Quand Marois tue la Révolution tranquille
10 juin 2011

Est-ce que le message est clair cette fois-ci? Pauline Marois va tourner le dos à ses militants et tuer le projet de Loi 101 au cégep. Vous faut-il une lettre recommandée, un affidavit, un télégramme ou qu’on vous le crie en plein visage? Approchez un peu de l’écran. Plus près. Allez. Vous y êtes? Lisez: LE PARTI QUÉBÉCOIS N’EST PLUS UN PARTI AU SERVICE DE LA NATION QUÉBÉCOISE. C’est clair, maintenant?

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Un parti au service des Québécois fait passer les intérêts de la collectivité avant ceux des individus. Il reconnaît, comme l’ont montré plusieurs études, que la situation du français au Québec n’a jamais été aussi périlleuse depuis des décennies. Il prend acte du vaste sondage de l’IRFA démontrant à quel point le cégep anglais anglicise. Il s’inscrit dans une tradition de revendication de la nation québécoise pour assurer la survie de sa langue, de ses valeurs, de sa culture.

Combien de militants péquistes ai-je rencontré depuis quelques années, notamment alors que je travaillais pour la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal? De vrais croyants. La ligne de démarcation entre un militant péquiste et un fervent religieux était parfois bien mince; on avait beau parler des nombreuses trahisons de ce parti depuis des décennies, que ce soit le Beau Risque, le refus de l’affichage public français en 1994, le célèbre miroir de Bouchard alors que celui-ci affirmait qu’il ne pourrait plus se regarder dans celui-ci si on invalidait la loi 86, l’anglais en troisième année du primaire, la bilinguisation insidieuse des services publics, commencée sous un gouvernement péquiste, les conditions gagnantes, la gouvernance souverainiste… Rien ne pouvait même égratigner leur foi. Plusieurs m’ont même dit: cette fois-ci, avec la Loi 101 au cégep, c’est la bonne. C’est la preuve que le PQ est de retour et qu’il va agir pour lutter contre notre déclin. Mon cul oui.

Qu’on le répète une dernière fois. La Loi 101 au cégep constitue un MINIMUM. Il faudrait l’appliquer également au premier cycle universitaire, voire même davantage. La situation au Québec, actuellement, est une anomalie mondiale. Nous sommes probablement la seule nation au monde à disposer du pouvoir dans le domaine de l’éducation et à financer un réseau parallèle dans une langue étrangère, qui menace notre existence au surplus. Pire: les institutions de la minorité de langue anglaise sont largement sur-financées par rapport aux nôtres. Nous sommes les dindons de la farce. Nous finançons notre propre disparition. La Loi 101 au cégep, c’est une tentative de faire de nous un peuple NORMAL.

Révolution ou Révolte tranquille?

En tournant le dos aux efforts de ses militants, aux résolutions passées en congrès, en s’attaquant au cœur de cette seule mesure significative pour le français proposée par le Parti Québécois depuis plus de quinze ans, Pauline Marois achève d’anéantir les idéaux de la Révolution tranquille. La démission de trois icônes du parti – Pierre Curzi, Lisette Lapointe et Louise Beaudoin – en est d’ailleurs symptomatique; les temps ont changé, le Parti Québécois a changé. D’une époque où la politique était très populaire, poussée par des idéaux collectivistes, permettant d’améliorer les conditions collectives de la population, nous sommes revenus à l’ère des intérêts partisans, de la petite politique. Marois observe la présence de Charest au provincial et de Harper au fédéral, et elle se dit: pourquoi ne pas suivre la même recette? Tant pis pour les idées, tant pis pour le peuple, tant pis pour l’indépendance, tant pis pour notre langue commune: le pouvoir pour le pouvoir. Si ça marche à Calgary, pourquoi pas ici aussi?

Victor Hugo écrivait:

Révolution est précisément le contraire de révolte. Toute révolution, étant un accomplissement normal, contient en elle sa légitimité, que de faux révolutionnaires déshonorent quelquefois, mais qui persiste, même souillée, qui survit, même ensanglantée. Les révolutions sortent, non d’un accident, mais de la nécessité. Une révolution est un retour du factice au réel. Elle est parce qu’il faut qu’elle soit.

En s’arrimant à la realpolitik fédéraliste centrée sur le culte de la personnalité et la subordination totale du parti aux intérêts de la seule atteinte du pouvoir, Pauline Marois œuvre à transformer la Révolution tranquille, devant être permanente, en simple Révolte tranquille. Tout ce que nos parents et grands-parents ont bâti pour être perpétuel, cette gigantesque libération d’un peuple perclus dans le petit-jeu politique d’élites se servant de son infériorisation séculaire pour atteindre le pouvoir, cette disparition du fait français qui semblait inéluctable et qu’on déplorait seulement en invoquant le libre-marché comme excuse pour ne rien faire, tout ceci a été détruit parce que c’était faux. Le retour du réel, ce fut le Québec fier de ce qu’il était, s’étant doté de règles éthiques parmi les plus avancées au monde, ayant agi pour protéger sa langue et sa culture. Ça, c’était la réalité.

Marois, en méprisant la démocratie au sein de son propre parti, en agissant d’une telle manière qu’elle met en grave danger la survie de notre langue, insulte ainsi non seulement ses militants, ses délégués, ses députés qui se sont battus pour le bien-être collectif des Québécois, mais elle renie le travail de tous ceux qui ont œuvré à la libération du peuple québécois. Elle tue la Révolution en espérant que cela lui permettra d’être couronnée.

Et ceux qui ne veulent pas la suivre dans cette édification d’un Parti Québécois en tant que simple clone du Parti Libéral, strict véhicule non plus d’idées mais du pouvoir pour le pouvoir prôné par tous ceux pour qui la politique constitue une carrière bien plus qu’une vocation, ceux qui sont encore capables de se regarder dans un miroir le matin en souhaitant faire du Québec une nation normale, ceux-là n’ont plus qu’à quitter et à attendre le moment propice pour faire avancer la nation québécoise autrement.

La Loi 101 au cégep, pour plusieurs, constituait la dernière chance accordée au Parti Québécois.

Que ceux qui n’acceptent pas de mourir en silence s’organisent et fondent un parti qui soit réellement au service de la nation québécoise. Un parti qui n’acceptera pas de sacrifier ses idéaux pour une poignée de votes.

Sinon, autant dire que le dernier demi-siècle fut une crise d’adolescence d’un peuple dont la révolte a été mâtée.

Business as usual, comme on dit de plus en plus au Québec.

Et au bureau de Pauline Marois.

Notre chien de garde a faim
20 mai 2010

Une nouvelle étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) démolit la plupart des mythes de la droite économique. Que ce soit le « travaillez plus » de Lucien Bouchard, l’enrichissement individuel de Pauline Marois ou le « moins d’État » de Jean Charest, toutes les élites de droite en prennent pour leur rhume. Évidemment, voilà une recherche dont vous entendrez très peu parler les éditorialistes en chef de La Presse…

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Concrètement, on y confirme ce qui ne fait plus grand doute dans l’esprit des gens: les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. Ce qui est nouveau, plutôt, c’est la compréhension de la façon dont se produit cet accroissement des inégalités sociales. De 1976 à 2006, l’économie québécoise a cru de 71%. Au même moment, la majorité des gains de revenu a été au 10% des gens les plus riches pendant que les 70% les plus pauvres ont vu leur assiette fiscale régresser. Tous les déciles sous le décile 8, à l’exception des ultra-pauvres, ont subi une détérioration de leurs revenus au cours de cette période.

Or, c’est précisément à partir de la fin des années 70 et du début des années 80 qu’ont eu lieu les premières réformes néolibérales et le début du désengagement de l’État. Désassurance dentaire, hausse des frais de scolarité, diminution des prestations d’assurance-emploi, baisse des impôts aux compagnies et aux plus fortunés, cette période de trente ans a constitué l’âge d’or de ceux qui ont toujours affirmé – et qui affirment encore aujourd’hui, malgré les tourments économiques que leur idéologie a créés – qu’il fallait rendre la vie plus facile aux plus riches afin qu’ils contribuent à tirer la société vers le haut. Ce qu’on constate, aujourd’hui, est précisément l’inverse: les mieux-nantis se sont effectivement envolés avec l’argent, mais le reste de la société, à l’exception des plus pauvres, a perdu de son pouvoir d’achat. Il s’agit du constat d’un échec et d’un sérieux avertissement à ceux qui seraient tentés de croire, notamment, que le Parti Québécois ferait un bon choix en favorisant l’enrichissement individuel.

Au travail, esclaves!

À tous les Lucien Bouchard et autres soi-disant lucides qui affirment que nous ne travaillons pas assez, l’étude démontre également que l’appauvrissement collectif de la classe moyenne s’est produit au même moment où le nombre de semaines de travail de celle-ci augmentait de près de 16,5%! Parallèlement, les mieux-nantis ont vu leur charge de travail diminuer de près de 6%! Concrètement: en trente ans, l’économie québécois s’est embellie de plus de 71%, la classe moyenne travaille plus de 16,5% de plus, mais elle est plus pauvre, au moment même où lui casse les oreilles avec les soi-disant bénéfices de réformes économiques de droite! Vous y comprenez quelque chose?

En fait, le problème vient principalement du fait que l’État ne joue plus suffisamment son rôle de redistribution de la richesse. L’étude le note pertinemment bien: l’augmentation des revenus après impôts des déciles les moins riches n’était que de moitié de celle enregistrée pour le décile le plus riche. Les auteurs de l’étude notent:

L’impact de l’intervention de l’État est primordial. L’écart observé dans les gains distribués par le marché est plus faible lorsque nous considérons les effets des transferts et des impôts sur les revenus. Mais si l’État limite la croissance des inégalités, ses actions ne sont pas suffisamment vigoureuses pour pouvoir renverser ou simplement freiner cette augmentation.


Le budget de tous les dangers

Ce constat constitue la pire des critiques adressée au dernier budget provincial. Si l’État n’en fait pas suffisamment, depuis une trentaine d’années, pour limiter les inégalités sociales et tous les troubles qu’elles entraînent, le budget Bachand, avec son lot de mesures régressives (200$ pour la santé pour qui gagne 15 000$; 200$ pour la santé pour qui gagne 1 500 000$), ne pourra qu’aggraver la situation actuelle et permettre la continuation de la chute des revenus disponibles pour la classe moyenne et les plus démunis.

Et malheureusement, puisque le PQ de Pauline Marois semble avoir adopté la même idéologie de hausses de tarifs et de taxes alliées aux baisses d’impôts, cela ne laisse rien présager de bon pour l’avenir, advenant l’élection du Parti Québécois aux prochaines élections.

Affamer la bête

Tout ceci nous ramène insidieusement à la définition de l’économiste Paul Krugman, qui parle de la stratégie orchestrée pour affamer l’État. Comme l’explique Josée Legault:

Leur stratégie fut baptisée « affamer la bête ». Elle commence par une réduction d’impôts – un geste toujours populaire. Puis, les revenus de l’État étant diminués, à la moindre crisette, le déficit augmente ou réapparaît. Les gouvernements se disent alors « forcés » de couper les services publics. Et une fois qu’on a bien « affamé la bête » étatique en baissant les impôts souvent au bénéfice des entreprises et des mieux nantis, ils coupent dans les services publics pour retrouver un équilibre budgétaire qu’ils ont détruit eux-mêmes. C’est précisément ce qui s’est passé à Québec et à Ottawa.

Cette étude de l’IRIS, c’est le rapport de l’état de santé des citoyens qui doivent, théoriquement, se faire protéger par la « bête étatique », notre chien de garde collectif. Après des années de baisses d’impôts, de hausses de tarifs et de coupures de services, la bête est devenue tellement épuisée, affamée et rachitique qu’elle ne peut plus jouer son rôle d’assistance aux citoyens, eux qui sont maintenant de plus en plus « libres » de se retrouver isolés, à la merci des aléas du hasard, dans une jungle néolibérale leur proposant le projet de société d’avoir à se combattre les uns les autres pendant qu’une minorité de privilégiés continuent leur party.

Et si on se décidait enfin à hausser un peu leurs impôts et à les forcer, eux aussi, à participer à l’amélioration de la société?

Notre chien de garde étatique nous a sorti de la misère dans les années 60 et il nous a jamais laissé tomber depuis; ne le laissons pas crever de faim. Ce n’est pas à notre avantage collectif.

L'usure de l'opposition
26 mars 2010

Faible. Et je ne parle pas du gouvernement libéral de Jean Charest. Avec un taux d’insatisfaction dépassant les 70%, son opposition à une enquête publique sur la construction, son refus de convoquer Bellemare devant l’Assemblée pour qu’il explique ce qu’il sait sur le financement du PLQ, son refus de régler définitivement le problème des accommodements raisonnables, son incapacité à gérer le dossier du CHUM, les allégations dans le milieu des garderies et alouette, le gouvernement Charest s’en va nulle part. Mais la vraie faiblesse, face à un parti aussi usé par le pouvoir, ne provient-elle pas de l’opposition?

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En effet, comment se fait-il qu’avec le bilan catastrophique du gouvernement actuel, le Parti Québécois stagne dans les sondages et soit incapable de s’affirmer comme étant une alternative crédible à Jean Charest? Le PLQ a perdu 5% d’intentions de vote, à 32%, mais le PQ est demeuré stable, lui, à 38%, tandis que Québec Solidaire gagnait 4%, à 10%. Pourquoi le PQ ne peut-il pas récupérer la majorité de mécontents du gouvernement actuel? Pourquoi le PLQ, malgré tous les scandales, demeure aussi puissant? Un mot: crédibilité.

Le Parti Québécois manque de crédibilité pour constituer une alternative crédible à Jean Charest. C’est-à-dire: les Québécois regardent le premier ministre qu’ils ont, veulent le remplacer, mais par qui, par quoi, se demandent-ils. Par Marois?

Ce qu’on reproche au PLQ, actuellement, on a pu le reprocher au PQ lorsqu’il était au pouvoir. Charest n’est pas à l’écoute de la population? Et Bouchard, lui, l’a-t-il été quand les infirmières étaient dans la rue en 1999? L’a-t-il été quand on a imposé des fusions municipales forcées à des citoyens qui n’en voulaient pas? Et le cafouillage du CHUM n’a-t-il pas été péquiste avant d’être libéral? Et l’affaire Michaud, où on a vu un premier ministre à genoux devant la minorité juive, ne pourrait-elle pas se comparer aux accommodements consentis par la ministre de l’éducation Courchesne aux écoles juives? Et la pusillanimité de Charest à colmater la brèche dans la loi 101 ouverte par la Cour suprême, qui a invalidé la loi 104, ne se compare-t-elle pas à un Lucien Bouchard affirmant qu’il ne pourrait plus se regarder dans le miroir si le PQ invalidait la loi 86, qui affaiblissait tout autant notre loi fondatrice?

Plus ça change, plus c’est pareil.

On peut comprendre que de nombreux jeunes militent actuellement au Parti Québécois. Ils manquent d’expérience politique, ils manquent du recul d’avoir souffert ce que constitue véritablement un Parti Québécois au pouvoir. Ils n’ont pas expérimenté les reculs importants aux niveaux social, identitaire et linguistique que le gouvernement de Bouchard, suivi par Landry, ont imposé au Québec. Ils n’ont pas connu les manifestations monstres contre un gouvernement péquiste insensible aux revendications des étudiants, des travailleurs, des citoyens. Ils n’ont pas subi ce gouvernement qui prenait en otage les souverainistes en se gavant de leur vote, au son de la mélodie de « conditions gagnantes » qui ne venaient jamais, et qui ensuite ne faisait rien pour la cause. Ils n’ont que peu connu ce gouvernement hautain, méprisant, condescendant, qui avait adopté une idéologie économique somme toute identique à celle du PLQ aujourd’hui… et à celle que le PQ de Pauline Marois espère proposer de nouveau!

Non, les citoyens ne sont pas dupes. Ils savent que sur le fond, le Parti Québécois et le Parti Libéral constituent deux facettes d’un même pouvoir, d’une même insensibilité face à la population, d’une même conviction que la population est malléable, qu’on peut lui faire bouffer n’importe quoi et qu’elle en redemandera.

Si on avait une véritable alternative à l’Assemblée, un parti ne portant pas sur ses épaules le poids des mauvaises décisions du passé, n’y aurait-il pas un engouement pour le changement? Regardons ce qui s’est produit aux États-Unis, en 2004. Après un premier mandat Bush catastrophique, n’a-t-il pas été réélu non pas parce qu’il était bon, mais parce que son opposant ne l’était pas assez? C’est cela qui risque de se produire, ici, avec le Parti Québécois de Pauline Marois. Le PLQ sera réélu non pas parce qu’il constitue un bon gouvernement, mais peut-être simplement parce qu’on préfère toujours un tyran qu’on connaît et qui s’assume à une sauveuse qui cache son jeu et son passé. Dit autrement: on ne veut pas changer quatre vingt-cinq sous pour une pièce d’un dollar.

Ce qu’il manque au PQ, en fin de compte, ce sont peut-être les idées, les valeurs. Les convictions. Le parti végète depuis des années, changeant d’opinions au gré des chefs et des sondages. Aucune stabilité d’idées, aucune solidité des convictions. On regarde Marois ou ses sbires critiquer le Parti Libéral, mais on ne voit que des opportunistes, des carriéristes qui critiquent pour critiquer et qui n’y croient plus vraiment. Ils ont adopté le petit catéchisme néolibéral et ils font le moins de vagues, se contentant de donner la réplique qu’on attend d’eux, et espèrent que le pouvoir tombera comme un fruit mûr.

Après l’usure du pouvoir, on se retrouve maintenant avec l’usure d’une opposition partageant la plupart des valeurs du parti au pouvoir mais qui espère seulement avoir sa chance, elle aussi, de gouverner avec tout autant de mépris que celui affiché par Jean Charest.

À quand du sang neuf? À quand un parti politique véritablement social-démocrate et combatif au niveau de la langue française et de l’identité? À quand un remplacement du vieux Parti Québécois, un parti devenu un véritable clone mollasson du PLQ?

Et si les militants, au lieu de gaspiller leur formidable énergie créatrice au PQ, ne s’organisaient-ils pas en-dehors de celui-ci, afin de véritablement jeter les bases d’un renouvellement du mouvement? Quand René Lévesque a quitté le Parti Libéral en 1967 pour créer le Mouvement Souveraineté-Association, il lui a fallu du courage. C’est peut-être de ce type de courage qu’auraient besoins les militants péquistes qui contribuent, en appuyant les politiques régressives et mollassonnes du PQ, à prendre tous les nationalistes et sociaux-démocrates en otage.

Quand le véhicule est rouillé, prend l’eau, et fait plus de bruit qu’il ne se déplace, il ne faut plus lui appliquer une petite potée pour masquer ses problèmes. Il faut l’envoyer au dépotoir et s’en approprier un nouveau.

L’usure de l’opposition
26 mars 2010

Faible. Et je ne parle pas du gouvernement libéral de Jean Charest. Avec un taux d’insatisfaction dépassant les 70%, son opposition à une enquête publique sur la construction, son refus de convoquer Bellemare devant l’Assemblée pour qu’il explique ce qu’il sait sur le financement du PLQ, son refus de régler définitivement le problème des accommodements raisonnables, son incapacité à gérer le dossier du CHUM, les allégations dans le milieu des garderies et alouette, le gouvernement Charest s’en va nulle part. Mais la vraie faiblesse, face à un parti aussi usé par le pouvoir, ne provient-elle pas de l’opposition?

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En effet, comment se fait-il qu’avec le bilan catastrophique du gouvernement actuel, le Parti Québécois stagne dans les sondages et soit incapable de s’affirmer comme étant une alternative crédible à Jean Charest? Le PLQ a perdu 5% d’intentions de vote, à 32%, mais le PQ est demeuré stable, lui, à 38%, tandis que Québec Solidaire gagnait 4%, à 10%. Pourquoi le PQ ne peut-il pas récupérer la majorité de mécontents du gouvernement actuel? Pourquoi le PLQ, malgré tous les scandales, demeure aussi puissant? Un mot: crédibilité.
Le Parti Québécois manque de crédibilité pour constituer une alternative crédible à Jean Charest. C’est-à-dire: les Québécois regardent le premier ministre qu’ils ont, veulent le remplacer, mais par qui, par quoi, se demandent-ils. Par Marois?
Ce qu’on reproche au PLQ, actuellement, on a pu le reprocher au PQ lorsqu’il était au pouvoir. Charest n’est pas à l’écoute de la population? Et Bouchard, lui, l’a-t-il été quand les infirmières étaient dans la rue en 1999? L’a-t-il été quand on a imposé des fusions municipales forcées à des citoyens qui n’en voulaient pas? Et le cafouillage du CHUM n’a-t-il pas été péquiste avant d’être libéral? Et l’affaire Michaud, où on a vu un premier ministre à genoux devant la minorité juive, ne pourrait-elle pas se comparer aux accommodements consentis par la ministre de l’éducation Courchesne aux écoles juives? Et la pusillanimité de Charest à colmater la brèche dans la loi 101 ouverte par la Cour suprême, qui a invalidé la loi 104, ne se compare-t-elle pas à un Lucien Bouchard affirmant qu’il ne pourrait plus se regarder dans le miroir si le PQ invalidait la loi 86, qui affaiblissait tout autant notre loi fondatrice?
Plus ça change, plus c’est pareil.
On peut comprendre que de nombreux jeunes militent actuellement au Parti Québécois. Ils manquent d’expérience politique, ils manquent du recul d’avoir souffert ce que constitue véritablement un Parti Québécois au pouvoir. Ils n’ont pas expérimenté les reculs importants aux niveaux social, identitaire et linguistique que le gouvernement de Bouchard, suivi par Landry, ont imposé au Québec. Ils n’ont pas connu les manifestations monstres contre un gouvernement péquiste insensible aux revendications des étudiants, des travailleurs, des citoyens. Ils n’ont pas subi ce gouvernement qui prenait en otage les souverainistes en se gavant de leur vote, au son de la mélodie de « conditions gagnantes » qui ne venaient jamais, et qui ensuite ne faisait rien pour la cause. Ils n’ont que peu connu ce gouvernement hautain, méprisant, condescendant, qui avait adopté une idéologie économique somme toute identique à celle du PLQ aujourd’hui… et à celle que le PQ de Pauline Marois espère proposer de nouveau!
Non, les citoyens ne sont pas dupes. Ils savent que sur le fond, le Parti Québécois et le Parti Libéral constituent deux facettes d’un même pouvoir, d’une même insensibilité face à la population, d’une même conviction que la population est malléable, qu’on peut lui faire bouffer n’importe quoi et qu’elle en redemandera.
Si on avait une véritable alternative à l’Assemblée, un parti ne portant pas sur ses épaules le poids des mauvaises décisions du passé, n’y aurait-il pas un engouement pour le changement? Regardons ce qui s’est produit aux États-Unis, en 2004. Après un premier mandat Bush catastrophique, n’a-t-il pas été réélu non pas parce qu’il était bon, mais parce que son opposant ne l’était pas assez? C’est cela qui risque de se produire, ici, avec le Parti Québécois de Pauline Marois. Le PLQ sera réélu non pas parce qu’il constitue un bon gouvernement, mais peut-être simplement parce qu’on préfère toujours un tyran qu’on connaît et qui s’assume à une sauveuse qui cache son jeu et son passé. Dit autrement: on ne veut pas changer quatre vingt-cinq sous pour une pièce d’un dollar.
Ce qu’il manque au PQ, en fin de compte, ce sont peut-être les idées, les valeurs. Les convictions. Le parti végète depuis des années, changeant d’opinions au gré des chefs et des sondages. Aucune stabilité d’idées, aucune solidité des convictions. On regarde Marois ou ses sbires critiquer le Parti Libéral, mais on ne voit que des opportunistes, des carriéristes qui critiquent pour critiquer et qui n’y croient plus vraiment. Ils ont adopté le petit catéchisme néolibéral et ils font le moins de vagues, se contentant de donner la réplique qu’on attend d’eux, et espèrent que le pouvoir tombera comme un fruit mûr.
Après l’usure du pouvoir, on se retrouve maintenant avec l’usure d’une opposition partageant la plupart des valeurs du parti au pouvoir mais qui espère seulement avoir sa chance, elle aussi, de gouverner avec tout autant de mépris que celui affiché par Jean Charest.
À quand du sang neuf? À quand un parti politique véritablement social-démocrate et combatif au niveau de la langue française et de l’identité? À quand un remplacement du vieux Parti Québécois, un parti devenu un véritable clone mollasson du PLQ?
Et si les militants, au lieu de gaspiller leur formidable énergie créatrice au PQ, ne s’organisaient-ils pas en-dehors de celui-ci, afin de véritablement jeter les bases d’un renouvellement du mouvement? Quand René Lévesque a quitté le Parti Libéral en 1967 pour créer le Mouvement Souveraineté-Association, il lui a fallu du courage. C’est peut-être de ce type de courage qu’auraient besoins les militants péquistes qui contribuent, en appuyant les politiques régressives et mollassonnes du PQ, à prendre tous les nationalistes et sociaux-démocrates en otage.
Quand le véhicule est rouillé, prend l’eau, et fait plus de bruit qu’il ne se déplace, il ne faut plus lui appliquer une petite potée pour masquer ses problèmes. Il faut l’envoyer au dépotoir et s’en approprier un nouveau.

Bouchard ne pourra éteindre le flambeau de l’indépendance
3 mars 2010

Les récentes critiques de Lucien Bouchard sur le soi-disant radicalisme identitaire du Parti Québécois et à l’effet qu’il ne croit plus l’indépendance réalisable ne devraient pas surprendre. Tout au long de son mandat de premier ministre, Bouchard a été un véritable éteignoir pour le mouvement souverainiste. Si ses déclarations sur l’indépendance ont depuis été éclipsées par d’autres événements, il importe tout de même de ne pas oublier de conférer à ce triste individu la sombre place qu’il mérite dans notre histoire.

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En 1996, devant le gratin anglophone du théâtre Centaur, et faisant fi de tout rapport de force historique, il prophétisait, comme d’autres ont annoncé la fin de l’Histoire, l’échéance de « l’ère des bouleversements [linguistiques] pour entrer dans une période d’intérêt mutuel ». Désormais, anglophones et francophones marcheraient, main dans la main, pour l’avènement magique d’une société multiculturelle à la canadienne permettant de devenir « l’un des carrefours les plus originaux de la planète ». Le ver était dans la pomme; on ne prônerait plus l’indépendance comme un moyen d’assurer la survie du peuple québécois, mais comme une simple marque de commerce permettant de répliquer les travers de la société canadienne, mais au Québec.

Toutes les décisions subséquentes furent assujetties à ce même état d’esprit pusillanime où il convenait de se plier aux diktats de la minorité anglophone avec l’espoir – incertain – d’en convaincre une minorité de voter pour l’indépendance.

Ainsi, huit mois après le discours du Centaur, Bouchard affirmait qu’il ne pourrait plus « se regarder dans le miroir » si les membres adoptaient une résolution pour invalider la loi 86, qui ouvrait des brèches béantes dans la loi 101. Plutôt que de s’arrimer aux revendications identitaires des Québécois, le premier ministre se faisait un devoir de rejeter toute mesure qui aurait pu permettre d’assurer la survie du français au Québec. Il rejeta également le projet, pourtant dans la plate-forme électorale du PQ aux élections précédentes, d’appliquer la loi 101 au cégep.

De la même façon, il resta de marbre, sourd aux pressants appels de ses propres militants, de son propre parti, alors que divers groupes menaçaient de partitionner le Québec et que le fédéral imposait sa loi sur la clarté.

En 2001, il blâmait publiquement à l’Assemblée nationale le citoyen Yves Michaud, un des plus grands défenseurs de notre langue, à propos d’une citation qu’il n’avait même pas entendue. Il démissionnait quelques mois plus tard en blâmant le peu de réactions des Québécois face aux tactiques fédérales et en sous-entendant la présence d’éléments extrémistes au sein du mouvement indépendantiste.

Or, n’est-ce pas précisément Lucien Bouchard lui-même qui a tout fait, de par son refus d’adhérer aux saines revendications identitaires de son parti, pour provoquer l’apathie généralisée de la population et les crises internes au Parti Québécois? Il a répudié les grandes revendications linguistiques traditionnelles du PQ et a contribué à la ré-anglicisation du Québec. Et il avait le culot de blâmer les Québécois pour sa propre incompétence à la tête d’un parti qui se proclamait indépendantiste!

Une décennie plus tard, c’est ce même Lucien Bouchard qui blâme les modestes revendications identitaires prônées par un parti qu’il a contribué à affaiblir avec ses atermoiements et son incapacité à se faire le porte-voix de la moitié de la population qui croit que le destin d’un peuple consiste à devenir souverain.

Malgré le travail de sape ponctuel d’un Lucien Bouchard plus occupé à jouer les gérants d’estrade qu’à se battre pour une cause qu’il a prétendu avoir à cœur, tous les sondages démontrent que plus de 40% des Québécois souhaitent notre libération collective. Ces citoyens, ces millions de Québécois qui veulent d’une indépendance permettant à leurs valeurs, leur langue et leurs croyances de se perpétuer dans le temps, nul n’a le droit de les décevoir en donnant la moindre crédibilité aux divagations d’un homme dont les meilleures années sont maintenant loin derrière et qui semble plus intéressé à s’attirer les bonnes grâces des grandes entreprises et de ses amis chez Power Corporation.

L’indépendance, dans un contexte de mondialisation où chaque peuple cherche à protéger ses valeurs, ne constitue pas le projet pusillanime et détaché de l’identité tel qu’il fut prôné par Bouchard. L’indépendance constitue un projet du futur, vivant, ouvert à tous, et qui assure la diversité mondiale en assurant la survie de tous les peuples minoritaires. Cette indépendance est plus nécessaire que jamais, et le sain débat identitaire que veut étouffer Bouchard ne pourra que gagner en force et allumer le flambeau de nos convictions.

Les grands démolisseurs
24 février 2010

Parfois, il faut aller au-delà des chiffres pour comprendre l’étendue de l’entreprise idéologique cherchant à nous imposer des hausses de tarifs et des baisses de services. On aura beau démontrer noir sur blanc que de telles mesures seraient régressives, qu’elles nous appauvriraient, qu’elles ont échoué un peu partout où elles ont été appliquées, rien n’y fait. Josée Legault l’a noté avec justesse dans son dernier billet: nous ne sommes pas en présence de libre-penseurs cherchant philosophiquement à améliorer la société, mais d’une vaste entreprise de démolition de notre État.

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En fait, la dernière décennie aura constitué une sorte de pause, ou presque. Jusque vers 2001, on appliquait la doctrine à la lettre, et de nombreux mouvements sociaux ont éclos, convergé dans ce qu’on a appelé d’abord les anti-mondialistes, puis les alter-mondialiste. Par la suite, les mouvements d’opposition ont perdu de l’ampleur, peut-être parce que la croissance économique a permis de donner les miettes nécessaires à acheter la classe moyenne et les plus démunis pendant que les gros bonzes de la finance s’en mettaient plein les poches. On a coupé les impôts des mieux-nantis d’une manière irréfléchie, mais l’État était tout de même assez riche pour satisfaire les intérêts minimums du citoyen lambda.

Aujourd’hui, pourtant, ce n’est plus le cas. Après avoir dilapidé l’argent public dans des baisses d’impôts aux grandes entreprises et aux particuliers les mieux-nantis, le manège recommence. Il faudrait « se serrer la ceinture », faire preuve de réalisme, éviter la catastrophe. Bref, il faudrait encore une fois demander à la classe moyenne d’écoper pendant qu’on laisse les privilèges des plus favorisés intacts.

En 1998, Bourdieu écrivait déjà, à propos du néo-libéralisme:

Comme le marxisme en d’autres temps, avec lequel, sous ce rapport, elle a beaucoup de points communs, cette utopie suscite une formidable croyance, la free trade faith (la foi dans le libre-échange), non seulement chez ceux qui en vivent matériellement, comme les financiers, les patrons de grandes entreprises, etc., mais aussi chez ceux qui en tirent leurs justifications d’exister, comme les hauts fonctionnaires et les politiciens, qui sacralisent le pouvoir des marchés au nom de l’efficacité économique, qui exigent la levée des barrières administratives ou politiques capables de gêner les détenteurs de capitaux dans la recherche purement individuelle de la maximisation du profit individuel, instituée en modèle de rationalité, qui veulent des banques centrales indépendantes, qui prêchent la subordination des États nationaux aux exigences de la liberté économique pour les maîtres de l’économie, avec la suppression de toutes les réglementations sur tous les marchés, à commencer par le marché du travail, l’interdiction des déficits et de l’inflation, la privatisation généralisée des services publics, la réduction des dépenses publiques et sociales.

Le mot est lancé: foi. C’est une véritable foi dans le libre-marché. Ça n’a rien de rationnel. On en arrive à une logique complètement circulaire et fermée où toute proposition promettant de seulement limiter ou contrôler le marché se voit immédiatement discréditée à coups d’arguments idéologiques issus du petit catéchisme néolibéral. Hausser les impôts des plus riches? Êtes-vous fou, pensez à notre productivité! Mieux imposer les entreprises? Ça ne va pas, elle vont partir en Chine! Les propagandistes ont réponse à tout. Il faudrait accepter son sort, considérer le libre-marché et la libre circulation des biens et services comme inéluctable et observer une minorité de riches se la couler douce pendant que les autres s’appauvrissent, et tout cela parce que c’est la chrétienne économie.

Pourtant, les solutions existent. Celles de Québec Solidaire me semblent particulièrement intéressantes:

  • Redevances sur l’eau de 0,01$ du litre: 775 millions $;
  • Maintien de la taxe sur le capital: 503 millions $;
  • Diminution de 20% des subventions aux entreprises: 1203 millions $;
  • Un nouveau palier d’imposition pour les plus riches et une limite des RÉER: 533 millions $;
  • Imposition optimale des gains de capital: 818 millions $;
  • Suspendre le versement du Fonds des générations: 880 millions $;
  • Augmentation des redevances minières: 340 millions $.

Ces mesures permettraient d’aller chercher 5 milliards de dollars, soit grosso modo l’équivalent du déficit.  Elles ne constituent peut-être pas la panacée, mais elles ont le mérite de s’attaquer à ceux qui ont les moyens de payer.   Évidemment, ne comptez pas sur La Presse (Power Corporation), le Journal de Montréal (Quebecor) et d’autres médias dont les dirigeants auraient tout à y perdre pour en faire la promotion.

Voilà peut-être la seule réponse possible contre l’abrutissement généralisé que cherche à nous imposer ce gouvernement et son équipe de l’Inquisition de la vieille droite: la démocratie. Être capable, le jour du vote, dans l’isoloir, même si c’est dans trois ans, de se rappeler qui a eu notre sort à coeur et qui se contente de hausser les épaules en nous imposant leur remède de cheval.

Pour ma part, dans trois ans, je me souviendrai de Québec Solidaire. Je me rappellerai que c’est un des rares partis politiques au Québec qui, en un moment aussi critique où on cherche encore une fois à nous imposer des mesures faisant reculer notre nation, a eu le courage de développer un argumentaire alternatif et des mesures concrètes permettant de déboulonner les statues de fumier de ces fausses idoles issues d’un autre siècle.

Nous avons travaillé pendant des décennies pour bâtir un Québec moderne et démocratique qui, malgré ses défauts, fait l’envie du monde entier.

Ne les laissons pas tout démolir.

Il faut RÉDUIRE les frais de scolarité
23 février 2010

Lucien Bouchard est en mission. Ayant entendu le vibrant appel d’André Pratte à la recherche d’une relève des forces fédéralistes face à un Parti Québécois lui semblant mieux en selle, il a réussi, en une semaine, à semer la pagaille entre les indépendantistes sur la question identitaire et à choquer toute l’aile-gauche avec ses propositions de hausses de frais de scolarité. S’il se préparait un retour en politique active, il ne ferait pas mieux. Et qu’importe si ses idées ne fonctionnent pas et si une telle hausse des frais ne ferait que nous appauvrir collectivement.

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Ainsi, comme je l’ai déjà noté, l’éducation constitue un investissement et non une dépense. Le taux de rendement public relié au passage d’un étudiant du secondaire jusqu’à l’obtention d’un baccalauréat, se situe autour de 8,5%, ce qui signifie que chaque fois où nous incitons nos jeunes à rester à l’école, nous nous enrichissons. Les dépenses reliées à l’éducation sont facilement compensées par celles du décrochage, où chaque étudiant laissant ses études coûte annuellement près 8098$ en soins de santé privé, 4230$ en assistance sociale, 224$ pour ce qui est des crimes, 3491$ en revenus perdus, 226$ en taxes non payées, 68$ en primes d’assurance-emploi et 2767$ en assurance-emploi. Une étude du Conseil canadien sur l’apprentissage, publiée en février 2009, évaluait le coût du décrochage à 37 milliards $ par année. Financer l’éducation, c’est s’enrichir. Les étudiants universitaires sont plus en santé et plus politisés; ils apportent une plus-value considérable à la société.

Or, lorsqu’on hausse ces frais, on réduit l’accessibilité. Malgré toutes les précautions et les appels à la protection des plus démunis, il s’agit d’une vérité indéniable. En 1990-1991 et 1991-1992, par exemple, les frais de scolarité, à l’échelle canadienne, se sont accrus de 15,2% et 16,% respectivement. Le nombre d’étudiants a chuté significativement, passant de 677 157 en 1992 à 668 535 l’année suivante, puis 658 284 en 1994-1995 et jusqu’à 633 018 en 1997-1998. En fait, il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’il y ait autant d’étudiants qu’avant les hausses des frais de scolarité. (( Statistique Canada, Tableau 477-00131, Effectifs universitaires, selon le régime d’études, le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) )) Au Québec, également, on a constaté la première chute du nombre d’étudiants universitaires de la décennie à partir de 2005, année de la première hausse de ces frais. Concrètement, en haussant les frais de scolarité, on diminue le rendement de notre investissement. On contribue à l’augmentation du nombre de décrocheurs, ce qui coûte très cher à la collectivité.

D’une certaine manière, Lucien Bouchard nous demande, à défaut d’avoir suffisamment de bois à l’extérieur, d’utiliser le bois des murs pour chauffer notre maison. En apparence, il est possible de le faire, mais plus on détruit les murs pour se chauffer, plus il faut chauffer pour compenser pour les courants d’air. C’est la même chose qui risque de se produire si on suit ses idées: plus on demandera aux étudiants de payer eux-mêmes leurs études, plus ils décrocheront, plus ils décrocheront, plus ils coûteront cher à la société, et plus ils coûteront cher, moins l’État disposera de ressources pour payer l’éducation. Parfait cercle vicieux.

Il faudrait peut-être se poser une question fondamentale: peut-on se passer d’éducation? Si l’éducation constitue une richesse, ne devrait-on pas la rendre plus accessible à tous afin de s’enrichir collectivement? Pourquoi, à la limite, faire payer les étudiants pour celle-ci? Peut-on sérieusement gaspiller l’éducation; peut-on être trop éduqué? Je ne crois pas. Même quelqu’un qui « perd son temps » à l’école risque d’apprendre des concepts qui lui seront très utiles dans la vie, et, plutôt que de l’envoyer dans les affres d’un emploi mal payé ou du chômage, ne risque-t-il pas plutôt de finir, à force d’essais et d’erreurs, par découvrir sa vraie passion?

Malgré tout, Lucien Bouchard a raison sur un point: les universités sont sous-financées. Elles le sont parce que le gouvernement ne leur donne pas les ressources dont elles on cruellement besoin pour accomplir leurs tâches. Et notre gouvernement, plutôt que de prendre l’argent dans les poches des mieux-nantis, qui ont profité de plusieurs milliards de dollars de baisses d’impôts depuis une décennie, la demande directement aux étudiants. Prendre du pauvre, donner au riche; voilà le leitmotiv des Bouchard et Charest de ce monde.

Enfin, si on considère l’éducation comme une richesse, si on comprend que ce n’est pas à ceux qui débutent dans la vie que revient la tâche de financer ce qui enrichira ensuite l’ensemble de la société, il faut en tirer la seule conclusion logique permettant d’améliorer notre situation financière collective: il ne faut non seulement pas hausser les frais de scolarité, mais il faut les réduire, afin que de la forge à idées que représentent nos écoles puisse jaillir les outils qui nous permettront de briller dans le futur.

Un futur qu’on espère plus juste et où on ne gaspillera pas des talents sous prétexte qu’ils sont trop pauvres ou indécis pour les réaliser.

On ne saurait assez le répéter: si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez donc l’ignorance…

L'épouvantail Bouchard
17 février 2010

Il y a de ces épouvantails qu’on se refuse à ranger lors de l’arrivée de la première neige. Ils guettent, stoïques, les quelques flocons du rêve de l’été précédent tomber et ensevelir ce qui fut une terre fertile. La dernière sortie de Lucien Bouchard, qui s’en prend au soi-disant radicalisme identitaire du Parti Québécois, démontre bien que de tels épouvantails ne veulent pas mourir et s’accrochent désespérément à leurs combats d’arrière-garde.

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Se réclamant de René Lévesque, qui se retournerait dans sa tombe si son nom n’avait pas été si souvent invoqué en vain par de tels profanateurs du bien-commun, il reproche au Parti Québécois de s’interroger sur la meilleure façon d’intégrer les nouveaux arrivants. Tapant sur le vieux clou rouillé de la sempiternelle culpabilité identitaire des Québécois, qui n’auraient que le droit de disparaître dans le silence le plus chrétien en récitant les chapelets de sénilité canadienne-française de son frère Gérard, Lucien Bouchard n’a pourtant pas une si grande caution morale à proposer lui-même. Son bilan à la tête du Parti Québécois est loin d’être reluisant.

En effet, pour quelqu’un qui semble croire que l’intégration des immigrants constitue un phénomène magique, voire mystique, force est de constater qu’il a échoué à en favoriser la francisation au niveau scolaire, pourtant une des meilleures façons de les inclure à notre projet de société. Entre 1996 et 2001, soit grosso modo au même moment où il emmerdait le Québec avec ses « conditions gagnantes » d’une indépendance à laquelle il ne semble plus croire aujourd’hui – y a-t-il seulement déjà cru? – le pourcentage d’allophones passant du secondaire français au cégep français chutait de 58,7% à 54,2%. (( Source :Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, octobre 2008. )) La leçon porte: cette même proportion a immédiatement commencé à remonter à partir de 2001, quand Bouchard a quitté le PQ et qu’on a recommencé à parler, bien timidement, de protéger le français. En 2006, avec 60,7%, on est encore loin du 82,3% de 1987, mais on est sorti de la grande noirceur de l’ère Bouchard.

De la même manière, l’influence du français au sein de la société québécoise a également reculé, ce que démontre l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le niveau d’attraction d’une langue. Celui-ci a augmenté, entre 1996 et 2001, de 1,015 à 1,020 pour le français, et de 1,226 à 1,263 pour l’anglais. C’est donc dire que la hausse de la vitalité de l’anglais au Québec, sous le règne du magicien de l’intégration Bouchard, a été près de huit fois supérieure à celle du français!

Au niveau économique, est-il besoin de rappeler que les coupes sauvages du gouvernement Bouchard pour l’atteinte de son sacro-saint déficit zéro ont fait exploser les inégalités sociales? Le coefficient de Gini sur le revenu total, qui permet de mesurer ces inégalités, est passé de 0,401 en 1995 à 0,421 en 1998, soit une hausse de deux points en quelques années! (( Statistique Canada, Tableau 202-07051,2,7 Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) Il s’agissait de la hausse la plus spectaculaire des inégalités sociales depuis que Statistique Canada a commencé à compiler ces statistiques en 1976. Pour donner un ordre de grandeur, ce coefficient n’a varié que de cinq points en trente ans; 40% de cet écart a eut lieu durant les années du déficit zéro de Lucien Bouchard. Pas exactement le genre de projet de société qui donne envie aux immigrants de s’intégrer et d’apprendre à dire autre chose que « t’as-tu vingt-cinq cennes « man »? ».

Quand l’épouvantail Bouchard traite les Québécois de paresseux, appose sa signature au bas d’un manifeste pour un Québec cupide, ou sermonne un Parti Québécois, pourtant à peine moins pleutre que son son règne, parce qu’il considère simplement agir pour avoir une influence sur notre existence en tant que peuple, il démontre simplement à quel point il est déconnecté de la société et de quelle façon son bref passage à la tête du PQ fut un triste accident de parcours. Tel un despote immobile au milieu de ses ruines, il engueule ceux qui essaient de reconstruire ce qu’il a détruit avec tant d’élégance, à grand renfort de pluralisme et de courbettes identitaires.

Les temps ont changé. La passivité et l’à-plat-ventrisme ont fait leur temps. Avant que ne disparaisse la neige et que ne pointent les premières pousses d’un nouveau printemps, porteur d’espoir et de récoltes abondantes, il serait peut-être temps de remiser l’épouvantail moisi qui, s’il intimide ceux qui l’ont déjà admiré, ne cause pas le moindre désagrément à tous ceux qui se sont habitués à nous picosser le dos à chaque fois où nous menaçions de relever la tête.

L’épouvantail Bouchard
17 février 2010

Il y a de ces épouvantails qu’on se refuse à ranger lors de l’arrivée de la première neige. Ils guettent, stoïques, les quelques flocons du rêve de l’été précédent tomber et ensevelir ce qui fut une terre fertile. La dernière sortie de Lucien Bouchard, qui s’en prend au soi-disant radicalisme identitaire du Parti Québécois, démontre bien que de tels épouvantails ne veulent pas mourir et s’accrochent désespérément à leurs combats d’arrière-garde.

Source de l’image
Se réclamant de René Lévesque, qui se retournerait dans sa tombe si son nom n’avait pas été si souvent invoqué en vain par de tels profanateurs du bien-commun, il reproche au Parti Québécois de s’interroger sur la meilleure façon d’intégrer les nouveaux arrivants. Tapant sur le vieux clou rouillé de la sempiternelle culpabilité identitaire des Québécois, qui n’auraient que le droit de disparaître dans le silence le plus chrétien en récitant les chapelets de sénilité canadienne-française de son frère Gérard, Lucien Bouchard n’a pourtant pas une si grande caution morale à proposer lui-même. Son bilan à la tête du Parti Québécois est loin d’être reluisant.
En effet, pour quelqu’un qui semble croire que l’intégration des immigrants constitue un phénomène magique, voire mystique, force est de constater qu’il a échoué à en favoriser la francisation au niveau scolaire, pourtant une des meilleures façons de les inclure à notre projet de société. Entre 1996 et 2001, soit grosso modo au même moment où il emmerdait le Québec avec ses « conditions gagnantes » d’une indépendance à laquelle il ne semble plus croire aujourd’hui – y a-t-il seulement déjà cru? – le pourcentage d’allophones passant du secondaire français au cégep français chutait de 58,7% à 54,2%. (( Source :Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, octobre 2008. )) La leçon porte: cette même proportion a immédiatement commencé à remonter à partir de 2001, quand Bouchard a quitté le PQ et qu’on a recommencé à parler, bien timidement, de protéger le français. En 2006, avec 60,7%, on est encore loin du 82,3% de 1987, mais on est sorti de la grande noirceur de l’ère Bouchard.
De la même manière, l’influence du français au sein de la société québécoise a également reculé, ce que démontre l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le niveau d’attraction d’une langue. Celui-ci a augmenté, entre 1996 et 2001, de 1,015 à 1,020 pour le français, et de 1,226 à 1,263 pour l’anglais. C’est donc dire que la hausse de la vitalité de l’anglais au Québec, sous le règne du magicien de l’intégration Bouchard, a été près de huit fois supérieure à celle du français!
Au niveau économique, est-il besoin de rappeler que les coupes sauvages du gouvernement Bouchard pour l’atteinte de son sacro-saint déficit zéro ont fait exploser les inégalités sociales? Le coefficient de Gini sur le revenu total, qui permet de mesurer ces inégalités, est passé de 0,401 en 1995 à 0,421 en 1998, soit une hausse de deux points en quelques années! (( Statistique Canada, Tableau 202-07051,2,7 Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) Il s’agissait de la hausse la plus spectaculaire des inégalités sociales depuis que Statistique Canada a commencé à compiler ces statistiques en 1976. Pour donner un ordre de grandeur, ce coefficient n’a varié que de cinq points en trente ans; 40% de cet écart a eut lieu durant les années du déficit zéro de Lucien Bouchard. Pas exactement le genre de projet de société qui donne envie aux immigrants de s’intégrer et d’apprendre à dire autre chose que « t’as-tu vingt-cinq cennes « man »? ».
Quand l’épouvantail Bouchard traite les Québécois de paresseux, appose sa signature au bas d’un manifeste pour un Québec cupide, ou sermonne un Parti Québécois, pourtant à peine moins pleutre que son son règne, parce qu’il considère simplement agir pour avoir une influence sur notre existence en tant que peuple, il démontre simplement à quel point il est déconnecté de la société et de quelle façon son bref passage à la tête du PQ fut un triste accident de parcours. Tel un despote immobile au milieu de ses ruines, il engueule ceux qui essaient de reconstruire ce qu’il a détruit avec tant d’élégance, à grand renfort de pluralisme et de courbettes identitaires.
Les temps ont changé. La passivité et l’à-plat-ventrisme ont fait leur temps. Avant que ne disparaisse la neige et que ne pointent les premières pousses d’un nouveau printemps, porteur d’espoir et de récoltes abondantes, il serait peut-être temps de remiser l’épouvantail moisi qui, s’il intimide ceux qui l’ont déjà admiré, ne cause pas le moindre désagrément à tous ceux qui se sont habitués à nous picosser le dos à chaque fois où nous menaçions de relever la tête.

À l’abattoir!
30 avril 2007

100Le scénario est connu: une direction d’usine menace de fermer ses portes pour forcer ses travailleurs à réduire leur salaire et leurs avantages sociaux. Comme on l’a vu il y a quelques mois avec Olymel, c’est maintenant au tour de Exceldor qui, non satisfaite d’être le leader dans la coupe de volaille au pays, désire maintenant y aller du couteau sur ses employés.

Évidemment, la direction accepte de « négocier ». Entendez: on va faire semblant de négocier en public pour la caméra, on va peut-être engager Lucien Bouchard pour venir pleurer sur le sort des pauvres patrons d’entreprises, mais en privé c’est toujours le fusil sur la tempe. En privé, on va continuer de tenir un discours comme celui-ci: « Acceptez nos conditions ou sinon on ferme nos portes. »

C’est ce qui s’appelle avoir le gros bout du bâton.

Alors qu’il y a quelques années le mouvement syndical aurait eu le soutien massif de la population, désormais la paupérisation croissante d’une large partie de celle-ci incite à la jalousie et à l’égoïsme. Tous ces gens payés 8-10$ de l’heure, avec des conditions de travail minables, ne se demandent pas pourquoi ils sont incapables de vivre décemment en travaillant à temps plein. Non, non. C’est beaucoup plus facile de s’en prendre aux méchants syndicats qui offrent des salaires de riche à ses travailleurs!

Dans les faits, un salaire de 17-18$, c’est un salaire de classe moyenne. À Montréal, c’est à peine de quoi payer le loyer, entretenir une voiture, et faire quelques sorties. N’est-ce pas ironique de voir des gens qui votent pour un parti comme l’ADQ, supposément défenseur de la classe moyenne, ensuite réclamer la réduction des salaires de ces mêmes travailleurs?

On connaît la rengaine: mondialisation, concurrence, productivité, flexibilité. C’est un système économique qui, partout où il a été appliqué, a entraîné un appauvrissement d’une large partie de la population et une explosion des inégalités sociales.

Ne serait-il pas temps de faire passer l’humain devant la « logique » économique? Ne serait-il pas temps pour ces politiciens se faisant élire au nom de la classe moyenne de prendre leurs responsabilités et de protéger les emplois de cette classe moyenne ainsi envoyée à l’abattoir?