Prolongement du métro: insuffisant?
21 août 2009

Le prolongement du métro vers le centre de Longueuil, vers Anjou et dans le secteur centre-ouest de Laval constitue une excellente idée. Enfin, on se donne les moyens de réellement réduire la circulation sur les routes et on s’occupe d’un réseau surchargé. Timidement, du moins…

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Trois lignes, trois améliorations.

Ligne jaune. Le terminus Longueuil a de plus en plus l’air d’un aéroport tellement l’achalandage y est élevé. « Attention, voyageurs en direction de Boucherville, vous êtes attendus à la porte d’embarquement! » Trois stations sur une ligne, c’est un peu anachronique, tout comme le fait qu’elle soit aussi loin des secteurs résidentiels.

Ligne bleue. S’arrêtant à Saint-Michel, bien loin des secteurs densément peuplés de Saint-Léonard et de Anjou, la ligne bleue donne l’impression d’un acte inachevé. Comme si on avait manqué de budget ou de béton vers la fin et qu’on avait tout laissé tomber. Sorte d’îlot Voyageur souterrain, il est plus que temps de terminer le projet et d’offrir une alternative à l’interminable ligne verte à tous ceux qui voyagent est-ouest. Un prolongement plus à l’est encore aurait été souhaitable, mais c’est un bon début.

Ligne orange. Vous habitez près du métro Montmorency et vous devez vous rendre à ville Saint-Laurent, station Côte-Vertu? Il faut faire le grand tour. Bien que ces stations ne soient séparées que par quelques kilomètres, actuellement on doit faire un bon 50 minutes de métro et voyager sous le centre-ville pour y arriver! Autant passer par Québec pour aller à Trois-Rivières. Le bouclage de la ligne permettra donc désengorger l’axe Berri-UQAM-Montmorency tout en offrant une alternative, encore une fois, aux voyageurs est-ouest.

De bons projets, il n’y a rien à redire. Mais est-ce suffisant?

Et le train, et les tramways?

En effet, est-ce que tous les transports doivent nécessairement passer par le métro? Quel choix offre-t-on aux Montréalais, actuellement? D’un côté le métro, pour les transports de moyenne ou longue distance (à l’échelle de la ville, évidemment), de l’autre l’autobus, qui dans la plupart des cas est excellent pour les petites distances mais absolument pathétique pour les plus longues. Le train? N’en parlons même pas: les banlieues y ont droit, mais pas la ville-centre. Le résultat? Tous ceux qui habitent le moindrement loin du métro sont désavantagés.

Ce n’est rien de nouveau, mais quand aura-t-on enfin l’audace d’implanter des tramways partout sur l’île, de l’avenue du parc à Pie-IX en passant par Mont-Royal et René-Lévesque? Et pourquoi pas des trains légers, qui pourraient traverser l’île d’est en ouest, sur Notre-Dame ou Henri-Bourassa? Et pourquoi pas un métro suspendu, comme ça se fait dans plusieurs villes? Et des téléphériques au-dessus du fleuve? On ne pourra tout de même pas construire une station de métro à tous les coins de rue de la ville!

Prolonger le métro, c’est faire un pas dans la bonne direction. Mais le pas est timide, chétif, sclérosé. À quand une réelle révolution des transports à Montréal donnant vraiment le goût – à moi ou à d’autres – de délaisser leur voiture pour leurs déplacements insulaires?

La rampe sociétale
19 mai 2009

420$ d’amende pour ne pas avoir tenu la rampe de l’escalier roulant à la station de métro Montmorency, à Laval. On en jase beaucoup sur la blogosphère. Patrick Lagacé, pour ne nommer que lui, n’en parle pas une fois, pas deux fois, mais trois fois sur son blogue. Si on l’écoutait, on demanderait immédiatement la tête des policiers qui ont osé demander à Bela Kosoian de tenir la rampe.

Pourtant, les policiers ont fait leur travail. Lagacé et d’autres croient que les agents auraient du faire preuve de jugement, et ne pas appliquer la loi d’une manière trop stricte. Faudra se brancher: demande-t-on aux policiers d’appliquer la loi ou de juger si une loi mérite d’être appliquée ou non? À ce que je sache, le travail de l’agent de paix est d’appliquer la loi votée par nos représentants. Le policier ne doit pas perdre de temps à se demander si telle loi fait du sens ou non. « Tenir la rampe d’escalier, ah non, ça c’est un mauvais règlement, je ne l’applique pas! » Il doit agir rapidement et appliquer le règlement, point.

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Veut-on vraiment d’une police pour qui la loi est flexible? Évidemment, pour une histoire de rampe d’escalier, on passerait l’éponge. Mais qu’en serait-il la prochaine fois? À partir du moment où on laisse au policier la possibilité d’évaluer quelle loi doit ou non être appliquée, on court le risque d’assister à de réelles dérives, car la moralité est quelque chose de très personnel. Un policier, par exemple, peut décider que brûler un feu rouge la nuit est moins dangereux que de risquer de se prendre les cheveux dans un escalier roulant. Ou bien quand il arrête un citoyen qu’il connaît bien et que celui-ci est en état d’ébriété au volant, il peut lui laisser une chance. Il peut aussi fermer les yeux sur une plantation de cannabis, sur un vol, sur un meurtre. Dites-moi, elle est où la ligne? Quelles lois méritent d’être appliquées et quelles lois doivent être flexibles?

Dans les faits, les policiers ont été corrects avec la dame. Ils l’ont averti. Ils lui ont laissé une petite chance. Celle-ci, au lieu de répondre « désolé, j’ignorais ce règlement », a répondu une bêtise aux policiers ( « je n’ai pas trois mains » ). Un policier te donne une chance, et tu lui craches un visage. Les policiers n’ont fait que leur travail. Si je peux me permettre, je crois que si Kosoian avait eu une meilleure attitude, rien de tout cela ne se serait produit. Les policiers ont voulu utiliser leur jugement, et elle n’a pas pris la perche qu’ils lui tendaient.

Nous sommes dans un régime démocratique et un État de droit. Quand un policier nous interpelle, on se ferme et on suit ses directives.  Si on considère que celui-ci a mal agi, qu’il a outrepassé son pouvoir d’agent de la paix, on peut toujours envoyer une plainte en déontologie le soir-même. Et si on considère qu’un règlement est inutile ou injuste, on peut contacter son député pour lui demander de faire pression pour le modifier. C’est ça, la démocratie. C’est ça, agir avec responsabilité.

Alors, non, je n’ai pas la moindre sympathie pour Bela Kosoian. Elle aurait du remercier les policiers de lui donner une chance et aller en déontologie si elle considérait son arrestation abusive. Qu’on soit d’accord ou non avec le règlement, il existe, et il n’y a pas de bon ou mauvais règlement dans l’esprit du policier; il y a une loi à appliquer et on le paie pour qu’il l’applique.

S’attaquer aux agents qui ont agi dans les règles m’apparait donc non seulement inutile, mais tout à fait hypocrite. Si vraiment on considère abusif d’avoir un règlement qui force les gens à tenir la rampe, qu’on demande aux autorités de le modifier au lieu de s’en prendre à ceux qui ne font que l’appliquer.

Car ce n’est pas seulement d’une rampe qu’il est question ici, mais du devoir de chaque citoyen de connaître et respecter la loi ou de s’impliquer politiquement pour la changer. À mes yeux, les cris indignés de certains blogueurs en relation à cet événement traduisent plutôt un manque de désir d’utiliser les mécanismes disponibles pour construire une meilleure société.

S’indigner, avoir l’air piteux avec le constat d’infraction en mains, c’est facile. Contacter son député ou son conseiller municipal pour qu’il modifie le règlement, ça demande beaucoup plus d’effort.  Sauf que c’est ce type de comportement qui permet d’améliorer la société.

Cachez ce piéton que je ne saurais voir…
2 septembre 2008

Contrairement aux craintes de certains, l’expérience de piétonnisation de la rue Sainte-Catherine a été un succès tant pour les résidents, qui ont pu s’oxygéner les poumons, que pour les commerçants, dont plusieurs ont vu leurs chiffres d’affaires augmenter de 25 à 50%, malgré le temps incertain. Et s’il n’en tient qu’au maire de l’arrondissement Ville-Marie, Benoît Labonté, on refera la même expérience l’été prochain.

Évidemment, de fermer à la circulation automobile une rue aussi importante que la Sainte-Catherine comporte des aspects négatifs, surtout dans les rues avoisinantes. Patrick Lagacé résume bien ces problèmes:

Ce qui me vexe, là-dedans, c’est qu’on fait semblant que l’auto n’existe pas, à Montréal, quand on ferme une artère majeure comme Sainte-Catherine, artère majeure pour accéder au pont Jacques-Cartier. Piétonniser cette rue, tout l’été, a amplifié les bouchons, grands et petits, autour du Village. Tant pis pour ceux qui sont pris dedans. Tant pis pour ceux qui vivent dans les coins où il y a du ressac.

Sans chercher à sous-estimer l’impact sur les résidents du ressac dont parle Lagacé, je m’y suis trouvé pris il y a quelques semaines quand j’ai voulu accéder au pont Jacques-Cartier, et cette expérience a eut la conséquence de me faire réfléchir sur la place de la voiture à Montréal. J’en suis venu à la conclusion qu’on doit cesser de penser la ville en fonction des désagréments pour les automobilistes et les résidents des rues passantes.

Dans le cas des premiers, ceux-ci doivent apprendre la leçon: on ne devrait utiliser la voiture à Montréal que lorsque celle-ci est indispensable. J’ai appris la leçon: la prochaine fois que je voudrai aller sur l’île Notre-Dame, je prendrai le métro. Si je n’avais pas été bloqué dans le trafic, je n’aurais pas fait cet apprentissage et j’aurais continué à utiliser mon véhicule pour m’y rendre. Bref, ces engorgements sont un ajustement qui doivent inciter les motoristes à revoir leurs actions. Comme toute éducation, celle-ci se fait parfois dans la douleur.

Pour ce qui est des résidents, ce sont des victimes collatérales. Évidemment qu’ils souffrent de la densification du trafic, mais ceux-ci ont fait le choix d’habiter des rues déjà passantes et si on ne peut sous-estimer ces désagréments il faut parfois faire des sacrifices pour le bien-être de tous. Peut-on enlever la tumeur d’un patient sans tout d’abord faire violence à sa peau avec un scalpel?

La véritable question soulevée par ce débat a été clairement posée par Le Suburbain Lucide:

[…]à qui appartient la rue? En urbanisme, on nous enseigne que la rue est d’abord et avant tout l’affaire des piétons et des résidents.

Oui, la rue est à nous. Nous habitons ici, nous achetons ici, nous nous promenons ici. Cette rue est la nôtre. De quel droit donnerions-nous le même accès à la rue à un étranger qui passe en coup de vent dans nos paisibles quartiers, mettant en danger nos familles, et tout ceci pour sauvr quelques minutes en évitant un boulevard plus passant?

Bien sûr, il existe des mesures d’atténuation. Sur la rue Prieur, dans Ahuntsic, par exemple, il y avait constamment du trafic en fin d’après-midi. Tous les Lavallois partant de l’ouest de Montréal et désirant prendre le pont Papineau contournaient les bouchons du boulevard Henri-Bourassa en prenant la rue parallèle, juste au nord. On a donc complètement reconfiguré les rues du secteur, bloquant la rue Prieur et changeant la direction des sens uniques pour nuire à la circulation de passage. C’est une bonne idée, mais c’est insuffisant.

À mon avis, il faut voir plus loin. Il faut cesser de considérer la rue comme un droit, mais plutôt comme un privilège. Quelle est l’utilité de toutes ces centaines de rues parallèles distantes de quelques centaines de mètres à Montréal? Ne serait-il pas possible d’en éliminer une sur deux, de la transformer en parc avec un sentier (pouvant occasionnellement servir aux véhicules d’urgence ou pour les déménagements), des arbres, et pourquoi pas des jardins communautaires? Et les automobilistes, ils se stationneraient plus loin, sur l’autre rue. Et s’il manque de place, cela les inciterait peut-être à reconsidérer leur utilisation de la voiture et à considérer celle-ci non plus comme un véhicule de récréation et de tous les déplacements, mais plutôt comme un plan B, quand il faut vraiment l’utiliser?

Ça prend parfois des coups de pieds dans le cul pour avancer. Et si on doit mettre les gens dans le trafic jusqu’à ce qu’ils en perdent patience pour les inciter à changer leurs habitudes, tant mieux. Qu’on ne se contente pas de piétonniser quelques rues pour quelques mois. Qu’on détruise ce bitume et qu’on y plante des arbres. Pour toujours.

La cible
28 avril 2007

Ainsi donc, même l’ancien gouvernement libéral de Paul Martin savait que les prisonniers afghans remis aux autorités de ce pays étaient torturés. Le Canada, fort de sa longue tradition d’aide humanitaire et de respect des droits de la personne a-t-il immédiatement résilié son appui au gouvernement Karzaï et envisagé un retrait rapide du pays pour protester contre ces manquements graves aux droits humains? Non. Au contraire, on a augmenté la présence canadienne en Afghanistan.

En appuyant ainsi un gouvernement torturant ses prisonniers et en gonflant l’importance de ses troupes dans le pays, le Canada se dessine une grosse cible bien visible et juteuse. Cette cible, cet appel aux attentats terroristes visant des citoyens canadiens – nous – et des institutions canadiennes, elle risque de nous lancer dans une spirale infernale dont nul ne peut prédire les conséquences ultimes.

On peut très bien imaginer un attentat terroriste se produisant dans le métro de Montréal, par exemple. Et en représailles à ces représailles Stephen Harper imaginerait d’autres représailles. Et sans le savoir, nous aurions en quelques années détruit complètement tout le capital de sympathie mondial à l’égard de ce pays. Aux yeux de plusieurs, nous serions réellement devenus le laquais de service des États-Unis, un cinquante-unième État américain vengeur et assoiffé de sang.

Pourtant, d’autres solutions sont possibles. Retirer nos troupes d’Afghanistan ne veut pas dire laisser tomber la population. Combien d’écoles peut-on bâtir avec l’argent nécessaire pour envoyer 500 soldats? Combien d’organismes communautaires peut-on financer avec ce que coûte les nouveaux véhicules de l’armée?

En agissant comme le fait le Canada actuellement, nous donnons raisons à tous les extrémistes qui voient dans la mission en Afghanistan une nouvelle croisade de l’Occident et qui ne rêvent que d’aller se faire exploser au milieu de notre population, de nos enfants.

Nous qui sommes si offusqués qu’un malade mental comme Clermont Bégin soit en liberté, nous laissons le gouvernement Harper – notre gouvernement – dessiner une cible sur nous et nos enfants?