De l’absurdité à une plus grande absurdité
23 novembre 2007

La décision du gouvernement québécois de dépenser 620 millions $ pour entretenir l’industrie manufacturière est une erreur déjà assez catastrophique en elle-même: dépenser des millions pour un secteur moribond et en déclin. Mais ce qui est bien pire, c’est quand on pense que ce déclin est causé par les idées néolibérales et que le PQ irait encore plus loin vers la droite que le PLQ.

Comment peut-on sérieusement espérer rendre compétitives des entreprises devant payer un salaire décent à leurs employés, alors qu’en Chine on peut faire faire le même travail pour vingt fois moins cher? C’est impossible dans un contexte de libre-échange. En fait, la seule façon serait d’imposer les importations à un juste coût pour ainsi favoriser l’industrie nationale. En clair: il faudrait faire payer vingt fois plus cher en impôt aux entreprises importatrices de produits fabriqués à l’étranger plutôt que de subventionner massivement des entreprises exportatrices qui ne pourront jamais être compétitives avec les pays asiatiques.

En adoptant l’idéologie du libre-échange à tout vent, le gouvernement libéral est lui-même la cause de la crise; c’est son refus d’accepter les conséquences de ce choix – c’est-à-dire la disparition définitive et quasi-totale du secteur manufacturier – qui le pousse à saupoudrer des millions ici et là pour donner l’impression qu’il agit. Mais rien ne sauvera ces entreprises tant et aussi longtemps qu’on aura fait de la « libre » circulation des biens un dogme.

Mais ce qui est le plus pathétique dans cette histoire, c’est la critique du PQ. Pauline Marois, qui revient sur la scène publique après des semaines/mois perdue dans le brouillard, affirme que le gouvernement aurait dû aller plus loin en éliminant complètement la taxe sur le capital. Wow, bravo! Le problème vient d’une organisation économique trop à droite et on va rendre ça encore plus à droite! Déjà que les entreprises ne sont pas assez imposées, le PQ veut être plus catholique que le pape et leur donner encore plus de nananes!

Au fond, tout le monde s’attend à ce qu’un parti de droite comme le PLQ (ou son petit frère adéquiste en mal de visibilité) souhaite soulager les entreprises et préconise des « solutions » de droite. Mais quand le PQ en est rendu à reprocher aux Libéraux de ne pas être assez radicaux dans leurs mesures de droite, c’est signe de la dégénérescence avancée du Parti Québécois, qui devient de plus en plus chaque jour en paroles ce qu’il a toujours été, depuis 1982, en actions: un parti de droite comme les autres, dont la seule particularité est de vouloir crosser le monde en français dans un Québec soi-disant indépendant plutôt qu’en anglais dans un Canada pas plus souverain que n’importe quel autre pays ayant sacrifié son indépendance sur l’autel du libre-marché.

La nouvelle patente libérale
17 septembre 2007

Jean CharestAprès avoir surfé sur le renouvellement du fédéralisme, sur le développement durable et sur la question des accomodements ras, voici que le Parti Libéral du Québec revient à ses vieilles amourettes: la croissance économique. Il faut se demander: ce parti a-t-il réellement autre chose à proposer aux Québécois que son programme économique de droite?

On peut lire, dans cet article:

« On a ce marchand qui nous demande de l’aide pour recruter de la main-d’oeuvre et Mario Dumont, lui, nous dit que nous avons atteint la limite (en immigration). Il nous dit que c’est fini, que nous n’avons pas besoin de plus de monde », a analysé M. Charest, selon qui « les Québécois voient là-dedans des choix bien clairs ».

Ce saut qualitatif du discours sur l’identité nationale vers le succès économique représente bien la nouvelle tengente adoptée par Jean Charest. Malheureusement pour lui, son raisonnement est plus que douteux et ne risque pas de convaincre les Québécois francophones – ceux qui le délaissent de plus en plus – de lui faire confiance.

En effet, comment peut-on accepter l’idée selon laquelle il faudrait accueillir davantage d’immigrants pour satisfaire les besoins des entreprises alors que nous avons déjà des dizaines de milliers de chômeurs? On dira peut-être: ces emplois sont moins bien payés, avec des conditions de travail n’intéressant pas les Québécois. Mais justement, de quel droit le gouvernement libéral appuierait-il le cheap labor et les entreprises qui sont incapables de respecter leurs employés?

Et puis, s’il manque vraiment de main-d’oeuvre qualifiée, pourquoi ne pas la former ici, chez nous? Tiens, par exemple, en réduisant les coûts d’inscriptions à l’université ou dans les écoles techniques. L’idée, c’est de former les gens ici; de transformer un chômeur québécois en un employé québécois, et non pas d’aller chercher des Mexicains ou des Indiens pour faire le travail. Investir ici, maintenant, en rendant plus accessible les études. Mais le gouvernement va dans la direction opposée avec son augmentation des frais de scolarité.

Ceci dit, n’oublions pas que dans un système économique mondialisé, tel que valorisé par le PLQ, on assiste à une compétition de tous contre tous. Les Québécois sont en compétition avec la Chine, et Charest n’a pas tort de dire que nous devrions valoriser nos cerveaux et créer les brevets qui risquent de nous enrichir. Mais peu importe ce qu’on choisit, un emploi ne se « crée » pas; il se transforme.

Alors, pris dans son idéologie néolibérale du tout-marché, Jean Charest avait le choix entre proposer un modèle permettant aux Québécois de prendre l’avantage dans cette lutte globale entre les travailleurs ou d’appuyer les entreprises en important la main-d’oeuvre peu coûteuse. Charest a fait le choix d’appuyer celles-ci au détriment des travailleurs et il risque d’en payer un coût politique quand un politicien au verbe facile comme Mario Dumont risque de lui rappeler, avec raison, qu’il a été élu pour le bien-être de l’ensemble des Québécois, et pas seulement des entreprises.

Conséquemment, il semble de plus en plus évident que ce nouveau discours libéral n’est qu’une simple patente organisée à la va-vite pour tenter d’arrêter l’hémorragie et éviter la chute annoncée de Jean Charest et du Parti Libéral du Québec.