Le PQ capitule
1 juin 2007

Drapeau blancLe PQ votera contre le budget, mais seulement 3 députés sur 36 se présenteront lors du vote, ce qui signifie en clair que le gouvernement libéral ne sera pas défait et que le Québec ne retournera pas en élections cet été.

Et qu’obtient donc le Parti Québécois pour accepter de ne pas défaire le gouvernement Charest? Presque rien! À peine plus de 150 millions $, et les baisses d’impôts aux plus nantis, consenties avec l’argent du déséquilibre fiscal, sont intactes. Bref, c’est une défaite sur toute la ligne pour le PQ et on se rend de plus en plus compte que le parti n’a jamais réellement eu l’intention d’aller en élection.

En terme de négociations, le PQ pourrait peut-être demander conseil à Jack Layton du NPD, lui qui avait obtenu des concessions de près de 4 milliards $ en 2005 du gouvernement minoritaire de Paul Martin. Ça, c’est de l’argent. Ça c’est un poids politique.

Mais manifestement, le PLQ n’a pas pris le PQ au sérieux et il semble qu’il a eu raison de le faire. C’était un beau bluff, un grand bluff, mais ça restait un bluff et ce n’est pas avec un tire-pois qu’on va à la guerre.

Malgré tout ceci, il y a un point positif pour le PQ. Cette crise a permis d’observer la fragilisation croissante du leadership de Jean Charest, de moins en moins appuyé par son caucus. Il s’agit cependant d’une piètre consolation pour un parti qui faisait du vote sur le budget une question de principe et qui savait que 70% de la population était opposée aux baisses d’impôts de Jérôme-Forget.

Pendant ce temps, Mario Dumont regarde et sourit. Il n’a rien gagné, mais il n’a rien perdu non plus. Il avait pris un grand risque en refusant de négocier avec les deux autres partis, mais il n’aura pas à payer le prix.

Bref, c’est une drôle de crise qui se termine. Une petite guerre où le perdant qui capitule risque de reprendre du poil de la bête avec un nouveau chef et où le gagnant voit son leadership menacé. On ne sait plus trop qui a réellement gagné.

On sait juste que le PQ a manqué une grosse occasion de respecter son programme et ses convictions et de se tenir debout devant l’intransigeance du gouvernement Charest.

Power Corporation aime le budget
26 mai 2007

Cyberpresse est un merveilleux outil pour s’informer de ce qui se passe en temps réel: l’information y est variée, souvent mise à jour, intéressante et pertinente. Cependant, et c’est un point important, le site appartient au réseau Gesca, qui lui appartient à Power Corporation, une des entreprises parmi les plus rapaces et influentes du Canada.

Ce n’est donc pas une grande surprise de trouver dans leurs pages une publicité de Monique Jérôme-Forget vantant son budget (en bas à droite dans l’image).

Évidemment, on rétorquera que c’est une entreprise privée et qu’elle peut mettre n’importe quelle publicité là où elle le veut. C’est vrai, mais il reste que la présence d’une publicité pro-budget à côté d’un texte assez complaisant avec le gouvernement Charest, sur le site appartenant à une corporation comme Power Corporation, qui risque de s’enrichir encore davantage avec l’élimination de la taxe sur le capital promise par la ministre, voilà qui est assez douteux d’un point de vue éthique et pose la question de la crédibilité d’un tel média.

Par ailleurs, même les éditorialistes contribuent au travail de glorification de ce pitoyable budget. Ainsi, on peut lire André Pratte affirmer:

Il n’y a rien d’irresponsable, de scandaleux, d’horrible dans ce budget. Absolument rien qui justifie la tenue d’élections précipitées – une dépense de 72 millions. Demandez à une famille monoparentale d’un enfant avec un revenu de 40000$ s’il est condamnable de réduire ses impôts de 360$ par an?

Ce que M. Pratte ne dit pas, c’est que le 360$ « sauvé » par une telle famille serait rapidement éliminé par les hausses de la SAAQ, des frais de scolarité, de la carte d’autobus, des parcomètres, etc. Et on ne parle même pas ici des projets de Claude Castonguay, nommé par le gouvernement pour étudier le système de soins de santé, qui désire mettre fin à la gratuité dans le réseau. Que reste-t-il de ce 360$ après toutes ces dépenses? Par contre, une personne comme M. Pratte, qui gagne très certainement bien au-delà de 100 000$ par année, profite largement de ces baisses d’impôts octroyées aux plus riches.

Ainsi, on le constate, il y a un véritable problème de crédibilité sur Cyberpresse. Le fait que l’entreprise appartienne à une corporation qui profite largement de politiques économiques plus libérales et que les textes d’opinion soient écrits par des éditorialistes au salaire assez élevé pour leur permettre de faire partie des privilégiés de ce budget, voilà qui vient mettre un gros bémol à l’idée même de se donner la peine de lire ce qui s’y écrit sur le sujet.

Au fond, peut-être était-ce la stratégie du gouvernement Charest? On offre des baisses d’impôts, mais en les ciblant sur les plus riches, on s’assure le soutien d’entreprises qui jonglaient avec l’idée d’appuyer l ‘ADQ, parti théoriquement plus à droite, et on est certain que des éditorialistes grassement payés relaieront le message puisqu’ils ont un intérêt personnel à appuyer ce budget.

Devant la partialité et le manque de crédibilité de tels médias, il devient de plus en plus vital d’avoir des sources d’informations alternatives, non pas guidées par le profit, mais par le désir de bien informer les gens.

Comme un coup de canon
25 mai 2007

La décision du Parti Québécois de voter contre le budget de Monique Jérôme-Forget est comme un coup de canon dans un ciel bleu; personne ne l’avait vu venir. L’ADQ avait déjà annoncé qu’elle s’opposerait au budget; elle espérait ainsi dépeindre les deux autres partis comme étant de vieux partis hostiles à ses propositions. Et le PLQ comptait sur la désorganisation du PQ pour s’assurer du soutien de celui-ci – ou de son abstention – afin de faire passer son budget. Mais c’était sans compter sur l’effet Marois.

En effet, depuis qu’il devient de plus en plus évident que Pauline Marois sera le prochain chef du Parti Québécois – et qu’un sondage ait donné 40% des intentions de vote au PQ avec elle à sa tête – le PQ se retrouve dans une situation beaucoup plus avantageuse qu’il y a quelques mois. Les Libéraux ont sans doute cru pouvoir prendre le PQ de vitesse, en proposant des élections trop rapides pour le parti puisse être prêt, mais même sans chef le Parti Québécois est un adversaire extrêmement coriace, qui peut toujours surprendre: il peut très bien accélérer le rythme de la course à la direction et même se lancer dans une campagne avec un chef intérimaire, et surfer sur la vague du renouveau inspiré par Pauline Marois.

Cependant, cette stratégie n’est pas sans risques.

D’abord, Le parti peut très bien avoir à porter le fardeau de la chute du gouvernement et du nouveau déclenchement d’élections. Le PLQ a alors beau jeu de dire qu’ils se sont fait battre à cause de baisses d’impôts « à la classe moyenne », et ce sera au PQ de répéter, contre une presse corporatiste largement acquise aux arguments néolibéraux, que ces baisses d’impôts profitent surtout aux plus riches, et non au citoyen lambda. Une grosse commande, s’il en est une!

Ensuite, le PQ n’a toujours pas de chef, et il y a le risque improbable mais possible que quelqu’un décide de se présenter contre Pauline Marois, ce qui empêcherait le couronnement hâtif permettant de se lancer en puissance dans la campagne électorale estivale. Le PQ pourrait certes régler le problème en resserrant (encore) ses règles pour les éventuels candidats, mais il donnerait l’impression de vouloir museler une éventuelle opposition à Marois. Et on ne se lance pas en campagne avec du grenouillage.

Puis, ne l’oublions pas, les finances du parti sont à sec. Le PQ a fait la dernière campagne à crédit, et avec les résultats décevants de celle-ci, il n’a presque plus d’argent, contrairement aux coffres bien garnis de l’ADQ et du PLQ.

Finalement, il y a le danger ultime: perdre les prochaines élections et se ramasser avec le problème insoluble de la reconsidération de l’option souverainiste, des éternels débats entre l’aile-gauche et l’aile-droite, et l’implosion potentielle du parti qui suivrait la défaite.

En ce sens, cette position du Parti Québécois est extrêmement courageuse, et même osée, mais si le calcul politique s’avère imprécis, ou si un nouveau pépin doit survenir en cours de route, le parti peut payer chèrement cette bravade.

Car sur le fond, le PQ a entièrement raison de voter contre ce budget qui utilise l’argent du déséquilibre fiscal pour donner des bonbons aux plus riches. Mais en politique comme dans la vie, parfois même le meilleur des principes peut se faire briser par la dure et plate réalité.

Face de mépris
24 mai 2007

Monique Jérôme-Forget était en entrevue à Radio-Canada quand on a appris que le PQ allait voter contre son budget. Voici grosso modo sa réaction:

« S’ils veulent faire tomber le gouvernement, qu’ils le fassent. Mais une élection, ça coûte 72 millions $, et gaspiller 72 millions $ pour une coquetterie, ça fait cher. »

Dans les faits, 1 milliard $ de baisses d’impôts pour les plus riches, quand les besoins sont si criants en santé, en éducation, quand les routes tombent en ruine, ce n’est PAS une coquetterie. Vendre les actifs d’Hydro-Québec pour boucler le budget, ce n’est PAS non plus une coquetterie. Hypothéquer notre avenir pour satisfaire l’appétit des plus nantis, ce n’est PAS une coquetterie. Respecter la volonté des électeurs n’est PAS une coquetterie.

Véritablement, Jérôme-Forget est en train d’établir de nouveaux standards en matière de mépris dans la politique québécoise. Et 72 millions pour se débarrasser d’elle et de ses politiques économiques faites à la va-vite, ce n’est pas si cher payé.

Le PQ prend un gros risque en votant contre le budget, mais si c’est pour nous éviter d’avoir à subir une Margaret Thatcher québécoise, ça vaudra chaque sous jusqu’au dernier. Mépriser à ce point la démocratie et le fonctionnement d’un gouvernement minoritaire, ça ne mérite qu’une seule chose: le congédiement.

Un budget pour les plus riches
24 mai 2007

On ne peut pas totalement rejeter du revers de la main quelque chose d’aussi complexe que le budget du Québec. Ceci dit, le dépôt par la ministre Jérôme-Forget du budget de l’an 1 du gouvernement libéral minoritaire a de quoi inquiéter la classe moyenne et les plus défavorisés, malgré quelques mesures positives.

Ainsi, les réductions d’impôts de près de 1 milliard $ se font avec l’argent du déséquilibre fiscal, qui aurait dû financer les programmes sociaux, notamment les soins de santé et l’éducation. À défaut d’être illégale, cette utilisation frauduleuse de l’argent d’Ottawa est certainement immorale et constitue un dangereux précédent, handicapant de manière potentiellement irréversible toute future demande du Québec pour obtenir de l’argent du fédéral pour améliorer ses programmes sociaux.

Par ailleurs, à qui profitent les réductions d’impôts? Certainement pas aux plus démunis, qui n’en paient pas, ni même à la classe moyenne, qui reçoit davantage en services que ce qu’elle paie en impôts. En faisant passer la limite inférieure du taux d’imposition de 24% de 59 765$ à 75 000$, le gouvernement fait un gros cadeau à ceux qui sont déjà des privilégiés et se prive de revenus qui auraient pu être utiles pour l’ensemble de la société. On le constate, le Parti Libéral soigne sa base, c’est-à-dire les plus riches parmi la population québécoise.

De la même façon, la décision d’éliminer la taxe sur le capital contribuera à la détérioration d’une situation déjà intolérable où les entreprises déclarent des profits indécents sans payer leur juste part à l’État du Québec. Cette inéquité profonde empêche le gouvernement de distribuer adéquatement la richesse produite, et quelle solution a trouvé Jérôme-Forget? Oui, oui, augmenter encore davantage ce déséquilibre en s’assurant de réduire le pouvoir étatique d’imposer à une juste hauteur les profits des entreprises.

Concernant la hausse des frais de scolarité, c’est déjà un vieux débat: les hausses seront imposées et les étudiants, parmi les plus pauvres de la population, écoperont. Pendant qu’on soulage des multinationales et ceux d’entre nous qui sont les plus riches, on augmente le fardeau des étudiants et on les décourage de continuer leurs études, affaiblissant le niveau global d’éducation du Québec et sa capacité compétitive à long terme.

Ensuite, la création d’un groupe de travail en santé chargé de faire des recommandations au gouvernement pourrait être une bonne idée. Malheureusement, ce groupe sera dirigé par un néolibéral notoire, Claude Castonguay, et on se demande de toute façon si le gouvernement écoutera ses recommandations, lui qui n’a pas attendu les résultats d’études des experts avant de décider d’augmenter les frais de scolarité.

Mais une des pires mesures, à mon avis, c’est la décision de vendre trois immeubles de société immobilière du Québec pour financer, avec les « gains » réalisés, cette chimère qu’est le Fonds des générations. En langage populaire, on appelle cette mesure « détruire le balcon pour chauffer la maison ». Bref, on se départit à la va-vite de biens publics, appartenant à la collectivité, pour obtenir un bénéfice temporaire et non-récurrent. Cette décision, alliée à la volonté de privatiser cinq services gouvernementaux, est tout à fait irresponsable.

Ceci dit, et malgré ces points profondément négatifs et rétrogrades, il y a quelques mesures intéressantes, voire nécessaires, notamment un investissement de 30 milliards $ au cours des cinq prochaines années pour rénover les infrastructures, dont les écoles et les hôpitaux. Cependant, considérant la durée de vie moyenne d’un gouvernement minoritaire, il y a fort à parier que cet engagement sera révisé en court de route.

En somme, ce qui frappe dans ce budget, c’est son inégalité: on donne des bonbons de 1 milliard $ et une élimination de la taxe sur le capital aux plus aisés, mais en même temps on augmente le fardeau des étudiants et on doit se débarrasser d’immeubles pour boucler le budget. On appelle cela au mieux de l’incohérence, mais en étant très cynique on peut simplement affirmer que le PLQ satisfait ses appuis du monde financier, de l’IEDM, des médias corporatistes et des plus hauts salariés.

Quand un budget devient l’occasion de remercier ses appuis et ne satisfait plus au rôle primordial de l’État qui est de chercher à mieux redistribuer la richesse, il devient évident qu’il existe un profond déficit démocratique et qu’il est dans l’intérêt de la majorité de changer le gouvernement au plus vite.

C’est bien beau le déficit zéro, mais qu’en est-il du déficit social? Il serait peut-être temps de réaliser qu’on a peut-être simplement transféré le déficit de l’État vers les particuliers…