Loi 103: la dictature de l'arbitraire
7 juin 2010

Le retour des écoles-passerelles, permettant aux parents plus fortunés de contourner la Loi 101 afin d’envoyer leurs enfants au réseau public anglophone, constitue le pire des reculs pour la société québécoise, personne ne peut en douter. Désormais – merci au gouvernement libéral de Jean Charest – l’argent permet de s’acheter des places à l’école publique anglaise après seulement trois ans dans des écoles privées non-subventionnées. Le gouvernement s’en défend en disant qu’il y aura d’autres facteurs permettant de juger du « parcours authentique » d’un élève, mais c’est précisément cette justification au cas par cas qui risque de nous entraîner vers les pires excès et consacrer le pire des reculs: celui de l’application d’une loi unique et impartiale pour tous.

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En effet, à partir du moment où la loi ne s’applique plus d’une manière claire et univoque à chaque citoyen, à partir du moment où une foule de facteurs particuliers permettent d’établir une règle arbitraire, on ouvre la porte aux pires des excès. On a déjà vu le gouvernement libéral se servir des garderies privées ou de l’industrie de la construction pour se financer, mais il serait désormais possible d’imaginer que les enfants de donateurs du parti pourraient se voir traiter différemment et se faire offrir une voie rapide (« fast track » pour la prochaine génération de Québécois) vers l’école anglaise. Le principe est relativement simple: la ministre de l’éducation, qui jouit d’un pouvoir discrétionnaire, serait en mesure de faciliter le passage des enfants des argentiers du parti. À partir du moment où une loi s’applique au cas par cas, il devient beaucoup plus facile de prendre un dossier, de le mettre sur le dessus de la pile, et de recommander un traitement favorisé.

Or, c’est précisément le problème avec le gouvernement actuel. Plutôt que d’instaurer des règles claires et des garde-fous qui s’appliquent à tous les citoyens, on préfère saupoudrer quelques mesures par-ci ou par-là afin de satisfaire les uns et les autres. Plutôt que de réaffirmer la laïcité de l’État et la primauté du respect du calendrier scolaire, on tente de le modifier en cachette pour plaire à quelques écoles juives. Plutôt que de déclencher une commission d’enquête publique sur la construction, on organise une escouade Marteau et on lui fait accomplir des actions ciblées. Plutôt que de réellement nationaliser les Centres de la Petite Enfance (CPE) ou de mandater un organisme indépendant d’attribuer les permis, on permet à un ministre de s’attribuer ce pouvoir et de décider, en dernier recours, qui aura la chance de s’occuper de nos enfants. Plutôt que de réaffirmer le caractère français du Québec, d’appliquer la Loi 101 aux écoles non-subventionnées ou de mettre fin au sur-financement des institutions anglophones, on propose une loi qui gérera le cas par cas et permettra, encore une fois, des passe-droits qui minent la confiance des citoyens dans l’appareil gouvernemental.

Le courage

Le courage, dans un État comme le nôtre, ce n’est pas de voter des lois « respectueuses des individus » comme l’affirmait bêtement Jean Charest. La loi 103 ne respecte pas les individus, car une société est formée d’autre chose que d’une somme de personnes désolidarisées et individualisées, vivant les unes et les autres repliées sur elles-mêmes. La loi 103 ne respecte pas les individus, car ce qui permet aux individus de s’épanouir, c’est précisément l’existence d’une société où les lois sont impartiales et où les règles sont claires et s’appliquent d’une manière identique à chacun. Lorsque je brûle un feu de circulation, je m’attends à ce que le policier me donne une contravention, pas à ce qu’il me mette à nu et commence à me fouiller. De la même manière, j’exige que mon voisin reçoive la même pénalité; ce sont ces règles identiques pour chacun de nous qui permettent notre vivre-ensemble et qui empêchent que l’arbitraire et le « cas par cas » nuisent à la cohésion sociale.

Le courage, c’est de définir les valeurs collectives qui nous animent et d’adopter des lois qui permettent de protéger celles-ci. C’est aussi de réaliser que sans société cohérente, sans société régie par des valeurs collectives appliquant des lois impartiales, nous vivrions dans un état d’anarchie, en guerre perpétuelle les uns contre les autres. Ce courage, c’est de réaffirmer que l’attachement du Québec à sa langue et à sa culture françaises ne sont pas que des mots vides de sens, mais que ceux-ci doivent précéder l’action. Ce courage, c’est de voter les lois qui permettent à nos valeurs communes de persister et qui réaffirment que la langue nationale, commune et consensuelle au Québec doit être le français et qu’il ne saurait être question pour l’État de faciliter d’une quelque façon que ce soit l’apprentissage d’une langue qui mine ce consensus.

Ce courage, le gouvernement actuel en manque cruellement. Cette loi 103, c’est le retour vers le « bill » 22, qui précédait la Loi 101 et qui décidait de l’attribution de places dans les écoles anglophones en fonction de tests de compétence en langue anglaise. Cette loi 103, c’est aussi un énième pas en arrière vers le « bill » 63, qui conférait le libre-choix dans l’apprentissage des langues à l’école et qui permettait de financer notre propre disparition avec l’argent de nos impôts. Cette loi 103 consacre également la suite du recul de notre démocratie et du retour insidieux à cette vieille façon de faire de la politique où le courage était remplacé par le patronage et où l’impartialité de la loi s’écrasait devant la toute puissance d’un cas par cas profitant surtout au parti au pouvoir.

La loi 104, qui empêchait les écoles-passerelles et qui réaffirmait la nécessité de soumettre tous les citoyens à la Loi 101, n’était pas parfaite. On pourrait même dire qu’elle était aussi timide que le gouvernement péquiste qui l’a adoptée. Cependant, elle était nécessaire et elle a réussi à stabiliser la croissance continuelle de la clientèle des écoles anglaises depuis le début des années 1990. Le gouvernement libéral actuel fait honte à son vote de 2002, alors qu’il l’avait appuyée, et il ajoute l’insulte d’avoir non seulement été incapable de la protéger, mais d’avoir ouvert la porte aux pires reculs linguistiques ET démocratiques en faisant du cas par cas son nouveau dogme.

En attendant d’avoir de vrais politiciens courageux au parlement, des gens honnêtes qui sauront faire entrer le Québec dans le vingt-unième siècle en mettant fin au financement d’un réseau anglophone public parallèle au réseau francophone national, en attendant que le Québec rejoigne les autres nations du monde qui ont choisi de ne financer qu’un seul réseau éducationnel dans la langue de la majorité, en attendant d’avoir autres choses que de veules opportunistes et carriéristes à l’Assemblée nationale, on peut tout de même se contenter des quelques grains de bon sens échappées de la loi 103 et qui nous donneront à picosser pendant que le bourreau de notre anglicisation affûte sa hache et prépare la scène finale de notre présence française en Amérique.

Au moins, lors de notre disparition finale, il n’y aura pas d’arbitraire.

Ce sera aussi systématique que le gaélique en Irlande ou le français en Ontario.

Loi 103: la dictature de l’arbitraire
7 juin 2010

Le retour des écoles-passerelles, permettant aux parents plus fortunés de contourner la Loi 101 afin d’envoyer leurs enfants au réseau public anglophone, constitue le pire des reculs pour la société québécoise, personne ne peut en douter. Désormais – merci au gouvernement libéral de Jean Charest – l’argent permet de s’acheter des places à l’école publique anglaise après seulement trois ans dans des écoles privées non-subventionnées. Le gouvernement s’en défend en disant qu’il y aura d’autres facteurs permettant de juger du « parcours authentique » d’un élève, mais c’est précisément cette justification au cas par cas qui risque de nous entraîner vers les pires excès et consacrer le pire des reculs: celui de l’application d’une loi unique et impartiale pour tous.

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En effet, à partir du moment où la loi ne s’applique plus d’une manière claire et univoque à chaque citoyen, à partir du moment où une foule de facteurs particuliers permettent d’établir une règle arbitraire, on ouvre la porte aux pires des excès. On a déjà vu le gouvernement libéral se servir des garderies privées ou de l’industrie de la construction pour se financer, mais il serait désormais possible d’imaginer que les enfants de donateurs du parti pourraient se voir traiter différemment et se faire offrir une voie rapide (« fast track » pour la prochaine génération de Québécois) vers l’école anglaise. Le principe est relativement simple: la ministre de l’éducation, qui jouit d’un pouvoir discrétionnaire, serait en mesure de faciliter le passage des enfants des argentiers du parti. À partir du moment où une loi s’applique au cas par cas, il devient beaucoup plus facile de prendre un dossier, de le mettre sur le dessus de la pile, et de recommander un traitement favorisé.
Or, c’est précisément le problème avec le gouvernement actuel. Plutôt que d’instaurer des règles claires et des garde-fous qui s’appliquent à tous les citoyens, on préfère saupoudrer quelques mesures par-ci ou par-là afin de satisfaire les uns et les autres. Plutôt que de réaffirmer la laïcité de l’État et la primauté du respect du calendrier scolaire, on tente de le modifier en cachette pour plaire à quelques écoles juives. Plutôt que de déclencher une commission d’enquête publique sur la construction, on organise une escouade Marteau et on lui fait accomplir des actions ciblées. Plutôt que de réellement nationaliser les Centres de la Petite Enfance (CPE) ou de mandater un organisme indépendant d’attribuer les permis, on permet à un ministre de s’attribuer ce pouvoir et de décider, en dernier recours, qui aura la chance de s’occuper de nos enfants. Plutôt que de réaffirmer le caractère français du Québec, d’appliquer la Loi 101 aux écoles non-subventionnées ou de mettre fin au sur-financement des institutions anglophones, on propose une loi qui gérera le cas par cas et permettra, encore une fois, des passe-droits qui minent la confiance des citoyens dans l’appareil gouvernemental.
Le courage
Le courage, dans un État comme le nôtre, ce n’est pas de voter des lois « respectueuses des individus » comme l’affirmait bêtement Jean Charest. La loi 103 ne respecte pas les individus, car une société est formée d’autre chose que d’une somme de personnes désolidarisées et individualisées, vivant les unes et les autres repliées sur elles-mêmes. La loi 103 ne respecte pas les individus, car ce qui permet aux individus de s’épanouir, c’est précisément l’existence d’une société où les lois sont impartiales et où les règles sont claires et s’appliquent d’une manière identique à chacun. Lorsque je brûle un feu de circulation, je m’attends à ce que le policier me donne une contravention, pas à ce qu’il me mette à nu et commence à me fouiller. De la même manière, j’exige que mon voisin reçoive la même pénalité; ce sont ces règles identiques pour chacun de nous qui permettent notre vivre-ensemble et qui empêchent que l’arbitraire et le « cas par cas » nuisent à la cohésion sociale.
Le courage, c’est de définir les valeurs collectives qui nous animent et d’adopter des lois qui permettent de protéger celles-ci. C’est aussi de réaliser que sans société cohérente, sans société régie par des valeurs collectives appliquant des lois impartiales, nous vivrions dans un état d’anarchie, en guerre perpétuelle les uns contre les autres. Ce courage, c’est de réaffirmer que l’attachement du Québec à sa langue et à sa culture françaises ne sont pas que des mots vides de sens, mais que ceux-ci doivent précéder l’action. Ce courage, c’est de voter les lois qui permettent à nos valeurs communes de persister et qui réaffirment que la langue nationale, commune et consensuelle au Québec doit être le français et qu’il ne saurait être question pour l’État de faciliter d’une quelque façon que ce soit l’apprentissage d’une langue qui mine ce consensus.
Ce courage, le gouvernement actuel en manque cruellement. Cette loi 103, c’est le retour vers le « bill » 22, qui précédait la Loi 101 et qui décidait de l’attribution de places dans les écoles anglophones en fonction de tests de compétence en langue anglaise. Cette loi 103, c’est aussi un énième pas en arrière vers le « bill » 63, qui conférait le libre-choix dans l’apprentissage des langues à l’école et qui permettait de financer notre propre disparition avec l’argent de nos impôts. Cette loi 103 consacre également la suite du recul de notre démocratie et du retour insidieux à cette vieille façon de faire de la politique où le courage était remplacé par le patronage et où l’impartialité de la loi s’écrasait devant la toute puissance d’un cas par cas profitant surtout au parti au pouvoir.
La loi 104, qui empêchait les écoles-passerelles et qui réaffirmait la nécessité de soumettre tous les citoyens à la Loi 101, n’était pas parfaite. On pourrait même dire qu’elle était aussi timide que le gouvernement péquiste qui l’a adoptée. Cependant, elle était nécessaire et elle a réussi à stabiliser la croissance continuelle de la clientèle des écoles anglaises depuis le début des années 1990. Le gouvernement libéral actuel fait honte à son vote de 2002, alors qu’il l’avait appuyée, et il ajoute l’insulte d’avoir non seulement été incapable de la protéger, mais d’avoir ouvert la porte aux pires reculs linguistiques ET démocratiques en faisant du cas par cas son nouveau dogme.
En attendant d’avoir de vrais politiciens courageux au parlement, des gens honnêtes qui sauront faire entrer le Québec dans le vingt-unième siècle en mettant fin au financement d’un réseau anglophone public parallèle au réseau francophone national, en attendant que le Québec rejoigne les autres nations du monde qui ont choisi de ne financer qu’un seul réseau éducationnel dans la langue de la majorité, en attendant d’avoir autres choses que de veules opportunistes et carriéristes à l’Assemblée nationale, on peut tout de même se contenter des quelques grains de bon sens échappées de la loi 103 et qui nous donneront à picosser pendant que le bourreau de notre anglicisation affûte sa hache et prépare la scène finale de notre présence française en Amérique.
Au moins, lors de notre disparition finale, il n’y aura pas d’arbitraire.
Ce sera aussi systématique que le gaélique en Irlande ou le français en Ontario.

La langue dans nos mains
7 avril 2010

Les nouvelles statistiques sur le recul du français au Québec, dévoilées par Pierre Curzi, font état du même constat que celui que je fais souvent sur ce blogue: la situation linguistique est alarmante et si nous n’agissons pas énergiquement et rapidement, le français disparaîtra à moyenne échéance.

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Or, que propose Pierre Curzi? Rien, pour le moment. « Pierre Curzi refuse pour l’instant de se prononcer sur des idées afin de renverser la vapeur ». Rien que ça! L’homme est un des députés les plus en vu du Parti Québécois, il est hyper-populaire, il fait face au gouvernement ayant un des taux d’insatisfaction de la population le plus élevé des dernières décennies, mais il ne propose rien.

Chaque chose ne devrait-elle pas être à sa place? Je m’attends du chercheur qu’il cherche, et du politicien qu’il gère les affaires publiques. Je demande au chercheur de présenter les faits, objectivement, sans les juger, et j’exige du politicien qu’il trouve les solutions permettant d’améliorer la société. Quand un député de la trempe de Curzi s’improvise chercheur et se montre incapable de trouver des solutions aux maux qui nous affectent, il y a un problème.

Ceci dit – rendons à César ce qui lui appartient – on ne saurait assez le féliciter d’être un des seuls au PQ à prendre position fermement, dès que l’occasion se présente, pour la protection de notre langue. On en prendrait des dizaines de députés comme lui.

Des solutions

Puisqu’il ne veut pas immédiatement donner ses solutions pour enrayer l’anglicisation du Québec, voici les miennes:

1) Appliquer la loi 101 au cégep.

Entre 1987 et 2007, le nombre d’allophones passant du secondaire français au cégep anglais a plus que doublé, passant de 17,7% à 37%. Parallèlement, ceux qui sont passés du secondaire anglais au cégep français sont passés de 5,8% à 0,5%. Même recul pour les anglophones: ils étaient 52,7% à passer du secondaire français au cégep français en 1987, mais plus que 39,5% en 2007 et si 4,7% passaient du secondaire anglais au cégep français en 1987, ils n’étaient plus que 1,7% deux décennies plus tard. (( Source : Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport )) La conclusion est claire: le cégep en français n’a plus la cote. Et puisque les études préparent le travail et que le travail est un des principaux vecteurs d’intégration linguistique, il est impératif d’appliquer la loi 101 au cégep afin d’assurer une éducation en français aux nouveaux arrivants et aux anglophones récalcitrants.

2) Mettre fin au sur-financement des universités anglophones.

Actuellement, les universités anglophones reçoivent 27% des subventions normées pour une population anglophone de langue maternelle de 8,2%. Le fait de financer ces universités à trois fois la hauteur du poids démographique des anglophones de langue maternelle contribue à faire de ces institutions des pôles culturels anglophones au coeur du Québec et enlève, de la même manière, des ressources vitales à des universités francophones qui crient famine. En finançant ces universités à la hauteur du poids démographique des anglophones de langue maternelle, c’est-à-dire 8,2% du financement total, on permettrait de limiter l’influence de la culture anglophone et on augmentera le potentiel d’intégration d’universités francophones mieux financées et davantage en mesure d’offrir des services aux nouveaux arrivants.

3) Réduire l’immigration et augmenter les incitatifs à la naissance.

Le taux de fécondité des Québécoises est en forte hausse, atteignant les niveaux du début des années 80, mais nous recevons toujours plus d’immigrants. Le ratio naissances/immigration était de 4,7 en 1982 (4,7 fois plus de naissances que d’immigrants reçus en une année). En 2007, le ratio est tombé à 1,8. Pour un nombre de naissances semblable, nous recevons trois fois plus d’immigrants. Proportionnellement à notre population, nous recevons davantage d’immigrants que la plupart des pays développés. Pourtant, nous ne sommes qu’une province et avons ainsi plus de difficulté à les intégrer que les autres pays. Curzi avait lui-même souligné le problème: qu’attend-il pour agir et demander une baisse de l’immigration?

4) Mettre fin au bilinguisme institutionnel.

Actuellement, et quoi qu’on puisse en penser, les services gouvernementaux sont bilingues. Pire: le gouvernement communique parfois en anglais ad vitam æternam avec les nouveaux arrivants, leur lançant effectivement le message que l’anglais constituerait une langue officielle au Québec. Comment pouvons-nous espérer intégrer en français quelqu’un qui, dans toutes ses relations avec l’État, peut utiliser l’anglais? Il importe de franciser tout ce qui touche au gouvernement du Québec. Vous voulez un service, un chèque, une carte d’assurance-maladie ou un permis de conduire? Apprenez notre langue et vous l’aurez. Ça, c’est du concret.

5) Appliquer la loi 101 aux écoles non-subventionnées.

La décision de la Cour suprême, l’automne dernier, d’invalider la loi 104, qui colmatait une brèche dans la loi 101, doit être combattue avec davantage de fermeté. C’est d’une guérilla juridique dont il est question; des groupes de pression anglophones, financés par le gouvernement fédéral, utilisent les tribunaux pour s’attaquer à la volonté démocratique des Québécois d’empêcher les mieux-nantis de contourner la loi 101 en envoyant un de leurs enfants dans une école non-subventionnée. Il faut donc appliquer la loi 101 à ces écoles et se préparer à utiliser la clause dérogatoire contre toute attaque de la Cour suprême dans la futur.

Ce ne sont là que quelques solutions. On aurait pu facilement en ajouter d’autres, notamment l’abolition de la loi 86, qui officialise l’affichage bilingue, une promesse que le Parti Québécois n’a jamais tenue…

Québec vs. Cour suprême: la loi 101, notre seule voix!

Face à l’incapacité de nos élites politiques d’avoir le courage de leurs convictions, il faut s’organiser par nous-mêmes, dans la société civile.

Voilà pourquoi j’aimerais vous inviter à un grand rassemblement pour la loi 101, qui aura lieu dimanche prochain, le 11 avril, au Monument National.

Véritable Moulin à paroles de la loi 101, l’événement consistera en une lecture de textes importants sur la langue au Québec, retraçant l’évolution linguistique de notre peuple depuis la Défaite de 1760 jusqu’à nos jours. De nombreux artistes seront sur place et, puisque j’ai colligé les textes moi-même, je peux vous assurer que ce sont des morceaux d’anthologie, des portraits vivants, des photographies du Québec en son âme profonde. Venez, vous ne serez pas déçus!

Face à l’inaction de nos députés et partis politiques, à leur pusillanimité, à leur refus de prendre position et de défendre clairement nos valeurs, il est de notre devoir de prendre le relais et de les forcer, par notre engagement, à faire le travail pour quoi nous les avons élus: nous représenter et promouvoir nos valeurs, dont le français en est une des principales!

Avons-nous un autre choix?

La vieille souche
17 novembre 2009

Nous sommes colonisés. C’est la seule réaction que j’ai eue après avoir lu ce magnifique texte de Facundo Medina, dans le Devoir. Nous sommes une forêt que nous avons défrichée, une terre raclée où on a planté en nous les graines de notre propre abrutissement. Si nous sommes pauvres aujourd’hui, c’est la pauvreté du champ surexploité, d’une terre autrefois féconde mais qui est devenue stérile à force de nous renier. Tout ce qui reste de nous, c’est peut-être cette vieille souche aux racines trop profondes pour être enlevée.

vieille-souche

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Medina a écrit:

Si j’avais décidé de vivre et d’éduquer mes enfants en anglais, j’aurais pu m’installer à Toronto ou à Vancouver. Si j’avais voulu vivre dans une province officiellement bilingue, je serais allé au Nouveau-Brunswick. […] On voudrait réduire la question à une querelle entre gens purs et durs et gens flexibles, entre francophones intransigeants et monsieur l’opprimé qui ne veut que choisir en toute liberté. C’est une absurdité. Aucun Italien ne pourrait exiger de Rome que l’État paye pour l’éducation de ses enfants dans une langue autre que l’italien, et je vous épargne la liste des exemples. Cela va de soi. […] Je sais que ces mêmes mots, sous la plume d’un Québécois de souche, seraient qualifiés d’intolérants, voire de racistes.

L’excellence du texte n’a d’égale que l’irréprochabilité de son auteur. C’est un immigrant. Il a droit de parole, lui. Le Québécois de souche, celui dont les ancêtres sont ici depuis assez longtemps pour qu’on ne puisse plus y voir d’exotisme dans son nom, un quelconque accent dans ses paroles ou la moindre nuance basanée sur son visage, celui-ci n’aurait pu écrire ce papier. On l’aurait probablement qualifié de « pur et dur », de radical, d’extrémiste, de xénophobe, de raciste. Au Québec, le Québécois de souche n’a pas de droits; il a seulement la responsabilité de se la fermer. Et on veut convaincre les immigrants de devenir comme nous? « Intégrez-vous, mes amis, apprenez le français, et vous aussi aurez le droit de subir et de fermer vos gueules! »

La voilà, la vraie force de ce billet. Il nous rappelle une vérité indéniable: les Québécois de souche ont perdu la capacité et le droit de se questionner sur le réel. Ce sont des sous-citoyens, des hommes seulement respectables dans la mesure où ils acceptent sans broncher notre dépossession de nous-même. S’ils parlent anglais, s’ils se félicitent de l’augmentation du nombre d’immigrants sans se questionner sur notre capacité d’intégration, s’ils chantent les vertus des autres et le déni des nôtres, ils progressent sur le plan social, ils se respectabilisent, ils se sanctifient dans leur œuvre de destruction de ces racines qu’ils méprisent.

En fait, le mot-même est suspect: « de souche », ça rappelle un vieux tronc d’arbre qui a été coupé et dont la base pourrit sous les éléments. C’est peut-être ce que nous sommes. Mais le but, à terme, n’est-il pas d’intégrer suffisamment les immigrants pour qu’ils soient eux-aussi assez enracinés à ce Québec pour qu’en deux ou trois générations ils deviennent eux aussi des Québécois de souche? Pour qu’eux aussi partagent notre destin commun, notre amour du français, notre désir de voir de nouvelles pousses croître sur le chicot de notre dépossession?

Malheureusement, il faut être réaliste. Tant que nous serons un peuple veule, craintif, chétif, ayant tellement peur d’exister qu’il se précipite lui-même au-devant de sa disparition, tant que nous déciderons de nous adresser dans une langue étrangère aux immigrants, aux touristes, à nos propres concitoyens, nous ne donnerons pas le goût aux nouveaux immigrants de s’intégrer à notre destin commun. Nous serons cette vieille souche sur laquelle ils s’assoiront en attendant de trouver mieux.

Des Facundo Medina, il y en a peut-être un sur vingt. J’en veux des milliers, mais c’est impossible: Facundo Medina, c’est l’erreur dans le système, la défaillance dans la matrice, l’écran bleu sur l’ordinateur qui gèle tout et qui force à redémarrer l’ordinateur. C’est celui qui a vu la vieille souche, qui a pris le temps d’observer les rainures et les cicatrices de sa vieille écorce, qui a voulu s’interroger sur le futur et le destin de ce peuple qui se meurt faute d’avoir su se donner les moyens de survivre. Medina, c’est la succulente et improbable recette d’ingrédients qui auraient dû être mélangés pour donner un goût autrement plus amer. Medina, c’est l’exception.

Ne soyons pas dupes. Nous recevons, actuellement, trop d’immigrants pour notre capacité à les intégrer harmonieusement. En fonction de notre population, nous donnerons, dès 2010, l’hospitalité à plus de deux fois le nombre d’immigrants que reçoivent les États-Unis, l’Italie et la Belgique, trois fois l’Allemagne, la France et la Finlande, sept fois le Portugal, et douze fois le Japon! Et nous accueillerons près de trois fois plus d’immigrants qu’au début des années 80 pour un taux de natalité semblable!

La plupart de ces nouveaux arrivants ont des considérations hautement plus pragmatiques que celles d’un individu aussi exceptionnel que Facundo Medina. Ils veulent travailler, ils veulent manger, ils veulent se loger. Et à Montréal, tous les petits Québécois mous se dépêchent de les servir en anglais dès qu’ils osent un mot ou deux dans cette langue. Ils ne sont pas cons. Ils apprennent la langue du continent puisqu’elle leur permet de vivre et de travailler ici. Pourquoi apprendraient-ils le français, cette langue morte, cette vieille souche pourrissante, alors que même les francophones ont placé l’apprentissage et l’utilisation systématique de l’anglais en haut de leur liste des priorités?

Je rêve du jour où l’exception ne sera pas un immigrant qui s’intègre à notre culture, mais le contraire. Je rêve du jour où les Québécois, suffisamment fiers de ce qu’ils sont et insensibles aux critiques ancestrales dont on les affuble s’ils osent relever le menton, se donnent les moyens d’assurer la pérennité de leur langue en la parlant partout, en toutes circonstances. Je rêve du jour où ils se donneront un pays non pas seulement pour avoir leur nom sur la « mappe », mais pour se débarrasser d’institutions contrôlantes et méprisantes de ce qu’ils sont. Je rêve du jour où nous cesserons de financer avec nos deniers publics l’apprentissage d’une langue autre que le français. Je rêve du jour où nous nous respecterons assez pour assurer notre survie.

Merci, M. Medina, de m’avoir fait rêvé. J’espère que vous pourrez constituer un exemple à suivre pour tous ceux qui, assis sur la souche de nos idéaux, offrent leur postérieur à tous nos arguments.

Loi 104 invalidée: et si on s’opposait à la Cour suprême?
22 octobre 2009

Inconstitutionnelle! Le jugement est tombé comme un couperet: la loi 104, qui colmatait une faille dans la loi 101 permettant à des élèves de fréquenter une école privée anglophone non-subventionnée pendant un an avant d’intégrer le réseau anglophone public, a été invalidée par la Cour suprême du Canada. Devant le pouvoir judiciaire, le politique s’en va lécher ses plaies. Encore une fois, la loi 101 est charcutée: plus de 200 amendements depuis sa création en 1977! Encore une fois, ce sont des juges – non élus – habillés en Pères Noël canadiens qui décident à la place de nos représentants.

loi-104-invalidee-cour-supreme

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Pourtant, la loi 104 ne faisait qu’empêcher un tour de passe-passe permettant à de nombreux immigrants de faire fi de notre loi fondatrice. Il suffisait, par exemple, de payer 10 000$ pour une année dans une école « passerelle » non-subventionnée avant de réinscrire l’élève l’année suivante dans une école publique anglophone. Pire que cela: ses frères et soeurs seraient ensuite dispensées d’études francophones! Dans ce contexte, il y avait des écoles accueillant près de 150 étudiants en première année, mais qu’une quinzaine l’année suivante.

C’était cette brèche béante que le gouvernement Landry a bouché avec la loi 104. Il s’agissait d’un pas, bien timide, pour espérer renverser une situation où le pourcentage d’élèves du primaire scolarisés en anglais augmentait continuellement. Malgré tout, cela a été suffisant pour endiguer l’hémorragie vers l’anglais. Si le pourcentage d’élèves fréquentant l’école anglophone a augmenté régulièrement de 9,46% en 1991-92 à 11,42% en 2003-2004 (première année après l’adoption de la loi), il est resté stable depuis ce moment. (( Source: Ministère de l’Éducation du Loisir et du Sport ))

Concrètement, même si un taux optimal de fréquentation des institutions anglophones ne devrait pas dépasser 8,2% (la proportion d’anglophones de souche au Québec), et que tout chiffre supérieur indique une certaine assimilation vers l’anglais, la loi 104 a au moins permis d’arrêter la débâcle. En ce sens, elle est indispensable à la protection du français au Québec.

Évidemment, la Cour suprême, malgré son impitoyable jugement, se défend de s’attaquer encore une fois aux valeurs fondatrices du Québec moderne en invalidant la loi. Non, non, non. On dépèce l’animal vivant pour son propre bien, bien sûr. Il suffit ensuite de déclarer ses cris institutionnels pendant qu’on lui arrache des lambeaux de chairs. On recommande au gouvernement de rendre sa loi moins « radicale ». On lui attache les deux pieds, la tête en bas, et on le châtie pour avoir osé prétendre qu’il possédait le pouvoir.

Au Canada, la Cour suprême décide. Pas les politiciens. La Cour, qui se base sur une charte qui ne peut à peu près pas être modifiée. Une charte exaltant les libertés individuelles et reléguant les libertés collectives, comme celle de la survie du peuple québécois, au rang de folklore. Si dans un certain idéal de la démocratie un équilibre devrait exister entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, au Canada les deux premiers s’écrasent systématiquement devant le troisième. La Cour suprême ne devrait-elle pas constituer un pouvoir comme un autre? Avons-nous le devoir moral de respecter un jugement imposé par des Marshall Rothstein, Rosalie Silberman Abella, Louise Charron, Thomas A. Cromwell, Marie Deschamps, William Ian Corneil Binnie, Beverley McLachlin, Louis LeBel, Morris J. Fish et autres individus non élus et majoritairement insensibles aux réalités québécoises?

Nous sommes une nation, mais nous nous affalons devant la Cour suprême d’une autre nation.

Certains m’objecteront, en lançant un appel larmoyant: « Mais nous sommes encore au Canada et nous devons respecter les lois canadiennes! ». Pas nécessairement. Ça me fait penser à une femme battue par un mari ayant « invalidé » à peu près toutes ces petites libertés lui permettant encore d’avoir le droit d’exprimer sa spécificité, lui ayant interdit le droit de sortie, lui réfutant jusqu’à l’expression de son existence distincte. Cette femme devrait-elle refuser d’aspirer à la liberté sous prétexte qu’elle vit encore dans la maison de son mari? Devrait-elle plier l’échine, jouer à la carpette de service et oublier sa propre nature sous prétexte que les lois d’un couple inégal s’y appliquent? Devrait-elle abdiquer jusqu’à sa liberté à chaque fois que son mari lui met dans la face leur contrat de mariage?

Ce couple inégal, c’est le Canada. Un pays dysfonctionnel où la majorité trouve tous les moyens légaux ou illégaux pour s’assurer d’écraser la minorité. Les 200 amendements à la loi 101 ne constituent qu’un exemple supplémentaire dans une litanie de faits historiques ayant contribué à transformer ce qui fut un continent largement francophone en une petite saucisse agrippée au Saint-Laurent et se faisant mâchouiller un nouveau morceau à tous les ans. Doit-on, à l’image de la femme battue, attendre le divorce final avant de réclamer davantage de liberté? Doit-on s’agenouiller et attendre béatement, la lippe pendante, qu’un sauveur déclare l’indépendance et, appuyant ses mains sur nos épaules, nous annonce: « Tu peux te lever, Fils, ton calvaire est terminé »?

À quand un gouvernement qui ose réellement s’opposer, par des moyens concrets, aux outils fédéraux utilisés pour maintenir le couvercle sur la marmite de toute idée québécoise pour assurer la survie des francophones? Et surtout: à quand un parti d’opposition, vautré dans ses grands concepts de discussion nationale et de gestes de souveraineté, qui se décide à combattre de front cette formidable mascarade que constitue une Cour suprême se basant sur une charte des droits et libertés consacrant surtout le droit des anglophones à s’éduquer en anglais et liberté des Québécois à disparaître dans le silence le plus complet?