Cannibalisme inc.
27 avril 2007

On dit qu’il ne faut pas juger quelqu’un sur ses paroles, mais sur ses actions. Dans le conflit entre le Journal de Québec et ses journalistes, c’est on ne peut plus vrai. Au sein de l’empire Quebecor, on voit qui sont les « lucides » et qui sont les solidaires.

Parmi les « lucides », il y a Richard Martineau, cet éternel blasé, qui se cache derrière son contrat stipulant que ses articles écrit dans le Journal de Montréal peuvent être publiés dans le Journal de Québec. Pendant que ses confrères de Québec se font mépriser et insulter par Quebecor, cet homme de la ville, cet homme se revendiquant de l’urbanité et du béton, les laisse tomber et décide de profiter du conflit pour étendre toujours un peu plus son emprise. Martineau, la petite PME pour qui les journalistes de Québec en lock-out sont un obstacle de moins à ses rêves de notoriété et de puissances narcissiques.

De l’autre côté, il y a Lise Payette. L’ancienne ministre péquiste a le courage de ses convictions. Lorsqu’elle a été confronté à la même clause de contrat que Martineau, elle a décidé d’agir concrètement: elle a quitté le Journal en signe de solidarité. On dira ce qu’on veut sur la femme et sur ses idées, mais ça c’est du courage. Ça c’est joindre l’action aux paroles.

Ne se le cachons pas: un journaliste de Montréal qui remplace un journaliste de Québec en lock-out sous la protection d’une clause dans un contrat, c’est la même chose qu’une compagnie qui fait venir des briseurs de grève dans des camions escortés par des gardes armés. C’est une insulte pour tous les travailleurs et, dans ce cas-ci, pour les lecteurs de Québec, dépourvus de leur relation de proximité avec leurs journalistes.

Pour une fois, on aura raison à Québec de se plaindre de la montréalisation de l’information. Merci à Quebecor.

Pendant ce temps, l’entreprise a déposé une requête en cour – refusée – pour empêcher les journalistes en lock-out de publier leur propre journal. Quels arguments a-t-on invoqué, je l’ignore. Mais Quebecor a agi comme elle a toujours agi: en petite princesse a qui tout est dû.

Mais est-ce si surprenant, quand on pense que Péladeau lui-même a bâti son empire en écrasant les autres, puis qu’il s’est laissé engraisser par des politiciens vendus au concept du Québec inc. dans les années 80? Quebecor, depuis sa formation, est une entreprise qui cannibalise les autres et qui a grandi en s’abreuvant aux mamelles de l’État. Une telle entreprise peut-elle réellement changer?

Aujourd’hui on a la réponse. Mais que peut-on faire?

Beaucoup.

À une ère de convergence médiatique et de concentration de l’information, il est tout à fait possible d’agir nous-mêmes. Pas besoin d’avoir le courage de Lise Payette. Il suffit simplement de ne plus lire le Journal de Québec, le Journal de Montréal et toutes les publications de Quebecor. De ne plus synthoniser TVA et LCN. De rejeter tout ce qui vient de Quebecor. De dire « non » je ne participe pas à celà. De signifier aux entreprises publiant des annonces dans le Journal de Québec qu’ils perdront des clients. D’écrire à Quebecor pour se plaindre. De contacter son député pour qu’il propose une loi contre la concentration des médias.

De ne plus lire ceux qui, comme Martineau, jouent les briseurs de grève.

Parce que c’est facile de parler, de dénoncer. C’est facile de se plaindre que l’information au Québec est centrée sur Montréal et qu’il y a peu de place pour un point de vue divergent.

Mais qui osera agir?