Le vote ethnique
2 novembre 2009

« Ici git un peuple mort de bêtise! » – Olivar Asselin, en parlant de l’épitaphe à apposer sur la tombe des Canadiens-français dans le cimetière des peuples.

Choc et stupeur. On a tellement lu et entendu parler de la corruption de l’administration Tremblay qu’on avait presque oublié qu’il pouvait être réélu. Imaginait-on sérieusement qu’après avoir lu tout ce que des médias comme Rue Frontenac, La Presse, Le Devoir, TVA et Radio-Canada ont révélé à propos de cette administration, on allait véritablement le réélire?

Et si, dans les faits, ceux qui ont voté pour lui hier sont précisément ceux qui ne lisent ni Rue Frontenac, ni La Presse, ni Le Devoir, ni TVA et ni Radio-Canada? On pourra faire des dizaines d’analyses sur ces résultats, mais à la fin, une seule conclusion s’imposera: les francophones ont voté pour trois partis alors que les non-francophones et les immigrants ont voté pour seulement deux. C’est cette concentration du vote anglophone et allophone, allié à l’incapacité pour les francophones de voter en bloc, qui ont permis à Tremblay de se faire réélire.

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En fait, quand on regarde les résultats (encore incomplets), on se rend compte que le véritable « éléphant dans la pièce » dont tous les journalistes parlaient n’était pas l’éthique. Ou plutôt, l’éléphant de la corruption était peut-être dans le salon, mais celui des enjeux linguistiques se trouvait confortablement assis sur nos genoux, cachant tout le reste. Les anglophones ont voté massivement CONTRE Louise Harel, la « méchante séparatiste unilingue française », préférant la mafia, la corruption, les nids-de-poule et la grisaille d’une ville-cancre à l’élection d’une souverainiste fière de ses origines.

Le vote anglophone fut donc tout à fait ethnique et raciste, quoi qu’on en dise. Peu importe le programme, peu importe les idées, peu importe les projets, les anglophones ont voté CONTRE Louise Harel parce qu’elle fait partie du 40-50% de la population du Québec qui croit à l’indépendance. Ce vote anglophone fut donc un vote d’exclusion, de repli sur soi.

Par exemple, dans Côtes-des-Neiges, où le pourcentage d’immigrants dépasse 47% et où le français n’est parlé à la maison que par 28,9% de la population, le candidat d’Union Montréal a gagné avec près de 52% des votes, contre 26% pour Projet Montréal et un maigre 17% pour le parti de Louise Harel. À l’opposé, dans Rosemont-Petite-Patrie, où 80% de la population parle le français et où il n’y a que 20% d’immigrants, le vote fut beaucoup plus serré: 35% pour le candidat de Louise Harel, 33% pour celui de Projet Montréal et 31% pour Union Montréal. À l’exception de quelques arrondissements où Louise Harel avait des candidats-vedettes, celle-ci a obtenu des victoires très serrées partout, alors que Union Montréal aurait pu faire élire un poteau de téléphone dans certains quartiers anglicisés. Qu’on se le dise crument: c’est le vote quasi-monolithique des anglophones et des immigrants qui a permis à Tremblay de se faire réélire.

Quatorze années après le dernier référendum, n’est-il pas symptomatique d’en être au même point et de devoir constater que la même division entre Québécois de souche d’un côté et anglophones et immigrants de l’autre s’opère toujours? Malgré toutes les tentatives de rapprochement, malgré le culte du multiculturalisme que même le Parti Québécois a fait sien, malgré les campagnes de francisation, malgré les programmes de discrimination positive, malgré l’avilissement de Louise Harel à se créer une organisation fantoche « Friends of Louise Harel », rien n’a changé: les anglophones et les immigrants nous tournent le dos.

Une leçon pour les Québécois

Or, ne s’agit-il pas là d’une formidable leçon qu’il nous faudrait enfin comprendre? On ne peut pas, nous, Québécois, continuer de voter en fonction d’éthique, de tramways et d’espaces verts, en oubliant toute référence à notre situation linguistique et identitaire fragile pendant que les autres ne votent que pour cela. Pendant que le français recule à Montréal et que les familles québécoises quittent une métropole où ils ne se sentent plus chez eux, nous en faisons totalement abstraction et nous croyons que les anglophones et les immigrants vont faire comme nous et « rationaliser », se dire que ce n’est qu’une élection municipale et que les enjeux linguistiques et identitaires se décident ailleurs. Erreur.

Les anglophones ont compris comment une élection fonctionne. On ne vote pas pour les idées, on vote pour une identité. On ne vote pas pour un tramway ou une entrée maritime, on vote pour quelqu’un qui représente ce que nous sommes, qui parle notre langue, et qui protège nos valeurs. Mieux vaut un corrompu à nous qu’un intègre à eux, en quelque sorte. Mieux vaut des bandits à l’Hôtel de ville qu’une indépendantiste unilingue française considérant que Montréal doit demeurer une ville francophone.

En quelque sorte, l’élection de Gérald Tremblay n’est peut-être pas une si mauvaise chose. Elle permet de remettre à l’avant-scène la vraie division de Montréal et de redéfinir le véritable enjeu de cette ville: le combat identitaire des Québécois. Nous avons maintenant quatre années pour espérer trouver de nouveaux leaders qui n’auront pas honte de se définir en tant que francophones et de militer pour que la prochaine administration de la ville en soit une à notre image.

Évidemment, cela ne sera pas plus facile dans quatre ans. Au rythme accéléré où Montréal s’anglicise et avec l’augmentation des quotas d’immigrants et à cause de notre difficulté croissante à les intégrer, les francophones seront probablement encore moins nombreux à la prochaine élection. Et les multiculturaleux, pour qui les Québécois ne forment qu’un groupe identitaire parmi d’autres, jouiront d’un bassin supplémentaire d’électeurs prêts à voter contre quiconque espère encore que Montréal sera autre chose qu’une ville-monde anonyme déconnectée de toute référence à ce qui fut un jour le peuple du Québec.

Dans un futur où on veut nous transformer en une ethnie comme n’importe quelle autre, si nous osions, nous aussi, le vote ethnique?  Et si nous cessions de travestir nos idéaux pour espérer créer un consensus et convaincre une minorité qui a mille raisons d’être contre nous de nous appuyer et que nous tentions plutôt de convaincre les nôtres qui ont mille raisons d’être avec nous?

La ville-monde
24 octobre 2009

À une semaine des élections municipales, je ne sais toujours pas pour qui je vais voter. En fait, je suis perdu comme un étranger téléporté dans une ville du bout du monde et aux individus parlant une langue qui me serait incompréhensible. Plus je lis les programmes des trois partis qui s’affrontent dans mon district, plus je me sens étranger. Étranger dans ma propre ville. Oublié par des partis municipaux empêtrés dans leurs dogmes multiculturels et insensibles à la réalité la plus criante de toutes: l’anglicisation de notre ville. La dépossession de notre ville. Cette métropole qui fut la nôtre et qui, de jour en jour, devient celle des anglophones et des allophones.

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Bravo, M. Bergeron, pour vos projets verts! Bravo pour vos connaissances en urbanisme! Bravo Mme. Harel pour votre désir de « redémarrer Montréal » et d’y assainir la vie publique! Mais une ville, est-ce seulement une question d’urbanisme et d’intégrité? Du béton et des hommes, voilà tout? Ça ne me plaît pas. Ma ville, c’est bien davantage que cela: c’est un endroit où cohabitent des gens partageant certains idéaux et certaines valeurs. Un regroupement géographique d’humains désireux de se créer un sens commun. Et ce sens, ces valeurs, ce sont les valeurs québécoises: le français, l’égalité des sexes, la laïcité.

Alors, quand je lis, dans le programme de Projet Montréal, que notre ville devrait être entre les mains de « toutes les communautés [culturelles] qui la composent », que « Montréal est le prototype de la ville-monde du XXIe siècle » qui doit accepter une « collaboration mutuelle et d’interculturalité, en résistant à la tentation du repli sur soi », je décroche. Purement et simplement. Je ne peux pas voter pour ça.

À mes yeux, ce concept de « communauté culturelle » ne constitue pas un élément à glorifier ou qui devrait nous rendre fier. C’est plutôt notre incapacité à intégrer adéquatement les immigrants qui a permis à ceux-ci de vivre ici pendant des années sans finir par adopter nos valeurs. Disons les vraies choses: le but, à terme, est d’intégrer les immigrants. Le but, le vrai, c’est qu’un jour ils écoutent les Cowboys Fringants ou Tout le monde en parle, qu’ils regardent du cinéma québécois et qu’ils participent à notre futur collectif en tant que Québécois. Oui, ils peuvent apporter leur spécificité, mais à terme, celle-ci doit finir par se fondre dans notre identité commune au lieu de rester cachée dans un quelconque ghetto du boulevard St-Laurent.

La ville-monde dont parle Projet Montréal, elle ne m’intéresse pas. Je préfère une ville francophone de classe internationale où le français et l’identité québécoise servent de ciment à la vie commune. Paris, Londres, New York; des villes où existe principalement une langue commune et où les identités multiples corésident dans le respect de cette langue et des valeurs du pays. Mettre le sort de la ville entre les mains de « communautés culturelles » constituant surtout des entité réfractaires à l’intégration m’apparaît tout aussi déficient que de donner le pouvoir aux élèves de la maternelle.

Une ville, au-delà du béton, constitue un formidable terreau permettant aux cultures de se mélanger et d’offrir une vivacité, une richesse rayonnant bien à l’extérieur de ses limites géographiques. Mais tout comme une plante ne pourrait grandir sainement dans un petit tas de terre éparpillé sur la table de la cuisine, il faut lui donner des bases solides, lui donner un récipient. Ce récipient, ce pot, c’est notre culture, nos valeurs, cette base permettant à la plante de nos aspirations de croître et d’embellir tout notre pays. Si on laisse les nouveaux arrivants et les anglophones décider à notre place, on obtient une situation cacophonique, un chaos où la cohésion sociale a cédé le pas devant le porridge multiculturaleux d’un fourre-tout empêchant de donner un véritable sens à notre ville.

Alors non, je ne sais pas pour qui voter. Les trois principaux partis politiques ont adopté une vision réductrice et dangereuse de la politique municipale. Ils ont édulcoré leur nécessaire rôle de gardiens des valeurs québécoises et ont relégué l’enjeu de la langue française, devenue minoritaire sur l’île, au rang de sous-catégorie de la diversité culturelle, une petite merde de mouche ne valant même pas la peine qu’on s’en occupe.

Oui, Projet Montréal, malgré ses candidats ne respectant pas le caractère francophone de Montréal, constitue une option intéressante. Mais voilà, justement, il n’y a rien de plus important, à mes yeux, que notre survie collective. Et Projet Montréal, autant que les autres partis – et peut-être même davantage que Vision Montréal, dont on connaît les convictions francophiles de Louise Harel – nuit à la nécessaire francisation des immigrants en lançant le message que Montréal ne constitue pas une ville francophone par choix, mais simplement par histoire, et que le français ne devrait pas avoir plus d’importance que les autres composantes linguistiques ou culturelles de Montréal. Bref, c’est une sorte de trudeauisme, de canadianisation de Montréal qu’espère imposer Projet Montréal: les francophones ne seraient plus qu’une ethnie parmi d’autres au sein de cette ville-planétaire.

On me répète que l’enjeu est éthique. Que c’est l’éléphant dans la pièce. Que je devrais me boucher le nez, trahir mes idéaux et voter Projet Montréal. Que je devrais accepter que des anglophones irrespectueux du caractère francophone de Montréal soient élus sous prétexte qu’il y a aurait un tramway ou quelques parcs supplémentaires dans leur ville-cosmique. Non, je ne crois pas.

À choisir, entre une métropole québécoise et corrompue et une ville-intersidérale peinturée en rose-bonbon où les Québécois seraient relégués au rang d’ethnie parmi d’autres, je choisis la première option. J’aime mieux avoir un chez-moi bien sale et dégueulasse que d’habiter dans la grosse baraque proprette de mon voisin et d’avoir à m’excuser de péter à tous les matins en me levant.

Je rêve du jour où les Québécois auront les couilles de se donner une ville réellement francophone et de ne pas avoir peur d’imposer leur culture. Dans le respect des autres, oui, mais de l’imposer tout de même, comme ça se fait partout ailleurs sur la planète chez les peuples qui possèdent un minimum de fierté.

En attendant, et dans l’espoir qu’un jour les Québécois se feront respecter au niveau municipal, je risque d’annuler mon vote le 1er novembre prochain. C’est triste, mais je vote en respectant mes idéaux.

C’est encore l’essence de la démocratie. Cette valeur-là, au moins, on peut encore la conserver…

Projet Montréal, un danger pour le français?
18 octobre 2009

Projet Montréal est-il en train de devenir le parti des anglophones? Après avoir rejeté une alliance avec Louise Harel, le parti a choisi de nombreux candidats anglophones et cherche à se proposer comme une alternative à Gérald Tremblay auprès des anglophones montréalais, dernier bastion de résistance de ceux qui refusent de s’intégrer à la culture québécoise. Et si Projet Montréal, derrière son apparence verte et inoffensive, constituait une menace pour le statut francophone de Montréal? Voilà une question pertinente à se poser après les récents déboires de Benoît Labonté à Vision Montréal. Pénaliser la corruption, d’accord, mais au détriment de la primauté du français à Montréal, je décroche.

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Le sondage, fin septembre, était sans appel: 30% des anglophones appuyaient Projet Montréal, contre seulement 15% des francophones. Statistiques importantes, mais pas autant que le taux d’indécision: 44% pour les anglophones contre seulement 27% pour les francophones. Concrètement, les anglophones hésitaient encore. Qui choisir entre Gérald Tremblay, M. Corruption lui-même, et Louise Harel, la méchante péquiste qui veut défaire ce beau grand Canada? Projet Montréal s’impose comme une alternative crédible au sein d’une minorité rhodésienne votant d’une manière clanique, presque ethnique, contre toute personnalité représentant un peu trop la population québécoise. Sauf que pour aller chercher le vote des anglophones, Projet Montréal devait se donner une image un peu moins francophone, une démarche déjà en route.

Voici, en vrac, quelques candidats qui devraient faire honte à tous ceux qui espèrent freiner l’anglicisation de la métropole québécoise.

Ken McLaughlin, candidat au poste de Conseiller d’arrondissement dans le district Champlain–L’Île-des-Soeurs. Sur son blogue, il écrit un vibrant plaidoyer pour obtenir le vote des anglophones, affirmant comprendre qu’ils ne voteraient jamais pour quiconque a été ministre du PQ (bonjour le vote clanique) et leur réitérant le fait que Projet Montréal aime la « Montreal’s English community ». En opposition au caractère francophone de la ville et au fait que la langue française doit en constituer la langue commune, il se présente également en partie en anglais sur une vidéo.

Piper Huggins, candidate au poste de Conseillère d’arrondissement dans le district Jeanne-Mance. Elle habite le quartier Plateau-Mont-Royal depuis vingt ans, mais n’arrive qu’à baragouiner un français bien approximatif. Elle travaille à McGill, en anglais. Elle a été présidente de la section Quebec du NPD de 2006 à 2008.

Kamala Jegatheeswaran, candidate au poste de Conseillère de ville dans le district Darlington. Elle vit dans Côte-des-Neiges depuis vingt ans elle aussi, mais – jusqu’à preuve du contraire – ne peut même pas parler français. Dans sa vidéo de présentation, le seul mot dans la langue officielle de la ville est un pathétique « meur-cy » à la fin d’une longue déclaration en anglais.

Peter McQueen, candidat au poste de Conseiller de ville dans le district Notre-Dame-de-Grâce. Sa page Facebook est entièrement en anglais et il a affiché des pancartes unilingues anglaises, en opposition à la loi 101, alors qu’il était candidat pour le Parti Vert aux dernières élections provinciales.  Ses pancartes ne respectant pas notre langue commune avaient choqué de nombreux citoyens.

Les incohérences de Projet Montréal

Il y a près d’un mois, je parlais d’un candidat de Projet Montréal m’ayant contacté pour me demander ce que je pensais de son projet de communiquer en anglais aux électeurs de son district:

Sa logique était simple: s’il s’adresse en anglais au 15% d’unilingues anglophones de son quartier, il augmente ses chances d’être élu.

Évidemment, je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord. C’est bien beau de se faire élire pour participer à une foule de merveilleux projets, mais quel message lance-t-on à ses électeurs, pour le long terme? On lance le message que le français ne constitue pas la langue officielle à Montréal et qu’ils n’ont pas à l’apprendre. On renforce leur conviction que ce sont les autres qui doivent leur parler en anglais, et non pas eux-mêmes qui devraient apprendre notre langue.

Oui, on peut gagner des élections en leur parlant en anglais, mais que vaut une élection à l’échelle de la disparition des francophones d’Amérique du Nord? La fin ne justifie pas les moyens. Avoir Montréal à coeur, c’est également avoir à coeur la survie de son caractère francophone.

Bref, ce que me demandait ce candidat – un anglophone d’origine mais qui parle un excellent français et qui constitue un des rares conseillers de Projet Montréal pour qui je considérerais voter; l’autre étant Carl Boileau – c’était s’il était acceptable de sacrifier une partie de ses idéaux pour aller chercher quelques votes. Ma réponse était non, et c’est toujours non.

Or, quand Richard Bergeron a refusé de fusionner son parti avec celui de Louise Harel, comme le souhaitaient plusieurs de ses membres (dont les candidates Josée Duplessis et Siou Fan Houang, deux anciennes péquistes), quand il a refusé de céder aux pressions du réseau Lapointe qui a tenté d’acheter son départ, quel message a lancé Richard Bergeron? Celui que les idéaux ne sont pas achetables et que la petite politique ne devrait pas primer sur les idées. Qu’on ne doit pas sacrifier ce qui nous est le plus cher pour espérer obtenir une version édulcorée de ses convictions en s’alliant à un parti permettant de se rapprocher du pouvoir. Ce qu’a fait Projet Montréal, à ce moment-là, c’est de se définir comme un parti d’idées, un parti qui ne se laisserait pas contaminer par une vieille façon de faire de la politique.

Le problème, c’est que la pureté de ces idées et de ces objectifs concernent surtout l’aspect esthétique de la ville. Des tramways, des rues plus propres, des pistes cyclables, davantage d’écologie, tout le monde est d’accord. Mais n’oublie-t-on pas quelque chose de plus important, de plus fondamental? La question identitaire. Montréal constitue une ville francophone dont la majorité de la population ne parle plus le français. C’est majeur comme constat.

Nos politiciens ont un rôle à jouer pour contribuer à la refrancisation de la métropole. On ne peut pas se contenter de pelleter nos nuages dans la cour du provincial ou du fédéral. La défense du français s’opère à tous les niveaux, à commencer par le municipal. Et quand un parti comme Projet Montréal refuse de s’engager sur le plan linguistique et cherche à obtenir le vote des anglophones plutôt que de chercher à les franciser, il fait exactement le contraire de ce en quoi il s’était défini après avoir refusé la fusion avec Harel: il vend son âme pour quelques votes. Du moins, si on part du principe qu’en son âme Projet Montréal croit à une ville francophone.

En fait, voici la vraie question: en quoi Projet Montréal devrait-il attacher plus d’importance à la pureté de ses idéaux au niveau de l’écologie ou de l’urbanisme qu’à ceux, tout aussi importants, de la protection du français dans la métropole? Dit autrement: pourquoi sacrifie-t-on le français alors qu’on a refusé de sacrifier ses autres projets? On m’objectera que les autres partis font la même chose. Pas si sûr.

En effet, si Vision Montréal et Union Montréal semblent prêt à tout sacrifier, s’il n’y a pas de vaches sacrées pour eux, c’est surtout parce que ce sont des partis de type coquille vide: le parti se résume grandement à la personnalité du chef. Projet Montréal, lui, est un parti qui a ses racines dans les quartiers, et c’est cela qui m’inquiète. Harel, je sais qui elle est, je sais ce qu’elle vaut. Je connais son attachement à la langue française.

Pourquoi Projet Montréal est dangereux

À l’opposé, Projet Montréal, en refusant de sacrifier quoi que ce soit sauf la langue, constitue une véritable boîte à mauvaises surprises faisant état d’une nouvelle réalité montréalaise: celle d’une ville anglicisée, sûre d’elle-même et s’encombrant de moins en moins des apparences de ville francophone. Tirant ses racines de cette réalité, le parti ne représente plus l’idéal d’un objectif commun à atteindre pour le bien-être de tous, mais plutôt les objectifs isolés d’une certaine catégorie d’anglophones soi-disant ouverts d’esprit et prêts à tout changer… tant que cela n’affecte pas la force de leur communauté linguistique. On se dit urbain, on s’affirme comme écologique, on se gargarise de développement durable et de renouvellement municipal, mais pas question de s’attaquer à ce qui menace réellement la ville: la disparition du fait français.

En ce sens, il s’agit d’une situation paradoxale. De nombreux anglophones s’identifient à Montréal à cause de sa diversité, à cause de ce côté francophone qu’ils ne pourraient retrouver dans une aucune autre ville majeure nord-américaine, mais ils contribuent, de par leurs gestes, à la disparition de cette francophonie. Ils nous aiment en nous étreignant jusqu’à la suffocation. Cette unicité de Montréal, cet incroyable potentiel qu’ils veulent lui donner, ils le font pour eux; l’idéal serait une Montréal entièrement anglophone mais conservant les caractères insufflés par la présence francophone. Une sorte de Nouvelle-Orléans du nord.

Voilà pourquoi Projet Montréal est dangereux: parce que ce parti se fait le représentant des anglophones et qu’il agit ainsi au détriment de la survie du français dans la métropole. Plutôt que de se faire le porte-parole des 90% de Québécois inquiets de la situation du français à Montréal, le parti de Richard Bergeron enfouit la question linguistique sous une ribambelle de projets certes mobilisateurs, mais qui ne contribuent pas à sauver ce qui nous importe vraiment… nous!

S’amourachant de candidats francophobes et incapables de s’intégrer à notre communauté, Projet Montréal constitue de plus en plus une sorte de pendant municipal du NPD, toujours sympathique, toujours souriant, toujours prêt à écouter les Québécois en autant qu’il ne s’agisse pas de restreindre les privilèges des anglophones. On se tient par la main, on fait une ronde, on s’embrasse, et on se bat sur tout et n’importe quoi, en autant qu’on ne se chicane pas entre nous. La génération Passe-Partout à son meilleur.

Au fond, on les comprend les anglophones de vouloir ignorer la question linguistique. Ken McLaughlin me l’a bien expliqué, sur son blogue: « Pour moi, le débat sur la langue a cessé d’être un enjeu majeur et central à un certain moment vers la fin du 20e siècle et je pense que la plupart des Montréalais seront en accord avec moi ».  Si on pouvait dater ce moment précis où la langue a cessé d’être un enjeu, j’oserais l’année où, après que le français ait atteint son plus haut niveau d’usage dans la métropole, il a commencé à chuter. Et quand M. McLaughlin affirme que les Montréalais seront d’accord avec lui, on sait de quels Montréalais il parle: les anglophones.  Après tout, pour lui comme pour Projet Montréal, ce sont bien les seuls citoyens dont la culture et les valeurs méritent d’être protégées.

Qui ne dit mot consent. En acceptant dans ses rangs des candidats insensibles à la nécessité de protéger le français et en cherchant à obtenir le vote des anglophones à tout prix, Projet Montréal contribue simplement à cette inertie tranquille qui nous amène inexorablement vers le gouffre de l’assimilation et où tous ceux qui tentent de sonner l’alarme sont irrémédiablement traités de passéistes.

Si Projet Montréal constitue le futur, je ne veux pas de ce futur. Mon futur à moi, il se fait en français.

Louise Harel: la force de ses faiblesses
5 octobre 2009

« Mise sur tes forces et oublie tes faiblesses! » Voici grosso modo ce que me répétait ad nauseam mon professeur d’échecs. Il ne sert à rien de se concentrer à améliorer ses faiblesses; mieux vaut travailler sur ses avantages et les rendre tellement colossaux que l’adversaire n’aura de choix que de s’incliner. Voilà la leçon de base m’ayant servi le plus aux échecs et qui m’inspire, encore aujourd’hui, dans la vie. Une leçon qu’aurait grand avantage à suivre Louise Harel, au lieu de s’enliser dans ses principes de grandes amitiés anglophones et de « certification iso-diversité ».

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En effet, au lieu de servir de son unilinguisme francophone pour promouvoir la francité de la métropole québécoise, Harel a choisi de s’investir dans une campagne contre-productive intitulée Friends of Louise Harel (Les amis de Louise Harel). Ce site Internet, publié en anglais, vise principalement les anglophones et les allophones. Oui, les allophones. Dans le Montréal de Louise Harel, les allophones parlent anglais – y a-t-il un plus puissant aveu d’échec pour l’ancienne ministre péquiste?

Or, pourquoi Louise Harel ne prendrait-elle pas acte non pas de l’anglicisation de Montréal en tant que composante politique à exploiter, mais plutôt d’un phénomène à enrayer? Qu’on se comprenne bien: Louise Harel ne parle pas anglais et croit à une ville francophone et a tenté d’agir, tout au long de sa carrière politique, pour la préservation du fait français. Qu’a-t-elle à gagner à travestir ses idéaux d’une ville où le français constitue la langue rassembleuse et universelle pour espérer grappiller quelques votes allophones ou anglophones?

Plutôt que de se servir de son unilinguisme francophone comme d’une force, d’un tremplin permettant de remettre dans l’actualité l’incapacité croissante des Québécois à pouvoir travailler ou vivre dans leur propre langue à Montréal, elle préfère faire de la vieille politique, camouflant tout ce qui pourrait le moindrement susciter les passions. Elle lance le message, aux Québécois qui espèrent un coup de main pour refranciser notre ville, qu’elle ne sera pas celle qui osera imposer le français et le considérer comme ce qu’il doit être: la langue qui unit tous les Montréalais.

En outre, elle se discrédite elle-même, faisant un gros plan sur son unilinguisme et le faisant apparaître comme une tare plutôt que la richesse qu’il devrait être, c’est-à-dire cette fierté de pouvoir atteindre les plus échelons politiques dans sa propre langue et cette fierté de maîtriser la langue française comme elle la maîtrise. Elle donne raison à ses adversaires en se concentrant sur ses faiblesses plutôt que de les transformer en force.

De la même manière, Harel veut créer un « bureau de la diversité » et une « certification iso-diversité » afin d’aider les « communautés culturelles » à se trouver un emploi. Pourquoi, aurait-on envie de se demander? Déjà, en 2005, on apprenait que « sur les 392 étudiants embauchés durant l’été 2005, 309 étaient des femmes, 51 provenaient des minorités visibles, 30 des minorités ethniques et deux étaient des autochtones. Aucun étudiant mâle francophone n’a obtenu d’emploi au sein de la ville cet été ». (( Raymond Gervais, L’hôtel de ville est fier de son plan d’embauche des minorités, La Presse, 19 septembre 2005)) Et on veut en plus créer une « certification iso-diversité »? Quelle sera la prochaine étape? Ne serons-nous heureux que lorsque les visiteurs des soupes populaires seront tous blancs et francophones?

En opposition à des « communautés culturelles » où Harel a autant de chance de percer que le Bloc Québécois en Alberta, ne vaudrait-il pas mieux plutôt valoriser la « communauté québécoise »? Je suis Québécois, et je fais partie d’une communauté partageant une certaine culture. Pourquoi ainsi contribuer à isoler davantage les immigrants en leur donnant l’impression qu’ils sont différents, qu’ils ne font pas partie de notre communauté québécoise? Louise Harel, en cherchant à colmater une autre brèche dans sa campagne, manque de rappeler ce qui devrait véritablement nous unir: la citoyenneté québécoise. Le fait d’avoir la peau brune, jaune ou bleu avec des taches orangées ne devrait pas déranger qui que ce soit. On ne peut pas prétendre s’opposer à de soi-disant injustices en en créant de nouvelles.

La candidate à la mairie, de par son historique péquiste et favorable à la langue française, devrait plutôt encourager l’intégration des immigrants en leur parlant en tant que Québécois, peu importe leur pays d’origine. Les immigrants ne demandent que cela. Leur rend-t-on service en les engageant à cause de leur couleur de peau? Au lieu de chercher à acheter le vote des « communautés culturelles », Harel devrait plutôt s’intéresser à la plus grande des « communautés culturelles », celle des Québécois qui sont ouverts à la différence et qui désirent qu’on engage des individus non pas en fonction de leur race ou de leur sexe, mais plutôt de leurs strictes compétences. En faisant ces propositions à la Jeune Chambre de commerce haïtienne, Harel tourne le dos au reste des citoyens et manque encore une fois l’occasion de mettre de l’avant ses forces.

Aux échecs, quand on choisit de s’attarder à ce qui nous amoindrit plutôt qu’à ce qui fait notre puissance, on s’enferme dans une logique négative de repli sur soi qui conduit inévitablement à un manque d’espace et à une lente asphyxie, menant irrémédiablement à la défaite si l’adversaire joue correctement. En utilisant ce type de stratégie sans-issue, Vision Montréal mène une campagne négative, espérant seulement une erreur des adversaires pour pouvoir s’imposer. Le parti veut se faire élire sans provoquer de débat, sans la moindre controverse, sans risque de choquer qui que ce soit.

Dans un monde politique aseptisé où la langue de bois semble constituer la seule parole acceptable, ne faudrait-il pas plutôt des politiciens municipaux fiers de ce qu’ils sont et osant véritablement affirmer leurs idéaux sans avoir à leur passer une muselière et à se défendre de n’être pas ceci ou cela? Je rêve du jour où un candidat se lèvera et affirmera clairement: « Je crois en ce que je suis, et si vous n’êtes pas d’accord, et bien tant pis pour vous! »

Peut-être que si nos politiciens avaient moins peur de provoquer des débats et des controverses; peut-être s’ils osaient encore haranguer les foules et leur donner matière à véritable fierté, peut-être que la majorité des citoyens ne resterait pas chez eux le jour du vote.

La fin ne justifie pas les moyens
23 septembre 2009

N’ayez crainte, je ne réinventerez pas la roue. La question de savoir si la fin justifie les moyens est trop complexe pour être débattue en quelques lignes. Ceci dit, trois événements récents m’ont poussé à me questionner sur le sujet. Doit-on tout faire pour gagner, et quelle est la valeur d’une victoire obtenue au prix d’une autre défaite?

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1) On ne devrait pas parler des liens entre Projet Montréal et Québec Solidaire

Récemment, je m’entretenais avec une candidate de Projet Montréal. La question des liens entre son parti et Québec Solidaire est naturellement venue dans la discussion; après tout, c’est un secret de polichinelle que l’influence d’Amir Khadir dans le parti dépasse le simple fait d’avoir une épouse qui y est candidate. J’ai laissé entendre que j’allais en parler dans mon texte. Elle m’a répondu, inquiète: « Si tu fais ça, tu vas tuer Projet Montréal ». Lorsque je lui ai demandé pourquoi elle disait cela, elle m’a répondu que Projet Montréal ne devait pas être associé à la gauche, qu’il devait viser le « grand public ».

Ainsi, selon cette candidate, il était acceptable de cacher la vérité aux citoyens afin d’aider le parti à se faire élire. Comprenez bien: « nous savons ce qui est bon pour vous et vous n’avez pas à savoir qui nous sommes vraiment ». Bref, la fin justifie les moyens. Tant pis si les citoyens votent sans savoir.

Or, quel est le grand danger de savoir que Québec Solidaire (QS) et Projet Montréal (PM) partagent des convictions communes et ont des machines électorales très reliées? À court terme, d’accord, on risque d’enlever quelques votes à PM car QS est encore un parti marginal. Mais en refusant de s’afficher clairement aux côtés de QS, on lance également le message que QS n’est pas un parti fréquentable, et on nuit à la crédibilité du parti en tant que force politique majeure sur la scène provinciale. On se prive d’un soutien potentiel à long terme. Tout ça pour espérer aller chercher quelques votes de plus.

Et puis, pour un parti qui se dit le champion de la transparence et qui tire ses origines de la base, ne devrait-il pas plutôt se faire le relai de ses supporters, qui votent également massivement pour QS? À trop vouloir devenir « présentable », on devient exactement comme ceux qu’on dénonce. Cacher les liens entre QS et PM, à mon avis, ne contribue qu’à perpétuer la politique des cachotteries.

Et même si elle permettait de faire élire PM, qu’aurait-on réellement accompli, en fait? On aurait donné l’expérience du pouvoir à des gens qui auraient utilisé le secret pour se faire élire. Ne seraient-il pas tentés de recommencer?

2) On doit parler aux anglophones en anglais pour les sensibiliser

Un candidat aux prochaines élections municipales me demandait: ne devrais-je pas parler en anglais et envoyer de la documentation en anglais aux anglophones dans mon quartier afin de les inciter à voter pour moi? Sa logique était simple: s’il s’adresse en anglais au 15% d’unilingues anglophones de son quartier, il augmente ses chances d’être élu.

Évidemment, je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord. C’est bien beau de se faire élire pour participer à une foule de merveilleux projets, mais quel message lance-t-on à ses électeurs, pour le long terme? On lance le message que le français ne constitue pas la langue officielle à Montréal et qu’ils n’ont pas à l’apprendre. On renforce leur conviction que ce sont les autres qui doivent leur parler en anglais, et non pas eux-mêmes qui devraient apprendre notre langue.

Oui, on peut gagner des élections en leur parlant en anglais, mais que vaut une élection à l’échelle de la disparition des francophones d’Amérique du Nord? La fin ne justifie pas les moyens. Avoir Montréal à coeur, c’est également avoir à coeur la survie de son caractère francophone.

3) « Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait pour Projet Montréal »

C’était, grosso modo, l’argument que m’ont répété ad nauseam les membres du réseau Lapointe/Brisson. Ils ont travaillé pour Harel pendant qu’ils étaient membres de PM. Ils ont tenté d’avoir la tête de Richard Bergeron, le chef de PM. Ils ont magouillé, ils ont fait du chantage, ils ont harcelé une candidate pour l’inciter à se retirer. Mais tout ça, c’était, évidemment, pour le bien-être du parti. On se débarrasse du chef, on manipule les membres, on fait de la grosse politique sale, mais c’est pour le « bien du parti ». « Madame, on va couper vos deux jambes et vos deux bras, et c’est pour votre bien. »

Dans les faits, pour cet exemple comme pour les deux autres, je ne crois pas que la fin justifie les moyens. S’il faut, soi-disant pour le bien-être d’un parti, manipuler tout le monde et faire ce que ces gens ont fait, que vaut le parti en question? Un parti qui gagne ses élections en utilisant de telles méthodes a-t-il respecté la volonté des citoyens? Quand on harcèle quelqu’un pour l’inciter à démissionner, est-ce qu’on respecte les citoyens qui ont placé leur confiance en cet individu?

Dans tous les cas, on m’accusera d’être naïf. Et c’était aussi le plus grand des reproches qu’on adressait à Richard Bergeron quand on essayait de s’en débarrasser.

Mais la naïveté, dans un contexte où les citoyens sont désabusés de la politique et n’ont pas la moindre confiance en les politiciens, n’est-ce pas ce dont nous avons le plus grand besoin? De pouvoir marcher dans la rue, de s’afficher comme politicien, et de savoir qu’on n’a rien à cacher, qu’on a été intègre du début à la fin dans tout le processus et qu’on a refusé les raccourcis faciles de la dissimulation, de l’aplatventrisme ou des tractations de coulisse… Quelle valeur ont l’honnêteté et l’intégrité?

Oui, je suis naïf, et je suis fier de l’être. Et je sais même que ce billet n’est pas mon meilleur. Il n’est peut-être même pas bon car je l’ai écrit d’un trait. Mais je l’assume comme tel et je ne cherche pas à maquiller ce que je suis pour faire plaisir à un tel ou un tel autre. J’écris ce que j’ai envie d’écrire et je suis honnête; je ne me prostitue pas pour de l’argent ou du pouvoir. Quand je suis payé pour écrire, je le suis parce que j’y crois et parce que j’aime ça. Je suis naïf, mais je suis honnête. La naïveté, c’est ce qui précède l’honnêteté.

Et c’est ce que j’aime chez Richard Bergeron, de Projet Montréal: jusqu’au bout, il a été honnête et intègre avec ses idées, même quand on le manipulait. Dans un système municipal corrompu, c’est exactement le genre d’individu incorruptible que j’aimerais avoir à la tête de Montréal.

Alors, que tous ceux qui croient que la fin justifie les moyens et qu’il faudrait cacher certaines choses aux citoyens ou refuser de voir les conséquences de ses actions à long terme, je vous dis que vous avez tort. Vous gagnerez peut-être la bataille de cette façon, mais inévitablement, vous perdrez la guerre.

Et plus que tout, en bout de ligne, ce sont les causes que vous défendez avec le plus d’ardeur qui en pâtiront.

Bien mal acquis ne profite jamais.

Les magouilles politiques du clan Harel
21 septembre 2009

Quand André Lavallée affirme que c’est Louise Harel, avec qui il a fait équipe au Parti Québécois pendant de nombreuses années, qui a laissé couler l’information sur son passé felquiste afin de le punir pour son refus de joindre Vision Montréal, ce n’est qu’un énième exemple de la façon sale dont Louise Harel et son équipe font de la politique. Dans un jeu où les intérêts dépassent de loin l’hôtel de ville de Montréal, Harel s’entoure de gens aux méthodes plus que discutables, qui n’hésitent pas à infiltrer et à manipuler d’autres partis pour atteindre leurs objectifs: l’élection de Harel et la mainmise des réseaux péquistes sur les infrastructures politiques municipales en vue des prochaines élections provinciales.

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Au coeur de cette partie politique, Frédéric Lapointe, président du PQ dans Crémazie, directeur de campagne de Lisette Lapointe lors des dernières élections provinciales, un proche de Nicolas Brisson (organisateur politique de Louise Harel dans la première partie de son odyssée vers la mairie), de André Boisclair et partie intégrante des réseaux reliés au Parti Québécois et à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

Lors des dernières élections municipales, Lapointe a remarqué que l’appui du PQ à Union Montréal dans Ahuntsic a causé la division du vote des indépendantistes, contribuant à l’élection de Hasmig Bellini, une fédéraliste notoire. Dans un quartier où tant Maria Mourani du Bloc Québécois que Lisette Lapointe du PQ ont obtenu des majorités se comptant en centaines de votes, l’établissement de tout un réseau sympathique au Parti Libéral dans Ahuntsic, avec ses nombreuses personnes payées à temps plein, ne pouvait que contribuer à faire perdre péquistes et bloquistes lors des prochaines élections. Frédéric Lapointe a donc développé, avec son réseau d’influence, un profond intérêt pour la politique municipale, en particulier sur le Plateau-Mont-Royal.

En effet, le quartier a été témoin de l’élection du premier député de gauche au Québec depuis des décennies, Amir Khadir. Le calcul effectué par de nombreux péquistes est le suivant: le 8% de voix de Québec Solidaire empêche l’élection de nombreux députés du PQ dans des luttes serrées. On a donc deux choix: soit on fait alliance avec Québec Solidaire et on introduit les concepts d’élection référendaire et de meilleure redistribution de la richesse dans le programme du PQ, soit on se concentre à battre Khadir sur le terrain, lui qui a gagné avec une mince avance de 700 voix. On a choisi la deuxième option, évidemment – il ne faudrait tout de même pas que le PQ soit réellement indépendantiste ou social-démocrate au-delà du discours!

Or, pour espérer battre Amir Khadir sur le terrain, il importait de s’assurer du contrôle de la machine municipale de Projet Montréal (PM), assez proche de Québec Solidaire, qui a fait élire un conseiller municipal lors des dernières élections et qui est en voie de ravir une bonne partie du quartier avec plusieurs candidats de qualité. Une personne influente de Projet Montréal m’a expliqué, sous couvert de l’anonymat: « Si Projet Montréal gagne tout le Plateau, ça met en poste sept élus et trois attachés-politiques, donc dix personnes payées à temps plein, qui sont en communication avec les gens de leur quartier et qui vont indirectement travailler à consolider les appuis à Québec Solidaire ». C’est exactement ce que veulent éviter des péquistes comme Frédéric Lapointe et Louise Harel. Et c’est pour cela que Lapointe a infiltré Projet Montréal.

Richard Bergeron, l’homme à abattre

Projet Montréal, c’est le parti de Richard Bergeron. Il a toujours refusé de faire de la politique comme les autres, ne voulant rien savoir du financement occulte incitant un retour d’ascenseur et est demeuré intraitable quant aux objectifs du parti pour la métropole, surtout en ce qui concerne l’éthique et le développement urbain. Pour Lapointe et ses amis, c’était l’homme à abattre, le naïf ne méritant pas de se faire élire avec ses idéaux rose-bonbon.

Après avoir infiltré PM avec une dizaine de personnes et avoir fait d’énormes pressions sur Bergeron pour qu’il se retire, pavant la voie à une fusion avec Vision Montréal, Lapointe et plusieurs membres du réseau Harel ont organisé une réunion de la dernière chance, milieu juillet. Cette réunion a eu lieu chez Guillaume Vaillancourt, ancien membre influent de PM et aujourd’hui candidat de Vision Montréal pour la mairie du Plateau-Mont-Royal. Il y avait aussi Richard Bergeron, Magda Popeanu (présidente de PM et fidèle à M. Bergeron), Atim Leon (aujourd’hui candidat pour Vision Montréal) et, bien sûr, Frédéric Lapointe lui-même. On a demandé à Richard Bergeron de partir, en échange de quoi Vision Montréal lui offrirait la mairie d’Outremont. Fidèle à ses convictions, il a refusé.

Quelques jours plus tard, Frédéric Lapointe a rencontré un organisateur politique de PM pour lui offrir une « ultime ultime chance de faire la fusion ». Manipulateur, il annonçait la stratégie de Harel si PM refusait la fusion. Il s’agissait d’annoncer des candidats de prestige, un à un, pour s’opposer à ceux de Vision Montréal. Une de ceux-là étaient Elsie Lefebvre, contre Éric Daoust (ce qui manque particulièrement de classe de la part de Lefebvre, puisque Daoust a été son lieutenant politique pendant des années et il lui a toujours été fidèle). Ensuite, Lapointe annonça que Guillaume Vaillancourt allait quitter PM pour Vision Montréal. Devant la réaction d’incrédulité de son interlocuteur, il a ajouté: « quand Louise Harel va l’appeler, il va faire ce qu’on va lui demander de faire ». Ce qu’il a fait. Puis, il annonça qu’ils allaient mettre une pression « de la mort » sur une candidate importante de Projet Montréal (dont je dois taire le nom) afin qu’elle se retire avant les élections. « Elle ne sera plus capable, elle va craquer et elle va se retirer », a ajouté Lapointe.

Le but est simple et la logique respectée: il faut mettre Projet Montréal à mort si on veut reprendre le Plateau des mains se son équipe, très (trop?) près des citoyens, et enlever ses appuis à Québec Solidaire, avant que le parti ne devienne plus important encore et nuise davantage aux efforts du Parti Québécois pour se faire élire. Au passage, on espère aller chercher quelques sièges supplémentaires pour Vision Montréal. « Ces gens-là [reliés à Lapointe et Brisson] ne sont pas « fair » », m’explique une de mes sources. « Ils mentent, menacent, organisent des spins, enlèvent des pancartes. Gagner pour gagner, c’est tout ce qui compte pour eux. » Malgré le limogeage de Brisson, on peut se questionner sur la pertinence pour Louise Harel de s’acoquiner avec Frédéric Lapointe et de participer, ne serait-ce qu’indirectement, à de telles méthodes.

Au fond, la véritable question est la suivante: à qui profite les magouilles de l’équipe Harel? Aux citoyens, qui subissent les choix imposés selon les calculs politiques de l’heure, ou aux élites politiques qui se servent d’une démocratie municipale bien malade pour atteindre leurs propres objectifs?

En vérité, la seule solution consiste peut-être à s’informer soi-même, à s’intéresser à la politique, à ouvrir nos lumières et à éblouir ceux qui se terrent dans la noirceur pour court-circuiter la démocratie. Car actuellement, on a peut-être simplement la politique que nous méritons: une politique de l’ombre, de manigances, pour une population qui ne se donne même plus la peine de se passionner pour ses enjeux et de voter en conséquence.

Et si on s’y intéressait suffisamment pour que ce soient les intérêts des Montréalais – et non ceux des partis politiques provinciaux – qui soient mis de l’avant? Avant de « redémarrer Montréal », comme le propose Harel, il serait peut-être intéressant de se demander par quoi elle espère remplacer cette vieille machine politique désuète ne fonctionnant qu’en réseau… très fermé!

Le changement pour le changement, est-ce vraiment ce dont a besoin Montréal?


AJOUT (23 septembre 2009):

J’aimerais apporté quelques précisions et corrections à ce texte. Les voici.

  • Certains ont mal interprété mon choix du mot « infiltrer » pour parler de Lapointe qui est arrivé à Projet Montréal.   Le mot « infiltrer », selon le dictionnaire, signifie: « Introduire (qqn) dans un milieu dans le but de surveiller sans attirer la méfiance. » Cela ne veut pas nécessairement dire que Lapointe avait un but précis dès son arrivée à Projet Montréal, sinon en tant qu’observateur ayant compris l’importance des partis municipaux pour pouvoir aider les partis provinciaux.  Son attaque ne visait peut-être pas Québec Solidaire dès le début, mais elle visait certainement à améliorer la mainmise du PQ sur les partis municipaux.
  • Au sujet de la réunion chez Guillaume Vaillancourt, j’ai commis un impair.  Lapointe se serait contenté de demander à Bergeron ce que ce dernier voulait pour qu’il démissionne, lui offrant au passage la mairie du Plateau Mont-Royal s’il laissait le champ libre à Louise Harel.  C’est plutôt Siou Fan Houang, de Projet Montréal, qui a proposé la mairie d’Outremont, ce que Bergeron a refusé.  Cela n’invalide cependant pas le fait que Lapointe négociait au nom de Louise Harel alors qu’il était membre en règle de Projet Montréal.  C’est d’ailleurs dès cette réunion en question que les menaces du réseau Lapointe ont réellement commencé (« Vous ne valez que 5% », « On va vous rayer de la carte »), et non pas dans la rencontre qu’a eue Lapointe avec un membre influent de Projet Montréal un peu plus tard.  Notons que la dite réunion s’est terminée par un claquage de porte et des cris.
  • Quelques jours plus tard, Lapointe a joué ses dernières cartes en demandant au dit-membre influent à au moins quatre reprises ce que Bergeron voulait pour partir.  Il a précisé la stratégie de Harel contre Projet Montréal.  Il n’a jamais pu accepter qu’un politicien puisse rester fidèle à ses convictions et refuse un poste important.  (À cet effet, des membres du réseau Lapointe me harcèlent depuis quelques jours, et ils ont une chose en commun: ils parlent de Bergeron comme d’un « loser »).

Pour le reste, j’aimerais attirer votre attention sur ceci: il y a présentement 18 commentaires de personnes du réseau Lapointe/Brisson sur ce blogue. Il y a une enfilade de près de 40 commentaires sur mon statut Facebook à cet effet et on me harcèle presque par messages privés. Si j’avais quelques doutes sur les méthodes de ce réseau, je n’en ai plus du tout.

Ce billet n’est pas exempt de petites erreurs sur les détails, mais l’image centrale est véridique. Croyez-vous que c’est un hasard si de nombreux politiciens provinciaux s’en viennent au municipal? Ce sont des gens comme le réseau Lapointe qui permettent à la machine de fonctionner en huilant ses rouages de mystères et de tractations secrètes. Qui utilise qui n’est pas toujours clair, mais c’est d’un commun accord qu’ils acceptent tantôt d’être utilisés, tantôt d’utiliser les autres. Et c’est Harel ou le PQ qui en récolte les fruits.

Et le grand perdant, comme toujours, est le citoyen qui aimerait qu’on fasse de la politique autrement.

Louise Harel à CTV: et si elle refusait d’y aller?
20 septembre 2009

Disons-le d’emblée: Louise Harel n’a pas à participer à un débat en anglais organisé par CTV, tout comme rien ne l’oblige à être présente à n’importe quel autre forum organisé par quelque autre minorité linguistique de Montréal. Quelque 86% de la population montréalaise comprend le français et elle ne doit pas céder aux caprices du 11% qui, après toutes ces années, ne peut pas lire les sous-titres du Journal de Montréal. Pire: si elle cédait aux arguments de son principal adversaire, c’est Montréal qui en subirait les conséquences.

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En effet, Gérald Tremblay s’agite avec force pour affirmer que la non-participation de Harel à ce débat serait un manque de respect à l’égard des Montréalais. Il ne complète pas sa pensée; je le ferai donc pour lui. Selon lui, Montréal n’est plus une ville francophone. Faisant totale abstraction du fait que les francophones ne constituent qu’un maigre 2% de la population d’Amérique du Nord, il ne perçoit aucunement la menace que pose l’anglicisation pour les habitants de sa propre ville. Bref, c’est lui qui manque de respect au 50% de la population de langue maternelle française pour qui le français constitue un héritage à protéger. Il renie le caractère intégrateur et inclusif de la langue de Molière; il nous ramène au statut d’ethnie parmi d’autres et invalide la capacité du français à être la seule et véritable langue unificatrice de la ville.

Pourtant, Montréal, c’est nous, c’est notre ville, c’est notre histoire, et c’est à nous qu’il manque de respect en insinuant qu’un francophone n’aurait pas le droit d’atteindre les plus hauts échelons dans sa langue.

De la même manière, pourquoi Louise Harel ne pourrait-elle pas devenir mairesse de Montréal en parlant uniquement le français si son homologue d’Ottawa, Larry O’Brien, ne peut pas lui-même le parler dans la capitale nationale d’un Canada soi-disant bilingue? Comme le note Charles Castonguay, le fait français à Ottawa est en passe de devenir une note de bas de page dans les manuels d’histoire:

À cause de son formidable pouvoir d’assimilation, la majorité de langue d’usage anglaise a maintenu de fait son poids à 77 % de la population d’Ottawa. Au contraire, celui de la minorité de langue d’usage française a chuté rapidement, passant de 17 % en 1971 à seulement 11 % en 2006. Ainsi, la capitale comptait quelque 450 anglophones pour 100 francophones, langue d’usage, en 1971 mais environ 700 anglophones pour 100 francophones 35 ans plus tard.

Concrètement, si O’Brien peut devenir maire d’Ottawa sans parler le français alors qu’on aimerait forcer Harel à apprendre l’anglais, c’est parce que le français représente une langue mourante à Ottawa. Au contraire, à Montréal, l’anglais se porte très bien, avec un indice de vitalité linguistique (IVL) de 1,43, contre 1,09 pour les francophones. Deux poids, deux mesures.

L’assimilation progressive des francophones d’Ottawa n’est peut-être qu’un aperçu de ce qui arrivera ici si on légitime la bilinguisation de la métropole.

Or, quand Tremblay affirme que « c’est important que tout le monde soit bien informé des enjeux » pour justifier ses attaques contre Harel, il va encore plus loin: il considère que le rôle d’une administration n’est pas d’unir les citoyens selon des valeurs communes, mais plutôt de tout faire pour les rejoindre sans tenir compte de l’importance de la cohésion. Dit autrement: chaque citoyen devrait avoir le droit d’être « bien informé des enjeux » même s’il est incapable d’aller s’acheter une pinte de lait au dépanneur, s’il considère que les femmes ne devraient pas avoir le droit de conduire une voiture ou s’ils pratiquent la charia derrière des portes closes. Exit l’intégration, voici l’atomisation!

En clair, on veut votre vote, mais continuez à vivre repliés sur vous-mêmes si ça vous chante! S’agit-il d’une attitude responsable et bénéfique pour Montréal à long terme?

Si au moins le maire actuel était cohérent. S’il veut vraiment que « tout le monde soit bien informé des enjeux » et si pour lui de ne pas s’adresser aux citoyens dans leur propre langue d’origine constitue un « manque de respect », qu’il agisse comme tel. Qu’il organise un débat en espagnol pour les 44 380 unilingues hispanophones de Montréal. Qu’il propose un forum en italien pour les 42 355 unilingues italophones. Ou pour les 29 185 locuteurs d’une langue chinoise. Ou pour les 15 354 unilingues originaires du Vietnam. Ou pour les 13 510 Grecs, 13 455 Roumains, 13 355 Créoles, 12 045 Russes ou 9 520 Tamouls qui ne parlent que leur langue nationale! ((Source)) Come on, entrez, c’est un bar ouvert, venez profiter des avantages d’habiter ici sans jamais avoir à subir les maudits sauvages qui veulent protéger leur vieux joual! N’apprenez surtout pas notre langue, non, non, non! Gérald Tremblay va s’occuper de vous les amis!

Être maire, c’est beaucoup plus que d’avoir à gérer la voirie ou l’argent des contribuables – même si Tremblay semble incapable de faire l’un comme l’autre. C’est être en mesure de donner un sens à la ville, de constituer un visage représentatif non seulement de ce qu’elle est, mais également de ce qu’elle veut être. C’est se projeter dans le futur et d’affirmer haut et fort que nos valeurs ne sont pas négociables et qu’on ne pilera pas sur ce que nous sommes et ce que nous voulons être pour quelques dollars ou quelques votes. C’est faire passer les intérêts des citoyens – leur langue, leurs valeurs, leur culture, leurs espoirs – avant la petite politique clientéliste et les manoeuvres pouvant être payantes à court terme mais s’avérant extrêmement nuisibles par la suite.

Si Louise Harel refuse de participer au débat à CTV et qu’elle réaffirme son droit d’être une mairesse unilingue francophone dans la métropole francophone d’Amérique, elle obtiendra beaucoup plus que mon respect. Elle aura peut-être mon vote.

Les couilles de Louise Harel
5 juin 2009

Je suis en train de changer d’idée à propos de Louise Harel. Je crois toujours qu’elle est une rapace politique, à l’affût des moindres opportunités ou faiblesses de ses adversaires, mais au niveau de la realpolitik son élection à la tête de Montréal n’aurait pas que du mauvais.

En effet, malgré tout ce qu’on peut lui reprocher, elle ne s’est jamais écrasée devant qui que ce soit. Ses convictions, elle les a toujours portées fièrement, que ce soit lorsqu’elle a démissionné du gouvernement Lévesque en 1984 pour protester contre le « Beau risque » ou lorsqu’elle a mené de front le dossier des fusions municipales. Elle est une Québécoise fière de ce qu’elle est et près des gens. Elle a les valeurs « à la bonne place » pour reprendre l’expression éculée.

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Évidemment, elle a les défauts de ses qualités. On lui reproche son obstination dans le dossier des fusions, et ce sera son plus important boulet pendant la prochaine campagne électorale. Elle a un style autoritaire qui déplait à certains, mais, parfois, une ville a besoin qu’un sens lui soit donné et d’un minimum d’autoritarisme. Si Drapeau ne s’était pas tenu debout, aurions-nous eu l’Expo 67, ou les Jeux Olympiques? Et regardons ce que le maire Labeaume est en train de faire à Québec; ce n’est peut-être pas parfait, mais il a redonné la fierté à ses citoyens.

Le mot est lancé: fierté. C’est ce qui manque le plus actuellement à Montréal. S’il était possible d’avoir un maire (ou une mairesse) qui puisse rendre les Montréalais fiers de leur ville, ce serait déjà ça de gagné. Un tel objectif peut être atteint par des programmes d’urbanisme et de revitalisation majeure de la ville comme le propose Projet Montréal, mais il ne faut pas oublier l’exemple que peut donner l’image d’un dirigeant qui se tient debout face au gouvernement, aux groupes de pression et aux entreprises privées.

Par ailleurs, Louise Harel, la soeur du virtuose des mots Pierre Harel, a la cause du français tatouée sur le coeur. Son unilinguisme, loin d’être un défaut, devrait plutôt constituer un exemple pour les Montréalais, le signal plus qu’urgent qu’il est possible d’atteindre les plus hauts échelons en français et que la métropole est une ville francophone qui doit demeurer francophone. S’il n’est pas nécessaire d’être né Québécois pour avoir la cause de notre langue commune à coeur, son combat de plusieurs décennies pour celle-ci et son profond enracinement au sein du Québec ne nuisent pas.   Il ne faut pas que la corruption apparente du régime Tremblay et l’urbanisme désuet de la ville nous fasse oublier ce fait: le français recule à Montréal. Tout projet politique ne peut réussir sans intégrer à la fois les questions sociales et linguistiques.

Je ne sais pas encore pour qui je voterai le premier novembre prochain. Je tenterai de demeurer ouvert d’esprit. Pour le moment, j’aime beaucoup le programme de Projet Montréal et je suis en contact avec plusieurs candidats du parti.  Ceci dit, le parti met de côté toute la composante identitaire des relati0ns entre les citoyens.  Qu’on le veuille ou non, Montréal n’est pas un gros melting-pot, mais une ville divisée entre une minorité anglophone en progression et une majorité francophone en régression.  Faire abstraction de cette situation n’aide pas à améliorer le situation du français dans la métropole (et au Québec) et ouvre la porte à d’autres déséquilibres aux conséquences beaucoup plus fâcheuses à long terme.

Car au-delà de l’urbanisme, du transport en commun, des rues et ruelles vertes, le bien-être d’une ville passe par sa cohésion sociale, c’est-à-dire la compréhension que son voisin fait partie de la même communauté que soi.    Et la connaissance d’une langue commune et acceptée de tous, quoi qu’on en dise, s’avère un des meilleurs outils intégrateurs et favorisant cette nécessaire cohésion.

Ainsi, ce n’est peut-être pas un hasard si Québec est plus propre que Montréal; c’est peut-être parce que les citoyens ont à la fois la fierté insufflée par des élus dynamiques et le sentiment d’appartenance issu du partage d’une même communauté culturelle.  Le partage d’une même langue permet à chaque citoyen de se parler plus directement, de s’apostropher, d’avoir un réel pouvoir sur sa ville.

Voilà ce qui m’intéresse avec Harel.  Fierté et langue française.  Si elle arrive à me convaincre qu’elle peut redonner de la fierté aux Montréalais grâce à son dynamisme et à son appui à des projets innovateurs tout en favorisant l’intégration des immigrants et anglophones au français, elle aura mon vote.  Sinon, je voterai pour Projet Montréal, car au niveau de l’urbanisme, ce parti est vingt ans en avance sur tous les autres.

Mais n’oublions pas qu’une ville n’est pas qu’asphalte ou arbres, mais aussi et surtout ses citoyens.  Leur culture et leur langue.  Et dans un contexte où le français est si menacé, les convictions de Louise Harel ne peuvent pas nuire.  Elle a des couilles, cette femme.  En béton, peut-être, mais quand même.

La rapacité politique de Louise Harel
3 juin 2009

Voilà, c’est fait: Louise Harel est candidate à la mairie de Montréal. Comme je l’annonçais en primeur le 16 mars 2009, l’ex-ministre péquiste avait déjà pris le contrôle de Vision Montréal et n’attendait que le moment propice pour arriver triomphante à sa tête. Est-il surprenant qu’elle ait choisi de le faire le jour suivant celui où Richard Bergeron lui eut offert son poste à la tête de Projet Montréal?

Comme je l’écrivais:

Pas une journée ne se passe sans que Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, ne reçoive son lot d’appels de membres du réseau Harel ou de diverses personnalités qu’elle a acquises à sa cause. Le propos est toujours le même: « démissionne Richard, laisse la fusion se faire ». Harel tisse son réseau dans l’ombre et il ne lui manque que la pièce maîtresse – la reddition de Bergeron – pour arriver, triomphante, à la tête d’un Vision Montréal qu’elle a contribué à désorganiser.

Puisqu’il était devenu clair que Projet Montréal n’allait pas se saborder, Harel a opté pour la seconde option: elle a attendu d’obtenir l’appui de Richard Bergeron pour se porter candidate pour Vision Montréal. Elle a joué le jeu à un moment où plusieurs membres de Projet Montréal ont commencé à parler positivement d’elle, tentant de l’attirer, pour ensuite choisir un parti que son réseau contrôlait déjà.

Les gains sont doubles: d’une part elle renforce sa crédibilité au sein de la population en se faisant passer pour une personne hautement demandée par plusieurs partis, de l’autre elle s’assure de la sympathie de Projet Montréal, ce qui ouvre la porte à des ententes ponctuelles entre les deux partis, voire à des appuis réciproques dans différents secteurs. Bref, sans véritablement unir les deux partis, Harel en a presque obtenu le résultat.

Maintenant je me questionne: est-elle si populaire que ce que les sondages laissent entrevoir? Elle planifie son geste depuis des mois, entrant à pas feutrés dans le débat public tout en étant très active en coulisses. Mais comment oublier que le désastre actuel à Montréal a été causé par ses fusions forcées? Comment pourra-t-elle convaincre des résidants de villes ayant disparu sous son règne de lui faire confiance? J’ai hâte de voir.

D’un façon ou d’une autre, j’ai l’impression qu’on prend les citoyens pour des idiots. On leur offre le choix entre un maire en apparence corrompu et une ex-ministre d’un autre temps ayant déjà laissé un triste héritage à la métropole qu’elle espère diriger. On présente chaque partie comme étant au service des citoyens, mais il me semble que le premier est plus à l’écoute d’entreprises à consonnance italienne et que la deuxième est bien trop identifiée à la catastrophe des fusions forcées et au Parti Québécois.

La seule inconnue, ou le seul espoir diront certains, viendra de Projet Montréal. Le parti pourra-t-il conserver son indépendance face à la rapacité politique de Louise Harel?

Élections municipales: le grand jeu de Louise Harel
16 mars 2009

Quand Louise Harel affirmait que « Montréal est complètement désorganisée », il fallait lire le sous-entendu: « je vais réorganiser Montréal ». L’ancienne député péquiste s’est retirée de la politique provinciale en novembre pour mieux se lancer en politique municipale. Son plan de match: fusionner Projet Montréal et Vision Montréal afin de devenir la mairesse de Montréal.

Selon mes sources, pas une journée ne se passe sans que Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, ne reçoive son lot d’appels de membres du réseau Harel ou de diverses personnalités qu’elle a acquises à sa cause. Le propos est toujours le même: « démissionne Richard, laisse la fusion se faire ». Harel tisse son réseau dans l’ombre et il ne lui manque que la pièce maîtresse – la reddition de Bergeron – pour arriver, triomphante, à la tête d’un Vision Montréal qu’elle a contribué à désorganiser.

En effet, si on blâme beaucoup le maire Labonté pour son manque de leadership, force est de constater que plusieurs des membres démissionnaires de la dernière année attendent beaucoup de Harel. Qu’on pense simplement à Claire St-Arnaud, ex-conseillère municipale de Maisonneuve-Longue-Pointe et amie de Louise Harel depuis 25 ans. Ou Robert Laramée, qui avait été battu par Benoît Labonté par 839 voix en 2005 (alors que ce dernier était dans le Union Montréal de Gérald Tremblay). Ou Christine Hernandez, ex-présidente de Vision Montréal dans Outremont, qui a fini troisième derrière Union Montréal et Projet Montréal et qui aurait gagné advenant une fusion avec ce dernier parti.

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Les sondages officiels sont catastrophiques pour Vision Montréal: avant même les dernières démissions, le parti obtenait un maigre 26% des intentions de vote, contre 58% pour Union Montéal et 16% pour Projet Montréal. ((Le Devoir, LES ACTUALITÉS, samedi, 18 octobre 2008, p. a6, En bref, Tremblay en avance)) Pire: même dans un arrondissement très francophone comme Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Gérald Tremblay obtient 67,7 % des intentions de vote, contre 14,9 % pour Benoit Labonté et 14,8 % pour Richard Bergeron ((Le Devoir, LES ACTUALITÉS, vendredi, 6 février 2009, p. a5, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Le parti du maire Tremblay est en avance, selon un sondage, Corriveau, Jeanne)). Des sondages internes produits par le réseau Harel la place pourtant à près de 33% des intentions de vote dans toute la ville et elle espère qu’en prenant le contrôle de Projet Montréal elle réussirait à se hisser devant Gérald Tremblay, qui semble surtout jouir de l’impopularité de ses adversaires. « Harel contrôle déjà Vision Montréal. Labonté est en phase terminale. Elle n’attend que le bon moment pour prendre officiellement le contrôle du parti », m’explique un membre influent de Projet Montréal.

Le problème n’est pas nouveau: au niveau provincial, le Parti Québécois a perdu plusieurs comtés à cause de la division du vote causée par la présence de Québec Solidaire. Les profondes différences idéologiques entre les deux partis ont empêché toute fusion. Dans la situation actuelle, il y a certes des différences majeures au niveau des appuis (QS et le NPD appuient Projet Montréal alors que le PQ est divisé entre le réseau Harel pour Vision Montéal et le réseau de André Lavallée, maire de Rosemont, pour Union Montréal) mais Projet Montréal n’est pas encore largement connu et identifié idéologiquement. En clair, elle espère offrir un poste de prestige à Bergeron et réorienter ce qui resterait des idées du parti après une fusion qui se ferait selon ses convictions. Et elle croit que cela se ferait sans trop de grogne, étant donné que Projet Montréal est relativement nouveau sur la scène municipale.

Ceci dit, il existe une faille majeure dans la stratégie de Louise Harel, outre le désir de Projet Montréal de conserver son identité: elle est trop identifiée au Parti Québécois. Dans une région montréalaise où le PQ termine souvent troisième dans les intentions de vote, quelle impact aurait-elle à la tête d’un nouveau parti fusionné? Et comment réagiraient les progressistes reliés au NPD et à Québec Solidaire face à elle? Elle gagnerait certainement l’est de la ville, mais le Plateau, et l’ouest?

Voilà des questions auxquelles elle devra répondre si elle ne veut pas se planter dans son nouveau jeu des fusions. Car Richard Bergeron a beau être à la tête d’un petit parti peu connu, il s’agit toutefois d’un parti en pleine croissance et qui augmente constamment sa popularité.

Si Mme. Harel est vraiment intéressée par le bien-être de la ville de Montréal, ne devrait-elle pas se joindre à Projet Montréal, appuyant Richard Bergeron de la force de son expérience, au lieu de grenouiller et de chercher à torpiller une des plus belles initiatives citoyennes montréalaises depuis des années? Montréal ne mérite-t-elle pas mieux à sa tête qu’une ex-ministre ayant causé tout le cafouillage actuel avec ses fusions forcées?