Lock-out au Journal de Montréal: à quand la coop?
22 juillet 2009

Un geste d’éclat, six mois plus tard. En vain. Ce n’est pas en défiant l’injonction leur interdisant de rentrer dans les locaux du Journal de Montréal que les travailleurs en lock-out du quotidien aideront leur cause. Au mieux, ce geste provoquera un léger haussement de sourcil de la part du citoyen intéressé ou une indifférence complaisante chez les autres. Les ventes du Journal de Montréal ne baisseront pas; rien n’aura changé. Et si les travailleurs faisaient le choix de résister en créant une coopérative?

cooperative-journal-de-montreal1

Source de l’image

Soyons sérieux un instant: de quoi se privent actuellement les lecteurs du quotidien en lock-out? Pas grand chose, soyons honnêtes. Les journalistes y sont pratiquement interchangeables tellement on leur demande de vulgariser à l’excès et d’édulcorer leurs idées jusqu’à ce qu’elles prennent la couleur du papier jaunissant sur lequel elles sont publiées. Du sport, du sexe, des crimes et très peu de politique. Sauf si ça implique du sport, du sexe ou des crimes. Banal. Des journalistes de qualité à qui on demande de faire toujours moins et de viser les plus bas dénominateurs communs.

Or, on dit que c’est ce que veut le petit peuple et Pier-Karl Péladeau, magnanime, a décidé que le pain vide dont il nourri sa populace n’a même plus besoin d’avoir l’apparence d’être nourrissant. « Les conditions de travail des employés correspondent à un monde qui n’existe plus! » Oui, et on le connait ce monde, c’était celui où le journaliste méritait son salaire en jouant son rôle de quatrième pouvoir, toujours prêt à mordiller ou même à mordre les puissants. C’était celui du papier, des presses salissantes et du camelot qui se lève aux petites heures pour quelques trente sous. Ce monde n’existe plus, et pariez que Péladeau n’en fait pas des cauchemars la nuit.

Alors, on a deux choix: accepter que la pensée critique et la plume acerbe ont leur place au musée, à côté du format papier. Ou résister.

Dans le premier cas, on peut se battre pour la forme en ouvrant un journal en ligne reproduisant les mêmes travers encouragés depuis une décennie de baisse continuelle de la qualité. Rue Frontenac. Bravo, c’est bien. Mais pourquoi sur internet? Pourquoi ne pas avoir fait comme les travailleurs en lock-out du Journal de Québec qui ont lancé Média Matin, un journal gratuit, lors de leur lock-out il y a deux ans? « À Montréal, on ne pouvait utiliser la même stratégie : il y a déjà plusieurs journaux gratuits sur le marché », expliquait le président du Syndicat des travailleurs de l’information, Raynald Leblanc. Ah oui, et vous croyez qu’il n’y en a pas à Québec? Ou aviez-vous peur que vos journalistes n’arrivent pas à concurrencer des feuilles de choux bourrées de publicité et abreuvées par les agences de presse?

D’un côté, on a une direction qui remet en cause le futur d’un journal papier où les employés sont payés adéquatement, et de l’autre on a des syndiqués qui prouvent leur manque de foi dans le format papier en se dépêchant d’ouvrir un site en ligne. D’une part une direction qui exige de plus en plus de banalité, et de l’autre des syndiqués qui se contentent de continuer leur lent déclin intellectuel amorcé au Journal. Vous y comprenez quelque chose?

En fait, la vraie question, à mon avis, est de chercher à comprendre pourquoi les travailleurs n’ont pas résisté. Résister. Pas sortir dehors avec des pancartes et scander « So, so, solidarité » en mangeant des beignes cuisinés par des employés sous-payés. Résister. Choisir de dire « non » à une entreprise qui ne les respecte pas et qui refuse toute forme de compromis. Se débarrasser des patrons, quoi.

Pourquoi les journalistes auraient-ils besoin de Quebecor pour produire du contenu? Pourquoi s’entêter à vivre sous le joug d’une entreprise dont l’antisyndicalisme est presque devenu la marque de commerce? Pourquoi s’entêter dans une lutte à mort pour ensuite retourner dans l’antre de la bête et continuer de l’engraisser bêtement?

Soyez originaux! Créez une coopérative! Organisez-vous! Si vous avez foi dans votre talent et que vous croyez qu’il est possible pour un journal d’être rentable en respectant ses employés, créez ce journal et distribuez-vous les profits! Il est facile de se laisser emporter par la vague déferlante de l’émotivité des confrontations syndicales-patronales, mais si on se recule un peu, si on se donne une vision d’ensemble, n’est-ce pas là l’option la plus logique? Permettre à chaque journaliste d’avoir son mot à dire sur le modèle du nouveau journal en devenant actionnaire de l’entreprise.

À ce que je sache, inaugurer un nouveau quotidien, ce n’est pas comme lancer une entreprise de pièces d’avion. Il faut des investissements, mais ceux-ci sont beaucoup plus limités. Il faut que les travailleurs mettent leur argent sur l’indifférence où s’écrasent leurs mots. Qu’ils y croient assez pour s’unir et s’investir dans un projet où il ne seront plus les prisonniers de personne. Qu’ils s’affranchissent, simplement, d’un syndicat qui a été incapable de les protéger et d’une entreprise qui veut les broyer.

Certains diront: « mais c’est difficile! ». Oui, il est laborieux de chercher à remonter le courant quand la chute approche. Mais a-t-on le choix? Il est plus aisé de faire un dernier coup d’éclat en souriant pour les caméras pendant que l’inertie nous entraîne vers la dégringolade. Mais est-ce ce que veulent vraiment les journalistes de la rue Frontenac?

Plus que jamais, je suis avec eux de tout coeur, mais ils ont besoin d’être imaginatifs. La bête s’est faite les dents avec le Journal de Québec. Elle est maintenant prête à les dévorer. Et s’ils décidaient de s’enlever du chemin et de créer leur propre coopérative au lieu de la frapper avec des cure-dents en espérant s’y faire avaler sans se faire mordre?

Lock-out au Journal de Montéal: les singes se révoltent
25 janvier 2009

monkey-writerVous les méprisez les journalistes du Journal de Montréal, pas vrai? Ces syndiqués qui travaillent quatre jours par semaine et qui s’accrochent à une convention collective « d’un autre temps » (dixit la direction du JdM) pour publier leurs chroniques de chats écrasés. Ces pousseux de crayon ou tapeux de claviers interchangeables dont vous ne voulez même pas savoir le nom quand vous les lisez. Soyez honnête : la seule présence du nom d’un journaliste dans « votre » journal constitue selon vous un gaspillage d’espace.

En effet, à vos yeux, les journalistes sont des ouvriers à la chaîne qui suivent un plan pré-établi pour répondre à votre demande d’information. Un peu comme l’ado boutonneux qui prépare votre Big Mac selon la même vieille recette éprouvée, vous ne voyez pas la nécessité ni de bien les rémunérer ni même de les respecter. Ce sont de simples boulons dans la chaîne bien huilée de la production d’information en série.

Oh, mais attendez, vous voulez davantage de qualité? Vous aimeriez obtenir un cornichon supplémentaire dans votre Big Mac? Meuh non, vous ne comprenez rien. La recette du Big Mac fonctionne, vous l’avez toujours aimé ainsi et nous avons fait tout un tas de tests qui ont déterminé que c’est ce que vous désirez vraiment. Nous le savons que vous aimez ça les chroniques de chats écrasés et les mémoires de putes rive-sudoises. Vous raffolez de ces histoires-là qui auraient pu être rédigées par n’importe quel cégépien au-dessus de la moyenne.

Alors, pourquoi endurer les états d’âme de ces professionnels du chiâlage qui se disent journalistes en levant le nez et qui réclament des conditions de travail qu’on offre généralement à l’élite? A-t-on besoin d’un chef cuisinier pour produire un Big Mac? Alors pourquoi offrir de bonnes conditions de travail à des gens qui se prétendent experts avec les mots mais à qui on demande d’effectuer un travail en série visant le plus simple dénominateur commun?

À quelque part, la position de Quebecor avec ce lock-out ne manque pas de logique : on offre de l’information de qualité douteuse, on la produit en série à partir de directives claires forçant les « journalistes » à favoriser les produits et entreprises du groupe et si jamais les petits singes se révoltent et exigent qu’on les respecte on leur lance à la figure le fait qu’ils ne sont pas des créateurs, mais des exécutants et qu’en tant que tels ils ne devraient pas jouir du moindre privilège.

S’agit-il là du nouveau rôle du journaliste contemporain, condamné à jouer les publicistes pour les patrons et à vivre dans la précarité? Si vraiment nous vivons dans une société qui rétribue ses travailleurs selon la juste valeur de leur travail, pourquoi pénaliser ainsi les journalistes en les ostracisant parce qu’ils jouissent de conditions de travail avantageuses? Ce ne sont pas eux qui ont choisi volontairement de faire de la jaunisse textuelle; plusieurs ont un incroyable talent qui ne demande qu’à s’exprimer, mais devant la nécessité de gagner leur croûte plusieurs ont dû laisser tomber leurs idéaux et se résoudre à réduire la qualité de leur travail pour plaire à leurs patrons.

Me comprenez-vous vraiment? Vraiment? Approchez-vous. Plus près. Plus près encore. Regardez :

.

Me voyez-vous? Ce point, c’est moi qui me cogne la tête sur l’écran et qui vous gueule que vous êtes responsables de cette situation. Quand vous achetez le Journal de Montréal, vous encouragez la médiocrité et vous faites passer les faits divers devant les vrais enjeux. Vous votez en payant; vous tranchez en faveur d’une entreprise qui ne se contente pas seulement de mépriser ses employés mais qui se joue également de vous en vous présentant une information qui escamote systématiquement les enjeux importants pour jouer sur vos instincts primaires tout en encourageant les projets de convergence de Quebecor.

. . . . .

Et si je me cogne la tête plus fort sur votre écran, me voyez-vous, maintenant? Je suis le journaliste qui veut sortir de sa bulle d’éther et qui espère créer de la qualité pour le plus grand nombre. Vous n’êtes pas des idiots, et moi non plus. A-t-on nécessairement besoin d’écrire de la merde pour rejoindre un maximum de personnes? Allez, dites-moi que ce n’est pas le cas. Dites-moi que vous êtes plus intéressés par notre futur et par notre vivre-ensemble que par les dernières folies de stars ou meurtres crapuleux. Allez, s’il-vous-plaît, dites-moi que l’avenir de notre pays, de l’humanité sont plus importants que ces conneries.

Sinon, si vraiment vous aimez votre Journal de Montréal tel qu’il est, si vous assumez votre indifférence vis-à-vis d’une information déficiente et trompeuse, respectez au moins le sacrifice qu’ont dû accomplir de nombreux journalistes talentueux pour vous livrer votre dose quotidienne de banalité et encouragez-les afin qu’ils puissent continuer à jouir de ce monde et gagner assez d’argent pour être en mesure de piler sur leur orgueil de créateurs pour persister dans leur rôle d’exécutants façonnant pour une direction cupide de la merde en boîte que vous payez sottement.

Il fût une époque où les journalistes étaient des représentants du peuple dont le rôle de chiens de gardes du pouvoir leur méritait un grand prestige auprès de la population. Peut-être qu’aujourd’hui plus personne ne s’intéresse véritablement au pouvoir, ne veut même plus le surveiller, ne veut même plus savoir qu’il existe, sauf quand le pouvoir s’occupe d’eux personnellement. Au fond, c’est peut-être notre égoïsme à tous et notre refus d’effectuer le nécessaire travail de surveillance du pouvoir qui est à la base de cette situation?

Bientôt près de chez vous : une formation en publicité pour écrire dans votre Journal de Montréal?  Et tout va bien dans le petit monde des petits singes esclaves de nos passions les plus petites.

La méthode Toyota
15 juillet 2008

Ainsi, l’entreprise Toyota sert d’inspiration à notre nouveau ministre – non-élu! – de la santé, Yves Bolduc. Soi-disant un exemple de performance et de respect des gens. Performance, d’accord, mais respect des gens?!

Comme le souligne Lise Payette dans Le Devoir, oui on peut parler de performance, mais à quel prix?

Je n’avais surtout pas envie d’entendre qui que ce soit m’expliquer que j’allais être traitée comme une Toyota sur la chaîne de montage lors de mon prochain séjour à l’hà´pital. Je n’ai rien contre Toyota, mais l’image des corps alignés sur un tapis roulant me déplaît. J’aurais préféré un ministre de la Santé qui me dise qu’il allait s’assurer que je serais traitée comme un être humain tout simplement, avec un peu de respect et une touche de dignité, comme on doit traiter un être humain. Je me fous de la Toyota.

Hé, la mémé, assis-toi en ligne comme tout le monde et prends tes pilules, et ne ralentis surtout pas la chaîne de médication! Quelle belle image: des dizaines de patients catatoniques en attente d’un petit tour de vis dans le cerveau. Que de progrès!

Et pour le respect? Allons donc!

Juillet 1998: La CSN dépose une plainte contre Toyota Drumondville parce que l’entreprise refuse de remettre les cotisations syndicales prélevées à la source à l’organisation syndicale et parce que l’entreprise cherche à dominer le syndicat.

2001: 136 ouvriers philippins sont licenciés par Toyota parce qu’ils avaient voulu créer un syndicat indépendant, clamant que le premier syndicat était contrà´lé par les cadres de l’entreprise.

Janvier 2004: Toyota tente d’intimider et de nuire au travail d’un représentant syndical dans une usine en France.

Janvier 2007: En Inde, la direction de Toyota Kirloskar Motor Private Ltd. a licencié trois chefs syndicaux soi-disant pour fautes professionnelles alors que dans les faits c’était pour casser le syndicat. Il y a eu une grève des employés pour soutenir leurs chefs, mais la réaction de Toyota a été de mettre les employés en lock-out et de congédier 27 autres membres du syndicat.

Mars 2008: L’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA) a porté plainte contre Toyota devant la Commission des relations de travail de l’Ontario pour dénoncer l’intimidation dont sont victimes les syndiqués à l’approche d’un scrutin en accréditation syndicale.

Mars 2008: Un livre intitulé « Toyota: l’usine du désespoir » est publié. Il dénonce la « méthode Toyota » et ses conséquences néfastes.

L’augmentation continue de la productivité, le fameux « système de production Toyota », peut engendrer maladies professionnelles, accidents et, dans des cas extrêmes, suicides. La titularisation éventuelle des intérimaires sert de levier pour réduire leurs protestations dans un système qui laisse peu de place aux syndicats.

Voici donc à quoi ressemblerait un nuage de tags de cette fameuse « méthode Toyota »: intimidation, harcèlement, anti-syndicalisme, maladies professionnelles, accidents, suicides, désespoir, conflits, lock-out, grève.

Et c’est cette merde que notre nouveau ministre de la santé – NON-ÉLU! – veut nous imposer?!

NON MERCI!

Le retour des Nordiques?
15 septembre 2007

Le projet d’un centre de 660M$ à Saint-Augustin-de-Desmaures, devant abriter un aréna, un hôtel, un casino et devant célébrer le retour des Nordiques dans la LNH est certes intéressant. Mais est-ce financièrement possible? Probablement pas.

Si la fin du lock-out dans la LNH et l’imposition d’un plafond salarial à une quarantaine de millions $ a permis de lancer le projet du retour des Nordiques, on imagine mal comment le club pourrait survivre alors que le plafond atteint maintenant près de 54M$ et qu’il pourrait encore augmenter. Car qu’on le veuille ou non, Québec est une petite ville; une ville de hockey, d’accord, mais une petite ville de hockey.

Dans un sport élitiste comme le hockey, où la plupart des billets dans les grandes villes de la LNH se vendent bien au-dessus de 75$ l’unité (et je suis conservateur), il est nécessaire d’avoir une élite très riche et très nombreuse pour se payer ces billets. Québec, on le sait, est davantage une ville de fonctionnaires, d’honnêtes travailleurs très compétents mais qui n’ont pas les moyens d’aller voir leurs Nordiques dix fois par année à plus de 100$ la soirée.

Le problème n’est donc pas l’inpossibilité du retour des Nordiques, mais l’impossibilité de ce retour selon le cadre financier actuel de la LNH.

Ceci dit, une aide gouvernementale pour ce projet, si rétrograde peut-elle sembler a priori (j’entends déjà les hauts-cris: « on finance des millionnaires! ») porterait en elle les germes d’une meilleure culture populaire québécoise. Car qu’on le veuille ou non, le dollar « divertissement » est toujours le même, et vaut-il mieux le canaliser vers de la musique américaine, des films américains, ou vers un sport d’équipe québécois qui canalise positivement les aspirations populaires dans une saine rivalité avec Montréal?

Car si les Nordiques étaient de retour, Québec pourrait peut-être relever la tête et arrêter de se sentir menacée et dévaluée par la présence de Montréal. Les citoyens pourraient enfin se sentir fiers de quelque chose, gagnants devant cette métropole qu’ils jalousent si souvent.

Objectivement, ce n’est qu’une histoire de millionnaires poussant un morceau de caoutchouc sur une surface glacée. Mais dans les faits, c’est beaucoup plus que ça: c’est l’expression de la fierté collective et cette expression, à terme, peut mener à une plus grande conscience du soi collectif et à davantage se respecter collectivement. Bref, à cesser de se considérer comme inférieurs vis à vis de Montréal pour les gens de Québec ou vis à vis de la culture anglophone pour l’ensemble de notre nation.

Mais si le retour des Nordiques dans la LNH était réellement un rêve impossible, il ne faut pas jeter la serviette pour autant. Il faut travailler à réorganiser une ligue internationale ou quelque autre alternative que ce soit permettant de réintroduire une rivalité à l’intérieur du Québec.

Avez-vous lu la série de bandes dessinées Astérix le Gaulois? Qu’est-ce qui fait la force des Gaulois, sinon leur capacité à se faire une belle bataille entre eux, à se taper sur la gueule une fois de temps en temps et à canaliser ainsi leurs frustrations quotidiennes!

Présentement, Québec et Montréal vivent sur deux planètes sportives différentes, incapables de s’affronter, et chaque ville rumine contre l’autre et on ne peut pas s’affronter symboliquement par le puissant intermédiaire du hockey.

Alors, pour le retour des Nordiques ou pas? Disons: pour la création de n’importe quelle structure permettant aux villes de Québec et de Montréal de s’affronter sur glace et de redonner un peu de fierté à ce peuple qui trop souvent baisse la tête et se défile.

Cannibalisme inc.
27 avril 2007

On dit qu’il ne faut pas juger quelqu’un sur ses paroles, mais sur ses actions. Dans le conflit entre le Journal de Québec et ses journalistes, c’est on ne peut plus vrai. Au sein de l’empire Quebecor, on voit qui sont les « lucides » et qui sont les solidaires.

Parmi les « lucides », il y a Richard Martineau, cet éternel blasé, qui se cache derrière son contrat stipulant que ses articles écrit dans le Journal de Montréal peuvent être publiés dans le Journal de Québec. Pendant que ses confrères de Québec se font mépriser et insulter par Quebecor, cet homme de la ville, cet homme se revendiquant de l’urbanité et du béton, les laisse tomber et décide de profiter du conflit pour étendre toujours un peu plus son emprise. Martineau, la petite PME pour qui les journalistes de Québec en lock-out sont un obstacle de moins à ses rêves de notoriété et de puissances narcissiques.

De l’autre côté, il y a Lise Payette. L’ancienne ministre péquiste a le courage de ses convictions. Lorsqu’elle a été confronté à la même clause de contrat que Martineau, elle a décidé d’agir concrètement: elle a quitté le Journal en signe de solidarité. On dira ce qu’on veut sur la femme et sur ses idées, mais ça c’est du courage. Ça c’est joindre l’action aux paroles.

Ne se le cachons pas: un journaliste de Montréal qui remplace un journaliste de Québec en lock-out sous la protection d’une clause dans un contrat, c’est la même chose qu’une compagnie qui fait venir des briseurs de grève dans des camions escortés par des gardes armés. C’est une insulte pour tous les travailleurs et, dans ce cas-ci, pour les lecteurs de Québec, dépourvus de leur relation de proximité avec leurs journalistes.

Pour une fois, on aura raison à Québec de se plaindre de la montréalisation de l’information. Merci à Quebecor.

Pendant ce temps, l’entreprise a déposé une requête en cour – refusée – pour empêcher les journalistes en lock-out de publier leur propre journal. Quels arguments a-t-on invoqué, je l’ignore. Mais Quebecor a agi comme elle a toujours agi: en petite princesse a qui tout est dû.

Mais est-ce si surprenant, quand on pense que Péladeau lui-même a bâti son empire en écrasant les autres, puis qu’il s’est laissé engraisser par des politiciens vendus au concept du Québec inc. dans les années 80? Quebecor, depuis sa formation, est une entreprise qui cannibalise les autres et qui a grandi en s’abreuvant aux mamelles de l’État. Une telle entreprise peut-elle réellement changer?

Aujourd’hui on a la réponse. Mais que peut-on faire?

Beaucoup.

À une ère de convergence médiatique et de concentration de l’information, il est tout à fait possible d’agir nous-mêmes. Pas besoin d’avoir le courage de Lise Payette. Il suffit simplement de ne plus lire le Journal de Québec, le Journal de Montréal et toutes les publications de Quebecor. De ne plus synthoniser TVA et LCN. De rejeter tout ce qui vient de Quebecor. De dire « non » je ne participe pas à celà. De signifier aux entreprises publiant des annonces dans le Journal de Québec qu’ils perdront des clients. D’écrire à Quebecor pour se plaindre. De contacter son député pour qu’il propose une loi contre la concentration des médias.

De ne plus lire ceux qui, comme Martineau, jouent les briseurs de grève.

Parce que c’est facile de parler, de dénoncer. C’est facile de se plaindre que l’information au Québec est centrée sur Montréal et qu’il y a peu de place pour un point de vue divergent.

Mais qui osera agir?