Les intérêts de Sarkozy
19 octobre 2008

Quel petit peuple nous sommes, non? Je revois encore cette conférence de presse caricaturale de Nicolas Sarkozy, venu en coup de vent saluer ceux qu’il considère sûrement comme de loyaux sujets, où ce dernier ventait les mérites d’un Canada uni et s’en prenait presque aux journalistes pour leurs questions un peu trop pointues. Cet homme est une vraie contrefaçon de marionnette de cirque. On le regarde et on se plaît à s’imaginer qu’un tel fantoche aux mains de l’artiste aurait eu l’air trop grossier pour être présenté devant public.

Néanmoins, le simpliste personnage possède une certaine intelligence. Il est un très bon ami de Paul Desmarais, après tout, ce milliardaire trempé dans le pétrole albertain (et possédant La Presse, entre autres) et dont il affirme que ce dernier l’a aidé à se faire élire président de la République française: « Si je suis aujourd’hui président de la République, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et la fidélité de Paul Desmarais ». Il sait où sont ses intérêts et ceux de ses amis. Car si l’affaiblissement de ce qu’il reste du mouvement souverainiste (merci madame Marois!) risque de profiter aux Conservateurs et donc à la Power Corporation de Desmarais, il y a d’autres intérêts en jeu.

En effet, comme le note Parizeau, il y a la question du nucléaire derrière tout ceci. Et bizarrement, le lendemain de l’intervention de Parizeau sortait cette nouvelle d’une possible privatisation partielle d’Énergie Atomique du Canada Limitée (EACL).

Mais que manque-t-il donc au puzzle pour que tout s’explique?

Réponse: Areva.

Cette compagnie, numéro un mondial de la production nucléaire et contrôlée à près de 95% par l’État français, se place en bonne position pour obtenir le contrat du nucléaire au Canada. En outre, Sarkozy essaie de la fusionner avec Alstom et Bouygues pour en faire un véritable colosse qui serait plus à même d’obtenir des contrats à l’étranger, dont au Canada. Et au fait, qui est le directeur d’Areva Canada? Armand Laferrère, qui outre le fait d’être un lobbyiste pro-israélien est un ancien conseiller du président Sarkozy et a déjà signifié l’intérêt de sa firme de devenir actionnaire de EACL.

Et que se passe-t-il donc par la suite? Hé oui! Sarkozy, qui contrôle de fait Areva, vient faire un beau discours sur l’unité nationale permettant à Stephen Harper de se mettre en valeur (et ainsi donner un coup de pouce aux entreprises de Paul Desmarais qui profitent du boom pétrolier albertain) et deux jours plus tard on confirme que AECL risque d’être partiellement privatisée.

La suite de l’histoire pour bientôt: Areva va devenir actionnaire de EACL.

Tout va pour le mieux dans le monde des puissants et pendant que nous nous obstinons à savoir comment redistribuer ce qu’il reste de notre maigre tarte, nous attaquant les uns les autres, eux ils se sauvent avec notre richesse collective et se la sépare entre copains.

Ce sont des gens comme ceux-là qui font que le monde va aussi mal.

AJOUT:Pendant ce temps, je rêve d’un grand chef pour le Parti Québécois, un qui est capable de se lever debout et de dire « Sarkozy, mêle-toi de tes affaires vieux bouc! » au lieu de faire le dos rond et de s’avilir à vouloir démontrer que l’indépendance du Québec (dont elle ne parle plus du tout) serait un projet inclusif (mot vide) et non pas une simple division (concept vide). Je l’ai déjà écrit et je le répète: Pauline Marois fait partie du problème au PQ, pas de la solution.

La désinformation de Gesca
23 février 2007


Vous rappelez-vous du débat des chefs de 2003? Charest avait utilisé une affirmation de Parizeau, sortie à la toute dernière minute, pour intimider le chef du PQ, Bernard Landry. Mais qui avait sorti cet article? Le groupe Gesca, qui appartient à Power Corporation, et qui a un agenda néolibéral bien connu (Power Corporation possède notamment la Great West Life Co., qui ferait des milliards $ si on privatisait la santé…), a été derrière cette opération.

Lire le texte: L’« affaire Parizeau » : Coup monté de Power Corporation ?

Nous revoici en campagne électorale, et Gesca nous refait le même truc, notamment sur Cyberpresse.

Tiens, aujourd’hui, le texte intitulé Vente du Mont-Orford : Boisclair reste vague. Quand on lit le texte, on se rend compte que Boisclair n’est pas vague du tout: la nouvelle est claire et sans équivoque, si le PQ est élu on ne va pas privatiser le Mont-Orford. C’est très clair. Mais plutôt que de se concentrer sur la nouvelle, Gesca préfère souligner le soi-disant vague très approximatif de petits détails sans importance pour lui nuire.

Hier, j’ai vu de nombreux exemple semblables, et j’aurais dû les noter car dans les archives les titres semblent avoir été changés. C’est assez subtil comme façon de procéder, mais en clair on prend une nouvelle « x » et on lui donne un titre temporaire qui favorise systématiquement le PLQ ou l’ADQ. Exemple: si Boisclair attaque Charest sur ses promesses en santé, on soulignera la « réponse cinglante de Charest » plutôt que l’attaque justifiée du premier.

Désinformation 101.

Voilà pourquoi les blogues sont importants. Dans un univers médiatique québécois monopolisé par les intérêts financiers, il est difficile de trouver une alternative au quotidien à ce rouleau-compresseur de la pensée unique.