La parade… des voyeurs
28 mai 2007

Avez-vous déjà assisté au défilé de la Fierté Gaie? Moi non plus. Oh, ce n’est pas que je sois intolérant, loin de là; je n’ai juste jamais compris le sens de voir une bande d’à-moitié habillés se déhancher et le soi-disant impact sur la tolérance de la société en général d’une telle foire. Faut dire, ici, à Montréal, l’homosexualité n’est plus vraiment controversée et semble généralement bien acceptée. Ce n’est pas ainsi partout.

En effet, la Fierté Gaie moscovite a littéralement été prise d’assaut par une extrême-droite déchaînée, avec l’appui implicite de la police qui n’a rien fait pour défendre la loi. Pourtant, on était loin là-bas du niveau d’hyper-sexualisation atteint parfois dans nos parades nord-américaines, qui auraient pu choquer une société moins habituée à l’homosexualité.

Au contraire, il s’agissait d’une parade principalement politique, sobre, revendicatrice, très peu offensante. De simples citoyens – ayant la particularité d’être homosexuels – qui marchaient dans la rue pour afficher leur différence et essayer de faire avancer l’acceptation de leur identité. Il n’y avait pas vraiment de monokini jaune fluo, de boucles de métal sur les mamelons, de travestis en froufrou; juste des gens ordinaires aux revendications assez ordinaires.

Mais ce qui est le plus choquant, ce n’est pas le message de cette extrême-droite qui a violenté les participants de ce défilé. Ce ne sont pas ces idiots qui ont frappé au visage des innocents au nom de Dieu ou qui ont affirmé vouloir protéger leur pays de cette « marche satanique ». Non, non. Ce qui est véritablement intolérable, c’est… nous!

Évidemment, nous n’étions pas sur place physiquement, mais nos yeux y étaient, via les dizaines et dizaines de caméras braquées sur la parade. Et que faisions-nous sur place? Nous observions. Ou plus précisément, nous ne faisions rien. Nos yeux étaient braqués via les caméras de dizaines de journalistes stoïques devant l’agression, immobiles.

Regardez le vidéo ci-bas: des gens se font agresser en pleine rue. Les caméras tournent, observent. Un homme reçoit un coup de poing à la figure; les caméras continuent de tourner, d’observer. Y a personne qui lâche son objectif pour prendre la défense de celui qui se fait frapper. Non, non, car l’important c’est de filmer pour nous, chers Occidentaux voyeurs à la recherche de sang, de violence, d’intolérance.

Combien y en a-t-il ici qui rêvent secrètement de faire du « tape tapette »? Qui haïssent en silence les homosexuels et qui derrière leurs discours à l’apparence ouverts se régalent de scènes comme celles-ci? Car on aurait tort de penser que l’homophobie n’existe qu’en Russie.

Non, ici nous ne sommes plus homophobes. Mais nous sommes des voyeurs, et c’est par procuration que nous attaquons les « tapettes » et c’est bien assis dans notre fauteuil que nous jugeons ceux qui sont différents.

Que ce soient les homosexuels, ou les Russes qui les oppriment.

Toujours notre regard. Toujours de haut. Car nous sommes tellement meilleurs qu’eux. Nous voyons tout, nous ne faisons rien, mais nous sommes les meilleurs. Nous sommes partout.

Mais responsables de rien.