Une oasis de mépris
8 avril 2012

Les faits divers représentent quelque chose de l’âme d’un peuple. Rarement peut-on mieux comprendre l’essence d’une collectivité qu’en observant sa réaction lors de faits divers n’ayant pas passé par le filtre juridique, médiatique ou politique. Ainsi en est-il de cette saga virtuelle Lassonde, assimilée à un combat David contre Goliath, où les Québécois ont massivement pris le parti du défavorisé et où la compagnie qu’ils ont choisi de protéger leur a répondu avec un crachat au visage.

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L’ironie est savoureuse. Les Québécois ont envahi par milliers la page Facebook Oasis de Lassonde pour se plaindre de l’attitude de la compagnie à l’égard d’une petite entreprise. Nous sommes ainsi : nous nous reconnaissons toujours dans le petit qui est écrasé par le gros. Lors d’une guerre, nous appuyons le défavorisé. Au hockey de même. Dans la cour d’école aussi. Nous aimons les perdants parce que, d’une certaine manière, nous y reconnaissons notre histoire d’un peuple conquis et abusé depuis longtemps.

L’ironie est celle-ci : non seulement l’entreprise à laquelle nombre de Québécois ont choisi de s’identifier possède une raison sociale en anglais, mais sa page Facebook était jusqu’alors entièrement en anglais et, comble de l’ironie sur une montagne d’ironie, l’entreprise a choisi de les remercier d’abord en anglais !

Imaginez l’affaire : une commerçante sauve des dizaines de milliers de dollars grâce au complexe d’infériorité des Québécois, qui s’identifient systématiquement aux défavorisés et qui inondent la page d’appuis, et elle les remercie en anglais d’abord, alors qu’il n’y avait pas un seul, et je dis bien UN SEUL, message de qui que ce soit incapable de parler la langue nationale sur sa page. Peut-on imaginer plus méprisant ?

Ce complexe d’infériorité nous sauve à de nombreuses reprises, car il nous permet de comprendre les injustices vécues par d’autres. Il nous permet de ressentir plus fortement l’empathie que d’autres peuples. Il nous a permis de nous mettre à la place des Irakiens, par exemple, en 2003. Nous comprenons ceux qui souffrent et nous ressentons une certaine sympathie parce que nous sommes un peuple conquis depuis un quart de millénaire.

Cependant, il faut tracer une ligne. Lassonde ne constitue pas une multinationale étrangère méprisante écrasant une pauvre petite compagnie de chez nous. On parle plutôt ici d’une entreprise québécoise faisant valoir ses droits légaux contre une compagnie n’ayant même pas la décence d’avoir une raison sociale francophone ou de communiquer avec la population dans la langue nationale. On est loin, très loin du méchant Goliath tentant d’écraser le bon David.

Se libérer collectivement, devenir un peuple mature et libéré de ses démons, cela implique d’être capable de ne plus systématiquement appuyer un camp ou un autre sans juger des valeurs en jeu. Ce n’est pas parce qu’un gros tente d’écraser un petit que le petit a forcément raison et le gros nécessairement tort. Ces réflexes qui sont les nôtres sont ceux d’un peuple qui a trop longtemps appris à plier le dos et à subir les volontés d’autrui. Quand on accepte de perpétuer cette manière de voir les choses, on accepte de perpétuer notre propre condition de colonisé.

Olivia’s Oasis n’est pas une compagnie québécoise. C’est la première chose à réaliser. Cette entreprise est peut-être enregistrée au Québec, ces propriétaires y vivent peut-être. Mais ce n’est pas une entreprise de chez nous. Elle ne représente pas nos valeurs. Son mépris de la langue nationale ne représente rien de nous. Elle est aussi étrangère au Québec que ne le serait un « Monsieur Patate » fonctionnant en français à Moscou.

Nous aimons défendre David contre Goliath. Ce que nous devons enfin réaliser, c’est que dès qu’il est question de langue, nous sommes systématiquement David. Dès qu’il est question de respecter notre langue nationale, même une binerie comme Olivia’s Oasis représente le prolongement d’une anglomanie irrespectueuse et méprisante, où on vit sur le territoire québécois sans jamais respecter les valeurs des Québécois. Cette entreprise sera toujours pour nous une entreprise étrangère.

Ce soir, une propriétaire se couchera avec le sourire grâce aux Québécois.

Et demain, elle continuera de leur cracher au visage en communiquant avec eux dans une autre langue que la langue nationale.

C’est aussi ça, le mépris et le racisme anti-québécois.

Tant que des entreprises comme Olivia’s Oasis pourront continuer à mépriser la langue nationale des Québécois, notre langue continuera de reculer.