Obésité: le coût de la pauvreté?
27 juillet 2009

Une étude publiée aujourd’hui par la revue étatsunienne Health Affairs chiffre les coûts de l’obésité à plus de 145 milliards $ annuellement. Une hausse de plus de 68 milliards $ depuis la dernière étude, publiée en 1998. Les troubles et maladies reliés à l’obésité accaparent désormais 9,1% de toutes les dépenses médicales aux États-Unis, contre 6,5% en 1998. Et s’il s’agissait simplement d’une autre conséquence des inégalités sociales grandissantes?

obesite

Source de l’image

En effet, le lien entre pauvreté et obésité n’est plus à établir. Une étude de Statistique Canada l’a déjà établi en 2005 (( Le Soleil, Actualités, vendredi, 8 avril 2005, p. A5, Étude sur la santé, Plus facile de gagner du poids que d’en perdre, Les maladies cardiovasculaires, le cancer et le diabète sont en hausse au Québec, Lemieux, Louise )) et ce n’est pas un hasard si un pays comme Terre-Neuve, où le taux de chômage est un des plus élevés au pays, affiche également un des plus haut taux d’obésité au Canada ((Le Devoir, Éditorial, vendredi, 10 mai 2002, p. A6, Le poids des Canadiens, des Rivières, Paule )).

En fait, cela fait du sens. Comme l’explique Larry Brown, directeur du Center on Hunger and Poverty de Brandeis University, en Virginie occidentale: « les économies étatiques et nationales ont subi des transformations tellement radicales ces dernières décennies que les revenus ont beaucoup diminué, si bien que maintenant les habitués des banques alimentaires sont des parents qui travaillent. Ce sont des citoyens productifs mais ils gagnent entre 5,15 et 8,50 dollars de l’heure. Ils doivent payer leur loyer et, en général, ils veulent garder un toit pour leurs enfants. Ils paient les factures d’électricité et les soins médicaux mais comme ils n’ont plus d’argent, ils se privent de nourriture. » (( l’Humanité hebdo;Monde, samedi, 25 juin 2005, p. 30, États-Unis, Les pauvres sont plus atteints par l’obésité, Natacha Saulnier, Le lien entre la pauvreté et l’obésité semble paradoxal. Pourtant les plus démunis, fans de « junk food », sont plus touchés par le mal. New York )) Et lorsqu’ils mangent, ils mangent mal, car la malbouffe est facile d’accès et peu coûteuse.  Entre une belle pièce de viande, des légumes frais et un macaroni Michelinas, le choix s’avère souvent facile à faire au détriment de sa santé et de son poids santé.

Au Canada, la situation est semblable: le nombre de citoyens ayant un indice de masse corporelle plus élevé en 2006-2007 qu’en 1994-1995 est de 30,5%, contre un maigre 5,8% pour ceux qui ont perdu du poids.  (( Statistique Canada, Tableau 104-70301, Changements de l’indice de masse corporelle (IMC) entre 1994-1995 et 2006-2007, population à domicile de 18 à 56 ans ayant fourni des renseignements sur leur taille et leur poids, selon le sexe, Canada, aux 2 ans )) Et au même moment, le coefficient de Gini, calculant les inégalités sociales, passait de 0,403 à 0,429. (( Statistique Canada, Tableau 202-0705, Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) (Aux États-Unis, le coefficient est passé de 0,45 à 0,47, ce qui démontre un accroissement des inégalités.) Les inégalités augmentent, tout comme l’obésité.

Évidemment, cela ne signifie pas pour autant que la pauvreté soit le seul facteur influençant l’obésité ni même qu’elle en soit le principal. Cela veut simplement dire que des politiques économiques gouvernementales favorisant les inégalités sociales encouragent l’embonpoint chez ceux qui ont la malchance de se retrouver au bas d’une échelle sociale de plus en plus difficile à grimper. Et ce coût, ce 1429$ de plus que doit dépenser annuellement chaque personne obèse pour ses soins de santé, nous devons tous l’assumer, d’une manière ou d’une autre.

Au-delà des beaux catéchismes d’une certaine droite demandant de plus en plus à l’État de se dissocier du sort des plus démunis et de baisser les impôts des mieux nantis, ne s’agit-il pas là d’un énième incitatif à la prudence, voire au changement de direction?