DEHORS CHAREST!
19 octobre 2010

C’est une grande fuite vers l’avant. Pendant que la population est en émoi, qu’elle réclame une commission d’enquête sur la construction, qu’elle s’interroge quant à savoir pourquoi tout ce qui est Libéral sent aussi mauvais, pendant que Le Devoir nous apprend que des dirigeants d’écoles-passerelles ont contribué au Parti, pendant que Montréal s’anglicise, que notre langue commune recule, pendant que Cyberpresse et tout ce qui appartient à Power Corporation nous entretient de la réouverture du restaurant Hélène-de-Champlain aujourd’hui et évite systématiquement de relayer la colère des gens, pendant qu’on accuse Vigile, Rhéal Mathieu (je lui avais donné une rose bleue lors de son arrestation au début des années 2000, a-t-il jamais su qu’elle venait de moi?), Bernard Drainville, Pauline Marois, pendant qu’on méprise les gens comme moi, qui a manqué une journée de travail pour aller donner mon avis lors d’une consultation n’ayant servi à rien, pendant tout ce temps, Charest parade encore, du haut de son trône, et se moque de la population.

Je n’ai presque plus de mots à écrire. Je passe entre huit et dix heures par jour à travailler sur mon projet de livre qui portera sur notre langue. La seule chose qui me reste à dire, après avoir donné le meilleur de moi-même dans quelque chose qui sera sûrement plus durable que ce blogue, et qui pourrait résumer tout le reste, est ceci:

SI TU ES UN HOMME, JEAN CHAREST, DÉMISSIONNE.

Nous t’avons assez vu. Casse-toi. Même la chaise vide ferait mieux que toi.

Notre langue, c’est non négociable, et s’il me fallait ignorer jusqu’au dernier de mes idéaux pour qu’on puisse abroger cette loi, comme l’a affirmé Pauline Marois, je le ferai.

Mais si cela doit être notre dernière limite, notre pied à terre, qu’on se décide enfin à cesser de reculer et qu’on passe à l’offensive. Soyons imaginatifs, soyons fiers, soyons cohérents.

N’imposons pas seulement la Loi 101 au cégep; imposons-la au premier cycle universitaire.

Ne nous contentons pas d’abroger la loi 103; mettons fin au sur-financement des institutions anglophones.

Ne luttons pas seulement contre le bilinguisme institutionnel; cessons d’offrir des services gouvernementaux aux citoyens dans une autre langue que la langue nationale.

Les historiens de demain nous regardent, et si nous ne voulons pas qu’ils nous jugent comme nous jugeons nous-mêmes les Canadiens-français qui se sont laissé disparaître, il nous faut agir maintenant et avec force.

Il nous faut renverser l’Histoire, une fois pour toutes, et implanter durablement un peuple francophone fier dont le futur ne sera plus composé de reculs linguistiques imposés par quelque voyou nommé premier ministre.

Il nous faut cesser de penser en colonisés, en peureux, en mollassons qui veulent la liberté sans déranger le voisin.

C’est d’une guerre linguistique séculaire qu’il s’agit, et il est plus que temps de passer à l’attaque et d’en finir avec les droits indus aux anglophones, la minorité la plus choyée du monde.

Soyons courageux, et n’oublions pas qu’avant tout débat identitaire ou national, avant toute forme de division pouvant être causée par les orientations de droite ou de gauche, nous sommes des francophones d’Amérique et nous avons le droit de faire TOUT en notre pouvoir pour assurer la survie de notre langue.

Nous avons le droit d’exister et ce droit réclame ses responsabilités: finissons-en avec ce gouvernement corrompu plus à l’écoute de la minorité rhodésienne anglophone que du peuple québécois.

L’aéroport politique
23 septembre 2010

C’était la première fois que j’entrais à l’Assemblée nationale. C’était un peu comme pour l’aéroport: on arrive beaucoup en avance, on part toujours trop tard, on se fait fouiller de la tête aux pieds et on regarde bêtement les uniformes des employés, les gens et la décoration tout en cherchant les toilettes. Parti à 6h30 de Laval, arrivé à 10h30 au parlement à cause des bouchons et des travaux, j’avais un peu l’impression de souffrir du décalage horaire. Qu’à cela ne tienne, la cause valait pleinement le déplacement: l’occasion de dire à la ministre St-Pierre et à ses acolytes libéraux ce que je pense de son projet de loi 103.

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J’étais très bien entouré. La fine équipe. Impératif français, dont j’avais écrit la quasi-totalité du mémoire. Et Jean-Paul Perreault, son président, un homme dont j’admire la fougue, la détermination (ça fait trente-cinq ans qu’il se bat pour notre langue) et qui n’a pas peur d’aller au bâton et de bousculer pour faire valoir ses idées. J’étais présent pour l’épauler dans l’exhibition du mémoire de l’organisme et je dois dire que ça fut pour moi une expérience très positive.

Nous avons martelé nos points avec – j’ose croire – beaucoup d’aisance et au moyen d’arguments pouvant difficilement être réfutés. Signe de respect ou de décontenance devant la solidité de notre discours, la ministre St-Pierre n’a pas osé ou n’a pas été capable de nous coincer avec les nombreux pièges qu’elle avait tendus aux autres participants.

Bien que cette consultation ne jouit certainement pas de la visibilité de la Commission Bastarache ou des débats houleux de la période de questions, peut-être avons réussi, à tout le moins, à fournir des arguments aux opposants à cette loi… Je l’espère, et c’était avec grande joie que j’ai expliqué plus en détails certains passages du mémoire à certaines personnes d’influence.

VOIR LA VIDÉO DE NOTRE PRÉSENTATION ICI: LIEN ou LIEN ALTERNATIF (certains ont eu de la difficulté avec le premier lien) (Vous pouvez également lire le journal des débats ici: LIEN)

De la politique, moi?

Un député m’a félicité chaudement pour ma performance, une autre m’a dit que j’avais un talent naturel pour cela, un autre a parlé positivement de ma pugnacité. Ai-je si bien fait que cela? À vous de juger. Une chose est certaine, cela m’a fait goûter au pouvoir de l’art oratoire. J’avais déjà eu l’occasion de me faire les dents à diverses émissions de télévision, mais jamais n’avais-je eu le temps de bien développer mes idées comme aujourd’hui. Dans un monde idéal, cette vocation – car c’en est une – m’intéresserait probablement, même si je devais pour cela contrôler une forme d’anxiété paralytique transformant mes avant-performances en cauchemar neurologique. Le problème, c’est bel et bien qu’il ne s’agit pas d’un monde parfait. Si en Théorie, tout fonctionne pour le mieux, au Québec, la situation est plus morose.

En effet, si dans un monde idéal les discussions éclairées serviraient à trouver la vérité et le bien commun, dans celui de notre réalité, j’ai parfois l’impression qu’il s’agit davantage d’un spectacle pour épater la tribune. Le parti Rouge dit Noir, le parti Bleu dit Blanc et gare au député qui déroge! On ne se mouille pas, on ne prend pas de risques. On aseptise notre discours, on le pré-mâche jusqu’à ce qu’il soit tellement facile à digérer qu’on puisse le faire avaler à n’importe qui, indépendamment de ses valeurs intrinsèques.

Si je devais faire de la politique, pourrais-je garder ma liberté de parole? La réponse est non. Je devrais calculer. Sacrifier ceci pour cela. Au PQ, par exemple, je devrais piler sur mes convictions sociales-démocrates et accepter une évolution monstrueusement lente de la question identitaire. Et si je me battais à l’intérieur du parti, comme d’autres me l’ont suggéré, je me battrais dans le vide, contre des fantômes, étant poussé vers les limites du marginal et me voyant refuser toute possibilité d’avancement. Blanc c’est Blanc, Noir c’est Noir, toi le Gris tu fermes ta gueule. Et j’aurais le choix: me la fermer et devenir un parfait apparatchik satisfait de son veston de chez Simons et ayant une « carrière » en vue, ou bien parler et en subir les conséquences.

Non, ce n’est pas la politique qui m’intéresse. Celle des idées, celle des personnalités fortes, celle des créatifs et des battants, elle n’existe plus en ce moment. On l’a tuée. On se demande souvent pourquoi il n’y a personne de charismatique et de frondeur pour remplacer Charest et Marois. C’est pourtant très simple: si un individu avait la capacité de changer les choses, il aurait été exclu de son parti depuis longtemps.

Denis Trudel et La division des troupes

J’ai rencontré Denis Trudel à la cafétéria de l’Assemblée nationale. Il venait présenter le mémoire du Mouvement Montréal français (que j’ai également écrit). Il n’était pas très content de mon dernier texte, où je me servais de lui pour exprimer une problématique du discours indépendantiste.

« Louis, tu aurais dû m’appeler et m’en jaser! » Bien sûr que je lui ai répondu, « sauf que le texte ne parle pas vraiment de toi. C’est une image, un simple exemple de ce qu’il faut modifier dans le discours indépendantiste ». Discussion franche mais agréable. Car j’adore Trudel. Sérieusement. Ce type est une bonne personne. Mais à ses yeux, comme aux yeux de beaucoup de mes détracteurs, de tels textes divisent notre mouvement.

Moi, je lui ai répondu que je n’ai qu’un seul mouvement: la langue française.

Encore une fois, comme j’avais tenté de l’exprimer dans ce texte, le problème vient, à mon avis, d’une mauvaise conception de ce qui divise ou rassemble le mouvement pour la survie du français. Ce n’est pas la critique entre militants qui divise. Non, celle-ci, à l’image de deux frères qui se chamaillent et apprennent ainsi à devenir plus fort et à se battre, nous permet de devenir plus confiants dans notre argumentaire. Cette critique permet de déterminer les faiblesses de notre discours et, véritable argumentation darwinienne, de permettre aux meilleurs arguments de détruire les plus faibles. En nous critiquant mutuellement DANS LE RESPECT, nous contribuons à rendre notre discours plus fort, voire invulnérable. C’est ainsi et seulement ainsi que nous vaincrons.

Parlant de respect, j’en ai manqué envers certaines personnes, même si c’était en réaction à leur comportement (dans la plupart des cas). Yvan Major, Luc Lapointe, Jonathan Dépot, Patrick Bourgeois, Tania Longpré, Sonya de Rosby, Philippe Leclerc. Mea culpa. Je m’excuse. Vous savez pourquoi. Je pourrais dire que pour certains c’était mérité, mais ce ne l’était pas. Ce que j’ai appris aujourd’hui en confrontant des idées abominables avec le sourire, et que je vais tenter d’appliquer dans le futur, ce n’est pas l’hypocrisie ou la violence qu’on se fait soi-même, mais la capacité à ignorer ce qui est contre-productif et à ne pas perdre de temps avec la roche qu’on cherche à mettre au pied de quiconque décide d’avancer, seul, vers la recherche de la vérité.

Peut-être que je deviens plus politique, après tout.

On a tous un avion à prendre.

Beurk?

Langue française: Trudel doit être plus agressif
20 septembre 2010

J’adore Denis Trudel. C’est un comédien hors-pair et une excellente figure populaire pour la cause du français. J’ai eu la chance de travailler avec lui sporadiquement alors que j’étais sous contrat avec le Mouvement Montréal français (MMF) et je n’ai que du bien à dire à propos de lui. Ceci dit, en tant que porte-parole du MMF, il aurait avantage à modifier son discours, à le rendre un peu plus revendicateur et à être moins sur la défensive.

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Par exemple, pour faire la promotion du méga-spectacle contre la loi 103, il était en entrevue à la télévision. Radio-Canada ou LCN, je ne me souviens plus. Il disait à peu près ceci:

« Nous ne sommes pas contre le bilinguisme, nous voulons le mieux pour nos enfants. Nous ne sommes pas contre l’anglais, nous sommes ouvert sur le monde. Mais nous voulons protéger le français car il risque de disparaître. »

Qu’on me pardonne l’approximation, mais j’ai presque échappé mon repas par terre en l’entendant tenir ce discours. Quelques mots, trois phrases tout au plus, et il venait de reproduire lui-même – et volontairement – les principaux mythes propagés par les adversaires du Québec français. Trente secondes, peut-être moins, et il a réussi à dire:

  1. Que le bilinguisme est quelque chose de souhaitable et de compatible avec un Québec français;
  2. Qu’il est justifié d’apprendre l’anglais à nos enfants pour assurer leur bien-être individuel;
  3. Que la lutte pour un Québec français ne se fait pas contre la langue anglaise;
  4. Que l’apprentissage de l’anglais constitue un pré-requis pour une « ouverture » sur le monde.

Rien que ça. À trop vouloir prévenir les coups de nos adversaires, Trudel a tenu un discours peureux et faible. Plutôt que d’avoir le courage d’aller au front et de faire face aux mythes, il a préféré s’excuser de vouloir défendre notre langue et rassurer ceux qui pourraient croire qu’on oserait réclamer autre chose qu’une réserve de sauvages francophones en terre d’Amérique anglophone. Des nègres blancs 2.0, quoi.

Ce qu’il faut plutôt, actuellement, c’est la capacité d’adopter un discours plus agressif, plus revendicateur.

Par exemple :

  1. Oui, nous sommes opposés au bilinguisme. Ce mot – bilinguisme – doit être descendu de son piédestal;le bilinguisme en tant que langage n’existe pas. Le bilinguisme, comme le disait le linguiste Albert Dauzat, c’est un état transitoire entre deux langues, le passage d’une langue faible vers une langue forte. Aucun peuple dont la langue était dominée n’est devenu bilingue avec la langue dominante sans perdre sa langue. Que des gens veuillent apprendre des langues étrangères, cela les regarde. Mais le bilinguisme en tant que concept généralisé ne peut que mener à la disparition du français en terre d’Amérique. Nous avons tous les Canadiens et les Louisianais bilingues pour le prouver.
  2. Le mieux-être de nos enfants passe par la langue française. Si nous adhérons à l’idée que pour maximiser leurs chances de réussite individuelle il faudrait absolument leur apprendre une langue étrangère, nous abdiquons notre rôle collectif qui devrait être de leur permettre, précisément, d’atteindre les plus hauts échelons de la société en parlant français. Si nous affirmons qu’il faille parler anglais pour réussir dans la vie, nous faisons du français une langue de perdants et nous oublions que pour la plupart des nations du monde, la seule langue nationale permet d’accéder à tous les pouvoirs et toutes les possibilités. Nous n’avons pas besoin de mettre en danger notre nation française pour le 2-3% de citoyens qui devraient travailler en relation directe avec un pays anglophone.
  3. Oui, la lutte pour un Québec français se fait contre la langue anglaise. Cessons d’être dupes : ce n’est pas le mandarin ou l’espagnol qui menacent le français au Québec. Il ne s’agit pas d’un jeu gagnant-gagnant où tout le monde fait une ronde à la fin de l’émission de Passe-Partout. La réalité est aussi crue que cela : chaque gain de l’anglais se fait en grande partie au détriment du français et, inversement, chaque gain du français se fait largement au détriment de l’anglais. Nous voulons un Québec français, mais pour y arriver, nous n’aurons pas le choix de nous attaquer aux privilèges des anglophones, par exemple à leurs institutions qui sont sur-financées par rapport à leur poids démographique.
  4. Qu’on cesse un peu de nous dire que l’anglais nous ouvre sur le monde! D’abord, l’anglais n’est que la troisième langue la plus parlée au monde, derrière le mandarin et l’espagnol. Ensuite, le monde ne parle pas qu’une seule langue, mais des centaines de langues différentes. La richesse de cette humanité, c’est sa pluralité, sa diversité. Concevoir un monde anglais, c’est recouvrir de bitume l’ensemble de l’Amazonie sous prétexte de s’ouvrir à elle. On détruit précisément ce à quoi on cherchait à s’ouvrir. On communique à Taïwan, à Bangkok, à New York ou à Londres, mais ce sont toujours les mêmes individus vivant selon la même culture anglicisée, les mêmes rites d’une world-culture ayant délaissé les identités nationales. L’ouverture sur le monde, plutôt, c’est assurer la survie de ces identités et s’assurer que le Québec, en étant en mesure de protéger sa langue commune, puisse continuer, à l’image d’autres peuples, à assurer la richesse culturelle et linguistique de cette humanité.

BOUM. BOUM. BOUM. BOUM. Je ne demande pas un argumentaire parfait, mais je veux voir quelqu’un au combat. Je veux le voir monter sur le ring contre le discours tout en muscles que les ennemis du Québec français cogitent depuis des décennies. Je veux le voir en prendre plein la gueule, mais se battre, tomber, se relever encore, à l’image d’un Québec qui n’acceptera jamais de dénaturer son discours de peur de voir le type dans l’autre coin du ring venir nous sacrer des volées. Je veux le voir saigner, conscient qu’il n’est pas seul dans cette lutte et qu’il a l’appui des centaines d’autres peuples au prise avec la même problématique – même si elle est moins aiguë qu’ici.

Quand on parle d’appliquer la Loi 101 aux écoles privées non-subventionnées et au cégep, on tient un discours offensif, revendicateur. Les militants sont prêts. Mais la population, elle, doit se faire dire les vraies choses. On doit cesser de la dorloter et de lui inventer des bouts de pensées patchées comme des collages d’intelligence qu’on colle dans le grand cahier de la bêtise argumentaire. Qu’on arrête un peu de lui dire en même temps qu’elle doit devenir bilingue et qu’elle doit exiger le français partout. Qu’on arrête de donner des cellulaires aux enfants en leur demandant d’utiliser la vieille cabine téléphonique. Qu’on soit honnête avec elle : notre langue nationale est en danger et il faut en finir avec l’anglomanie propagée par nos élites.

Denis Trudel constitue une élite de rechange, un modèle d’inspiration pour une nouvelle génération de Québécois désireux d’entendre un discours alternatif. Il n’a pas le droit de faillir à la tâche. Il doit se relever les manches, mettre les gants et monter dans le ring.

Sinon, et peu importe ses immenses qualités, il doit céder sa place à un autre.

Trois mille fois non à la loi 103!
19 septembre 2010

La ministre Christine St-Pierre n’a qu’à bien se tenir: les Québécois lui ont répondu plus de trois mille fois « NON » à son infecte loi 103, garantissant le « droit » des mieux-nantis de contourner la Loi 101 pour envoyer leurs enfants dans un réseau public anglophone destiné, à l’origine, à la seule minorité historique anglophone. Contre ses larmoyants appels en faveur de la protection des droits individuels de gens méprisant notre langue commune et nationale, des milliers de citoyens lui ont opposé la conception inclusive d’un Québec uni autour de sa langue et offrant la cohésion sociale et linguistique de toutes les nations modernes.

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Plus de trois mille fois, les citoyens québécois lui dont répondu: l’éducation dans une langue étrangère et avec nos impôts ne constitue pas un droit, mais un privilège consenti à une minorité anglophone historique ne représentant qu’un peu plus de 5% de la population. Il est inadmissible qu’un réseau public consenti comme privilège à ces anglophones accueille près de 11% des étudiants au secondaire, 16% au cégep et près de 25% à l’université.

Plus de trois mille fois, les citoyens québécois lui ont affirmé: le Québec est peut-être la seule nation au monde à financer deux réseaux d’éducation publics et parallèles dans deux langues différentes et sur un même territoire. Le Québec ne brime pas davantage les droits individuels des citoyens en finançant un enseignement en français que l’Angleterre ne le fait avec son unique réseau public anglais, l’Allemagne avec son unique réseau public allemand ou la Russie avec son unique réseau public russe. Partout sur cette planète, des nations établissent des lois linguistiques protégeant leur langue nationale et consentent un enseignement public dans la langue nationale. Si Christine St-Pierre croit que le Québec brime la liberté individuelle de ses citoyens avec sa Loi 101, elle devra accuser l’ensemble des nations au monde de faire la même chose.

Plus de trois mille fois, les citoyens québécois lui ont clamé: le français recule en Amérique du Nord, au Canada, au Québec et à Montréal. Si nous n’agissons pas énergiquement et rapidement, il sera bientôt trop tard. Notre louisianisation est en marche et si nous ne sommes pas en mesure de prendre les moyens nécessaires pour protéger notre langue, nous subirons le même sort que celui des Acadiens et autres Franco-Canadiens en voie de disparition. Mme. St-Pierre a la responsabilité historique de défendre la nation québécoise bien au-delà de ses particularismes.

Plus de trois mille fois, les citoyens québécois lui ont crié: notre lutte en est une pour la diversité culturelle! Si le français disparaît au Québec, c’est l’ensemble de l’humanité qu’on prive de notre présence. C’est l’extinction d’une forme particulière du genre humain, avec sa langue propre, sa culture, sa façon de concevoir le monde. Contre l’homogénéité d’un monde fade et anglicisé, le combat pour un Québec français en est un pour la survie de toutes les langues et cultures du monde afin de permettre à une humanité plurielle et ouverte sur ses différences de pouvoir rayonner de ses milles peuples.

Plus de trois mille fois, les citoyens québécois se sont embrassés, se sont réconfortés: nous ne sommes plus seuls. Vous n’êtes plus seuls à vous battre pour pouvoir travailler en français. Vous n’êtes plus seuls à exiger la fin du bilinguisme institutionnel, prélude à notre anglicisation. Vous n’êtes plus seuls à avoir de la difficulté à vous faire servir dans la langue nationale à Montréal. Vous n’êtes plus seuls à refuser de plier l’échine et à vous faire violence pour accommoder une langue impériale qui, sous prétexte d’un libre-choix n’existant que par le sur-financement systématique des institutions anglophones, s’impose contre vous.

Non, nous ne sommes plus seuls. En avril, nous étions plus de mille au rassemblement pour la Loi 101. Aujourd’hui, nous sommes plus de trois mille. La prochaine fois, nous serons dix mille, et nous renverserons le socle de notre propre lâcheté et déboulonnerons toutes nos fausses idoles nous enfonçant notre disparition dans la gorge à grandes bouchées de bilinguisme et d’une prétendue ouverture ne pouvant conduire qu’à notre disparition.

Le combat ne fait que commencer. Le Québec français, libéré de ses institutions étrangères sur-financées, affranchi de ses élites corrompues et anglomanes, libérales comme péquistes, reste encore à construire.

Le route vers la survie nous est ouverte. Il faut cesser d’avoir peur et foncer. Sans jamais se retourner ou regretter ceux qui, comme Christine St-Pierre, ont choisi de disparaître au nom de principes qui nous ne serons d’aucune utilité du fond de notre tombe au cœur du cimetière des peuples.

Loi 103: la dictature de l'arbitraire
7 juin 2010

Le retour des écoles-passerelles, permettant aux parents plus fortunés de contourner la Loi 101 afin d’envoyer leurs enfants au réseau public anglophone, constitue le pire des reculs pour la société québécoise, personne ne peut en douter. Désormais – merci au gouvernement libéral de Jean Charest – l’argent permet de s’acheter des places à l’école publique anglaise après seulement trois ans dans des écoles privées non-subventionnées. Le gouvernement s’en défend en disant qu’il y aura d’autres facteurs permettant de juger du « parcours authentique » d’un élève, mais c’est précisément cette justification au cas par cas qui risque de nous entraîner vers les pires excès et consacrer le pire des reculs: celui de l’application d’une loi unique et impartiale pour tous.

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En effet, à partir du moment où la loi ne s’applique plus d’une manière claire et univoque à chaque citoyen, à partir du moment où une foule de facteurs particuliers permettent d’établir une règle arbitraire, on ouvre la porte aux pires des excès. On a déjà vu le gouvernement libéral se servir des garderies privées ou de l’industrie de la construction pour se financer, mais il serait désormais possible d’imaginer que les enfants de donateurs du parti pourraient se voir traiter différemment et se faire offrir une voie rapide (« fast track » pour la prochaine génération de Québécois) vers l’école anglaise. Le principe est relativement simple: la ministre de l’éducation, qui jouit d’un pouvoir discrétionnaire, serait en mesure de faciliter le passage des enfants des argentiers du parti. À partir du moment où une loi s’applique au cas par cas, il devient beaucoup plus facile de prendre un dossier, de le mettre sur le dessus de la pile, et de recommander un traitement favorisé.

Or, c’est précisément le problème avec le gouvernement actuel. Plutôt que d’instaurer des règles claires et des garde-fous qui s’appliquent à tous les citoyens, on préfère saupoudrer quelques mesures par-ci ou par-là afin de satisfaire les uns et les autres. Plutôt que de réaffirmer la laïcité de l’État et la primauté du respect du calendrier scolaire, on tente de le modifier en cachette pour plaire à quelques écoles juives. Plutôt que de déclencher une commission d’enquête publique sur la construction, on organise une escouade Marteau et on lui fait accomplir des actions ciblées. Plutôt que de réellement nationaliser les Centres de la Petite Enfance (CPE) ou de mandater un organisme indépendant d’attribuer les permis, on permet à un ministre de s’attribuer ce pouvoir et de décider, en dernier recours, qui aura la chance de s’occuper de nos enfants. Plutôt que de réaffirmer le caractère français du Québec, d’appliquer la Loi 101 aux écoles non-subventionnées ou de mettre fin au sur-financement des institutions anglophones, on propose une loi qui gérera le cas par cas et permettra, encore une fois, des passe-droits qui minent la confiance des citoyens dans l’appareil gouvernemental.

Le courage

Le courage, dans un État comme le nôtre, ce n’est pas de voter des lois « respectueuses des individus » comme l’affirmait bêtement Jean Charest. La loi 103 ne respecte pas les individus, car une société est formée d’autre chose que d’une somme de personnes désolidarisées et individualisées, vivant les unes et les autres repliées sur elles-mêmes. La loi 103 ne respecte pas les individus, car ce qui permet aux individus de s’épanouir, c’est précisément l’existence d’une société où les lois sont impartiales et où les règles sont claires et s’appliquent d’une manière identique à chacun. Lorsque je brûle un feu de circulation, je m’attends à ce que le policier me donne une contravention, pas à ce qu’il me mette à nu et commence à me fouiller. De la même manière, j’exige que mon voisin reçoive la même pénalité; ce sont ces règles identiques pour chacun de nous qui permettent notre vivre-ensemble et qui empêchent que l’arbitraire et le « cas par cas » nuisent à la cohésion sociale.

Le courage, c’est de définir les valeurs collectives qui nous animent et d’adopter des lois qui permettent de protéger celles-ci. C’est aussi de réaliser que sans société cohérente, sans société régie par des valeurs collectives appliquant des lois impartiales, nous vivrions dans un état d’anarchie, en guerre perpétuelle les uns contre les autres. Ce courage, c’est de réaffirmer que l’attachement du Québec à sa langue et à sa culture françaises ne sont pas que des mots vides de sens, mais que ceux-ci doivent précéder l’action. Ce courage, c’est de voter les lois qui permettent à nos valeurs communes de persister et qui réaffirment que la langue nationale, commune et consensuelle au Québec doit être le français et qu’il ne saurait être question pour l’État de faciliter d’une quelque façon que ce soit l’apprentissage d’une langue qui mine ce consensus.

Ce courage, le gouvernement actuel en manque cruellement. Cette loi 103, c’est le retour vers le « bill » 22, qui précédait la Loi 101 et qui décidait de l’attribution de places dans les écoles anglophones en fonction de tests de compétence en langue anglaise. Cette loi 103, c’est aussi un énième pas en arrière vers le « bill » 63, qui conférait le libre-choix dans l’apprentissage des langues à l’école et qui permettait de financer notre propre disparition avec l’argent de nos impôts. Cette loi 103 consacre également la suite du recul de notre démocratie et du retour insidieux à cette vieille façon de faire de la politique où le courage était remplacé par le patronage et où l’impartialité de la loi s’écrasait devant la toute puissance d’un cas par cas profitant surtout au parti au pouvoir.

La loi 104, qui empêchait les écoles-passerelles et qui réaffirmait la nécessité de soumettre tous les citoyens à la Loi 101, n’était pas parfaite. On pourrait même dire qu’elle était aussi timide que le gouvernement péquiste qui l’a adoptée. Cependant, elle était nécessaire et elle a réussi à stabiliser la croissance continuelle de la clientèle des écoles anglaises depuis le début des années 1990. Le gouvernement libéral actuel fait honte à son vote de 2002, alors qu’il l’avait appuyée, et il ajoute l’insulte d’avoir non seulement été incapable de la protéger, mais d’avoir ouvert la porte aux pires reculs linguistiques ET démocratiques en faisant du cas par cas son nouveau dogme.

En attendant d’avoir de vrais politiciens courageux au parlement, des gens honnêtes qui sauront faire entrer le Québec dans le vingt-unième siècle en mettant fin au financement d’un réseau anglophone public parallèle au réseau francophone national, en attendant que le Québec rejoigne les autres nations du monde qui ont choisi de ne financer qu’un seul réseau éducationnel dans la langue de la majorité, en attendant d’avoir autres choses que de veules opportunistes et carriéristes à l’Assemblée nationale, on peut tout de même se contenter des quelques grains de bon sens échappées de la loi 103 et qui nous donneront à picosser pendant que le bourreau de notre anglicisation affûte sa hache et prépare la scène finale de notre présence française en Amérique.

Au moins, lors de notre disparition finale, il n’y aura pas d’arbitraire.

Ce sera aussi systématique que le gaélique en Irlande ou le français en Ontario.

Loi 103: la dictature de l’arbitraire
7 juin 2010

Le retour des écoles-passerelles, permettant aux parents plus fortunés de contourner la Loi 101 afin d’envoyer leurs enfants au réseau public anglophone, constitue le pire des reculs pour la société québécoise, personne ne peut en douter. Désormais – merci au gouvernement libéral de Jean Charest – l’argent permet de s’acheter des places à l’école publique anglaise après seulement trois ans dans des écoles privées non-subventionnées. Le gouvernement s’en défend en disant qu’il y aura d’autres facteurs permettant de juger du « parcours authentique » d’un élève, mais c’est précisément cette justification au cas par cas qui risque de nous entraîner vers les pires excès et consacrer le pire des reculs: celui de l’application d’une loi unique et impartiale pour tous.

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En effet, à partir du moment où la loi ne s’applique plus d’une manière claire et univoque à chaque citoyen, à partir du moment où une foule de facteurs particuliers permettent d’établir une règle arbitraire, on ouvre la porte aux pires des excès. On a déjà vu le gouvernement libéral se servir des garderies privées ou de l’industrie de la construction pour se financer, mais il serait désormais possible d’imaginer que les enfants de donateurs du parti pourraient se voir traiter différemment et se faire offrir une voie rapide (« fast track » pour la prochaine génération de Québécois) vers l’école anglaise. Le principe est relativement simple: la ministre de l’éducation, qui jouit d’un pouvoir discrétionnaire, serait en mesure de faciliter le passage des enfants des argentiers du parti. À partir du moment où une loi s’applique au cas par cas, il devient beaucoup plus facile de prendre un dossier, de le mettre sur le dessus de la pile, et de recommander un traitement favorisé.
Or, c’est précisément le problème avec le gouvernement actuel. Plutôt que d’instaurer des règles claires et des garde-fous qui s’appliquent à tous les citoyens, on préfère saupoudrer quelques mesures par-ci ou par-là afin de satisfaire les uns et les autres. Plutôt que de réaffirmer la laïcité de l’État et la primauté du respect du calendrier scolaire, on tente de le modifier en cachette pour plaire à quelques écoles juives. Plutôt que de déclencher une commission d’enquête publique sur la construction, on organise une escouade Marteau et on lui fait accomplir des actions ciblées. Plutôt que de réellement nationaliser les Centres de la Petite Enfance (CPE) ou de mandater un organisme indépendant d’attribuer les permis, on permet à un ministre de s’attribuer ce pouvoir et de décider, en dernier recours, qui aura la chance de s’occuper de nos enfants. Plutôt que de réaffirmer le caractère français du Québec, d’appliquer la Loi 101 aux écoles non-subventionnées ou de mettre fin au sur-financement des institutions anglophones, on propose une loi qui gérera le cas par cas et permettra, encore une fois, des passe-droits qui minent la confiance des citoyens dans l’appareil gouvernemental.
Le courage
Le courage, dans un État comme le nôtre, ce n’est pas de voter des lois « respectueuses des individus » comme l’affirmait bêtement Jean Charest. La loi 103 ne respecte pas les individus, car une société est formée d’autre chose que d’une somme de personnes désolidarisées et individualisées, vivant les unes et les autres repliées sur elles-mêmes. La loi 103 ne respecte pas les individus, car ce qui permet aux individus de s’épanouir, c’est précisément l’existence d’une société où les lois sont impartiales et où les règles sont claires et s’appliquent d’une manière identique à chacun. Lorsque je brûle un feu de circulation, je m’attends à ce que le policier me donne une contravention, pas à ce qu’il me mette à nu et commence à me fouiller. De la même manière, j’exige que mon voisin reçoive la même pénalité; ce sont ces règles identiques pour chacun de nous qui permettent notre vivre-ensemble et qui empêchent que l’arbitraire et le « cas par cas » nuisent à la cohésion sociale.
Le courage, c’est de définir les valeurs collectives qui nous animent et d’adopter des lois qui permettent de protéger celles-ci. C’est aussi de réaliser que sans société cohérente, sans société régie par des valeurs collectives appliquant des lois impartiales, nous vivrions dans un état d’anarchie, en guerre perpétuelle les uns contre les autres. Ce courage, c’est de réaffirmer que l’attachement du Québec à sa langue et à sa culture françaises ne sont pas que des mots vides de sens, mais que ceux-ci doivent précéder l’action. Ce courage, c’est de voter les lois qui permettent à nos valeurs communes de persister et qui réaffirment que la langue nationale, commune et consensuelle au Québec doit être le français et qu’il ne saurait être question pour l’État de faciliter d’une quelque façon que ce soit l’apprentissage d’une langue qui mine ce consensus.
Ce courage, le gouvernement actuel en manque cruellement. Cette loi 103, c’est le retour vers le « bill » 22, qui précédait la Loi 101 et qui décidait de l’attribution de places dans les écoles anglophones en fonction de tests de compétence en langue anglaise. Cette loi 103, c’est aussi un énième pas en arrière vers le « bill » 63, qui conférait le libre-choix dans l’apprentissage des langues à l’école et qui permettait de financer notre propre disparition avec l’argent de nos impôts. Cette loi 103 consacre également la suite du recul de notre démocratie et du retour insidieux à cette vieille façon de faire de la politique où le courage était remplacé par le patronage et où l’impartialité de la loi s’écrasait devant la toute puissance d’un cas par cas profitant surtout au parti au pouvoir.
La loi 104, qui empêchait les écoles-passerelles et qui réaffirmait la nécessité de soumettre tous les citoyens à la Loi 101, n’était pas parfaite. On pourrait même dire qu’elle était aussi timide que le gouvernement péquiste qui l’a adoptée. Cependant, elle était nécessaire et elle a réussi à stabiliser la croissance continuelle de la clientèle des écoles anglaises depuis le début des années 1990. Le gouvernement libéral actuel fait honte à son vote de 2002, alors qu’il l’avait appuyée, et il ajoute l’insulte d’avoir non seulement été incapable de la protéger, mais d’avoir ouvert la porte aux pires reculs linguistiques ET démocratiques en faisant du cas par cas son nouveau dogme.
En attendant d’avoir de vrais politiciens courageux au parlement, des gens honnêtes qui sauront faire entrer le Québec dans le vingt-unième siècle en mettant fin au financement d’un réseau anglophone public parallèle au réseau francophone national, en attendant que le Québec rejoigne les autres nations du monde qui ont choisi de ne financer qu’un seul réseau éducationnel dans la langue de la majorité, en attendant d’avoir autres choses que de veules opportunistes et carriéristes à l’Assemblée nationale, on peut tout de même se contenter des quelques grains de bon sens échappées de la loi 103 et qui nous donneront à picosser pendant que le bourreau de notre anglicisation affûte sa hache et prépare la scène finale de notre présence française en Amérique.
Au moins, lors de notre disparition finale, il n’y aura pas d’arbitraire.
Ce sera aussi systématique que le gaélique en Irlande ou le français en Ontario.