Le javel mortuaire
16 septembre 2010

Richard Martineau publie aujourd’hui un billet sur son blogue où il critique Patrick Bourgeois, le chef du Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), pour son acceptation de commentaires désobligeants sur son site web à propos de la mort de Claude Béchard. Pour Martineau, ce sont des messages haineux, dégoûtants, qui n’auraient rien à voir avec l’ensemble d’un Québec « secoué » par le décès prématuré de Béchard. Quand quelqu’un meurt, on n’a pas le droit ni de se réjouir, ni de le critiquer, voilà le message en filigrane. Il s’agit d’une forme particulièrement vicieuse de pensée.

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En effet, au nom de quelle justification moralement tordue une personne décédée gagne-t-elle soudainement en valeur et peut-elle s’épargner le jugement d’autrui? Un individu peut être toute sa vie le dernier des salauds, massacrer des enfants, tuer six millions de Juifs comme Hitler l’aurait fait, mais à l’heure de son décès il faut tout oublier sous prétexte qu’il est mort, que c’est la vie et qu’on ne s’en prend pas à un mort. Critiquer un mort, c’est mal vu, c’est laid, c’est sale. On a tellement peur de la mort qu’on la sacralise. Rédemptrice, elle transforme le pire des hommes en personne respectable dont la mémoire doit être respectée.

Je ne dis pas que Béchard doit être méprisé pour autant. On peut clairement objecter que Béchard n’a rien fait pour mériter le mépris. Sauf qu’il s’agit d’une opinion personnelle et que le propre de telles opinions est précisément qu’elles peuvent se discuter. Si des gens considèrent que l’œuvre de Béchard doit être critiquée, pourquoi devraient-ils s’en empêcher sous prétexte qu’il est mort? S’ils croient que Béchard était une nuisance, pourquoi devraient-ils se taire? Béchard, après tout, était l’homme derrière le Suroît, derrière la privatisation avortée du Mont Orford, derrière le projet Rabaska… Si l’homme a œuvré de son vivant à dilapider les richesses naturelles ou écologiques du Québec, et si nos descendants auraient eu à en payer le triste prix n’eût été de l’opposition de la population à ces tristes projets, cela ne doit-il pas être dénoncé? Le javel mortuaire ne peut pas tout blanchir.

Quand on pense à la mort d’un individu foncièrement mauvais, à un meurtrier par exemple, s’épargne-t-on la joie de dire « bon débarras » par respect pour la mort de l’homme? Non. On juge sa vie, on la méprise et on l’oublie. Pourquoi agit-on différemment avec d’autres personnes? Si un individu tue un seul humain, on peut le mépriser, mais s’il a tenté de vendre l’héritage des Québécois aux amis du parti et qu’il a contribué toute sa vie au succès d’une formation politique corrompue, contribuant à la fois au recul de la démocratie et à l’affaiblissement environnemental du Québec pour des générations à venir, on devrait respecter son dernier repos?

Patrick Bourgeois lui-même m’avait reproché, après le décès de Lhasa de Sela, mes critiques selon lesquelles cette grande dame ne représentait rien de la culture québécoise. Bourgeois avait tort alors, mais il a raison aujourd’hui: on a le droit de juger de l’importance d’un individu pour notre nation, mort ou vivant. La mort ne blanchit rien, elle n’excuse rien. Une femme qui, malgré son incroyable talent, ne représentait pas la culture québécoise avec ses chansons dans des langues étrangères, c’est une vérité avant ou après la mort. Un homme qui, malgré sa gentillesse et son respect des individus, se sert de son rôle de représentant de la population pour affaiblir le Québec, c’est une vérité avant ou après la mort.

Le passage vers l’au-delà ne doit pas constituer un tamis permettant de séparer ceux qui peuvent se faire juger de ceux qui ne peuvent pas. Nous allons tous y passer; qu’on ne donne pas l’illusion à ceux qui sont ici et nuisent au Québec que nous allons les célébrer avec des funérailles nationales et oublier leurs travers au moment de leur décès.

Qu’ils deviennent des hommes et des femmes de bien dès aujourd’hui ou qu’ils assument le fardeau du jugement de ceux qui seront encore là à l’heure de leur mort!

Les élections: la paix ou la démocratie?
27 octobre 2008

Démocratie ou dictature?

Ainsi, nous devrions être appelés aux urnes le 8 décembre prochain. Pendant que l’économie mondiale bat de l’aile et que chaque contrat obtenu de l’étranger se veut un baume sur la plaie béante et purulente que constitue la situation économique actuelle, notre premier ministre Jean Charest préfère penser à ses propres intérêts et annule un voyage en Chine pour espérer s’assurer une majorité lors des prochaines élections.

Charest fait la calcul suivant: on s’en va en récession, elle va être très sévère, probablement la pire depuis des décennies, et si ses pires effets pervers n’ont pas encore atteint le Québec ce n’est qu’une question de temps avant que le feu soit dans la grange et qu’on réclame la tête du coq le plus flamboyant. Car qu’on le veuille ou non, quand ça va mal on se cherche des coupables. Et si le Parti Libéral a une chance d’améliorer son sort, c’est ici et maintenant.

De quoi peut-il avoir peur?

D’un côté, l’ADQ s’en va nulle part; le parti est en train de sombrer dans la discorde interne et au rythme où vont les choses on se demande même si le parti de Mario Dumont serait en mesure de garder une vingtaine de sièges (il en a 39 présentement). Le navire coule, et déjà les rats ont commencé à le quitter.

De l’autre côté, Pauline Marois est égale à elle-même: prétentieuse, hautaine, tenant un discours creux et ayant à peu près autant de charisme que la secrétaire blasée chez votre dentiste. Donnez-lui son 4% à elle, et ça presse! Le PQ est lui aussi prêt à se faire battre, car son but premier est l’indépendance du Québec et Marois a rejeté ce principe, peu importe ce que les poèmes conventionnelo-populistes d’appels à la patrie d’une poignée de béni-oui-oui en fin de semaine laissaient croire. Le PQ de Pauline Marois a tué l’indépendance, et avec une cheffe aussi médiocre le parti n’a pas la moindre chance de gagner les élections.

Jean Charest vogue donc allègrement vers la majorité. Contrairement à Stephen Harper, qui a tenu le même pari et l’a perdu, Charest n’a pas une bande d’Albertains fanatiques à satisfaire et il ne coupera pas dans la culture à quelques semaines des élections. Il va se taper une petite campagne tranquille en martelant que son parti est le meilleur pour faire face aux problèmes économiques et on oubliera ce qu’était réellement le PLQ majoritaire: les écoles privées juives, le Suroît, le Mont Orford, les privatisations, etc.

Alors non, je ne suis pas emballé par cette campagne électorale qui s’annonce déjà ennuyante et au résultat prévisible. Mais je n’irais pas jusqu’à écrire des conneries comme Patrick Lagacé qui affirme que « Après [les élections], si le bon Dieu est bon, la paix pendant quatre ans. »

La véritable « paix », c’est-à-dire l’absence d’enjeux électoraux, c’est celle qu’offre une dictature , éliminant la démocratie… et les journalistes trop irrévérencieux; on devrait peut-être le rappeler à M. Lagacé, lui qui ne vote pas. Car le droit de voter, c’est le droit de chiâler. Quand on reste assis chez soi pendant que ce pour quoi des centaines de milliers de personnes ont donné leurs vies au travers des siècles se met en branle, on est discrédité et pour longtemps.

L’instabilité politique n’est sûrement pas la panacée, mais elle force les élus à se remettre régulièrement au diapason avec la population sous peine d’être relégués dans l’oubli. Et notre démocratie, quoi qu’imparfaite, doit être protégée de tous ceux qui croient avoir des opinions sur tout mais qui ne sont même pas capables de bouger leurs fesses une fois par année pour aller voter.

En ce sens, si la manoeuvre politique de Jean Charest est très « politi-chienne », le texte de Patrick Lagacé fait très « journal-élitiste ». Comme quoi certains ont parfois de la difficulté à s’élever au-dessus du quotidien pour voir les véritables enjeux derrière le processus électoral.


AJOUT: Mes 4-5 derniers commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé ont été censurés mystérieusement effacés. Je me suis plains à Patrick Lagacé, qui évidemment dit qu’il n’est au courant de rien. Vraiment plate comme situation; on suit leur foutu nétiquette à la lettre et suffit qu’on soit en désaccord avec l’auteur pour que les messages « disparaissent mystérieusement »! Ah Gesca et leur censure…