Ville la mieux gérée: un exercice idéologique?
23 juillet 2009

Longueuil constituerait la ville la mieux gérée au Québec. C’est du moins ce qu’avance une étude publiée dans le Macleans, un magazine de droite très populaire au Canada anglais, la version anglophone de L’Actualité. Longueuil?! Mais attendez avant de lui donner trop de crédibilité.

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Source de l’image

En effet, l’étude publiée par le Macleans a été conduite par le Atlantic Institute for Market Studies (AIMS), un think-tank de droite basé à Halifax. Cet institut a un but bien précis: promouvoir la diminution du pouvoir de l’État au sein de la société et favoriser les réformes libéralisant l’économie. Quelques-unes de leurs positions:

  • L’AIMS reproche à la ville de Québec son « trop grand » nombre de conseillers municipaux.  (juillet 2009);
  • L’AIMS, par la plume de son président, félicite les baisses d’impôts et la réduction de la dette opérées par Ralph Klein.  (avril 2006); (( La Presse, Forum, dimanche, 9 avril 2006, p. A14, D’un Canada à l’autre, Contradictoire? Excellent premier ministre pour éliminer la dette et baisser les impôts, Ralph Klein n’a pas su se montrer efficace pour gérer la richesse croissante de l’Alberta, Crowley, Brian Lee ))
  • L’AIMS donne un « C » à Monique Jérôme-Forget pour son budget 2007-2008, car les impôts n’avaient pas été assez baissés (avril 2008); (( Le Soleil, Actualités, lundi, 7 avril 2008, p. 16, Budget, Un C pour Jérôme-Forget, La Presse Canadienne ))
  • Brian Lee Crowley, président de l’AIMS, dénonce l’appui de Jack Layton a un système de santé public et universel (décembre 2005); (( La Presse, Forum, vendredi, 23 décembre 2005, p. A23, D’un Canada à l’autre, Un « programme secret »?, La position de M. Layton n’a rien à voir avec la protection de la qualité des soins de santé que reçoivent les Canadiens ))
  • L’AIMS et son président demandent à ce que l’eau soit facturée (0ctobre 2005); (( La Presse, Forum, dimanche, 30 octobre 2005, p. A12, D’un Canada à l’autre, Eaux troubles, Nous avons permis que la politique pollue les prises de décision en matière d’eau ))
  • L’AIMS exige des baisses d’impôts de la part du Québec (novembre 2005); (( La Presse, Forum, dimanche, 27 novembre 2005, p. A12, D’un Canada à l’autre, Politiques défensives, Ottawa a du mal à reconnaître le fait qu’une grande partie de ses politiques est inspirée par la crainte du Québec ))
  • L’AIMS et son président attaquent les soins de santé publics et le taux d’imposition (décembre 2004); (( La Presse Affaires, lundi, 13 décembre 2004, p. LA PRESSE AFFAIRES, A-t-on les moyens de continuer?, Le niveau de vie des Québécois est inférieur à celui de l’Ontario, qui lui-même traîne derrière la plupart des États américains, Crowley, Brian Lee ))
  • L’AIMS plaide en faveur de la valorisation de l’utilisation de la voiture en ville (janvier 2005); ((La Presse, Forum, dimanche, 30 janvier 2005, p. A16, D’un Canada à l’autre, Cool, Montréal?, Une maison plus grande et une cour privée sont généralement synonymes de niveau de vie plus élevé ))

On le constate, il ne s’agit pas d’un simple « groupe de réflexion sur la politique publique » comme il se présente lui-même. Il s’agit d’un outil de combat contre nos services publics et chacune de leurs prises de position ou de leurs études vise ce seul but.

Or, est-ce surprenant? Comme le note Donald Gutstein, du site web SpinWatch, un organisme qui dénonce la manipulation des think-tanks, l’AIMS est notamment financée par la Donner Canadian Foundation, une organisation de droite cherchant à influer sur l’idéologie dominante du Canada:

Donner a une valeur de 200$ millions et donne 2$ millions par année à des causes de droite. Au milieu des années 90, elle a établi trois nouveaux think-tanks libertariens, le Atlantic Institute for Market Studies de Halifax, le Frontier Centre for Public Policy à Winnipeg et l’Institut économique de Montréal. (Ma traduction)

Faut-il se surprendre, alors, que l’AIMS cherche à déifier tout ce qui est privé et démoniser tout ce qui est public?

Longueuil. Soyons sérieux. J’ai habité Longueuil, et – n’en déplaise à mes amis qui habitent cette ville et l’aiment bien – c’est un trou. Réellement, un trou. Stagnation de matières en putréfaction en son centre, rempart de chaque côté pour s’en sortir et malaise lorsqu’on la traverse.

Évidemment, l’étude se défend de parler de qualité de vie, question de ne pas trop se discréditer. Mais dans les faits, une ville bien gérée ne signifie-t-elle pas de meilleurs services pour les citoyens et davantage de ressources pour leur permettre de jouir un peu de leur existence? On le ne dit pas directement, mais c’est de cela qu’il est question. Quand une ville dépense correctement l’argent de ses citoyens, elle peut se permettre de leur offrir une meilleure qualité de vie.

Or, de quelle genre de qualité de vie jouissent les Longueuillois? Oh, si vous habitez près du golf, près du parc, ou dans les nouveaux quartiers isolés avec des ronds-points et des cul-de-sac empêchant tous les gueux de venir polluer votre environnement visuel, vous aimez Longueuil. Vous appréciez Longueuil comme le riche Américain isolé dans sa villa affirme adorer son pays mais n’ose pas sortir de chez lui pour fêter le 4 juillet avec les autres.

Dans les faits, je connais Longueuil. J’ai habité sur la rue Bord-de-l’eau, qui dans les faits aurait du s’appeler « Bord de l’autoroute » car c’est ce qu’on a dans le visage, une belle grosse 132 de six voies gobant ce qui aurait pu être un « bord de l’eau » dans une ville ayant à coeur l’accès de ses citoyens au fleuve. J’ai habité sur la rue Briggs, à un endroit tellement pauvre qu’on se demandait comment les gens arrivaient à payer leurs petites maisons à moitié délabrées. J’ai habité près de Roland-Therrien, un gros boulevard style Saint-Joseph mais sans le cachet. J’ai aussi vécu sur Joliette, entre Curé-Poirier et Nobert, dans des blocs immenses et sans humanité ou tu avais davantage de services de la part du vendeur de drogue du coin que de la police. Je connais Longueuil.

Et c’est un trou, laissez-moi vous le dire. Services médiocres, peu de parcs ou équipement désuet, transport en commun trop cher et inefficace, peu de pistes cyclables, des voitures partout. Le paradis de l’AIMS, quoi.

Réduire les taxes, faire plus avec moins, s’attaquer à la dette et faire appel au privé, ce n’est pas synonyme de qualité de vie. C’est une décision idéologique entraînant peut-être une embellie des chiffres, mais n’aidant en rien à améliorer la qualité de vie des gens. Et, surtout, ne permettant pas de réduire la pauvreté, cette ressource primaire quasi-inépuisable dont regorge Longueuil.

Au lieu de s’abreuver à des études idéologiquement orientées et faisant abstraction de la qualité de vie réelle des citoyens, si on leur demandait, directement, ce qui leur plait ou non dans leur ville? Je suis certain que le classement serait bien différent… Charlottetown, une ville magnifique, ne serait probablement plus dernière et Longueuil retrouverait bien rapidement sa place au fond du classement.

À quand une étude honnête au lieu d’un pitoyable exercice idéologique?

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Retour sur la tempête
12 août 2008

Je savais que le vent allait souffler fort, mais c’est une véritable tempête qui s’est abattue sur ce blogue au cours des dernières trente-six heures! Au moment d’écrire ces lignes, c’est un total complètement fou de 391 commentaires qui ont été écrits. On peut les diviser comme suit:

  • Environ 50% des commentaires étaient écrits en majuscules, en texto, d’une écriture déficiente et comportaient leur lot d’insultes et de commentaires extrêmement racistes. Ces commentaires, écrits par des Noirs de Montréal-Nord, étaient supposés dénoncer mes propos et les commentaires de certains, mais ils ont surtout réussi à démontrer le racisme de ces individus, s’enfermant dans une logique du « black power », considérant que les Noirs sont supérieurs aux Blancs et autres arguments du style des suprémacistes noirs;
  • Environ 10-15% des commentaires étaient farouchement opposés à mes arguments mais utilisaient en retour d’autres arguments pour faire avancer le débat. Leur contribution fut plus que constructive.
  • Environ 25% des commentateurs semblaient en accord avec moi et ont refusé de victimiser la mort de Freddy Villanueva, et ont reconnu qu’il a été responsable de sa propre mort en tentant d’attaquer une policière;
  • Et un 10-15% de trolls ou de commentaires plus ou moins reliés au sujet.

Bon, c’est une approximation. Mais ça donne une idée.

Dans la première catégorie, quelques extraits choisis:
DaQueenie, qui dit qu’il/elle aurait désiré tuer la policière au lieu de l’atteindre aux jambes:

DIT TOI JUSTE KELLE A DLA CHANCE KE CETTE PERSONNE NE SACHE PAS VISÉ PCQ SI CETAIT MOI CROIS MOI KE JLAURAIS VRMT PAS RATÉ JLAURAIS FAIT SUBIR LE MM SORT KE FREDDY ET LES AUTRES ENFANTS DE PUTE DE POLICIER

Une mulâtre fière de ce quelle est qui nous démontre son racisme pour dénoncer… le prétendu racisme des autres:

OH FUCK LES BLANC BEC BANDE RACISTE LES BLACK SONT SUPÉRIEUR A VOUS.

DaQueenie qui nous fait encore la démonstration de son racisme:

vos blanches ne sont ke des BITCHS tjrs pres a sauter sur nimporte ki pour de largent

Ces gens extrêmement racistes méritent d’être dénoncés, ce que Le Satellite Voyageur fait d’ailleurs excessivement bien. Car ils représentent, malheureusement, une certaine forme de racisme extrêmement répandue chez plusieurs Noirs. Ça me rappelle… J’ai déjà habité avec un Noir d’une gang de rue quand j’étais plus jeune. à€ Longueuil. Il me contait que les Noirs s’attaquaient aux Latinos, et vis versa, et si jamais un Blanc venait s’interposer pour les calmer, les Noirs et les Latinos faisaient alliance pour s’attaquer au Blanc. J’avais jamais vu ou entendu autant de racisme avant. Mais, malheureusement, on le voit ici, ce type de pensée raciste est largement répandue chez de nombreux immigrants.

Deuxième groupe: ceux qui s’opposaient à mes idées mais qui ont eu des commentaires intéressants et pertinents.

Haitian509, avec lequel j’ai eu une discussion fort intéressante (je vous invite à tout lire notre échange) a écrit:

Pourquoi vous parlez par des Haitiens qui réussissent ? Notre faute si on est solidaire ?

Catherine, qui affirme que mes propos sont aussi violents que ces jeunes qui ont brûlé des voitures et tiré sur une policière:

Ces propos là sont chargée de la même violence, de la même émotivité et de la même agressivité que celle qui habite ces “noirs hostiles” dont tu parles.

J’ai beaucoup de respect pour ce deuxième groupe. Ils sont en désaccord avec moi, mais leurs idées font avancer la discussion et ils sont généralement respectueux et cohérents. Bravo!

Troisième groupe: ceux qui sont d’accord.

rawkenroll:

C’est bien d’avoir des couilles.
Mais c’est mieux d’avoir une tete et de s’en servir.
Devant un Policier, tu fermes ta yeule pis tu attends.
Point.

Neil Obstat:

Normand Brathwaite disait que quand il était petit il prenait l’autobus sans payer et quand le chauffeur lui reprochait, Normand traitait le chauffeur de raciste et il profitait donc de transport gratuit. Ce comportement , Brathwaite le comprend venant des jeunes mais ne l’approuve plus du tout. Il dit surtout que ca n’aide pas la cause, et qu’a force de crier au loup, il viendra un temps ou personne ne viendra a ton aide mais surtout, SURTOUT, tu entraineras les gens de ta communauté avec toi. Des gens de ta communauté qui ne partagent pas ta vision des choses et qui seront victimes a long terme des TES propres actions.

GarsOrdinaire:

Au tout debut si le jeune Freddy Villanueva laisse faire le travail des policiers , son frere se fait coffrer puis il s en va au poste puis il sort quelques heures plus tard

Ce groupe a tout autant contribué à la discussion que le groupe précédent, mais les arguments étaient opposés.

Pour le dernier groupe, les trolls ou les commentaires hors-sujet, vous comprendrez que ça ne sert à rien de les mettre ici.

J’espère avoir réussi, avec cette compilation, à rendre un peu plus intelligible cet incroyable fourre-tout.

Plusieurs m’ont demandé pourquoi je n’ai pas voulu modérer l’enfilade, surtout en réaction aux commentaires racistes de plusieurs intervenants. C’est simple: je crois aux échanges d’idées. Cessons d’avoir peur des idées des autres; à quoi servirait-il d’avoir un blogue si on était fermé aux idées des autres et qu’on les censurait? Je sais que certains blogueurs relativement bien connus censurent quiconque ne pense pas comme eux, et je me suis moi-même fait « modéré » hier parce que l’auteur du blogue en question n’aimait pas le texte que j’avais écrit sur mon blogue. (Le commentaire, lui, était anodin, banal.)

Je vois les choses différemment: laissons les gens s’exprimer, dans les limites du raisonnable.

On peut reprocher beaucoup de choses à un pays comme les États-Unis, mais une chose que j’admire chez eux, c’est leur liberté de parole. Peu importe tes idées, tu as le droit de les dire. Ça donne fréquemment de grands échanges et une forte confrontation des idées, et c’est de cet échange que peut ensuite jaillir la vérité. Se mettre les mains devant les yeux en espérant que l’autre n’existe pas, comme certains le font, est une forme de discrimination et une façon de se déconnecter de la réalité du monde dans lequel on vit. Laissons donc les gens s’exprimer, tant qu’il n’y a pas de menaces ou de violation de la loi. (Ceci dit, j’ai instauré un minimum de modération pour empêcher les dérives extrêmes; mais je n’ai pas empêché la publication d’un seul commentaire jusqu’à présent).

Après toute cette tempête, ne serait-il pas temps de chercher des solutions? J’ai proposé les miennes: augmentation du salaire minimum, gratuité de l’éducation, programmes sociaux pour favoriser l’intégration des immigrants, diminution de l’immigration, revalorisation de la nation et de la fierté d’être Québécois, etc. Radicarl propose de se servir de modèles de réussite, comme Joachim Alcine, pour mieux intégrer ces immigrants. C’est une excellente idée.

Parallèlement, il faudrait lancer un message aux organisateurs communautaires. Ce matin, j’ai vu Harry Delva, de la Maison d’Haà¯ti blâmer les policiers qui luttent contre les gangs de rue et affirmer que son organisme doit convaincre les jeunes qu’il ne fait pas de délation. Oui, vous avez bien lu. Il veut convaincre les jeunes de venir à la confesse raconter leurs crimes et lui ne va pas contacter la police. La belle mentalité ça! C’est pas dans la loi ça l’obligation de dénoncer un crime? Avec une mentalité pareille, pas surprenant que le quartier se soit enfoncé dans l’anarchie et la violence.

Ceci dit, la tempête est passée; il est temps de penser au futur et de ne pas oublier que ces jeunes, qui rejettent notre société et vivent dans le chaos et le déracinement, seront encore là dans vingt ou trente ans. Il faut les intégrer, et ça presse! Il faut les sortir de la rue, leur faire comprendre que la police est l’alliée des gens honnêtes et leur donner le goût de sortir de leur ghetto pour partager notre Histoire et notre futur. Bref, de devenir des Québécois à part entière, des gens respectables qui vivent en interrelation avec les autres citoyens du Québec.

Car, qu’on le veuille ou non, les jeunes d’aujourd’hui seront les adultes de demain. Et les voyous d’aujourd’hui ne deviendront pas respectables par magie. C’est à nous d’agir et de leur offrir des alternatives leur donnant le goût de se joindre à nous au lieu de nous dénigrer.

Des condos dans les îles?
5 juin 2007

Pour ceux qui ne le savent pas, le parc des îles de Boucherville est un des parcs nationaux les plus fréquentés au Québec. Situé en plein coeur du Saint-Laurent, il s’étend du pont-tunnel jusqu’à Varennes, et il comporte de nombreuses îles, de même qu’un réseau cyclable permettant de faire du vélo le long des berges. On peut aussi y faire du kayak, du canot, du pédalo, ou y jouer au golf, ou faire un pic-nique. Et c’est aussi probablement le dernier endroit dans la couronne de Montréal où on y trouve des cerfs en liberté. Voilà un parc qu’il conviendrait de choyer et de protéger.

Pourtant, on projette de construire 2500 unités de condos juste à son entrée, sur l’île Charron, sur un terrain vendu par Desjardins pour la somme de 350 000$.

Même si cette construction ne se ferait pas dans le parc lui-même, elle se ferait dans une zone tampon entre l’entrée du parc et l’autoroute. En d’autres mots, même si on ne coupe pas dans le parc officiellement, on détruirait une grande partie de la beauté sauvage de l’endroit pour y installer des condos luxueux repoussant encore davantage la limite de la nature et les animaux des îles. Mais surtout, on enlèverait la chose la plus précieuse du parc: sa naturalité.

En effet, ce qui est bien avec le parc des îles de Boucherville, c’est qu’on a vraiment l’impression d’être ailleurs quand on y est. On a peine à croire que Montréal est à 2-3 km.; on se croit dans la vraie nature. On se promène, on regarde la rive invitante du vieux village de Boucherville, on traverse vers l’île Grosbois sur le bac-à-sables, et presque partout où on regarde on ne voit que nature ou beauté.

Mais qu’en serait-il avec des tours à condos constamment dans le champ de vision? D’affreuses constructions carrées perçant l’horizon, attirant le regard, rappelant aux visiteurs leur triste destin de petites gens urbaines coincées par le béton et le bitume. N’est-ce pas de la pollution visuelle, polluant effectivement les gens qui sont dans le parc?

Voici une situation où le gouvernement Charest a une possibilité de se racheter pour sa tentative de privatisation au Mont Orford. L’ensemble des îles doit restée le plus sauvage possible. Oui, il y a déjà un hôtel, mais restons-en là. Inutile de rajouter des condos et d’autres constructions détruisant la nature et polluant l’horizon des gens.

Mais le gouvernement a-t-il seulement la volonté de s’attaquer au problème et de faire ce qui doit être fait, c’est-à-dire voter une loi, acheter le terrain et agrandir le parc? Et que doit-on attendre d’une ville comme Longueuil, qui a autrefois sacrifié tout son bord de l’eau pour y construire une route à six voies de large?

Dans un monde où la seule valeur qui compte est celle du profit et du « développement » économique, que vaut le respect d’un derniers espaces verts sauvage de la région immédiate de Montréal?

La petite noirceur
27 mars 2007

Duplessis(Mon dernier texte a été largement critiqué par plusieurs. Je suis désolé si j’en ai heurté certains en exprimant aussi crûment mon opinion « à chaud », et je tenterai ici de me reprendre en expliquant davantage mon point de vue. Je tiens simplement à réitérer que je n’ai rien contre les gens des régions, que j’adore la campagne, que je respecte leur choix puisqu’il est démocratique. Je crois cependant que c’est une grave erreur, et c’est ce que j’ai tenté d’expliquer – peut-être maladroitement.)

La vague adéquiste qui a balayé le centre du Québec et les banlieues éloignées de Montréal change profondément la compréhension qu’on peut avoir du Québec moderne.

Historiquement, le peuple canadien-français a toujours été un peuple rural, attaché à son terroir. Dépossédé de ses élites dès le lendemain de la Conquête, c’est un peuple de travailleurs acharnés, souvent hostiles à trop d’intellectualisme et qui valorise l’action concrète au détriment des idées.

Des bonnes gens, qui aiment leur pays. Des gens fiers. Mais des conservateurs au plus profond de leur âme: depuis la défaite de 1760, l’idéologie dominante, appuyée par l’Église, était celle d’un conservatisme où tout ce qui était urbain était perçu comme menant à la débauche et où l’étranger était vu comme une menace.

Avec la Révolution tranquille, on aurait pu croire que tout avait changé, que le Québec était devenu plus ouvert, plus progressiste, plus apte à vivre ensemble grâce à une social-démocratie qui, encore aujourd’hui, fait l’envie du monde entier.

Les résultats d’hier sont le coup de poignard qui achèvent de détruire cette idée. Aujourd’hui, le Québec a changé, et c’est un retour au conservatisme et à la division entre la ville et les campagnes. C’est un retour des vieilles idéologies de droite alliant un conservatisme social avec un libéralisme économique.

Est-ce nouveau? Non. Le Québec était l’endroit le plus conservateur d’Amérique du Nord jusqu’aux années 1960. La pauvreté urbaine était telle que bien des gens n’arrivaient pas à manger à leur faim. La ville qu’on appelle aujourd’hui Longueuil était divisée entre d’un côté le beau Longueuil, pavé, avec l’électricité, et de l’autre, Ville Jacques-Cartier, un ghetto cloturé, dans la terre et la boue et les immondices. C’était ça la ville à l’époque.

Une époque de division, qui avait ses points positifs, principalement à la campagne, et sa pauvreté urbaine.

Donc, le Québec est passé en quelques années de l’endroit le plus conservateur au plus progressiste. D’une idéologie du terroir et de la valorisation des ancêtres, de la terre, de la campagne, nous sommes passés à un valorisation de la ville, de l’urbanité, de la différence, de l’individualisation.

Et aujourd’hui nous vivons le retour du balancier. Toutes ces personnes des régions en ont assez de percevoir le monde via les yeux de Montréal. La « Main » avec ses Squeeges, ses drogués, ses travestis et ses originaux, ce n’est pas leur univers. Ce n’est pas leur monde. Ils ne s’identifient pas à toutes ces émissions de télévision qui se passent sur le Plateau et qui mettent en scène des gens à mille lieues de leur quotidien.

De la même façon, ces gens ne sont pas en contact quotidiennement avec la vraie pauvreté. Ils ont peut-être oublié ce qu’est une société plus à droite, ce que ça veut dire une plus grande inégalité sociale. Montréal n’a pas oublié, mais en région, on n’a pas vécu ça.

Mario Dumont a senti ce phénomène et il le représente bien. Il n’apporte aucune argumentation crédible, aucun chiffre, aucune légitimité intellectuelle; en fait il aurait peut-être été choisi même s’il n’avait pas sorti son cadre financier. Non, l’appui des gens à Dumont est émotif. Une sorte de cri collectif: « nous en avons marre de la ville et de ses idées; nous voulons nous sentir représentés! »

En ce sens, l’opinion des régions est tout à fait légitime et on doit – je dois – la respecter.

Ceci dit, il n’en reste pas moins qu’à mes yeux c’est le début d’une période de noirceur. Quand on choisit ses représentants non pas pour leur capacité à administrer l’État mais plutôt parce que le chef du parti dit « les vraies affaires » (ne cherchez pas à savoir ce qu’elles sont, ces « vraies » choses), on fait un choix qui donne carte blanche aux pires méfaits. Quand on accepte de voter pour quelqu’un qui ne peut même pas donner de chiffres, qui n’a pas d’équipe, quand on lui fait confiance seulement pour ce qu’il incarne et non pour ses idées, c’est là le germe d’un totalitarisme, au pire, ou d’une petite noirceur, au mieux.

C’est renoncer à sa capacité d’être critique et de juger un gouvernement pour ses réalisations. C’est l’homme ou la femme des années 40 qui se dit « je n’ai aucune idée de ce que fait Duplessis, mais je l’aime parce qu’il dit les « vraies » affaires ». C’est renoncer à son pouvoir et à son devoir de citoyen.

Pour toutes ces raisons, il y a de quoi être particulièrement inquiet devant les résultats des élections d’hier. Les électeurs ont demandé du changement, mais le changement pour du changement n’est jamais gage de prospérité. Et ce n’est pas en votant pour un parti mettant en place des politiques économiques plus à droite que les Québécois vont améliorer une situation pourrie par dix années de politiques économiques de droite.

Mais les mots et les idées valent-ils encore quelque chose?