Trop pressés
18 mars 2010

« On ne doit jamais penser à la distance, quelle qu’elle soit, qui nous sépare de la vertu. »
– Confucius

La décision du SPQ-Libre de continuer à militer au sein du Parti Québécois constitue une autre déception pour ceux qui, comme moi, espéraient voir ce qui reste de l’aile social-démocrate du Parti Québécois s’organiser au sein d’un autre parti. Il s’agit, encore une fois, de l’erreur classique de gens qui, trop pressés d’obtenir des résultats, négligent de réfléchir à leurs possibilités réelles et qui, sous prétexte de se rapprocher d’un idéal aussi usé que le parti qu’ils défendent malgré leur rejet, pilent sur leurs principes et gaspillent leurs énergies dans une cause perdue.

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Ces pressés affirment à qui veut encore les entendre qu’il vaut mieux militer au sein d’un parti qui a « une chance » de prendre le pouvoir, plutôt que de rejoindre un parti plus marginal ou de créer son propre parti. Or, qu’est-ce que l’histoire du PQ elle-même nous apprend? Exactement le contraire! Quand René Lévesque a quitté le Parti Libéral de Jean Lesage, en 1967, il a sacrifié toute emprise sur le pouvoir pour se lancer dans le vide. Il a décidé que ses principes n’étaient pas à vendre et qu’il valait mieux manger son pain noir durant quelques années que de vivre avec la honte de voir chacun de ses idées battues à chaque fois. Neuf ans plus tard, il était premier ministre. Voilà la force d’une conviction.

En fait, en continuant à oeuvrer au sein d’un parti qui a rejeté à la fois les idéaux sociaux-démocrates avec son nouveau programme économique calqué sur les Libéraux et ses idéaux indépendantistes lorsqu’il a rejeté l’idée d’un référendum rapide, le SPQ-Libre lance le message que ces idéaux n’étaient, sommes toutes, pas si importants. Si vraiment ceux-ci représentaient la population, étaient la solution, on se sort tout simplement de l’Histoire en refusant de leur donner le respect qu’ils méritent. Si René Lévesque avait agi ainsi, il aurait probablement affirmé, en 1967, que le Parti Libéral constituait le « meilleur véhicule », car il était le plus à même de gagner les élections. C’est de courage qu’il faut. Et le SPQ-Libre – tout comme les autres sociaux-démocrates qui demeurent au parti en se pinçant le nez – se sont mis à genoux devant le PQ. On a fait passer le véhicule avant les valeurs qu’il défend.

Or, ces valeurs doivent être la raison d’être de n’importe quel parti politique. On ne peut pas parasiter une organisation sous le prétexte qu’elle risque de nous amener quelque part. On ne peut pas, après un Lucien Bouchard et ses « conditions gagnantes », un Bernard Landry et son « assurance morale de gagner » et une Marois qui ne veut rien savoir d’un référendum sur la souveraineté, continuer à croire que les valeurs défendues par le Parti Québécois sont celles du SPQ-Libre et des sociaux-démocrates. On ne peut pas non plus croire qu’il est possible de s’attacher à un bazou rouillé qui, à défaut d’être capable de proposer une alternative au libéralisme économique actuel, suit le courant et fait de la petite politique à la semaine en espérant atteindre le pouvoir. On ne peut pas faire cela sans devenir soi-même des prostitués du pouvoir, des individus qui renient leurs convictions profondes, leurs idéaux, pour devenir exactement ceux qu’ils dénoncent: des carriéristes prêts à vendre leur mère pour continuer à s’abreuver aux mamelles du pouvoir.

Andrée Ferretti, auteure et militante indépendantiste de la première heure, l’a pourtant bien expliqué: « qui ne fait pas l’indépendance, la combat » (( Ferretti, Andrée (1996). Le Parti québécois : pour ou contre l’indépendance. Lanctôt Éditeur. Montréal. 109 p. )). En réaction à la mise à la porte du SPQ-Libre par le PQ en fin de semaine dernière, elle n’a pas mâché ses mots:

[L’objectif du PQ] n’a jamais été de réaliser l’indépendance nationale, mais celui d’exercer le pouvoir provincial. Avant-hier et hier, dans une véritable intention d’améliorer le sort du peuple québécois. Aujourd’hui, dans le seul but de prendre le pouvoir et, à l’instar du Parti libéral, de l’exercer au profit de la classe dominante.

Cette critique rejoint celle de Jacques Parizeau qui, dans son dernier livre, parlait de tous ces « déclinologues » (les Lucides) que le PQ écoute aujourd’hui avec tant de soins et de la nécessité de ne pas attendre pour agir lorsqu’on atteint le pouvoir et de préparer le référendum bien avant. Véritable fuite en avant, le PQ n’écoute plus ces sages conseils, tout comme le Parti Libéral, en 1967, n’a jamais voulu entendre les plaintes de ceux qui voulaient se doter d’un pays.

Combien d’énergie, combien de talents, combien d’années utiles gaspille-t-on ainsi dans un parti pour qui le pouvoir semble devenu la seule raison d’être? Pensons à tous ces honnêtes militants, ces citoyens qui achètent leur carte de membre, qui s’illusionnent sur les principes sociaux-démocrates et indépendantistes du PQ, qui croient vainement qu’en participant à des colloques et à des tables rondes ils arriveront à faire monter leurs chaudes idées dans l’air gelé du statu quo péquiste? Tous ces gens, ne seraient-ils pas beaucoup plus utiles ailleurs?

Robert Laplante, véritable expert de la question politique, expliquait que le cycle de la Révolution tranquille avait pris fin avec la loi de la clarté, après le dernier référendum, qui mettait, aux yeux du Canada anglais, un point final aux revendications politiques et identitaires québécoises:

Le Parti québécois, s’il a paru s’en affranchir un moment, a fini par retomber lui, aussi, dans les ornières de cette vieille culture politique façonnée par l’Indirect rule. C’est celle qu’imposent les catégories mentales sous-jacentes à la gestion provinciale et qui consiste à gouverner en se convainquant soi-même de la nécessité de prévenir les débordements d’un peuple qui, laissé à lui-même, pourrait se laisser aller à des gestes estimés radicaux. C’est la politique de la moindre audace qui confond la fermeté et le radicalisme, la détermination et l’entêtement.

Ce parti politique, c’était le Parti Québécois de Lucien Bouchard, celui de Bernard Landry, d’André Boisclair, et de Pauline Marois aujourd’hui. On ne parle plus d’échéancier pour l’indépendance (trop radical) ou de redistribution de la richesse (trop radical). On se contente de laisser voguer la bateau en espérant que l’usure du pouvoir battra, à elle seule, le gouvernement Charest. On n’a jamais voulu comprendre que la fin du dialogue canadien, avec la loi sur la clarté, ne devait pas signifier la fin de l’idée d’indépendance, mais plutôt sa radicalisation et sa redéfinition, devant le refus canadien d’assumer son rôle d’interlocuteur.

On peut comprendre le SPQ-Libre et de nombreux militants sociaux-démocrates et indépendantistes d’être pressés. Malheureusement, quand on veut faire les choses trop vites, on les fait souvent mal. Quand on fait passer le véhicule avant les idées, quand on se convainc soi-même de se pincer le nez et de voter pour un parti qui ne représente plus du tout nos idées, on se condamne à oeuvrer à son propre abrutissement, à travailler à sa propre disparition, et à donner crédibilité aux forces qui souhaitent notre propre disparition.

Créer un nouveau parti ou tenter d’en modifier un, comme Québec Solidaire, dont les valeurs au niveau économique peuvent éventuellement se rapprocher de celles du SPQ-Libre, c’est difficile. Ça peut prendre du temps. Mais l’action est essentielle, que ce soit QS ou un autre parti. Rome ne s’est pas bâtie en un jour, et si l’urgence de nos vies fuyantes nous pousse à nous presser, il peut être bon de se rappeler qu’à l’échelle d’un peuple, quelques années, voire quelques décennies supplémentaires, ne sauraient nous couler.

Le mouvement nationaliste a pris près de soixante ans à se développer avant d’atteindre le pouvoir. Il ne faut pas espérer, face à un monde en mutation où les identités nationales sont soumises à une énorme pression anglicisante et multiculturelle, sauver le Québec dès demain matin. Il faudra rebâtir le discours, accepter quelques échecs électoraux, et lutter, au corps à corps, et sans compromis, pour la défense de nos valeurs sociales et identitaires. Il faudra accepter l’idée de concentrer nos forces non pas à infiltrer un vieux rafiot rouillé comme le Parti Québécois, mais à se construire, idée par idée, le navire qui portera la prochaine génération vers ses rêves.

L’Histoire nous regarde, et c’est à nous que revient la nécessaire tâche d’être courageux et de laisser à ses soins un parti qui a été important dans l’histoire de l’affirmation identitaire et sociale du Québec, mais qui ne peut plus rien faire pour nous aujourd’hui.

Ce courage, les pressés du SPQ-Libre et tous les militants péquistes croyant à l’indépendance et à la social-démocratie, en ont manqué.

Cruellement.

Quand le Parti Québécois désire angliciser le Québec
25 novembre 2008

speak_quebec_anglicisationCe ne doit plus être un secret pour personne: je travaille à Ville Saint-Laurent, un des quartiers les plus multi-ethniques de Montréal, où près de 49% de la population a une langue maternelle autre que le français ou l’anglais et où une grande proportion de ces immigrants ou fils et filles d’immigrants s’intègrent vers l’anglais. Je connais cette réalité d’immigrants qui sont ici depuis deux, cinq, dix ou vingt ans et qui ne parlent pas un mot en français. En fait, oui, ils savent souvent dire « bonjour » ou « merci » mais ils n’ont pas besoin de le faire: un petit Québécois mou s’empresse de les servir en anglais et leur enlève ainsi toute nécessité d’apprendre notre langue.

Pourtant, il existe des solutions pour faire face à cette vague d’anglicisation qui touche non seulement les immigrants, mais également des Québécois francophones qui sont fiers de délaisser leur langue – une langue qu’ils maîtrisent souvent mal – pour servir des clients qui, parfois, ne demanderaient qu’à ce qu’on les laisse essayer de parler français. Sauf que pour que les solutions soient efficaces, elles doivent être concertées, cohérentes. Elles doivent appuyer mon combat (et celui de nombre de mes collègues) consistant à ne parler que le français au travail, à refuser de servir les clients dans une langue étrangère, que ce soit le mandarin, l’allemand, le russe ou l’anglais. Elles doivent valoriser la fierté de la langue de Molière et ainsi faire de notre langue commune un véritable phare, une lumière vers laquelle les immigrants doivent se tourner s’ils espèrent être compris et pouvoir fonctionner au Québec. Elles doivent être le ciment sur lequel repose la maison que nous essayons de construire.

En effet, ce n’est pas seulement un travail que j’occupe, tout comme je ne suis pas qu’un automobiliste sur la route ou un simple client quand je vais chez IGA. Je suis plus que ça. Je représente quelque chose. Je prends la décision de parler français, d’être prudent sur la route ou d’être courtois à l’épicerie en partant de la conviction suivante: si tout le monde faisait ainsi, le monde irait beaucoup mieux. Tout ceci relève de cette certitude: j’ai du pouvoir, je contrôle ma vie, et je peux être un exemple pour d’autres. Je peux, de par mes maigres actions, avoir une influence sur les autres. Et c’est exactement ce que je fais au travail. Me croiriez-vous si je vous disais que 95% des clients qui m’abordent en anglais vont immédiatement changer pour le français quand je leur réponds en français? Que même ceux qui me disent « je parle très peu la française (sic) » sont très bien capables de se faire comprendre quand on les encourage un peu, qu’on fait montre de patience et qu’on les aide un peu, par des gestes, par une reformulation à propos, etc? Me croiriez-vous si je vous disais que devant les succès de ma façon de travailler quelques-uns de mes collègues ont commencé à faire pareil? Me croiriez-vous si je vous disais que certains immigrants commencent à me dire « merci », « bonne soirée » alors qu’ils ne savaient pas dire un mot de français auparavant?

Me croiriez-vous si je vous disais que je suis un simple citoyen travaillant dans sa langue dans son pays?

C’est cette réalité qu’on est en train de perdre. Alors que les actions des milliers de Québécois fiers comme moi et qui travaillent à la francisation des immigrants mériteraient d’être appuyées, on lance plutôt des signaux contradictoires. Même le Parti Québécois a décidé de se faire champion de l’applaventrisme devant la langue de Shakespeare.

Évidemment, comment passer sous silence l’empressement de Pauline Marois à mieux parler anglais? À vrai dire, il s’agissait d’une événement épisodique. Ce qui l’est moins, c’est de constater à quel point il semble plus important d’avoir un chef de parti qui nous représente qui parle une langue étrangère, mais d’un autre côté ça ne nous dérange pas trop d’avoir un capitaine de notre club de hockey qui n’est pas capable de dire deux mots dans notre langue. Nous avons placé l’apprentissage de la langue étrangère au-dessus de la maîtrise de notre propre langue. Mais tout ceci est anecdotique.

Ce qui me révulse violemment chez le Parti Québécois de Pauline Marois, c’est son désir d’imposer l’apprentissage de l’anglais intensif au primaire, notamment en enseignant les mathématiques et la géographie en anglais. Encore une fois, quel message lance-t-on à ces jeunes enfants? Celui-ci: « l’anglais est primordial; tu ne sais pas encore écrire un paragraphe dans ta langue maternelle sans faire dix fautes d’orthographe, mais vite, on doit t’apprendre l’anglais! »   « Tu as un vocabulaire déficient, tu ne connais rien à la littérature, tu es incapable d’utiliser des mots légèrement complexes, mais vite, on doit t’apprendre l’anglais! » Et que deviendront ces enfants dix ans plus tard? Ils seront devenus exactement ce à quoi je m’oppose: des Québécois mêlés, à l’identité culturelle confuse, empressés de parler anglais aux immigrants, et qui, de par leurs actions, annihilent les projets d’intégration des milliers de Québécois comme moi qui ont à coeur leur langue.

Il me semble qu’il serait beaucoup plus important d’apprendre le français correctement à nos jeunes avant de leur permettre l’apprentissage d’une langue étrangère, que ce soit l’espagnol, le mandarin ou l’anglais. Quand je lis ce qu’écrivent certains de mes collègues « bilingues », je n’en reviens pas. J’ai déjà comptabilisé vingt-deux fautes d’orthographe en quatre phrases.

La vérité, c’est qu’il faut choisir ses priorités. Collectivement, désirons-nous intégrer les immigrants vers le français ou intégrer les Québécois vers l’anglais? C’est ça, la vraie question. Le bilinguisme chez l’élite, personne n’est contre. Mais quand on impose le bilinguisme à tous les enfants du Québec et qu’on demande de bien connaître une langue étrangère à un enfant dont le but dans la vie est peut-être d’être mécanicien ou coiffeur, on incite à l’anglicisation de l’ensemble du Québec. Car c’est bien connu, un peuple minoritaire bilingue est un peuple qui s’assimile.

Ce que fait le Parti Québécois, en ce moment, c’est ajouter au problème au lieu de le régler. Le problème n’est pas que les Québécois ne sont pas assez bilingues; le problème est justement que trop d’emplois exigent le bilinguisme. Le PQ devrait travailler à ce que les plus hauts échelons de la société soient disponibles pour les francophones au lieu de vouloir que l’éboueur de Saint-Calixte sache parler anglais. Le Parti Québécois devrait proposer l’apprentissage intensif du français au primaire pour aider à mieux ancrer l’identité de nos jeunes dans la langue française au lieu de leur offrir une alternative vers l’anglais dans un monde où la culture anglophone est déjà une force de prédation.  Sinon, si vraiment le but est d’offrir un maximum de « chances » aux Québécois dans un monde qu’on considère anglophile, autant tout enseigner en anglais, et à partir du préscolaire, et pourquoi pas saborder la loi 101 en passant?  Soyons cohérents!

Voilà donc une raison supplémentaire pourquoi ne ne voterai pas pour le Parti Québécois. Je travaille chaque jour à la francisation des immigrants, mais si le Parti Québécois prenait le pouvoir et imposait l’apprentissage intensif de l’anglais, mon combat deviendrait une cause perdue. Au lieu de lancer des messages confus et contradictoires, du style « nous voulons intégrer les immigrants vers le français » tout en imposant l’anglais au primaire, il faudrait plutôt que le message soit clair et que nous parlions d’une même voix: au Québec, ça se passe en français, ou bien vous apprenez le français, ou bien personne ne va vous comprendre et vous ne pourrez pas fonctionner.

Et pour ce faire, il faut lutter contre le pire ennemi de notre cause: le bilinguisme, cette anglicisation forcée que le Parti Québécois espère imposer à nos jeunes au lieu de leur apprendre la richesse de notre langue et la fierté de la parler. Quand tout est une question de message, lançons-en un cohérent, appuyé, et clair: au Québec, c’est en français que ça se passe, et nous travaillons à ce qu’il soit possible de travailler dans notre langue partout sur notre territoire. C’est bien beau de « vouloir » franciser les immigrants, mais ça doit commencer par des actions concrètes pour faire rayonner le français partout et donner le goût à la prochaine génération de ne pas être aussi soumise et passive que la nôtre devant cette dépossession tranquille qui afflige notre culture et notre langue.

Aujourd’hui, nous avons encore le choix.  Mais dans vingt ans?

Le PQ ne veut pas le pouvoir
16 novembre 2008

Je me posais sérieusement la question ce matin, en écoutant un analyste à RDI: le Parti Québécois veut-il vraiment le pouvoir?

Ça fait des mois que l’objectif semble avoir été fixé: redevenir l’opposition officielle. Le PQ me fait penser à une équipe sportive dont le but n’est plus la victoire, mais seulement de ne pas finir les derniers. C’est une mentalité de perdants et personne n’aime les perdants.

Pourtant, on pourrait miser sur le fait que le Québec aurait la chance de se retrouver avec la première femme à sa tête, par exemple. On pourrait proposer du nouveau, être imaginatifs, oser. On a plutôt l’impression que le PQ, qui est entré dans cette campagne de reculons, préfère ne pas se retourner pour faire face à la musique et se contenterait de terminer deuxième. Marois empocherait son chèque, les députés béni-oui-oui également, et tout le monde serait heureux.

Malheureusement pour eux – et même avec la chute libre de l’ADQ – toute leur stratégie du « ne rien faire » est fausse. Karl Rove, alors stratège du Parti Républicain états-unien en 2004, l’avait bien compris: quand le taux de participation à une élection est faible, il est plus important de mobiliser sa base que de convaincre les indécis. Ça se comprend: le plus grand danger est la démobilisation de ceux qui sont déjà convaincus.

En ce sens, le Parti Québécois fait l’exact contraire dans une situation où l’écoeurement et le désabusement pourrait faire toucher un creux historique au niveau de participation à ces élections: il s’en est pris ouvertement à sa base la plus militante et souverainiste pour faire plaisir aux éditorialistes de La Presse et aux indécis. Au lieu de raffermir des appuis qu’il avait déjà, il s’est mis à dos ses propres militants sans pour autant être convaincu que l’appui des indécis se transformerait en « X » sur le bulletin de vote.

On comprend que le Parti Québécois ne nage pas dans l’argent, mais il aurait sûrement pu se trouver des conseillers de meilleure qualité et qui auraient pu l’aider à prendre le pouvoir plutôt qu’à se contenter d’essayer d’être un clone des deux autres partis de droite.

Ceci dit, en tant qu’indépendandiste et social-démocrate, la défaite annoncée du parti de Pauline Marois me ferait doublement plaisir…

Laissez-moi hiberner!
11 novembre 2008

Dumont, Marois, Charest, que vous êtes endormants!

Ah merde, je ne voulais pas écrire ce soir.  J’essaie toujours d’en rester à mon engagement vis-à-vis de moi-même consistant à n’écrire pas plus de 2-3 textes par semaine. Mais bon, faut que ça sorte: cette campagne électorale m’emmerde royalement.

Évidemment, ce n’est un secret pour personne, j’appuie le Parti Indépendantiste pour ces élections.  Mais suis-je motivé?  Un peu, certes, mais pas tant que ça.  Je vote Parti Indépendantiste parce que je suis indépendantiste et que ce parti est le seul qui le soit également.  Avouons cependant que c’est toujours un peu difficile une première élection pour un nouveau parti.  Alors je regarde ailleurs, je magasine, même si mon choix est déjà fait.

Aujourd’hui, y avait Marois qui parlait d’un gouvernement Marois et ça m’a écoeuré du Parti Québécois pour longtemps. Sérieusement, est-ce qu’il y a des gens qui ont envie d’un « gouvernement Marois »? Je ne sais pas; un gouvernement du Parti Québécois où on endure Marois, ça va, mais un gouvernement dirigé d’une poigne de fer par cette femme intransigeante et méprisante pour son propre parti? Ça ne me tente pas.

Et Dumont, Dumont, Dumont. « Mario » comme on voit sur ses pancartes. L’ADQ est tellement mal foutue qu’elle n’a même pas pu se payer un conseiller en communications assez compétent pour leur expliquer que le problème découle justement du fait qu’on a l’impression que tout ce qu’a à offrir l’ADQ c’est le « Ti-Mario ». Quand ton image de parti c’est celle d’un « one man show », tu présentes ton équipe, ou si ton équipe fait trop pitié, tu prends n’importe quel clown, genre Simon-Pierre Diamond, et tu lui fait apprendre un texte par coeur et tu le mets en vedette. Tu te diversifies. En ce moment, Dumont a l’air d’un général qui se lance dans une mission kamikaze dont il connaît le résultat à l’avance.

Et Charest, n’est-il pas assez arrogant, celui-là? Je déteste Pauline Marois et la manière dont celle-ci détruit son parti, mais quand Charest affirme que Marois veut « hausser les taxes, couper les services et faire un déficit », il me semble que c’est un peu n’importe quoi. Si tu hausses les taxes et coupe les services, comment veux-tu être en déficit? C’était le petit clip de douze secondes pour la télévision. Cette satanée télévision.

Oh, et ceux qui n’y sont pas souvent, Québec Solidaire. Un programme qui me plaît bien, mais SVP qu’attendent-ils pour donner son 4% à Françoise David? Quand j’écoute cette femme parler, j’imagine une vieille féministe frustrée figée dans les années soixante-dix et incapable de constater les avancées incroyables accomplies par les femmes depuis ce temps.

Vraiment, cette campagne est plate. On l’avait annoncée, mais si j’avais su qu’elle le serait à ce point, j’aurais programmé une petite hibernation jusqu’au 9 décembre.

Ah, et puis merde, jusqu’au 21 mars.

Ce bilinguisme qui empêche l’intégration des immigrants
8 novembre 2008

Immigrants

Il y a de ces mystérieux hasards dont on aimerait parfois comprendre le sens. Je réfléchissais à la meilleure façon de (re)parler de ces Afghans qui possèdent la fruiterie près de chez moi et de mes quelques visites à leur domicile ces derniers jours. Je cherchai donc le premier texte que j’avais écrit à leur sujet et je fus littéralement stupéfait de constater que le dit texte a été écrit il y a précisément un an, jour pour jour. Comme si le rythme des saisons offrait l’opportunité des questionnements et des bilans.

Alors oui, je connais un Afghan. En fait, je devrais être honnête: je connais des Québécois d’origine afghane, car ceux-ci sont parfaitement intégrés. Oh, certes, quand je suis allé jeter un coup d’oeil à un problème informatique chez eux j’ai appris qu’ils avaient un satellite pour regarder des programmes afghans, mais c’est une bien agréable et jolie jeune fille d’une quinzaine d’années qui me l’a expliqué, et dans un français qui ferait rougir bien des Québécois « de souche » si seulement ces derniers pouvaient avoir la conscience culturelle pour avoir honte de la piètre qualité de leur langue.

Ces gens, mes amis afghans, représentent l’apothéose de l’intégration à la culture québécoise. Le père, la mère, l’oncle, le fils, la fille; tous parlent un excellent français à peine un peu rêche à cause d’un accent persistant, tel un morceau de bois ne demandant qu’à être poli.

Ils ont immigré ici il y a un vingtaine d’années, directement dans l’Est. Ici, pas d’anglais: tout se faisait en français à cette époque avant que le bilinguisme ne soit quasi-institutionnalisé. Pas question de se faire répondre en anglais à tout moment par un Québécois soucieux d’être aimable et qui ne se rend pas compte qu’il ne rend pas service aux immigrants en les empêchant de réaliser toute l’importance de l’apprentissage de notre langue. Non, ils ont appris le français parce qu’il était nécessaire d’apprendre le français. Pas par amour romantique de la beauté de notre phonation. Parce que c’était absolument et impérativement nécessaire.

Je travaille toujours dans l’Ouest, et je vois quotidiennement les mêmes immigrants qui n’ont aucun désir d’apprendre notre langue. Pourquoi le feraient-ils, d’ailleurs? Contrairement à mes amis afghans, ils n’ont aucun besoin du français: tout le monde s’adresse à eux en anglais, depuis le caissier au dépanneur jusqu’à la dame à la banque en passant par le commis chez Jean Coutu. Pourquoi s’échineraient-ils à apprendre une langue qu’ils perçoivent comme morte et inutile?

Ces immigrants n’en ont rien à foutre de notre combat. Ils parlent la langue qui leur permet de fonctionner, et cette langue est l’anglais, car il se trouve toujours un Québécois pour leur parler en anglais.

Deux situations identiques à l’origine, et deux comportements opposés à la fin: intégration francophone dans une société unilingue francophone et repli sur soi, voire intégration en anglais dans une société bilingue francophone.

Il faut le répéter: à partir du moment où tous les petits Québécois parlent anglais, pourquoi un immigrant apprendrait-il le français?

Je pensais à tout ça en lisant certains commentateurs du blogue de Patrick Lagacé, qui reprochaient à Pauline Marois de ne pas bien parler anglais. D’une certaine manière, il y a un côté sublime dans cette perversion de l’esprit plaçant la maîtrise d’une langue étrangère comme un objectif essentiel à atteindre. En effet, comment ne pas y voir une certaine forme de beauté vicieuse, de triomphe tardif des objectifs de Lord Durham ou d’autres anglophones souhaitant notre élimination? Nous en sommes venus à considérer l’expertise de cette langue extrinsèque comme une obligation, reléguant les demandes historiques des francophones pour avoir le droit d’atteindre les plus hauts échelons sociaux dans leur langue au rang de folklore passéiste.

En somme, au lieu de réclamer le droit de pouvoir vivre en français, de travailler en français, et ainsi contribuer à la francisation des dizaines de milliers de nouveaux arrivants, nous avons décidé collectivement que le français doit jouer un rôle de figurant au sein de nos vies, une langue honteuse qu’il faut chuchoter et oublier dès qu’un anglophone nous adresse la parole.

Et bien, si mes amis afghans étaient arrivés au Québec en 2008 au lieu de 1988, ils n’auraient probablement jamais appris le français car il y aurait toujours eu un petit Québécois sans fierté et bilingue (l’un semble aller avec l’autre) pour escamoter son rôle linguistique historique et jouer le sous-fifre d’une immigration qui ne demanderait qu’à s’intégrer si on lui donnait seulement un signal clair sur l’exclusivité du français au Québec.

Il ne faudra jamais l’oublier: l’ennemi n’est pas la langue anglaise, mais le bilinguisme qu’on a décidé d’imposer à l’ensemble d’un peuple. Dans un contexte de minorité culturelle et linguistique, nous signons notre arrêt de mort dès que nous substituons l’anglais au français et que nous contribuons ainsi de par notre mollesse et notre manque de conviction, à l’anglicisation des nouveaux arrivants.

Car ceux-ci ne sont pas ici pour l’amour de nos beaux yeux, mais pour améliorer leurs conditions de vie; en leur parlant français, nous les obligeons à apprendre notre langue et nous leur lançons le message que leur élévation dans l’échelle sociale passe obligatoirement par l’apprentissage de notre langue.

Soyons fiers, parlons français partout, au travail, à la maison, sur internet, PARTOUT!


p.s. Et pour ceux qui en douteraient encore, je vais voter pour le Parti Indépendantiste, la seule organisation politique sociale-démocrate, indépendantiste et possédant une réelle volonté de protéger notre langue!

L’orphelinat politique
6 novembre 2008

L'orphelinat politiqueJe ne voulais pas écrire un billet où je m’en prends à Mario Dumont; j’ai presque bâti ma réputation de blogueur en le démolissant et, honnêtement, en ce moment je l’ai un peu pris en pitié. Soyons réalistes: Dumont a raté son coup, son parti s’en va nulle part, ses députés le quittent, et il en est rendu à proposer des mesures désespérées pour espérer attirer l’attention médiatique sur son parti, tel un enfant turbulent qui met son caca sur les murs pour que ses parents s’occupent de lui. (Mario Dumont mérite-t-il une meilleure comparaison, lui qui parlait de ses ex-députés en disant, à la télévision, que ceux-ci « faisaient dans leurs culottes »?) Dernière stupidité en liste: sa proposition de privatisation partielle d’Hydro-Québec.

Comment ne pas s’étonner que du flot quasi-ininterrompu de conneries qui peuvent émaner de sa bouche, Mario Dumont puisse encore trouver l’imagination nécessaire pour débiter de telles aberrations? Hydro-Québec est, avec la SAQ et quelques autres entreprises publiques ou semi-publiques, un fleuron québécois, apportant des milliards $ à chaque année à l’État. Vouloir privatiser, même partiellement, une entreprise aussi rentable relève d’une stupidité innommable et d’un manque flagrant de vision à long terme; pense-t-on sérieusement à se chauffer tout l’hiver en utilisant le bois de la galerie? Mais que ferait-on ensuite, le printemps venu? Quand des entreprises sont aussi rentables que Hydro-Québec ou la SAQ, on doit les conserver, car ces profits profitent à tous.

Ceci dit, quelle alternative y a-t-il à Dumont? Veut-on sérieusement élire un Jean Charest qui nous a démontré son incapacité à être à l’écoute de la population lorsqu’il est majoritaire? Les écoles juives, le Suroît, la privatisation du Mont-Orford, les hausses des frais de scolarité, ça vous dit quelque chose?

Et Pauline Marois; veut-on vraiment d’une vieille bourgeoise hautaine et prétentieuse pour diriger le Québec? Marois représente la continuité directe de Lucien Bouchard et de ses politiques de droite qui ont transformé le parti en un clone soi-disant souverainiste du Parti Libéral. En ce moment, tant l’ADQ, le PLQ et le PQ proposent des « solutions » de droite, et ce ne sont pas les mesures d’aides aux entreprises proposées par le PQ ce matin qui me feront changer d’idée (notons au passage que l’appui à l’offre, comme le propose le PQ, est une des vieilles stratégies de la droite et que cette stratégie s’est avérée inefficace lors de la grande crise des années 30).

Conséquemment, que reste-t-il pour le social-démocrate indépendantiste que je suis? Pas grand chose. À la limite, si le PQ ne s’était pas débarrassé de son idéologie souverainiste, j’aurais pu voter pour ce parti de droite en me bouchant le nez. Mais désormais, je n’ai plus aucun intérêt à donner mon appui à celui-ci.

Mes idées n’ont jamais changé, ni même mes valeurs, mais le virage à droite du PQ m’a en quelque sorte expulsé du champ des principaux partis politiques, un peu comme furent laissés orphelins les militants de centre-gauche quand le Parti Démocrate états-unien ou le Parti Travailliste britannique laissèrent tomber leurs thèmes de redistribution de la richesse et de lutte contre des élites s’appropriant les richesses collectives pour embrasser les dogmes néolibéraux. Le Parti Québécois préfère-t-il plaire aux idéologues de droite de La Presse plutôt que d’aller chercher mon vote?

Ainsi, je vais probablement voter pour le Parti Indépendantiste aux prochaines élections si celui-ci peut se sortir de sa grogne interne des derniers mois. Sinon, je risque de voter pour un indépendant ou un parti encore plus marginal. Pour une rare fois, je trouve difficilement ma place sur l’échiquier politique; on a jugé que mes positions ne valaient plus la peine d’être défendues, et moi je décide que ces partis qui m’ont tourné le dos ne méritent pas mon vote.

Car je suis social-démocrate et indépendantiste, donc je ne suis pas péquiste. Je ne suis pas prêt à me boucher le nez pour un parti à peine moins pire que l’ADQ et dirigé par une vieille matante qui a autant de charisme que ma table de cuisine. Et Québec Solidaire? Il est hors de question que je vote pour un parti imposant un quota de femmes chez ses candidats; je suis pour l’égalité des sexes et je crois qu’on doit choisir quelqu’un en fonction de ses idées et pas de son sexe ou de sa race.

Alors, bref, je suis orphelin. On ne veut pas de mon vote. Suis-je le dernier social-démocrate indépendantiste au Québec?

Les élections: la paix ou la démocratie?
27 octobre 2008

Démocratie ou dictature?

Ainsi, nous devrions être appelés aux urnes le 8 décembre prochain. Pendant que l’économie mondiale bat de l’aile et que chaque contrat obtenu de l’étranger se veut un baume sur la plaie béante et purulente que constitue la situation économique actuelle, notre premier ministre Jean Charest préfère penser à ses propres intérêts et annule un voyage en Chine pour espérer s’assurer une majorité lors des prochaines élections.

Charest fait la calcul suivant: on s’en va en récession, elle va être très sévère, probablement la pire depuis des décennies, et si ses pires effets pervers n’ont pas encore atteint le Québec ce n’est qu’une question de temps avant que le feu soit dans la grange et qu’on réclame la tête du coq le plus flamboyant. Car qu’on le veuille ou non, quand ça va mal on se cherche des coupables. Et si le Parti Libéral a une chance d’améliorer son sort, c’est ici et maintenant.

De quoi peut-il avoir peur?

D’un côté, l’ADQ s’en va nulle part; le parti est en train de sombrer dans la discorde interne et au rythme où vont les choses on se demande même si le parti de Mario Dumont serait en mesure de garder une vingtaine de sièges (il en a 39 présentement). Le navire coule, et déjà les rats ont commencé à le quitter.

De l’autre côté, Pauline Marois est égale à elle-même: prétentieuse, hautaine, tenant un discours creux et ayant à peu près autant de charisme que la secrétaire blasée chez votre dentiste. Donnez-lui son 4% à elle, et ça presse! Le PQ est lui aussi prêt à se faire battre, car son but premier est l’indépendance du Québec et Marois a rejeté ce principe, peu importe ce que les poèmes conventionnelo-populistes d’appels à la patrie d’une poignée de béni-oui-oui en fin de semaine laissaient croire. Le PQ de Pauline Marois a tué l’indépendance, et avec une cheffe aussi médiocre le parti n’a pas la moindre chance de gagner les élections.

Jean Charest vogue donc allègrement vers la majorité. Contrairement à Stephen Harper, qui a tenu le même pari et l’a perdu, Charest n’a pas une bande d’Albertains fanatiques à satisfaire et il ne coupera pas dans la culture à quelques semaines des élections. Il va se taper une petite campagne tranquille en martelant que son parti est le meilleur pour faire face aux problèmes économiques et on oubliera ce qu’était réellement le PLQ majoritaire: les écoles privées juives, le Suroît, le Mont Orford, les privatisations, etc.

Alors non, je ne suis pas emballé par cette campagne électorale qui s’annonce déjà ennuyante et au résultat prévisible. Mais je n’irais pas jusqu’à écrire des conneries comme Patrick Lagacé qui affirme que « Après [les élections], si le bon Dieu est bon, la paix pendant quatre ans. »

La véritable « paix », c’est-à-dire l’absence d’enjeux électoraux, c’est celle qu’offre une dictature , éliminant la démocratie… et les journalistes trop irrévérencieux; on devrait peut-être le rappeler à M. Lagacé, lui qui ne vote pas. Car le droit de voter, c’est le droit de chiâler. Quand on reste assis chez soi pendant que ce pour quoi des centaines de milliers de personnes ont donné leurs vies au travers des siècles se met en branle, on est discrédité et pour longtemps.

L’instabilité politique n’est sûrement pas la panacée, mais elle force les élus à se remettre régulièrement au diapason avec la population sous peine d’être relégués dans l’oubli. Et notre démocratie, quoi qu’imparfaite, doit être protégée de tous ceux qui croient avoir des opinions sur tout mais qui ne sont même pas capables de bouger leurs fesses une fois par année pour aller voter.

En ce sens, si la manoeuvre politique de Jean Charest est très « politi-chienne », le texte de Patrick Lagacé fait très « journal-élitiste ». Comme quoi certains ont parfois de la difficulté à s’élever au-dessus du quotidien pour voir les véritables enjeux derrière le processus électoral.


AJOUT: Mes 4-5 derniers commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé ont été censurés mystérieusement effacés. Je me suis plains à Patrick Lagacé, qui évidemment dit qu’il n’est au courant de rien. Vraiment plate comme situation; on suit leur foutu nétiquette à la lettre et suffit qu’on soit en désaccord avec l’auteur pour que les messages « disparaissent mystérieusement »! Ah Gesca et leur censure…

Les intérêts de Sarkozy
19 octobre 2008

Quel petit peuple nous sommes, non? Je revois encore cette conférence de presse caricaturale de Nicolas Sarkozy, venu en coup de vent saluer ceux qu’il considère sûrement comme de loyaux sujets, où ce dernier ventait les mérites d’un Canada uni et s’en prenait presque aux journalistes pour leurs questions un peu trop pointues. Cet homme est une vraie contrefaçon de marionnette de cirque. On le regarde et on se plaît à s’imaginer qu’un tel fantoche aux mains de l’artiste aurait eu l’air trop grossier pour être présenté devant public.

Néanmoins, le simpliste personnage possède une certaine intelligence. Il est un très bon ami de Paul Desmarais, après tout, ce milliardaire trempé dans le pétrole albertain (et possédant La Presse, entre autres) et dont il affirme que ce dernier l’a aidé à se faire élire président de la République française: « Si je suis aujourd’hui président de la République, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et la fidélité de Paul Desmarais ». Il sait où sont ses intérêts et ceux de ses amis. Car si l’affaiblissement de ce qu’il reste du mouvement souverainiste (merci madame Marois!) risque de profiter aux Conservateurs et donc à la Power Corporation de Desmarais, il y a d’autres intérêts en jeu.

En effet, comme le note Parizeau, il y a la question du nucléaire derrière tout ceci. Et bizarrement, le lendemain de l’intervention de Parizeau sortait cette nouvelle d’une possible privatisation partielle d’Énergie Atomique du Canada Limitée (EACL).

Mais que manque-t-il donc au puzzle pour que tout s’explique?

Réponse: Areva.

Cette compagnie, numéro un mondial de la production nucléaire et contrôlée à près de 95% par l’État français, se place en bonne position pour obtenir le contrat du nucléaire au Canada. En outre, Sarkozy essaie de la fusionner avec Alstom et Bouygues pour en faire un véritable colosse qui serait plus à même d’obtenir des contrats à l’étranger, dont au Canada. Et au fait, qui est le directeur d’Areva Canada? Armand Laferrère, qui outre le fait d’être un lobbyiste pro-israélien est un ancien conseiller du président Sarkozy et a déjà signifié l’intérêt de sa firme de devenir actionnaire de EACL.

Et que se passe-t-il donc par la suite? Hé oui! Sarkozy, qui contrôle de fait Areva, vient faire un beau discours sur l’unité nationale permettant à Stephen Harper de se mettre en valeur (et ainsi donner un coup de pouce aux entreprises de Paul Desmarais qui profitent du boom pétrolier albertain) et deux jours plus tard on confirme que AECL risque d’être partiellement privatisée.

La suite de l’histoire pour bientôt: Areva va devenir actionnaire de EACL.

Tout va pour le mieux dans le monde des puissants et pendant que nous nous obstinons à savoir comment redistribuer ce qu’il reste de notre maigre tarte, nous attaquant les uns les autres, eux ils se sauvent avec notre richesse collective et se la sépare entre copains.

Ce sont des gens comme ceux-là qui font que le monde va aussi mal.

AJOUT:Pendant ce temps, je rêve d’un grand chef pour le Parti Québécois, un qui est capable de se lever debout et de dire « Sarkozy, mêle-toi de tes affaires vieux bouc! » au lieu de faire le dos rond et de s’avilir à vouloir démontrer que l’indépendance du Québec (dont elle ne parle plus du tout) serait un projet inclusif (mot vide) et non pas une simple division (concept vide). Je l’ai déjà écrit et je le répète: Pauline Marois fait partie du problème au PQ, pas de la solution.

Manque de volonté
25 avril 2008

Il y a quelque chose de malsain dans tout ce débat à l’Assemblée nationale entourant la décision de Remstar de fermer le service d’informations de TQS et de tout centraliser vers Montréal. On entend à peu près tous les partis en place dénoncer la situation et faire des pieds et des mains pour démontrer leur impuissance et que tout est la faute au CRTC et au fédéral. Pratique. Mais c’est une mentalité de perdants.

En effet, les Charest, Marois et Dumont ne font que montrer leur peu de vision en s’accrochant à TQS comme si soudainement le canal Loft-Story à l’information-spectacle déficiente voire malsaine était une merveille télévisuelle. Nous avons les moyens d’avoir une télévision nationale riche, diversifiée, et avec une excellente information à la mesure de ce que font la BBC en Angleterre ou Radio-Canada chez nos voisins canadiens.

Et cette télévision s’appelle Télé-Québec.

Pendant qu’on les entend s’époumoner qu’ils ne peuvent rien faire, on oublie que autant les gouvernements péquistes que libéraux ont sabré sauvagement dans les budgets de Télé-Québec depuis plus d’une décennie. D’une télévision vivant sur le respirateur artificiel notre télé nationale est devenue une télévision zombie, s’adressant à un auditoire ridicule et offrant un contenu plus que limité.

Ce n’est pas un manque de moyens qui empêchent nos politiciens de protéger la diversité de l’information et la richesse de notre culture nationale à la grandeur de nos régions. C’est un manque de volonté. L’absence de désir ou de fierté de se doter d’une véritable BBC québécoise qui serait le fleuron de notre culture dans le monde francophone et le fer de lance de notre désir de nous affirmer collectivement en tant que société distincte.

Que des partis fédéralistes comme l’ADQ ou le PLQ ne puissent concevoir pareille mesure, on se l’explique. Mais que le PQ ne songe même pas à proposer un refinancement MASSIF de Télé-Québec et l’obligation pour celle-ci d’offrir des bulletins d’information m’éloigne encore davantage de Pauline Marois et de sa bande de bouffons qui se prétendent indépendantistes.

Les Conservateurs ont compris
2 avril 2008

Les Conservateurs ont compris comment se joue la game. Le Québec profond ne veut pas de mesures de ceci, de commissions de cela, de pouvoirs de ceci ou de cela. Non, le Québec profond veut de la reconnaissance, surtout si celle-ci se fait contre « Mourial ». Voilà pourquoi les ruraux ont voté pour le Parti Conservateur la dernière fois, et voilà bien pourquoi le Bloc Québécois doit être profondément inquiet des déclarations de Blackburn selon lesquelles le PC serait prêt à rouvrir la Constitution pour faire une place au Québec.

Mais ne soyons pas dupes: de reconnaître le Québec en tant que nation et même de l’enchâsser dans la constitution ne changera rien. Ça n’empêchera pas des Québécois d’aller se faire exploser la cervelle en Afghanistan pour l’Oncle Sam, ou le Canada de se tenir loin de l’accord de Kyoto, ou le PC d’accentuer le virage à droite entreprit depuis une bonne décennie. Ça ne changera rien.

Sauf que…

Sauf qu’avec le Parti Québécois qui a renié son article un et qui est désormais devenu un parti fédéraliste comme les autres, le Bloc Québécois peut de moins en moins justifier sa présence à Ottawa. Auparavant, il pouvait toujours affirmer « nous préparons le terrain pour l’accession à la souveraineté », mais à quoi ça peut bien servir maintenant que le Parti Québécois a tué le projet? Le PC l’a compris: puisque le projet souverainiste est à l’agonie, c’est le moment idéal pour couper l’herbe sous les pieds du Bloc et leur rappeler qu’ils sont bien loin de chez eux à Ottawa.

Oui, les Conservateurs ont compris. Ils ont compris que la meilleure façon de prendre le pouvoir n’est pas d’offrir la lune, mais simplement de profiter des faiblesses de ses adversaires pour offrir le strict minimum… plus un. Et peu importe si par la suite on gouverne en allant à l’encontre des valeurs des Québécois. « On vous aime, on a reconnu votre nation, maintenant fermez votre gueule et marchez au pas! »