Corruption: où sont les manifestants?
28 novembre 2009

Que le gouvernement Charest ne veuille toujours pas d’une enquête publique sur la corruption dans le milieu de la construction, on peut comprendre. Qui sait ce qu’on trouverait sous cette lourde pierre immobile d’un parti traditionnellement plus près des milieux d’affaires que des petites gens? Cela, on le comprend. Ce qui inquiète, par contre, c’est que les éditorialistes et quelques organisations diverses soient les seuls à réellement la demander. Les gens ordinaires, les artistes et les activistes, ils ne descendent pas dans la rue pour ces choses.

corruption

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Pourtant, en février 2004, ils étaient plus de 4000 dans les rues de Montréal à manifester contre le projet du Suroît, à Beauharnois, où le gouvernement voulait construire une centrale thermique. À cette manifestation, organisée par la coalition Québec « vert » Kyoto, étaient présents la Coalition québécoise contre la pollution atmosphérique, Nicolas Reeves, le fils du scientifique Hubert Reeves, l’Union des consommateurs, le Collège des médecins en médecine familiale, le groupe de musique les Cowboys Fringants…

Et pourtant, en avril 2006, ils étaient près de 12 000 à manifester contre le projet de privatisation partielle du Mont-Orford, dont un proche du Parti Libéral devait obtenir la propriété. La manifestation avait été organisée par la Coalition SOS Parc Orford, où se sont regroupés l’Association de préservation du lac Magog, l’Association des propriétaires riverains du lac Bowker, l’Association pour la protection de l’environnement du lac Orford, l’Association pour la protection de l’environnement du lac Stukely, la Fondation Marécage Memphrémagog, la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), le Club de conservation chasse et pêche, le Conseil régional de l’environnement de l’Estrie (CREE), les Amis du parc du Mont-Orford, Memphremagog Conservation Inc. et Nature Québec. Des dizaines d’artistes ont dénoncé le projet; Richard Séguin a même écrit une chanson en l’honneur du Mont-Orford sur son dernier album.

L’air pour le Suroît, l’eau, la terre, la nature pour le Mont-Orford. Voilà des thèmes qui inspirent, qui regroupent les écologistes, qui font rêver les artistes, qui mobilisent les foules. Mais quand la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) perd 40 milliards de dollars, ou quand on soupçonne que les soumissions sont systématiquement gonflées pour payer les amis du parti et que le gouvernement s’est engagé à dépenser 42 milliards de dollars, en PPP, pour rebâtir nos infrastructures, où sont les citoyens? Où sont les organisations, les coalitions, les artistes, les amis du peuple et les bons camarades du plateau Mont-Royal? Les chiffres ne sont pas vendeurs. Quarante milliards par ci, quarante-deux milliards par là; ce ne sont que des chiffres, non?

Non.

Au-delà des chiffres, il y a la richesse produite par les Québécois et la capacité de s’en servir à bon escient.

Ainsi, combien de centrales éoliennes, hydro-électriques ou solaires, pouvant produire de l’énergie propre, pourrait-on construire avec une quarantaine de milliards de dollars? Quel magnifique et gigantesque parc ne pourrait-on pas s’offrir avec la même somme? Mais ça, on ne le voit pas. Ou on l’oublie.

On part du principe que l’argent gouvernemental sert soit à baisser les impôts, soit à payer les programmes. On s’est enchaînés dans une logique défensive où on a oublié jusqu’à la possibilité que l’argent – notre argent – puisse servir à améliorer notre vie commune. On préfère s’attacher à un tronc d’arbre pour éviter qu’il ne soit coupé au lieu de se battre pour qu’on puisse en sauver dix.On préfère se battre pour que le gouvernement réduise les cibles de CO2 pour Kyoto plutôt que de se demander ce qu’il aurait pu faire comme progrès écologiques avec une quarantaine de milliards de dollars. On a évacué le domaine des chiffres pour les laisser aux comptables. Et les comptables, eux, ils calculent, sans se soucier de nos besoins.

En fait, l’absence de mobilisation de masse contre les pertes de la CDPQ ou contre la corruption possible du gouvernement ne constitue qu’un signal supplémentaire de la résignation des citoyens quant à leur capacité à opérer un réel changement dans le système. Empêcher la construction d’une centrale thermique, bloquer la privatisation d’un parc, d’accord, mais tant qu’on ne touche pas aux véritables enjeux, aux grosses sommes d’argent. Déstabilisés par un jeu politique qu’on ne comprend plus, on bouge au pièce par pièce, n’attendant qu’un morceau offrant assez de poigne pour s’y accrocher jusqu’à l’excès. Pendant ce temps, la roue continue de tourner.

Et si, pour une fois, on osait changer l’ordre des choses? Et si on descendait dans la rue et qu’on ne se contentait pas d’un petit changement pour nous attendrir, mais qu’on remettait en cause une façon de fonctionner où notre gouvernement semble s’acoquiner avec des entreprises privées pour gaspiller notre argent en faveur d’entreprises corrompues nous offrant des services de moindre qualité et trop chers?

Avant de penser à hausser nos tarifs et impôts ou de couper nos services, il faudrait peut-être s’assurer que notre gouvernement gère notre argent avec la même hardiesse que celle qu’il emploie pour défendre ses amis du privé.

Et pour qu’il le fasse, il devra être forcé de le faire. À la vie comme en politique, tout est question de rapport de force.

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L’orphelinat politique
6 novembre 2008

L'orphelinat politiqueJe ne voulais pas écrire un billet où je m’en prends à Mario Dumont; j’ai presque bâti ma réputation de blogueur en le démolissant et, honnêtement, en ce moment je l’ai un peu pris en pitié. Soyons réalistes: Dumont a raté son coup, son parti s’en va nulle part, ses députés le quittent, et il en est rendu à proposer des mesures désespérées pour espérer attirer l’attention médiatique sur son parti, tel un enfant turbulent qui met son caca sur les murs pour que ses parents s’occupent de lui. (Mario Dumont mérite-t-il une meilleure comparaison, lui qui parlait de ses ex-députés en disant, à la télévision, que ceux-ci « faisaient dans leurs culottes »?) Dernière stupidité en liste: sa proposition de privatisation partielle d’Hydro-Québec.

Comment ne pas s’étonner que du flot quasi-ininterrompu de conneries qui peuvent émaner de sa bouche, Mario Dumont puisse encore trouver l’imagination nécessaire pour débiter de telles aberrations? Hydro-Québec est, avec la SAQ et quelques autres entreprises publiques ou semi-publiques, un fleuron québécois, apportant des milliards $ à chaque année à l’État. Vouloir privatiser, même partiellement, une entreprise aussi rentable relève d’une stupidité innommable et d’un manque flagrant de vision à long terme; pense-t-on sérieusement à se chauffer tout l’hiver en utilisant le bois de la galerie? Mais que ferait-on ensuite, le printemps venu? Quand des entreprises sont aussi rentables que Hydro-Québec ou la SAQ, on doit les conserver, car ces profits profitent à tous.

Ceci dit, quelle alternative y a-t-il à Dumont? Veut-on sérieusement élire un Jean Charest qui nous a démontré son incapacité à être à l’écoute de la population lorsqu’il est majoritaire? Les écoles juives, le Suroît, la privatisation du Mont-Orford, les hausses des frais de scolarité, ça vous dit quelque chose?

Et Pauline Marois; veut-on vraiment d’une vieille bourgeoise hautaine et prétentieuse pour diriger le Québec? Marois représente la continuité directe de Lucien Bouchard et de ses politiques de droite qui ont transformé le parti en un clone soi-disant souverainiste du Parti Libéral. En ce moment, tant l’ADQ, le PLQ et le PQ proposent des « solutions » de droite, et ce ne sont pas les mesures d’aides aux entreprises proposées par le PQ ce matin qui me feront changer d’idée (notons au passage que l’appui à l’offre, comme le propose le PQ, est une des vieilles stratégies de la droite et que cette stratégie s’est avérée inefficace lors de la grande crise des années 30).

Conséquemment, que reste-t-il pour le social-démocrate indépendantiste que je suis? Pas grand chose. À la limite, si le PQ ne s’était pas débarrassé de son idéologie souverainiste, j’aurais pu voter pour ce parti de droite en me bouchant le nez. Mais désormais, je n’ai plus aucun intérêt à donner mon appui à celui-ci.

Mes idées n’ont jamais changé, ni même mes valeurs, mais le virage à droite du PQ m’a en quelque sorte expulsé du champ des principaux partis politiques, un peu comme furent laissés orphelins les militants de centre-gauche quand le Parti Démocrate états-unien ou le Parti Travailliste britannique laissèrent tomber leurs thèmes de redistribution de la richesse et de lutte contre des élites s’appropriant les richesses collectives pour embrasser les dogmes néolibéraux. Le Parti Québécois préfère-t-il plaire aux idéologues de droite de La Presse plutôt que d’aller chercher mon vote?

Ainsi, je vais probablement voter pour le Parti Indépendantiste aux prochaines élections si celui-ci peut se sortir de sa grogne interne des derniers mois. Sinon, je risque de voter pour un indépendant ou un parti encore plus marginal. Pour une rare fois, je trouve difficilement ma place sur l’échiquier politique; on a jugé que mes positions ne valaient plus la peine d’être défendues, et moi je décide que ces partis qui m’ont tourné le dos ne méritent pas mon vote.

Car je suis social-démocrate et indépendantiste, donc je ne suis pas péquiste. Je ne suis pas prêt à me boucher le nez pour un parti à peine moins pire que l’ADQ et dirigé par une vieille matante qui a autant de charisme que ma table de cuisine. Et Québec Solidaire? Il est hors de question que je vote pour un parti imposant un quota de femmes chez ses candidats; je suis pour l’égalité des sexes et je crois qu’on doit choisir quelqu’un en fonction de ses idées et pas de son sexe ou de sa race.

Alors, bref, je suis orphelin. On ne veut pas de mon vote. Suis-je le dernier social-démocrate indépendantiste au Québec?

Des condos dans les îles?
5 juin 2007

Pour ceux qui ne le savent pas, le parc des îles de Boucherville est un des parcs nationaux les plus fréquentés au Québec. Situé en plein coeur du Saint-Laurent, il s’étend du pont-tunnel jusqu’à Varennes, et il comporte de nombreuses îles, de même qu’un réseau cyclable permettant de faire du vélo le long des berges. On peut aussi y faire du kayak, du canot, du pédalo, ou y jouer au golf, ou faire un pic-nique. Et c’est aussi probablement le dernier endroit dans la couronne de Montréal où on y trouve des cerfs en liberté. Voilà un parc qu’il conviendrait de choyer et de protéger.

Pourtant, on projette de construire 2500 unités de condos juste à son entrée, sur l’île Charron, sur un terrain vendu par Desjardins pour la somme de 350 000$.

Même si cette construction ne se ferait pas dans le parc lui-même, elle se ferait dans une zone tampon entre l’entrée du parc et l’autoroute. En d’autres mots, même si on ne coupe pas dans le parc officiellement, on détruirait une grande partie de la beauté sauvage de l’endroit pour y installer des condos luxueux repoussant encore davantage la limite de la nature et les animaux des îles. Mais surtout, on enlèverait la chose la plus précieuse du parc: sa naturalité.

En effet, ce qui est bien avec le parc des îles de Boucherville, c’est qu’on a vraiment l’impression d’être ailleurs quand on y est. On a peine à croire que Montréal est à 2-3 km.; on se croit dans la vraie nature. On se promène, on regarde la rive invitante du vieux village de Boucherville, on traverse vers l’île Grosbois sur le bac-à-sables, et presque partout où on regarde on ne voit que nature ou beauté.

Mais qu’en serait-il avec des tours à condos constamment dans le champ de vision? D’affreuses constructions carrées perçant l’horizon, attirant le regard, rappelant aux visiteurs leur triste destin de petites gens urbaines coincées par le béton et le bitume. N’est-ce pas de la pollution visuelle, polluant effectivement les gens qui sont dans le parc?

Voici une situation où le gouvernement Charest a une possibilité de se racheter pour sa tentative de privatisation au Mont Orford. L’ensemble des îles doit restée le plus sauvage possible. Oui, il y a déjà un hôtel, mais restons-en là. Inutile de rajouter des condos et d’autres constructions détruisant la nature et polluant l’horizon des gens.

Mais le gouvernement a-t-il seulement la volonté de s’attaquer au problème et de faire ce qui doit être fait, c’est-à-dire voter une loi, acheter le terrain et agrandir le parc? Et que doit-on attendre d’une ville comme Longueuil, qui a autrefois sacrifié tout son bord de l’eau pour y construire une route à six voies de large?

Dans un monde où la seule valeur qui compte est celle du profit et du « développement » économique, que vaut le respect d’un derniers espaces verts sauvage de la région immédiate de Montréal?

Budget: que fera Dumont du sondage?
4 juin 2007

Le tout dernier sondage CROP l’affirme sans détour: la position de l’ADQ lors des tribulations sur l’adoption du budget a été la moins appréciée des Québécois. Mais que fera Mario Dumont de ces résultats?

En effet, le chef adéquiste a toujours été très près des résultats de sondage, changeant souvent ses politiques à la petite semaine, navigant tantôt sur l’insatisfaction vis à vis du système judiciaire, ou sur le débat des accomodements raisonnables ou concernant le Mont-Orford. L’ADQ donne souvent l’impression d’un parti à la dérive, sans direction, à la remorque de la pensée magique du jour, du consensus du soi-disant « gros bon sens ». Le parti n’a que très rarement pris une position qu’il a respecté dans le temps. Et quand il l’a fait, ça lui a pété à la figure, comme cette fois-ci.

Les Québécois ne sont pas des idiots. On élit des gens pour gouverner, pas pour se cacher. Oui, le PQ a eu tort de ne présenter que trois députés lors du vote du budget, mais la position de l’ADQ était-elle plus congruente? Le parti n’a jamais attendu de voir le budget et a décidé de voter contre « par principe » alors qu’une négociation permettant entre autres des modifications et l’élimination des baisses d’impôts consenties aux plus nantis aurait été beaucoup plus constructive.

On dit que dans la vie il faut savoir choisir ses batailles. Pour une fois – peut-être une première fois – l’ADQ a décidé de tenir son bout et de ne pas changer sa position ou revenir sur ses politiques. Et c’est une bataille qu’elle a perdu et qui discrédite durablement le parti et sa capacité à vouloir coopérer dans un gouvernement minoritaire.

La désinformation de Gesca
23 février 2007


Vous rappelez-vous du débat des chefs de 2003? Charest avait utilisé une affirmation de Parizeau, sortie à la toute dernière minute, pour intimider le chef du PQ, Bernard Landry. Mais qui avait sorti cet article? Le groupe Gesca, qui appartient à Power Corporation, et qui a un agenda néolibéral bien connu (Power Corporation possède notamment la Great West Life Co., qui ferait des milliards $ si on privatisait la santé…), a été derrière cette opération.

Lire le texte: L’« affaire Parizeau » : Coup monté de Power Corporation ?

Nous revoici en campagne électorale, et Gesca nous refait le même truc, notamment sur Cyberpresse.

Tiens, aujourd’hui, le texte intitulé Vente du Mont-Orford : Boisclair reste vague. Quand on lit le texte, on se rend compte que Boisclair n’est pas vague du tout: la nouvelle est claire et sans équivoque, si le PQ est élu on ne va pas privatiser le Mont-Orford. C’est très clair. Mais plutôt que de se concentrer sur la nouvelle, Gesca préfère souligner le soi-disant vague très approximatif de petits détails sans importance pour lui nuire.

Hier, j’ai vu de nombreux exemple semblables, et j’aurais dû les noter car dans les archives les titres semblent avoir été changés. C’est assez subtil comme façon de procéder, mais en clair on prend une nouvelle « x » et on lui donne un titre temporaire qui favorise systématiquement le PLQ ou l’ADQ. Exemple: si Boisclair attaque Charest sur ses promesses en santé, on soulignera la « réponse cinglante de Charest » plutôt que l’attaque justifiée du premier.

Désinformation 101.

Voilà pourquoi les blogues sont importants. Dans un univers médiatique québécois monopolisé par les intérêts financiers, il est difficile de trouver une alternative au quotidien à ce rouleau-compresseur de la pensée unique.