La religion Option nationale
11 août 2012

S’il y a un seul trait des Québécois qui traverse les âges, c’est celui de notre propension à attendre un sauveur. Peuple abandonné par la France dès la fondation de ses premières villes, puis attaqué par les Anglais, nous guettons l’arrivée du chef. Et quand celui-ci se pointe, on l’idolâtre immédiatement non pas parce que ses idées sont nécessairement bonnes, mais plutôt en sa qualité de réceptacle de notre espoir. Ainsi en est-il de Jean-Martin Aussant et d’Option nationale.

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Il est devenu impossible pour tout nationaliste de critiquer les positions d’Option nationale. Tania Longpré, par exemple, a écrit un texte dénonçant le multiculturalisme du parti. Pendant des jours, elle a été harcelée sur sa page Facebook par des gens lui disant qu’elle n’avait pas compris, qu’Option nationale n’était pas multiculturaliste, que le parti était réellement nationaliste, etc. Bref, un réflexe de défense automatique de la part de croyants alors qu’on attaque leur sauveur.

Pourtant, l’analyse de Tania Longpré est juste. J’en ai moi-même parlé à plusieurs reprises, obtenant le même genre de réaction hostile et disproportionnée. Le message de la part des adeptes d’Option nationale est clair : notre parti est le sauveur et gare à ceux qui osent le critiquer ! Ce qui écope : les faits. Mme. Longpré, moi et d’autres avons simplement souligné des faits : ce parti ne s’engage pas, dans ses actions, à la défense de la langue nationale des Québécois. Il a adopté un multiculturalisme nuisible pour la cohésion sociale et qui encourage le repli sur soi de « communautés » linguistiques ou culturelles.

Ainsi, quand Jean-Martin Aussant fait une vidéo promotionnelle en anglais, quel message lance-t-il aux anglophones vivant ici, sinon qu’ils peuvent continuer à ignorer la langue commune ? Idem quand il fait une vidéo en espagnol. Idem quand il souligne un fête autochtone dans la langue des autochtones. Sur ce point, on peut dire que la position d’Option nationale se rapproche dangereusement de celle du PLQ, qui vient d’établir un gouvernement régional de la Baie James, pavant la voie à une forme de partition du Québec.

La vision des partisans d’Option nationale est viciée dès le départ parce qu’elle est multiculturaliste. Avant d’être des nationalistes, ce sont des partisans de l’idéologie communautariste, où existent des « communautés » devant être défendues et pour lesquelles l’État doit s’adapter. Typique d’une vision anti-nationaliste, ceux-ci conçoivent le Québec non pas comme un tout vivant et inclusif ayant la légitimité d’occuper pleinement son territoire, mais comme un pourvoyeur de services linguistiques ou culturels qu’on adapte pour telle ou telle communauté.

Il serait difficile de faire comprendre aux partisans d’Option nationale que leur parti est encore moins nationaliste que le Parti Québécois (un parti mou s’il en est un). Nous ne sommes plus dans une discussion rationnelle : les partisans ont DÉCIDÉ qu’Option nationale était le sauveur attendu et dans un tel phénomène politico-religieux, les arguments n’ont que peu de poids.

La seule chose que les vrais nationalistes peuvent faire, en attendant, c’est rappeler les faits. Un jour, peut-être, une véritable alternative nationaliste se présentera : un Front national, un mouvement Égalité et Réconciliation, une alternative de lutte contre le capitalisme mondialiste et qui respecte les fondements de la nation québécoise, dont la langue française est un incontournable…

Option Nationale: ça commence très mal
2 octobre 2011

Il y a de ces espoirs qui ne peuvent qu’être déçus. Comment pouvait-on espérer, par exemple, qu’un député péquiste peu connu à l’extérieur des cercles de l’orthodoxie du parti, se révélerait le sauveur tant attendu pour relancer le projet indépendantiste? Jean-Martin Aussant, avec la création d’Option Nationale, a fait couler beaucoup d’encre au sein du mouvement. Malheureusement, son alliance avec Philippe Leclerc, un ennemi du Québec français et un multiculturaliste assumé, est en train de tuer dans l’œuf tout projet de parti se distinguant réellement du Parti Québécois et faire de son parti un simple copier-coller du parti que Marois est en train de saborder.

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Aussant parle de Philippe Leclerc comme étant un atout majeur pour « son » parti à naître (notons qu’Option Nationale n’est PAS une initiative populaire; c’est le joujou personnel de M. Aussant). Qu’est-ce que cela nous dit à propos d’Option Nationale? Que ce parti n’a pas l’ambition de protéger notre langue en danger ou de réaliser une indépendance significative nous permettant de nous libérer du multiculturalisme à la canadienne.

Comme je l’ai expliqué dans un billet précédent, Philippe Leclerc est un ennemi du français en tant que langue commune au Québec. À ses yeux, le français ne constitue pas le ciment unificateur de notre nation et il n’a pas le moindre problème à considérer des gens habitant ici depuis des décennies et refusant obstinément d’apprendre notre langue comme étant des « compatriotes ». Pire, il considère comme étant une honte le fait de considérer qu’un Québécois devrait être en mesure de parler la langue officielle du Québec. Il adhère aussi entièrement au culte du multiculturalisme à la canadienne, ce qui lui a été reproché avec force par plusieurs commentateurs.

Aurait-il changé? Aurait-il enfin vu la lumière? Pas du tout.

Dans une lettre publiée dans Le Soleil, il continue de faire l’apologie de la « diversité » de Montréal (lire: son anglicisation) et il recommande qu’on s’adresse aux immigrants non pas en tant que Québécois en devenir, mais en tant que Néo-Québécois, favorisant de ce fait même leur exclusion.

Semblant englué dans la vieille mentalité péquiste post-1995 ayant mené aux catastrophes linguistique et identitaire actuelles, il désire qu’on mette l’accent sur le fait de « convaincre » des immigrants de voter pour une cause qui, génétiquement, leur est tout à fait étrangère. Il préfère tenter de convaincre des gens qui ont tout pour être contre nous (les immigrants qui viennent ici rêvent surtout de stabilité et pour beaucoup d’américanité) plutôt que de faire le pont avec ceux des nôtres qui auraient tout pour être avec nous. Il perpétue la grande tromperie issue de cette croyance naïve et mensongère que le nationalisme serait quelque chose de mal s’il ne s’édulcorait pas lui-même à ce point qu’il ne signifierait plus qu’un mot dénué de sens qu’on agite mollement pour ne pas faire peur.

Philippe Leclerc représente ce qui ne fonctionne pas actuellement au sein du mouvement indépendantiste. Une foule d’apparatchiks péquistes ont grandi à l’école de la honte, celle où, soufflant le chaud comme le froid, on leur a appris la fierté d’être Québécois du bout des lèvres, en autant que cela ne dérange pas trop les autres, en autant qu’on fasse le dos rond devant autrui et qu’on oublie ce que nous sommes quand on parle à un Immigrant (« I » majuscule) ou à un Anglophone (« A » majuscule). Ce nationalisme mollasson où on peut clamer le pays (s’il est « inclusif », autre connerie du laboratoire péquiste de destruction de notre nationalisme), parler de la protection de la langue française (sans s’attaquer à l’anglais), parler d’intégration des immigrants (sans jamais leur demander le moindre effort), parler de modernité (en reniant nos valeurs) ou parler d’indépendance (sans jamais écrire de constitution ou faire de gestes de rupture). Philippe Leclerc constitue le pinacle, l’achèvement le plus parfait de cette génération de petits faiseux ayant décidé de se mettre un veston-cravate et qui se pensent nuancés parce qu’ils sont mous.

Non, la venue de Philippe Leclerc dans le projet de M. Aussant ne constitue pas un atout majeur pour le peuple québécois. Il s’agit simplement de la venue, dans ses rangs, d’un individu refusant de reconnaître que l’indépendance doit être autre chose qu’un projet désincarné et étant incapable s’engager à respecter le caractère français de notre nation. Il ne s’agit pas d’un atout, mais d’un poids, celui d’un passé péquiste dont nous cherchons à nous libérer et qui doit laisser la place à la ferme action en faveur du peuple québécois, un peuple résolument francophone qui intègre les immigrants en autant que ceux-ci adhèrent à ses valeurs de base.

S’il y avait davantage de Philippe Leclerc dans cette société, nous n’aurions plus à défendre le français.

Il serait déjà disparu.

La prostitution de notre projet pour faire plaisir à une minorité, on n’appelle pas cela un projet de société.

Il reste à souhaiter que Jean-Martin Aussant se ressaisisse et qu’il se débarrasse de cet anglomane multiculturaliste aux idées plus proches de celles d’un Trudeau que de celles d’un Bourgault.

Nous avons déjà assez d’ennemis qui veulent affaiblir notre nation et notre langue.

Pas besoin d’en engager un en plus.

Philippe Leclerc: candidat contre un Québec français
2 septembre 2010

« Le PQ est de retour! » lançait Pauline Marois en novembre dernier. On y a presque cru. On allait enfin récolter les fruits d’interminables « saisons des idées », de sempiternelles « discussions nationales » et le Parti Québécois, après une quinzaine d’années d’hibernation la plus totale où on était plus occupé à vouloir gérer une province qu’à se battre pour l’indépendance et la langue française, se ferait de nouveau le héraut de la cause du peuple québécois. Presque un an après cette déclaration et à l’occasion d’une élection partielle, le vieux parti nous offre encore une fois un candidat en boîte, un poteau coloré appelé Philippe Leclerc, qui serre des mains dans Saint-Laurent tout en se faisant le champion du multiculturalisme à la canadienne.

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Début août, j’écrivais un texte où je dénonçais la confusion identitaire et linguistique touchant certains individus lorsqu’il était question de groupes musicaux vivant ici mais refusant à la fois de parler notre langue ou de s’exprimer artistiquement dans celle-ci. Je parlais d’un contact Facebook ayant affirmé sa fierté d’un groupe comme Arcade Fire, quand bien même ce groupe représente précisément le contraire des objectifs d’intégration et du français comme langue commune que nous désirons atteindre. Ce contact Facebook, c’était précisément Philippe Leclerc, quelques jours avant qu’il ne soit consacré candidat du PQ dans St-Laurent.

Philippe Leclerc avait écrit, sur son statut Facebook:

« Je suis si fier d’être Québécois lorsque j’écoute la musique de compatriotes créateurs tout à fait géniaux, Arcade Fire. Quels ambassadeurs à l’échelle mondiale dont nous devons nous enorgueillir! »

Rien de moins. Des « compatriotes » qui, pour plusieurs, ont de la difficulté à dire deux phrases en français même après une décennie ici et qui chantent exclusivement dans une langue étrangère. Des « ambassadeurs » qui, à l’étranger, donne l’image de Montréal comme étant une ville anglophone et qui contribuent à son anglicisation en propageant cette croyance. S’enorgueillir. Rien-de-moins.

Après que je lui ai souligné le fait qu’on pouvait difficilement qualifier de Québécois des gens qui, précisément, ne possèdent ni la langue ni la culture québécoise, Philippe Leclerc s’est lancé dans une campagne de dénigrement, y allant de la traduction du « shame on you » anglais (traduit en français mot à mot, évidemment, avec le tristement révélateur « honte à toi ») dans plusieurs langues, soi-disant pour montrer son ouverture d’esprit face à la fermeture de ceux qui considèrent qu’un Québécois constitue autre chose que quelqu’un qui habite ici sans même se donner la peine d’apprendre notre langue.

Évidemment, Philippe Leclerc s’est fait démolir – avec raison – par plusieurs autres débatteurs. Akos Verboczy lui a fait remarquer que ce groupe aurait pu se rencontrer à Amsterdam ou ailleurs et qu’il n’a rien de québécois en tant que tel. Siegfried L. Mathelet, lui, a pondu une réplique assez savoureuse:

« S’il s’agit d’encenser cette réussite par une manœuvre d’appropriation nationale, c’est une nationalisation du succès qui relève de la plus plate propagande multiculturelle. Multiculturelle, cette fois, parce qu’elle oublie tout de la trame historique d’une culture de convergence et du statut historique qu’y occupe la langue française. Elle fait donc la promotion d’un nationalisme, en un sens, acculturé parce qu’il n’a plus conscience de sa propre trame historique. »

Multiculturalisme à la canadienne. Le terme est lancé. Surtout que Philippe Leclerc n’hésitait pas, récemment, à afficher sur son profil Facebook une photo du mot « Nous » composé de dizaine de façons de le dire dans des langues différentes, lançant effectivement le message selon lequel le « nous » québécois n’a pas le français comme langue commune.

Comme l’écrivait Philippe Perreault, du Mouvement Montréal français:

« Son « nous » contribue à l’hégémonie déjà puissante de l’anticulture qui lamine les pluralités nationales. Son « nous » exclut le collectif pour laisser place à l’individualisme et à l’atomisation de nos sociétés, symptôme grandissant de la perte de l’intérêt politique du bien commun pour laisser place à la fragmentation et à l’intérêt particulier. »

Un candidat du passé

Cette façon mollassonne de considérer la société québécoise est en droite ligne avec la période sombre des années de Lucien Bouchard, lorsque celui-ci avait affirmé qu’il ne pourrait pas se regarder dans le miroir si le PQ renforçait la Loi 101. On en est encore à l’étape de l’affaire Michaud, de l’argent et des votes ethniques de Parizeau et des grandes dénonciations de souverainistes qui oseraient affirmer quelque chose d’aussi « honteux » qu’il y a une langue commune au Québec et que cette langue, c’est le français.

Sous couvert d’être le secrétaire général des Intellectuels pour la Souveraineté du Québec (IPSO), Philippe Leclerc, qui a fait le choix d’étudier en anglais à l’université Concordia (et qui profite donc du sur-financement des universités anglaises au Québec) a donc tout le loisir de propager ses vieilles idées d’une indépendance désincarnée, dénationalisée, n’ayant rien à offrir au peuple québécois sinon une pâle copie du multiculturalisme canadien encourageant les ghettos et nuisant à la cohésion sociale garantie par une langue et une culture communes.

On aurait vraiment envie de lui demander: pourquoi l’indépendance, alors? Pourquoi vouloir que le Québec soit un pays si c’est pour « s’enorgueillir » de gens incapables de s’intégrer après plus de dix ans passés ici? Pourquoi vouloir un pays si on ne rêve que de multiculturalisme, de multilinguisme et d’une atomisation toujours plus croissante de la société en individus désolidarisés, déconnectés et repliés chacun sur leurs ghettos respectifs?

Non, le PQ n’est pas de retour. Il s’agit de la même continuité d’un parti ayant peur de s’engager fermement pour le français et préférant faire de la vieille politique avec quelque poteau sympathique s’activant pendant un mois à serrer des mains, à jouer à la pétanque avec l’âge d’or et à promettre mer et monde tout en continuant, insidieusement, à détruire notre capacité à bâtir une société nationale cohérente et française.

Avec tous ceux qui ne souhaitent que notre disparition, partout au Canada, avons-nous besoin en plus d’un Philippe Leclerc méprisant notre désir d’établir une société cohérente et francophone et valorisant ceux qui ne respectent pas notre désir de survie?

L’indépendance, c’est en français et pour le français qu’on la veut. Toute autre conception constitue au mieux une euthanasie volontaire, au pire un suicide organisé.

L'Arcade de feu, ce groupe étranger
3 août 2010

Arcade Fire ceci, Arcade Fire cela. Ces jours-ci, pas moyen de ne pas entendre parler de ce groupe de musique anglo-canadien. Les critiques de leur nouvel album, « The Suburbs », sont dithyrambiques. On les acclame, on les idolâtre. Et on se les approprie. Parce qu’ils sont bons, parce que leur musique est inventive, mélodique, excellente, on tente d’en faire ce qu’ils ne sont pas: un groupe québécois.

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« Je suis fier d’être Québécois quand j’écoute un groupe d’ambassadeurs de notre culture comme Arcade Fire » me disait un contact sur Facebook. Et moi de lui répondre que je suis fier d’aller manger de la nourriture indienne sur la rue Saint-Denis, mais que ça ne me fait pas croire pour autant que le poulet au curry qu’on y sert est typiquement québécois. Arcade Fire, c’est un groupe apatride qui habite dans notre ville francophone mais qui a fait le choix de ne jamais réellement s’y intégrer. Ce n’est pas un groupe québécois et encore moins un ambassadeur de notre culture.

Régine Chassagne, originaire d’Haïti et ayant grandi sur la rive-sud de Montréal, a fait le choix d’étudier en anglais. « Je voulais apprendre l’anglais. J’aime me fixer des défis » qu’elle affirmait. (( Le Soir, mercredi, 28 juillet 2010, p. 30, Les banlieues au pouvoir avec Arcade Fire, Propos recueillis par; THIERRY COLJON, à Montréal )) On ignore quels objectifs elle espérait atteindre, mais le résultat est d’une inouïe tristesse: sur trois albums d’Arcade Fire, une seule chanson porte un titre français. Une sur trente-sept. « J’aurais très bien pu m’en aller du côté français, mais le hasard en a voulu autrement » qu’elle ajoute. (( La Presse, Arts et spectacles, samedi, 23 avril 2005, p. ARTS SPECTACLES, The Arcade Fire, Les plus illustres inconnus de Montréal, Petrowski, Nathalie )) Quand on a besoin du hasard pour avoir envie de chanter dans sa propre langue et de refléter sa propre culture, c’est dire à quel point celle-ci est faible.

Et ses copains, font-ils mieux? Pas du tout. Win Butler, le mari de Chassagne, est originaire du Texas et est venu profiter d’une éducation anglophone à bas prix en s’inscrivant à McGill au tournant du millénaire. Près d’une décennie plus tard, il s’adressait principalement en anglais aux spectateurs venus voir Arcade Fire au Festival d’été de Québec. Il a bien disséminé par-ci par-là quelques mots dans la langue des sauvages comme un empereur s’abaissant devant ses sujets, mais Chassagne a dû traduire pour lui lorsqu’il a demandé aux gens d’envoyer des dons à Haïti.

Français, langue seconde, même au coeur de Québec.

Et Richard Reed Perry, lui? Originaire d’Ottawa, il était présent lors du célèbre « love-in » à la veille du référendum sur la souveraineté, en 1995. Sarah Neufeld; elle vient de Vancouver. Tim Kingsbury, de Guelph, en Ontario. Jeremy Gara, d’Ottawa lui aussi. Et le frère de Butler, Will, également du Texas. Et tous sont venus à Montréal non pas pour y parler français, mais simplement parce que c’était « cool ». Un groupe québécois, vous dites?

Évidemment, on pourra m’objecter, avec raison, qu’on ne définit pas l’appartenance à la nation québécoise par l’origine d’un individu. « Je ne veux pas savoir d’où quelqu’un vient, mais où il va » disait Falardeau. Reste que de savoir que la quasi-totalité des membres d’Arcade Fire viennent d’en-dehors du Québec, qu’au moins un de ceux-ci s’est clairement identifié contre la nation québécoise en 1995 et qu’ils ont, pour plusieurs, de la difficulté à parler un bon français tout en enregistrant des albums pratiquement unilingues anglais, voilà qui donne une indication de la direction qu’a choisi le groupe et de l’absence de sentiment d’appartenance à la nation québécoise. Arcade Fire ne vient pas d’ici et ne donne pas l’impression de vouloir aller dans la même direction que nous. Un groupe québécois, vous dites?

« Oh, mais ils habitent Montréal, sur le territoire du Québec, alors ils sont Québécois » qu’on m’objecte aussi. Légalement, oui. Mais légalement, le nouvel arrivant qui vient d’obtenir sa citoyenneté canadienne, qui ne parle pas un seul mot de notre langue et qui croit que René Lévesque est le boulevard où il doit aller chercher son passeport, celui-là aussi est Québécois. Appartient-il pour autant à la nation québécoise? Pire: a-t-il seulement conscience de l’existence d’une telle nation?

Deux visions différentes de la nationalité

Ce dont il est question, ici, c’est de l’affrontement entre deux visions de la citoyenneté. La citoyenneté multiculturelle à la canadienne, qui constitue un fourre-tout insondable où les ghettos ethniques ne sont pas seulement acceptés, mais souvent valorisés, et la citoyenneté intégrante québécoise, qui souhaite créer une nation cohérente où l’ensemble de la population possède une langue commune et s’identifie à des symboles communs. D’un côté, on te considère comme Canadien parce que tu habites ici et on se fout de savoir si ta femme est voilée de la tête au pied, si tu fomentes une révolution islamique dans ton sous-sol ou si tu méprises l’ensemble de ta société d’accueil; les valeurs communes n’existent que très peu. D’un autre côté, on désire t’intégrer à la société québécoise et te permettre de t’épanouir tout en respectant les valeurs traditionnelles du Québec. Ce sont là deux visions irréconciliables.

Or, quand même des souverainistes affirment qu’ils sont fiers d’un groupe comme Arcade Fire, un groupe ne chantant ni ne parlant ni ne représentant la langue française, quand ils affirment que ce groupe représentent leur réalité, ils nagent dans une mer de contradiction. On ne peut pas vouloir à la fois l’indépendance du Québec – et donc respecter la spécificité d’une nation ayant des valeurs communes – et encenser les produits d’un multiculturalisme allant jusqu’à nier l’existence de l’importance d’une telle langue et de telles valeurs. On ne peut pas affirmer à la fois qu’Arcade Fire nous représente parce que ses membres habitent ici et en même temps vouloir se séparer du Canada parce qu’il existerait quelque chose de plus important que l’ensemble des individus désolidarisés habitant au Québec. On ne peut pas s’enorgueillir de la réussite individuelle de n’importe quel groupe d’individus vivant dans un ghetto et se réclamer d’une nation luttant pour sa survie et utilisant l’indépendance comme un moyen d’y arriver. On doit choisir.

Arcade Fire est un groupe fascinant. De la musique extrêmement inventive. Des individus originaux qui ont su toucher les gens. Mais il ne s’agit pas d’un groupe québécois et il ne représente pas davantage le Québec que Michael Jackson, les Black Eyed Peas, Metallica, Madonna, ou n’importe quel autre produit d’une culture anglophone omniprésente, envahissante, étrangère à la spécificité québécoise et qui prospère dans le ghetto de l’université McGill, l’institution universitaire la plus sur-financée du Québec.

Arcade Fire habite ici, mais ce n’est toujours qu’une plante exotique dans un pot oublié au milieu de la forêt laurentienne.

C’est ici, mais ça ne représente rien de nous.

Ou si peu.

L’Arcade de feu, ce groupe étranger
3 août 2010

Arcade Fire ceci, Arcade Fire cela. Ces jours-ci, pas moyen de ne pas entendre parler de ce groupe de musique anglo-canadien. Les critiques de leur nouvel album, « The Suburbs », sont dithyrambiques. On les acclame, on les idolâtre. Et on se les approprie. Parce qu’ils sont bons, parce que leur musique est inventive, mélodique, excellente, on tente d’en faire ce qu’ils ne sont pas: un groupe québécois.

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« Je suis fier d’être Québécois quand j’écoute un groupe d’ambassadeurs de notre culture comme Arcade Fire » me disait un contact sur Facebook. Et moi de lui répondre que je suis fier d’aller manger de la nourriture indienne sur la rue Saint-Denis, mais que ça ne me fait pas croire pour autant que le poulet au curry qu’on y sert est typiquement québécois. Arcade Fire, c’est un groupe apatride qui habite dans notre ville francophone mais qui a fait le choix de ne jamais réellement s’y intégrer. Ce n’est pas un groupe québécois et encore moins un ambassadeur de notre culture.
Régine Chassagne, originaire d’Haïti et ayant grandi sur la rive-sud de Montréal, a fait le choix d’étudier en anglais. « Je voulais apprendre l’anglais. J’aime me fixer des défis » qu’elle affirmait. (( Le Soir, mercredi, 28 juillet 2010, p. 30, Les banlieues au pouvoir avec Arcade Fire, Propos recueillis par; THIERRY COLJON, à Montréal )) On ignore quels objectifs elle espérait atteindre, mais le résultat est d’une inouïe tristesse: sur trois albums d’Arcade Fire, une seule chanson porte un titre français. Une sur trente-sept. « J’aurais très bien pu m’en aller du côté français, mais le hasard en a voulu autrement » qu’elle ajoute. (( La Presse, Arts et spectacles, samedi, 23 avril 2005, p. ARTS SPECTACLES, The Arcade Fire, Les plus illustres inconnus de Montréal, Petrowski, Nathalie )) Quand on a besoin du hasard pour avoir envie de chanter dans sa propre langue et de refléter sa propre culture, c’est dire à quel point celle-ci est faible.
Et ses copains, font-ils mieux? Pas du tout. Win Butler, le mari de Chassagne, est originaire du Texas et est venu profiter d’une éducation anglophone à bas prix en s’inscrivant à McGill au tournant du millénaire. Près d’une décennie plus tard, il s’adressait principalement en anglais aux spectateurs venus voir Arcade Fire au Festival d’été de Québec. Il a bien disséminé par-ci par-là quelques mots dans la langue des sauvages comme un empereur s’abaissant devant ses sujets, mais Chassagne a dû traduire pour lui lorsqu’il a demandé aux gens d’envoyer des dons à Haïti.
Français, langue seconde, même au coeur de Québec.
Et Richard Reed Perry, lui? Originaire d’Ottawa, il était présent lors du célèbre « love-in » à la veille du référendum sur la souveraineté, en 1995. Sarah Neufeld; elle vient de Vancouver. Tim Kingsbury, de Guelph, en Ontario. Jeremy Gara, d’Ottawa lui aussi. Et le frère de Butler, Will, également du Texas. Et tous sont venus à Montréal non pas pour y parler français, mais simplement parce que c’était « cool ». Un groupe québécois, vous dites?
Évidemment, on pourra m’objecter, avec raison, qu’on ne définit pas l’appartenance à la nation québécoise par l’origine d’un individu. « Je ne veux pas savoir d’où quelqu’un vient, mais où il va » disait Falardeau. Reste que de savoir que la quasi-totalité des membres d’Arcade Fire viennent d’en-dehors du Québec, qu’au moins un de ceux-ci s’est clairement identifié contre la nation québécoise en 1995 et qu’ils ont, pour plusieurs, de la difficulté à parler un bon français tout en enregistrant des albums pratiquement unilingues anglais, voilà qui donne une indication de la direction qu’a choisi le groupe et de l’absence de sentiment d’appartenance à la nation québécoise. Arcade Fire ne vient pas d’ici et ne donne pas l’impression de vouloir aller dans la même direction que nous. Un groupe québécois, vous dites?
« Oh, mais ils habitent Montréal, sur le territoire du Québec, alors ils sont Québécois » qu’on m’objecte aussi. Légalement, oui. Mais légalement, le nouvel arrivant qui vient d’obtenir sa citoyenneté canadienne, qui ne parle pas un seul mot de notre langue et qui croit que René Lévesque est le boulevard où il doit aller chercher son passeport, celui-là aussi est Québécois. Appartient-il pour autant à la nation québécoise? Pire: a-t-il seulement conscience de l’existence d’une telle nation?
Deux visions différentes de la nationalité
Ce dont il est question, ici, c’est de l’affrontement entre deux visions de la citoyenneté. La citoyenneté multiculturelle à la canadienne, qui constitue un fourre-tout insondable où les ghettos ethniques ne sont pas seulement acceptés, mais souvent valorisés, et la citoyenneté intégrante québécoise, qui souhaite créer une nation cohérente où l’ensemble de la population possède une langue commune et s’identifie à des symboles communs. D’un côté, on te considère comme Canadien parce que tu habites ici et on se fout de savoir si ta femme est voilée de la tête au pied, si tu fomentes une révolution islamique dans ton sous-sol ou si tu méprises l’ensemble de ta société d’accueil; les valeurs communes n’existent que très peu. D’un autre côté, on désire t’intégrer à la société québécoise et te permettre de t’épanouir tout en respectant les valeurs traditionnelles du Québec. Ce sont là deux visions irréconciliables.
Or, quand même des souverainistes affirment qu’ils sont fiers d’un groupe comme Arcade Fire, un groupe ne chantant ni ne parlant ni ne représentant la langue française, quand ils affirment que ce groupe représentent leur réalité, ils nagent dans une mer de contradiction. On ne peut pas vouloir à la fois l’indépendance du Québec – et donc respecter la spécificité d’une nation ayant des valeurs communes – et encenser les produits d’un multiculturalisme allant jusqu’à nier l’existence de l’importance d’une telle langue et de telles valeurs. On ne peut pas affirmer à la fois qu’Arcade Fire nous représente parce que ses membres habitent ici et en même temps vouloir se séparer du Canada parce qu’il existerait quelque chose de plus important que l’ensemble des individus désolidarisés habitant au Québec. On ne peut pas s’enorgueillir de la réussite individuelle de n’importe quel groupe d’individus vivant dans un ghetto et se réclamer d’une nation luttant pour sa survie et utilisant l’indépendance comme un moyen d’y arriver. On doit choisir.
Arcade Fire est un groupe fascinant. De la musique extrêmement inventive. Des individus originaux qui ont su toucher les gens. Mais il ne s’agit pas d’un groupe québécois et il ne représente pas davantage le Québec que Michael Jackson, les Black Eyed Peas, Metallica, Madonna, ou n’importe quel autre produit d’une culture anglophone omniprésente, envahissante, étrangère à la spécificité québécoise et qui prospère dans le ghetto de l’université McGill, l’institution universitaire la plus sur-financée du Québec.
Arcade Fire habite ici, mais ce n’est toujours qu’une plante exotique dans un pot oublié au milieu de la forêt laurentienne.
C’est ici, mais ça ne représente rien de nous.
Ou si peu.

Manifeste pour une inclusion québécoise
27 mars 2010

Tout le monde écrit des manifestes ces temps-ci. Voici le mien, inspiré par les propositions de citoyenneté québécoise de la Société Saint-Jean-Baptiste et par ma propre compréhension de la nécessité de définir un vivre-ensemble offrant aux Québécois un cadre assurant le respect de leurs valeurs fondamentales, et aux immigrants des règles claires leur permettant de s’intégrer au vivre-ensemble québécois.


Dans le débat identitaire qui secoue actuellement le Québec, certains universitaires ont voulu définir, dans leur manifeste pour un Québec pluraliste, une position d’ouverture aux minorités et d’adaptation réciproque entre celles-ci et le peuple majoritaire. Selon eux, il serait acceptable, voire souhaitable, de ne pas exiger l’intégration des immigrants aux mœurs de la majorité sous prétexte de ne pas les brimer dans leurs valeurs. Il faudrait accepter un « équilibre mouvant » entre les droits de la majorité et ceux de chaque individu. Autrement dit, il faudrait s’enorgueillir du statu quo et revivre éternellement le débat sur les accommodements raisonnables que ne manquerait pas de susciter cette absence de règles claires.

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Je crois, au contraire, qu’il importe de définir clairement les attentes du peuple québécois face aux nouveaux arrivants afin de faciliter leur intégration à une culture québécoise possédant une histoire, un présent et un futur commun. Les Québécois accueillent volontiers les personnes qui s’établissent ici avec le désir de contribuer à la poursuite d’une entreprise culturelle commune où le français, la laïcité et l’égalité entre les hommes et les femmes constituent des valeurs incontournables.

Ces valeurs communes ne constituent pas la projection de nos propres valeurs personnelles, comme voudraient le faire croire les signataires pluralistes, mais plutôt le fruit d’un large consensus qui s’est exprimé et qui continue de s’exprimer dans nos médias, à notre Assemblée nationale et au sein de la société civile. L’espace civique québécois repose sur l’adhésion des citoyens québécois aux lois et aux institutions qui représentent notre appartenance à ces valeurs, exprimées dans notre culture commune.

Culture commune et diversité des apports

Il est normal que toute société d’accueil s’attende à ce que les nouveaux arrivants adhèrent à une culture commune. Chercher l’intégration des immigrants ne constitue pas, comme l’affirment les tenants du multiculturalisme pluraliste, une discrimination ou une exclusion de la différence. Il s’agit plutôt d’une ouverture à la diversité, d’une incitation au dialogue avec d’autres cultures qui, en respectant les valeurs fondamentales des Québécois, permettent réellement d’enrichir la culture québécoise et d’éviter les sempiternels affrontements identitaires.

La cohésion de la société québécoise n’entraîne pas et ne peut entraîner l’éradication des fidélités familiales et historiques liées au pays ou à la culture d’origine : d’une part, parce que les citoyens québécois jouissent des libertés individuelles; d’autre part, parce que le modèle québécois d’intégration suppose que ces références ne sont ni effacées ni gardées en vase clos, mais réinvesties dans la société d’accueil.

En établissant clairement nos exigences face aux nouveaux arrivants quant au respect de notre culture commune, on leur offre ainsi la véritable liberté d’exprimer leurs propres racines identitaires dans un cadre leur permettant de participer au devenir commun. C’est précisément en réitérant le caractère non-négociable de nos valeurs fondamentales – langue française, laïcité, égalité entre les hommes et les femmes – qu’on réussit à construire une société cohérente où l’apport immigrant n’est pas perçu comme une menace à l’identité québécoise, mais comme un enrichissement.

Le soutien à l’intégration

Cette approche inclusive ne fait pourtant pas abstraction de la complexité du processus d’intégration à la société québécoise et elle reconnaît que certains groupes de citoyens victimes de discrimination ont besoin d’un soutien. Celui-ci leur est accordé au nom de l’égalité plutôt que de la différence, et pour résoudre un problème, pas pour créer un droit différent.

En conséquence, les interventions de l’État québécois pour redresser les inégalités fondées sur la différenciation tendent à recréer, tant dans les relations avec les partenaires que dans le mode d’action, les conditions de mixité de la vie réelle. L’État s’adresse aux citoyens qui vivent une même situation, qu’elle qu’en soit la cause, et non à des catégories permanentes de citoyens. On ne parle donc plus de relations avec des « communautés culturelles », mais avec la communauté québécoise dans toute la diversité de ses expressions.

L’État québécois intervient donc pour réduire les obstacles sociaux à l’intégration, peu importe la cause (origine ethnique, sexe, classe sociale, handicap, etc.), parce qu’ils freinent l’accès à l’égalité des citoyens.

Le message de l’État aux citoyens

Dans l’approche inclusive, l’espace civique québécois est déethnicisé et déconfessionnalisé, les fidélités ethniques ou religieuses relèvent de choix personnels et non politiques. Il repose sur l’adhésion des citoyens québécois aux lois et aux institutions de la communauté québécoise, selon des principes acceptés comme universels. Il s’adresse à tous les membres de la communauté en tant que citoyens québécois et non en tant que Noirs, Musulmans, Italiens, Juifs ou Canadiens-français.

Ainsi, lorsque l’État s’adresse aux citoyens, il adopte un discours inclusif, axé sur l’appartenance à la communauté québécoise et sur l’égalité des citoyens. Il évite de catégoriser (ethnies, minorités visibles, races, etc.) et se réfère à tous comme à des citoyens québécois, peu importe la différence. Il parle moins de relations « interethniques », « interraciales », « interculturelles » que de relations entre citoyens, d’adhésion aux institutions, d’harmonie sociale, de rapports sociaux, de cohésion sociale, de culture civique commune. Il invite les Québécois à nouer de nouvelles solidarités en travaillant ensemble à des projets communs.

Le discours de l’État en est un de cohésion sociale, de reconnaissance de la nécessité pour tous de vivre dans une société cohérente, partageant des valeurs communes et adhérant volontiers à ces paradigmes de plein gré, avec la conscience que la minime perte de liberté que peut impliquer le fait de devoir renoncer à certaines croyances incompatibles avec celles de la majorité est largement compensée par la plus grande des libertés : celle d’appartenir à une société qui traite de la même façon chaque citoyen, selon la même justice, selon les mêmes lois.

Quelle continuité?

Les critiques de l’approche inclusive affirment suivre la voie de la continuité, celle des chartes, celle de « l’équilibre-mouvant », tandis que mon approche en serait une de rupture.

En fait, l’approche inclusive se veut plutôt celle du réajustement, après plusieurs décennies de multiculturalisme, de chartisme, et de tensions identitaires croissantes au sein de la société québécoise. Elle propose l’inclusion des nouveaux arrivants dans un devenir collectif québécois et la fin des incessants débats d’accommodements raisonnables à la pièce – ce faux équilibre – qui minent la cohésion sociale et empêchent les valeurs de la collectivité québécoise de réellement prendre racine dans le futur.

Nous ne pouvons faire l’économie de cette remise en question. Qu’on ose le dire et le redire: protéger les valeurs québécoises et intégrer les nouveaux arrivants à ces valeurs, c’est enrichir l’humanité de notre présence dans le temps et c’est affirmer que ce siècle ne sera pas celui de la disparition de ce qui fait notre originalité, mais plutôt celui de l’épanouissement d’une humanité réellement plurielle ayant inclus, dans son village global, les maisons de chaque peuple, avec leurs spécificités, leurs passés et leurs désirs d’un futur commun.

Ce manifeste en est un d’humanité, de diversité des peuples et des cultures, et un appel à l’enrichissement de l’expérience humaine dans le respect de toutes les caractéristiques nationales qui la composent.

Quand Lagacé traite les Québécois de racistes
12 janvier 2010

Patrick Lagacé publie aujourd’hui un billet très intéressant sur un reportage du Toronto Sun faisant état du plus haut niveau de chômage des immigrants au Québec. Intéressant, non pas en soi, mais bien parce que Lagacé en tire la conclusion suivante: nous, Québécois, serions des racistes. Le problème, c’est que Lagacé prend le problème à l’envers; il ne faut pas se questionner sur le chômage des immigrants sous la lorgnette du Québécois raciste, mais plutôt y voir la difficulté pour ceux-ci de s’intégrer à la culture québécoise alors que partout, dans tous les médias, on les bombarde de l’idéologie multiculturaliste et on leur rappelle qu’ils auraient le droit de vivre ici sans jamais s’intégrer.

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En fait, comparer le Québec aux autres provinces au niveau de l’intégration des immigrants ne fait pas de sens si on oublie de considérer cette vérité la plus cruciale: le Canada a embrassé une idéologie du multiculturalisme où les immigrants ne sont pas tenus de s’intégrer et où il n’y a pas, à proprement parler, de valeurs ou d’histoire canadiennes. Le Québec, lui, s’attache à un héritage francophone et à une histoire distinctes. Il est donc normal que les immigrants aient plus de difficulté à s’intégrer au Québec que dans le reste du Canada, puisque les exigences d’intégration sont différentes. Si au Québec on exige le français et, dans une certaine mesure, des comportements compatibles avec la laïcité, le Canada est beaucoup moins regardant à ce sujet. L’immigrant, au Canada, peut se replier sur lui-même, vivre isolé avec des membres de sa « communauté », et cela ne choque personne.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’Indice de vitalité linguistique (IVL) de l’anglais est plus faible dans toutes les provinces et territoires canadiens (sauf le Nunavut) qu’au Québec; l’anglais devient de moins en moins la langue commune au Canada. L’immigrant arrivant au Canada ne ressent pas de pression pour s’intégrer; il peut relativement facilement se trouver un emploi dans sa « communauté » en ne faisant que baragouiner un anglais approximatif. Au Québec, cela ne fonctionne pas; nous avons des exigences d’intégration beaucoup plus élevées, non pas par racisme, mais simplement parce que nous avons la conviction différente de ce que constitue la cohésion sociale. Nous souhaitons l’intégration des immigrants à un destin commun au lieu de les voir s’isoler dans des passés et des futurs distincts.

Que le Toronto Sun fasse l’éloge du multiculturalisme canadien ne devrait pas nous surprendre. Ce qui déçoit, par contre, est cette adhésion presque sans remise en question de la part de Lagacé, qui devrait, mieux que quiconque étant donné son statut de journaliste québécois, comprendre la nécessité pour le Québec d’adopter une vision différente de l’immigration.

Il faut en finir avec l’idéologie multiculturaliste

Le multiculturalisme, contrairement à ce qu’affirment certains idéologues, n’est pas synonyme d’ouverture aux autres, d’ouverture sur le monde, d’acceptation de la différence. Il s’agit plutôt d’une fermeture à la seule différence valable dans le temps: celle de l’histoire des collectivités humaines. Autrement dit: en acceptant l’idée que la culture apportée par le nouvel immigrant possède la même valeur que la culture qui est implantée ici depuis des siècles, on contribue à l’homogénéisation du monde, à la destruction des différences historiques et des peuples qui ont façonné la diversité humaine actuelle. On contribue à la création d’un Québec dénationalisé, sans langue commune, sans identité partagée, sans passé porteur de sens et sans futur différent de celui d’une autre nation. Le multiculturalisme tue la différence.

Mathieu Bock-Côté, une référence sur la question multiculturelle, explique: « Le multiculturalisme reconfigure l’espace public des sociétés où il se déploie en pathologisant systématiquement un nationalisme historique faisant le procès non pas des « dérives du multiculturalisme », mais du multiculturalisme comme dérive. Il diabolise, il criminalise, il stigmatise ceux qui refusent la conversion de la communauté politique à la société des identités. » Si on ose croire à un passé commun, à une histoire où les combats de nos ancêtres ont permis la création d’une société cohérente, on s’expose au jugement impitoyable des censeurs du multiculturalisme.

Dans ce contexte, l’accusation de Lagacé comme quoi le plus haut taux de chômage des immigrants au Québec serait un signe de notre racisme, prend tout son sens. Au lieu de se questionner sur le fait que les immigrants reçoivent des messages contradictoires où on leur dit d’un côté que le Québec et le Canada seraient multiculturels et qu’ils n’ont pas vraiment à s’intégrer et où la réalité leur démontre le profond désir des Québécois de survivre et de continuer à enrichir le monde de leur spécificité, Lagacé choisit un raccourci facile: « plus de chômage, plus de racisme ». Le fardeau d’intégration, qui devrait être celui des immigrants, a été renversé; on demande maintenant aux natifs de s’intégrer aux nouveaux arrivants, de les accepter sans tenir compte de leurs valeurs de base, sans même savoir si elles sont compatibles avec les nôtres et si elles s’intègrent bien dans notre vivre-ensemble et notre désir de survie identitaire.

Voilà peut-être la plus grande victoire des ennemis du Québec. Depuis le référendum de 1995, on a plongé dans le multiculturalisme sans jamais se demander s’il était compatible avec notre désir de survivre en tant que collectivité historique et nationale. Aujourd’hui, alors qu’on nous inonde sous le poids d’une immigration plus nombreuse, per capita, que la plupart des pays développés, on préfère parler du racisme des Québécois pour expliquer les problèmes d’intégration des immigrants plutôt que de questionner l’idéologie multiculturaliste qui prône une augmentation incessante de l’immigration et un repli sur soi des immigrants dans un contexte de communauté nationale n’ayant plus rien d’une communauté et encore moins d’une nation.

Et si on arrêtait un peu de s’auto-flageller et qu’on réclamait, enfin, le droit à notre différence? Protéger la spécificité québécoise, quoi qu’on en dise, c’est encore assurer la plus grande et durable diversité humaine qui soit. Vouloir que le Québec puisse signifier autre chose qu’un magma confus d’identités désolidarisées sans passé ni futur, c’est encore la plus grande preuve d’ouverture à la diversité humaine planétaire.

Voilà une leçon que Patrick Lagacé aurait tout intérêt à comprendre.

Lhasa de Quoi?
7 janvier 2010

Grosse polémique dans certains réseaux sur Internet ces jours-ci. La raison? L’animateur Louis Lacroix, du 93,3 FM de Québec, a osé remettre en question (extrait à environ 50 minutes) le statut de vedette de la chanteuse Lhasa de Sela, décédée il y a quelques jours. Les réactions furent aussi venimeuses qu’inutiles.

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Patrick Lagacé a affirmé que le comportement de Lacroix était à vomir, que plusieurs pourraient y voir un autre signe du manque « d’ouverture » de Québec, que sa radio ne fait que jouer de la musique de « matante ». Le toujours très prétentieux Marc Cassivi affirme que Lacroix est un « abruti nauséabond, qui profite du cadavre d’une fille de 37 ans pour meubler son temps d’antenne » sans même réaliser qu’il fait bien pire que lui en l’insultant gratuitement ainsi. Des dizaines de statuts Facebook que j’ai lus parlaient de Lacroix comme d’un « crisse de cave ». Un groupe Facebook a même été créé pour exiger des excuses – oui, des excuses – à Lacroix pour ses propos.

Des excuses? Quoi, il a insulté la chanteuse? Voici ce qu’il a dit en ondes:

C’est une nouvelle triste, mais… Y a une fille qui est morte, elle s’appelle Lhasa de Sela, et là on essaie de nous nous faire croire que c’est une grande vedette, pis que c’est ben grave… C’est sûr que c’est grave, elle est morte. C’est triste pour la famille, mais j’ai l’impression qu’on est en train de nous fabriquer une vedette, parce qu’y a personne de mon entourage qui connaît cette fille-là. J’ai posé la question, ce midi… Le monde m’a dit « C’est qui, ça » ? Moi je la connais pas. Personne ne la connaît dans mon entourage.

Peut-on m’expliquer ce qu’il y a d’insultant dans ces propos? Il s’agit d’une plate vérité. Lhasa de Sela était peut-être connue dans certains milieux culturels, mais pour la vaste majorité, elle était une pure inconnue. De nom, je la connaissais également, mais je n’ai jamais entendu la moindre de ses chansons et je ne connais personne, dans mon entourage immédiat, qui la faisait jouer dans des partys ou des soirées. Lhasa qui, Lhasa quoi, connais pas!

Évidemment, ce n’est pas parce qu’on ne connaît pas une artiste qu’on doit sous-estimer l’impact de sa mort sur certaines personnes. Mais la vérité – et je crois que c’est là la clef du propos de Lacroix – c’est que Lhasa de Sela semble principalement être un trip de chroniqueurs culturels, de gens branchés sur certains milieux alternatifs. Et par définition, ce qui est alternatif est souvent moins connu. Ce n’est pas une fierté que de ne pas jouer à un poste de « matante » comme semble l’affirmer Lagacé, mais plutôt un signe que Lhasa de Sela n’a jamais su se sortir de sa marginalité.

Or, est-ce étonnant? Elle a produit trois albums, trente-cinq chansons. Sur le lot, seulement trois en français, une langue qu’elle maîtrisait pourtant, elle qui vivait au Québec depuis 18 ans. Alain Brunet, le chroniqueur de La Presse qui n’a jamais manqué de démolir Daniel Bélanger, vantait, chez Lhasa de Sela, « ses assises solides dans la communauté française, ses liens étroits avec l’anglaise, et un troisième atout hispanophone, voilà qui illustre parfaitement ce cosmopolitisme et ce multilinguisme dont Montréal ne pourra jamais plus se passer. » Pour citer une des chansons de Daniel Bélanger, « tout blé qui vient d’ailleurs est bien meilleur que le tien qui n’emplit jamais les Plaines ». Tout ce qui vient d’ailleurs est fantastique, tout ce qui est multiculturel mérite le détour, et qu’importe si sa musique ne parle qu’à une minorité.  Qu’importe si on déconnecte la musique et la culture de ses origines; l’important est d’avoir l’air d’appartenir à la world-culture, de chanter dans des langues étrangères, et de plaire aux chroniqueurs culturels. L’important, c’est qu’elle ait vendu un million d’albums dans le monde et que la BBC en ait parlé. Qu’elle ne se soit jamais réellement intégré au destin des Québécois en adoptant véritablement leur langue dans sa musique importe peu.

L’élitisme méprisant

Ceux qui dénoncent les propos de Lacroix et qui vantent le multiculturalisme de Lhasa de Sela font preuve d’un élitisme tout à fait méprisant. En affirmant qu’elle ne joue pas à des postes de « matante », on sous-entend que la majorité de la population est trop idiote pour exiger de la bonne musique. Au lieu de réaliser que de sa musique ne touchait pas le cœur de la majorité des gens, que personne n’avait envie d’appeler pour demander qu’on la fasse jouer, on préfère accuser les auditeurs de ces postes de radio de manquer de culture, de ne pas avoir compris le grand « cosmopolitisme et ce multilinguisme » dont Montréal et le Québec ne devrait jamais plus se passer. Là où la musique devrait faire chanter les cœurs et permettre la communion autour de sentiments unificateurs, on l’a transformé en bébelle multiculturelle qu’on fait jouer pour avoir l’air dans le vent. Je fais jouer Lhasa de Sela, donc je suis.

La musique qui joue à la radio, quoi qu’on en pense, constitue la musique du peuple. Oui, il y a des compagnies derrière cela, et oui on construit des succès de toutes pièces. Mais ces succès demeurent tout de même des chansons qui plaisent à la majorité, peu importe qui en a fait la promotion. Ce sont les citoyens des villes et des villages du Québec qui prennent leur téléphone ou qui vont sur Internet demander qu’on fasse jouer tel ou tel artiste. La musique leur parle. On peut être en accord ou non, mais ils aiment Star Académie, Céline Dion, Marie-Mai, Éric Lapointe, Daniel Bélanger. Cette musique, c’est la leur, c’est celle qui leur parle, ce sont les paroles et les accords qui expriment le mieux leur quotidien et qui leur donnent l’impression de faire partie d’un tout cohérent.

On peut le déplorer, mais Lhasa de Sela, pour eux, c’est personne. Ce n’est qu’une chanteuse espagnole ou anglophone de plus, dont ils ne comprennent pas les textes et qui n’a pas su véritablement intégrer leur quotidien. Une chanteuse qui habite au Québec, qui chante dans une langue étrangère et dont la sonorité des chansons n’a rien à voir avec l’héritage musical québécois.

Lacroix s’est simplement fait le relai de cette réalité. Il n’y a pas de sentiment négatif ou de mépris à mes yeux, mais une simple constatation: Lhasa de Sela est une inconnue au Québec. Adepte d’une world-culture faisant fi des réalités historiques nationales, elle a adhéré à un futur qui excluait le Québec et faisait de l’appartenance à un univers musical mondialisé le pré-requis nécessaire à la compréhension de sa musique. Autrement dit: elle habitait Montréal physiquement, mais n’a jamais habité le Québec culturellement ou musicalement. C’était une plante exotique dans un pot qu’on a posé dans notre jardin et elle n’a jamais réussi à y implanter ses racines.

Avant sa mort, elle était une inconnue pour la majorité de la population. Aujourd’hui, on veut en faire un symbole. Je me demande bien qui, de Lacroix ou de ceux qui voudraient qu’il s’excuse, se servent réellement de son souvenir pour atteindre leurs objectifs. Je me demande ce qui est le plus insultant: se questionner sur son impact réel dans la population québécoise ou se servir d’elle pour vanter le multiculturalisme, le multilinguisme et le multi-n’importe-quoi-qui-vient-d’ailleurs et qui ne joue pas dans des postes de « matantes ». Qui insulte le plus sa mémoire?

Une grande femme est morte. De grandes femmes meurent tous les jours. Mes sympathies à sa famille et à ses amis.

Éthique et culture religieuse: la grande propagande
11 décembre 2009

La sortie de Pierre Curzi contre le cours d’Éthique et culture religieuse (ÉCR), qu’il souhaite remplacer par un cours d’histoire, est un signe supplémentaire du changement de ton qui s’opère non seulement au sein du Parti Québécois, mais également dans la population. Sur un sujet aussi controversé que l’imposition du multiculturalisme comme dogme absolu dans nos écoles, on a enfin l’impression qu’il est possible de s’exprimer et de clamer son refus de se voir disparaître dans la mélasse d’une confusion identitaire sans pour autant se faire traiter de racistes ou de xénophobes.

ecr

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L’étude publiée hier par la sociologue Joëlle Quérin est sans appel: le cours d’Éthique et culture religieuse est un outil de propagande cherchant non pas à éduquer nos enfants afin qu’ils adoptent des comportements issus de la réflexion, mais plutôt à imposer les comportements qu’on considère comme socialement acceptables, avec les accommodements raisonnables en première ligne. Quérin explique magistralement de quelle façon on a voulu créer ce cours dans l’optique de favoriser la diversité culturelle et de s’approprier l’opinion des minorités au détriment du ciment unificateur d’une culture forte et homogène. « L’implantation [du cours d’Éthique et culture religieuse] était déjà présentée à l’époque comme une obligation morale sur laquelle la population n’était pas en droit de se prononcer » peut-on y lire. En clair: le multiculturalisme constitue un dogme tout-puissant et au lieu d’aider l’enfant à prendre conscience de sa position identitaire dans le monde, on l’invite à renier encore davantage ses origines pour adhérer aux valeurs de l’autre. On lui enseigne l’à-plat-ventrisme et le déni de son identité.

De la même manière, l’étude démontre de quelle façon le cours d’Éthique et de culture religieuse camoufle cette identité derrière la conception surréaliste d’un Québécois ne faisant pas partie d’un tout au niveau de la langue ou des valeurs, mais se définissant simplement selon des notions juridiques. Bref, selon ce cours, est Québécois qui respecte la Charte québécoise des droits et libertés! L’auteure se demande: les touristes sont-ils Québécois parce qu’ils respectent cette charte? Où se trouve la culture, la langue, l’histoire commune? « Le cours d’ÉCR consacre une conception du Québec comme nation strictement civique, définie non pas à partir de son histoire et de ses spécificités culturelles, mais uniquement à partir de sa Charte des droits ». En somme, il suffit d’être ici, de considérer la culture québécoise comme étant inexistante d’un sens anthropologique, de célébrer les origines de tous les immigrants (mais pas la nôtre, non, non, méchant xénophobe va!), et on devient Québécois. Plus suicidaire que cela, tu te promènes avec une corde autour du cou.

Toute cette contamination du cours d’Éthique et culture religieuse par des objectifs politiques de valorisation du multiculturalisme appelle une question importante: à quoi sert l’éducation? L’école doit-elle constituer une machine à former des individus selon la soupe idéologique du jour, camouflant la réalité, occultant des faits, vampirisant la pensée naissante des citoyens de demain, ou ne devrait-elle pas plutôt façonner des individus libres et informés non seulement sur les autres, mais aussi et surtout sur eux-mêmes, sur leur culture, leurs valeurs, leurs ancêtres?

Or, ce n’est pas en enfonçant le clou rouillé et difforme du multiculturalisme dans la tendre cervelle de nos rejetons qu’on réussira à leur apprendre l’ouverture. L’ouverture, la véritable ouverture, c’est avant tout la capacité à remettre en question les dogmes officiels. Être ouvert, c’est avoir un esprit suffisamment formé non seulement aux idées largement véhiculées et considérées comme acceptables dans la société, mais également comprendre et s’intéresser aux idées que la société a choisi de rejeter. Si l’éducation se contente d’être le reflet des valeurs courantes de la collectivité, on se condamne à faire du surplace et on empêche la nécessaire évolution des idées.

Ainsi, en refusant de s’intéresser à l’évolution historique et culturelle du peuple québécois, en choisissant d’occulter le lien direct entre les choix politiques et religieux de nos ancêtres et ce que nous sommes aujourd’hui, en faisant primer l’apprentissage des comportements de nos chérubins sur la nécessité de leur inculquer un esprit vif et critique, capable par lui-même de juger des avantages ou des inconvénients à adopter le dogme du multiculturalisme, nous sommes en train de créer des individus amorphes, en crise identitaire, profondément dépourvus d’outils pour comprendre la place historique qu’ils occupent dans le monde. De futurs adultes à l’identité schizophrénique, écartelée entre des racines réelles qu’on a voulu déraciner et les racines imaginaires qu’on a voulu créer en eux.

À force de vanter le « rapprochement entre les différentes communautés du Québec » (dixit la ministre Courchesne) passant par la survalorisation du multiculturalisme, on oublie peut-être la chose la plus importante: la sauvegarde de la seule communauté capable de réellement accueillir toutes les autres et pouvant leur donner envie de vouloir s’intégrer dans un vivre-ensemble porteur d’avenir.

Une société plus cohérente et ouverte passe peut-être donc par la revalorisation de la nation québécoise et par le message, sans ambiguïté, que le peuple du Québec possède une histoire, une culture et une langue communes et que nous sommes prêts à accueillir quiconque désire se joindre à notre destin commun dans le respect des valeurs qui nous sont chères.

Car à trop chercher à se rapprocher des autres, on oublie peut-être le principal: ont-ils envie, eux, de se rapprocher d’un peuple sans culture, sans histoire, sans passé, sans fierté, sans futur? Un peuple dont les plus hautes aspirations sont de se fondre dans tous les autres?

Il faut sauver notre histoire nationale!
3 décembre 2009

« Il n’y a d’histoire digne d’attention que celle des peuples libres. L’histoire des peuples soumis au despotisme n’est qu’un recueil d’anecdotes », écrivait Chamfort. Le multiculturalisme et la dénationalisation de l’histoire constituent aujourd’hui ce nouveau dogme qu’on impose à nos enfants dans des cours d’histoires édulcorés où les événements marquants du Québec sont relégués au statut de notes de bas de page. Trouvant fierté non plus à se servir de l’histoire pour comprendre le présent et ainsi trouver une orientation au futur, le nouveau programme, dénoncé vivement par la Coalition pour l’histoire, hier, a transformé notre histoire collective en une litanie de faits insignifiants contribuant à créer davantage de confusion et de chaos identitaire dans l’esprit de la prochaine génération.

histoire

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Ainsi, dans le but de faire une large place à la diversité culturelle, on a évacué toute conception d’histoire nationale commune. Ce programme, élaboré en secret en 2006 et à peine modifié après la controverse de la révélation de son contenu, représente une aberration intellectuelle. Il recense sept dates-clefs de l’histoire du Québec et du Canada: 1500, 1645, 1745, 1820, 1900, 1905, 1980. La Défaite de 1759? Pas important. Les Patriotes et le rapport Durham? Un détail. Louis Riel? Connais pas. La Révolution Tranquille? Voir l’alinéa B12 à la page 324.

Désormais, au lieu de chercher à créer un sens à partir de l’histoire et à donner l’impression au jeune qu’il fait partie d’un passé orienté vers un futur, on lui présente un étalage de faits divers historiques mettant sur un même pied les grands combats identitaires du peuple francophone d’Amérique du Nord et les vicissitudes des Amérindiens, de la minorité ukrainienne de l’ouest canadien ou des immigrants chinois construisant le chemin de fer dans les Rocheuses. Le relativisme poussé jusqu’à son agonie: tout est égal, tout se vaut; l’histoire des plantes médicinales et des rites de passage amérindiens valent désormais la catastrophe de l’interdiction des écoles françaises au Manitoba ou la pendaison et l’excommunication des Patriotes. Tout est relatif. Même le peuple québécois.

Dans une étude de l’Institut de recherche sur le Québec, publié en mars 2009, le chercheur Charles-Philippe Courtois a comparé l’ancien et le nouveau programme d’histoire. Ses conclusions sont dévastatrices:

La dénationalisation radicale du cours d’histoire du Québec, si elle a été très légèrement maquillée en réaction aux critiques, n’est aucunement modifiée sur le fond.

[…]

Aussi, la question nationale et la politique sont-elles évacuées de toute la trame de l’histoire du Québec, si bien que la Révolution tranquille n’y a plus rien de national. « Maîtres chez nous » et « Égalité ou indépendance » ne font pas partie de l’exposé. Non seulement les moments d’affirmation nationale sont-ils occultés, mais aussi, tous
les moments difficiles, comme la censure mémorielle du rapport Durham l’illustre de manière accablante.

[…]

Même les grandes heures de l’affirmation du français sont occultées, depuis Lafontaine jusqu’à la Charte de la langue française, qui n’est pas présentée comme une loi
fondamentale mais une mesure très controversée.

Or, au sein d’une société où les citoyens sont autant fiers des acquis de la Révolution Tranquille que de la loi 101 et où la moitié des Québécois ont voté pour l’indépendance du Québec en 1995, comment peut-on accepter pareille fourberie? Comment peut-on endosser un programme d’histoire démontant toute conception de l’histoire nationale commune?

En fait, au-delà du choc de constater qu’on évacue tous les combats historiques de nos ancêtres – des combats qui ont mené à ce que nous sommes aujourd’hui – nous sommes en train de planter les germes de notre propre disparition dans le terreau fertile du cerveau d’enfants déjà rompus aux principes omniprésents du multiculturalisme canadien. Ces cours d’histoire sont la suite logique d’une nouvelle génération ignorant parfois même jusqu’au caractère francophone du Québec (un ancien collègue de travail, étudiant aux HEC, me jurait que le Québec était bilingue) et considérant les milliers de langues de nouveaux arrivants en attente d’intégration comme ayant la même valeur et le même droit de survie ici que le français au Québec. Ce multiculturalisme qu’on nous vante depuis des décennies, on l’impose désormais jusqu’à l’école, afin d’apposer un autre clou dans le cercueil de toute forme d’identité nationale collective.

Cela rejoint ce que j’avais déjà écrit sur le sujet:

En fait, la mondialisation et l’explosion des technologies de l’information ont transformé les identités. De moins en moins de Québécois et de Canadiens se considèrent comme tels. Avant d’appartenir à un peuple ou à une nation, on considère ses petites identités multiples: goûts musicaux, styles vestimentaires, activités sportives, orientation sexuelle, activités sociales, etc. Concrètement, on est gay avant d’être Québécois, punk avant d’être Canadien, planchiste extrême avant d’être Américain. Les identités se sont diluées. La nation, autrefois le ciment rassembleur de toutes ces particularités, a été reléguée au mieux rang de folklore, au pire comme une identité comme une autre. « Yo man, moi j’chill sur le skate, pis toi? – Moi j’trippe ben Quebec power man! »

Or, qu’est-ce que cela nous enseigne? Simplement que le concept de nation, l’idée même de regroupement humain selon une culture, une langue et une histoire communes, trouvant son apogée dans un État indépendant reconnu par d’autres États indépendants, est un concept à l’agonie. Et cela dépasse de loin la question identitaire: la plupart des pays sont devenus de simples vassaux de pouvoirs supérieurs à son contrôle direct: OMC, FMI, OMS, États-Unis, Cour internationale, etc.

Plus que jamais, l’ennemi n’est plus canadien. Oui, c’est le Canada qui, parmi les premiers, a imposé l’idéal multiculturaliste afin de noyer sa minorité francophone dans une mer d’identités diverses, mais aujourd’hui, ce sont nos propres élites qui entendent arracher jusqu’aux racines de notre identité et s’assurer, une fois pour toute, que toute conception identitaire nationale chez la prochaine génération sera impossible. Car comme l’écrivait Orwell: « qui contrôle le présent contrôle le passé et qui contrôle le passé contrôle l’avenir ».

Il est donc de notre devoir de nous questionner sur le genre d’avenir qui nous plaît. Une société cohérente, francophone et nationale, ou un fourre-tout multiculturel aux millions d’identités en combat quotidien dans un pays sans queue ni tête et où le chaos et l’incompréhension empêchent toute forme de cohésion sociale durable? Une société bâtie de la main et à la sueur du travail de nos ancêtres, ou un concept creux n’ayant comme objectif que de désintégrer toute forme d’unité nationale afin de nous noyer dans un flot continu d’immigrants à qui on reconnaît le droit de vivre ici sans jamais s’intégrer à un vivre-ensemble commun?

J’ai signé la pétition de la Coalition pour l’histoire. Face au mépris de l’oeuvre de mes ancêtres, j’ai apposé ma signature. Pour que leurs idéaux et leurs valeurs persistent malgré leur mort, j’y ai mis ma griffe.

Afin que, peut-être, tout ce que nous ferons de notre vivant ne soit pas, lui aussi, jeté aux poubelles de l’histoire par les étudiants en histoire du vingt-deuxième siècle.

Si nous nous rappelons de notre histoire commune et que nos descendants poursuivent nos débats et s’attachent à nos valeurs, alors, nous sommes immortels. Nous ne mourrons jamais car nous ferons partie d’un tout beaucoup plus grand que nous et notre vie n’aura été qu’une pierre supplémentaire jetée sur un grand édifice à bâtir, celui de la persistance de nos valeurs, de notre histoire commune et du respect de tous les peuples minoritaires de la Terre.