À l’abattoir!
30 avril 2007

100Le scénario est connu: une direction d’usine menace de fermer ses portes pour forcer ses travailleurs à réduire leur salaire et leurs avantages sociaux. Comme on l’a vu il y a quelques mois avec Olymel, c’est maintenant au tour de Exceldor qui, non satisfaite d’être le leader dans la coupe de volaille au pays, désire maintenant y aller du couteau sur ses employés.

Évidemment, la direction accepte de « négocier ». Entendez: on va faire semblant de négocier en public pour la caméra, on va peut-être engager Lucien Bouchard pour venir pleurer sur le sort des pauvres patrons d’entreprises, mais en privé c’est toujours le fusil sur la tempe. En privé, on va continuer de tenir un discours comme celui-ci: « Acceptez nos conditions ou sinon on ferme nos portes. »

C’est ce qui s’appelle avoir le gros bout du bâton.

Alors qu’il y a quelques années le mouvement syndical aurait eu le soutien massif de la population, désormais la paupérisation croissante d’une large partie de celle-ci incite à la jalousie et à l’égoïsme. Tous ces gens payés 8-10$ de l’heure, avec des conditions de travail minables, ne se demandent pas pourquoi ils sont incapables de vivre décemment en travaillant à temps plein. Non, non. C’est beaucoup plus facile de s’en prendre aux méchants syndicats qui offrent des salaires de riche à ses travailleurs!

Dans les faits, un salaire de 17-18$, c’est un salaire de classe moyenne. À Montréal, c’est à peine de quoi payer le loyer, entretenir une voiture, et faire quelques sorties. N’est-ce pas ironique de voir des gens qui votent pour un parti comme l’ADQ, supposément défenseur de la classe moyenne, ensuite réclamer la réduction des salaires de ces mêmes travailleurs?

On connaît la rengaine: mondialisation, concurrence, productivité, flexibilité. C’est un système économique qui, partout où il a été appliqué, a entraîné un appauvrissement d’une large partie de la population et une explosion des inégalités sociales.

Ne serait-il pas temps de faire passer l’humain devant la « logique » économique? Ne serait-il pas temps pour ces politiciens se faisant élire au nom de la classe moyenne de prendre leurs responsabilités et de protéger les emplois de cette classe moyenne ainsi envoyée à l’abattoir?