Ignatieff, un danger pour le Québec
12 septembre 2009

Pour de nombreux Québécois, Michael Ignatieff, chef du Parti Libéral du Canada et prétendant au poste de premier ministre lors des prochaines élections, constitue une énigme. On connaît peu ses valeurs et ses prises de position; on sait simplement qu’il est plus charismatique que Stéphane Dion et un peu moins à droite que Stephen Harper. Mais cela veut-il dire qu’il ferait un bon premier ministre respectant les intérêts des Québécois? Permettez-moi d’en douter.

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En effet, Ignatieff est un libéral parmi les libéraux: il ne conçoit pas l’existence d’autres libertés que celles des individus, de la propriété et du commerce. Pour lui, la guerre froide opposait cette liberté individuelle à celle des droits sociaux (santé, éducation, etc.) et la première a gagné. Fin de l’histoire, comme le prétendait Fukuyama. Tout ce qui s’est produit depuis la chute du mur de Berlin, de la première guerre du Golfe à la guerre du Kosovo (qu’il a appuyé) en passant par le 11 septembre 2001, l’invasion de l’Irak en 2003 (qu’il a appuyé) et la mission canadienne en Afghanistan (qu’il a contribué à rallonger deux fois) ne sont que des souvenirs un peu gâteux de ceux qui n’ont pas encore compris que l’histoire est belle et bien terminée. La bouteille d’eau minérale ne pétille plus, et s’il advenait qu’une bulle se forme, ce ne serait que pur hasard, voire une erreur.

Pour lui, les Occidentaux possèdent un devoir moral d’action dans le reste du monde. À cet effet, il a d’ailleurs écrit en 2005 que George W. Bush serait un visionnaire si la démocratie s’enracinait en Irak. Trois mois avant l’invasion de l’Irak, en 2003, il publiait une longue lettre dans le New York Times expliquant que « l’empire était devenu, dans des endroits comme l’Irak, le dernier espoir pour la démocratie et la stabilité ». Pour lui, les États-Unis forment un empire, et il était normal, voire souhaitable qu’ils imposent leur vision de la liberté aux retardataires moyenâgeux qui n’avaient pas encore réalisé que l’histoire était terminée. D’une étrange façon, Ignatieff embrasse donc à la fois la vision fin-de-l’histoire de Fukumaya et celle du choc des civilisations de Huntingdon. Comment fait-il pour solutionner cet apparent paradoxe? Il s’attaque au nationalisme.

Le nationalisme, ennemi juré d’Ignatieff

Ignatieff, peut-être à l’image de son grand-père Pavel Nikolaïevitch Ignatiev, avant-dernier ministre de l’éducation d’un tsar Nicolas II désireux d’assurer l’homogénéité russe d’un bout à l’autre du pays, avant la révolution, déteste toute forme de nationalisme. À ses yeux, celui-ci constitue une aberration brimant les libertés individuelles, les seules valeurs importantes. L’identité n’est pas innée, mais constitue un choix délibéré. Si on développe une identité nationale, on supprime les autres identités potentielles. Sa solution est simple, voire simpliste: éliminer les identités collectives afin que les individus ne se voient réellement que comme ils sont, individuellement, avec toutes les identités qui avaient été reniées. (( Source ))

En fait, Ignatieff ne pousse pas sa logique jusqu’au bout. L’élimination des identités multiples conduit à une atomisation complète de la société, voire à sa désintégration. On n’est plus Québécois ou Canadien, mais on a atteint ce qu’Ignatieff conçoit, dans son livre Blood and Belonging, comme étant une conscience post-nationale. On est hétérosexuel, métrosexuel, homosexuel, gothique, emo, prep, rap, amateur de ceci ou de cela; il n’y a plus de cohésion entre les individus. Il n’y a plus de « grand tout » (la nation) reliant chaque individu déconnecté avec son prochain. Ceux qui se réclament de cette nation sont ces attardés qui n’ont pas compris la fin de l’histoire.

Or, quelle est la conséquence logique de cette survalorisation des identités individuelles au détriment de l’identité collective? L’indifférence vis-à-vis de la chose publique. L’apolitisme. L’autisme collectif, le repli sur soi, la schizoïdie. Pourquoi voter, quand ce qui me concerne vraiment est la partie de hockey ou la dernière de Star Académie? Pourquoi militer pour une meilleure société quand ma société se résume à l’espace entre mon gros orteil et mon cuir chevelu? Pourquoi faire attention à mon environnement quand ceux qui me suivent me sont aussi des étrangers? Pourquoi même me battre pour quelque chose d’important, quand plus rien n’a de sens, sinon la fête organisée samedi prochain ou le dernier clip de Yo-mutha-fucka? C’est ça, la décadence. Et c’est ainsi que Rome s’est écroulée. Pas parce qu’elle n’était pas puissante. Parce que ses habitants ont préféré se regarder le nombril plutôt que d’embrasser leur fierté d’être des Romains et de se battre pour que les valeurs romaines continuent d’exister.

Pour Ignatieff, la nation québécoise ne devrait pas exister autrement que dans sa forme « civique » ou « inclusive ». Bref, il nous reconnaît le droit d’être des Québécois en autant que ça ne dérange personne. Pas question de protéger notre langue avec des lois. Non, non, pensez aux pauvres anglophones! Pas de place pour les tests de citoyenneté. Non, non, un immigrants arrivé ici hier matin est aussi Québécois que vous! Ignatieff n’a rien contre le Québec tant que celui-ci reste à genoux et qu’il ne s’exprime pas autrement que par des lignes fictives sur la carte canadienne. Le nationalisme québécois, pour lui, c’est cette araignée qu’on tolère au grenier mais qu’on tue sans la moindre pitié lorsqu’elle descend dans la maison.

Dans un monde de plus en plus uniforme et en manque d’identités collectives – il suffit d’observer la progression d’une religion comme l’Islam pour s’en convaincre – a-t-on vraiment besoin d’un énième rouleau-compresseur de l’Histoire espérant jeter aux oubliettes tout ce qui façonne la diversité du genre humain? Le nationalisme, loin d’être une aberration, est l’expression de la pluralité humaine la plus achevée. Dans toutes les villes du monde, ce ne sont pas ces nouveaux habitants « post-nationaux » qui enrichissent le genre humain avec leur culture aussi aseptisée que transnationale, mais bien ces vestiges nationaux d’un passé porteur de sens pour la collectivité.

C’est cela qu’Ignatieff aimerait éliminer. Cette liberté des peuples de se définir eux-mêmes et d’avoir le droit d’atteindre une liberté collective porteuse de sens pour les générations futures. Cette liberté de considérer que ce sont les lois qui modèrent l’individu qui le rendent vraiment libre et qu’il n’y a point de réelle liberté pour chacun de nous sans que notre vie ne soit porteuse d’un sens plus grand que nous-mêmes et partagé par notre voisin.

A-t-on vraiment besoin d’un Ignatieff au Québec?

Financement des partis: le (très) petit jeu de Stephen Harper
11 août 2009

Dans une dictature, on interdit simplement les partis politiques risquant de faire ombrage au pouvoir ou on assigne à résidence les opposants politiques. Nous – évidemment – sommes civilisés. C’est donc en coupant les subventions aux partis politiques que le Parti Conservateur espère affaiblir ses opposants. Steven Fletcher, ministre responsable de la Réforme démocratique, est catégorique: le Bloc québécois ne mérite pas d’argent. Cette affirmation surprenante suit celle non moins étonnante d’Andrew Stark, ancien conseiller de Brian Mulroney, qui affirmait la semaine dernière qu’il serait légitime de couper les vivres au Bloc afin d’en finir avec les gouvernements minoritaires.

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Or, que signifie le penchant des Canadiens pour des gouvernements minoritaires? Que le pays est divisé. L’Ouest à la morale grandiloquente et de droite, le Centre et les Maritimes un peu plus libéraux et centristes, le Québec franchement nationaliste et plus ou moins de centre-gauche. Divisé. Personne n’arrive à rallier tout le monde. Harper est incapable de satisfaire à la fois les intérêts du Québec et sa base militante. Ignatieff n’arrive pas à rallier l’ouest. Le Bloc tient sa forteresse et n’a d’autres ambitions que de la maintenir. Le pays est divisé parce que c’est ce qu’il est.

Les choses n’ont pas toujours été ainsi. Avant que Jean Chrétien, dans un ultime effort de laisser un héritage politique digne de ce nom, a décidé en 2002 de limiter à 5000$ le financement des individus et à 1000$ celui des personnes morales tout en allouant 1,75$ par vote (indexé à l’inflation), il a mis fin à une situation de fausse stabilité où les gouvernements majoritaires se succédaient sans pour autant satisfaire les électeurs. À l’époque, le Parti Libéral recevait plusieurs centaines de milliers de dollars à chaque élection de la part de grandes banques ou d’entreprises, alors que l’Alliance Canadienne, qui allait fusionner avec le Parti Progressiste-Conservateur, jouissait d’un large appui populaire et d’une base très militante. Chrétien a peut-être fait le plus grand coup de cochon politique de tous les temps à son successeur et ennemi de toujours, Paul Martin, en lui imposant une réforme pénalisant principalement le Parti Libéral du Canada (PLC). Le résultat? Sans l’argent des grandes entreprises et d’individus aux desseins douteux, il n’a plus été possible de camoufler la division idéologique profonde de ce pays.

Harper, trop content de jouir d’un avantage semblable, n’a pas hésité à renforcer la réforme en imposant un plafond généralisé à 1000$. Et pourquoi pas? Il profite d’une base militante de 50 000 à 100 000 personnes (contre à peine 25 000 pour le PLC). (( Le Droit, Actualités, mardi, 3 février 2009, p. 15, Financement des partis politiques, Les conservateurs établissent un record, De Grandpré, Hugo)) De plus, il jouit d’un système complexe de sollicitation téléphonique ciblant les intérêts de millions de Canadiens en fonction des enjeux du jour. « M. Harper, nous avons établi que telle région est sensible à tel sujet, donc si vous pouviez aborder ce sujet dans votre discours, nous allons leur téléphoner la semaine prochaine ». De l’étude de marché à la puissance dix.

Représenter l’ensemble de la population

Le problème, c’est qu’à trop considérer la politique comme un marché de valeurs et d’idées qu’on sectorise en fonction des comtés à prendre, on finit par perdre de vue sa finalité: représenter les intérêts de l’ensemble de la population. Et dans ce domaine (tout comme d’autres) le tout est plus grand que la somme des parties. Et ce tout, c’est le financement public des partis politiques qui le représente le mieux. Pas le financement obtenu par le découpage des intérêts d’une minorité susceptible de contribuer au parti.

En effet, dans un contexte de système parlementaire britannique où un parti comme le Parti Vert peut obtenir 940 297 votes aux élections fédérales de 2008 (6,8%) sans obtenir le moindre siège, seul le financement public par vote – 1,95$ aujourd’hui – permet de justifier de voter pour celui-ci. Pensez-y. Quel intérêt y aurait-il à voter pour un parti qui n’a aucune chance de gagner? Grâce à ce 1,95$, au moins vous l’encouragez. C’est un peu moins de 2 millions $ que le Parti Vert a pu obtenir grâce à ce financement. Deux millions $ qui serviront à promouvoir les politiques et les valeurs représentant ces 940 297 citoyens ayant fait confiance au parti. Couper cet apport, c’est inciter nombre de votants potentiels à rester à la maison le jour du vote, certains que leurs valeurs ne seront pas représentées de toute façon.

Si Harper réussit dans son projet d’éliminer ce financement public, nous serons le seul pays occidental à laisser les intérêts privés dicter le financement des partis politiques. En Angleterre, les partis d’opposition ayant fait élire au moins 2 députés ou un député avec 125 000 voix obtiennent un financement public. En Allemagne, le financement public s’élève à 1,3 Euro par voix jusqu’à cinq millions de votes et à 1 Euro par la suite. L’Espagne accorde un financement plafonné par circonscription dès qu’un parti obtient 4% des votes et chaque citoyen peut décider de consacrer 0,4% de ses impôts payés à cet effort. La France finance également les partis politiques et va encore plus loin en réglementant la déclaration du patrimoine des élus. (( Source )) En voulant couper les vivres aux partis politiques ne jouissant pas d’une armée de contributeurs « enmoralisés », le Parti Conservateur va à l’encontre de toutes les tendances actuelles.

À l’origine, la véritable cible constituait le PLC de Stéphane Dion. Endetté, criblé de dettes, le parti n’allait nulle part. Il n’aurait pas pu se permettre une campagne électorale et si la loi avait été adoptée, le parti se serait encore davantage appauvri. Calcul politique. Sauf que Harper n’avait pas prévu l’alliance avec le NPD et le Bloc et il s’en est fallu de peu pour que son gouvernement soit renversé, fin 2008.

Aujourd’hui, par contre, la situation a changé. Ignatieff renfloue les coffres du PLC et la véritable bataille se livrera contre le Bloc. Non pas que le PC fonde de grands espoirs sur le Québec en tant que tel, mais il espère qu’en étant celui qui serait arrivé à maîtriser le Bloc et à lui couper les vivres il pourrait jouir d’un appui renouvelé au sein de l’Ontario rurale, plus réfractaire au Québec. Un autre calcul politique. En réduisant le pouvoir d’influence du Bloc, il espère reprendre le contrôle de quelques comtés dans la belle province et pousser le PLC à se commettre en Ontario.

Harper, on le constate, est un fin stratège. En fait, il est peut-être trop bon pour son jeu. Tel un enfant si compétitif qu’il se retrouve seul sans personne pour jouer avec lui après avoir cassé la figure à tous ceux qui s’étaient opposés à son pouvoir, il se bombe le torse, seul, en haut de la butte de ses idéaux. Le roi de la montagne. Tellement obnubilé par le très petit jeu politique qu’il oublie qu’il joue avec nos espoirs, nos valeurs et notre futur.

En sacrifiant le financement public des partis politiques à son désir d’éliminer ses adversaires politiques, Harper espère gagner à un jeu où il n’y aura qu’une seule grande perdante: la démocratie.

Un peu tanné
2 octobre 2008

Les élections, c’est divertissant au début: on a droit à des analyses quotidiennes, des émissions spéciales, et soudainement on semble enfin réaliser que tout est politique, comme si on avait allumé une lumière dans une pièce sombre. À la longue, pourtant, ça tanne. Et je vous l’avoue, je commence à être tanné.

En effet, j’en ai marre de ces affrontements stériles comme il y en a eu tant lors du débat des chefs. Marre qu’on me donne du pré-mâché, qu’on me resserve inlassablement la même vieille recette hyper-simplifiée, ampoulée, réduite à sa plus simple expression; la loi et l’ordre pour les Conservateurs, le tournant vert pour les Libéraux, la famille pour les Néo-démocrates et le consensus québécois pour le Bloc. Je suis intelligent: pourquoi toujours tout simplifier ainsi?

J’aimerais qu’on me parle de ma vie sous tel ou tel gouvernement. Par exemple, je voudrais qu’on me dise: « ton travail vaut quelque chose ». J’aimerais pouvoir vivre et non pas survivre; pouvoir me projeter plus loin que ces maigres journées de congé qui ne sont souvent qu’un triste exutoire en attendant la fatalité d’un retour à un travail qui ne me permet pas de pouvoir atteindre un niveau de confort suffisant pour pouvoir m’intéresser à des trucs du genre « la loi et l’ordre ».

Je suis pauvre. Financièrement, si j’ai vingt dollars dans mes poches à la fin de la semaine, c’est vingt dollars de moins pour rembourser des dettes. Psychologiquement, c’est pire: je suis l’homme qui vit pour travailler et qui n’a jamais le temps d’espérer pouvoir se payer le minimum pour pouvoir se définir en dehors du travail. Chaque semaine qui passe constitue une nouvelle pente à gravir vers un sommet n’offrant de vue que l’illusion d’un changement.

Pourtant, nous sommes si riches. Jamais nous n’avons été aussi riches. Nous avons bâti une société permettant une accumulation incroyable de richesse, mais celle-ci ne profite qu’à une minorité. Qu’ont-ils accompli, ces parvenus, pour mériter d’avoir plus que je ne pourrais jamais souhaiter dans toute ma vie? L’argent qu’ils possèdent n’est pas à eux; nous avons choisi de les laisser s’enrichir de cette façon.

Ce qui nous ramène, insidieusement, vers la nécessité d’avoir des alternatives politiques aux partis de droite que sont le Parti Conservateur et le Parti Libéral du Canada. Mais Jack Layton devrait peut-être un peu moins me parler de famille, mais plutôt mettre l’emphase sur une réelle redistribution de la richesse qui me permettra peut-être, un jour, de pouvoir espérer davantage qu’un vieux char rouillé m’amenant d’un appartement contaminé aux moisissures vers un travail qui ne me satisfait pas vraiment.

Une coalition Bloc-NPD?
25 septembre 2008

Le dernier sondage Ekos se révèle plus qu’intéressant: il démontre un glissement vers l’est des appuis au NPD et une érosion subtile mais indéniable de l’attrait des Conservateurs au Québec.

D’abord, le NPD. Le 3 septembre dernier, le parti recueillait à peine 9% des intentions de vote au Québec (21% pour le PLC), mais maintenant il chauffe le parti de Stéphane Dion avec 15% des votes (18% – PLC). Même en Ontario et dans les provinces atlantiques, la vague orange semble vouloir déferler: +7% d’intentions de vote en Ontario et +8% dans les provinces atlantiques! Par contre, le NPD perd des appuis au Manitoba et en Saskatchewan. Tout ceci est très compréhensible.

En effet, Jack Layton a décidé d’offrir un discours résolument urbain et clairement progressiste. Délaissant un peu ses appuis traditionnels dans les Prairies, il a décidé de jouer son va-tout au Québec et en Ontario, confiant qu’il pourra y faire d’importants gains. Même s’il perd des votes dans l’ouest, il fait le pari qu’il pourra causer une surprise en Ontario et aller chercher au moins un comté au Québec, y installant au passage une organisation solide pour les prochaines élections.

Les Conservateurs, eux, perdent du terrain au Québec. Le 3 septembre, ils récoltaient 27% d’appuis (35% pour le Bloc) alors qu’ils végètent présentement à 22% (37% – Bloc). Fait intéressant, ils ont perdu 3% au cours des cinq derniers jours, un signe probable de la prise de conscience de nombreux québécois du radicalisme et de la dangerosité potentielle de leurs positions.

Si la tendance actuelle se poursuit, les Conservateurs pourraient se voir rejoints en terme de pourcentage de vote soit par les Libéraux, soit par les Néo-démocrates. Ceci dit, la distribution des votes les favorise: le vote néo-démocrate est principalement montréalais et dans des comtés perdants alors que les Conservateurs vont aller chercher de nombreux sièges en région, surtout en Beauce et à Québec.

Conséquemment, la stratégie s’avère évidente pour Stephen Harper: continuer de polariser le débat en ostracisant notamment les artistes et en jouant sur les préjugés d’une certaine partie de la population , surtout en région. Il doit aller chercher un maximum de comtés au Québec s’il espère former un gouvernement majoritaire.

Dans le cas du NPD, celui-ci devrait continuer de concentrer ses efforts en Ontario, dans les provinces atlantiques et… à Montréal. La formation d’un gouvernement sera visiblement pour une prochaine fois, mais il est impératif que le NPD s’impose comme la seule alternative pan-nationale face aux Conservateurs et organise ses militants à la grandeur du Québec.

En ce qui concerne le Bloc, il doit continuer de marteler son message selon lequel Harper est une menace pour le Québec, tout en étant très présent à Québec, cette région si chatouilleuse et qui doit être flattée dans le bon sens du poil.

Et les Libéraux? Je propose une montée des marches à genoux de l’Oratoire Saint-Joseph, un petit chapelet et une mission sur Mars pour leur chef. Si rien ne change, tout indique que le parti risque de devenir un parti mineur d’ici les prochaines élections, malgré la stabilisation (très précaire) des intentions de vote au Québec. Pas facile d’être coincé entre deux partis qui ont le vent dans les voiles.

Cette campagne est vraiment de plus en plus intéressante. Tout risque de se jouer au débat des chefs, mais d’ici là beaucoup de choses peuvent se produire. Et il ne faut pas oublier les Verts, ces trouble-fêtes un peu mêlés politiquement et qui viennent enlever des votes au NPD et au PLC, deux partis qui outre d’avoir à peu près la même sensibilité environnementale, sont beaucoup plus crédibles et cohérents…

Par ailleurs, je suis toujours décidé à voter NPD, mais je trouve que le Bloc a connu une bonne semaine et j’aime la vigueur retrouvée de Gilles Duceppe. Il serait intéressant de considérer une union Bloc-NPD, même si celle-ci forcerait le Bloc à confronter la triste réalité de son rejet (quasi-forcé, merci madame Marois) de sa mission souverainiste et les néodémocrates à s’allier avec l’ancien grand Satan « séparatiste ». Idéologiquement, les deux partis de centre-gauche ont beaucoup en commun. Ça pourrait être l’occasion de voler quelques sièges à Harper et Dion en échange de nouveaux pouvoirs pour le Québec.

Ainsi, non seulement le Bloc prouverait à tous ses détracteurs son utilité à Ottawa mais en plus il permettrait à un parti qui se situe à peu près au même endroit sur le continuum gauche-droite de s’approcher encore davantage du pouvoir. On pourrait même imaginer un poste de ministre pour Gilles Duceppe dans un gouvernement Layton, par exemple celui de responsable des langues officielles, ou de la francophonie. Il suffit d’être imaginatif pour considérer toutes les possibilités qu’offrirait une coalition entre les deux partis.

Car à un moment donné, il faut être logique: on ne peut pas dénoncer Harper et le qualifier de grand danger pour le pays et ensuite rester chacun isolés dans son coin sans agir. Si vraiment Harper est un danger pour le Québec et le Canada, alors ses opposants doivent s’unir et constituer une sorte de Front uni comme cela s’est déjà vu dans le passé lors de guerres ou de situations exceptionnelles. Si vraiment les Conservateurs risquent d’endommager irrémédiablement notre qualité de vie, notre réputation, notre économie et nos services publics, il devient plus qu’important de mettre les divergences de côté et de s’unir.

Or, Dion a dit non. Voilà pourquoi il faut considérer une alliance entre le Bloc et le NPD, et tant pis si celle-ci serait quasi-fatale pour les Libéraux. Ou ce qui reste des Libéraux, eux qui ont préféré faire cavalier seul, égoïstes et isolés. Le NPD et le Bloc pourraient ensuite se partager les restes encore chauds du PLC et on aurait peut-être (enfin!) la chance d’assister à une réelle coopération entre deux partis semblables idéologiquement mais ayant la particularité de représenter deux peuples dans une même Assemblée. Au lieu des éternelles chicanes, une ère de coopération pourrait s’ouvrir et déboucher sur un gouvernement canadien plus respectueux de l’environnement, de la classe moyenne, des plus démunis, et de l’importance pour le Québec de défendre sa culture et sa langue.

Je rêve peut-être. Mais c’est mieux que le cauchemar qui risque de nous frapper le 15 octobre au matin si rien n’est fait.

NPD-PLC: la nécessaire union contre-nature
23 septembre 2008

L’annonce de Jack Layton selon laquelle celui-ci considérait une possible coalition avec le Parti Libéral du Canada (PLC) tombe sous le sens: ensemble, les deux partis pourraient empêcher l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire, fruit de la division du vote de l’opposition. Ceci dit, il y a pourtant un obstacle majeur à cette union, et il est idéologique: comment le NPD, un parti de centre-gauche, pourrait-il faire alliance avec le PLC, de centre-droit?

En effet, et contrairement aux affirmations – peu étayées – de Patrick Lagacé et de Vincent Marissal, le Parti Libéral du Canada n’est pas et n’a jamais été, du moins dans son histoire récente, un parti de gauche.

En voici quelques exemples pêle-mêle:

  • Loi C-17 (1994) : le gouvernement libéral de Jean Chrétien a réduit la durée des prestations d’assurance-emploi et fait passer le taux des prestations de 57 à 55%.
  • Loi C-12 (1996): le même gouvernement a décidé de changer la formule de calcul; désormais on ne calculait plus les semaines de travail, mais plutôt les heures travaillées. Alors que près de 80% des travailleurs étaient couverts, ce nombre est désormais passé à moins de 50%. Puisque ces gens n’étaient plus couverts et ne réclamaient plus d’argent, le gouvernement libéral pouvait ainsi détourner l’argent de la caisse à d’autres fins. Voici d’ailleurs ce qu’écrivait à ce sujet Gaétan Guérard, conseiller syndical au Syndicat de l’enseignement des Deux Rives (SEDR-CSQ) en 2000:

    Le ratio prestataires/chômeurs (p/c), qui est confectionné à partir de données de Statistique Canada est un bon indicateur de la couverture offerte par le régime aux chômeurs . Le niveau de ce ratio est passé de 83% en 1989 à 42% en 1997 . L’état de la couverture de ce régime agonisant est resté critique mais stable à 42% en 1998. C’est donc dire qu’en 1989, 8 chômeurs sur 10 avaient droit aux prestations mais que depuis 1997, environ 6 chômeurs sur 10 n’ont pas droit aux prestations. À force de soi-disant réformes qui ne visaient en fin de compte qu’à démanteler le régime, les conservateurs et libéraux peuvent dire  » Mission accomplie « !

  • Les transferts fédéraux en éducation ont été réduits de près de 2,2 milliards $ entre 1993 et 2006, pénalisant ainsi les étudiants, à qui les provinces ont refilé une partie de la facture.
  • En 1995, les Libéraux ont imposé des compressions à Environnement Canada en plus de couper plus de 40% du financement de Parcs Canada (jusqu’en 1998).
  • En 2000, Paul Martin, alors ministre des finances du PLC, a annoncé les plus importantes baisses d’impôts de l’histoire du pays: 100 milliards en cinq ans. Il a par la suite éliminé l’impôt sur le capital des sociétés et augmenté le seuil d’exemption fiscale pour les cotisations aux REER, qui a permis d’y inclure des revenus de plus de 75 000$ par année. Plus de 30% des avantages de ces baisses d’impôts ont ainsi profité aux 5,3% des contribuables au revenu le plus élevé.
  • Lors des élections de 2006, Paul Martin annonça de nouvelles baisses d’impôts de plusieurs dizaines de milliards de dollars, seulement dépassées en quantité par Stephen Harper et ses 44,9 milliards $.

On le constate, le Parti Libéral du Canada n’est pas un parti de gauche. Il volé les travailleurs en les empêchant de toucher l’assurance-emploi à laquelle ils avaient contribué, il a coupé dans l’environnement, dans l’éducation, il a réduit les impôts des plus aisés et de compagnies faisant déjà d’indécents profits. Il a seulement été battu par un parti encore plus à droite que lui en 2006.

Ainsi, une alliance entre le NPD et les Libéraux serait extrêmement contre-nature (même si Stéphane Dion a légèrement recentré le PLC depuis son élection). Depuis deux décennies que ces deux partis proposent deux visions diamétralement opposées aux citoyens, et là, soudainement, ils s’embrasseraient les uns les autres dans une virile étreinte et iraient boire de la bière et fumer des cigares aux mêmes assemblées? Non, c’est impossible.

Par contre, rien n’empêcherait une alliance ponctuelle. C’est-à-dire que deux ennemis, malgré leurs différences, peuvent reconnaître qu’ils font face à un danger encore plus grand, non seulement pour leurs formations politiques, mais également pour le pays en général. Comme en période de guerre, on pourrait voir un front uni se créer face à la menace d’un gouvernement Harper majoritaire. Il ne s’agirait pas de s’aimer, ni même d’être en accord les uns les autres, mais d’être pragmatiques et d’échanger des circonscriptions prenables.

Par exemple, dans un comté où le Parti Conservateur est en avance mais que l’addition des votes du NPD et du PLC donnerait une victoire claire à l’un ou à l’autre, un des deux candidats devrait se retirer et appeler ses supporters à voter pour l’autre. Contrairement au vote stratégique individuel, qui est une perte d’énergie et de temps, cette stratégie permettrait d’inclure les aspirations des votants dans le prochain gouvernement, en y intégrant des postes de prestige à des candidats de l’autre formation. Ou, plus simplement, permettre une plus grande diversité au Parlement et assurer au parti appuyé qui, s’il fera partie de l’opposition, ne le sera pas dans un contexte majoritaire où il n’a pas de pouvoir.

Jack Layton a fait les premiers pas. À Stéphane Dion maintenant de mettre de côté son égo et d’y répondre. S’il continue de faire l’oreille sourde, il se dirige vers une défaite des plus cinglantes, non seulement pour lui, mais pour la majorité des Canadiens qui ne veulent pas d’un Stephen Harper mettant en oeuvre un troisième mandat Bush au Canada.

La Presse: information ou manipulation?
21 septembre 2008

Pourquoi La Presse s’acharne-t-elle sur le Bloc pendant cette campagne électorale tout en présentant positivement le gouvernement Harper?

Parce qu’elle appartient à Power Corporation, qui profiterait largement de l’élection du Parti Conservateur.

Portrait de famille.

Power Corporation of Canada, propriété du milliardaire Paul Desmarais, possède 100% du groupe Gesca, qui possède les quotidiens La Presse, Le Soleil, La Voix de l’Est, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Droit, le Quotidien et le site de nouvelles Cyberpresse.ca.

Elle possède aussi la Power Financial Corporation, qui possède à 50%, via la Parjointco N.V. la Pargesa Holding SA, la Great-West Lifeco inc. et l’IGM Financial inc.

Voici les actifs de la Power Financial Corportation:

  • Pargesa Holding SA:
  1. Elle possède à 48,6% le Groupe Bruxelles-Lambert (GBL), du milliardaire Albert Frère, qui fut l’une des deux seules personnes invitées par Nicolas Sarkozy le soir de sa victoire (l’autre étant Paul Desmarais lui-même). Ce groupe a des intérêts dans les autres compagnies possédées par la Pargesa Holding SA (voir ci-dessous), mais possède en outre Rockland Pipeline Company, basée à Houston au Texas, American Cometra Inc., une compagnie gazière et pétrolière de Forth Worth, Canadian Cometra, l’équivalent de cette dernière mais en Alberta et Canrock Pipeline Company Ltd., basée à Calgary. Il va sans dire que toute politique espérant modérer la frénésie pétrolière en Alberta serait nuisible pour le GBL.
  2. Possède également à 54,1% avec GBL Imerys, une compagnie de transformation de métaux industriels.
  3. A des intérêts dans Lafarge, la bétonnière, qui profite du boom albertain pour construire notamment des tuyaux servant à l’exploitation ou au raffinage des sables bitumineux albertains.
  4. A des intérêts dans Pernod-Ricard.
  5. Est impliquée dans Suez, qui est déjà pressentie pour être fusionnée avec la société d’État Gaz de France suite à la privatisation de celle-ci par Nicolas Sarkozy.
  6. A des intérêts dans Total, la cinquième pétrolière du monde, qui investit des milliards $ dans les sables bitumineux albertains.
  • Great-West Lifeco inc. : cette compagnie, qui avait un actif de 394 milliards $ à la fin 2007, propose via plusieurs de ses filiale des assurances-vie. On imagine très bien l’incroyable fortune que procurerait à cette entreprise une privatisation des soins de santé au pays.
  • IGM Financial Inc., qui contrôle notamment le Investors Group et la Mackenzie Financial Corporation.

Maintenant, la question qui tue: pourquoi, au milieu de toutes ces compagnies pétrolières, d’assurances ou d’investissements, Power Corporation possède-t-elle à 100% une filiale « médias », et spécifiquement au Québec?

Il suffit peut-être de lire La Presse ou Cyberpresse.ca pour comprendre. Pendant cette campagne électorale, pas un jour ne passe sans que ses éditorialistes ne s’attaquent tantôt au Bloc Québécois, tantôt au Nouveau Parti Démocratique, tantôt au Parti Libéral du Canada. Pas une semaine sans qu’on monte de toutes pièces une fausse polémique pour discréditer les adversaires du Parti Conservateur. Que ce soit en mettant en première page un énième torchon de Jacques Brassard, qui pourtant écrivait ses folies presque anonymement dans d’autres quotidiens du groupe Gesca depuis des mois, en publicisant la montée au front d’ex-bloquistes ou en montrant constamment Harper sous son meilleur jour, Gesca et Power Corporation sont en campagne électorale.

Est-ce si surprenant de voir Power Corporation appuyer si ouvertement le Parti Conservateur? Je ne crois pas. D’abord, le lien filial entre les Desmarais et le Parti Libéral du Canada (PLC) a été détruit; Jean Chrétien, dont la fille est mariée à André Desmarais, n’est plus dans le coup, ni même Paul Martin, qui a été président de la filiale de Power Corporation Canadian Steamship Lines Inc. bien avant de devenir premier ministre du Canada. En outre, le PLC de Stéphane Dion est beaucoup moins à droite économiquement que ses prédécesseurs et son Tournant Vert risque de pénaliser les entreprises polluantes albertaines.

Mais surtout, le Parti Conservateur est le seul parti majeur au pays pouvant assurer les intérêts de Power Corporation. Il entend défendre les pétrolières et le boom anarchique des sables bitumineux en Alberta (ce qui est bon pour GBL, Lafarge, Imerys et Total) et ses politiques économiques de droite, favorisant notamment le concept d’utilisateur-payeur, risquent d’enrichir la Great-West Co. si elles sont appliquées à la santé. De même, la politique étrangère du gouvernement Harper ressemble à s’y méprendre à celle de son homologue français, ce qui renforce les liens entre les Desmarais, les Frère, Sarkozy et Harper.

Et puisque traditionnement le Québec a toujours été plus progressiste, un peu plus en avance socialement sur le reste du Canada, qu’il est l’endroit où se jouera les prochaines élections et qu’il déterminera si le Parti Conservateur sera minoritaire ou majoritaire, il va de soi que Power Corporation envoie tous ses laquais de La Presse (Alain Dubuc, André Pratte, Mario Roy, etc.) et du reste du réseau Gesca pour s’assurer que le vote sorte du bon côté.

Et si ce n’est pas suffisant, on peut toujours demander de l’aide à l’Institut Économique de Montréal (IEDM), le petit frère du radicalement à droite Fraser Institute, dont la présidente, Hélène Desmarais, est la femme de Paul Desmarais Jr…

On le constate, l’information se porte très mal au Québec. Il est difficile de bien s’informer, et quand des journaux soi-disant sérieux comme La Presse manipulent et désinforment, violent nos esprits pour satisfaire les appétits cannibales de leurs riches propriétaires, je crois qu’il est de notre devoir de citoyens non seulement de les dénoncer, mais également, plus simplement, de ne plus acheter ces torchons qui cherchent à modifier notre compréhension du monde pour la façonner à l’image des intérêts de la famille Desmarais.

Et de passer le mot aux autres: ce que vous lisez dans La Presse n’est pas de l’information, mais l’opinion aseptisée de Power Corporation et de ses filiales.

Le rôle du journaliste et du journalisme en général doit être celui du quatrième pouvoir, c’est-à-dire de dénoncer les excès et les incompétences des autres. Quand le journaliste décide de se taire et de faire le dos rond à son maître qui piétine notre démocratie pour assouvir ses instincts carnassiers, il devient le collaborateur de l’appropriation par une minorité de notre richesse collective.

Et les collabos ne méritent pas d’être lus. Ils doivent être systématiquement démasqués, dénoncés, puis éliminés du système, comme les petites tumeurs qu’on retire du patient cancéreux. Il en va de la survie de tous les autres tissus sains, ceux qui ne demandent qu’à vivre et à exprimer toute la richesse de notre pouvoir collectif libéré des entraves d’une minorité de tyrans qui s’offrent le luxe de s’acheter médias et politiciens pour assouvir leurs désirs de puissance.


Je dédie ce billet à tous ceux qui ont le courage de dénoncer l’utilisation par Power Corporation de son groupe de presse Gesca (et des « journalistes » qui y travaillent) pour manipuler et désinformer la population.


Lire ce texte de Lutopium sur les liens entre Power Corporation et Gazprom, ce qui explique pourquoi La Presse appuie le projet de port méthanier à Rabaska…

Qui veut le pouvoir?
1 septembre 2008

Généralement, dans un pays démocratique, le but des partis politiques d’opposition est d’atteindre le pouvoir. Ils doivent dénoncer les erreurs gouvernementales, le manque de vision du parti au pouvoir et essayer de convaincre qu’ils sont davantage en mesure d’effectuer le travail. Tout ça, en théorie, bien sûr.

Or, il semble que personne ne veuille du pouvoir au Canada. Pendant que le Parti Conservateur, pourtant minoritaire, navigue sans cap et sans la moindre orientation claire sur l’océan d’une période pourtant trouble, se permettant même au passage de couper les fonds aux artistes sans la moindre raison, on a l’impression que les trois autres partis ne veulent rien savoir du pouvoir.

Le Bloc Québécois a peur de reculer dans les régions au Québec, le Nouveau Parti Démocratique doit gagner le vote de l’aile-gauche de Libéraux plus occupés à clamer haut et fort l’amour de leur chef qu’à proposer un programme intelligible à la population, et ces mêmes Libéraux vivent dans la terreur de voir Stéphane Dion se faire écraser en campagne électorale. Bref, on a un gouvernement qui ne fait rien et une opposition, divisée, résolue à attendre.

Ci-bien qu’on se retrouve dans la situation loufoque actuelle, où le premier ministre devra lui-même violer propre sa loi pour déclencher des élections. Et le plus drôle dans toute cette saga, c’est que M. Harper tente de justifier sa contradiction en affirmant que l’opposition aurait cherché à le défaire plus tard, avant le terme de son mandat en octobre 2009. Faut vraiment prendre les gens pour des crétins. Comme le souligne L’Esprit Vagabond:

Bref, tu veux déclencher des élections, mets tes culottes, déclenche-les et pointe pas un autre du doigt pour justifier ta décision!

On aime ça au Canada se blâmer les uns et les autres à savoir qui portera l’odieux du déclenchement d’une campagne électorale. Comme si celle-ci était inutile, voire nuisible, et que celui qui en est responsable devait être traité comme s’il avait amené la peste bubonique au village. Pourtant, cette élection serait la chance de réaffirmer nos valeurs et de voter pour un parti différent, proposant un futur plus à notre image.

Quand un gouvernement méprise autant la population que le Parti Conservateur, on devrait s’attendre à constater une rapide progression et de grandes envolées lyriques de la part de l’opposition. Son silence ne fait que démontrer la force d’une mouvance conservatrice satisfaite d’elle-même jusqu’à l’excès et n’ayant même pas besoin d’avoir de programme électoral pour espérer gagner, jouant plutôt sur les sentiments anti-intellectuels d’une partie de la population comme d’autres l’ont déjà fait auparavant.

Quand on n’a rien à offrir et aucun plan, il suffit alors de se laisser porter par les flots et de jouer les petits bénis-oui-oui face à nos voisins du sud. Et le plus triste dans tout cela, c’est que ce sont peut-être eux qui ont raison: le plus stable et le « meilleur » des gouvernements coloniaux n’est-il pas celui qui se contente de suivre les ordres de la métropole?

Voilà peut-être qui explique pourquoi personne ne semble vouloir du pouvoir. Peut-être parce qu’il n’existe plus. Ou presque.

Green Shit
10 juillet 2008

Il y a des limites à la protection des marques, non? Cette poursuite d’une entreprise ontarienne contre le Parti Libéral du Canada parce que ce dernier a utilisé l’expression « Green Shift » pour décrire son plan vert est d’un ridicule incroyable.

En effet, « Green Shift » est plus près d’être une expression que d’une marque. C’est un tournant vert, et pourquoi le PLC ne pourrait-il pas parler d’un « tournant vert »? Quelle sera la prochaine étape? Je me pars une compagnie et je l’appelle « Air pur » et je poursuis Greenpeace ou quiconque utilise cette expression? Ou encore: j’enregistre « Cibles climatiques » et je poursuis le G8?

Ces poursuites frivoles doivent cesser et j’espère que le juge qui entendra cette cause prendra une décision rapide et convaincante en faveur du PLC.

Car à force d’enregistrer des marques et de les protéger follement, on finira par ne plus pouvoir rien dire du tout.

Le PLC, un parti raciste et haineux?
4 juillet 2008

Accepteriez-vous de voter pour un parti qui accepte dans ses rangs un fanatique comme Garth Turner qui écrit, sur son blogue, que les indépendantistes québécois (ok, on parle d’à peu près 3 500 000 personnes ici) sont des « perdants », des « prétentieux, hostiles et égocentriques, machos, égoà¯stes et balkanisants ».

Pas moi, en tout cas. Et j’espère que tous ceux qui seraient tentés de voter pour le Parti Libéral du Canada s’en souviendront.

Moi ce que je trouve particulier dans tout ça, c’est que nous, les indépendantistes québécois, nous traitons nos anglophones et nos minorités comme des rois. Nous nous prostituons pour les servir dans leur langue impériale, nous acceptons toutes leurs coutumes. Nous oublions qui nous sommes, nous renions notre langue et nos valeurs. Nous nous sacrifions pour bien les servir.

Il serait peut-être temps de parler de l’attitude des anglophones frustrés et racistes comme Garth Turner. Il serait peut-être temps de parler de tous ces francophones au Canada qui sont minorisés et qu’on refuse de servir dans leur langue, voire où on organise des manifestations pour empêcher qu’on puisse les servir dans leur langue!

M. Turner fait la démonstration que ce pays n’est pas le nà´tre. Il serait plus que temps de quitter ce Canada de merde et de se débarrasser des excroissances pétrifiées qui gangrènent notre vrai pays et qui mériteraient de se faire arranger le portrait.

Stéphane Dion doit démettre ce raciste de ses fonctions s’il espère la moindre remontée au Québec.

AJOUT: Turner tente de justifier son racisme et sa haine des Québécois. Il affirme qu’il ne s’écrasera jamais devant ceux qui veulent détruire son pays. Doit-on comprendre qu’il appuie et comprend les Québécois qui ne s’écraseront jamais devant ceux qui veulent empêcher leur pays d’exister?

L’argent apatride
29 mai 2007

La volonté de Stéphane Dion de mettre un frein aux prises de contrôle étrangères de compagnies canadiennes constitue certes une excellente nouvelle. On peut espérer que le gouvernement passe une loi et limite le pourcentage d’actionnaires étrangers dans des secteurs clefs de notre économie.

Pourtant, ça semble être un coup d’épée dans l’eau. D’abord parce que le Parti Libéral n’a rien fait dans ce sens pendant les 12 années qu’il a passées au pouvoir. Ensuite – et surtout – parce que la provenance des actionnaires d’une compagnie n’a que peu d’importance.

En effet, un actionnaire, c’est quelqu’un qui veut un rendement sur son placement. Que ce soit par la croissance du titre acheté ou un dividende, celui-ci n’a qu’une chose en tête: le profit. Que la compagnie soit canadienne, française ou zimbabwaise ou que l’actionnaire soit néo-zélandais, thaïlandais ou sénégalais importe peu; seul son argent a de la valeur et cet argent n’a pas de nationalité.

On rétorquera peut-être que l’actionnaire canadien se sent davantage concerné par le sort d’une compagnie canadienne, ou qu’une partie de ses profits est redistribuée dans la collectivité. Mais c’est surestimer tant la conscience sociale d’un investisseur motivé avant tout par le profit et sa capacité à réellement influer sur l’économie locale. D’ailleurs c’est connu: plus on a d’argent, moins on en dépense proportionnellement dans sa localité; on est souvent plus attiré par des produits de luxe, importés, des voyages, et autres biens qui ne font pas autant rouler l’économie.

Le nouvelle croisade de Stéphane Dion n’est pas vaine pour autant; il est grand temps de se questionner sur la perte de pouvoir de la société sur ses entreprises. Mais ce n’est pas seulement en changeant la nationalité d’un investisseur qu’on améliore la situation. Il faut également que le gouvernement s’implique dans les secteurs-clefs de l’économie afin de réellement les protéger de la rapacité de compagnies qui ont davantage à coeur leurs profits – et le bien-être de leurs actionnaires – que le bonheur de la collectivité.