L’invasion immigrante
20 avril 2019

Vous sentez-vous envahis ? Avez-vous l’impression que ce pays vous ressemble de moins en moins, que votre culture s’étiole, que vos valeurs deviennent marginales, que vos traditions sont ridiculisées, voire folklorisées ? Vous ouvrez votre téléviseur ou visionnez les médias sur Internet, et on vous dit que tout va bien, que tout est normal, mais vous doutez… Peut-être avez-vous raison. L’invasion immigrante qui déferle sur la région de Montréal est, depuis une quinzaine d’années, tout à fait spectaculaire.

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J’ai compilé des données, basées sur les recensements de Statistique Canada de 2001 et 2016, quant à la croissance de l’immigration dans la RMR de Montréal, un peu comme je l’avais déjà fait pour l’anglais à Laval et pour d’autres banlieues. Les résultats, en à peine une demi-génération, sont quasi-incroyables. L’afflux constant d’immigrants que nous imposent nos élus se répand dans la région comme une véritable maladie, partant du centre pour s’étendre progressivement vers les extrémités. À part quelques rares exceptions, le nombre d’immigrants est en croissance partout, et le poids relatif des immigrants au sein de nos villes et villages augmente très rapidement (voir ci-bas).

Prenons le cas d’une ville de comme Vaudreuil-Dorion, par exemple. En 2001, il n’y avait que 5% d’immigrants, soit moins d’une personne sur vingt. Quinze ans plus tard, soit à peine le temps pour un enfant de passer de la maternelle au cégep, les immigrants représentent maintenant plus de 18% de la population, soit près d’une personne sur cinq ! Proportionnellement à la population totale, la croissance des immigrants a été de 274% en quinze ans. Combien de temps, à ce rythme, avant que les Québécois de souche ne deviennent minoritaires, selon vous ?

La situation est à peu près semblable partout dans la région de Montréal. Alors que les immigrants ne formaient que 2% de la population à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, ils forment maintenant 7% de la population. Le pourcentage d’immigrants a également presque triplé à Repentigny, passant de 3% à 9% de la population. Même une ville traditionnellement québécoise comme Longueuil a vu le pourcentage d’immigrants y doubler, passant de 9% à 18%. Laval, quant à elle, a ajouté plus de 64 000 nouveaux immigrants, faisant passer leur pourcentage de 15% à un incroyable 28%.

Comment espérer intégrer un tel afflux d’immigrants ? Beaucoup de gens ne le réalisent pas, mais le portrait de la région est en train de changer drastiquement. Et la situation est encore pire que ne le démontre le tableau ci-haut.

En effet, les chiffres sur le nombre d’immigrants ne tiennent pas compte des naissances au sein de familles d’immigrants, souvent ghettoïsées et peu intégrées à la culture québécoise (ou occidentale). Je n’ai pas trouvé de manière aussi élégante que respectueuse de la rectitude politique de faire état de ce phénomène autrement qu’en faisant état de la croissance de la population constituant une minorité visible. Encore une fois, les chiffres sont hallucinants (voir ci-bas).

À Terrebonne, par exemple, il n’y avait en 2001 que 1% de la population issue des minorités visibles. Aujourd’hui, c’est 12%, soit une augmentation de 740%. Presque le même scénario à Repentigny, qui passe de 2% à 12%. Un citoyen marchant dans les rues n’y rencontrait, en 2001, en moyenne, qu’une minorité à toutes les cinquante personnes, alors qu’aujourd’hui c’est une à toutes les neuf personnes. C’est spectaculaire comme hausse.

Un cas particulièrement troublant, parce qu’important d’un point de vue numérique, est celui de Laval. Alors qu’il n’y avait que 9% de minorités visibles en 2001, il y en aujourd’hui près de 26%, soit une augmentation de plus de 77 000 personnes ! En seulement quinze ans, c’est l’équivalent de la ville de St-Jérôme au complet, mais remplie de minorités visibles, qui s’est installée à Laval. Et pour la RMR de Montréal au complet, on parle de plus de 444 000 minorités visibles supplémentaires (70% d’augmentation !) en quinze ans, soit presque l’équivalent… de la ville de Laval !

brampton, notre futur ?

À ce rythme, combien de temps avant que qu’une ville comme Laval (ou une autre, comme Brossard) ne ressemble à Brampton (Ontario) ? Cette municipalité, en banlieue de Toronto, n’est plus habitée que par 27% de citoyens de descendance européenne. Les représentants politiques, au fédéral et au provincial, s’y nomment : Raj Grewal, Kamal Khera, Ruby Sahota, Ramesh Sangha, Sonia Sidhu, Amarjot Sandhu, Prabmeet Sarkaria, Gurratan Singh, Sara Singh et Kevin Yarde. Y décelez-vous une tendance ? Ces gens sont peut-être d’excellents députés, mais quand viendra le moment de choisir entre leur appartenance ethnique et celle de la société qui les accueille, le choix ne sera pas peut-être pas si simple. Croyez-vous jamais qu’ils voteraient contre l’immigration de masse ou s’opposeraient au dogme du multiculturalisme ?

Le problème avec la démographie, c’est qu’elle renverse tout. On ne peut pas l’arrêter. Tout comme l’afflux important de francophones des régions rurales a transformé le Montréal de la seconde moitié du siècle dernier d’une métropole principalement anglophone à la principale ville d’un Québec français, l’immigration massive qui nous est imposée aura des conséquences majeures. Si les francophones ont commencé par simplement habiter Montréal, ils ont ensuite réclamé des droits et une représentation. C’est ce qui se produit à Brampton, en Ontario, avec les immigrants, et qui se produira de plus en plus au Québec si on n’arrive pas à endiguer ce flux ininterrompu.

Progressivement, la société occidentale, homogène, celle où on peut faire confiance à son voisin car il partage la même langue et les mêmes référents culturels, est remplacée par un melting-pot sans queue ni tête, sans direction, d’où peuvent naître le repli sur soi des immigrants et le fanatisme. L’islamisme, par exemple, ne progresse-t-il pas davantage dans un milieu dit multiculturel, où les immigrants sont légions, que dans une ville blanche, comme, disons, Saint-Georges-de-Beauce ou Saguenay ?

En ce sens, la réduction des seuils d’immigration à 40 000 immigrants par année constitue une excellente nouvelle, mais c’est encore insuffisant. Il faudrait probablement les réduire encore bien davantage pour espérer avoir un impact démographique suffisant pour renverser la tendance. Il y aurait aussi peut-être lieu de repenser une politique nataliste plus agressive et favorisant de plus grandes familles au Québec.

Il y a ici une civilisation et un peuple qui veulent exister, qui ont le droit d’exister et d’apporter leurs bienfaits à l’humanité. Cette diversité qu’on nous enfonce de force dans la bouche, pourquoi ne l’impose-t-on qu’à l’Occident ? Et si nous disparaissons, n’aura-t-on pas réduit la diversité humaine ? Nous sommes accueillants et nous continuerons de l’être. Mais peut-être serait-il temps de considérer sérieusement notre capacité d’accueil et reconnaître que nous avons atteint une limite nous imposant une pause.

Tous les gauchistes multiculturalistes sont les premiers à barrer la porte de leur logement le soir venu ; il serait peut-être temps pour le Québec de faire la même chose.

Un racisme ordinaire
4 mars 2012

À l’origine d’une manifestation hostile au français de la part de suprématistes anglophones ontariens, la fille du maire, qui ne peut se faire engager à l’hôpital parce qu’elle ne maîtrise pas le français. Plutôt que de simplement l’inciter à apprendre la langue de 28% de ses concitoyens, on en a fait une bataille rangée contre le bilinguisme et la « discrimination » (sic) faite aux anglophones unilingues. Encore une fois, le racisme anglophone dans toute sa splendeur !

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Il y a quelque chose de pathétique dans l’attitude des ces anglophones. Plutôt que de reconnaître qu’une grande partie de la population parle français et d’accepter de s’ouvrir à cette réalité en offrant des services à cette minorité, on organise une manifestation, on veut couper les subventions à l’hôpital, on prend d’assaut l’hôtel de ville pour éliminer les droits des francophones.

Pour le plaisir de la chose, j’ai compilé certaines données comparant Cornwall, la ville de Montréal et la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal.

Proportion des populations de langue maternelle anglaise et française, et taux de bilinguisme de celles-ci, Cornwall et Montréal, 2006
Cornwall Montréal (ville)* Montréal (RMR)
Langue maternelle anglaise 65% 13% 12%
Langue maternelle française 28% 53% 65%
Taux de bilinguisme des anglophones 27% 70%
Taux de bilinguisme des francophones 92% 48%
Source : Statistique Canada

*Je n’ai pas trouvé les données sur le taux de bilinguisme de chaque communauté linguistique dans la ville de Montréal ; celles-ci devraient être semblables à celles de la RMR, avec un bilinguisme probablement légèrement supérieur pour les francophones.

Qu’est-ce que nous apprend le tableau ci-haut ? Il nous apprend ceci : la minorité francophone de Cornwall est plus de deux fois plus importante que la minorité anglophone à la fois de Montréal et de la RMR de Montréal. Un peu moins d’un citoyen de Cornwall sur trois a le français comme langue maternelle. Malgré cela, seulement un anglophone sur quatre est bilingue. À l’inverse, dans la RMR de Montréal, seulement un citoyen sur sept a l’anglais comme langue maternelle, mais un francophone sur deux est bilingue.

Voyez-vous la différence ?

En clair, la majorité anglophone de Cornwall ne veut rien savoir du français. Elle n’a aucun intérêt à apprendre la langue d’un tiers de ses concitoyens. Et pourtant, alors que Cornwall n’offre presque aucun service en français – sinon ceux de son hôpital et quelques services municipaux – pour son 28% de population francophone, Montréal a bilinguisé l’ensemble de ses services et on demande le bilinguisme a n’importe quel commis de dépanneur, tout ceci pour une minorité de 12% de la population.

C’est le deux poids, deux mesures.

Cette manifestation des anglophones contre le bilinguisme ne devrait-elle pas nous forcer à nous questionner sur notre propre attitude ? Pourquoi nous, Québécois, devrions-nous servir notre minorité de 12% de la population en anglais quand des francophones, comme nous, sont systématiquement dénigrés même s’ils forment 28% de la population ? Pourquoi nous, Québécois, barbouillons-nous systématiquement d’anglais nos institutions, nos villes, nos commerces, pendant que les anglophones d’à côté méprisent les droits de leur minorité francophone ?

On aurait tort de croire qu’il s’agit bêtement d’un fait divers. Nous sommes plutôt témoins de l’expression de la fermeture et du racisme ordinaire qui anime la majorité anglophone canadienne. Cette majorité qui, de tout temps, a tout fait pour éradiquer le français, que ce soit au moyen de lois interdisant son apprentissage à l’école, de lois anti-bilinguisme ou de jeux de coulisse éliminant le pouvoir d’attraction de notre langue.

Alors que le français ne constitue pas la moindre menace pour la langue anglaise en Ontario, on veut quand même le réduire à une peau de chagrin, l’éliminer en douceur. Ici, au Québec, alors que notre langue recule, que le tout-anglais s’impose de plus en plus, on anglicise jusqu’à nos enfants de sixième année et on refuse de faire du français la langue normale et commune de notre nation.

Retour aux origines

Il serait bon de revenir à nos origines. Nous sommes devenus des Québécois, laissant tomber notre nationalité canadienne-française, parce que nous avons compris que la seule façon de survivre face au racisme canadien était de devenir majoritaires sur un territoire pour faire du français la seule langue normale de fonctionnement, comme l’anglais l’était partout ailleurs dans le pays.

Pendant plusieurs décennies, un équilibre précaire s’est établi, alors que les attaques répétées contre le français en-dehors du Québec ont été contre-balancées par l’affirmation de plus en plus forte du français en tant que seule langue commune et nationale des Québécois.

Aujourd’hui, cet équilibre n’existe plus. Les attaques contre les francophones hors-Québec sont devenues tellement quotidiennes et normales que ceux-ci ont de la difficulté à maintenir des services minimaux. Parallèlement, le Québec s’anglicise tellement rapidement qu’il devient possible de vivre une vie entière en anglais chez nous.

Voilà pourquoi je remercie ces manifestants racistes. Je les remercie chaleureusement. Leur haine et leur mépris des francophones contribue à nous rappeler ce que nous avons à attendre du Canada et ce qui arrive au bilinguisme dès que la langue minoritaire devient assez faible pour qu’on passe outre celle-ci.

Je leur dis également merci parce qu’ils nous rappellent que le combat pour assurer la primauté de notre langue au Québec est juste, et que si le 28% de francophones de Cornwall n’a droit qu’à des pinottes en matière de services, il serait grand temps pour nous de réviser à la baisse ceux de notre 12% d’anglophones de la région de Montréal.

Tiens, on pourrait commencer par mettre la hache dans McGill et Concordia, qui se partagent 42% du financement universitaire de la RMR, pour une population anglophone de 12% et une population anglophone historique (née au Québec) de moins de 9%.

Ah, mais non… Nous aurions tous les anglophones et anglomanes de service sur notre dos à crier à la discrimination. Comprenez bien : quand on élimine les services en français de la minorité francophone canadienne, c’est bien. Quand on veut mettre fin au sur-financement des services en anglais de la minorité anglophone québécoise, c’est mal.

Il serait peut-être temps de relever la tête, ne croyez-vous pas ?

Le racisme ordinaire, ça commence également dans nos têtes, à croire que l’anglais nous est obligatoire pendant que le français ne l’est pas pour nos voisins canadiens.

Dehors, les Islamistes!
5 septembre 2010

Une conférence de l’organisation islamiste Islamic Relief Foundation, sous le paravent d’un insipide « United for Change » (Unis pour le changement) doit avoir lieu, en anglais, au Palais des congrès de Montréal le 25 septembre prochain. Au programme, plusieurs orateurs reliés à l’organisation des « Frères musulmans », une nébuleuse encourageant le djihadisme, la violence et désirant renverser nos sociétés laïques pour les remplacer par une sorte de califat mondial basé sur la charia. Il est inacceptable que le gouvernement du Québec, qui finance le Palais des congrès, accepte qu’une telle activité puisse avoir lieu.

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En effet, si nous plions encore une fois devant les fanatiques, quel message leur lançons-nous, sinon que le Québec, ce territoire qu’ils méprisent à un tel point qu’ils n’ont même pas daigné utiliser sa langue commune dans leur propagande, constitue une terre fertile et une porte d’entrée pour implanter leurs réseaux islamistes?

Ce ne sont pas des enfants d’écoles qui doivent se présenter à cette conférence:

  • Tariq Ramadan est le petit-fils du fondateur de l’organisation des Frères musulmans, que même le Congrès musulman canadien aimerait voir sur la liste canadienne des organisations terroristes.
  • Jamal Badawi est membre de l’Islamic Society of North America (ISNA) et est le leader des Frères musulmans en Amérique du Nord.
  • Zainab Al-Alwani du Fiqh Council of North America (une organisation veillant à promouvoir une vie musulmane en accord avec la charia, en Amérique du Nord), est une proche parente de Taha Al-Alwani du réseau américain des Frères Musulmans;
  • Abdalla Idris Ali est membre de l’Islamic Society of North America (ISNA);
  • Yasir Qadhi a été impliqué dans une controverse pour avoir qualifié l’Holocauste de supercherie;

On pourrait également ajouter:

  • Navaid Aziz, un parfait exemple de non-intégration à notre société, lui qui est né à Montréal, a étudié au cégep Champlain en anglais et fait maintenant la promotion, toujours dans cette langue, de l’islam.
  • Salam Elmenyawi, porte-parole du Islamic Center of Quebec, est en faveur de l’application de tribunaux islamiques au Canada et il a déjà déclaré qu’il serait prêt à se battre si le Canada suivait l’exemple de la France et interdisait le voile islamique.

On le constate: sous le paravent d’une conférence unificatrice se retrouve une véritable organisation de propagande cherchant à recruter de nouveaux membres prêts à prier Allah aujourd’hui, mais peut-être également à renverser notre démocratie demain matin. Et le tout – évidemment – en anglais, dans une institution payée avec nos taxes et nos impôts.

Il faut se débarrasser de ces fanatiques

Récemment, le Marriott de Chicago a annulé, à une semaine de pré-avis, une conférence semblable. Nous devons faire la même chose. Il faut que le gouvernement du Québec et la direction du Palais des congrès réitèrent que nos valeurs fondamentales ne sont pas à prendre à la légère et qu’il est hors-de-question que l’État québécoise participe, même de loin, à une conférence méprisant à la fois le caractère francophone de la nation québécoise et notre démocratie laïque. La citoyenne Céline Plourde, qui m’a informé de cet événement, a raison de s’indigner et de réclamer des actions concrètes contre cette organisation-satellite des Frères musulmans.

Il faut également agir à la source. Ce type de mouvance, reliée à des groupuscules radicaux, s’abreuve d’une immigration musulmane massive, leur offrant une base toujours plus large pour soutenir leur véritable but à long terme: renverser notre démocratie. Tant que nous recevrons 50 000 immigrants par année, nous leur fournirons la matière de base leur permettant d’assurer le succès de telles entreprises de propagande et nous augmenterons ainsi la possibilité de voir un nombre toujours grandissant de personnes prendre le chemin du radicalisme, puis du terrorisme. Tant que nous adhérerons à un multiculturalisme encourageant le repli sur soi des nouveaux arrivants, nous contribuerons à cette violence qui se retournera contre nous.

Il faut le répéter: ces Islamistes qui participeront à cette conférence ne font pas partie de nous. Ils n’ont ni le goût de faire des compromis avec nous, ni même de respecter nos valeurs fondamentales. Ils ne sont même pas capables de faire un site web ou une conférence dans notre langue nationale. Leur but est de nous détruire. On peut l’écrire de mille façons différentes, en poème, en prose, avec de la tire d’érable dans la neige s’il le faut, mais le but de ces gens est d’en finir avec nos valeurs nationales et d’instaurer la charia non seulement ici, mais partout au monde.

Et nous, nous les invitons, nous leur offrons un toit, nous leur disons presque: « venez nous détruire, messieurs, venez contribuer à notre chute. Venez mépriser notre langue et nos valeurs! ». C’est une honte innommable. Un peu comme si vous invitiez à souper un individu ayant menacé de mort votre propre mère et que vous lui offriez un lit pour la nuit. On n’appelle pas cela de l’ouverture aux autres cultures, comme certains voudront sûrement le faire croire. On appelle cela une reddition.

Le gouvernement (en apparence) corrompu de Jean Charest a peut-être d’autres marmites sur le feu en ce moment, mais il devrait tout de même trouver le temps nécessaire pour s’opposer fermement à cette conférence et d’établir que les valeurs québécoises ne sont pas négociables.

Ce serait peut-être enfin, pour lui, l’occasion de démontrer que certaines choses, dans les officines libérales, ne s’achètent pas…

Sinon, autant abdiquer dès maintenant et appliquer la charia, in english only, dans tout le Québec.

La langue dans nos mains
7 avril 2010

Les nouvelles statistiques sur le recul du français au Québec, dévoilées par Pierre Curzi, font état du même constat que celui que je fais souvent sur ce blogue: la situation linguistique est alarmante et si nous n’agissons pas énergiquement et rapidement, le français disparaîtra à moyenne échéance.

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Or, que propose Pierre Curzi? Rien, pour le moment. « Pierre Curzi refuse pour l’instant de se prononcer sur des idées afin de renverser la vapeur ». Rien que ça! L’homme est un des députés les plus en vu du Parti Québécois, il est hyper-populaire, il fait face au gouvernement ayant un des taux d’insatisfaction de la population le plus élevé des dernières décennies, mais il ne propose rien.

Chaque chose ne devrait-elle pas être à sa place? Je m’attends du chercheur qu’il cherche, et du politicien qu’il gère les affaires publiques. Je demande au chercheur de présenter les faits, objectivement, sans les juger, et j’exige du politicien qu’il trouve les solutions permettant d’améliorer la société. Quand un député de la trempe de Curzi s’improvise chercheur et se montre incapable de trouver des solutions aux maux qui nous affectent, il y a un problème.

Ceci dit – rendons à César ce qui lui appartient – on ne saurait assez le féliciter d’être un des seuls au PQ à prendre position fermement, dès que l’occasion se présente, pour la protection de notre langue. On en prendrait des dizaines de députés comme lui.

Des solutions

Puisqu’il ne veut pas immédiatement donner ses solutions pour enrayer l’anglicisation du Québec, voici les miennes:

1) Appliquer la loi 101 au cégep.

Entre 1987 et 2007, le nombre d’allophones passant du secondaire français au cégep anglais a plus que doublé, passant de 17,7% à 37%. Parallèlement, ceux qui sont passés du secondaire anglais au cégep français sont passés de 5,8% à 0,5%. Même recul pour les anglophones: ils étaient 52,7% à passer du secondaire français au cégep français en 1987, mais plus que 39,5% en 2007 et si 4,7% passaient du secondaire anglais au cégep français en 1987, ils n’étaient plus que 1,7% deux décennies plus tard. (( Source : Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport )) La conclusion est claire: le cégep en français n’a plus la cote. Et puisque les études préparent le travail et que le travail est un des principaux vecteurs d’intégration linguistique, il est impératif d’appliquer la loi 101 au cégep afin d’assurer une éducation en français aux nouveaux arrivants et aux anglophones récalcitrants.

2) Mettre fin au sur-financement des universités anglophones.

Actuellement, les universités anglophones reçoivent 27% des subventions normées pour une population anglophone de langue maternelle de 8,2%. Le fait de financer ces universités à trois fois la hauteur du poids démographique des anglophones de langue maternelle contribue à faire de ces institutions des pôles culturels anglophones au coeur du Québec et enlève, de la même manière, des ressources vitales à des universités francophones qui crient famine. En finançant ces universités à la hauteur du poids démographique des anglophones de langue maternelle, c’est-à-dire 8,2% du financement total, on permettrait de limiter l’influence de la culture anglophone et on augmentera le potentiel d’intégration d’universités francophones mieux financées et davantage en mesure d’offrir des services aux nouveaux arrivants.

3) Réduire l’immigration et augmenter les incitatifs à la naissance.

Le taux de fécondité des Québécoises est en forte hausse, atteignant les niveaux du début des années 80, mais nous recevons toujours plus d’immigrants. Le ratio naissances/immigration était de 4,7 en 1982 (4,7 fois plus de naissances que d’immigrants reçus en une année). En 2007, le ratio est tombé à 1,8. Pour un nombre de naissances semblable, nous recevons trois fois plus d’immigrants. Proportionnellement à notre population, nous recevons davantage d’immigrants que la plupart des pays développés. Pourtant, nous ne sommes qu’une province et avons ainsi plus de difficulté à les intégrer que les autres pays. Curzi avait lui-même souligné le problème: qu’attend-il pour agir et demander une baisse de l’immigration?

4) Mettre fin au bilinguisme institutionnel.

Actuellement, et quoi qu’on puisse en penser, les services gouvernementaux sont bilingues. Pire: le gouvernement communique parfois en anglais ad vitam æternam avec les nouveaux arrivants, leur lançant effectivement le message que l’anglais constituerait une langue officielle au Québec. Comment pouvons-nous espérer intégrer en français quelqu’un qui, dans toutes ses relations avec l’État, peut utiliser l’anglais? Il importe de franciser tout ce qui touche au gouvernement du Québec. Vous voulez un service, un chèque, une carte d’assurance-maladie ou un permis de conduire? Apprenez notre langue et vous l’aurez. Ça, c’est du concret.

5) Appliquer la loi 101 aux écoles non-subventionnées.

La décision de la Cour suprême, l’automne dernier, d’invalider la loi 104, qui colmatait une brèche dans la loi 101, doit être combattue avec davantage de fermeté. C’est d’une guérilla juridique dont il est question; des groupes de pression anglophones, financés par le gouvernement fédéral, utilisent les tribunaux pour s’attaquer à la volonté démocratique des Québécois d’empêcher les mieux-nantis de contourner la loi 101 en envoyant un de leurs enfants dans une école non-subventionnée. Il faut donc appliquer la loi 101 à ces écoles et se préparer à utiliser la clause dérogatoire contre toute attaque de la Cour suprême dans la futur.

Ce ne sont là que quelques solutions. On aurait pu facilement en ajouter d’autres, notamment l’abolition de la loi 86, qui officialise l’affichage bilingue, une promesse que le Parti Québécois n’a jamais tenue…

Québec vs. Cour suprême: la loi 101, notre seule voix!

Face à l’incapacité de nos élites politiques d’avoir le courage de leurs convictions, il faut s’organiser par nous-mêmes, dans la société civile.

Voilà pourquoi j’aimerais vous inviter à un grand rassemblement pour la loi 101, qui aura lieu dimanche prochain, le 11 avril, au Monument National.

Véritable Moulin à paroles de la loi 101, l’événement consistera en une lecture de textes importants sur la langue au Québec, retraçant l’évolution linguistique de notre peuple depuis la Défaite de 1760 jusqu’à nos jours. De nombreux artistes seront sur place et, puisque j’ai colligé les textes moi-même, je peux vous assurer que ce sont des morceaux d’anthologie, des portraits vivants, des photographies du Québec en son âme profonde. Venez, vous ne serez pas déçus!

Face à l’inaction de nos députés et partis politiques, à leur pusillanimité, à leur refus de prendre position et de défendre clairement nos valeurs, il est de notre devoir de prendre le relais et de les forcer, par notre engagement, à faire le travail pour quoi nous les avons élus: nous représenter et promouvoir nos valeurs, dont le français en est une des principales!

Avons-nous un autre choix?

Clotaire Rapaille: un vent de fraîcheur sur le Québec
11 mars 2010

J’aime Clotaire Rapaille. Non, en fait, je l’adore. Et ce n’est pas parce qu’il a psychanalysé Québec, parlé de cet espèce de complexe d’infériorité-supériorité qui empêche nombre de ses citoyens de se définir autrement que par opposition à Montréal. Ce n’est pas non plus parce qu’il a parlé de la relation Québec-Canada comme d’un vieux couple sado-maso prenant plaisir à se faire mal. Et ce n’est toujours pas parce qu’il a parlé des radio-poubelles ou de la vieille mentalité de porteurs d’eau des Québécois. Non. J’adore Clotaire Rapaille parce qu’il refuse de se plier à cette dictature du consensus, cette véritable plaie.

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Ça prenait un Français pour nous dire nos quatre vérités. Un Français qui n’a rien à perdre, et qui n’a rien à cirer de se faire ostraciser ou dénoncer. Lui, il arrive, il fait son travail, dit ce qu’il a à dire, et repart ensuite. Rien à foutre d’ébranler les complexes châteaux de sable de notre fragile identité; il donne son opinion, et il la défend! Il va au front et essuie les tirs de l’ennemi!

Voilà tout un contraste avec cette mentalité du « pas de chicane », que dénonçait si souvent Pierre Bourgault, cet autre psychanalyste de notre psyché collective:

Chez nous, toute discussion un peu vive jette le trouble chez la plupart des interlocuteurs qui n’arrivent pas à imaginer qu’on puisse défendre une opinion avec passion, qu’on puisse assener des arguments mortels, qu’on puisse élever le ton, qu’on puisse refuser de lâcher le morceau sans se brouiller pour la vie.

« Laisse tomber, je ne veux pas de chicane. » Ou encore: « Mon Dieu que tu es « ostineux ». Tu veux toujours avoir raison. » Quand on fait remarquer qu’on « s’ostine » avec aussi « ostineux » que soi et que son vis-à-vis refuse également de lâcher prise, alors on se voit accusé de mauvaise foi.

On dirait que les gens n’ont pas compris l’intérêt du dialogue et de la discussion et qu’ils s’imaginent qu’on est bien plus heureux à poursuivre, chacun de son coté, un monologue stérile et débilitant.

On n’a pas compris non plus que c’est le dialogue, sans cesse renouvelé et même, à l’occasion, violent, qui écarte la véritable violence qui éclate toujours quand les gens cessent de se parler. (( La vraie nature de l’opinion, Pierre Bourgault, extrait. ))

Nous sommes trop souvent ainsi au Québec. Au lieu de répondre aux opinions de Clotaire Rapaille, d’élaborer des arguments, de participer au DÉBAT, on le repousse, on le dénonce, on le stigmatise. On se sépare de lui. On a peur des opinions, peur de se sortir soi-même de ce satané consensus qui doit être le nôtre.

En fait, il s’agit peut-être de la pire colonisation, après plus de 250 ans de domination étrangère: nous pensons à l’anglaise, nous avons rejeté nos racines françaises. « L’art de la rhétorique est totalement étranger à la culture nord-américaine, expliquent les journalistes Jean-Benoît Nadeau et Julien Barlow dans leur livre Pas si fous, ces Français!. À peine sait-on de quoi il s’agit. Mais la rhétorique est aux Français ce que le théâtre est aux Anglais, le chant aux Italiens et le piano aux Allemands. […] Les Français apprennent à perfectionner cet art dès leur plus jeune âge. » (( Cité dans L’art de défendre ses opinions, de Louis Cornellier )) Nous ne savons pas comment discuter, nous ne savons pas débattre, et nous craignons comme la peste toute situation où un individu aurait une forte opinion en opposition avec le consensus qu’on tente constamment d’ériger en dogme.

Pire, nous avons des lois et des règles qui rendent encore plus difficile cette liberté d’opinion. Parlez de personnes âgées qui mangent de la poutine, et vous aurez la Fédération de l’âge d’or du Québec sur le dos. Faites un sketch où des mafieux parlent italien, et c’est l’Association des entreprises et professionnels italo-canadiens qui s’en prendra à vous. Parlez des Noirs, et vous aurez une association haïtienne contre vous; parlez de crime, et ce sera un collectif contre la violence, parlez d’identité, et on vous accusera d’être xénophobe. On se fait tellement dire de se taire que nous sommes devenus un peuple de chiens de faïence, silencieux, qui attendent le moindre mouvement pour se lancer comme des bêtes enragées sur quiconque viendrait troubler cette sotte tranquillité.

On aime bien se moquer de Québec, de ses radio-poubelles, de son complexe d’infériorité-supériorité face à Montréal. Je l’ai fait plus souvent qu’à mon tour. Mais cette spécificité ne serait-elle pas, plutôt qu’un défaut, le signe d’une persistance de pensée française dans une ville n’ayant peut-être pas été aussi colonisée que la métropole? En s’opposant au « mal montréalais », en descendant dans la rue pour appuyerdes médias qui, même maladroitement, défendent tout de même notre capacité collective à émettre des opinions et à les défendre, Québec ne constituerait-elle pas ce dernier bastion d’une population qui, malgré une anglophilie galopante et un fréquent refus de se remettre en question, représente réellement cette mentalité française? Se pourrait-il que derrière les dénonciations et les haut-cris d’habitants fâchés par le diagnostic de Clotaire Rapaille, se cachent une minorité de Gaulois qui refusent obstinément d’adopter cette dictature du consensus qui a javellisé la plupart de nos débats?

Oui, ça prenait un Français à Québec. C’est un bon coup de la part de Labeaume. Car au-delà de la langue, de l’architecture et de la situation géographique, ce qui devrait réellement différencier Québec et permettre de la vendre, c’est l’unicité de la survivance d’une pensée française certes abrutie par des siècles de colonisation, mais qui s’accroche et qui tente, telle une plante grimpant le long du mur de notre Histoire, d’implanter ses racines dans un terreau infertile.

Rapaille choque, Rapaille fait réagir, mais Rapaille a raison: il y a dans cette ville l’essence de ce que nous sommes. Et si Québec ne réussit pas toujours à l’exprimer avec civilité et dans le respect des opinions, au moins elle essaie. Et si elle ne réussit pas à se libérer complètement de cette dictature du consensus, on ne peut nier qu’elle tente de le faire. Québec encaisse les coups, en donne aussi, mais elle bouge, elle agit!

Voilà qui fait changement d’une métropole où on se laisse disparaître sans mot-dire et où on a réélu un maire qui a fait de notre ville le royaume de la langue de bois et des pots-de-vin.

Peut-être que c’est nous, Montréalais, qui somment les pires masochistes finalement…

Racisme ordinaire
16 janvier 2010

Dans la foulé du cataclysme haïtien, de nombreux groupes de soutien à Haïti se sont créés sur Facebook. Que ce soit Une pensée positive pour Haïti ou Solidarité Québec-Haïti, les internautes cherchent des lieux de rassemblement pour offrir leur soutien au peuple haïtien. Ce qui est intéressant avec Facebook, c’est que ce phénomène concerne principalement les plus jeunes; on obtient donc une photographie de l’image de la jeunesse actuelle. Et cette jeunesse, quoi qu’on puisse en penser, ne sait pas se faire respecter.

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Ainsi, la création du groupe Montreal – Answering Haiti’s cry for help (ou on équivalent Montreal Support For Haiti Earthquake 2010). On parle ici d’un groupe de soutien à Haïti (pays francophone) de la part de Montréal (ville francophone) faisant partie du Québec (province francophone et nation reconnue par le Canada en 2006). Un groupe entièrement en anglais, où on peut pourtant lire des interventions d’individus portant des noms comme Stéphane Jolicoeur, Pierre Dartiguenave, Katia Cadet, Sarah Gauthier, Marie-Claude Caci et une litanie d’autres noms francophones. Et je ne compte pas le nombre de Québécois qui sont membres de ce groupe, qui compte déjà plus de 5000 membres.

J’ai souligné au créateur du groupe que Montréal est une ville francophone et que les Haïtiens, dont la langue officielle est le français (et la langue seconde le créole, dont les racines sont majoritairement françaises), méritent de se faire encourager dans leur langue. Peine perdue. Je me suis fait répondre que je suis un raciste, que ce n’était ni la place ni le lieu pour discuter de cela, que Montréal est une ville multiculturelle, etc. Un peu plus et on me traitait d’arriéré parce que j’avais osé réclamer, pour ma ville et mes concitoyens, qu’on parle en notre nom dans notre langue et dans une langue que les principaux intéressés peuvent comprendre.

Évidemment, on pourra me répondre qu’il ne s’agit que d’une tempête dans un verre d’eau, que d’un groupe Facebook. Pas certain. Les arguments lancés par les membres de ce groupe sont ceux qu’on entend à tous les jours, dans la rue, au travail, partout. Au quotidien, on se fait dire: « ce n’est pas la place pour défendre le français ». Je me le suis fait dire à plusieurs reprises. Si on écoutait ces gens-là, la seule place pour défendre le français serait au parlement de Québec, en autant que cela ne dérange personne. Tu veux travailler en français? Pas la place pour cette lutte! Tu veux te faire servir en français? Pas la place pour ce combat! Tu aimerais souligner le fait qu’une artiste décédée n’a chanté que trois chansons en français sur trente-cinq? Es-tu fou, on ne critique jamais les morts, ce n’est pas la place… Ce n’est jamais le bon endroit pour défendre notre langue.

Pourtant, je souffre pour les Haïtiens. Je ne crois pas manquer de respect au peuple haïtien en exigeant qu’on parle en mon nom en français et qu’on souligne les profonds liens linguistiques qui unissent le Québec et Haïti. Le combat linguistique que nous menons, Québécois, n’est-il pas le même que les Haïtiens tentent de mener depuis des décennies contre les puissances extérieures qui décident quel président déposer, quelle mesure créatrice de pauvreté implémenter? Vouloir protéger le français au Québec contre le rouleau-compresseur d’une mondialisation néolibérale anglophone ne trouve-t-il pas écho dans la lutte des Haïtiens pour la création d’un État plus fort, moins soumis aux intérêts étrangers? Ne s’agit-il pas du même combat pour le respect de nos identités respectives?

Il ne s’agit pas que d’un groupe Facebook. C’est l’image d’une nouvelle jeunesse montréalaise qui, d’un côté, se fout éperdument de la protection des valeurs québécoises, et de l’autre n’hésite pas à renier ce qu’elle est au nom d’une cause soi-disant supérieure. Protéger les Tibétains, les Tamouls, les Kurdes, les Haïtiens, parfait! L’identité du peuple québécois? Connais pas! Ce n’est pas la place pour en discuter!

Nos combats sont pourtant interreliés. Défendre le français à Montréal et au Québec, c’est défendre non seulement la pluralité et la diversité des cultures de la planète, c’est aussi se battre pour l’indépendance des peuples. Lorsqu’un peuple se respecte assez pour exiger sa langue, il démontre qu’il n’est pas à vendre et qu’on ne peut pas le détruire à coup de réformes du FMI, comme celles qui ont poussé Haïti à la ruine. Lorsqu’un peuple tout entier refuse de participer à toute organisation reniant ses valeurs profondes, il assure non seulement sa survie linguistique, mais également celle de sa capacité à se gérer lui-même, à s’administrer, à se construire un réel autrement plus solide que celui qui était le lot des Haïtiens depuis des générations.

On ne choisit pas la « place » pour mener le combat. Ces escarmouches viennent naturellement. On ne les mène ni contre le peuple haïtien ni contre une chanteuse récemment décédée, mais plutôt pour leurs enfants, en leur mémoire. Nous menons ces rixes pour que de la tragédie qui fut la leur puisse naître un espoir nouveau, celui d’une planète diversifiée où chaque peuple, chaque nation puisse être en mesure de protéger ce qui lui est cher.

Quand on parle en notre nom dans une langue qui nous est étrangère, on ne scelle pas seulement le sort de notre incapacité à intégrer les nouveaux arrivants à notre destin commun, on ne lance pas seulement le message, à l’étranger, que Montréal ne constitue plus une ville francophone, on contribue à la désolidarisation et à l’affaiblissement des liens naturels qui nous portent vers les autres peuples qui partagent une de nos valeurs les plus précieuses: le français.

C’est bien là le pire des racismes que nous nous imposons: nous rejetons non seulement ce que nous sommes, mais nous tournons le dos aux Haïtiens, nous coupons le lien filial, fraternel, qui nous unit à Haïti et nous renions, nous aussi, ce que nous sommes, ouvrant la porte aux pires aberrations dont l’histoire haïtienne est si riche.

Aider les Haïtiens en français, c’est bien plus qu’un choix personnel; c’est celui de la fierté et de la reconnaissance d’un héritage commun porteur d’espoir pour le futur.

Entre deux peuples dépossédés, l’un par les puissances étrangères, l’autre par l’État canadien, on devrait pouvoir se comprendre dans ce qui représente le mieux nos spécificités: notre langue, notre français rapaillé, notre joual, notre créole, notre français déformé par les cicatrices de l’histoire, ces meurtrissures qui nous ont rendu plus fort.

Nous éloigner de cela, c’est nous condamner à la misère et à la dépossession qui sont le lot de tous les peuples en voie de disparition. Que ce soit par la pauvreté, amplificatrice des catastrophes naturelles, ou l’assimilation, ce racisme quotidien renie ce que nous sommes et ouvre la porte aux pires catastrophes.

Survivre, c’est s’attacher à nos valeurs et à notre langue. Survivre, c’est célébrer nos différences.

Ceux qui s’attachent à nuire à ce combat, quels qu’ils soient et où qu’ils vivent, font preuve de ce racisme ordinaire qui est celui des fats qui sont assis le cul bien au chaud dans leur prétention pendant que les autres luttent pour obtenir un minimum de considérations.  Et peu importe la grandeur de la cause qu’ils défendent, on ne verra toujours que la petitesse de leurs considérations.

Et ceux des nôtres qui acceptent de renier ce qu’ils sont, peu importe la grandeur de la cause, contribuent à la ruine des idées qu’ils prétendent défendre.

Aider Haïti, d’accord, mais pas au prix de renier notre langue et nos valeurs.

Quelle paix linguistique?
27 novembre 2009

Certains éditorialistes canadiens parlent du projet péquiste de renforcement des lois linguistiques comme étant une mauvaise idée parce que cela nuirait à la « paix linguistique ». Comme l’ont démontré les statistiques publiées hier, ce n’est plus seulement Montréal qui s’anglicise, mais également sa banlieue. Pire, la vitalité linguistique de l’anglais, dans la région de Montréal, surpasse celle de la plupart des villes et provinces canadiennes! Vous avez dit: paix linguistique?

paix

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Soit le tableau ci-bas: (( Source: Recensement Statistique Canada 2006. J’ai utilisé les mêmes municipalités qu’ici pour déterminer les villes de la couronne sud et de la couronne nord.))

Indice de vitalité linguistique (IVL) du français et de l’anglais dans diverses villes, banlieues et divisions de recensement au Canada

Ville/région IVL Anglais IVL Français Province IVL Anglais IVL Français
Laval 1.82 1.06 Nunavut 1.67 0.55
Montréal 1.48 1.09 Québec 1.29 1.03
Banlieues insulaires 1.31 0.92 Ontario 1.17 0.59
Couronne sud 1.21 1.03 Territoires du Nord-Ouest 1.17 0.45
Couronne nord 1.10 1.02 Colombie-Britannique 1.16 0.28
Total banlieues 1.33 1.03 Manitoba 1.18 0.44
Toronto 1.30 0.45 Alberta 1.12 0.32
Grand Vancouver 1.24 0.33 Territoire du Yukon 1.11 0.49
Division No. 6 (Alberta) 1.13 0.30 Saskatchewan 1.11 0.24
Peel (Ontario) 1.30 0.43 Nouveau-Brunswick 1.07 0.91
Division No. 11 (Alberta) 1.15 0.33 Nouvelle-Écosse 1.04 0.53
York (Ontario) 1.31 0.39 Île-du-Prince-Édouard 1.04 0.50
Ottawa (Ontario) 1.21 0.71 Terre-Neuve-et-Labrador 1.01 0.34

L’IVL se calcule en divisant, pour chaque langue, le nombre de ses locuteurs selon la langue d’usage par celui selon la langue maternelle. Un quotient supérieur à 1 signale une vitalité plus élevée; un quotient inférieur à un une vitalité plus faible. On peut parler de force d’attraction d’une langue, ou d’incitatif à la parler, selon la force de l’IVL.

Les résultats sont spectaculaires. La vitalité de l’anglais en banlieue de Montréal, avec un résultat de 1.33, est à la fois plus élevée que celle de toutes les provinces canadiennes (sauf le territoire du Nunavut), mais également que les sept divisions de recensement les plus populeuses au pays (à l’exception de Montréal)! Pire: Laval, avec un indice de 1.82, est de loin l’endroit au Canada où l’anglais se porte le mieux, suivi de près par Montréal elle-même. Dit autrement: on a davantage de chance de conserver sa culture anglophone à Laval, Montréal et sur la rive-sud qu’à peu près partout ailleurs au Canada! Et ce phénomène n’est pas que montréalais: l’IVL de l’anglais pour l’ensemble du Québec atteint 1.29. Le Québec est donc la province ou territoire où l’anglais se porte le mieux, immédiatement après… le Nunavut!

Évidemment, la vitalité de l’anglais ne signifie pas automatiquement la faiblesse du français. Les langues tierces ont tendance à se maintenir beaucoup plus longtemps dans le reste du Canada qu’au Québec, où les immigrants s’identifient assez rapidement soit au français, soit à l’anglais. Ainsi, un francophone aura tout de même plus de chance de conserver sa langue et sa culture à Laval, avec un IVL du français de 1.06, qu’à Ottawa, avec un IVL du français de 0.71.

Par contre – et c’est le point important – le fait que l’IVL des deux langues soit en progression constitue un indicateur de lutte pour la francisation des nouveaux arrivants. Quand deux langues progressent à la fois, c’est le signe d’une féroce compétition où il n’y a pas clairement de langue commune établie. En d’autres mots: sur papier, le français est la langue commune partout au Québec, mais statistiquement, l’anglais constitue une langue plus attractive pour un nombre assez important de personnes pour que cette langue surpasse la langue officielle de notre nation.

Dans un contexte normal, comme on peut le constater pour les autres provinces, il y a une langue commune qui progresse (IVL au-dessus de 1) et les autres langues régressent (IVL inférieur à 1); il s’agit d’un processus normal d’assimilation des nouveaux arrivants à la langue commune. Mais au Québec, et plus spécifiquement à Montréal et dans sa banlieue, l’assimilation vers la langue commune se fait de plus en plus difficilement. Au fur et à mesure que l’IVL de l’anglais augmente, on crée donc une formidable tension sur la langue française, qui doit résister pour assurer son maintien au-dessus du seuil de renouvellement de « 1 ». Plus la vitalité et l’attirance de l’anglais augmentent, plus il devient difficile de maintenir le français au-dessus de ce « 1 » fatidique. Les deux langues sont en conflit.

La paix des lâches

Dans ce contexte, on peut difficilement parler de paix linguistique. Une paix négociée, acceptée, se retrouve dans un certain statu quo faisant le bonheur des deux partis. Actuellement, ce statu quo n’existe pas. Les francophones sont maintenant minoritaires à Montréal, où le français y régresse de manière spectaculaire, les banlieues s’anglicisent plus rapidement que la métropole au niveau de la langue maternelle, le nombre de nouveaux locuteurs anglophones dans ces mêmes banlieues explose et l’indice de vitalité linguistique démontre un profond déséquilibre des forces des deux langues.  Hier c’était Montréal, aujourd’hui ce sont les banlieues, et demain ce seront les régions.

Qu’on parle de paix linguistique, de nécessité d’attendre avant d’agir ou qu’on parle de peur injustifiée tant qu’on voudra, les faits sont là. Le français recule, certaines villes de banlieue sont encore plus attractives pour les anglophones que la ville-centre, et de tels résultats ne peuvent rien indiquer de positif pour l’avenir du français au Québec. Cette situation ne peut conduire qu’à une vitalité croissante de l’anglais, au fur et à mesure qu’on bilinguise les commerces et qu’on force les Québécois à parler l’anglais dans leur quotidien, sous peine de ne pas se faire engager ou de se faire congédier.

Quand on est à genoux, le couteau sous la gorge avec le village qui brûle derrière soi, on n’est pas en paix. On est vaincu.

Banlieue: la défrancisation tranquille
26 novembre 2009

Il y a quelques semaines, j’écrivais un billet démontant le mythe de l’exode des francophones de Montréal vers la banlieue. À écouter certains, il aurait suffit de redonner le goût de Montréal aux francophones en y plantant des arbres et en y inaugurant des parcs pour qu’ils quittent une banlieue soi-disant hyper-francophone et reviennent dans la métropole. J’ai utilisé les chiffres de Charles Castonguay pour détruire cette idée: entre 2001 et 2006, la population de langue maternelle française a connu une croissance de 4,7% dans la banlieue montréalaise, contre 16,4% pour celle anglaise. Mais il me fallait aller plus loin.

defrancisation-banlieue

Source de l’image

Ainsi, dans un soucis de transparence, je me suis demandé si les statistiques iraient dans le même sens si on ne prenait pas la langue maternelle comme référence, mais plutôt la langue utilisée à la maison. Il me semblait que dans un contexte où nous recevons plus de 50 000 immigrants chaque année et où nous espérons en franciser la vaste majorité, la langue de naissance était moins importante que la langue utilisée aujourd’hui dans son quotidien le plus intime, chez soi. On peut baragouiner le français en public ou être né dans une famille francophone, mais la vraie langue, celle qui compte, celle qui nous transporte et qui est réellement vivante, c’est celle qu’on parle chez soi.

Les résultats sont tout aussi définitifs: la banlieue s’anglicise presque aussi rapidement que la ville. Il n’y a donc pas d’exode des francophones de Montréal, mais une anglicisation généralisée de toute la région.

Observez le graphique ci-bas. (( J’ai utilisé la même méthode que dans ce billet. J’ai distribué au pro-rata de chaque langue les résultats des réponses multiples. Tous les chiffres proviennent des recensements de 2001 et 2006 de Statistique Canada. J’ai calculé les statistiques en tenant compte des fusions et défusions municipales.)) (Vous pouvez également consulter les données brutes qui m’ont permis de faire ce tableau)

2001 2006 2001-2006 2001-2006 2001-2006
Nom de la municipalité ou de la région Pourcentage de la population parlant français à la maison* Pourcentage de la population parlant français à la maison* Différence entre les pourcentages de locuteurs français*
Croissance totale des locuteurs de langue anglaise Croissance totale des locuteurs de langue française
Couronne sud
Boucherville 96.7% 96.4% -0.3% 2.7% 7.6%
Brossard 60.4% 56.2% -4.2% 6.9% 1.5%
Candiac 82.8% 83.7% 0.9% 21.2% 26.4%
Châteauguay 67.2% 66.3% -0.9% 0.3% 2.2%
Delson 94.9% 90.2% -4.7% 84.8% -1.6%
La Prairie 93.8% 92.2% -1.6% 9.7% 14.6%
Longueuil 88.3% 85.1% -3.2% 4.8% -2.6%
Notre-Dame-de-l’Île-Perrot 77.0% 72.0% -5.0% 37.2% 8.7%
Saint-Bruno-de-Montarville 85.9% 86.6% 0.7% 19% 0%
Pincourt 59.9% 54.6% -5.3% -8.2% 4.2%
Saint-Constant 93.5% 93.0% -0.5% 13.7% 6.4%
Sainte-Catherine 94.6% 95.4% 0.8% -25.9% 2.2%
Sainte-Julie 98.1% 98.2% 0.1% -34.0% 9.8%
Varennes 98.9% 98.6% -0.2% 7.3% 6.0%
Vaudreuil-Dorion 83.1% 74.5% -8.6% 67.6% 15.4%
Vaudreuil-sur-le-Lac 86.1% 73.9% -12.3% 185.0% 24.7%
Laval 78.8% 73.4% -5.4% 30.0% -0.3%
Couronne nord
Blainville 96.2% 94.8% -1.4% 90.1% 27.4%
Boisbriand 89.2% 90.4% 1.2% -5.6% 0.1%
Bois-des-Filion 97.7% 98.0% 0.3% -42.4% 10.0%
Deux-Montagnes 77.6% 77.8% 0.2% -4.4% 1.7%
Lorraine 88.9% 88.5% -0.4% 2.0% 0.9%
Mascouche 96.8% 96.2% -0.5% 19.1% 14.7%
Repentigny 98.8% 97.4% -1.3% 69.3% 3.8%
Rosemère 78.3% 78.4% 0.0% 9.7% 7.2%
Sainte-Anne-des-Plaines 99.3% 97.6% -1.8% 87.5% 0.1%
Sainte-Marthe-sur-le-Lac 95.2% 92.7% -2.5% 66.3% 25.2%
Sainte-Thérèse 95.1% 94.8% -0.3% 20.3% 3.9%
Saint-Eustache 96.2% 95.3% -0.9% 15.7% 2.8%
Terrebonne 98.0% 96.4% -1.5% 60.4% 15.4%
Banlieues insulaires
Baie-d’Urfé 17.4% 15.4% -1.9% 3.0% -10.2%
Beaconsfield 22.1% 24.0% 1.9% -3.7% 7.9%
Côte-Saint-Luc 13.1% 14.0% 0.9% -1.7% 11.1%
Dollard-des-Ormeaux 18.7% 16.1% -2.6% 1.1% -11.5%
Dorval 32.1% 29.4% -2.7% 2.2% -5.2%
Hampstead 12.7% 12.4% -0.3% 1.9% -1.2%
Kirkland 22.2% 20.6% -1.6% 3.4% -6.0%
Mont-Royal 48.6% 49.9% 1.2% -5.2% 2.6%
Montréal-Est 93.0% 91.3% -1.7% -15.2% 5.0%
Montréal-Ouest 13.9% 12.8% -1.2% 6.4% -7.9%
Pointe-Claire 21.0% 19.9% -1.1% -1.0% -1.7%
Sainte-Anne-de-Bellevue 43.7% 39.5% -4.2% 11.7% -2.9%
Senneville 41.3% 36.2% -5.1% 12.4% -13.0%
Westmount 18.7% 20.1% 1.4% -3.5% 8.3%
Couronne sud 84.5% 82.0% -2.6% 9.2% 2.7%
Laval 78.8% 73.4% -5.4% 30.0% -0.3%
Couronne nord 95.0% 94.2% -0.8% 19.1% 9.6%
Banlieues insulaires 23.8% 23.1% -0.7% 0% -1%
Montréal 62.0% 59.6% -2.4% 4.4% -1.8%
Total des banlieues rapprochées 77.0% 75.0% -2.0% 7.6% 4.2%

*Données comprenant les réponses multiples distribuées au pro-rata des réponses francophones et anglophones.

Malgré quelques gains très localisés, on constate un recul généralisé du français dans les banlieues, principalement à Laval. Dans cette ville, l’anglicisation est spectaculaire: baisse de 5% du nombre de personnes parlant le français à la maison en cinq ans, et une croissance de 30% de la population anglophone! À ce rythme, les francophones seront minoritaires dans l’Île-Jésus vers 2026. Dans la couronne sud, la situation n’est guère beaucoup plus réjouissante. Une croissance très modeste de 2,7% de la population francophone, contre 9,2% pour les anglophones!

En fait, seules les banlieues sur l’île de Montréal n’enregistrent pas de perte majeure quant au français. Si on habite la métropole et qu’on désire vivre dans un endroit où le français progresse, il faut viser Beaconsfield, Ville Mont-Royal ou Westmount. Les gains du français y sont insignifiants en comparaison des pertes dans les autres localités de la région, mais un gain n’est-il pas un gain?

On le constate: ceux qui veulent résumer le problème linguistique à une question de qualité de vie ou de retour à la ville des francophones ont tout faux. Même si demain matin on rapatriait des dizaines de milliers de francophones à Montréal, il ne s’agirait que d’un trou supplémentaire dans la banlieue. C’est toute la région métropolitaine qui s’anglicise.

On a cru que les anglophones finiraient par se franciser lorsqu’ils quitteraient l’île, mais c’est le contraire qui s’est produit: ce sont les francophones qui s’anglicisent et qui contribuent à augmenter la tension linguistique sur des banlieues de plus en plus éloignées. Les anglophones, même s’ils sont ultra-minoritaires, réussissent à imposer leur langue partout où ils vont. Ils trouvent toujours un petit Québécois à-plat-ventriste pour leur parler en anglais.

Dans ce contexte, on ne peut que se réjouir de la création officielle, dimanche prochain, du Mouvement Montérégie français. Pour le moment, il s’agit d’un bien petit pansement sur l’hémorragie, mais il faut commencer quelque part. L’anglicisation progresse, le français recule, mais la résistance s’organise. Et, surtout, elle n’a plus peur de s’afficher.

À quand un Mouvement Laval français? Et surtout, à quand des Québécois assez fiers de leur langue pour avoir envie de la partager avec les nouveaux arrivants, de les aider à s’intégrer en leur parlant strictement en français?


AJOUT: Lysiane Gagnon perpétue, encore aujourd’hui, le mythe de l’exode des francophones de Montréal. Pourtant, les chiffres sont sans équivoque: la banlieue s’anglicise aussi rapidement que la ville-centre, ce qui démontre on-ne-peut-plus-clairement que ce n’est pas en « ramenant les jeunes familles à Montréal » qu’on empêchera l’anglicisation de la région, mais bien en prenant le problème de front et en s’attaquant à de qui permet à la langue anglaise d’être aussi vivace non seulement à Montréal, mais également en banlieue.

La gangrène politique
5 novembre 2009

Je lisais cet énième article démontrant les liens entres personnages politiques et entreprises de construction. Sur une photo, on voyait l’ancienne ministre Jérôme-Forget poser fièrement à côté de la fille de Tony Accurso et de deux secrétaires-trésoriers de la FTQ-Construction. Je me suis demandé: existe-t-il un seuil de scandales à partir duquel on devient insensible? S’habitue-t-on réellement à une réalité aussi médiocre?

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Source de l’image

Peut-être que oui. Ça m’a fait penser à un roman de Stephen King où une femme menottée qui, devant la menace de crever de faim et de soif, s’enfonce un morceau de vitre dans le poignet, s’arrache la moitié de la main avant de tirer bien fort sur celle-ci et d’observer sa peau se peler contre la menotte et exposer sa chair à vif. Il arrive un moment où, dans toute l’opération, la douleur devient une information comme une autre. Où le cerveau, las des signaux de détresse répétés envoyés par les nerfs, décide de fermer boutique. « Bon, ok les nerfs, on vous a assez entendu pour aujourd’hui! » La douleur existe toujours, mais ce n’est qu’une information comme une autre. Une nouvelle en page B-8.

Or, c’est un peu ce qui semble en train de se produire avec les scandales de collusion et de corruption. Les révélations sont toujours aussi percutantes, toujours autant inquiétantes, mais une certaine lassitude semble s’être emparée des citoyens. Un accablement, ou peut-être une certaine résignation. Comme si on avait décidé de sacrifier sa main dans la menotte et qu’on ne voulait pas perdre davantage d’énergie à la sauver. Comme si, épuisés de s’être tant indignés en vain depuis des semaines pour voir le même insignifiant jouer les naïfs à l’Hôtel de ville de Montréal et les mêmes élites politiques tenter de noyer le poisson, les citoyens avaient décidé de lâcher prise. D’abandonner le moignon ensanglanté d’où dégoulinent nos idéaux.

On se croyait beau, on se croyait fin, on se croyait civilisé. On se croyait à l’abri. La corruption, les enveloppes brunes, la mafia, c’était bon pour la Sicile ou le Mexique. Ou en Russie, ou en Chine. Ou même aux États-Unis. Ici, pas de question, pas de de problème, tout allait bien! On s’acoquinait ouvertement avec des entrepreneurs privés, on donnait les contrats à qui mieux-mieux, on se faisait gratter le dos pendant qu’on graissait la patte d’un autre. « Pas pwoblême, missié! »

Il est peut-être temps de faire face à la réalité: notre système n’est pas davantage protégé des fausses sirènes aux enveloppes brunes que n’importe quel autre. Et plus on ouvre la porte aux entrepreneurs privés pour qu’ils fassent le travail que nous ne voulons pas faire faire par des employés de l’État, plus les risques de corruption sont élevés. Nous avons besoin d’un État fort et ultra-vigilant pour retenir ce magma abject qui s’égoutte au-dessus de nos têtes et qui transforme notre ville et notre province en la risée puante de la planète.

Car quand les citoyens eux-mêmes ne réagissent plus à cette gangrène qui grignote insidieusement la plaie ouverte de nos institutions, quand les électeurs ne bronchent même plus lorsqu’on leur annonce qu’une partie d’eux-même est en train de pourrir et que tout le corps risque d’y passer si rien n’est fait, c’est d’un électrochoc dont nous avons besoin. Un puissant cri en pleine face du patient: « MONSIEUR VOUS ALLEZ MOURIR SI ON NE VOUS AMPUTE PAS! ».

Ce hurlement, cet électrochoc nous tirant de notre torpeur, porte un nom: une commission d’enquête publique.

Vous trouvez l’image ci-haut dégoûtante? Moi aussi. Mais ce dégoût n’est rien en comparaison de ce que m’inspire le Parti Libéral du Québec avec son refus obstiné de faire la lumière sur toutes ces malversations et d’enfin amputer la partie infectée de ce système déficient.

Sur le coup, une enquête, une amputation, ça fait mal. Mais c’est toute la confiance des citoyens en leurs institutions qui risque d’être détruite pour très longtemps si on ne l’organise pas.

Et ça, c’est pire que tout. Ça ouvre la porte aux pires dérives.

La ville-monde
24 octobre 2009

À une semaine des élections municipales, je ne sais toujours pas pour qui je vais voter. En fait, je suis perdu comme un étranger téléporté dans une ville du bout du monde et aux individus parlant une langue qui me serait incompréhensible. Plus je lis les programmes des trois partis qui s’affrontent dans mon district, plus je me sens étranger. Étranger dans ma propre ville. Oublié par des partis municipaux empêtrés dans leurs dogmes multiculturels et insensibles à la réalité la plus criante de toutes: l’anglicisation de notre ville. La dépossession de notre ville. Cette métropole qui fut la nôtre et qui, de jour en jour, devient celle des anglophones et des allophones.

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Bravo, M. Bergeron, pour vos projets verts! Bravo pour vos connaissances en urbanisme! Bravo Mme. Harel pour votre désir de « redémarrer Montréal » et d’y assainir la vie publique! Mais une ville, est-ce seulement une question d’urbanisme et d’intégrité? Du béton et des hommes, voilà tout? Ça ne me plaît pas. Ma ville, c’est bien davantage que cela: c’est un endroit où cohabitent des gens partageant certains idéaux et certaines valeurs. Un regroupement géographique d’humains désireux de se créer un sens commun. Et ce sens, ces valeurs, ce sont les valeurs québécoises: le français, l’égalité des sexes, la laïcité.

Alors, quand je lis, dans le programme de Projet Montréal, que notre ville devrait être entre les mains de « toutes les communautés [culturelles] qui la composent », que « Montréal est le prototype de la ville-monde du XXIe siècle » qui doit accepter une « collaboration mutuelle et d’interculturalité, en résistant à la tentation du repli sur soi », je décroche. Purement et simplement. Je ne peux pas voter pour ça.

À mes yeux, ce concept de « communauté culturelle » ne constitue pas un élément à glorifier ou qui devrait nous rendre fier. C’est plutôt notre incapacité à intégrer adéquatement les immigrants qui a permis à ceux-ci de vivre ici pendant des années sans finir par adopter nos valeurs. Disons les vraies choses: le but, à terme, est d’intégrer les immigrants. Le but, le vrai, c’est qu’un jour ils écoutent les Cowboys Fringants ou Tout le monde en parle, qu’ils regardent du cinéma québécois et qu’ils participent à notre futur collectif en tant que Québécois. Oui, ils peuvent apporter leur spécificité, mais à terme, celle-ci doit finir par se fondre dans notre identité commune au lieu de rester cachée dans un quelconque ghetto du boulevard St-Laurent.

La ville-monde dont parle Projet Montréal, elle ne m’intéresse pas. Je préfère une ville francophone de classe internationale où le français et l’identité québécoise servent de ciment à la vie commune. Paris, Londres, New York; des villes où existe principalement une langue commune et où les identités multiples corésident dans le respect de cette langue et des valeurs du pays. Mettre le sort de la ville entre les mains de « communautés culturelles » constituant surtout des entité réfractaires à l’intégration m’apparaît tout aussi déficient que de donner le pouvoir aux élèves de la maternelle.

Une ville, au-delà du béton, constitue un formidable terreau permettant aux cultures de se mélanger et d’offrir une vivacité, une richesse rayonnant bien à l’extérieur de ses limites géographiques. Mais tout comme une plante ne pourrait grandir sainement dans un petit tas de terre éparpillé sur la table de la cuisine, il faut lui donner des bases solides, lui donner un récipient. Ce récipient, ce pot, c’est notre culture, nos valeurs, cette base permettant à la plante de nos aspirations de croître et d’embellir tout notre pays. Si on laisse les nouveaux arrivants et les anglophones décider à notre place, on obtient une situation cacophonique, un chaos où la cohésion sociale a cédé le pas devant le porridge multiculturaleux d’un fourre-tout empêchant de donner un véritable sens à notre ville.

Alors non, je ne sais pas pour qui voter. Les trois principaux partis politiques ont adopté une vision réductrice et dangereuse de la politique municipale. Ils ont édulcoré leur nécessaire rôle de gardiens des valeurs québécoises et ont relégué l’enjeu de la langue française, devenue minoritaire sur l’île, au rang de sous-catégorie de la diversité culturelle, une petite merde de mouche ne valant même pas la peine qu’on s’en occupe.

Oui, Projet Montréal, malgré ses candidats ne respectant pas le caractère francophone de Montréal, constitue une option intéressante. Mais voilà, justement, il n’y a rien de plus important, à mes yeux, que notre survie collective. Et Projet Montréal, autant que les autres partis – et peut-être même davantage que Vision Montréal, dont on connaît les convictions francophiles de Louise Harel – nuit à la nécessaire francisation des immigrants en lançant le message que Montréal ne constitue pas une ville francophone par choix, mais simplement par histoire, et que le français ne devrait pas avoir plus d’importance que les autres composantes linguistiques ou culturelles de Montréal. Bref, c’est une sorte de trudeauisme, de canadianisation de Montréal qu’espère imposer Projet Montréal: les francophones ne seraient plus qu’une ethnie parmi d’autres au sein de cette ville-planétaire.

On me répète que l’enjeu est éthique. Que c’est l’éléphant dans la pièce. Que je devrais me boucher le nez, trahir mes idéaux et voter Projet Montréal. Que je devrais accepter que des anglophones irrespectueux du caractère francophone de Montréal soient élus sous prétexte qu’il y a aurait un tramway ou quelques parcs supplémentaires dans leur ville-cosmique. Non, je ne crois pas.

À choisir, entre une métropole québécoise et corrompue et une ville-intersidérale peinturée en rose-bonbon où les Québécois seraient relégués au rang d’ethnie parmi d’autres, je choisis la première option. J’aime mieux avoir un chez-moi bien sale et dégueulasse que d’habiter dans la grosse baraque proprette de mon voisin et d’avoir à m’excuser de péter à tous les matins en me levant.

Je rêve du jour où les Québécois auront les couilles de se donner une ville réellement francophone et de ne pas avoir peur d’imposer leur culture. Dans le respect des autres, oui, mais de l’imposer tout de même, comme ça se fait partout ailleurs sur la planète chez les peuples qui possèdent un minimum de fierté.

En attendant, et dans l’espoir qu’un jour les Québécois se feront respecter au niveau municipal, je risque d’annuler mon vote le 1er novembre prochain. C’est triste, mais je vote en respectant mes idéaux.

C’est encore l’essence de la démocratie. Cette valeur-là, au moins, on peut encore la conserver…