour tenir compte des situations particulières des ministres », expliquait Hugo D’Amours, attaché de presse de Jean Charest, le printemps dernier. « Ça veut dire s’assurer que la règle puisse circonscrire chacune des situations. » En bon français, ça veut simplement dire que le gouvernement Charest se réserve le droit de modifier les lois selon son bon vouloir pour satisfaire ses intérêts politiques. Plus arrogant que ça, tu meurs électrocuté sur des pylônes électriques.

Encore une fois, la véritable victime de ces magouilles est la démocratie et l’institution parlementaire elle-même. Que voit le citoyen lambda, lorsqu’il ouvre sa télévision? Il voit une belle bande d’opportunistes faisant passer leurs intérêts personnels avant ceux de la population. Peut-on lui dire qu’il a tort?

Au moment-même où on s’arrache les cheveux en public sur le faible taux de participation aux élections, il serait peut-être bon de se rappeler que c’est souvent par cynisme que certains font le choix de rester chez eux. Ou par intérêt personnel, se disant que ça n’en vaut pas la peine. Maintenant, va-t-on leur reprocher cet égoïsme pendant que leurs élus contournent allègrement les règles pour s’en mettre plein les poches?

Ce n’est pas seulement la politique municipale qui a besoin d’un bon coup de balai.

Mathématiques féministes
12 décembre 2008

Dernièrement, je m’en suis pris au sexisme de Québec Solidaire, qui impose un quota de femmes dans la sélection de ses candidats, et les choisit donc en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences. Je vais faire amende honorable ici et souligner que ce type de sexisme n’est pas l’apanage d’une certaine vieille gauche. Même le Parti Libéral du Québec (PLQ) prend cette direction.

En effet, le PLQ a « fièrement » annoncé que son prochain cabinet ministériel proposerait la parité hommes-femmes. Comme le souligne ce texte, le prochain conseil des ministres devrait compter 24 élus, ce qui discrimine les hommes et réduit la qualité des ministres qui serviront la population du Québec. Observons.

Dans mon petit calcul, je pars du principe que les sexes sont égaux et que la qualité des députés élus des deux sexes est généralement égale. Même s’il est normal qu’il y ait davantage d’hommes dans un jeu aussi extrême et argumentatif que la politique (tout comme on s’attend à voir davantage de femmes dans les Centres de la Petite Enfance (CPE) et les hôpitaux), je crois qu’une femme qui a ce qu’il faut pour faire de la politique est l’égale d’un homme; ni meilleure, ni pire.

Ainsi, il est possible d’utiliser les mêmes chiffres pour les deux sexes. Je divise les députés en quatre catégories: les meilleurs, les bons, les ordinaires, et les incompétents. J’attribue 25% des députés à chaque catégorie. Considérant qu’il y a 44 hommes et 22 femmes qui ont été élus, ça donne 11 députés masculins de chaque type et 5,5 députés féminins. Jusqu’ici, tout va bien.

Maintenant, si Jean Charest suit sa politique d’imposer un quota de femmes dans son prochain cabinet, cela voudrait dire qu’il y aurait 12 députés de chaque sexe. Pour les femmes, cela voudrait dire qu’on prendrait les 6 (j’arrondis le 5,5) meilleures, auxquelles on ajouterait les 5 bonnes et une ordinaire. Pour les hommes, on choisirait les 11 meilleurs députés auxquels on ajouterait un bon député.

Prochaine étape?

Prochaine étape?

Vous voyez le résultat?

Avec une telle formule, on a été obligé d’aller piger dans la catégorie « ordinaire » pour les femmes alors qu’il restait de la place pour 10 bons députés masculins. Conséquemment, on s’est privé du talent de 10 bons candidats pour choisir une femme « ordinaire » afin de respecter la parité. Bref, on a choisi un candidat en fonction de son sexe plutôt que de ses compétences.

En fait, la seule façon de faire fonctionner adéquatement la formule que semble avoir choisi Jean Charest, c’est de partir du postulat qu’une femme en politique vaut deux fois davantage qu’un homme. Si les hommes sont deux fois moins bons que les femmes, alors le calcul fonctionne très bien. On se retrouve avec 12,5% de meilleurs, 12,5% de bons, 37,5% d’ordinaires et 37,5% d’incompétents. Ce qui donne 5,5 meilleurs, 5,5 bons et un seul ordinaire, tout comme pour les femmes. Le calcul fonctionne très bien.

On le constate, la seule façon logique de se retrouver avec un cabinet de ministres de compétence égale consiste à partir de l’idée que les hommes sont inférieurs aux femmes. Tout calcul partant du principe que les sexes sont égaux échoue et on se retrouve avec de moins bons ministres femmes alors que des hommes ont été laissés de côté.

Si vraiment on veut avoir un système équitable permettant une juste représentation des deux sexes, il faudrait que le conseil des ministres représente en pourcentage le rapport d’élus hommes/femmes. Tout ça, bien sûr, si on veut persister dans la voie contre-productive où on choisit les gens en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences.

L’autre possibilité? On choisit les meilleurs, peu importe le sexe. On s’assoit devant un dossier, on regarde les acquis, on évalue les forces et faiblesses et on fait abstraction du sexe tout comme on le ferait pour la race ou l’orientation sexuelle. On choisit en fonction des compétences, contrairement à ce que Charest veut mettre en place.

Malheureusement, qui ne dit mot consent. Tant que nous, les hommes, ne réaliserons pas que nous sommes progressivement infériorisés dans de nombreuses sphères de la société, les choses ne changeront pas et nous assisterons à l’augmentation du sexisme, tel qu’imposé par des féministes ou des gens qui ont adopté les valeurs féministes revanchardes. C’est à nous, mais aussi à nos femmes, nos amis, bref tous ceux de notre génération qui constatent que de nouvelles formes de discriminations se mettent en place contre les hommes, de refuser ce nouvel état de fait et de nous opposer, démocratiquement, à tout parti qui propose de telles mesures sexistes.

En attendant, j’ai une suggestion pour les féministes-sexistes: pourquoi ne pas vous battre pour la parité hommes-femmes à l’université? Aux dernières nouvelles, il y avait entre 60 et 75% de femmes, dépendant du secteur.

(Vous voyez dans quel panier de crabe on fout la main quand on veut choisir les gens en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences!)

Philippe Couillard: une odeur de corruption
20 août 2008

Comme le souligne cet article dans La Presse, Philippe Couillard a signé deux décrets favorisant le secteur privé dans la santé, et ce, au moment où il réfléchissait déjà à la possibilité de se joindre au groupe Persistence Capital Partners.

Dans un arrêté ministériel signé du ministre Couillard le 18 juin, le gouvernement a adopté la liste officielle d’une cinquantaine de «traitements médicaux» qui pourront maintenant être dispensés dans un «centre médical spécialisé», une clinique privée. Or, dès le jeudi 19 juin, des médias ont révélé que Philippe Couillard quittait la vie politique. Le mercredi suivant, le jour où il a confirmé sa démission, le gouvernement adoptait par décret une modification au règlement sur les frais exigibles pour l’octroi d’un permis de centre médical spécialisé. En réduisant de moitié les frais demandés aux gestionnaires de cliniques privées, le gouvernement se retrouve maintenant à assumer une partie des coûts pour l’analyse des dossiers et la délivrance des permis.

Il y a désormais deux choses qui devraient maintenant être très claires pour tout le monde. Tout d’abord, si Couillard espérait un jour faire un retour par la grande porte et remplacer Jean Charest à la tête du Parti Libéral du Québec, ses chances sont maintenant nulles. On dit que les gens ont la mémoire courte; peut-être, mais ce genre de manque de jugement flagrant risque de rester longtemps dans la mémoire des analystes politiques, qui ne manqueront pas d’en reparler. Et ensuite, c’est bel et bien le mot « corruption » qui doit être utilisé pour parler de Couillard, lui qui a travesti son rà´le de défendeur de notre système pour ouvrir insidieusement la porte à ses futurs alliés du privé.

Comme le note Richard Larose… Alias le Citoyen, « Celui qui voulait nous convaincre que l’incursion du privé dans la santé été du « caca » est maintenant à la solde d’une compagnie privé en gestion de fond santé. Dans le domaine du « pas de gènes » on repassera n’est-ce pas. » Yves Archambault en rajoute:

Le système de santé à deux vitesses vient de se trouver un Super Allié. Le gars a pendant cinq ans complété sa formation de démolisseur du système de santé public tout en prétendant le défendre. Que ceux qui croient en cette fable que le privé va diminuer les listes d’attentes m’en reparlent dans 5 à 10 ans. Ces cliniques privées vont se consacrer aux 5% des gens les mieux nantis et les autres vont se trouver encore plus mal desservis qu’avant. Les médecins et les infirmières qui seront attirés par ces établissements qui donc va les remplacer dans le public? A-t-on déja oublié que nous sommes en pénurie de ce cà´té?

En effet, voilà une analyse qui se tient. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que des médecins membres de l’exécutif de la National Health Service Consultants de Grande-Bretagne ont écrit à l’Association Médicale Canadienne (AMC) pour les mettre en garde contre un système de santé s’inspirant un peu trop des désastreuses réformes britanniques, qui, contrairement à ce qui avait été annoncé, n’ont absolument pas désengorgé le système public – bien au contraire – et ont contribué à faire exploser les coûts.

Cependant, l’AMC sera-t-elle à l’écoute, ou fera-t-elle un petit discours d’apparence comme Couillard pendant qu’elle affûte ses couteaux servant à dépecer notre système national? On peut certainement se poser la question, surtout au regard des deux nouveaux nominés de l’organisation: John Rapin, ancien candidat conservateur aux élections provinciales en Ontario et ouvertement en faveur des « partenariats » public-privé (j’aime le mot « partenariat », comme si on pouvait faire collaborer le renard et les poulets) et Joanne Vézina, membre du conseil d’administration de la
compagnie d’assurance La Survivance, qui offre des assurances dans le domaine de la santé et risquerait donc de voir son chiffre d’affaire se gonfler avec une plus grande présence du privé dans le secteur.

Face à de tels attaques des carnassiers du privé, qui salivent déjà sur les profits à faire avec notre santé, le rà´le d’un ministre de la santé devrait être de défendre nos institutions et de faire preuve d’une impartialité irréprochable. Philippe Couillard, en ayant commencé ses pourparlers pour se joindre à une firme privée au moment où il était encore ministre et qu’il signait des décrets favorisant ce genre d’entreprise, a gravement manqué à son devoir de ministre.

Quelle crédibilité aura-t-il désormais, celui qui a été un des hommes les plus populaires du gouvernement Charest, et qui a menti, trompé la population et vendu notre système au plus offrant avant de partir en coup de vent se faire la piastre pour une compagnie ne désirant que la mise en lambeaux de notre système?

à€ lire: Pendant que la droite continue sa propagande…

Yves Bolduc: une insulte à la démocratie
25 juin 2008

La nomination de Yves Bolduc, un non-élu, au ministère de la santé, est un affront à nos institutions démocratiques. Je suis donc profondément en désaccord avec Patrick Lagacé, qui affirme que parce que « le paquebot de la Santé est gigantesque, il me semble que placer un gestionnaire du milieu de la santé derrière le gouvernail n’est pas un luxe ».

En effet, il est faux de prétendre que les ministres sont seuls quand ils gouvernent et de s’attaquer ainsi à leur compétence. Ils sont appuyés par des sous-ministres et toute une kyrielle de fonctionnaires compétents qui sont chargés de faire tout fonctionner. De faire entrer un non-élu, dont la population n’a même pas voulu à Alma, ne peut qu’augmenter les frictions entre l’administration et le ministre lui-même.

Par ailleurs, en mettant à la tête d’un ministère aussi important que celui de la santé un individu n’ayant pas reçu l’aval de la population, on enlève la possibilité pour les gens de juger et de sanctionner le travail de l’individu. Ayant été défait en mars 2007, on espère maintenant que les gens voteront pour lui plus tard parce qu’il est ministre. Erreur de logique. On vote pour les qualités de la personne et ensuite on le fait ministre, et pas le contraire.

Finalement, quelle est cette logique technocrate et fallacieuse consistant à vouloir mettre un spécialiste dans chaque ministère? Ça sera quoi après? Un Islamiste radical à l’immigration? Un linguiste aux langues officielles? Un joueur de la LNH aux sports? Un recteur à l’éducation? Un milliardaire aux finances? Un chauffeur d’asphalteuse aux travaux publics?

Non, ce n’est pas ainsi que fonctionne la démocratie. Nos élus ne sont certes pas parfaits, mais mieux vaut avoir des gens imparfaits qui nous représentent que des gens soi-disant au-dessus de tout et dont le mur est couvert de diplà´mes, mais qui ne sont même pas capables de se faire élire.

En ce sens, la nomination de Yves Bolduc est une insulte à la démocratie et il s’agit d’une preuve supplémentaire (si besoin était d’en avoir besoin d’une) que le gouvernement Charest se fout éperdument de la population, trop occupé à soigner sa vieille dré-drette en lui mettant un scanneux de stéthoscope qui vient sermonner les gens sur la soi-disant nécessité de faire une plus grande place aux ti-amis corrompus du privé.

De l’absurdité à une plus grande absurdité
23 novembre 2007

La décision du gouvernement québécois de dépenser 620 millions $ pour entretenir l’industrie manufacturière est une erreur déjà assez catastrophique en elle-même: dépenser des millions pour un secteur moribond et en déclin. Mais ce qui est bien pire, c’est quand on pense que ce déclin est causé par les idées néolibérales et que le PQ irait encore plus loin vers la droite que le PLQ.

Comment peut-on sérieusement espérer rendre compétitives des entreprises devant payer un salaire décent à leurs employés, alors qu’en Chine on peut faire faire le même travail pour vingt fois moins cher? C’est impossible dans un contexte de libre-échange. En fait, la seule façon serait d’imposer les importations à un juste coût pour ainsi favoriser l’industrie nationale. En clair: il faudrait faire payer vingt fois plus cher en impôt aux entreprises importatrices de produits fabriqués à l’étranger plutôt que de subventionner massivement des entreprises exportatrices qui ne pourront jamais être compétitives avec les pays asiatiques.

En adoptant l’idéologie du libre-échange à tout vent, le gouvernement libéral est lui-même la cause de la crise; c’est son refus d’accepter les conséquences de ce choix – c’est-à-dire la disparition définitive et quasi-totale du secteur manufacturier – qui le pousse à saupoudrer des millions ici et là pour donner l’impression qu’il agit. Mais rien ne sauvera ces entreprises tant et aussi longtemps qu’on aura fait de la « libre » circulation des biens un dogme.

Mais ce qui est le plus pathétique dans cette histoire, c’est la critique du PQ. Pauline Marois, qui revient sur la scène publique après des semaines/mois perdue dans le brouillard, affirme que le gouvernement aurait dû aller plus loin en éliminant complètement la taxe sur le capital. Wow, bravo! Le problème vient d’une organisation économique trop à droite et on va rendre ça encore plus à droite! Déjà que les entreprises ne sont pas assez imposées, le PQ veut être plus catholique que le pape et leur donner encore plus de nananes!

Au fond, tout le monde s’attend à ce qu’un parti de droite comme le PLQ (ou son petit frère adéquiste en mal de visibilité) souhaite soulager les entreprises et préconise des « solutions » de droite. Mais quand le PQ en est rendu à reprocher aux Libéraux de ne pas être assez radicaux dans leurs mesures de droite, c’est signe de la dégénérescence avancée du Parti Québécois, qui devient de plus en plus chaque jour en paroles ce qu’il a toujours été, depuis 1982, en actions: un parti de droite comme les autres, dont la seule particularité est de vouloir crosser le monde en français dans un Québec soi-disant indépendant plutôt qu’en anglais dans un Canada pas plus souverain que n’importe quel autre pays ayant sacrifié son indépendance sur l’autel du libre-marché.

La nouvelle patente libérale
17 septembre 2007

Jean CharestAprès avoir surfé sur le renouvellement du fédéralisme, sur le développement durable et sur la question des accomodements ras, voici que le Parti Libéral du Québec revient à ses vieilles amourettes: la croissance économique. Il faut se demander: ce parti a-t-il réellement autre chose à proposer aux Québécois que son programme économique de droite?

On peut lire, dans cet article:

« On a ce marchand qui nous demande de l’aide pour recruter de la main-d’oeuvre et Mario Dumont, lui, nous dit que nous avons atteint la limite (en immigration). Il nous dit que c’est fini, que nous n’avons pas besoin de plus de monde », a analysé M. Charest, selon qui « les Québécois voient là-dedans des choix bien clairs ».

Ce saut qualitatif du discours sur l’identité nationale vers le succès économique représente bien la nouvelle tengente adoptée par Jean Charest. Malheureusement pour lui, son raisonnement est plus que douteux et ne risque pas de convaincre les Québécois francophones – ceux qui le délaissent de plus en plus – de lui faire confiance.

En effet, comment peut-on accepter l’idée selon laquelle il faudrait accueillir davantage d’immigrants pour satisfaire les besoins des entreprises alors que nous avons déjà des dizaines de milliers de chômeurs? On dira peut-être: ces emplois sont moins bien payés, avec des conditions de travail n’intéressant pas les Québécois. Mais justement, de quel droit le gouvernement libéral appuierait-il le cheap labor et les entreprises qui sont incapables de respecter leurs employés?

Et puis, s’il manque vraiment de main-d’oeuvre qualifiée, pourquoi ne pas la former ici, chez nous? Tiens, par exemple, en réduisant les coûts d’inscriptions à l’université ou dans les écoles techniques. L’idée, c’est de former les gens ici; de transformer un chômeur québécois en un employé québécois, et non pas d’aller chercher des Mexicains ou des Indiens pour faire le travail. Investir ici, maintenant, en rendant plus accessible les études. Mais le gouvernement va dans la direction opposée avec son augmentation des frais de scolarité.

Ceci dit, n’oublions pas que dans un système économique mondialisé, tel que valorisé par le PLQ, on assiste à une compétition de tous contre tous. Les Québécois sont en compétition avec la Chine, et Charest n’a pas tort de dire que nous devrions valoriser nos cerveaux et créer les brevets qui risquent de nous enrichir. Mais peu importe ce qu’on choisit, un emploi ne se « crée » pas; il se transforme.

Alors, pris dans son idéologie néolibérale du tout-marché, Jean Charest avait le choix entre proposer un modèle permettant aux Québécois de prendre l’avantage dans cette lutte globale entre les travailleurs ou d’appuyer les entreprises en important la main-d’oeuvre peu coûteuse. Charest a fait le choix d’appuyer celles-ci au détriment des travailleurs et il risque d’en payer un coût politique quand un politicien au verbe facile comme Mario Dumont risque de lui rappeler, avec raison, qu’il a été élu pour le bien-être de l’ensemble des Québécois, et pas seulement des entreprises.

Conséquemment, il semble de plus en plus évident que ce nouveau discours libéral n’est qu’une simple patente organisée à la va-vite pour tenter d’arrêter l’hémorragie et éviter la chute annoncée de Jean Charest et du Parti Libéral du Québec.