Merci aux témoins de Jéhovah et autres manipulateurs
14 septembre 2009

J’ai fait l’erreur une seule fois de parler quelques minutes avec des témoins de Jéhovah venus me tirer du sommeil le samedi matin. Une fois de trop. À ne jamais faire. J’aurais dû agir comme un ancien collègue de travail qui s’était déshabillé et avait ouvert la porte dans le plus simple appareil. Plus jamais eu de nouvelles, lui. Moi, je reçois toute sorte de documentation, incluant la revue Réveillez-vous!. Je ne la lis jamais, mais je la feuillette parfois. Je crois en Dieu, mais je ne suis pas pratiquant. Je n’ai pas besoin d’intermédiaires entre moi et mon Dieu. Et, d’une certaine façon, je suis toujours émerveillé de constater de quelle façon certains essaient de se servir des vulnérabilités d’autrui pour leur imposer quelque chose d’aussi personnel et intime que la foi.

merci-temoins-jehovah

Source de l’image

Ce mois-ci, la dépression. Sujet qui me touche. Comme à peu près tout le monde de ma génération qui a dû renoncer à une parcelle d’humanité pour s’imbriquer dans ce monde un peu fou sans perdre complètement la boule. Comment est-ce que les témoins de Jéhovah peuvent-ils parler de dépression? me suis-je demandé. Comme d’habitude: avec un gros deux par quatre derrière la tête et les couilles branchées sur une batterie d’auto. En utilisant votre faiblesse pour essayer de vous gagner. Mais non, ce n’est pas de la torture, ce n’est pas utiliser ce qui va mal dans votre vie pour vous utiliser; c’est pour votre bien. Avez-vous remarqué que tous ceux qui veulent vous vendre quelque chose – un Slapchop, une voiture, le paradis – le font toujours pour votre bien?

Page 7. Comment « parler de façon réconfortante aux déprimés ».

Une suggestion:

« J’admire les qualités chrétiennes que tu manifestes malgré tes problèmes de santé. Tu souhaiterais peut-être faire plus encore, mais Jéhovah t’aime tel que tu es, et nous aussi. »

Une autre:

« J’ai pensé à toi quand j’ai relu ce verset que j’aime énormément. » (Puis lisez ou citez le verset en question).

Et le conseil final, la phrase qui vend comme on dirait en marketing: « N’oubliez pas: bannissez le ton moralisateur. »

Je ne sais pas pour vous, mais si j’étais en dépression, je courrais probablement jusqu’au pont le plus près pour me lancer en bas après avoir entendu quelqu’un me parler ainsi. Car ce n’est pas du réconfort qu’on offre ainsi, mais c’est plutôt une véritable entreprise de manipulation visant la faiblesse de quelqu’un et son incapacité à bien utiliser ses défenses pour chercher à profiter de lui. Ce sont ces gens, ces mêmes gens qui ont entouré mon oncle à la mort de ma tante (sa soeur) et qui ont tenté de le ramener vers eux au sous-sol du salon funéraire. Ce sont ces personnes qui manipulent au nom de l’amour, et ce sont leurs semblables qui ont tué au nom du Seigneur au cours des derniers deux mille ans.

Tranche de vie

Faut dire, j’ai mes raisons de détester ce genre de manipulation. On m’a fait le coup, moi aussi. Pas au nom de l’amour de Jéhovah, mais plutôt des liens familiaux. Oui-oui.

Mon grand-père est mort il y aura bientôt cinq ans. Il a été comme un père pour moi. Dans les dernières années de sa vie, je gérais un de ses blocs à appartements à Montréal. Et il me disait toujours: « un jour, ce sera à toi ». Et il vieillissait. Et sa santé vacillait. Et moi, j’étudiais, je m’endettais. Je vivais au-dessus de mes moyens. Je me disais que ça importait peu car de toute façon j’aurais un bloc de 300 000$ à moi (une maigre partie de l’héritage total donné à ses enfants) et je pourrais tout rembourser.

Et il est mort, comme ça, en janvier 2005, après une opération au coeur. Erreur médicale. Cinquante minutes que ça a pris à une équipe de secours pour venir l’examiner quand il a commencé à être en détresse respiratoire. Cinquante minutes. Au centre de cardiologie de Montréal. Enfin, bref, j’étais sous le choc. Et son testament qui n’était pas à jour. Et une personne dans ma famille, que je ne voyais plus depuis plusieurs années à cause de ses tendances manipulatrices, de me dire: « Ne t’inquiète pas: on va s’occuper de cela ensemble, et oui, le bloc sera à toi. » Car oui, au-delà de la mort de mon grand-père, j’étais nerveux. Je devais plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Que s’est-il passé ensuite? Le dernier testament a été invalidé, et la personne m’ayant fait toutes ces belles promesses pour que je revienne vers elle m’a donné 10 000$ et trois mois pour quitter le bloc. Elle a renié sa promesse et m’a privé de mon héritage. Et aujourd’hui encore, je dois payer l’équivalent d’une voiture de luxe ou d’un deuxième loyer à tous les premiers du mois pour payer ce tribut de la confiance que j’ai eue. Alors oui, la manipulation et l’utilisation de la faiblesse de quelqu’un, je connais.

La vraie force

Si je dois encore aujourd’hui vivre comme un pauvre et me priver d’à peu près tout ce qu’un individu de mon âge travaillant comme je travaille peut faire, si je dois remettre mes rêves à plus tard, je ne suis pas trop amer pour autant. Pourquoi? Parce que j’ai trouvé l’origine de la vraie force. La seule force.

La mienne.

Ce ne sont ni des témoins de Jéhovah ni quelque personne manipulatrice que ce soit qui peuvent aider quelqu’un à se sortir d’une période difficile, que ce soit un deuil ou la dépression. La force est en soi. On doit atteindre ce niveau de conscience où on réalise que les épreuves que nous subissons ne sont peut-être pas un fardeau, mais au contraire un formidable moyen d’enrichir sa personnalité. Ce sont les graines plantées dans un sol aride et que nous avons la possibilité d’arroser nous-même pour qu’un jour, éventuellement, l’arbre porte ses fruits.

Pour ma part, ce jour approche. Les fleurs commencent à sortir; elles sont bleues et jaunes, avec un peu de orange. Elles représentent ce blogue, qui me permet non seulement de m’exprimer mais qui devrait, sous peu, me permettre d’assurer une partie de ma subsistance. Je ne veux pas en dire davantage tant que le contrat ne sera pas signé, mais du sol aride l’arbre a grandi et les fleurs sont là, simplement. Malgré l’adversité, mais aussi grâce à elle.

Ainsi, si vous croisez un témoin de Jéhovah ou une personne manipulatrice, dites-leur merci. Merci d’être de tels crétins de la magouille et merci de nous forcer à devenir plus fort en nous rappelant que le monde est rempli jusqu’au bord de personnes cachant leurs sombres manigances derrière de bonnes intentions. Merci de nous apprendre cette vérité: en ce monde, nous sommes toujours seuls avec notre gueule. Et ce ne sont pas toutes les épaules qui acceptent les épanchements sans avoir leurs propres intérêts.

« Réveillez-vous! » me lance la revue. Je suis très réveillé et mon regard s’avère plus perçant que jamais quand je constate qu’on peut utiliser la misère du pauvre monde pour les manipuler.

Publicités

Game Over: les miroirs craquent
28 novembre 2008

jeu-de-miroirs

Alors qu’il était premier ministre de la Chine au début des années 2000, Zhu Rongji avait réuni économistes, fonctionnaires, spécialistes de la finance et autres experts pour découvrir les meilleures possibilités de placements pour la Chine. Ceux-ci lui furent présentés comme « un miroir qu’on met face à un autre miroir, et ainsi de suite jusqu’à l’infini ».

Comment appeler différemment tous ces produits dérivés? Alors que le commerce mondial journalier n’atteint pas 50 milliards $, que le PIB mondial (valeur de la production des biens et services) frôle les 150 milliards, à quasi-égalité avec les marchés boursiers, les marchés de change s’élèvent à plus de 1700 milliards $ et les produits dérivés plus de 5600 milliards $! ((Le Monde diplomatique, novembre 2008, p.20)) C’est une incroyable bulle financière qui a été créée de toutes pièces. Ce que les néolibéraux appelaient « création de richesse » avant le krach apparaît maintenant dans toute sa clarté: il ne s’agissait que d’un reflet de la richesse, projeté par un ingénieux système de miroirs pour faire croire qu’on créait de la richesse avec du vent là où pourtant rien ne se créait.

Fort de cette compréhension de l’économie, la Chine a pu mettre la pédale douce et modérer ses investissements. Voilà pourquoi elle se trouve en bien meilleure position que beaucoup d’autres pays aujourd’hui.

Dans les faits, ce n’est pas seulement une crise financière qui ébranle le monde; il s’agit également d’une crise idéologique. Alors que la majorité des pays de la planète avaient souscrits au consensus de Washington depuis la chute du mur de Berlin, cette idéologie néolibérale consistant à appliquer les recettes drastiques du FMI et de la Banque Mondiale pour libéraliser et dérèglementer les économies, on voit poindre aujourd’hui un nouveau consensus, que certains seraient prêts à appeler « consensus de Pékin ».

En effet, devant l’échec retentissant de l’idéologie néolibérale, où même ses plus grands promoteurs nationalisent banques et compagnies d’assurances et épongent ainsi les déficits pharaoniques de ces colosses au pied d’argile, il semble que les politiques plus modérées de la Chine deviennent peu à peu un exemple à suivre.

Ce consensus de Pékin, tel que défini par l’économiste Joshua Cooper, contient trois théorèmes:

  1. Il faut mettre l’accent sur l’innovation;
  2. Il faut prendre en considération le Produit national brut (PNB) mais aussi la qualité de vie et une certaine forme d’égalité qui empêche le chaos;
  3. Il faut laisser les pays indépendants, libres de leurs propres décisions, sans se faire imposer quoi que ce soit par une puissance étrangère.

Évidemment, on est encore dans une économie capitaliste avec ce consensus, mais cette forme de capitalisme est beaucoup moins extrémiste et dangereuse. On reconnaît enfin la nécessité d’avoir une société cohérente où la pauvreté ne doit pas être extrême. On comprend enfin qu’une société largement inégalitaire entraîne des coûts sociaux et humains qui minent la croissance et empêchent la réalisation du plein potentiel des individus et des peuples.

Face au jeu de miroirs néolibéral se dessinera-t-il enfin un jeu de vitres ouvertes sur le monde où la manipulation et l’enflure spéculative sont remplacées par l’observation objective et rationnelles des conséquences des politiques économiques?

Si le mur de Berlin est tombé en 1989, c’est un autre mur qui s’écroule devant nos yeux. S’il restera toujours quelques fanatiques qui essaient de recoller les morceaux cassés du miroir néolibéral, à l’image de ces communistes pour qui 1989 ne signifiait rien de particulier, ceux-ci deviendront progressivement une minorité, une relique passéiste d’une idéologie qui a eu sa chance et qui a lamentablement échoué.

Game Over.

Obama ou McCain: bof, tu sais…
3 novembre 2008

Démocratie?Ma première idée consistait à écrire en détails pourquoi je me fous éperdument de savoir qui de Barack Obama ou John McCain gagnera les élections présidentielles états-uniennes de demain. Je m’étais préparé mentalement à mettre à l’eau cette vieille chaloupe dans la mare aux arguments où je puise généralement mes idées et à y jeter ma ligne, me préparant à repêcher quelque signe de l’inutilité de ces élections. J’aurais sûrement déniché de beaux poissons, et j’aurais pu parler du fait qu’Obama a donné son premier discours en tant que candidat officiel du Parti Démocrate devant le plus puissant lobby juif, qu’il désire bombarder le Pakistan, qu’il ne remet pas en question l’unilatéralisme de Washington, qu’il propose des politiques économiques très à droite s’adressant principalement aux gens faisant un bon salaire, etc.

« Bof, tu sais… »

À l’époque, quand j’étais adolescent et que je me croyais adulte parce que deux-trois poils noircissaient mon menton, j’avais adopté cette expression: « bof, tu sais… ». Concrètement, ça voulait dire: « tout m’est égal, c’est du pareil au même, j’en ai rien à cirer ». Et c’est comme cela que je me sens aujourd’hui face aux élections états-uniennes: j’en ai rien à cirer. Car Obama ou McCain, c’est la même merde et ce ne sont que des pantins au service d’une élite non-élue qui s’approprie les richesses collectives et appauvrit la population de ce pays depuis des décennies.

Si je pouvais m’imaginer un fantasme, celui de prendre possession des ondes et de me payer un trente minutes de publicité pour m’adresser directement au peuple états-unien, je lui dirais franchement: « Bof, tu sais… » Et je m’imagine la réponse: « Non, on ne sait pas! On veut croire! »

J’ai toujours trouvé que le « We believe » de Obama ressemblait au « I want to believe » des X-Files. « I want to believe » que George W. Bush était une aberration et qu’un autre président saurait redonner un peu de lustre à une classe moyenne disloquée, détruite après plus de trente ans de réformes néolibérales. « I want to believe ». Les gens veulent tellement croire Obama; ils ne voient même plus que ce que ce dernier propose est une version édulcorée de la même politique de Bush, Clinton, l’autre Bush, Reagan, alouette! Le vrai pouvoir ne s’élit pas à Washington; il choisit ses pions qui pourront le mieux représenter ses intérêts tout en plaisant au peuple. Obama est noir, jeune, fringant, nouveau… mais ses idées sont aussi vieilles que la nuit. Seule l’apparence du pouvoir a changé, pas le pouvoir lui-même.

Alors excusez-moi, mais mercredi matin pour moi il n’y aura qu’un perdant, peu importe le résultat: le peuple états-unien. Ce sera encore une fois le triste constat d’une démocratie abâtardie où l’argent peut tout acheter et où le mensonge et la manipulation sont les deux mamelles auxquelles s’accrochent des désespérés qui ne réalisent pas que le parti Démocrate et le parti Républicain sont les deux facettes d’une même élite de droite qui a davantage à coeur son profit que les intérêts de la majorité.

Le bout du chemin pour le Bloc?
11 septembre 2008

Des lettres ouvertes, La Presse en reçoit des dizaines de milliers par année. Elles finissent, pour la plupart, à la fin du premier cahier, sous la section « Opinions », et si on gratifie les personnalités plus connues d’une photo et d’une demi-page, les autres n’ont droit qu’à un petit espace plus que limité où on y encastre leurs idées, n’hésitant pas à couper leurs textes s’ils ne s’y insèrent pas parfaitement.

Dans le cas de Jacques Brassard, cependant, on a mis sa lettre ouverte en première page du journal. À mon avis, il s’agit simplement d’une tentative de manipulation de l’opinion publique de la part de La Presse et d’une énième attaque camouflée contre le Bloc Québécois, la seule alternative sérieuse au Parti Conservateur au Québec.

Ceci dit, le débat est lancé, qu’on le veuille ou non. Et je suis d’accord avec le plupart des analystes et blogueurs qui qualifient l’analyse de Brassard de faible, voire simpliste, et qui dénoncent les idées très à droite de l’ex-ministre péquiste.

Chantal Hébert souligne l’extrême simplicité de son analyse:

La comparaison avec le NPD est simpliste. L’idée d’une déviation à tout crin vers la gauche ne résiste pas à l’analyse du travail du Bloc aux Communes.

La tête à Papineau publie deux textes que M. Brassard a déjà envoyés au journal Le Quotidien plus tôt cette année, où l’ancien homme politique qualifie les changements climatiques d’insignifiants et encense George Bush tout en affirmant que John McCain sera le meilleur pour lui succéder.

Le Lendemain de Brosse a écrit un texte particulièrement corrosif pour dénoncer le « torchon » de Brassard:

Il va sans dire que Brassard a une admiration sans borne pour les États-Unis, ce pays qui a réussi à créer 7 millions de nouveaux pauvres durant le règne de Bush, une ancienne superpuissance économique qui est maintenant l’ombre d’elle-même, un royaume devenu une cabane, où la pauvreté monte en flèche et la dégénération des services sociaux menace véritablement le fameux rêve américain. Et dire le contraire ferait de vous le porte-étendard de la gau-gauche à go-go, selon les Jacques Brassard de ce monde.

Même si le texte de Jacques Brassard est grosso modo un ramassis de préjugés et de pré-réchauffé semblant sortir tout droit du passé et dont un enfant de dix ans n’aurait pas la moindre difficulté à relever les incohérences, il y a un point sur lequel l’ex-ministre ne se trompe pas: le Bloc Québécois est effectivement désemparé d’avoir perdu ses chevaux de bataille qu’étaient le scandale des commandites et le déséquilibre fiscal.

En fait, et si vous me permettez de mettre de côté le vieil épouvantail Brassard, je crois que le Bloc est plus que désemparé: il s’en va nulle part. Et j’irais même plus loin: à mon avis, si la tendance se maintient, se sera la dernière élection du Bloc Québécois en tant que parti réellement majeur au Canada et en tant que super-puissance du Québec. C’est le bout du chemin qui s’annonce.

En effet, et comme je l’écrivais à propos du PQ il y a quelque temps déjà, le Bloc Québécois (tout comme son grand frère de Québec) est une coalition arc-en-ciel intégrant en son sein des gens aux opinions politiques extrêmement diverses et qui se situent en différents endroits sur le continuum gauche-droite et dont le seul ciment est l’option souverainiste. Un peu comme lorsqu’en période d’extrême-sécheresse la gazelle et le lion partagent un même plan d’eau, la seule condition empêchant aux gauchistes et aux droitistes de se livrer une lutte à mort est la perspective d’un idéal plus grand à atteindre: l’indépendance du Québec.

Voici ce que j’écrivais en mai 2007, à propos du Parti Québécois:

Si la raison d’être du parti est l’indépendance du Québec, il doit recréer cette coalition et décider que la prochaine élection est une élection référendaire. Pas de place pour un programme de gauche ou de droite risquant de semer la division: on promet que si on est élu on déclare l’indépendance et relance des élections dans le pays du Québec. Le PQ se saborde dès la souveraineté réalisée et on recrée des partis en fonction de nos allégeances de gauche ou de droite, comme en France.

Il y a exactement une semaine, j’écrivais que le rejet de l’option souverainiste par Pauline Marois équivaut à un sabordage du Bloc:

Conséquemment, l’affiliation fraternelle du Bloc Québecois au Parti Québécois ne peut que nuire au premier, car en s’associant à un parti qui ne peut plus être considéré comme indépendantiste – en faisant passer le projet du pays au second plan – il pousse de nombreux électeurs, dont votre serviteur, à s’intéresser davantage à d’autres enjeux qu’à celui de la souveraineté.

Concrètement, le projet souverainiste est le ciment qui amalgame les ambitions de citoyens aux idéologies diverses (gauche ou droite) et sans celui-ci les gens de gauche seront évidemment tentés de voter pour un parti de centre-gauche comme le Nouveau Parti Démocratique tandis que ceux de droite seront sensibles au discours de Stephen Harper et du Parti Conservateur.

Voilà. C’est exactement ce qui est en train de se produire: un souverainiste comme Brassard ne voit plus l’intérêt de voter pour le Bloc et préfère voter Conservateur.

Mais que se produirait-il si le Bloc effectuait un virage plus à droite? Car il faut l’avouer, si le parti est encore de centre-droit au niveau économique, il est résolument de centre-gauche sur de nombreuses autres questions, surtout morales. Le Bloc Québécois a pris un pari qui a fonctionné pendant quelques années: avoir un programme légèrement plus à gauche pour séduire l’électorat urbain tout en prenant pour acquis que les régions allaient toujours voter Bloc. À quelque part, on peut comprendre les régions de s’être senties délaissées. Mais le Bloc avait-il le choix?

Si le parti avait fait le pari inverse, c’est-à-dire s’il avait orienté ses politiques davantage vers la droite, notamment en appuyant la guerre en Irak, en s’opposant au registre des armes à feu et en n’appuyant pas Kyoto (le genre de mesures qu’aurait affectionné M. Brassard), il aurait perdu tous ses appuis dans la région de Montréal sans en conquérir de nouveaux en région. Bref, la situation n’aurait pas été meilleure.

Dans les faits, le Bloc est dans une situation impossible. Depuis que Marois a définitivement tué le projet indépendantiste, il n’y a plus rien qui puisse unir ce parti. Rien qui puisse justifier de voir le lion et la gazelle boire la même eau. La sécheresse est terminée; c’est le retour de la loi de la jungle. Le retour d’autres enjeux, ceux, éternels, de la lutte entre la gauche et la droite.

Dans ces conditions, je ne vois pas comment le Bloc Québécois pourra justifier sa présence au cours des prochaines années. Certes, il pourra défendre le « consensus québécois », mais malheureusement ce consensus n’existe que rarement. La plupart du temps, il y a de profondes divergences entre la région de Montréal, plus ouverte et sensible aux problèmes sociaux, et des régions aux idées plus conservatrices. Sans le parapluie protecteur du projet souverainiste, c’est la douche froide pour le Bloc Québécois, écartelé qu’il est entre son aile-gauche et son aile-droite.

À terme, la carte électorale risque de changer en profondeur. Le NPD pourrait établir de nouvelles places fortes à Montréal et le Parti Conservateur à Québec. Et le Bloc? Sans projet indépendantiste en vue, la seule question est de se demander s’il choisira une mort lente ou rapide.

Et s’il choisit de se battre? Alors il devra convaincre les péquistes de se débarrasser de Pauline Marois et de la remplacer par un vrai leader remettant le projet indépendantiste sur les rails.

Les opinions ne se valent pas toutes
9 septembre 2008

Pendant une campagne électorale, on donne la parole au citoyen lambda. Soudainement, tous ces gens qui vivaient dans l’ombre se retrouvent avec un micro sous le nez et ils peuvent exprimer librement leurs idées. Et ceux qui prêchaient dans le désert reçoivent soudainement quelque oreille attentive pour s’attarder à leurs idées. Mais les opinions se valent-elles toutes pour autant? Je ne crois pas.

En effet, ce n’est pas parce que quelqu’un a une opinion que celle-ci vaut celle de son voisin. On dit souvent « tu as ton opinion et j’ai la mienne », mais ce n’est pas pour respecter celle de l’autre; on désire plutôt clore le débat, mettre un mur d’incompréhension où non seulement on comprend ne pas penser comme l’autre mais en plus on ne désire même pas en discuter. On ne veut pas confronter les arguments.

Car les arguments sont ce qui différencie une opinion crédible d’une opinion non-crédible. Tout le monde peut dire « le ciel est rose », mais la seule personne dont l’opinion doit réellement être prise en compte est celle qui peut apporter des arguments pour prouver que le ciel est rose. En ce sens, il serait tout à fait faux de croire que toutes les opinions se valent, peu importe les arguments, et qu’on devrait donner la même crédibilité aux élucubrations de tous les illuminés.

J’ai choisi quatre exemples tirés de la blogosphère au cours des derniers jours pour illustrer mon point de vue.

Tout d’abord, il y a ce texte de la part du Bum Intello (son site n’est pas un blogue stricto sensu puisqu’il n’accepte pas les commentaires, mais il représente bien ce que je désire démontrer). L’auteur de celui-ci dénonce le fait que la FTQ donne son appui au Bloc en disant que ce geste est « antidémocratique » et qu’il devrait être considéré par le Directeur général des élections (DGE) comme une dépense électorale.

Le problème majeur ici, outre le fait que l’auteur n’a pas pris le temps de vérifier le sens de l’expression « antidémocratique » (les syndicats sont effectivement une forme de démocratie, peu importe ce qu’on en pense), est qu’il ne connaît pas la loi électorale. Celle-ci ne s’applique pas aux suggestions. Va-t-on sérieusement inclure le revenu de Louis-Philippe Lafontaine parce que celui-ci vous suggère de voter NPD? Une suggestion demeure une suggestion, et ça ne fait pas partie de ce que le DGE sanctionne. Si l’auteur s’était donné la peine d’aller lire la loi, il aurait évité de dire n’importe quoi.

Ensuite, ce texte de l’Intelligence Consécutive qui parle de la nature « profondément “fasciste” du gouvernement conservateur. » Selon Wikipedia (et selon mes propres cours sur le fascisme), le fascisme « rejette les droits de l’homme, le communisme, l’anarchisme, les libertés individuelles et le libéralisme. » Le fascisme rejette également la démocratie. Si on peut s’entendre que Harper n’est pas un grand fan du communisme et de l’anarchisme, personne n’ira nié qu’il appuie une certaine forme de droits de l’homme et qu’il est en faveur des libertés individuelles. De même, malgré l’entorse à sa loi sur les élections à date fixe, il ne s’oppose pas complètement à la démocratie. Harper n’est donc pas un fasciste. C’est un menteur, peut-être, un manipulateur sûrement, mais pas un fasciste.

Troisièmement, et dans le même ordre d’idée, cette caricature du Parti Communiste du Québec qui parle de « Stephen « Adolf » Harper » en montrant le chef conservateur dans les habits bruns nazis. Encore une fois ici, les mots comptent. On a beau détester Harper, le trouver rétrograde, et juger sévèrement les reculs qu’il impose à notre pays, mais de le comparer à un homme responsable de millions de morts est, à tout le moins, exagéré.

Finalement, la palme du manque d’arguments revient, à mon avis, au site du Blogueur Dan, qui parle systématiquement du « Bloc Communiste » au lieu du « Bloc Québécois ».

Outre de faire abstraction de ce qu’était le Bloc communiste, ce blogueur se fout de la logique la plus élémentaire en qualifiant de « communiste » un parti qui ne remet en question ni la propriété privée ni l’existence de classes sociales ni l’État, et qui ne propose absolument pas de dictature du prolétariat. Ce blogueur aurait avantage à aller lire sur le communisme avant d’écrire de telles insanités.

On le constate, les opinions de ces quatre blogueurs manquent cruellement d’arguments. Ils affirment que la Terre est plate, n’expliquent pas pourquoi la Terre est plate, et demandent à quiconque les lisent de partir du point de vue que la Terre est plate pour ensuite pouvoir discuter.

Non, les opinions ne se valent pas toutes. Quand on me dit le contraire de tout ce qui me semble logique et cohérent, j’espère qu’on va me donner un minimum d’arguments pour appuyer ces opinions. Sinon, à mon avis, ces opinions ne valent rien.

Les mots sont importants. Ce sont eux qui nous permettent de comprendre le monde dans lequel on vit. Savoir les utiliser correctement est d’une importance capitale. Sinon, les auteurs de cette cacophonie discordante ne font que rajouter leur violon mal accordé dans le chaos des opinions sans arguments.

Des opinions qui ne se valent pas toutes, car elles ne sont pas fondées sur l’intelligence et la confrontation des idées, mais sur les préjugés, l’absence d’arguments et la manipulation. Ce sont de gros monstres en caoutchouc qu’on a beau gonfler mais qui restent aussi vides que la pensée politique de leurs auteurs.

Qui veut le pouvoir?
1 septembre 2008

Généralement, dans un pays démocratique, le but des partis politiques d’opposition est d’atteindre le pouvoir. Ils doivent dénoncer les erreurs gouvernementales, le manque de vision du parti au pouvoir et essayer de convaincre qu’ils sont davantage en mesure d’effectuer le travail. Tout ça, en théorie, bien sûr.

Or, il semble que personne ne veuille du pouvoir au Canada. Pendant que le Parti Conservateur, pourtant minoritaire, navigue sans cap et sans la moindre orientation claire sur l’océan d’une période pourtant trouble, se permettant même au passage de couper les fonds aux artistes sans la moindre raison, on a l’impression que les trois autres partis ne veulent rien savoir du pouvoir.

Le Bloc Québécois a peur de reculer dans les régions au Québec, le Nouveau Parti Démocratique doit gagner le vote de l’aile-gauche de Libéraux plus occupés à clamer haut et fort l’amour de leur chef qu’à proposer un programme intelligible à la population, et ces mêmes Libéraux vivent dans la terreur de voir Stéphane Dion se faire écraser en campagne électorale. Bref, on a un gouvernement qui ne fait rien et une opposition, divisée, résolue à attendre.

Ci-bien qu’on se retrouve dans la situation loufoque actuelle, où le premier ministre devra lui-même violer propre sa loi pour déclencher des élections. Et le plus drôle dans toute cette saga, c’est que M. Harper tente de justifier sa contradiction en affirmant que l’opposition aurait cherché à le défaire plus tard, avant le terme de son mandat en octobre 2009. Faut vraiment prendre les gens pour des crétins. Comme le souligne L’Esprit Vagabond:

Bref, tu veux déclencher des élections, mets tes culottes, déclenche-les et pointe pas un autre du doigt pour justifier ta décision!

On aime ça au Canada se blâmer les uns et les autres à savoir qui portera l’odieux du déclenchement d’une campagne électorale. Comme si celle-ci était inutile, voire nuisible, et que celui qui en est responsable devait être traité comme s’il avait amené la peste bubonique au village. Pourtant, cette élection serait la chance de réaffirmer nos valeurs et de voter pour un parti différent, proposant un futur plus à notre image.

Quand un gouvernement méprise autant la population que le Parti Conservateur, on devrait s’attendre à constater une rapide progression et de grandes envolées lyriques de la part de l’opposition. Son silence ne fait que démontrer la force d’une mouvance conservatrice satisfaite d’elle-même jusqu’à l’excès et n’ayant même pas besoin d’avoir de programme électoral pour espérer gagner, jouant plutôt sur les sentiments anti-intellectuels d’une partie de la population comme d’autres l’ont déjà fait auparavant.

Quand on n’a rien à offrir et aucun plan, il suffit alors de se laisser porter par les flots et de jouer les petits bénis-oui-oui face à nos voisins du sud. Et le plus triste dans tout cela, c’est que ce sont peut-être eux qui ont raison: le plus stable et le « meilleur » des gouvernements coloniaux n’est-il pas celui qui se contente de suivre les ordres de la métropole?

Voilà peut-être qui explique pourquoi personne ne semble vouloir du pouvoir. Peut-être parce qu’il n’existe plus. Ou presque.

La désinformation de Gesca III
10 mars 2007


Nouvelle tentative de Gesca inc. aujourd’hui de faire déraper la campagne électorale. Voici le titre du texte: Philpot embarrasse de nouveau son chef.

À quoi s’attend-on en lisant un titre pareil? On croit qu’il a dit quelque chose de déplacé suite à la dernière controverse sur le Rwanda made by LaPresse (voir La désinformation de Gesca II). On se dit qu’il en a rajouté, ou encore qu’il a dit quelque chose de controversé encore une fois ces derniers jours.

Mais quand on lit le texte, on se rend compte qu’il s’agit d’une simple phrase tirée d’un livre… publié il y a deux ans! Philpot y écrit que la nomination de Michaëlle Jean comme gouverneure-générale était une manière de légitimer le coup d’État en Haïti, coup d’État auquel le Canada a participé. Bon, ok, c’est légèrement controversé, surtout concernant Michaëlle Jean. Mais on a dit bien pire à son sujet. Et pour le coup d’État, c’est effectivement ce qui s’est produit, selon le très respecté intellectuel Michel Chossudovsky.

Encore une fois, on voit Gesca inc. et son empire s’immiscer dans la campagne électorale et chercher à imposer son agenda politique. Non seulement le fait-elle en mettant en première page des textes qui devraient se retrouver très loin dans le journal, mas elle met au travail ses chroniqueurs et même ses blogueurs dans son entreprise de désinformation.

Quand vous lisez La Presse, Le Soleil, ou que vous visitez Cyberpresse, n’oubliez pas que vous lisez la vision du monde selon Gesca inc., qui appartient à Power Corporation, une entreprise hyper-puissante qui a des intérêts majeurs dans de nombreuses entreprises qui profiteraient de politiques économiques plus à droite, telles que proposées par le PLQ et l’ADQ.

Ne l’oublions jamais: 97% de la presse au Québec est contrôlée soit par Power Corporation, soit par Quebecor.

Et ces deux entreprises ont le même agenda politique: s’enrichir à tout prix.