Sixième année bilingue: la SSJB doit agir!
1 mars 2011

Suite à la décision du gouvernement Charest d’angliciser la moitié de la sixième année du primaire, plusieurs, dont moi-même, attendaient impatiemment la réaction de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB). Quelle forme prendrait la dénonciation de cette mesure anglicisante? Un communiqué de presse? Un texte de Mario Beaulieu, président de l’organisme, sur le site de la SSJB? Une conférence de presse avec des linguistes, des professeurs, des spécialistes faisant état des dangers d’un bilinguisme généralisé et des risques d’assimilation dans un contexte d’extrême fragilité de la langue française? Rien de tout ça. La réaction se limita à une maigre remise en question du caractère obligatoire de la mesure, le tout accompagné d’un appui à l’enseignement de l’anglais intensif. La SSJB est-elle tombée sur la tête?

Source de l’image

Deux raisons expliquent la bizarrerie de cette réaction: la capitulation de l’organisme face au culte du bilinguisme et la peur de mener une lutte dont on ne peut espérer de gain à court terme.

La capitulation de la SSJB face au bilinguisme

Cette capitulation n’est pas nouvelle, mais elle n’a jamais été aussi clairement exprimée qu’en ce moment. Comme je l’écrivais l’automne dernier, Denis Trudel, le porte-parole du Mouvement Montréal français (MMF), une créature contrôlée directement du bureau du président de la SSJB, parlait du bilinguisme comme représentant le « mieux pour nos enfants », indiquait que l’anglais représentait « l’ouverture sur le monde » et que la lutte pour le français au Québec ne pourrait se faire au détriment de l’anglais. Un discours en tout point semblable à celui tenu par les détracteurs de la Loi 101 et du Québec français. Évidemment, on ne peut pas accuser Trudel d’être un adversaire du français – j’ai trop de respect pour lui pour même imaginer cela – mais en adoptant le discours de nos ennemis il donne du poids à ceux qui perçoivent l’unilinguisme français au Québec – à la base de tout notre aménagement linguistique et de tous les gains du français depuis les années soixante-dix – comme étant une tare qu’il conviendrait d’éliminer et les privilèges indus de la minorité anglophone comme un « patrimoine » à chérir.

Elle est loin l’époque où, en 1962, la SSJB déposait un mémoire à la Commission Parent réclamant l’unilinguisme français dans toutes les écoles publiques du Québec, à l’exception de celles de la minorité anglophone. La majeure partie des années soixante et soixante-dix fut d’ailleurs consacrée à la lutte contre les écoles bilingues, notamment lors de la crise des écoles de Saint-Léonard, et la SSJB a toujours participé activement à cette lutte contre un bilinguisme dont nous savions déjà qu’il ne pouvait conduire, s’il était généralisé, qu’à notre assimilation progressive, à l’image du destin des Canadiens-français.

La plate-forme de la SSJB et du MMF a beau faire une distinction entre « bilinguisme individuel » et « bilinguisme institutionnel », arguant que la Loi 101 ne s’opposait pas au premier, mais seulement au second, on se doit de poser la question quant à savoir si un trop fort bilinguisme personnel ne risque pas d’entraîner, à terme, un bilinguisme institutionnel. S’il est vrai que la Loi 101 ne s’opposait pas au bilinguisme individuel, on doit reconnaître que dans son esprit elle prônait la possibilité, pour les Québécois, de pouvoir réussir leur vie uniquement en français. Elle faisait la promotion d’une langue française suffisant à atteindre les plus hauts échelons sociaux, laissant à l’anglais le statut de langue étrangère comme d’autres, utile pour les voyages ou les échanges avec des pays anglo-saxons, mais ne devant aucunement être mise sur un pied d’égalité avec le français puisque, comme l’écrivait Joseph Hanse: « mettre les deux langues sur le même pied équivaut à mettre les deux pieds sur la même langue ».

Or, à trop faire la promotion du bilinguisme individuel sous de faux prétextes, notamment celui de la forte présence anglophone sur ce continent – n’était-ce pas le cas en 1977? – nous sommes en train de creuser sous les fondations de l’édifice que nous avons construit. À terme, il risque d’y avoir un point de bascule où des Québécois, unanimement bilingues, deviendraient incapables d’inciter les immigrants à s’intégrer à la langue commune puisque ceux-ci, se faisant comprendre partout au Québec dans la langue de Shakespeare, ne verraient plus d’intérêt à apprendre une langue devenue non seulement locale, mais également facultative. Insidieusement, puisque le bilinguisme individuel se généraliserait et permettrait à l’unilinguisme anglophone de vivre et de prospérer sur notre territoire, on exigerait de plus en plus le bilinguisme institutionnel pour reconnaître une population anglophone en constante progression. Dit autrement: la différenciation « bilinguisme individiuel » et « bilinguisme institutionnel » tient, à terme, d’une schizophrénie.

Ceux qui ont un talent pour les langues devraient pouvoir apprendre les langues de leur choix, mais imposer l’anglais à tous, c’est déjà mettre un pied dans la tombe.

L’impossibilité d’un gain immédiat

Par ailleurs, une autre raison explique la position de la SSJB et il s’agit de l’envers de la médaille d’une grande qualité de Mario Beaulieu: son pragmatisme. Beaulieu n’est pas un des plus grands présidents de la SSJB depuis des décennies pour rien: fort d’une grande expérience au PQ de Montréal-centre, il a su rallier des militants de diverses origines dans des luttes et des actions concrètes. Il n’est pas rare qu’il rassemble autour d’une même table des dizaines de personnes représentant autant d’organismes de la société civile.

Or, ce pragmatisme, cette capacité à se maintenir dans l’action, a forcément le défaut de négliger les combats qui sont plus dans le long terme, c’est-à-dire ceux dont on ne peut attendre un gain dans un avenir prévisible. Il s’agissait d’ailleurs d’un objet de discorde entre lui et moi lorsque je travaillais sous ses ordres: devant mon insistance pour qu’il agisse contre le culte du bilinguisme, il me répétait inlassablement qu’un combat qui ne peut être gagné fait reculer la cause. Il me racontait invariablement quelque anecdote de militants allant au micro dans quelque assemblée politique pour proposer quelque mesure et, une fois la bonne foi étouffée par la majorité, de quelle façon l’idée en tant que telle reculait et perdait de son potentiel de ralliement. Beaulieu, c’est cela: un tacticien hors-pair. Aux échecs, ce serait Mikhail Tal, ou Garry Kasparov. Toujours à la recherche d’une combinaison permettant un gain rapide et sûr. Le corollaire, c’est qu’il néglige les combats à long terme. Pour poursuivre l’analogie échiquéenne, il mésestime l’importance du jeu positionnel à la Karpov, ces coups tranquilles en apparence, mais préparant une action future. Ces replis qui constituent autant de façons de préparer une contre-attaque ou de bonifier une position dont les possibilités tactiques ont été épuisées.

Pourtant, il faut parfois penser à long terme. Il faut se sortir de l’immédiateté d’une situation où le gain à court terme est impossible. Il faut redevenir semeurs et permettre à ceux qui suivent, dans dix ans, vingt ans ou cinquante ans, de jouir d’une position plus solide leur permettant alors, eux aussi, de devenir des tacticiens et de récolter les fruits d’un cheminement intellectuel assumé. Par exemple, quand Olivar Asselin, alors président de la SSJB, a lancé sa campagne du « Sou de la pensée française », suite au Règlement 17 ontarien de 1912 interdisant l’école française, alors que la SSJB a coordonné l’envoi de manuels et de livres en français aux Franco-Ontariens, il n’y avait pas de gain politique ou tactique immédiat à obtenir. D’un point de vue pragmatique, l’opération fut un échec. Mais à long terme, elle jeta les bases d’une solidarité typiquement francophone et permit, en relayant l’injustice dont étaient victimes les Franco-Ontariens, de conscientiser les Canadiens-français du Québec quant à leur statut distinct au sein du Canada, précurseur d’une conception typiquement québécoise de la nation, qui éclora lors de la Révolution tranquille.

C’est la même chose pour la lutte contre le dogme du bilinguisme. À court terme, il n’y a rien à obtenir. Les médias, les journalistes, et la population en général, chez laquelle on martèle depuis vingt ans au moins l’absolue nécessité d’être bilingue avec autant de force qu’on s’y était opposé quelques années plus tôt, sont unanimes dans leur croyance dans les vertus du tout-anglais, drapés qu’ils sont du linceul d’un néo-individualisme allant de pair avec la montée de la droite économique et de cette croyance que la réussite individuelle, maintenant déconnectée de la réussite collective, passe par l’apprentissage de l’anglais.

Si le terrain est stérile en ce moment, la SSJB n’a pourtant pas le droit de refuser de semer pour les générations futures. Elle doit dès maintenant bâtir un argumentaire faisant réellement du français la seule langue nécessaire pour réussir au Québec: elle doit s’opposer à toute mesure imposant l’anglais intensif à l’école ou le bilinguisme à tous les enfants. Ce discours, loin de faire reculer la cause, comme le croit Mario Beaulieu, permettrait plutôt de préparer un futur dont on ne connaît pas encore la finalité. Par exemple, il est possible que la fin annoncée du pétrole à bas prix ou la montée de la Chine provoquent, d’ici quelques années, le recul de l’intégration économique, le retour du local ou l’adoption du mandarin comme linga franca internationale…

Bref, il faut être prêt: il ne faut plus se contenter d’être des cueilleurs du travail d’autrui, mais redevenir des bâtisseurs pour le futur. Un futur qui ne sera peut-être plus fait de reculs linguistiques de peuples intégrés dans un grand-tout anglomane et destructeur d’identités, mais au contraire de peuples véritablement maîtres chez eux et coexistant pacifiquement dans un monde réellement pluriel où le français, en Amérique du Nord, a le droit d’exister.

Pour le bien-être des générations futures et dans l’espoir de meilleurs lendemains pour les peuples, la Société Saint-Jean-Baptiste de Mario Beaulieu doit accepter de combattre le dogme du bilinguisme. Si elle ne se décide pas à le faire, toutes les lois 101 au monde ne pourront rien faire contre un peuple ayant abdiqué de sa francité et ayant adopté l’anglais comme ultime valeur.

Pourquoi j’ai décidé de joindre le RRQ
3 décembre 2010

Un jour, il y avait un peuple qui avait peur, qui n’existait que sur la pointe des pieds. Un peuple dont on niait l’existence depuis des siècles et qu’on aurait aimer éliminer. Un peuple dont on diluait l’identité dans un grande fourre-tout canadien n’ayant comme finalité que de détruire sa spécificité.

Un jour, pourtant, ce peuple a changé. Il s’est pris en main, il s’est affirmé, il s’est libéré de ses chaînes. Il a réussi à jeter les bases d’une existence francophone à long terme en Amérique du Nord. Même s’il craint encore de se libérer intégralement, il est aujourd’hui reconnu par ses semblables peut-être pas encore comme on regarde un égal, mais il a à tout le moins obtenu le respect.

Ce peuple a changé.

Et si un peuple peut changer, tout le monde peut changer.

Source de l’image

Je n’ai jamais aimé les mouvements trop organisés. Je n’aime pas qu’on me dise comment penser ou agir. J’aime rester libre de mes idées.

Je me souviens, entre 1996 et 1998, j’étais à la fois membre du Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ) de Raymond Villeneuve et de l’Association pour la défense des droits sociaux (ADDS) de Montréal-Métropolitain. J’étais vraiment jeune, même pas majeur, mais je portais en moi déjà les germes des deux causes qui sont miennes: la libération nationale du Québec – qui s’est transformée en un désir encore plus fort et précis de sauvegarder avant tout notre langue – et une société économiquement plus juste où les pauvres ne seraient pas laissés de côté.

Or, il m’est arrivé deux anecdotes assez intéressantes. À peu près au même moment, en plus, ce qui augmente l’ironie de la chose.

D’un côté, avec le MLNQ, nous avions eu une réunion dans un café rue Saint-Denis si ma mémoire est bonne. Et je me souviens d’individus tenant un discours résolument de droite m’ayant fait sentir absolument pas à ma place. J’avais parlé de mon militantisme à l’ADDS avec le résultat qu’on a méprisé celui-ci, qualifiant cette cause de « défense des B.S. » ou autres quolibets. Je suis peut-être retourné une ou deux fois dans des activités, notamment lorsqu’on a « attaqué » des partitionnistes dans l’ouest de l’île, mais je n’étais plus bien avec ce groupe.

De l’autre côté, j’avais une réunion à l’ADDS près du Stade Olympique. Et lorsque j’ai dit que je militais également pour le MLNQ, je me suis fait sortir du local en me faisant crier des noms comme quoi j’étais facho, raciste, etc. Nul besoin de dire que si j’ai gardé ma carte de membre encore un moment, je ne l’ai pas renouvelée.

Ces deux expériences ont fait monter en moi le désir d’allier ces deux causes qui me sont chères et m’ont incité à me poser les questions suivantes: comment libérer le Québec si ses plus pauvres ne le sont pas, et comment intéresser ceux-ci à la cause nationale s’ils sont laissés de côté?

Aussi, elles m’ont fait comprendre que je ne serais jamais heureux dans un mouvement désirant embrigader ses membres.

* * *

L’automne dernier, je travaillais à la SSJB. Mario Beaulieu était venu me chercher pour mes talents d’écriture. Qu’ai-je fait pour la Société? Rien de très révolutionnaire: des discours, des communiqués, de la recherche, etc. La SSJB est une grande organisation et Mario Beaulieu savait comment gérer son équipe.

D’une manière fortuite, à un certain moment, j’ai entendu des anecdotes. Diverses anecdotes. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais certaines personnes que je croyais reliées au RRQ avaient eu des problèmes avec la SSJB et ne pouvaient même pas s’y pointer. Incidemment, j’ai eu un conflit sur Facebook avec une de ces personnes, ce qui a engendré des conséquences plutôt désastreuses en ce sens que le conflit s’est transformé d’une affaire entre un individu X et la SSJB en une guerre ouverte entre moi et Patrick Bourgeois, dirigeant principal de l’organisation. Comment cela a-t-il été possible, je ne le sais même pas encore clairement aujourd’hui. Je dirais que j’ai écrit un texte qui a été mal écrit, que des gens l’ont mal compris, que j’ai tenté maladroitement de me justifier, que je me suis emporté, que j’ai le sang chaud, que je m’y suis pris un peu au sérieux, etc. Bref, la grosse merde. Et le fait que j’avais critiqué certaines méthodes du RRQ, notamment celle de ne pas porter plainte à la police quand on agressait un de ses membres, n’a sûrement pas aidé.

Malgré le conflit qui était devenu davantage un conflit d’égo entre moi et Patrick Bourgeois qu’entre moi et le Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), j’ai eu, au cours de la dernière année, un respect croissant pour ce qu’a fait notamment Les Éditions du Québécois, avec son livre dénonçant le génocide culturel des francophones du Canada, ou avec sa réédition de Jules-Paul Tardivel, un homme qui aurait avantage à être mieux connu, même s’il voulait tout autant la protection du français en Amérique que l’établissement d’une théocratie.

J’aurais eu plusieurs occasions de régler le conflit avec Patrick Bourgeois. René Boulanger me l’avait même offert une fois, et j’ai eu la chance de travailler avec lui dans une relation extrêmement positive alors que j’ai préparé les textes qui ont été lus lors du spectacle du 11 avril dernier. Mais le fruit n’était pas mûr.

Pas encore.

Pourquoi l’est-il aujourd’hui? Simplement parce que le respect croissant que j’ai pour les activités du réseau a dépassé l’orgueil de conflits qui n’ont pas leur raison d’être. Autrement dit: je réalise que c’était con. Et je le fais en tant que simple citoyen, ne travaillant plus pour la SSJB – j’avais choisi d’y réduire drastiquement mes heures pour des raisons personnelles et Mario m’avait rendu les choses plus faciles en me proposant de m’offrir des contrats ponctuels à la place.

C’était con. C’était foutrement con.

Ce qui était con, ce n’était pas seulement ce conflit entre moi et Patrick Bourgeois, ou entre moi et le RRQ en général (ce qui s’est transposé en conflit avec au moins un autre membre du réseau), mais plutôt l’idée qu’il puisse y avoir quelque chose d’assez important pour me faire oublier que le RRQ représente la plus grande partie de mes croyances.

Je cherchais à comprendre pourquoi autant de gens ressentaient le besoin d’afficher ces trois lettres, jusqu’à en faire des vidéos où celles-ci prenaient presque la plus grande partie de l’image, mais j’ai également compris que tout est une question de symbole et que ce symbole que représente le RRQ en est un d’espoir pour une partie croissante de la population.

En clair, ces conflits étaient stupides parce qu’au niveau de la communauté de pensée, j’étais d’accord avec 95% de ce que proposait le RRQ. Et de plus en plus, au fur et à mesure que je constatais la pusillanimité de certains membres influents d’autres organisations – la petitesse de deux historiens ayant refusé que je m’en prenne à la mollesse intrinsèque du Devoir et ayant réclamé ma tête à la SSJB pour ne nommer qu’eux – et que mes recherches pour l’écriture d’un livre sur la langue française me faisaient comprendre la nécessité d’adopter des gestes de cassure – des gestes radicaux – pour sauver notre langue, je réalisais qu’il n’y avait pas « un » RRQ, mais « des » RRQ, c’est-à-dire que le réseau permet une certaine liberté de pensée en son sein et qu’il n’impose pas de mot d’ordre précis – du moins c’est mon impression alors que j’écris ce texte.

Je ne suis pas un militant au sens classique du terme. Je suis un auteur, un écrivain, un blogueur, un recherchiste, un ce-que-vous-voulez-qui-tape-sur-un-clavier. J’ai de la gueule, je dérange. Mais j’ai choisi de me joindre au RRQ également parce que ce mouvement dérange. Parce qu’on aimerait le faire taire. Parce qu’on en a peur. Parce qu’il représente la frange la plus radicale de la société et que l’indépendance – quoi qu’on en dise – constitue un geste de rupture impliquant une bonne dose de radicalisme.

Si je rejoins le RRQ aujourd’hui, ce n’est pas pour y changer quoi que ce soit, ni pour militer activement dans ses instances. C’est avant tout un vote d’appui, un coup de pouce signifiant que si je ne suis pas d’accord avec tout ce que font tous les membres du réseau, j’approuve la direction du mouvement et je considère que celui-ci, dirigé par Patrick Bourgeois, avec l’aide de René Boulanger et l’appui intellectuel de Pierre-Luc Bégin, est le mouvement le plus en mesure de faire avancer la cause des résistants.

Car contrairement au MLNQ de 1996-97, qui constituait un mouvement me semblant davantage d’arrière-garde et moins orienté vers le futur, le RRQ est à la fine pointe de la recherche de moyens permettant aux peuples en situation minoritaire d’assurer la survie de leur langue et de leur identité.

Face au rouleau-compresseur d’une anglomanie rampante qu’on veut nous faire passer pour une ouverture, viendra peut-être le jour où ce seront d’autres peuples qui se tourneront vers le Québec à la recherche de façons de sauver leur langue et de protéger ce qu’ils sont. Cette résistance, cette construction d’un nouveau monde pluriel où les peuples aspirent à survivre, elle se fait grâce à des mouvements comme le RRQ et c’est avec fierté que je choisis d’ajouter ma voix aux milliers de Québécois qui ont déjà compris qu’il y a un seul destin qui attend un peuple qui se couche: la disparition.

Nous sommes en guerre. Si nous ne nous battons pas, nous disparaîtrons.

L’heure n’est plus aux divisions.

Salle comble pour le rassemblement pour la loi 101!
11 avril 2010

La ministre Christine St-Pierre avait affirmé qu’elle voulait attendre de voir l’ampleur du rassemblement de cet après-midi, au Monument National, avant de décider s’il témoignait de l’humeur de la population quant à la nécessité d’agir pour imposer la loi 101 aux écoles non-subventionnées. Manifestement – selon ses propres règles – le Québec lui demande de bouger: c’est dans une salle comble qu’ont défilé artistes, représentants, politiciens et citoyens. Pire: il a fallu refuser l’accès à plus deux cents personnes tellement la salle débordait; en tout, on parle de plus de 1000 personnes qui se sont déplacées pour cette lecture de textes sur la loi 101.

Dès le point de presse, quelques minutes avant le début du spectacle, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal, Mario Beaulieu, a donné le ton: « Nous ne reculerons plus; c’est assez! » Faisant écho à ces paroles, il a enflammé la foule dès le début du rassemblement, avec un discours percutant: « Ce n’est pas seulement à la loi 101 qu’on s’attaque aujourd’hui; c’est à notre existence, à notre désir de survivre dans un monde qui a besoin de la diversité de notre présence plus que jamais ». À l’image de plusieurs des invités de la journée, M. Beaulieu a demandé au gouvernement Charest d’appliquer la loi 101 aux écoles non-subventionnées et d’en finir avec les passe-droits aux anglophones.

Le spectacle, lui-même, fut à la hauteur. Les textes, soigneusement choisis par votre humble serviteur, ont été énoncés avec une énergie que décuplait la présence de la foule, alerte, prête à scander, à crier, à applaudir chaque tirade. Entrecoupées d’interventions toutes aussi pertinentes que professionnelles d’un Denis Trudel en grande forme, c’est une véritable ode au Québec français qu’ont offert Patrice Coquereau, Danielle Proulx, Dominique Pétin, Jean-Claude Germain et plusieurs autres artistes.

Le moment fort de l’événement fut sans aucun doute le discours du député péquiste Pierre Curzi, qui a littéralement soulevé la foule avec sa verve et son appel à l’action. S’il restait une dizaine de personnes assises après sa performance éblouissante, c’était beaucoup. M. Curzi, même s’il n’a pas encore explicité sur les moyens qu’il préconise pour sauver notre langue, a vertement dénoncé le recul du français et a exigé un engagement plus ferme pour défendre la langue commune des Québécois.

Biz, du groupe Loco Locass, a délivré un vibrant plaidoyer contre La Presse et ses éditorialistes mollassons, qui tentent de nous convaincre que tout va bien Madame la marquise pendant que tous les signaux de l’usine nucléaire de notre identité sont virés au rouge. « Levez la main ceux qui sont abonnés à La Presse, a-t-il demandé. Quelques mains se sont levées. Demain matin, vous allez vous désabonner. Nous ne devons pas financer nos ennemis! » Étrange tout de même comment l’histoire se répète, alors qu’Olivar Asselin, dont plusieurs citations ont été utilisées pendant le spectacle, traitait déjà La Presse de « putain de la rue Saint-Jacques » il y a déjà un siècle. « Vous voulez lire le journal, achetez Le Devoir » a ajouté Biz, devant la foule en délire.

Seules ombres au tableau, quelques radicaux ont hué Françoise David, de Québec Solidaire, alors que celle-ci a pourtant été la seule politicienne à parler clairement d’indépendance, ce que n’ont fait ni Curzi, ni Gilles Duceppe, qui a livré, lui, un discours correct, mais sans plus. Denis Trudel a rapidement calmé le jeu: « Nous sommes tous du même côté ici ». Voilà qui avait le mérite d’être clair, ce qu’ont confirmé les applaudissements nourris des spectateurs et l’ovation qu’ils ont réservé à Mme. David à la fin de son discours. Ce sont les mêmes individus qui avaient conspué David qui ont ensuite applaudi chaudement un certain orateur qui, nonchalamment, a lu ses textes avec les mains dans les poches.

Ceci dit, ce serait manquer de respect à l’événement que de se concentrer sur la poussière dans les coins. Ce fut un rassemblement majeur, poétique, lyrique, avec l’appui d’extraits visuels percutants et une déclaration commune, lue par une Danielle Proulx devant une cinquantaine de représentants de la société civile, à la fin, qui saura coucher les barrières et réunir l’ensemble des citoyens pour une cause qui leur est chère: la défense de notre langue commune.

Dans l’histoire des grands événements du Québec français du début du vingt-unième siècle, celui-ci s’imposera comme un tournant, peut-être comme le moment où les Québécois ont cessé d’avoir peur et de se sentir coupables et où ils ont réalisé que c’est en s’unissant, malgré nos différends quant aux moyens, qu’on pourra atteindre l’objectif de protéger notre langue et d’assurer, ainsi, la continuité de l’existence du peuple québécois et sa contribution à l’enrichissement de la diversité humaine.

La balle est maintenant dans le camp de la ministre St-Pierre. Elle doit la frapper avec force, et sans hésitation.

C’est ce que le peuple québécois demande. C’est elle qui l’a affirmé.


Voir quelques photos de l’événement.
Lire certains des textes utilisés.

Quand The Brick achète notre fierté pour 25$
6 janvier 2010

Combien vaut notre fierté linguistique? L’entreprise The Brick a réussi à répondre à cette question: vingt-cinq piastres! C’est ce qu’elle a offert à un client offusqué d’avoir reçu une circulaire publiée entièrement en anglais et distribuée dans le temps des Fêtes un peu partout dans la région de Montréal. Pas d’excuses officielles dans les journaux, pas de mea culpa sur la place publique pour avoir violé la loi fondamentale des Québécois, pas d’explications alambiquées; chez The Brick, on sort une poignée de pinottes et on les garoche au premier venu.

Source de l’image

Quand Claude Dumoulin est arrivé aux bureaux de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal pour se plaindre, lundi, il n’était vraiment pas de bonne humeur. Qu’importe, l’individu habitant Laval-des-Rapides a opéré un large détour pour dénoncer cette situation. « C’est très fâchant, c’est une insulte », a-t-il expliqué à Mario Beaulieu, président de la SSJB. « Ils m’ont donné vingt-cinq dollars pour me faire taire ».

Déjà, le 21 décembre, des lecteurs de ce blogue m’avaient averti de la situation, et quelques jours plus tard, Impératif français avait dénoncé la dite circulaire, envoyée à Saint-Léonard cette fois. Il semble donc que l’envoi ait eu lieu à plusieurs endroits et qu’il ne s’agit pas d’une erreur isolée. Ce sont des milliers de foyers qui ont reçu ce « cadeau » de Noël.

En outre, il était possible de lire, dans les petits caractères, que certaines des promotions affichaient des prix différents au Québec, que la livraison était disponible à Montréal, que les heures d’ouvertures variaient pour la province. Bref, quoi qu’on en dise, cette circulaire s’adressait effectivement aux citoyens du Québec, et on n’avait pas envoyé par méprise celle de Winnipeg ou de Vancouver. Pour The Brick, le Québec n’existe pas; le Canada forme une même et unique nation anglophone d’un océan à l’autre. Et si vous osez vous plaindre, on vous enfoncera la face de la reine et du « Siré » Wilfrid Laurier dans la gorge.

Quel est le prix de la fierté?

The Brick a peut-être considéré qu’il était plus rentable d’envoyer une circulaire entièrement anglophone au Québec et de payer vingt-cinq dollars aux aborigènes qui osaient se plaindre que d’en imprimer une dans la langue nationale. Simple question de ratio coûts/bénéfice: quand la population est apathique, quand elle n’ose plus exiger qu’on la respecte, quand la priorité numéro un de la cheffe du Parti Québécois est l’apprentissage d’une langue étrangère, et quand notre loi 101 ressemble de plus en plus à un chihuahua qui jappe mais qui ne mort pas, c’est ce genre de situations qui risque de se produire. On regarde le pitou aboyer, et on part avec le téléviseur.

En fait, cet épisode en dit plus long sur nous, Québécois, que sur The Brick elle-même. Que The Brick nous insulte en refusant de s’adresser à nous en français ou qu’elle tourne le fer dans la plaie en cherchant à acheter le silence des plaignants ne devrait même plus nous surprendre. Nous avons peur d’exiger le français, nous nous contentons de peu; un français de qualité médiocre, des publicités bilingues, puis éventuellement le remplacement de notre langue par l’anglais. Nous sommes des moutons avec un néon lumineux accroché sur les fesses où est écrit « Tondez-moi » et nous feignons la surprise lorsqu’on se retrouve dénudé l’hiver venu.

The Brick a fixé le prix de notre fierté parce que nous avons refusé de le faire. Nous préférons l’accommodement, la bonne entente, la ronde où tout-le-monde-il-est-gentil, où tout-le-monde-il-est-fin, où tout-le-monde-il-se-tient-par-la-main-et-danse. Nous acceptons de travailler dans une langue étrangère pour des salaires médiocres, nous décidons de faire fi de nos valeurs quand nous acceptons de nous faire servir en anglais dans des commerces, nous refusons de donner la moindre valeur à notre spécificité humaine. Nous sommes uniques, nous sommes riches, nous avons une culture merveilleuse, mais nous la méprisons en refusant de la protéger. Nous nous traitons comme de la merde, et The Brick a simplement donné un prix à ces excréments culturels.

Que des gens un peu partout se soient sentis offensés constitue une bonne chose. Que des citoyens bien ordinaires, des travailleurs, des hommes d’affaires, des Québécois comme Claude Dumoulin, ait décidé de réagir montre qu’il y a de l’espoir. Mais pour chacun d’eux, combien se sont simplement contentés de hocher la tête et d’accepter qu’on les traite comme des citoyens de seconde classe? Pour quoi, au fait: un téléviseur à écran plat, un divan, une laveuse frontale?

Le jour où nous serons réellement fiers de notre héritage, de telles situations ne pourront plus se produire. La personne qui aura pris la décision d’envoyer ces circulaires ou d’offrir le vingt-cinq dollars sera déjà à attendre dans une file de chômage et une juteuse amende pénalisera la compagnie. Et on n’aura plus à se demander si la loi 101 doit couvrir telle entreprise, telle publicité, tel pourcentage de prédominance du français; il sera simplement normal qu’au Québec, au sein de cette grande nation francophone, tout se fait en français car c’est la seule et unique langue commune.

Et ça, ça n’a pas de prix.