Nous sommes tous Islandais
27 octobre 2009

Finis les Big Mac en Islande! La multinationale aux arches dorées a décidé de fermer boutique dans le pays. La cause? La profonde crise dans laquelle est empêtrée le pays, et la dévaluation de plus de 50% de la monnaie nationale, éliminant toute possibilité de profit pour McDonald’s lors de l’importation de ses matières premières. Une crise causée par des mesures économiques très à droite, presque libertariennes, et qui ont conduit l’Islande à la faillite.

islande

Source de l’image

En 1984, Milton Friedman, le gourou du néolibéralisme qu’on cite allègrement dans les officines du Conseil du Patronat du Québec et qui constitue une des idoles de André Pratte, l’éditorialiste en chef de la putain de la rue Saint-Jacques (dixit Olivar Asselin), a donné une conférence à l’université d’Islande et participé à un débat télévisé l’opposant à des dirigeants socialistes. Il a fait une forte impression sur toute une jeunesse conservatrice du Independance Party et a ainsi contribué indirectement à l’élection du parti en 1991.

Dès son arrivée au pouvoir, le Independance Party a commencé ses réformes. Durant les dix-huit années qu’a duré son règne à la tête du pays de 320 000 habitants, il a privatisé les pêcheries, des parcs naturels, a donné à une compagnie privée le génome de tous les habitants du pays, a privatisé l’historique médical, les banques (qui ont été « achetées » par des proches du premier ministre), la principale compagnie de télécommunication, alouette. Il a privatisé presque tout ce qui pouvait l’être. Et il a appliqué le petit catéchisme néolibéral à la lettre: il a réduit l’impôt des entreprises de 50% à 18%, il a baissé les taxes et il a appliqué un impôt unique, cette « flat-tax » tant vantée par certains droitistes.

L’illusion a fonctionné pendant un certain temps. Une opulente richesse, dans les mains d’une minorité, a déferlé sur Reykjavik, la valeur des propriétés a augmenté, les miroirs se sont coordonnés pour donner l’illusion de la croissance et de la prospérité. Mais au premier coup de vent, le château de cartes s’est effondré.

Les banques privatisées – et leurs dettes équivalentes à 10 fois le PIB du pays – ont du être renationalisées en catastrophe. On a soumis une candidature expresse pour l’Union européenne, espérant le sauvetage. On s’est mis à genoux devant le FMI, qui avait déjà lui-même secouru l’Argentine après que ce pays eut appliqué ses propres politiques de droite, et on fait face à une chute de plus de 10% du PIB en 2009, le pire résultat depuis l’indépendance du pays, en 1944. L’endettement de l’Islande a atteint 70 milliards, une somme titanesque pour un pays comptant moins d’habitants que la ville de Québec.

Le pays est ruiné.

Ainsi, quand on veut augmenter mes tarifs, je fais un Islandais de moi-même et je dis: « Nei! ». Quand on majore les frais de scolarité, je réponds « Nei! ». Quand on refuse d’imposer adéquatement les mieux nantis, je rétorque « Nei! ». Quand on veut m’imposer des PPP, je réplique « Nei! ». Et quand on me dit que ces réformes de droite constituent le « gros bon sens », je m’époumone à crier « NEI! ».

Aujourd’hui, nous sommes tous Islandais. Nous avons vu ce que nous avons à attendre des gourous d’une droite habile dans ses discours créateurs d’illusion de richesse, mais qui se terre dans les bras du gouvernement au premier coup de vent. Les théories économiques de Milton Friedman, qui considérait l’Islande comme son utopie réalisée, ont perdu toute crédibilité.

Et si on osait l’équilibre, une véritable social-démocratie refusant les dogmes et l’idéologie d’une minorité d’exaltés désireuse de mettre la main sur nos richesses collectives?

Un peu de ketchup avec votre Big Mac?

Oser le protectionnisme pour sortir de la crise
18 mars 2009

Le Bloc Québécois ferait bien de se demander ce qu’a accompli de si formidable le libre-échange depuis quelques années au lieu de s’inquiéter d’un possible retour du protectionnisme aux États-Unis.  Imposer des droits de douanes aux entreprises qui mettent à la porte des travailleurs d’ici pour produire dans le tiers-monde ne constitue pas une menace, mais peut-être la seule solution.

Les États-Unis étaient possiblement le pays le plus libre-échangiste au monde, du moins jusqu’au début de la crise, mais à quel prix? De 2000 à 2007, le revenu du ménage médian baissait de 0,3% par année en termes réels. Le taux d’endettement des ménages américains est passé de 63% du PIB en 1998 à 100% en 2007. ((Le Monde diplomatique, Mars 2009, p. 18 19, Totems et tabous, Le retour du protectionnisme et la fureur de ses ennemis, Jacques Sapir)) Face à une concurrence asiatique payant des salaires médiocres, les délocalisations et fermetures d’usines étaient la norme. Conséquence: le secteur manufacturier a fondu comme une crème glacée sur l’asphalte sous un soleil de juillet.

protectionnisme-crise

Source de l’image

Parallèlement, toujours soucieuses d’être compétitives à l’échelle internationale, les compagnies ont demandé (et obtenu) du gouvernement qu’il transfère les charges sociales vers les salariés. De 2000 à 2007, le coût des assurances de santé aux États-Unis a augmenté de 68%, les frais d’éducation de 46% et la proportion des citoyens sans couverture sociale est passée de 13,9% à 15,6%. ((Idem.))

Quel succès!

Le politologue français Emmanuel Todd résume bien le problème:

La pression sur les salaires aboutit à l’insuffisance de la demande globale, à l’échelle planétaire. Avant la crise, le système tournait grâce aux Etats-Unis: en situation monétaire et militaire dominante, ils consommaient chaque année 800 milliards de dollars en trop, soit leur déficit commercial annuel. L’Amérique était l’agent de relance de l’économie mondiale et sa surconsommation était financée par le mécanisme des subprimes, des prêts hypothécaires, qui vient d’exploser. La globalisation a dans un premier temps détruit des emplois dans la partie développée du monde. Les pays émergents se sont nourris de cette destruction mais finissent par être touchés par l’effondrement de la demande intérieure des pays qu’ils étaient en train d’affaiblir. C’est le problème classique du virus qui finit par tuer son hôte.

En clair, le libre-échange a mis en compétition des travailleurs occidentaux et du tiers-monde pour fabriquer une multitude de produits. En délocalisant une usine (ce qui devient possible par l’abolition des tarifs douaniers), on permet de produire à moindre prix, mais parallèlement on réduit la demande du pays développé auquel la dite marchandise devait être destinée. On produit davantage, mais ceux qui perdent leurs emplois dans les secteurs manufacturiers ont moins d’argent pour consommer. Ce qui conduit à la crise.

Le Québec, par exemple, a perdu 87 000 emplois dans ce secteur de 2004 à 2008. ((Le Devoir, ÉCONOMIE, samedi, 21 février 2009, p. b1, Manufacturier: un emploi sur sept a disparu, Desjardins, François)) On ne parle pas ici d’emplois payés au salaire minimum, mais de salaires acceptables permettant de faire vivre une famille et… d’acheter toutes les bébelles produites en Chine dans des usines qui pourraient être ici. La situation est identique dans tous les pays les plus avancés: les États-Unis ont perdu 4,1 millions d’emplois dans ce secteur de 1998 à 2008, l’Angleterre a vu disparaître 29% de ses emplois et le Japon plus de 24%. C’est l’hécatombe, et on peut dire merci au libre-échange.

Si le libre-échange a causé la crise actuelle, plusieurs s’empressent de dénoncer ce qui pourrait possiblement permettre de s’en sortir: le protectionnisme. « Non, non, non », les entend-on répéter inlassablement. Encore englués dans leurs dogmes néolibéraux, ils n’ont pas encore constaté l’incroyable implosion de l’économie résultante de leur idéologie. Ils agitent le spectre d’un protectionnisme ayant soi-disant empiré la crise des années 30 pour mieux le dénoncer.

Dans les faits, pourtant, le protectionnisme n’a pas rendu la crise des années 30 plus sérieuse, loin de là. Il ne s’agit pas d’un hasard si John Maynard Keynes, qui a été dans les années 1920 un des plus grands partisans du libre-échange, est devenu un adepte du protectionnisme à partir de 1933. Le libre-échange est incapable de relancer la consommation nationale. Les véritables facteurs ayant aggravé la crise furent plutôt l’instabilité monétaire, l’accroissement des coûts de transport et la contraction de la liquidité internationale. Ce qui se produit actuellement, dans un système on-ne-peut plus libre-échangiste.

Dans une situation exceptionnelle, il faut penser de manière exceptionnelle. Jacques Sapir l’explique:

Des mesures protectionnistes, qui permettent de moduler les échanges avec l’extérieur, à l’encontre de l’autarcie, qui vise au repli sur soi, s’imposent donc. C’est même la condition sine qua non de toute politique de revalorisation salariale qui rende les ménages solvables et permette d’accroître la demande. Augmenter les salaires sans toucher au libre-échange est soit une hypocrisie, soit une stupidité. Par ailleurs, seul le protectionnisme peut arrêter la spirale du moins-disant fiscal et du moins-disant social qui s’est instaurée aujourd’hui. ((Le Monde diplomatique, Ibid.))

Les États-Unis l’ont compris, et ce n’est pas un hasard s’ils exigent que leurs efforts financiers visent avant tout à relancer la consommation intérieure, à offrir des emplois aux États-Unis et non au Mexique ou à Pékin. Ce pays a beaucoup de défaut, mais une de ses qualités est le pragmatisme. Pendant que le Bloc Québécois et à peu près toutes les élites canadiennes et québécoises sont encore éberlués par les événements et s’accrochent à une recette qui a prouvé son inefficacité, nos voisins du sud ont compris l’importance d’un sain protectionnisme permettant de jeter les bases d’une future reprise.

Si aujourd’hui le protectionnisme constitue une hérésie, l’idée même de nationaliser les banques n’en était-elle pas une il y a tout juste un an?

Il faut penser autrement.

Le frisson QS et le départ du démagogue Dumont!
8 décembre 2008

Une nouvelle carrière pour le démagogue régionaleux?

Une nouvelle carrière pour le démagogue régionaleux?

J’aimerais pouvoir écrire que je n’ai rien ressenti. Dire que je suis resté stoïque devant le discours d’Amir Khadir, premier député de Québec Solidaire. Dire que j’en ai rien à foutre de ce parti sexiste qui discrimine les hommes en imposant des quotas de femmes dans ses rangs. Ce serait mentir.

Car j’aime Québec Solidaire autant que je le hais.

J’aime Québec Solidaire parce que je l’ai vu naître. J’ai milité au Parti de la démocratie socialiste (PDS) puis j’ai été témoin de la fusion qui a permis la création de l’Union des forces progressistes (UFP), dont j’étais membre. Et j’ai été profondément attristé de voir le parti s’acoquiner avec une féministe réactionnaire comme Françoise David. J’ai déchiré ma carte de membre, je l’ai mise aux poubelles, car je ne voulais pas avoir quoi que ce soit à faire avec un parti prônant le sexisme et le féminisme dans ses rangs.

Mais aujourd’hui, ce soir… Amir Khadir est un exemple pour moi. Il n’a jamais eu peur de dire ce qu’il fallait dire. Il a osé critiquer la version officielle du 11 septembre 2001. Il ose parler de nationalisations, de gratuité de l’éducation. C’est un immigrant, mais un immigrant intégré, qui cite les paroles de Claude Dubois dans ses discours et qui me parle directement au coeur.

Je hais Québec Solidaire pour toutes ses Françoise David, mais j’adore le parti pour tous ses Amir Khadir.

Je suis divisé. C’est une question de principe: en tant qu’homme ayant été témoin de tant de discriminations et de sexisme à l’égard des hommes depuis ma jeunesse, je ne peux pas, idéologiquement, appuyer un parti féministe-sexiste. Cependant, d’un autre côté, Québec Solidaire représente l’apothéose de mes positions économiques, étant le seul parti réellement social-démocrate sur l’échiquier politique et le seul parti offrant une alternative crédible, s’appuyant sur tout ce qu’il y a de plus actuel, pour lutter contre cette machine infernale nommée « marché » et qui nous gobe, nous, notre âme, notre argent, nos vies.

Je ne sais plus que penser. J’aime ce parti autant que je le déteste. Si seulement… Si seulement Québec Solidaire pouvait laisser tomber ses mesures sexistes et accepter une véritable égalité des hommes et des femmes, je serais le premier militant, j’irais même mettre des dépliants dans les boîtes aux lettres. Sauf qu’en ce moment, j’aurais l’impression de me trahir et d’appuyer un parti qui cautionne et désire encourager la discrimination et les sexisme à l’égard des hommes. Un parti appuyé par de nombreux groupes féministes radicaux, méprisants, et déconnectés de la réalité. Des femmes que même les femmes de ma génération détestent, elles qui ont compris la chance qu’elles ont et qui ont un véritable désir d’égalité des sexes, pas d’une revanche telle que proposée par ces fanatiques.

Et ce soir, même dans mon frisson, je suis divisé, encore et toujours.

Par contre, je suis plus qu’heureux du départ de Mario Dumont de l’ADQ. Ce type représentait (quelle joie de parler de lui au passé!) tout ce qui ne fonctionne pas dans le Québec profond, tous les préjugés, toute la démagogie et l’absence d’analyse, le « girouettisme » et l’adhésion à des dogmes néolibéraux ayant prouvé leurs échecs un peu partout.

Même si Jean Charest est à peine moins radical que Dumont, je crois qu’on peut dire qu’avec l’élection du seul député de centre-gauche au Québec et avec la défection du chef adéquiste, c’est véritablement la fin de ce que j’avais appelé, au lendemain des dernières élections provinciales, une Grande Noirceur.

Ceci dit, ma joie est ternie par l’idée que nous aurons à subir Jean Charest majoritaire pendant quatre ou cinq ans, ce Jean Charest lui aussi de droite, et qui, à l’image du sexisme de Québec Solidaire, a imposé des quotas de femmes à son conseil des ministres, se privant d’excellents candidats sous prétexte qu’ils ont le mauvais sexe.

Comme quoi le sexisme ne connaît pas l’échelle gauche-droite…

Maintenant… Pour qui voteront les régionaleux? À quand un vote progressiste et moderne pour nos régions, dont plusieurs semblent résolument ancrées dans le passé? Ou tiens, une meilleure question: à quand une refonte de la carte électorale, où le vote d’un citoyen de la couronne montréalaise vaut présentement deux fois moins que celui de plusieurs régions… Encore mieux: à quand la proportionnelle?

On dit parfois que les élections apportent les réponses. Dans mon cas, j’ai tellement de questions et je me sens tellement divisé que j’en ai mal à la tête. On verra la suite des choses.

Réhabilitons l’État!
3 décembre 2008

le-neoliberalisme-detraque

« Ça coûtait deux fois moins cher en Californie », me disait l’homme à la casquette, d’une quarantaine d’années, qui conduisait probablement un vieux pick-up que j’imaginais souillé de boue et – qui sait – arborant une queue de renard sur son antenne de radio.
– Mais combien ça coûte te faire soigner en Californie? Mon père a été aux urgences et ça lui a coûté deux milles dollars par heure!
– Le gouvernement, c’est toutes (sic) des crosseurs, qu’il me jappa au visage.
– Le gouvernement, c’est nous. Nous choisissons ce gouvernement et nous avons le pouvoir de le faire et de le défaire. C’est ça la démocratie, que je lui ai répondu.
– Coudonc (sic), t’es-tu un politicien?

* * *

Comment en vouloir à un tel homme, qui vit depuis des années dans un système où des politiciens promettent mers et monde pour ensuite se plier aux exigences du capitalisme sauvage et qui règlementent, privatisent, et poussent à la misère une large partie de la population, sous prétexte de déficit zéro de l’État (mais pas le déficit des individus, lui!) ou de soi-disant « lucidité ».

Comment un tel individu pourrait-il avoir une vision positive de l’État alors que depuis vingt-cinq ans nous avons des gouvernements qui cherchent insidieusement à le dépecer, à le réduire à une maigre peau de chagrin?

Heureusement, ou malheureusement, c’est dans la douleur qu’on réalise nos erreurs. Les dérèglementations ont échoué, la croissance à crédit également. L’endettement atteint des niveaux records, et le système craque de partout. Même les États-Unis, néolibéraux parmi les néolibéraux, ont nationalisé banques et compagnies d’assurances. Même les plus radicaux des capitalistes les plus sauvages ont perdu confiance dans le marché. Ils ont – enfin! – compris que le marché ne peut pas tout.

En effet, comment peut-on sérieusement croire que la somme des bénéfices individuels peut représenter un bénéfice collectif? Si on laisse le marché agir, qui empêchera des promoteurs de défigurer un littoral? Qui protégera l’environnement? Qui gérera l’excès d’automobilistes sur les routes, cause d’une hausse de tarifs de compagnies de transport en commun dont on a exigé qu’elles fassent des profits? Qui paiera les coûts sociaux de la précarité, de la pauvreté?

Le marché ne peut pas tout. Nous avons besoin d’un État fort pour le structurer, pour permettre aux forces créatrices de travailler dans le même sens afin d’éviter cette anarchie institutionnalisée que ces extrémistes appellent « libre-marché ».

Aujourd’hui, on réalise que le marché a échoué. Il faut réhabiliter l’État, un outil certes imparfait, mais qui a le mérite de nous représenter et d’être le moins pire des systèmes.

Game Over: les miroirs craquent
28 novembre 2008

jeu-de-miroirs

Alors qu’il était premier ministre de la Chine au début des années 2000, Zhu Rongji avait réuni économistes, fonctionnaires, spécialistes de la finance et autres experts pour découvrir les meilleures possibilités de placements pour la Chine. Ceux-ci lui furent présentés comme « un miroir qu’on met face à un autre miroir, et ainsi de suite jusqu’à l’infini ».

Comment appeler différemment tous ces produits dérivés? Alors que le commerce mondial journalier n’atteint pas 50 milliards $, que le PIB mondial (valeur de la production des biens et services) frôle les 150 milliards, à quasi-égalité avec les marchés boursiers, les marchés de change s’élèvent à plus de 1700 milliards $ et les produits dérivés plus de 5600 milliards $! ((Le Monde diplomatique, novembre 2008, p.20)) C’est une incroyable bulle financière qui a été créée de toutes pièces. Ce que les néolibéraux appelaient « création de richesse » avant le krach apparaît maintenant dans toute sa clarté: il ne s’agissait que d’un reflet de la richesse, projeté par un ingénieux système de miroirs pour faire croire qu’on créait de la richesse avec du vent là où pourtant rien ne se créait.

Fort de cette compréhension de l’économie, la Chine a pu mettre la pédale douce et modérer ses investissements. Voilà pourquoi elle se trouve en bien meilleure position que beaucoup d’autres pays aujourd’hui.

Dans les faits, ce n’est pas seulement une crise financière qui ébranle le monde; il s’agit également d’une crise idéologique. Alors que la majorité des pays de la planète avaient souscrits au consensus de Washington depuis la chute du mur de Berlin, cette idéologie néolibérale consistant à appliquer les recettes drastiques du FMI et de la Banque Mondiale pour libéraliser et dérèglementer les économies, on voit poindre aujourd’hui un nouveau consensus, que certains seraient prêts à appeler « consensus de Pékin ».

En effet, devant l’échec retentissant de l’idéologie néolibérale, où même ses plus grands promoteurs nationalisent banques et compagnies d’assurances et épongent ainsi les déficits pharaoniques de ces colosses au pied d’argile, il semble que les politiques plus modérées de la Chine deviennent peu à peu un exemple à suivre.

Ce consensus de Pékin, tel que défini par l’économiste Joshua Cooper, contient trois théorèmes:

  1. Il faut mettre l’accent sur l’innovation;
  2. Il faut prendre en considération le Produit national brut (PNB) mais aussi la qualité de vie et une certaine forme d’égalité qui empêche le chaos;
  3. Il faut laisser les pays indépendants, libres de leurs propres décisions, sans se faire imposer quoi que ce soit par une puissance étrangère.

Évidemment, on est encore dans une économie capitaliste avec ce consensus, mais cette forme de capitalisme est beaucoup moins extrémiste et dangereuse. On reconnaît enfin la nécessité d’avoir une société cohérente où la pauvreté ne doit pas être extrême. On comprend enfin qu’une société largement inégalitaire entraîne des coûts sociaux et humains qui minent la croissance et empêchent la réalisation du plein potentiel des individus et des peuples.

Face au jeu de miroirs néolibéral se dessinera-t-il enfin un jeu de vitres ouvertes sur le monde où la manipulation et l’enflure spéculative sont remplacées par l’observation objective et rationnelles des conséquences des politiques économiques?

Si le mur de Berlin est tombé en 1989, c’est un autre mur qui s’écroule devant nos yeux. S’il restera toujours quelques fanatiques qui essaient de recoller les morceaux cassés du miroir néolibéral, à l’image de ces communistes pour qui 1989 ne signifiait rien de particulier, ceux-ci deviendront progressivement une minorité, une relique passéiste d’une idéologie qui a eu sa chance et qui a lamentablement échoué.

Game Over.

Et ce n’est qu’un début
12 octobre 2008

Derby démolitionJe me souviens du début de l’année 2000. J’avais un blogue avant même que le terme soit inventé. Je vais être honnête: « blogue » est un bien grand mot pour décrire ce média très web 1.0 hard où le html devait être modifié à chaque texte publié et où les visiteurs ne pouvaient pas laisser de commentaires. Toujours est-il qu’il y a huit ans je bloguais déjà, et début 2000, quand la bulle techno a éclaté, j’y avais trouvé des similitudes avec la crise de 1929, puis, plus tard, avec celle de 1920-1921, précédant le gigantesque boom de la fin des années 20, qui lui-même engendra le terrible krach de 1929…

En fait, que s’est-il passé pendant le marché baissier du début des années 2000? Il y a surtout eu un transfert de richesse, et non sa destruction. L’argent investi dans les technos a tout simplement été transféré vers l’immobilier et son corollaire, les banques, à l’origine du fantastique boom immobilier qui a pris fin avec un terrible fracas l’an dernier avec la crise du crédit à risque, les subprimes.

Les subprimes, ce sont des prêts à très haut risque consentis à des acheteurs parfois inconnus du système bancaire. Pourquoi leur prêtait-on l’argent? Simple: parce que la propriété achetée servait de garantie et que le marché immobilier montait depuis 1945. En clair, même si l’hypothèque sur une propriété ne pouvait être payée, la banque avait toujours la possibilité de reprendre possession de cette dernière et de faire un juteux profit en la revendant à la hausse. Tout ce cercle vicieux constituait en fait une formidable fuite vers l’avant se basant sur l’espoir – vain – que la bulle immobilière ne se dégonflerait jamais. Mais le propre des bulles est d’éclater. Et ce n’est peut-être qu’un début.

En effet, si les subprimes valent 855 milliards $, il existe une autre catégorie de prêts, appelé les Alt-A (Alternative A-paper), d’une valeur de plus de 1000 milliards $. Ces prêts sont consentis à des acheteurs qui ont soumis une demande incomplète ou qui ont un niveau d’endettement supérieur à ceux généralement acceptés par l’industrie. D’après une étude de la Mortgage Asset Research Institute, la quasi-totalité de ces prêts sont consentis à des emprunteurs dont la moitié exagèrent leurs revenus de plus de 50%! ((Frédéric Lordon, « Le jour où Wall Street est devenue socialiste, Le Monde diplomatique, Octobre 2008, pp.4-5))

Ainsi, dès lors que la crise financière se répand dans l’économie et entraîne le moindre ralentissement, le risque d’un véritable tsunami de défauts de paiement doit être sérieusement considéré. La plupart des emprunteurs des Alt-A doivent gérer un budget extrêmement serré, voire déficitaire, et nombre de ceux-ci font maintenant face, outre la perte de valeur de leur propriété, à des pertes d’emplois ou autres conséquences de la crise. Ils se retrouveront eux aussi en défaut de paiement, accentuant la gravité de la dépression.

Habituellement, les États-Unis s’étaient sortis des précédentes récessions grâce au crédit facile; le niveau actuel record d’endettement n’offre pas cette chance cette fois-ci. Conséquemment, les dirigeants en sont rendus à improviser, à renier leurs propres dogmes de la toute-puissance du libre-marché en nationalisation l’assureur AIG, par exemple, dont l’État étatsunien possède aujourd’hui 79,9% du capital…

Pensons-y un peu: le pays héraut du néolibéralisme, voulant l’imposer à toute la planète et mettant toute sa foi dans le libre-marché vient de socialiser non seulement des banques, mais même une compagnie d’assurance privée! Que Hugo Chavez aille se rhabiller! C’est dire le sérieux de la situation. Gérard Duménil et Dominique Lévy explique bien les enjeux dans leur texte publié dans le dernier numéro de la revue Manière de Voir:

On peut donc entrevoir une sortie masquée et limitée des règles néolibérales sous forme d’exceptions au coup par coup. […] Ce genre de néo-libéralisme « bricolé » incarne bien l’étrange destin d’une puissance hégémonique dont la domination à long terme est en jeu. ((Gérard Duménil & Dominique Lévy, « Une trajectoire financière insoutenable», Manière de Voir, Octobre-Novembre 2008))

En vérité, la situation est tellement grave qu’aucun représentant gouvernemental n’osera l’affirmer comme tel. Ce sont les fondements même des systèmes financier et économique qui s’effondrent. Nous assistons à nouveau à l’échec du libéralisme économique, qui avait causé la crise de 1929 et la dépression subséquente. De fins idéologues ont voulu nous faire avaler une version édulcorée, mais la vérité nous frappe encore une fois en pleine face: le capitalisme doit être régulé par l’État, sinon il s’auto-détruit et nous emporte avec lui dans son vortex de chaos.

On a beaucoup blâmé l’État-providence depuis vingt-cinq ans, mais manifestement ce système se révèle de loin supérieur au laisser-faire économique qui a causé la merde actuelle.

Ceci dit, je suis certain que nos propagandistes de l’Institut Économique de Montréal, eux qui se font un devoir de promouvoir les déréglementations à la source des problèmes actuels, sauront se recycler et se faire entendre dans des médias en mal d’analystes. Ça ne manque pas de souffle, non? On participe à la création d’une crise et ensuite on s’en met plein les poches en l’analysant.

Comme quoi y aura toujours des métiers d’avenir pour ceux qui n’ont pas conscience de leurs propres contradictions.

Sauf que pendant ce temps, c’est à nous de subir les conséquences de ces folies… Et ça ne fait que commencer!

Le (vrai) cartel
13 juin 2008

Un petit coup de pied au derrière de nos amis adeptes des coà¯ncidences (c’est-à -dire ceux qui ne croient jamais à un complot sous quelque forme que ce soit): on vient de mettre à jour un complot pour fixer les prix de l’essence en Estrie. Le seul problème, c’est qu’on ne touche pas aux vrais cartels.

Les vrais cartels, ce sont les grosses pétrolières, qui fixent les prix à grande échelle. Ils ont toujours l’excuse facile de dire qu’ils s’approvisionnent aux mêmes sources, mais pourquoi doivent-elles faire exactement le même profit et refusent-elles de se faire compétition?

à€ mon avis, c’est le gouvernement qui est à blâmer. C’est lui seul qui a les moyens d’agir. Non seulement en empêchant cette collusion des prix, mais également en éliminant la loi qui fixe un prix plancher et qui empêche les guerres de prix si bénéfiques pour le consommateur (je me souviens d’avoir vu l’essence à 0,19$ le litre en 1999 durant une de ces saines compétitions).

Malheureusement, le gouvernement défend la loi en disant qu’elle protège les petits commerçants. C’est vrai, mais qui est le plus important: les petits commerçants ou nous, le gros de la population?

En vérité, ça prendrait des couilles. Nous sommes le pays avec les deuxièmes plus grandes réserves de pétrole de la planète. Ne pourrions-nous pas nous inspirer du Vénézuela, par exemple, où l’essence coûte moins de 0,05$ le litre? N’ayons pas peur des grands moyens: nous sommes le seul pays producteur au monde qui n’a pas le moindre contrà´le sur sa ressource. Il est plus que temps que remédier à cela en nationalisant le pétrole, comme le recommande l’économiste Léo-Paul Lauzon, et en assurant un prix modeste et stable profitant à l’ensemble des citoyens.

Attention, l’idée n’est pas de gaspiller. Si on désire que le pétrole coûte un certain montant pour éviter le gaspillage, c’est correct. Si la production du litre nous coûte 0,30$, on peut le vendre à 1$; l’idée est d’en finir avec les fluctuations quotidiennes et de permettre aux profits engendrés de rester au pays. Bref, tout comme Hydro-Québec et la SAQ redonnent des millions et des milliards $ au gouvernement, une énergie pétrolière nationalisée en ferait de même.

Ce blogueur a bien raison:

Il est évident qu’il faut nationaliser le pétrole parce qu’actuellement ce qui se passe au Canada c’est que les étrangers pompent le pétrole de notre sol pour nous le revendre à gros prix. En plus de nous faire croire qu’ils doivent en importer parce qu’ils ne suffissent pas à la demande. Foutaise! Si la gestion du parc pétrolier était bien faite, le Canada serait un pays auto-suffisant en pétrole et pourrait carrément se foutre du prix du baril de pétrole qui ne finit plus de monter. C’est la situation qui se passe au Vénézuela, un tout petit pays, dont le Canada devrait prendre modèle cà´té pétrolier.

Car tant qu’à avoir un cartel en place, autant qu’il soit public et retourne ses profits à la collectivité.

Et pour ceux qui croient qu’on peut agir sur les pétrolières en organisant un boycott, voici ce qu’en pense Le Satellite Voyageur:

[…] ce n’est pas la pétrolière qui va le plus payer, mais les détaillants. De toute façon, pendant qu’on en boycotterait une, y en aurait cinq autres qui se gargariseraient avec notre argent.

Ce n’est donc pas seulement Esso, Pétro-Canada, ou Ultramar. C’est un système complexe de collusion qui fixe les prix. Le pétrole, nous en avons besoin. Le boycotter, c’est nous boycotter. Boycotter tout notre mode de vie, notre alimentation, notre travail, nos institutions. Ça ne mènerait nulle part. C’est au politique d’agir; nos élus doivent nous représenter et agir dans notre intérêt.

Ainsi, c’est au gouvernement de choisir: ou bien il agit pour mettre fin à la collusion systématique des grandes pétrolières, ou bien il crée son propre monopole qui agira dans l’intérêt de tous. Le pétrole est une ressource trop vitale, trop importance, trop capitale pour être laissée dans les mains du secteur privée. Il est plus que temps de se réapproprier cette ressource.

Lire: Vol à la pompe

Alcool: quand le privé est bouchonné
7 décembre 2007

J’ai une amie qui étudie aux HEC et qui a écrit un portrait d’entreprise de la Société des alcools du Québec (SAQ). En voici un extrait, qui compare la situation au Québec à celle de l’Alberta.

« Le 2 septembre 1993, le ministre responsable de L’Alberta liquor control board (ALCB) annonçait la privatisation de la vente au détail des produits d’alcool, le gouvernement a confié la gestion de son entrepôt à une firme privée.

Les magasins ont été vendus à un prix largement inférieur à leur coût d’acquisition. Les propriétés de l’ALCB ont été évalués et vendues à un prix qui s’approche davantage de leur valeur comptable que de leur juste valeur marchande c.a.d. de leur valeur économique réelle. La perte pour le gouvernement albertain serait d’au moins 26.2 millions de dollars.

Selon le gouvernement albertain la privatisation ne devait avoir aucun impact sur leurs revenues. Mais le gouvernement a perdu environ 968.5 millions de dollars en marge bénéficiaire brute de 1998 à 2002 en raison de la privatisation et des baisses successives des taux de majoration. Il n’a économisé en revanche qu’une somme de 519.0 millions de dollars en salaires et autres dépenses d’exploitation pour les mêmes années. Il y a donc un manque à gagner de 449.5million de dollars soit 90 millions de dollars par année depuis les 5 dernières années.

Pendant le processus de privatisation les prix on fortement augmenté en Alberta. Les prix des vins ont augmenté de 13.3% en un mois seulement, les spiritueux de 10.4% et les bière de 8.7% pour une moyenne de 10.3% d’augmentation. Comparons une bouteille de champagne de Dom Pérignon au Québec nous la vendons 191$ en Ontario 192.15$ et en Alberta 221.48$.

Les hausses de prix sur le marché albertain ont été observées malgré les baisses de taxes successives et les baisses marquée des salaires des employés (baisse de 36% du taux horaire passant de 11.85$ de l’heure à 7.55$) et les baisses des conditions de travail.

La fragmentation du marché en raison du nombre croissant de magasins, l’augmentation des coûts d’entreposage et les frais de livraison plus élevés ont contribuer à rendre le système privé plus coûteux que l’ancien système public.

Un nombre important de produit est plus disponible aux entrepôts mais divers sondage sont venu confirmer une baisse de la sélection disponible dans la majorité des magasins privées. Les produits ne semble pas se retrouvé sur les tablettes.

Le marketing socialement responsable de l’alcool semble moins efficace avec le secteur privé, sans compter les coûts additionnels qu’entraîne la surveillance du commerce privatisé de l’alcool afin d’éviter la contrebande ou la fabrication illégale.

Les heures d’ouverture ont augmenté ils ont passé de 72 à 112 heures. Il y a également eu une augmentation de magasin de 310 à 1087, par contre chaque point de service offre moins de produits différents.

Bref, l’étude des données depuis 10 ans nous démontre l’échec presque complet des attentes qu’avait formulé le gouvernement Albertain en 1993.» (J-Ève Grenon)

La démonstration est assez éloquente: si le nombre de points de vente a augmenté, le choix a diminué, la responsabilité éthique face à l’alcool s’est évaporée, les conditions de travail des employés ont régressé, les prix ont explosé et le coût économique pour l’Alberta a été dévastateur.

Quelques faits utiles à rappeler à tous les apôtres du tout-privé, notamment chez les jeunes Libéraux. Et une autre preuve que le désir de confier au plus offrant une entreprise aussi performante et rentable pour l’État que la SAQ tient davantage de l’idéologie que d’une froide et précise analyse des faits.

La SAQ est un exemple à suivre dans son domaine; vouloir sa désintégration est non seulement illogique, mais tout simplement stupide et réduirait non seulement le service offert aux clients (surtout en-dehors des grands centres) mais également la richesse de l’État.

Je propose que ceux qui ont été assez stupides pour proposer cela soient échangés à la SAQ du coin, avec la facture, pour une cuvée libérale au goût un peu moins bouchonné.