Le blues du blogueur
13 avril 2009

Je devrais peut-être débrancher l’ordinateur et le lancer au bout de mes bras. Au moins, ça aurait le mérite d’être clair. Je l’emmerde cette machine. L’écran me toise de son oeil vide, semblant exiger que je le ramène à la vie et le fixe tel un chirurgien auprès de son patient. Je devrais me lever et substituer aux trop nombreuses heures de travail d’autres heures d’un nouveau labeur, d’autres projets, d’une vie distincte que je m’efforce de bâtir en ligne. C’est peut-être la rançon du blogue signé.

Ah, que j’étais bien lorsque j’étais anonyme et sans ambition!

Ambition? Oui, le mot est lancé: j’aimerais pouvoir vivre en faisant ce que j’aime. C’est beaucoup demander à une époque où deux décennies et demie de gouvernements de droite ont (re)transformé le travail en dur labeur incompatible avec la réalisation humaine. Aujourd’hui, c’est le « ferme ta gueule, fais ton shift », et demande surtout pas d’avantages. T’es pas un citoyen; t’es juste un élément productif d’une mondialisation libérale te mettant en compétition avec d’autres éléments productifs dans une lutte où la seule finalité est que tout le monde perd sauf le gars en haut qui se meurt de trop rire.

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Faire ce que j’aime, bloguer pour bloguer, est-ce possible? Je n’ai plus de temps, littéralement. Et j’en aurai encore bientôt moins, harnaché à une vie qui m’offrira bientôt une journée de congé de moins par semaine. Faut payer les factures, y parait. Ah oui, pourquoi? Pour en avoir d’autres, bien sûr. Merci thank you.

En mettant de côté mon anonymat, j’ai fait un choix: celui d’assumer entièrement tout ce que j’écris. Écrire sous son vrai nom, ça a des avantages, mais je réalise maintenant qu’il y a des inconvénients.

Avantages d’écrire sous son vrai nom:

  • La crédibilité hors d’internet: C’est beaucoup plus facile d’obtenir une crédibilité hors d’internet en s’appelant Louis qu’en ayant un nom comme LeDernierQuebecois, par exemple;
  • La respectabilité: On respecte plus facilement quelqu’un qui s’assume entièrement que quelqu’un qui ne le fait pas;
  • Carrières connexes: Tout comme Michelle Blanc, qui allie sa carrière à son blogue (et se sert de l’un pour promouvoir l’autre et vis-versa), un nom et un visage permettent de désenclaver la vie sur le net et ouvre la porte à une émancipation hors-ligne.

Inconvénients d’écrire sous son vrai nom:

  • L’impératif de la qualité: Si on écrit sous son vrai nom avec l’objectif de se servir du blogue comme d’un tremplin, on se condamne à la qualité.  Écrire un mauvais article permet à n’importe qui, n’importe où, de mal vous juger à cause de celui-ci;
  • L’impératif de la réflexion: En étant anonyme, on peut écrire ce qu’on veut sur le sujet dont on veut parler et sans mettre de gants blancs.  On peut même insulter qui on veut, à la limite.  En assumant son vrai nom, il devient essentiel de réfléchir à ce qu’on écrit, de se calmer et d’éviter d’être trop émotifs afin d’éviter de trop brusquer la sensibilité d’autrui et de nuire durablement à sa réputation;
  • La pression des pairs: En ayant une vie internet cloîtrée, on peut ressentir une certaine pression d’écrire de la part de ses collègues blogueurs, mais on a l’esprit tranquille le reste de la journée.  En assumant ce qu’on écrit, il devient impossible de fuir: mêmes les collègues de bureau ou la famille peuvent vous suggérer ceci ou cela, vous critiquer ou vous inciter à écrire davantage.

Somme toute, je préfère écrire sous mon vrai nom.  Mais ce serait mentir que d’écrire que je me sens aussi libre d’écrire qu’auparavant.  Afin que ce blogue prospère, il me faut:

  1. Me museler: Je n’écris plus ce que je veux sur le sujet dont je veux parler;
  2. Choisir mon créneau: J’ai décidé de me concentrer sur les enjeux sociaux et l’actualité.  Si je décide soudainement de parler d’un autre sujet, je risque de mêler mes lecteurs et de nuire à ma crédibilité.  Comme je l’écrivais dans mon texte La fin des journaux?, le futur appartient aux médias ciblés;
  3. Chercher à devenir une référence dans mon créneau: Je cherche désormais à écrire de la qualité, que de la qualité et uniquement de la qualité afin de devenir une référence en ce qui concerne les enjeux sociaux et l’actualité au Québec.

Bref, je travaille fort, mais la question de la finalité demeure: quel futur?   Je ne peux pas vivre en faisant cela.  Point, final bâton.  Même si je fais comme me l’a suggéré Antoine Robitaille et que je tente de créer du contenu pour entrer le pied dans un quotidien comme Le Devoir, qu’est-ce que cela donnerait au bout de la ligne? Les médias traditionnels sont en perte de vitesse; le futur semble de plus en plus être sur la toile.

Parallèlement, il n’y absolument rien à vendre avec ce que j’écris. J’affiche des annonces Google Adsense pour les visiteurs du blogue (elles se désactivent pour les réguliers) et j’obtiens des revenus de misère parce que personne n’a rien à vendre à propos des enjeux sociaux. Avec la quantité de contenu que j’ai créé depuis deux ans, je pourrais probablement vivre si j’écrivais sur les derniers potins hollywoodiens ou autres conneries populaires. Mais la politique et les enjeux sociaux, ça intéresse moins de personnes et ça n’a presque rien à vendre, sinon du rêve. Et aux dernières nouvelles, le rêve n’était pas coté très haut à la Bourse.

Alors, on en revient à ça: faut bloguer pour le plaisir. C’est ce que j’ai fait ce soir, en écrivant un texte certes loin de faire partie de mes meilleurs, mais en assumant le fait que je serai probablement condamné à continuer à faire un travail très ordinaire ne me permettant d’écrire qu’occasionnellement. Je suis dans cette période ingrate où je n’ai ni la crédibilité pour faire quoi que ce soit en-dehors d’internet ni l’incrédibilité pour ne pas y aspirer.

Je roule ma bosse, simplement. Et parfois j’aimerais pouvoir réellement décrocher de tout ça pour une journée ou deux et ne plus sentir le fardeau du monde entier sur mes épaules.  Écrire du lundi au vendredi, puis avoir la fin de semaine pour passer la tondeuse, racler le jardin ou désinstaller l’abri Tempo.

Parfois, je me dis que le blogue est une forme de maladie et que le journalisme est son remède.

À la vie comme aux échecs
18 décembre 2008

Mercredi matin, il neigeait modérément sur la région montréalaise, recouvrant d’une couche supplémentaire mes espoirs déçus d’un hiver tardif. J’apprécie la saison froide, ses paysages féériques et le confort douillet qui s’installe dans nos chaumières fumantes, mais étant obligé d’utiliser ma voiture pour aller gagner ma croûte – merci au transport en commun déficient – j’ai été pris dans des bouchons de circulation monstres qui ont plus que triplé mon temps habituel de voyagement. Malgré tout, les choses auraient pu être pires.

En effet, plus j’observais le comportement de plusieurs de mes compagnons d’infortune plus je réalisais qu’il y a pire dans la vie qu’être immobilisé dans le trafic; j’aurais pu en souffrir autrement.

Il y avait d’abord ces automobilistes changeant constamment de voies, espérant se faufiler afin de gagner peut-être une ou deux minutes. Le jeu en valait-il la chandelle? Calculons. Ils se stressaient sérieusement, risquaient un accident à chaque traversée impulsive des ornières de neige séparant les voies et mettaient donc en jeu leur vie et celles des autres. Tout ceci pour quoi? Pour quelques petites minutes qui serviront à quoi, au fait, sinon à se déstresser?

Il y avait aussi ceux qui gardaient leurs voies respectives mais qui se faisaient un devoir de coller la voiture les précédant (vraisemblablement pour bloquer le passage à ceux qui changeaient de voie, comme si on pouvait se faire « voler une place » dans le trafic), n’hésitant pas à utiliser leur avertisseur si l’autre n’avançait pas à la seconde où un espace de plus de deux mètres se libéraient à l’avant. Je me fait moi-même klaxonner occasionnellement dans ce type de situations, préférant garder une distance respectable devant moi plutôt que de devoir accélérer et freiner constamment, et je sors généralement la main de ma vitre en ouvrant les doigts: « Et où veux-tu que j’aille, le clown? » Ceux-là étaient encore pires que les premiers: non seulement se stressaient-ils inutilement et énervaient les autres automobilistes, mais ils n’avançaient pas plus vite que moi.

Un sage a dit: « change ce que tu peux changer et accepte ce que tu ne peux pas changer ». Pourquoi s’impatienter? La vie n’est-elle pas déjà parfois assez difficile?

Peu importe la platitude du moment actuel, nous avons toujours le choix d’en tirer le maximum. Pour ma part, quand je suis dans le trafic, je mets mes CD préférés et je chante. Je libère mon énergie négative puisque de toute façon, peu importe ce que je peux faire, je vais probablement être en retard. Je dois accepter cette fatalité et profiter de la situation autant que possible en réduisant mon niveau de stress.

Au fait, qu’est-ce que le stress, sinon cette petite goutte qui tombe dans la grande jarre du cancer? Pensez-y. À chaque fois que vous êtes stressés, votre corps ne fonctionne plus harmonieusement et c’est de ce genre de dysfonctionnement que se nourrissent les maladies.

En outre, le corps ne fait pas la distinction entre le réel et l’imaginaire. Si vous entretenez des pensées stressantes, vous demandez à votre corps de se mettre dans une position de combat ou de fuite: votre pouls s’accélère, vos muscles se tendent, vous recevez des décharges d’adrénaline. Cette réaction s’avérait essentielle quand nous vivions dans des cavernes et devions faire face à des bêtes sauvages.

Or, aujourd’hui, que ce soit dans un champ de morceaux de tôles quasi-immobiles ou dans n’importe quelle autre situation stressante, cette réaction n’a plus la même utilité. Vous ne devez ni combattre ni fuir et vous ne faites qu’accentuer l’impression d’impuissance qui vous accable et qui contribue à augmenter votre niveau de stress, créant un véritable cercle vicieux.

Détendez-vous! Respirez lentement! Vous ne pouvez rien changer à la situation extérieure; vous n’êtes pas en danger mortel, relaxez et dites-vous que votre santé à long terme en dépend. Ne vous culpabilisez pas de ne pas avoir fait ceci ou cela, mais acceptez la nouvelle situation telle qu’elle est, car si vous ne pouvez changer le passé vous avez du pouvoir sur le futur et vous devez vivre en harmonie avec la nouvelle donne, que vous soyez d’accord avec elle ou non.

Nous faisons tous partie d’un Tout et avons le devoir de prendre soin de nous-mêmes et des autres. En réduisant notre niveau de stress, nous améliorons non seulement nos vies, mais également celles de nos concitoyens, que ce soit dans le trafic, dans un commerce, dans la rue ou dans n’importe quelle autre situation.

Au lieu de remâcher nos vieilles idées noires et de nous faire du tort à propos de choses qui ne peuvent plus être changées, ne serait-il pas plus intelligent de se libérer de cette énergie négative et de se recentrer sur le futur en tant que conséquence du présent actuel plutôt que sur le futur conditionnel d’un passé qui n’existe plus? Nous avons choisi un embranchement dans l’arbre des possibles et nous devons accepter la suite des choses.

À la vie comme aux échecs, quand le coup est joué, on doit l’oublier et regarder vers l’avant.