La nation schizophrène
24 novembre 2011

La schizophrénie est une maladie mentale caractérisée par une dissociation de la personnalité, affectant le rapport du malade avec la réalité. Elle se manifeste principalement par des hallucinations auditives, des délires paranoïaques, un discours déconstruit et des schémas de pensée désorganisés. Source: Wikipedia.

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Y a-t-il un meilleur mot pour décrire le peuple québécois en ce début de vingt-unième siècle? Qu’est-ce qu’une nation schizophrène?

La nation schizophrène impose l’anglais intensif à tous ses enfants au primaire (sans imposer le français intensif aux anglophones, doit-on le rappeler), mais elle veut ensuite les obliger à ne parler que le français partout dans l’école.

La nation schizophrène dépense des milliers de dollars pour faire appliquer une loi statuant sur la grosseur des caractères sur les affiches commerciales, mais elle traite avec tous les commerçants en anglais si ceux-ci le désirent.

La nation schizophrène s’offusque que des dirigeants de la Caisse de dépôt et placement soient anglophones, mais elle s’attend à ce que tous ses enfants parlent l’anglais.

La nation schizophrène s’indigne de voir l’état de décrépitude du réseau universitaire francophone, mais elle accepte qu’on sur-finance les universités de langue anglaise à près de 29% pour une minorité historique de moins de 6% de la population.

La nation schizophrène refuse d’appuyer les politiques guerrières du gouvernement canadien, mais elle acclame des militaires ayant été tuer des innocents de l’autre bout du monde.

La nation schizophrène appuie les Indignés du Square Victoria, mais elle ne lève pas le petit doigt quand on va les expulser.

La nation schizophrène veut défendre ses intérêts à Ottawa, mais elle vote pour un parti ultra-fédéraliste et anglomane.

La nation schizophrène veut défendre ses intérêts à Québec, mais elle appuie un individu n’ayant ni programme, ni idées et dont la contribution se résume à « on verra ».

La nation schizophrène hait le Plateau mais rêve d’y habiter.

La nation schizophrène déchire sa chemise quand on l’accueille dans une langue étrangère au restaurant, mais elle se dépêche de parler cette langue étrangère au premier touriste rencontré.

La nation schizophrène se considère québécoise, mais elle se refuse le droit d’occuper l’ensemble de son territoire parce que son territoire est le sien sauf le 25% aux Inuits, le 25% aux Autochtones et le 25% aux anglophones et aux immigrants.

La nation schizophrène trouve que les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent, mais elle lit le Journal de Montréal qui recommande davantage d’enrichissement pour les uns et d’appauvrissement pour les autres.

La nation schizophrène trouve qu’il n’y a pas assez de musique en français à la radio, mais elle honore un groupe canadien comme Arcade Fire, qui habite ici depuis dix ans sans jamais avoir appris sa langue.

La nation schizophrène trouve normal que le méga-hôpital anglophone reçoive 43% du financement alors qu’il est conçu pour une minorité historique de moins de 6% de la population.

La nation schizophrène aimerait intégrer les immigrants, mais elle s’adresse à eux systématiquement en anglais.

La nation schizophrène se considère libre, mais elle refuse de se donner la vraie liberté politique.

La nation schizophrène pourfend ceux qui la défende et encense ceux qui la méprise.

La nation schizophrène vit sur du temps emprunté.

La nation schizophrène va disparaître non pas parce qu’on l’a décimée, mais parce qu’au-delà des discours et des belles idées, personne n’a le courage d’agir pour éviter sa disparition. N’était-ce pas Olivar Asselin qui disait qu’il faudrait écrire, sur notre tombe: « Ci-gît un peuple mort de bêtise »?

Empêcher les enfants de parler la langue de leur choix dans la cour d’école?

C’est EXACTEMENT ce que fait une nation schizophrène, trop déconnectée d’elle-même pour obliger le gouvernement à traiter avec les entreprises en français seulement, abolir le réseau scolaire de langue anglaise pour le remplacer par un seul réseau dans la langue nationale, abolir le réseau hospitalier de langue anglaise, obliger la connaissance du français pour obtenir la citoyenneté, rendre les cours de langue étrangère facultatifs, occuper l’ensemble du territoire pleinement et entièrement, mettre fin au quasi-monopole de Quebecor sur l’information, créer sa propre monnaie, déclarer son indépendance à la fois du Canada et des banques, nationaliser ses richesses naturelles, cesser de financer tout média n’étant pas dans la langue nationale.

Ben non.

Nous, on préfère mourir dans la dictature du cosmétique et se peinturer un sourire sur le visage pendant qu’on nous enfonce un pieux dans le dos.

Nous aurions vraiment besoin d’un parti nationaliste au Québec.

Ça, ou d’en finir pour de bon, collectivement.

C’est pas avec des flancs-mous comme Aussant et sa bande de multiculturalistes anglomanes à la Philippe Leclerc (ou sa blonde Élisabeth Émond, aussi colonisée que lui) qu’on va s’en sortir.

C’est tout le peuple qu’il faut rééduquer.

Ou le pousser vers la disparition au plus vite, qu’on passe à autre chose.

Au choix.

Pourquoi je vais voter pour le Bloc Québécois
25 avril 2011

J’ai fait mon choix: je vais voter pour le Bloc Québécois. Moins de trois ans après la dernière élection fédérale, je mesure d’autant mieux le cheminement de ma pensée politique que j’avais écrit, à cette occasion, un texte où j’expliquais les raisons m’ayant poussé à préférer le Nouveau Parti Démocratique. J’avais tout faux, et s’il m’a fallu réfléchir longuement sur les conséquences d’un choix sur un autre, il n’y a plus de doute dans mon esprit: cette élection oppose d’un côté des partis canadiens, et de l’autre un parti québécois. Quand ceci est dit, tout est dit.

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En 2008, je basais ma décision de voter pour le NPD essentiellement sur deux raisons: le chef de ce parti, Jack Layton, avait mené une très bonne campagne électorale et le NPD était le seul parti à valoriser activement la répartition de la richesse et des programmes sociaux permettant de nous enrichir collectivement. Paradoxalement, je pourrais tirer exactement les mêmes conclusions aujourd’hui: non seulement Layton est-il encore supérieur à ce qu’il était il y a trois ans – et Gilles Duceppe beaucoup plus faible – mais le NPD est encore une fois le seul des principaux partis politiques fédéraux à parler de mesures sociales progressistes.

Pourtant, j’ai choisi d’appuyer le Bloc Québécois. Je reconnais aujourd’hui les erreurs de ma pensée d’il y a trois ans. D’abord, on ne doit pas voter pour un parti ou un autre en fonction de la performance médiatique d’un chef; nous sommes en démocratie et c’est le parlement qui doit être souverain. Si un homme ou un autre peut nous paraître sympathique ou antipathique, il faut autant que possible exclure ces émotions du raisonnement: on doit voter pour les idées, pas parce que la bouille d’un type nous revient davantage que celle d’un autre. De la même manière, si le NPD a de loin le meilleur programme économique et social des principaux partis, il faut rappeler qu’il ne fait rien pour s’attaquer au principal problème de cette fédération, l’éléphant dans la pièce que les Canadiens-anglais ont choisi d’ignorer: le fait que le Québec n’a pas signé la constitution et que sa situation n’est toujours pas réglée au sein du Canada.

Si cette vérité d’un parti centralisateur et typiquement canadian a été soulignée par plusieurs auteurs, ce sont des expériences personnelles qui m’ont convaincu de la dangerosité d’un vote pour ce parti. Au nombre de ces expériences, on peut penser au fait que le NPD communique systématiquement avec ses membres du Québec en anglais et en français, au mépris de la seule langue officielle du Québec. On peut également souligner le fait que si la quasi-totalité des pages provinciales du NPD sur Facebook sont en anglais, celle du Québec est entièrement bilingue; on lance ainsi le message que s’il est justifiable pour le parti de fonctionner entièrement en anglais dans des provinces anglophones, il ne peut l’être de respecter de la même manière la langue nationale des Québécois. Ajoutez à cela un discours tenu par nombre de ses membres selon quoi la question linguistique ne serait pas importante, qu’il faudrait « passer à autre chose », et vous avez comme résultat un parti qui ne peut pas représenter adéquatement les intérêts du Québec.

Dans cette situation, deux valeurs s’affrontent: d’un côté la volonté des Québécois d’assurer des politiques sociales plus progressistes, et de l’autre leur volonté d’assurer la survie de leur langue dans un contexte où elle est en régression et, osons le dire, en danger de mort. Ces valeurs – qui sont exactement les miennes – ne devraient pas pouvoir être subordonnées l’une à l’autre; dans les faits, on doit se forcer à le faire et j’ai décidé de le faire. La vérité est la suivante: si le français survit, mais que la société opère un terrible virage à droite, nous appauvrissant collectivement et nous faisant régresser socialement, rien n’est perdu, car il serait toujours possible de faire marche arrière plus tard. Par contre, si le français ne survit pas, si nous passons le rubicon de notre déclin et que nous n’arrivons plus à assurer la pérennité de notre langue, quand bien même nous vivrions dans un paradis social-démocrate, nous serions morts. Game Over, pour le dire dans une langue qui serait désormais la nôtre. D’un côté, un recul temporaire, de l’autre, un recul permanent. Oui, ces valeurs peuvent et DOIVENT être subordonnées: on ne peut pas, sous aucun prétexte, mettre en danger ce que nous sommes pour quelque raison que ce soit.

À partir du moment où on comprend l’extrême précarité de notre situation et où on accepte l’idée qu’il est impossible qu’un parti désirant se faire élire d’un bout à l’autre du Canada puisse respecter notre spécificité sans heurter les sensibilités de ceux qui désirent « passer à autre chose » en nous passant sur le corps, on n’a d’autre choix que de mettre de côté l’échelle gauche-droite pour nous concentrer sur le vieux paradigme Québec-Canada qui, loin d’être usé, sera pertinent tant et aussi longtemps que d’une chose le Québec sera séparé, d’autre chose le peuple québécois sera décimé et le français y sera aussi mort que dans les autres provinces.

Oui, on peut trouver que la situation stagne, que rien ne bouge. Oui, on peut questionner la présence du Bloc à Ottawa, d’autant plus que Gilles Duceppe est possiblement l’un des politiciens les plus frileux sur les questions linguistique et identitaire. Par contre, on doit avoir l’honnêteté de reconnaître que ce blocage n’est pas celui du Bloc, mais celui d’une fédération dont la vaste majorité des habitants a décidé de « passer à autre chose » pendant que la minorité québécoise continue d’affirmer que son existence et ses intérêts ne peuvent être ignorés.

Il est légitime d’avoir un désir de changement, de vouloir faire confiance au visage sympathique de Jack Layton et de lui « donner une chance ». Ceci dit, ce changement ne peut pas aller à l’encontre de l’existence du peuple québécois et toute réduction de l’influence du Bloc Québécois à Ottawa aurait comme conséquence l’embellie des forces de ceux qui désirent implanter au Québec l’idée que notre existence et notre survie sont des choses du passé.

Le 2 mai, je vais voter Bloc Québécois. Pas parce que son chef mène une bonne campagne ou parce que je n’aime pas le NPD. Simplement, parce que je suis Québécois et que mes intérêts en tant que Québécois ne pourront jamais être mieux respectés que par un parti qui considère le Québec non pas comme une province parmi d’autres, mais comme un pays en devenir.

Québec Solidaire face à ses contradictions
13 avril 2011

La décision de Québec Solidaire de s’opposer à l’application de la Loi 101 au cégep fait état d’une curieuse contradiction au sein de ce parti. Les moyens qu’on désire appliquer quand il est question d’économie, d’écologie, de développement social ou éducatif deviennent tabous dès qu’il est question de langue.

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Ainsi, quand il est question de ces secteurs, on n’hésite pas à « brimer les droits individuels » pour le mieux-être collectif. On désire nationaliser l’énergie éolienne, interdire les ports méthaniers, interdire les sacs de plastique, imposer un moratoire sur les OGM, interdire tout investissement dans des entreprises aux pratiques sociales inacceptables, imposer davantage les grandes entreprises, imposer pleinement les gains en capital, réduire les aides fiscales, interdire la vente de savon phosphatés, abroger des lois « antisyndicales », interdire les poursuites abusives, mettre fin aux privatisations, créer Pharma-Québec, interdire la facturation de soins accessoires dans la santé, interdire les écoles publiques non-laïques… On limite la liberté de l’individu parce que le groupe en entier en profite. C’est l’essence de toute philosophie collectiviste et Québec Solidaire l’a bien compris.

Or, quand il est question de langue, on parle de la nécessité de ne pas « restreindre les droits individuels pour promouvoir la langue française au Québec ». On préfère « valoriser » et améliorer la qualité de l’enseignement en français, puis en anglais, dans nos écoles. Bref, on revient aux vieux arguments usés de la « liberté de choix », du bon parler français et de la petite tape dans le dos censés sauver une langue française en déclin. Est-il utile de rappeler qu’au tournant des années soixante-dix, lorsque cette « liberté » était à son apogée, 92,1% des immigrants envoyaient leurs enfants au réseau scolaire de langue anglaise? (( Commission Gendron, Les groupes ethniques, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1972, p. 218 ))

Cette manière de concevoir la politique est tout à fait symptomatique du refus de Québec Solidaire d’assumer pleinement son rôle de parti au service de la nation québécoise. Qu’on « brime » la sacro-sainte individualité du pollueur, de l’entreprise délinquante, des mieux-nantis, des entreprises privées, de ceux qui aimeraient qu’on finance des écoles confessionnelles, c’est tolérable et acceptable. Mais qu’on finance, au Québec, un réseau d’éducation collégial de langue anglaise destiné uniquement à la minorité anglophone historique, en conformité avec l’esprit de la Loi 101, voilà qui constitue une terrible violation de ces mêmes droits individuels!

Deux poids, deux mesures.

Ce qui se fait ailleurs

Partout au monde, pourtant, l’éducation se donne dans la langue nationale. Le Québec, qui finance un réseau public dans une langue qui n’est pas la langue officielle, de la maternelle à l’université, constitue une exception, voire une aberration.

En France, où les locuteurs de langue occitane atteignent 12% de la population, l’enseignement public se fait exclusivement en français. En Lettonie, où il existe une forte minorité de langue russe composant près de 30% de la population, l’ensemble des écoles de langue russe doivent offrir au moins 60% de leurs cours en letton et l’ensemble du réseau universitaire fonctionne en letton. En Norvège, les minorités n’ont accès à des cours dans leur langue qu’au primaire et au secondaire. En Slovaquie, où la minorité hongroise forme 11% de la population, il y a un réseau slovaque et un réseau bilingue au secondaire tandis que toutes les universités fonctionnent en slovaque. Au Texas, où près de 30% de la population est hispanique, l’ensemble du réseau d’éducation public est de langue anglaise.

Et nous, au Québec, avec 8% de la population de langue anglaise, dont seulement 5,6% sont nés au Québec, nous (sur-)finançons un réseau parallèle de langue anglaise non seulement destiné aux anglophones, mais largement ouvert à la majorité francophone.

Aurait-on idée de dire que la France, la Lettonie, la Norvège, la Slovaquie ou les États-Unis « restreignent les droits individuels » parce qu’ils financent une éducation dans la langue nationale? Bien sûr que non. C’est une simple normalité: l’État, qui existe pour le bien commun de tous, favorise la cohésion sociale et la communication entre ses citoyens en contribuant à former ses citoyens dans la langue nationale.

Cette utilisation de la force étatique pour favoriser une cohésion est bien assimilée par Québec Solidaire dans à peu près tous les secteurs, sauf celui de la langue. Le parti n’hésite pas à bousculer les idées reçues et à aller à l’encontre des dogmes dominants sur à peu près tous les sujets, sauf celui de la langue. Khadir est de toutes les tribunes pour défendre les droits collectifs des Québécois en autant qu’il est n’est pas question de langue.

Le parti aurait peut-être avantage également à s’éloigner d’un milieu montréalais toxique au niveau linguistique et à s’ouvrir pleinement à la réalité d’un Québec de langue française ayant le désir et le droit de constituer une nation aussi complète et normale que toutes les autres sur cette planète. De la même manière, lui qui est habituellement si critique à l’égard du gouvernement, il devrait également dénoncer l’utilisation partisane du Conseil supérieur de la langue française par le gouvernement pour manipuler les données sur la fréquentation des cégeps de langue anglaise.

La protection de notre langue ne doit pas constituer un sujet tabou: ce doit être la fondation de tout projet social ou solidaire. La Loi 101 au cégep ne doit pas constituer la fin, mais le début de tout projet ayant comme finalité le bien-être collectif des Québécois.

Dans « Québec Solidaire », il y a deux mots. On dépense beaucoup d’énergie pour le second; il serait peut-être temps de penser au premier.

Arcade Fire à la St-Jean: pas question!
18 février 2011

À l’origine, il s’agissait d’une non-nouvelle. Suite à la victoire d’Arcade Fire à un concours de l’industrie américaine de la musique, un journaliste de la Presse Canadienne eut l’idée de demander aux organisateurs de la Fête nationale si Arcade Fire pouvait y jouer. Question tout à fait inutile puisque le groupe sera en Europe à ce moment-là. Mais la non-nouvelle a été reprise par Patrick Lagacé, qui n’a pas hésité à traiter ceux qui conçoivent la Saint-Jean-Baptiste comme étant une fête francophone de « tribaux » arriérés portant des «ceintures fléchées [et] qui ont les deux pieds barrés en 1970 ». N’en déplaise à certaines de mes compatriotes qui ne voient qu’un complot de Gesca contre la nation québécoise, il s’agit effectivement d’un enjeu important et la preuve que la question de la nation, au Québec, n’est pas réglée.


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En effet, cette polémique créée de toutes pièces nous démontre qu’il y a encore deux conceptions de la nation qui s’affrontent: celle qui conçoit la Fête nationale comme étant la fête d’un territoire physique – l’équivalent du Civic Holiday ontarien – et celle qui la voit comme faisant partie d’un territoire mental, rassemblant des individus partageant certaines valeurs entre eux, notamment la langue française. Malgré la Révolution tranquille, malgré deux référendums, malgré la reconnaissance de la nation québécoise, malgré la commission sur les accommodements raisonnables, la réponse finale n’a pas encore été trouvée à cette question: qui est Québécois?

Pour les Patrick Lagacé de ce monde, la réponse est simple: est Québécois qui habite au Québec. Le changement de nom de la Saint-Jean-Baptiste en Fête nationale justifierait « l’ouverture » aux « Québécois » d’autres langues et d’autres cultures. C’est l’idéologie multiculturaliste, échec lamentable dans toute l’Europe. Pas besoin de parler français, pas besoin de respecter certaines valeurs; on prend la vache, on la met dans l’écurie et elle devient magiquement cheval. La nation est territoire, point. Tu habites à l’est de la rivière des Outaouais, tu es Québécois; tu déménages de l’autre côté et tu deviens Ontarien. C’est la nation civique.

Or, cette conception de la nation s’avère extrêmement réductrice. Elle rejette toute forme de droits collectifs – comme celui du français d’être la langue commune des Québécois dans leur tentative d’en assurer la survie sur ce continent -, nuit à la cohésion sociale et rejette toute dynamique identitaire. Sous prétexte de s’opposer à un ancien nationalisme ethnocentrique basé sur la filiation héréditaire, elle rejette toute spécificité nationale autre que le mélange original d’individus déracinés se mouvant sur un territoire physique sans histoire ni futur.

Gérard Bouchard, ayant co-dirigé la commission sur les accommodements raisonnables et qu’on peut difficilement qualifier de « ceinture fléchée » tant ses molles positions sur l’identité avaient été décriées, conçoit pourtant la nation comme étant « sociologique », c’est-à-dire qu’elle n’est ni reliée à une souche originale qu’il faudrait retrouver ni exclusivement à un territoire.

La nouvelle nation québécoise a aboli l’affiliation exclusive à la religion catholique et aux origines (la « souche ») comme critères d’appartenance. Elle se définit principalement, sur le plan culturel, par la référence à la langue française comme langue officielle et, pour le reste, elle admet sous cette enseigne très large toute la diversité ethnique et culturelle qui caractérise la population du Québec. […] La langue, ce n’est pas négociable. La langue, c’est le fond, le cœur de l’affaire […]. Elle est le premier étage de l’édifice que nous sommes en train de réaménager, de toute la culture nationale québécoise. […] Nous ne pouvons pas, comme Canadiens français, jeter du lest ici. [Je souligne.] ((BOUCHARD, G., cité dans PLOURDE, M. et P. GEORGEAULT (sous la direction de) (2008). Le français au Québec : 400 ans d’histoire et de vie, 2e édition, s.l., Conseil supérieur de la langue française, Éditions Fides, p. 431. ))

Ce qu’explique Bouchard est relativement simple à comprendre. Nous étions des Canadiens-français éparpillés dans le Canada et nous définissant principalement selon le modèle ethnique. Pourtant, nous disparaissions. Étant minoritaires dans toutes les provinces en-dehors du Québec, nous ne pouvions nous opposer au génocide culturel imposé par la majorité canadienne anglophone. En faisant le choix, pendant les années soixante, de devenir des Québécois, il fallait laisser tomber l’ancienne nation ethnique pour s’emparer d’un territoire et le faire nôtre. Ce territoire ne pouvait être que français, parce que toute autre conception – y compris celle de la nation civique, prônée par Lagacé – aurait rendu inutile la scission d’avec les autres Canadiens-français. En d’autres mots: la langue constitue le cœur de ce que nous sommes parce que nous sommes devenus des Québécois pour avoir les moyens d’agir pour la protéger. Nous ne pouvons donc pas jeter du lest sur la langue, comme le dit Bouchard.

Or, Arcade Fire constitue l’exemple d’un modèle national que nous rejetons. Comme nous en avons déjà parlé, la plupart de ses membres viennent d’ailleurs – ce qui, jusqu’à maintenant, ne cause pas problème dans l’optique d’une nation sociologique -, habitent à Montréal depuis dix ans, mais n’ont jamais véritablement intégré le cœur de notre nation: la langue. Après une décennie complète en territoire québécois, ils sont, pour la plupart, incapables de dire davantage que deux ou trois mots en français. Ils vivent ici, mais ils ne vivent pas avec nous; ils surfent au-dessus du Québec dans un univers nord-américain anglophone pour qui le Québec, précisément, constitue un territoire comme un autre et non pas le site d’une nation unique, francophone, prête à s’ouvrir en autant qu’on respecte ses valeurs fondamentales.

Permettre à Arcade Fire de jouer, en anglais, à notre Fête nationale, c’est-à-dire à celle de tous ceux qui se sont identifiés à la langue française, représenterait donc la consécration d’un abâtardissement de la nation québécoise, où celle-ci ne représenterait plus le lieu de tous les espoirs pour une fragile francophonie nord-américaine, mais la continuité d’un territoire canadien où le français ne constituerait qu’un fait parmi d’autres, une richesse qu’on considère d’autant qu’on la garde loin de soi. Lui permettre de se produire en anglais, ce serait également reconnaître notre impuissance à intégrer à notre langue commune des gens habitant parmi nous depuis une décennie. Lui permettre de chanter en anglais, ce serait tirer un trait sur les gains de la Révolution tranquille et refaire de nous des colonisés sans territoire, sans nation, sans capacité à imposer, par notre majorité, une langue jusqu’au cœur de la fête représentant ce qu’il y a de plus sacré pour nous.

En donnant l’occasion à Arcade Fire de dénaturer notre Fête nationale, ce serait revenir à l’époque des ceintures fléchées dont parle Lagacé. Des Canadiens-français à qui on volait symboles sur symboles et qui n’avaient pas le pouvoir politique d’agir. Les « pieds barrés », dans les années soixante-dix, ont permis l’émancipation de ce peuple et ont réussi à lui faire croire qu’il lui serait possible, enfin, d’être véritablement chez lui quelque part. Voulons-nous réellement renier ce gain?

Et si on relevait la tête un peu? Le Québec constitue autre chose qu’une tache de terre sur une planète bleue. Il est l’hôte d’un peuple à l’histoire aussi riche qu’elle fut tragique et qui, par sa présence, par sa langue toujours aussi vivante après plus de deux siècles de domination étrangère, par les nouveaux arrivants qu’il intègre à son destin, constitue un formidable exemple de résilience et de survivance pour l’ensemble de la planète.

C’est cela qu’on devrait mettre sur scène à la Fête nationale.


Ajout: Comme le suggère un lecteur de ce blogue, pourquoi Arcade Fire n’interpréterait pas des chansons québécoises, en français, en y mettant un peu de leur couleur? Ce serait la preuve de leur désir de s’intégrer à la nation québécoise. Une culture qui demeure française, mais enrichie de la contribution originale d’immigrants ayant fait le choix de vivre ici non pas malgré nous, mais avec nous.

Pourquoi « l’ouverture » devrait toujours être à sens unique et en méprisant notre langue nationale?

Le Québec doit aider les Franco-Ontariens
10 février 2011

« Il y a deux langues officielles au Canada: l’anglais. Il y a une seule langue officielle au Québec: le français et l’anglais. » Cette boutade, glanée je-ne-sais-plus où, représente bien la situation dans la région de Sudbury, en Ontario, où la minorité francophone se bat à la fois pour s’assurer des services en français dans son hôpital et pour empêcher des coupures dans les cours en français offerts par l’Université Laurentienne. Malheureusement, aujourd’hui comme hier, les droits collectifs des minorités ne s’appliquent qu’à la minorité anglophone du Québec. Tant pis pour ceux qui sont assez naïfs pour croire que la survie du français a une quelconque importance aux yeux des autorités canadiennes.

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Ainsi, alors que l’hôpital de Sudbury qualifie simplement le bilinguisme « d’atout » lorsqu’il est question d’embauche des employés – même si la population francophone du Grand Sudbury atteint près de 28% – le Québec assure, depuis que la loi 142 a été adoptée dans les années 1980, des services en anglais garantis dans tous ses hôpitaux de la région montréalaise alors que la minorité de langue maternelle anglaise n’y atteint que 13%. (( Source: Statistique Canada, 2006 )) La minorité francophone de Sudbury est deux fois plus importante que la minorité anglophone de Montréal, mais on considère que de lui offrir des services dans sa langue est au mieux un « atout ». À Montréal, pendant ce temps, on construit un méga-hôpital de 2,225 milliards de dollars pour notre minorité anglophone et on a de la difficulté à se faire servir en français dans nos propres hôpitaux francophones. Vous y comprenez quelque chose?

De la même manière, l’Université Laurentienne se targue d’être bilingue et contribue à donner l’impression que l’Ontario offre des services universitaires de qualité à sa minorité francophone. Dans les faits, moins de 17% des cours y sont donnés en français. Les coupures budgétaires prévues par l’administration, dans un contexte de marchandisation croissante de l’éducation, conséquence de politiques économiques de droite poussant les universités à opérer de plus en plus comme des entreprises privées, réduiront encore davantage ce pourcentage, contribuant à faire de l’université le miroir de la fédération canadienne, c’est-à-dire aussi bilingue que l’impose la nécessité d’assurer la disparition rapide et définitive de sa minorité francophone. Les étudiants auront beau faire de gigantesques tintamarres dans la plus pure tradition canadienne-française, c’est d’un miracle qu’ils auraient besoin pour assurer le futur de leur langue dans un contexte où l’assimilation des leurs atteint près de 40% et où leur communauté risque de ressembler de plus en plus à de la viande morte sur le comptoir du boucher de l’Histoire.

Pourquoi pas de l’aide du Québec?

Le Québec peut aider. Le Québec DOIT aider. Dans les années soixante, le gouvernement québécois avait tenté de se servir du pouvoir de l’État pour fournir une assistance à nos frères canadiens-français à l’aide d’un organisme appelé le Service du Canada français outre-frontières (SCFOF). De 1961 à 1975, et malgré un budget limité, le SCFOF finança des organismes et des activités dans le reste du Canada et aux États-Unis. Les francophones du Québec ayant finalement réussi à agir en majorité au sein de leur province, ils ont tenté d’utiliser l’État pour faire rayonner notre culture sur tout un continent.

Malheureusement, l’expérience fut un échec pour plusieurs raisons. Les principales étaient que les Canadiens-français n’étaient pas prêts à laisser tomber leur crainte de l’État et leurs structures nationales archaïques, qu’ils ne pouvaient accepter que le Québec formait une nation séparée semblant tout aussi préoccupée de leur sort que du rayonnement de sa nouvelle culture typiquement québécoise, et le Québec, lui, était empêtré dans ses propres politiques linguistiques à définir au sein de son propre territoire et ses politiciens ne voyaient pas de gains politiques à obtenir en dépensant de l’argent dans des provinces où il n’y avait pas d’électeurs québécois.

Or, aujourd’hui, les temps ont changé. L’État s’est substitué aux vieilles formes de solidarité et de charité chrétiennes, le statut unique du Québec a été accepté, celui-ci est plus mature et la politique, malgré les scandales des dernières années, est beaucoup plus propre et en mesure de dissocier le financement public du vote de l’électeur.

Le fruit est mûr: un gouvernement nationaliste au Québec devrait entendre l’appel des Franco-Ontariens et contribuer au financement de leurs institutions, non seulement par un quelconque sentiment de devoir à l’égard de ceux qui, outre leur territorialité différente, font encore partie, d’une certaine manière, du même peuple que nous, mais également par intérêt propre: le Québec ne peut se passer d’une zone-tampon entre son caractère français et une Amérique du Nord largement anglophone.

En contribuant à financer les institutions des francophones d’Ontario, le Québec n’inventerait rien de nouveau. Le Danemark finance déjà les institutions de la minorité danoise de la province du Schleswig-Holstein, dans le nord de l’Allemagne.

Ce type de solidarité permettrait, outre de rebâtir des liens détruits par la territorialité, d’élargir le champ d’influence de la nation québécoise et de transformer les Franco-Ontariens d’une minorité formant à peine 3-4% de la population de leur province, en une minorité beaucoup plus puissante, représentant, avec l’aide du Québec, plus de 20% de l’ensemble du Canada. Bref, il s’agirait de faire ce que fait déjà le fédéral chez nous, lui qui finance beaucoup plus que nécessaire une minorité anglophone et contribue ainsi à lui donner l’impression qu’elle fait partie d’une majorité canadienne plutôt que de l’aider à accepter son statut de minorité québécoise.

Les indépendantistes québécois, ou ceux qui s’en réclament, sont restés depuis beaucoup trop longtemps perdus dans des objectifs stratégiques à la petite semaine, sacrifiant leurs idéaux un à un en espérant qu’un Grand Soir hypothétique arrive et règle tous les problèmes d’un coup de baguette magique.

On a oublié le principal: l’indépendance ne constitue pas une fin, mais un moyen. Le moyen d’assurer la survie du français en Amérique, car c’est bien là l’essence de notre combat.

Les péquistes, plutôt que de faire grand cas, dans leur proposition principale, de la protection des institutions de la minorité anglophone – la minorité nationale la plus choyée au monde – et de l’intensification de l’apprentissage de l’anglais, auraient grand intérêt à concevoir le Québec non plus comme un territoire qu’on administre à genoux devant les diktats d’Ottawa en attendant un OUI ou un NON, mais comme le flambeau de la francité en Amérique du Nord, l’outil de choix permettant d’assurer le futur du français non seulement sur son territoire, mais illuminant les noirceurs de l’abîme assimilateur canadien et offrant un modèle de fierté permettant peut-être, enfin, d’obtenir une indépendance significative pour la population.

Les Franco-Ontariens n’attendent pas de se faire poser une question référendaire pour bouger.

Et nous?

Pourquoi écrire
2 août 2010

Un jour, quelqu’un me demanda:

– Louis, pourquoi écris-tu?
– Parce que je ne sais pas chanter, que je lui répondis.
– Mais tu pourrais peindre de magnifiques tableaux, dessiner des paysages, créer de la beauté à l’état pur!
– La beauté me fait chier. C’est faux, c’est éphémère. Montre-moi un citron sur un tableau et je te montrerai un fruit du citronnier déjà mort, pourrissant, puant une existence qui aurait pu être beaucoup plus utile.

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– Mais tu pourrais faire de la musique, jouer de la guitare, devenir Mozart si tu le voulais, qu’il rajoutait ce con.
– Non, pas de Mozart, pas de Beethoven, pas de Led Zeppelin. De la musique, que veux-tu que je joue? Des mélodies médiocres invoquant des sentiments usés?
– Tu aurais pu devenir politicien, avec ton talent!
– Du talent? Je hais les politiciens. Met-les dans une chambre que je sorte mon Zyklon B. Le talent, que je lui répondis, ce n’est pas de savoir qui manipuler, quelle lettre ouverte écrire au Devoir, avec qui coucher, quand dire oui ou non. Ça, ce n’est pas du talent, c’est de la prostitution. C’est sucer le pouvoir jusqu’à ce qu’il vienne dans ta face et te consacre grand politicien parce que tu as assez joui dans la position du missionnaire pour te faire offrir le rôle le plus plate de ta vie. Montre-moi un aspirant politicien et je te montrerai un carriériste n’aspirant qu’à se perdre dans un grand tout sécurisant lui enlevant la possibilité de penser.
– Arrête, franchement, avec ta gueule, tu aurais pu devenir tout un animateur de radio, un véritable Gilles Proulx des ondes!
– Gilles Quoi? Ce type qui vomit son déjeuner au quotidien dans le micro? Tu veux rire que je lui demandai? Tu me vois en train de lancer des lignes ouvertes et de faire semblant que les commentaires de Monsieur Bétail de Saint-Georges m’intéressent?
– Tu es de mauvaise foi. Tu pourrais faire de grandes choses.
– Grandes, que je lui demandai. De « grandes choses »? Je vais te dire ce qui est grand mon ami. Ce qui est grand, ce n’est pas de réussir à peindre comme Monet, à faire de la musique comme Rachmaninov, à devenir un politicien de merde comme n’importe lequel que tu vois à la télévision quand tu as l’estomac assez solide pour l’ouvrir, à faire de la radio et à polluer les ondes que les pauvres gens doivent subir en plus de leur triste sort. Non, ce ne sont pas de grandes choses. Ce sont de petites choses, des choses qu’on fait quand on ne se réalise pas. La seule chose qui soit grande, c’est de faire ce qui vous sort des tripes dès que vous avez un moment de libre.

Écrire, c’est tout. Écrire avant de mourir. Vivre un peu mieux, un peu plus, rêver avant de partir. Un Québécois, un seul, avec son clavier, ses mots, et une réalité qui se crée, des idées qui défilent, des faits qui s’incrustent, des positions qui se prennent, des changements qui s’opèrent.

La plume est plus puissante que l’épée, qu’on disait. Non. Elle n’est pas plus puissante. Elle est ailleurs. Une autre réalité. L’épée vit dans le realpolitik, dans les petits jeux partisans, dans les gamiques de chambres d’hôtel des jeunes carriéristes. La plume, elle, se meut au-dessus de cette basse-cour. Elle forme les réalités, elle décrit le monde, elle change les gens, elle façonne les idées. Elle donne de la substance à des images en deux dimensions qui se meuvent sur le papier et qui se croient vivantes parce qu’une main étrangère a créé une histoire originale. La plume est tout; elle crée l’épée ET son objectif à atteindre. Ce n’est pas de la puissance dont il est question, mais de la vie elle-même. Les gens n’existent que parce qu’ils ont conçu ce dont leur monde est constitué et cette constitution s’écrit avec des mots.

Alors, qu’on ne vienne pas me demander pourquoi j’écris. Je crée du réel, c’est tout. Le réel d’un Québécois, un seul, dans l’histoire d’un peuple en voie de disparition et qui tente de garder la tête haute face à la cruauté d’une Histoire qui aimerait mieux nous voir disparaître.

Un seul homme, peut-être. Un contre cent, un contre mille, un contre un million, qu’est-ce que ça vaut quand on sait que la réalité qu’on exprime ne peut être plus authentique et que la vérité de la plume ne peut même pas être égratignée par les centaines de haut-cris de ceux qui subissent la réalité?

Nous mourons la tête baissée. Baisée, notre histoire ne vaut plus que l’énergie que nous y mettons à la défendre. Certains chantent, d’autres peignent, d’autres font de la radio, mais tous, sans exception, oeuvrons pour le même but: celui de s’assurer que ce peuple qui est le nôtre et cette réalité qui nous a engendrés continuera à exister au futur et que la vie qui nous habite ne sera jamais assez vide pour croire que le bonheur s’achète ou se vend.

Sinon, mieux vaut mourir immédiatement. Puisque rien ne resterait de nous.

Il faut sauver notre histoire nationale!
3 décembre 2009

« Il n’y a d’histoire digne d’attention que celle des peuples libres. L’histoire des peuples soumis au despotisme n’est qu’un recueil d’anecdotes », écrivait Chamfort. Le multiculturalisme et la dénationalisation de l’histoire constituent aujourd’hui ce nouveau dogme qu’on impose à nos enfants dans des cours d’histoires édulcorés où les événements marquants du Québec sont relégués au statut de notes de bas de page. Trouvant fierté non plus à se servir de l’histoire pour comprendre le présent et ainsi trouver une orientation au futur, le nouveau programme, dénoncé vivement par la Coalition pour l’histoire, hier, a transformé notre histoire collective en une litanie de faits insignifiants contribuant à créer davantage de confusion et de chaos identitaire dans l’esprit de la prochaine génération.

histoire

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Ainsi, dans le but de faire une large place à la diversité culturelle, on a évacué toute conception d’histoire nationale commune. Ce programme, élaboré en secret en 2006 et à peine modifié après la controverse de la révélation de son contenu, représente une aberration intellectuelle. Il recense sept dates-clefs de l’histoire du Québec et du Canada: 1500, 1645, 1745, 1820, 1900, 1905, 1980. La Défaite de 1759? Pas important. Les Patriotes et le rapport Durham? Un détail. Louis Riel? Connais pas. La Révolution Tranquille? Voir l’alinéa B12 à la page 324.

Désormais, au lieu de chercher à créer un sens à partir de l’histoire et à donner l’impression au jeune qu’il fait partie d’un passé orienté vers un futur, on lui présente un étalage de faits divers historiques mettant sur un même pied les grands combats identitaires du peuple francophone d’Amérique du Nord et les vicissitudes des Amérindiens, de la minorité ukrainienne de l’ouest canadien ou des immigrants chinois construisant le chemin de fer dans les Rocheuses. Le relativisme poussé jusqu’à son agonie: tout est égal, tout se vaut; l’histoire des plantes médicinales et des rites de passage amérindiens valent désormais la catastrophe de l’interdiction des écoles françaises au Manitoba ou la pendaison et l’excommunication des Patriotes. Tout est relatif. Même le peuple québécois.

Dans une étude de l’Institut de recherche sur le Québec, publié en mars 2009, le chercheur Charles-Philippe Courtois a comparé l’ancien et le nouveau programme d’histoire. Ses conclusions sont dévastatrices:

La dénationalisation radicale du cours d’histoire du Québec, si elle a été très légèrement maquillée en réaction aux critiques, n’est aucunement modifiée sur le fond.

[…]

Aussi, la question nationale et la politique sont-elles évacuées de toute la trame de l’histoire du Québec, si bien que la Révolution tranquille n’y a plus rien de national. « Maîtres chez nous » et « Égalité ou indépendance » ne font pas partie de l’exposé. Non seulement les moments d’affirmation nationale sont-ils occultés, mais aussi, tous
les moments difficiles, comme la censure mémorielle du rapport Durham l’illustre de manière accablante.

[…]

Même les grandes heures de l’affirmation du français sont occultées, depuis Lafontaine jusqu’à la Charte de la langue française, qui n’est pas présentée comme une loi
fondamentale mais une mesure très controversée.

Or, au sein d’une société où les citoyens sont autant fiers des acquis de la Révolution Tranquille que de la loi 101 et où la moitié des Québécois ont voté pour l’indépendance du Québec en 1995, comment peut-on accepter pareille fourberie? Comment peut-on endosser un programme d’histoire démontant toute conception de l’histoire nationale commune?

En fait, au-delà du choc de constater qu’on évacue tous les combats historiques de nos ancêtres – des combats qui ont mené à ce que nous sommes aujourd’hui – nous sommes en train de planter les germes de notre propre disparition dans le terreau fertile du cerveau d’enfants déjà rompus aux principes omniprésents du multiculturalisme canadien. Ces cours d’histoire sont la suite logique d’une nouvelle génération ignorant parfois même jusqu’au caractère francophone du Québec (un ancien collègue de travail, étudiant aux HEC, me jurait que le Québec était bilingue) et considérant les milliers de langues de nouveaux arrivants en attente d’intégration comme ayant la même valeur et le même droit de survie ici que le français au Québec. Ce multiculturalisme qu’on nous vante depuis des décennies, on l’impose désormais jusqu’à l’école, afin d’apposer un autre clou dans le cercueil de toute forme d’identité nationale collective.

Cela rejoint ce que j’avais déjà écrit sur le sujet:

En fait, la mondialisation et l’explosion des technologies de l’information ont transformé les identités. De moins en moins de Québécois et de Canadiens se considèrent comme tels. Avant d’appartenir à un peuple ou à une nation, on considère ses petites identités multiples: goûts musicaux, styles vestimentaires, activités sportives, orientation sexuelle, activités sociales, etc. Concrètement, on est gay avant d’être Québécois, punk avant d’être Canadien, planchiste extrême avant d’être Américain. Les identités se sont diluées. La nation, autrefois le ciment rassembleur de toutes ces particularités, a été reléguée au mieux rang de folklore, au pire comme une identité comme une autre. « Yo man, moi j’chill sur le skate, pis toi? – Moi j’trippe ben Quebec power man! »

Or, qu’est-ce que cela nous enseigne? Simplement que le concept de nation, l’idée même de regroupement humain selon une culture, une langue et une histoire communes, trouvant son apogée dans un État indépendant reconnu par d’autres États indépendants, est un concept à l’agonie. Et cela dépasse de loin la question identitaire: la plupart des pays sont devenus de simples vassaux de pouvoirs supérieurs à son contrôle direct: OMC, FMI, OMS, États-Unis, Cour internationale, etc.

Plus que jamais, l’ennemi n’est plus canadien. Oui, c’est le Canada qui, parmi les premiers, a imposé l’idéal multiculturaliste afin de noyer sa minorité francophone dans une mer d’identités diverses, mais aujourd’hui, ce sont nos propres élites qui entendent arracher jusqu’aux racines de notre identité et s’assurer, une fois pour toute, que toute conception identitaire nationale chez la prochaine génération sera impossible. Car comme l’écrivait Orwell: « qui contrôle le présent contrôle le passé et qui contrôle le passé contrôle l’avenir ».

Il est donc de notre devoir de nous questionner sur le genre d’avenir qui nous plaît. Une société cohérente, francophone et nationale, ou un fourre-tout multiculturel aux millions d’identités en combat quotidien dans un pays sans queue ni tête et où le chaos et l’incompréhension empêchent toute forme de cohésion sociale durable? Une société bâtie de la main et à la sueur du travail de nos ancêtres, ou un concept creux n’ayant comme objectif que de désintégrer toute forme d’unité nationale afin de nous noyer dans un flot continu d’immigrants à qui on reconnaît le droit de vivre ici sans jamais s’intégrer à un vivre-ensemble commun?

J’ai signé la pétition de la Coalition pour l’histoire. Face au mépris de l’oeuvre de mes ancêtres, j’ai apposé ma signature. Pour que leurs idéaux et leurs valeurs persistent malgré leur mort, j’y ai mis ma griffe.

Afin que, peut-être, tout ce que nous ferons de notre vivant ne soit pas, lui aussi, jeté aux poubelles de l’histoire par les étudiants en histoire du vingt-deuxième siècle.

Si nous nous rappelons de notre histoire commune et que nos descendants poursuivent nos débats et s’attachent à nos valeurs, alors, nous sommes immortels. Nous ne mourrons jamais car nous ferons partie d’un tout beaucoup plus grand que nous et notre vie n’aura été qu’une pierre supplémentaire jetée sur un grand édifice à bâtir, celui de la persistance de nos valeurs, de notre histoire commune et du respect de tous les peuples minoritaires de la Terre.

Game Over: les miroirs craquent
28 novembre 2008

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Alors qu’il était premier ministre de la Chine au début des années 2000, Zhu Rongji avait réuni économistes, fonctionnaires, spécialistes de la finance et autres experts pour découvrir les meilleures possibilités de placements pour la Chine. Ceux-ci lui furent présentés comme « un miroir qu’on met face à un autre miroir, et ainsi de suite jusqu’à l’infini ».

Comment appeler différemment tous ces produits dérivés? Alors que le commerce mondial journalier n’atteint pas 50 milliards $, que le PIB mondial (valeur de la production des biens et services) frôle les 150 milliards, à quasi-égalité avec les marchés boursiers, les marchés de change s’élèvent à plus de 1700 milliards $ et les produits dérivés plus de 5600 milliards $! ((Le Monde diplomatique, novembre 2008, p.20)) C’est une incroyable bulle financière qui a été créée de toutes pièces. Ce que les néolibéraux appelaient « création de richesse » avant le krach apparaît maintenant dans toute sa clarté: il ne s’agissait que d’un reflet de la richesse, projeté par un ingénieux système de miroirs pour faire croire qu’on créait de la richesse avec du vent là où pourtant rien ne se créait.

Fort de cette compréhension de l’économie, la Chine a pu mettre la pédale douce et modérer ses investissements. Voilà pourquoi elle se trouve en bien meilleure position que beaucoup d’autres pays aujourd’hui.

Dans les faits, ce n’est pas seulement une crise financière qui ébranle le monde; il s’agit également d’une crise idéologique. Alors que la majorité des pays de la planète avaient souscrits au consensus de Washington depuis la chute du mur de Berlin, cette idéologie néolibérale consistant à appliquer les recettes drastiques du FMI et de la Banque Mondiale pour libéraliser et dérèglementer les économies, on voit poindre aujourd’hui un nouveau consensus, que certains seraient prêts à appeler « consensus de Pékin ».

En effet, devant l’échec retentissant de l’idéologie néolibérale, où même ses plus grands promoteurs nationalisent banques et compagnies d’assurances et épongent ainsi les déficits pharaoniques de ces colosses au pied d’argile, il semble que les politiques plus modérées de la Chine deviennent peu à peu un exemple à suivre.

Ce consensus de Pékin, tel que défini par l’économiste Joshua Cooper, contient trois théorèmes:

  1. Il faut mettre l’accent sur l’innovation;
  2. Il faut prendre en considération le Produit national brut (PNB) mais aussi la qualité de vie et une certaine forme d’égalité qui empêche le chaos;
  3. Il faut laisser les pays indépendants, libres de leurs propres décisions, sans se faire imposer quoi que ce soit par une puissance étrangère.

Évidemment, on est encore dans une économie capitaliste avec ce consensus, mais cette forme de capitalisme est beaucoup moins extrémiste et dangereuse. On reconnaît enfin la nécessité d’avoir une société cohérente où la pauvreté ne doit pas être extrême. On comprend enfin qu’une société largement inégalitaire entraîne des coûts sociaux et humains qui minent la croissance et empêchent la réalisation du plein potentiel des individus et des peuples.

Face au jeu de miroirs néolibéral se dessinera-t-il enfin un jeu de vitres ouvertes sur le monde où la manipulation et l’enflure spéculative sont remplacées par l’observation objective et rationnelles des conséquences des politiques économiques?

Si le mur de Berlin est tombé en 1989, c’est un autre mur qui s’écroule devant nos yeux. S’il restera toujours quelques fanatiques qui essaient de recoller les morceaux cassés du miroir néolibéral, à l’image de ces communistes pour qui 1989 ne signifiait rien de particulier, ceux-ci deviendront progressivement une minorité, une relique passéiste d’une idéologie qui a eu sa chance et qui a lamentablement échoué.

Game Over.

Histoire de drapeaux
9 août 2008

C’est le « buzz » de l’heure; même Patrick Lagacé publie une petite chronique où il dénonce le fait que le premier ministre désire accommoder la Chine en acceptant sa politique refusant les drapeaux non-olympiques aux Jeux. à€ ses yeux, c’est de la résignation. à€ mes yeux, c’est tout le contraire.

En effet – et cela va peut-être en surprendre certains – mais je ne suis pas contre la position de Jean Charest. Nous sommes des invités en Chine, et nous nous devons de respecter leur culture et leurs valeurs. Et une de ces valeurs est le caractère sacré et inaliénable du Tibet en son sein et le sens très patriotique d’appui que porte la population à cette cause. Il suffit pour s’en convaincre d’observer ce qui s’est passé lors de la mini-manifestation sur la place Tiananmen où de simples passants se sont chargés d’insulter ces étrangers venus en Chine pour montrer aux Chinois comment agir.

Soyons clairs: ce peuple qui a une Histoire de plus de cinq mille ans n’a pas de leçons à recevoir de notre part. Ils sont certes différents de nous, et des efforts pourraient être entrepris pour permettre plus de liberté individuelle, mais la Chine considère la nation et son existence, la quête de sa pérennité et de sa croissance, comme étant un but supérieur au bien-être de chaque individu en particulier.

En quelque sorte, ça me fait penser au magnifique (grandiose, superbe, époustouflant, et ajoutez votre superlatif!) spectacle d’ouverture, où on voyait ces milliers de gens bouger tous à l’unisson, au même moment, et dont la marche coordonnée créait des figures tout à fait géniales. C’était la Chine qu’on voyait: une Chine certes contrà´lante, mais qui permet à chaque Chinois de transcender sa petite existence individuelle en faisant partie d’un Tout infiniment plus grand et glorifiant. Nous avons quelque chose à apprendre de la Chine.

Et puis, soyons honnêtes, si on espère demander à la Chine de s’adapter à nous, comment peut-on par la suite blâmer un immigrant qui refuse de s’intégrer au Québec? Il s’agit de faire preuve de cohérence: on ne peut pas à la fois prétendre avoir la solution aux maux d’autrui et se plaindre lorsque des gens qui viennent ici veulent nous imposer leurs solutions. Si on demande à la Chine de renier ce qu’elle est, de se voir ridiculisée par des drapeaux tibétains et de voir ainsi la perfection de ses jeux réduite en combat politique contre ses valeurs et ses croyances, comment peut-on ensuite demander à quiconque de respecter nos valeurs et nos croyances?

La vie est injuste, mais chaque pays a le devoir de se protéger lui-même et de lutter contre ce qui pourrait l’affaiblir ou le détruire. On ne peut pas, on ne doit pas dénoncer un pays qui cherche à préserver sa puissance et améliorer sa condition.

Et, heureusement, on ne peut pas blâmer les minorités qui cherchent à se faire entendre et qui luttent pour leur survie culturelle. Tout comme on ne peut empêcher un athlète motivé de cacher un drapeau dans ses sous-vêtements ou de se le tatouer dans le dos. Si on ne peut contrecarrer l’expression de ces minorités (dont nous faisons partie!), on peut ne pas la faciliter, et c’est exactement ce que fait la Chine.

C’est dans l’ordre des choses et c’est à nous, étrangers, de nous tenir en-dehors de ce combat politique qui n’est pas le nà´tre et qui, si nous nous en mêlons, pourrait donner l’idée à d’autres de venir se mêler du nà´tre.

Et pas toujours en notre faveur.

Car la diversité, c’est beaucoup plus que d’écouter Paul McCartney chanter « Jet » sur les plaines d’Abraham en sirotant une bière allemande: c’est aussi respecter la différence de l’autre en s’adaptant à sa culture lorsqu’on est chez lui, tout comme on aurait envie qu’il s’adapte à la nà´tre chez nous.

Le PLC, un parti raciste et haineux?
4 juillet 2008

Accepteriez-vous de voter pour un parti qui accepte dans ses rangs un fanatique comme Garth Turner qui écrit, sur son blogue, que les indépendantistes québécois (ok, on parle d’à peu près 3 500 000 personnes ici) sont des « perdants », des « prétentieux, hostiles et égocentriques, machos, égoà¯stes et balkanisants ».

Pas moi, en tout cas. Et j’espère que tous ceux qui seraient tentés de voter pour le Parti Libéral du Canada s’en souviendront.

Moi ce que je trouve particulier dans tout ça, c’est que nous, les indépendantistes québécois, nous traitons nos anglophones et nos minorités comme des rois. Nous nous prostituons pour les servir dans leur langue impériale, nous acceptons toutes leurs coutumes. Nous oublions qui nous sommes, nous renions notre langue et nos valeurs. Nous nous sacrifions pour bien les servir.

Il serait peut-être temps de parler de l’attitude des anglophones frustrés et racistes comme Garth Turner. Il serait peut-être temps de parler de tous ces francophones au Canada qui sont minorisés et qu’on refuse de servir dans leur langue, voire où on organise des manifestations pour empêcher qu’on puisse les servir dans leur langue!

M. Turner fait la démonstration que ce pays n’est pas le nà´tre. Il serait plus que temps de quitter ce Canada de merde et de se débarrasser des excroissances pétrifiées qui gangrènent notre vrai pays et qui mériteraient de se faire arranger le portrait.

Stéphane Dion doit démettre ce raciste de ses fonctions s’il espère la moindre remontée au Québec.

AJOUT: Turner tente de justifier son racisme et sa haine des Québécois. Il affirme qu’il ne s’écrasera jamais devant ceux qui veulent détruire son pays. Doit-on comprendre qu’il appuie et comprend les Québécois qui ne s’écraseront jamais devant ceux qui veulent empêcher leur pays d’exister?