De l’utilité sociale de la pédophilie
28 octobre 2008

Je lisais cette nouvelle où on apprend qu’une fillette de sept ans a été enlevée, violée, puis ramenée simplement une heure plus tard à son école. J’entends déjà en sourdine l’écho plaintif des faiseurs d’opinions réclamant davantage de répression et la fin des sempiternelles « sentences-bonbons ». Et si la vérité était ailleurs. Pire, ou mieux, et si les pédophiles avaient une utilité sociale?

On s’entend, personne ici ne va approuver la pédophilie. S’en prendre à un être sans défense, qui commence dans la vie, et le handicaper durablement en lui faisant connaître ce qu’il est trop jeune pour avoir besoin de connaître, c’est purement mal. Mais le mal peut-il être utile?

Par exemple, si personne ne souhaite avoir un cancer, sans l’explosion des cas de cancer depuis plusieurs décennies on fumerait toujours la cigarette dans les écoles. Sans l’accroissement des crises cardiaques et de l’obésité morbide, on n’aurait pas commencé à limiter la malbouffe. Sans Tchernobyl, aurait-on entrepris de mieux sécuriser l’énergie nucléaire? Mais encore: sans les épidémies de pestes buboniques, aurait-on commencé à appliquer de meilleures règles d’hygiènes? Et sans nos ancêtres préhistoriques qui ont brûlé vifs lors d’un incendie de forêt, aurait-on découvert la maîtrise du feu?

Ce que je dis ici, c’est que de tout événement négatif naît la possibilité d’un résultat positif. L’événement négatif ne peut être blâmé sans cesse pour ce qu’il est, mais plutôt acclamé pour les changements qu’il nous force à apporter.

À quoi aurait-il donc servi à nos prédécesseurs de blâmer le feu qui les brûle ou plus tard la maladie qui les frappe, à sacrifier des moutons ou des sorcières pour apaiser les Dieux en furie et faire couler la pluie ou arrêter l’épidémie par chance? À rien. L’eau qui épuise l’incendie et le force en retraite n’empêche pas le feu de revenir, pas plus que la fin d’une épidémie ne conjure le retour d’une autre.

L’Homme doit apprendre à s’adapter et à changer ce qu’il le rend vulnérable aux périls.

Ainsi, la solution au problème de la pédophilie n’est peut-être simplement pas d’emprisonner les pédophiles. Il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Il faudrait possiblement comprendre en quoi nos enfants sont devenus plus vulnérables qu’ils ne l’étaient autrefois, si tel est effectivement le cas.

Par exemple, autrefois, dans nos campagnes, les enfants étaient beaucoup plus souvent à la maison ou chez des proches. Ils aidaient pour les travaux avec la famille, les garçons avec leur père, les fillettes avec leur mère, et les sorties étaient plus encadrées, ou du moins elles avaient lieu dans un univers moins spacieux, plus simple. Les enfants avaient leurs moments de liberté, mais celle-ci s’exprimait dans un contexte où les gens se connaissaient davantage.

Aujourd’hui, par contre, c’est l’époque de la clef dans le cou, de l’autobus jaune ou bleu, des inconnus hasardeux qu’on aperçoit subrepticement derrière une triste clôture argentée. Plus personne ne se connaît, plus personne ne se parle. Un inconnu peut arrêter sa voiture, embarquer une fillette de sept ans, lui mettre son pénis dans la bouche ou à d’autres endroits infâmes et la laisser partir une heure plus tard pour aller chez une amie en lui disant « salut ma lolotte oublie-pas de te laver la figure » et personne ne se rend compte de rien. Nous sommes étrangers les uns pour les autres. Et c’est grâce à notre désunion et notre indifférence que peuvent prospérer de telles violences.

Conséquemment, avant de réclamer des peines toujours plus sévères pour les pédophiles comme d’autres ont brûlé des sorcières contre la peste, il faudrait peut-être mieux se regarder soi-même, passer davantage de temps avec nos enfants et leur offrir un futur où ceux-ci puissent se sentir en confiance toute la journée.

Car on aura beau arroser le feu, le piétiner, lui lancer de la chaux, l’insulter, lui cracher dessus, mettre de la terre sur lui, l’isoler ou lui couper l’oxygène, il reviendra toujours. Le problème n’est pas la pédophilie, mais notre mode de vie. Et y a pas de peines plus sévères, de castration, de registre public ou d’affichage de photos qui pourront régler ça.

Se choquer et s’indigner devant l’inacceptable, c’est facile. Se remettre en question, et essayer de changer un quotidien un peu trop impersonnel et compliqué qui nous rend vulnérables, voilà un défi plus épineux.

Les intérêts de Sarkozy
19 octobre 2008

Quel petit peuple nous sommes, non? Je revois encore cette conférence de presse caricaturale de Nicolas Sarkozy, venu en coup de vent saluer ceux qu’il considère sûrement comme de loyaux sujets, où ce dernier ventait les mérites d’un Canada uni et s’en prenait presque aux journalistes pour leurs questions un peu trop pointues. Cet homme est une vraie contrefaçon de marionnette de cirque. On le regarde et on se plaît à s’imaginer qu’un tel fantoche aux mains de l’artiste aurait eu l’air trop grossier pour être présenté devant public.

Néanmoins, le simpliste personnage possède une certaine intelligence. Il est un très bon ami de Paul Desmarais, après tout, ce milliardaire trempé dans le pétrole albertain (et possédant La Presse, entre autres) et dont il affirme que ce dernier l’a aidé à se faire élire président de la République française: « Si je suis aujourd’hui président de la République, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et la fidélité de Paul Desmarais ». Il sait où sont ses intérêts et ceux de ses amis. Car si l’affaiblissement de ce qu’il reste du mouvement souverainiste (merci madame Marois!) risque de profiter aux Conservateurs et donc à la Power Corporation de Desmarais, il y a d’autres intérêts en jeu.

En effet, comme le note Parizeau, il y a la question du nucléaire derrière tout ceci. Et bizarrement, le lendemain de l’intervention de Parizeau sortait cette nouvelle d’une possible privatisation partielle d’Énergie Atomique du Canada Limitée (EACL).

Mais que manque-t-il donc au puzzle pour que tout s’explique?

Réponse: Areva.

Cette compagnie, numéro un mondial de la production nucléaire et contrôlée à près de 95% par l’État français, se place en bonne position pour obtenir le contrat du nucléaire au Canada. En outre, Sarkozy essaie de la fusionner avec Alstom et Bouygues pour en faire un véritable colosse qui serait plus à même d’obtenir des contrats à l’étranger, dont au Canada. Et au fait, qui est le directeur d’Areva Canada? Armand Laferrère, qui outre le fait d’être un lobbyiste pro-israélien est un ancien conseiller du président Sarkozy et a déjà signifié l’intérêt de sa firme de devenir actionnaire de EACL.

Et que se passe-t-il donc par la suite? Hé oui! Sarkozy, qui contrôle de fait Areva, vient faire un beau discours sur l’unité nationale permettant à Stephen Harper de se mettre en valeur (et ainsi donner un coup de pouce aux entreprises de Paul Desmarais qui profitent du boom pétrolier albertain) et deux jours plus tard on confirme que AECL risque d’être partiellement privatisée.

La suite de l’histoire pour bientôt: Areva va devenir actionnaire de EACL.

Tout va pour le mieux dans le monde des puissants et pendant que nous nous obstinons à savoir comment redistribuer ce qu’il reste de notre maigre tarte, nous attaquant les uns les autres, eux ils se sauvent avec notre richesse collective et se la sépare entre copains.

Ce sont des gens comme ceux-là qui font que le monde va aussi mal.

AJOUT:Pendant ce temps, je rêve d’un grand chef pour le Parti Québécois, un qui est capable de se lever debout et de dire « Sarkozy, mêle-toi de tes affaires vieux bouc! » au lieu de faire le dos rond et de s’avilir à vouloir démontrer que l’indépendance du Québec (dont elle ne parle plus du tout) serait un projet inclusif (mot vide) et non pas une simple division (concept vide). Je l’ai déjà écrit et je le répète: Pauline Marois fait partie du problème au PQ, pas de la solution.

Mes lumières sont restées allumées
29 mars 2008

Ça me fait un peu rigoler moi tous ces gens qui ont fermé leurs lumières ce soir à 20h00 pour participer à « l’événement » Une heure pour la planète, où on invitait tout le monde sur la planète à retourner à l’âge de pierre pendant une heure soi-disant pour « sensibiliser les populations aux économies d’énergie ». Sauf que mes lumières sont restées allumées. Et j’en suis fier.

Si on écoutant certains soi-disant écologistes, on retournerait presto vers nos cavernes, la chasse en moins. On se nourrirait de racines et on mourrait à vingt-cinq ans, rachitiques et faibles. Ça ne m’intéresse pas.

L’énergie, j’en veux, j’en consomme, et j’en veux toujours davantage. C’est grâce à l’énergie de la machine à vapeur qu’on a pu sortir du Moyen-Âge, où l’espérance de vie n’était que d’une quarantaine d’années. C’est aussi grâce à l’énergie que nous vivons si bien aujourd’hui. Et encore grâce à elle qu’internet existe, qu’on envoie des humains dans l’espace, qu’on voyage sur de nombreux continents, qu’on mange de la salade et des légumes frais en plein hiver, qu’on peut se divertir après le coucher du soleil, qu’on peut se réveiller à l’heure le lendemain matin. L’énergie est plus qu’utile à nos sociétés; elle est essentielle.

Au lieu de constamment penser négativement, en termes de « conservation » d’énergie, ou de « préservation », ou encore « d’économie » d’énergie, il serait peut-être temps de penser en winners.

En effet, nous avons une richesse incroyable au Québec avec une énergie propre produite par l’hydro-électricitié. Pourquoi ne pas construire davantage de barrages dans le nord du Québec? Lâchez-moi les quelques centaines d’Inuits à protéger et fournissez-moi des millions de kilowatteurs qui non seulement me chaufferont et amélioreront ma vie directement, mais en plus pourront être revendus aux États-Unis, enrichissant effectivement toute la société! Et pourquoi pas le nucléaire? C’est très propre et sécuritaire quand c’est bien fait. Et les éoliennes, et l’énergie solaire!

Ne me parlez pas de consommer moins d’énergie, mais dites-moi que je pourrai toujours en consommer davantage, car l’énergie c’est en grande partie le progrès et l’opportunité pour la majorité d’améliorer ses conditions de vie. Ne me demandez pas d’éteindre mes lumières, mais parlez-moi plutôt de meilleures façons de me fournir l’énergie dont j’ai tant besoin!

Une heure pour la Terre, c’est un bon début. Mais à quand l’heure pour ceux qui y vivent, et dont la qualité de vie est directement dépendante d’une énergie peu coûteuse et disponible?

La fin de partie
27 septembre 2007

Il semble de plus en plus probable que les États-Unis vont attaquer l’Iran. Il y a quelques semaines le Courrier International expliquait neuf indices qu’une guerre se préparait, et aujourd’hui on apprend par le Canard enchaîné que les services secrets russes on averti l’Iran qu’une attaque était imminente.

En clair, le plan israélo-américain serait de procéder à des attaques furtives contre les installations nucléaires (civiles) iraniennes, et ce avant la fin de 2007. Voilà pourquoi Moscou a livré des armes antiaériennes à Téhéran.

Mais un autre signe qui ne ment pas, c’est cette tournée américaine du président iranien Ahmadinejad, qui joue très gros et espère empêcher les États-Unis d’attaquer le pays avant qu’il n’ait complété la construction d’une arme nucléaire lui permettant d’assurer son auto-défense.

Mais ultimement, ne nous trompons pas. L’enjeu n’est pas le nucléaire. L’enjeu, c’est le pétrole. Comme je l’affirmais dans Made in China le véritable but des États-Unis est de s’accaparer des dernières ressources de pétrole de la planète en prévision du pic pétrolier (le moment où on atteint le maximum absolu de production de pétrole à l’échelle mondiale, mais dont l’aspect le plus dangereux est ce moment où l’offre de pétrole ne suffit plus à la demande) et d’empêcher la Chine et l’Inde de pouvoir avoir accès à suffisamment de pétrole pour assurer un développement économique leur permettant, à terme, de surclasser les États-Unis.

Car dans un contexte où le pétrole sera une denrée de plus en plus dispendieuse (et rare), seuls les pays assurant leur accès à cette source capitale d’énergie seront en mesure d’être compétitifs. L’enjeu, pour les États-Unis, est donc de s’assurer d’être le dernier pays en possession de pétrole à bas prix quand la crise économique, résultante de l’explosion des coûts de l’or noir, frappera.

L’Irak, l’Iran, l’Afghanistan, les républiques du Caucase, le Pakistan (malgré les démentis, les services secrets pakistanais, qui ont notamment été impliqués dans le financement des attaques du 11 septembre 2001, sont pratiquement une création de la CIA)… Washington s’installe un peu partout dans la région et bloque toute voie qui puisse permettre à la Chine de s’approvisionner en pétrole à long terme. Et quand le pétrole coûtera 200$ le baril – et il VA coûter 200$ le baril d’ici quelques années – les États-Unis seront en excellente position pour maintenir leur empire et auront déjà leurs soldats-pions sur place pour protéger leurs intérêts pendant que les pays émergents annihilent leur croissance dans la recherche désespérée d’énergie.

Aux échecs, on appelle ça l’analyse d’une transition vers la fin de partie. Quand il y a moins de pièces sur le jeu et qu’il ne suffit plus de penser en terme de calculs tactiques à court terme mais plutôt en concepts stratégiques à long déploiement et aux conséquences de ceux-ci, il faut non seulement imaginer les transformations possibles en terme de matériel existant, mais l’aspect du jeu après de nombreux échanges effectués. Bref, il faut prévoir la fin de partie, ce moment où il ne reste plus que quelques pièces et où les objectifs de chacun sont clairs et précis et où seule la bonne application de la technique peut vaincre.

Cette fin de partie, c’est celle du monde de l’après-pétrole à bas prix et cet échiquier, c’est notre planète.