Québec solidaire : à genoux !
2 septembre 2012

Le thème de la campagne électorale de Québec solidaire est : « Debout ». Debout face aux entreprises qui ne paient pas leur juste part des impôts, debout pour une plus grande répartition de la richesse, debout pour une plus grande intervention de l’État dans l’économie. Or, comment peut-on affirmer être « debout » quand on fait campagne, dans plusieurs circonscriptions, en anglais ?

Dans St-Henri-Ste-Anne, où moins de 18% de la population a l’anglais comme langue maternelle, on fait la distribution de tracts unilingues anglais. Vous avez bien lu : le parti qui affirme être debout, et qui incite ses militants à mettre une photo d’eux sur les réseaux sociaux avec le mot « debout » en blanc sur orange, tombe dans le clientélisme dès qu’il est question de notre langue nationale. Ce parti soi-disant champion du mieux-vivre et de la cohésion sociale encourage le repli sur soi des anglophones en refusant de s’adresser à eux dans la langue nationale.

Québec solidaire ne pourra jamais aspirer à gouverner le Québec tant que le parti n’aura pas résolu cette contradiction majeure. On ne peut pas à la fois prôner l’intervention de l’État en matière économique et le laisser-aller en matière identitaire et linguistique. On ne peut pas lutter contre les dérives du libre-marché quand il est question de nos ressources naturelles et ne rien faire quand il est question de notre langue. On ne peut pas affirmer à la fois qu’il est légitime de mieux encadrer les mieux-nantis et illégitime de le faire pour ceux qui vivent ici mais qui refusent de s’intégrer à nous. Il y a là une incohérence qui mérite d’être soulignée.

Nous avons de nombreux défis auxquels faire face. Oui, il faut mieux redistribuer la richesse, mieux utiliser l’État pour gérer nos ressources, encourager une plus grande égalité économique entre nos citoyens. Mais nous avons également la responsabilité de poursuivre notre combat séculaire pour la survie du français et la valorisation de notre identité.

Québec solidaire, en refusant le libre-marché économique pour mieux embrasser le libre-marché identitaire, contribue dans les faits à sacraliser le droit de l’individu au détriment de celui de la collectivité et nuit ainsi à ses propres conceptions sociales visant à promouvoir une plus grande cohésion.

Être debout, c’est bien davantage que de se battre pour une économie plus solidaire. Être debout, c’est aussi lutter pour une cohésion sociale, identitaire et linguistique, pour une nation en lutte depuis un quart de millénaire et qui a le désir de continuer à exister, ici, en Amérique du Nord, en français.

Joanne Marcotte et son Réseau Libâââârté-Québec
21 octobre 2010

C’est en fin de semaine qu’aura lieu le lancement du « Réseau-Liberté Québec », un regroupement de la droite économique rassemblant une belle brochette d’idéologues, d’opportunistes, de carriéristes et de gens ayant l’apparence d’une santé mentale fragile. À RDI ce soir, on pouvait entendre Joanne Marcotte, la réalisatrice d’un torchon cinématographique intitulé « L’illusion tranquille » et qui dénonçait le « modèle québécois », prédire que ce mouvement marquerait la fin pour les « socialistes et les syndicats qui gouvernent le Québec ».

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Bon, je ne sais pas trop pour vous, mais du côté sain de la pensée politique des trente dernières années, il n’y a pas eu grands socialistes qui ont gouverné le Québec ou le Canada. En fait, c’est exactement le contraire: depuis les premières désassurances dentaires péquistes de 1982, tous les gouvernements québécois ou canadiens ont été du côté droit du spectre politique. On a simplement à penser aux tentatives de privatisations du milieu des années 80, à l’enrichissement éhonté consenti aux entreprises du Québec Inc. (dont Vidéotron, qui était une « binerie sur la rive-sud », dixit Léo-Paul Lauzon, avant que l’État québécois ne l’engraisse), au déficit zéro de Lucien Bouchard, aux hausses de frais de scolarité, à la réduction des prestations de l’assurance-emploi, aux incroyables baisses d’impôts consenties aux mieux-nantis depuis une décennie et qui font que le Canada est un des pays développé ayant aujourd’hui les impôts les plus bas pour cette classe de citoyens.

On aurait envie d’être tendre avec les individus comme Joanne Marcotte. On voudrait les prendre dans nos bras et leur susurrer à l’oreille: « ne pleure pas, les méchants syndicats ne sortiront pas de dessous ton lit pour venir te manger pendant la nuit! ». Mais rien n’y fait. Qu’une personne déconnectée de la réalité comme cette Marcotte puisse s’exprimer publiquement, voilà qui est normal; ce qui l’est moins, c’est qu’il se trouve sérieusement des individus pour l’écouter et participer à son délire. Le Québec est autant dirigé par des socialistes que la Corée du Nord est un modèle de libre-entreprise. C’est du gros n’importe quoi.

D’un point de vue global, les pays qui ont le mieux réussi sont ceux qui sont équilibrés et qui dosent bien leurs mesures économiques. Ce ne sont pas – contrairement aux lubies de cette dangereuse ignorante – des pays qui ont un taux de syndicalisation plus faible ou qui ont effectué des coupes sauvages dans leur budget ou effectué des privatisations à outrance. Nous avons comme preuve l’Islande, techniquement en faillite après avoir suivi à la lettre les recettes de l’extrême-droite économique et que Miltron Friedman, un des gourous de la droite économique, qualifiait d’utopie réalisée. Nous avons également l’Irlande, qui ne s’en sort qu’à peine mieux, elle qui avait pourtant vu son taux de syndicalisation baisser de près de 10% en une décennie.

J’ai déjà écrit:

Si l’État-providence méritait d’être jeté aux poubelles, pourquoi ceux qui le maintiennent réussissent-ils à conserver une société cohérente, moins pauvre? Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark.

La vérité, c’est que les pays les plus évolués ont souvent un taux de syndicalisation plus élevé. On peut notamment parler de la Suède (près de 90%) et de la Finlande (près de 80%). En comparaison, le Québec, à quarante pourcent, fait piètre figure. Il faut le dire et le redire: syndicalisme et progression sociale vont main dans la main. Le Québec, un des territoires où la population était la plus pauvre pendant une grande partie du dernier siècle, s’est inscrit dans la modernité et s’est enrichi grâce à l’union de ses travailleurs. Les syndicats permettent cette union et ils incitent à une meilleure redistribution de la richesse permettant à l’ensemble de la société de devenir plus égalitaire, plus juste, plus prospère. Ce sont des outils démocratiques à l’origine de l’amélioration de la société. Ils nous enrichissent collectivement.

Or, le problème avec les Marcotte et autres extrémistes de droite de ce monde, c’est qu’ils croient pouvoir améliorer le Québec en s’attaquant précisément à sa classe moyenne syndiquée. On veut couper dans les services, s’attaquer aux travailleurs, couper dans une fonction publique déjà passablement amochée parce qu’on ne réengage qu’une personne à toutes les deux retraites, hausser les tarifs, mais jamais JAMAIS JAMAIS on n’ose proposer d’aller chercher l’argent là où elle est, c’est-à-dire dans les poches des mieux-nantis. Ce qu’on propose, dans les faits, c’est simplement une réorganisation dans la gestion des miettes d’une tarte rétrécissant d’année en année parce que nos gouvernements n’ont pas le courage de mieux imposer les entreprises et les plus riches.

Ainsi, pendant que les Péladeau et les Desmarais de ce monde déclarent des bénéfices de plusieurs milliards de dollars, on fait une syncope parce qu’un col bleu s’est endormi sur son lieu de travail ou qu’un fonctionnaire a pris congé le vendredi après-midi. C’est cela, la vision Marcotte et la vision Libâââârté-Québec. Le Québec est incroyablement riche, mais cette richesse qui se promène au-dessus de nos têtes ne doit pas nous appartenir. Non. Nous, on préfère taper sur la tête du travailleur qui allonge sa pause du matin.

Dans les années 50, les entreprises fournissaient près de 50% de la richesse de l’État, alors que ce n’est plus que près de 10% aujourd’hui (les contribuables devant participer pour le reste). Plutôt que d’avoir le courage de mieux imposer les entreprises et de lutter contre un libre-échange encourageant notre appauvrissement collectif par les délocalisations qu’il impose, on s’écrase et on se laisse piller. Alors que nous sommes ultra-riches, peut-être davantage que nous ne l’avons jamais été, on se la joue au profil bas et on veut couper « dans le gras » (des vies, des humains, des rêves brisés, voilà le gras!) plutôt que d’avoir le courage d’aller chercher la richesse là où elle se trouve.

Ce n’est donc pas le modèle québécois qui doit être jeté aux ordures, mais plutôt les idées arriérées de ces pleutres du Réseau Libââââtré-Québec qui, faute d’avoir les couilles de se battre pour une meilleure société pour l’ensemble des Québécois, légitiment des solutions économiques draconiennes ayant prouvé leur échec un peu partout dans le monde.

La Loi du plus faible
10 mai 2010

« Laissez donc les gens libres de faire ce qu’ils ont envie de faire », disent-ils. À propos de la controverse sur ce qu’il est maintenant convenu d’appeler les Anglofolies de Québec, le discours de ceux qui appuient l’événement anglomane se limite toujours à peu près à ceci: laissez faire le marché. Qu’importe si, dans le marché tout-puissant, c’est toujours le plus fort qui gagne. Et si nous, Québécois comptant pour moins de 2% de l’Amérique du Nord, sommes précisément dans une situation de faiblesse.

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En fait, ce qui impressionne avec la logique de ceux qui aimeraient qu’on cesse de réglementer ou de contrôler ce qui touche à la langue et à la culture, c’est précisément l’élasticité de leurs conceptions. Quand il est question d’une loi pour protéger la jeunesse des affres de la pédophilie, ils sont au front. Quand un criminel à cravate se fait arrêter, ils réclament un durcissement des peines. Quand un politicien s’acoquine avec des entreprises privées, ils veulent des lois anti-lobby. Quand un promoteur veut détruire des espaces verts pour construire des condos, ils réclament qu’on réglemente pour l’empêcher. Quand une espèce animale est menacée, ils exigent sa protection. Mais quand il est question de protéger la langue française et la culture québécoise, ils brillent d’une éclatante absence.

Or, s’il est normal et obligatoire de protéger notre jeunesse, de lutter contre les crimes économiques, de protéger notre faune et notre flore, s’il est compréhensible de les soustraire au libre-marché, pourquoi serait-ce différent dès lors qu’il est question de notre langue et de notre culture? Pourquoi serait-il plus acceptable de brimer la « liberté » d’un citoyen désirant polluer un lac contenant une espèce rare de poissons que celle d’un festival recevant des millions de dollars de l’État et qui contribue, même modestement, à accélérer le recul de nos valeurs communes?

Certains diront pourtant – et ils me l’ont affirmé plusieurs fois – que ce n’est qu’un festival. « Le français ne va pas disparaître du Québec parce qu’on invite surtout des groupes anglophones! » déclamait à peu près un individu sur le groupe Facebook dénonçant le peu de présence francophone au festival. C’est une évidence qu’individuellement cet événement ne scellera pas davantage la fin de notre expérience francophone en Amérique du Nord qu’un déversement de cyanure dans un lac protégé ne détruirait toutes les espèces menacées. Est-ce que cela rend la chose morale pour autant? Non. Il n’y a aucune morale qui puisse justifier l’inaction, que ce soit pour protéger un seul lac menacé ou pour promouvoir notre langue lors d’un seul événement. Une espèce en danger est en danger, que ce soit dans le lac de l’île Notre-Dame ou dans le Lac St-Jean; une langue menacée est menacée, que ce soit à Montréal toute l’année ou à Québec pendant un festival de onze jours.

La peur de la Loi

Il semble y avoir une gêne à légiférer dès qu’il est question de culture et de langue. Comme si, collectivement, nous avions oublié la raison d’être de tels règlements; comme si nous nous étions déconnectés de ce qui avait rendu la Loi 101, les quotas de contenu francophone à la radio et d’autres mesures nécessaires à la survie du français il y a à peine une génération.

Aujourd’hui, alors qu’on a laissé la Loi 101 se faire détruire morceau par morceau et qu’on remet parfois ouvertement en question les quotas radiophoniques, nos politiciens sont devenus de véritables pleutres du français. Ils craignent le dossier linguistique comme la peste. Ils se sont dépêchés, par exemple, de voter une résolution d’appui au Festival d’été de Québec. Plutôt que de prendre le problème de front et d’exiger l’établissement de règles garantissant que les subventions gouvernementales en matière de culture doivent assurer une présence satisfaisante du français, ils se sont avachis, unanimement, et ont décidé ainsi de récompenser l’anglomanie triomphante d’un festival n’ayant désormais de québécois que le nom de la ville, ou presque.

Alors que dans la plupart des pays il s’agit d’une normalité que de subventionner ce qui sert à renforcer et à promouvoir la culture locale et nationale, le Québec fait bande à part précisément dans un domaine où son statut de simple province le rend plus vulnérable. Concrètement: si d’autres pays sont conscients de la nécessité d’utiliser les deniers publics dans un objectif de cohésion sociale, culturelle et linguistique, comment une simple province comme le Québec pourrait-elle arriver à un tel objectif en finançant un festival où près de 60% des artistes joueront dans la langue qui la menace directement? Pire: comment peut-on se montrer fier d’un tel à-plat-ventrisme et d’un tel refus de protéger notre plus grande richesse, le français, et de favoriser l’émergence et la réussite de groupes s’exprimant dans notre langue commune?

On ne le dira jamais assez: le libre-marché, ce je-m’en-foutisme érigé en dogme absolu, ne peut pas assurer la survie du faible. Le français a réussi à prospérer au Québec et à intégrer les immigrants grâce à la Loi 101. Avant celle-ci, 90% des nouveaux arrivants s’intégraient en anglais. Notre culture s’est raffermie parce que des hommes courageux ont décidé de ne pas laisser la main invisible du marché décider à notre place. Notre langue est devenue langue commune et d’inclusion parce que des politiciens conscients de leur rôle historique ont décidé que, parfois, une Loi est nécessaire et que si cette Loi peut brimer une minorité de la population, elle assure la plus grande des libertés à la majorité, celle d’assurer la survie de ses valeurs fondamentales.

Nous ne sommes que 2% de l’Amérique du Nord. Si nous étions une espèce animalière, nous serions aussi protégés que peut l’être le béluga du St-Laurent ou le carcajou. Mais puisque nous sommes des Québécois, nous finançons nous-mêmes notre propre disparition et nous élisons des députés pour qu’ils applaudissent quand on méprise nos valeurs et qu’on nous impose un festival d’une telle aridité culturelle que même la beauté de la verve d’un Vigneault ne pourrait s’y enraciner.

Cette liberté de laisser-faire, ce n’est pas une liberté, mais bien le pire des marchés de dupes, où on nous couvre de fausses idoles pendant qu’on nous dépossède de nos âmes et qu’on nous propose des tas de plantes exotiques en pots pour remplacer la forêt vivace qui peuplait l’imaginaire de nos ancêtres.

Les grands démolisseurs
24 février 2010

Parfois, il faut aller au-delà des chiffres pour comprendre l’étendue de l’entreprise idéologique cherchant à nous imposer des hausses de tarifs et des baisses de services. On aura beau démontrer noir sur blanc que de telles mesures seraient régressives, qu’elles nous appauvriraient, qu’elles ont échoué un peu partout où elles ont été appliquées, rien n’y fait. Josée Legault l’a noté avec justesse dans son dernier billet: nous ne sommes pas en présence de libre-penseurs cherchant philosophiquement à améliorer la société, mais d’une vaste entreprise de démolition de notre État.

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En fait, la dernière décennie aura constitué une sorte de pause, ou presque. Jusque vers 2001, on appliquait la doctrine à la lettre, et de nombreux mouvements sociaux ont éclos, convergé dans ce qu’on a appelé d’abord les anti-mondialistes, puis les alter-mondialiste. Par la suite, les mouvements d’opposition ont perdu de l’ampleur, peut-être parce que la croissance économique a permis de donner les miettes nécessaires à acheter la classe moyenne et les plus démunis pendant que les gros bonzes de la finance s’en mettaient plein les poches. On a coupé les impôts des mieux-nantis d’une manière irréfléchie, mais l’État était tout de même assez riche pour satisfaire les intérêts minimums du citoyen lambda.

Aujourd’hui, pourtant, ce n’est plus le cas. Après avoir dilapidé l’argent public dans des baisses d’impôts aux grandes entreprises et aux particuliers les mieux-nantis, le manège recommence. Il faudrait « se serrer la ceinture », faire preuve de réalisme, éviter la catastrophe. Bref, il faudrait encore une fois demander à la classe moyenne d’écoper pendant qu’on laisse les privilèges des plus favorisés intacts.

En 1998, Bourdieu écrivait déjà, à propos du néo-libéralisme:

Comme le marxisme en d’autres temps, avec lequel, sous ce rapport, elle a beaucoup de points communs, cette utopie suscite une formidable croyance, la free trade faith (la foi dans le libre-échange), non seulement chez ceux qui en vivent matériellement, comme les financiers, les patrons de grandes entreprises, etc., mais aussi chez ceux qui en tirent leurs justifications d’exister, comme les hauts fonctionnaires et les politiciens, qui sacralisent le pouvoir des marchés au nom de l’efficacité économique, qui exigent la levée des barrières administratives ou politiques capables de gêner les détenteurs de capitaux dans la recherche purement individuelle de la maximisation du profit individuel, instituée en modèle de rationalité, qui veulent des banques centrales indépendantes, qui prêchent la subordination des États nationaux aux exigences de la liberté économique pour les maîtres de l’économie, avec la suppression de toutes les réglementations sur tous les marchés, à commencer par le marché du travail, l’interdiction des déficits et de l’inflation, la privatisation généralisée des services publics, la réduction des dépenses publiques et sociales.

Le mot est lancé: foi. C’est une véritable foi dans le libre-marché. Ça n’a rien de rationnel. On en arrive à une logique complètement circulaire et fermée où toute proposition promettant de seulement limiter ou contrôler le marché se voit immédiatement discréditée à coups d’arguments idéologiques issus du petit catéchisme néolibéral. Hausser les impôts des plus riches? Êtes-vous fou, pensez à notre productivité! Mieux imposer les entreprises? Ça ne va pas, elle vont partir en Chine! Les propagandistes ont réponse à tout. Il faudrait accepter son sort, considérer le libre-marché et la libre circulation des biens et services comme inéluctable et observer une minorité de riches se la couler douce pendant que les autres s’appauvrissent, et tout cela parce que c’est la chrétienne économie.

Pourtant, les solutions existent. Celles de Québec Solidaire me semblent particulièrement intéressantes:

  • Redevances sur l’eau de 0,01$ du litre: 775 millions $;
  • Maintien de la taxe sur le capital: 503 millions $;
  • Diminution de 20% des subventions aux entreprises: 1203 millions $;
  • Un nouveau palier d’imposition pour les plus riches et une limite des RÉER: 533 millions $;
  • Imposition optimale des gains de capital: 818 millions $;
  • Suspendre le versement du Fonds des générations: 880 millions $;
  • Augmentation des redevances minières: 340 millions $.

Ces mesures permettraient d’aller chercher 5 milliards de dollars, soit grosso modo l’équivalent du déficit.  Elles ne constituent peut-être pas la panacée, mais elles ont le mérite de s’attaquer à ceux qui ont les moyens de payer.   Évidemment, ne comptez pas sur La Presse (Power Corporation), le Journal de Montréal (Quebecor) et d’autres médias dont les dirigeants auraient tout à y perdre pour en faire la promotion.

Voilà peut-être la seule réponse possible contre l’abrutissement généralisé que cherche à nous imposer ce gouvernement et son équipe de l’Inquisition de la vieille droite: la démocratie. Être capable, le jour du vote, dans l’isoloir, même si c’est dans trois ans, de se rappeler qui a eu notre sort à coeur et qui se contente de hausser les épaules en nous imposant leur remède de cheval.

Pour ma part, dans trois ans, je me souviendrai de Québec Solidaire. Je me rappellerai que c’est un des rares partis politiques au Québec qui, en un moment aussi critique où on cherche encore une fois à nous imposer des mesures faisant reculer notre nation, a eu le courage de développer un argumentaire alternatif et des mesures concrètes permettant de déboulonner les statues de fumier de ces fausses idoles issues d’un autre siècle.

Nous avons travaillé pendant des décennies pour bâtir un Québec moderne et démocratique qui, malgré ses défauts, fait l’envie du monde entier.

Ne les laissons pas tout démolir.

La complainte des agriculteurs dépendants des travailleurs étrangers
28 avril 2009

Oh non, ne me faites pas pleurer, messieurs les agriculteurs qui s’inquiètent d’une possible pénurie de travailleurs mexicains cet été à cause de la grippe porcine. Que non!

Quand on paie ses employés au salaire minimum pour des semaines de 65 à 70 heures, à quoi s’attend-on? Croit-on sérieusement que tous les jeunes sans-emplois du Québec vont se lancer dans une aventure où ils ne récolteraient qu’un maigre salaire pour accompagner tout un été de maux de dos?

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Au lieu de vous lamenter sur le manque de main-d’oeuvre québécoise, pourquoi ne commenceriez-vous pas par payer équitablement vos employés et leur offrir des conditions de travail décentes?   Vous faites venir 6500 employés étrangers – surtout des femmes, plus dociles et exploitables – dans vos champs à tous les ans; combien de jeunes Québécois pourrait-on faire travailler si vous acceptiez de leur offrir un salaire compétitif?

Le problème, me répondrez-vous, c’est que vos produits de la terre sont en compétition avec le monde entier et que si vous payiez équitablement vos employés vous ne feriez plus assez d’argent pour couvrir tous vos frais.

Et vous auriez raison de me répondre ainsi.

L’enjeu réel n’est-il pas alors dans nos mains à tous, nous qui avons voté pour des gouvernements qui ont sacrifié notre agriculture sur l’autel du libre-échange? Des gouvernements qui préfèrent voir des millions de dollars quitter le pays dans les poches de travailleurs étrangers plutôt que d’assurer un salaire décent à de jeunes adultes de chez nous. De l’argent qui retournerait à la collectivité au lieu d’aboutir quelque part au Mexique…

Alors, je ne vous blâme pas, messieurs les agriculteurs, mais je nous blâme d’avoir voté pour des élus adhérant à un libre-marché de plus en plus dysfonctionnel.  Un système qui condamne au chômage nombre de jeunes des régions tout en rendant les agriculteurs dépendants d’un cheap labor à 5000 km. d’ici.

À quand un gouvernement aux politiques plus modérées et intégrant un minimum de protectionnisme afin de protéger nos emplois et notre mode de vie?

La crise est-elle la résultante d’une économie pyramidale?
21 décembre 2008

Alors que de plus en plus d’analystes parlent de la présente crise économique comme étant la pire depuis celle des années 1930, je me questionne : si le système économique était stable et bien contrôlé, pourrions-nous vivre un tel effondrement boursier entraînant nos sociétés dans une profonde récession? De plus en plus, j’ai l’impression que le système économique actuel constitue une grosse pyramide de style Ponzi, du nom de Charles Ponzi, l’inventeur de l’arnaque.

Le principe de son escroquerie est incroyablement simple : on promet des intérêts faramineux à de nouveaux investisseurs et on utilise leur argent pour remplir les mêmes promesses aux anciens rentiers. Par exemple, on demande à quelqu’un d’investir 1000$ et on lui promet 2000$ en un court laps de temps. Les 1000$ investis servent à payer les intérêts à ceux qui étaient présents avant lui et le succès de cet investissement incite ces derniers à réinvestir leur argent de même qu’à convaincre d’autres investisseurs de se joindre au schème pyramidal, perpétuant le cycle. La chaîne fonctionne tant et aussi longtemps que de nouveaux investisseurs affluent, mais lorsqu’elle se brise tout le monde perd son argent puisque celui-ci n’a jamais véritablement entièrement existé.

Une des pyramides les plus dévastatrices vola en éclat en 1997 en Albanie, entraînant des milliers de morts dans sa chute. La particularité de ce schème, dirigé par Ion Stoica, était qu’il était endossé par les élites politiques et que près des deux-tiers des Albanais y ont participé, entraînant une faillite de près de 1,2 milliards $ (sur une population totale de 3 millions!) lorsque la bulle éclata.

Évidemment, on ne peut comparer la brutalité de cet effondrement à celui qui secoue actuellement notre économie. La descente aux enfers d’un véritable schème Ponzi s’avère beaucoup plus brutale que pratiquement toute autre forme de faillite.

Cependant, s’il est impossible de comparer l’intensité des deux effondrements, on peut très bien affirmer sans se tromper que la crise des prêts hypothécaires à risque, et dans une moindre mesure toute forme de bulle financière inhérente au capitalisme sauvage, constitue une forme adoucie de schème Ponzi.

À la base, la bulle immobilière provenait d’un réel besoin : se loger et investir en se logeant, ayant la conviction que la résidence allait prendre (un peu) de valeur. Après l’éclatement de la bulle techno au tournant des années 2000, c’était une idée sensée. Sauf que tout a dérapé : la conviction que l’investissement était un aspect secondaire du besoin d’être logé s’est transformée en certitude que l’argent investi se transformerait automatiquement en profit. Me suivez-vous? On a offert à des gens sans le sou (ou presque) la possibilité d’acheter des maisons puisque le prix de celles-ci allait forcément monter (garantissant l’argent prêté en cas de défaut de paiement), alimenté par une forte demande… provenant justement de gens qui achetaient des maisons en croyant faire un investissement sans risque.

Ne s’agit-il pas là d’un schème Ponzi socialement accepté et encouragé? Les banques prêtent de l’argent qu’elles n’ont pas à des gens qui n’en ont pas sous le seul calcul que le marché de l’immobilier est en hausse constante depuis 1945 et qu’il continuera de l’être. Un peu à l’image de la pyramide de Stoica, dont toute la base reposait sur l’idée qu’il y aurait toujours davantage de poissons à hameçonner, plus il y a de gens qui participent à l’embolie plus le système prospère et engraisse. Sauf que rien n’est éternel.

Forcément, tout comme le nombre d’Albanais à embrigader était limité, le nombre d’acheteurs de maisons l’est également. Les baby-boomers ont lancé cette ère de consommation, mais quand ceux-ci prennent leur retraite et la plupart ont leur maison, il arrive un moment où la démographie à la baisse prend toute son importance et où il y a trop de maisons sur le marché, causant une diminution du prix et l’incapacité pour les banques de revendre à la hausse les résidences des mauvais payeurs, entraînant ce cercle vicieux menant à l’éclatement de la bulle. Ce n’est donc pas un hasard si le nombre de saisies de maisons était en hausse de 79% aux États-Unis en 2007 par rapport à 2006, atteignant 1,3 million!

Personne de sensé ne remet en question le fait que le capitalisme de marché a démontré sa supériorité sur les autres systèmes, malgré ses imperfections. Ceci dit, comme tout chien fougueux qui ne demande qu’à courir dans tous les sens, celui-ci doit être tenu bien en laisse, modéré, ses énergies canalisées, et il me semble qu’il serait plus avisé d’éviter les bulles et les schémas quasi-pyramidaux plutôt que d’y contribuer comme nos gouvernements l’ont fait en déréglementant et en privatisant.

Avant que nos vies ne deviennent des pyramides sur lesquelles des puissants bâtissent leurs fortunes, ne serait-il pas temps de s’opposer et de réclamer un rôle accru de l’État pour tempérer ce marché qui se croit omnipotent?

L’ADQ redevient un parti mineur
23 octobre 2008

Mario Dumont et Stephen HarperIl y a plusieurs façons d’analyser le passage de l’ADQ au PLQ des deux députés André Riedl et Pierre Michel Auger. On peut parler de motivations personnelles: le PLQ a le vent dans les voiles ces temps-ci dans les sondages. On peut parler de choix stratégiques: le PLQ a une meilleure organisation en prévision des prochaines élections. On peut également considérer une mésentente avec le chef Mario Dumont. Mais tout ceci, ce sont des facteurs secondaires.

En effet, le vrai fond du problème, c’est que l’Action démocratique du Québec est en train de redevenir une parti mineur. En chute libre dans les sondages, le parti de Mario Dumont n’aurait même pas le quart d’une chance de même espérer conserver ses acquis. C’est comme si le Québec en entier se réveillait et réalisait finalement que Mario Dumont jappe fort dans l’opposition mais qu’il est inapte à diriger, que son parti n’a rien à proposer, et que ses appels à des rencontres multi-partisanes pour parler d’économie ou son appui aux Conservateurs lors de la dernière campagne fédérale ne sont que des façons bêtement politiques de se faire du capital politique sur le dos de ceux qui tentent quelque chose.

Par ailleurs, le parti de Mario Dumont (a quand le changement de nom officiel, puisque l’ADQ a toujours été le parti d’un seul homme?), dans sa courte histoire, a souvent modifié ses politiques au gré des sondages, à la petite semaine, ne conservant qu’un dogme fondamental: la croyance que le marché pouvait tout régler et que l’État devait être minimal. Avec la crise financière actuelle qui est une conséquence du désengagement de l’État et du laisser-faire économique, la seule valeur relativement solide de l’ADQ vient d’éclater en morceau. Le discours anti-fonctionnaires et anti-État de Dumont se trouve tout à fait discrédité, exposant l’absence de ligne directrice et de pensée cohérente du parti.

Considérant que la situation économique ne risque pas de s’améliorer au cours des prochains mois et que le discours économique de droite prônant le tout-privé semble disqualifié au moins pour les quelques années subséquentes, nous n’assistons peut-être pas au dernier épisode de députés transfuges.

Et puisque le Parti Québécois est devenu un parti faible, sans idéologie, ayant laissé tombé le projet indépendantiste, quoi de plus normal pour les députés adéquistes ayant du flair que de rejoindre ce bon vieux Jean Charest, qui trône en haut dans les sondages non pas parce qu’il a fait quoi que ce soit de génial, mais précisément parce que son opposition est si mauvaise?

Et ce n’est qu’un début
12 octobre 2008

Derby démolitionJe me souviens du début de l’année 2000. J’avais un blogue avant même que le terme soit inventé. Je vais être honnête: « blogue » est un bien grand mot pour décrire ce média très web 1.0 hard où le html devait être modifié à chaque texte publié et où les visiteurs ne pouvaient pas laisser de commentaires. Toujours est-il qu’il y a huit ans je bloguais déjà, et début 2000, quand la bulle techno a éclaté, j’y avais trouvé des similitudes avec la crise de 1929, puis, plus tard, avec celle de 1920-1921, précédant le gigantesque boom de la fin des années 20, qui lui-même engendra le terrible krach de 1929…

En fait, que s’est-il passé pendant le marché baissier du début des années 2000? Il y a surtout eu un transfert de richesse, et non sa destruction. L’argent investi dans les technos a tout simplement été transféré vers l’immobilier et son corollaire, les banques, à l’origine du fantastique boom immobilier qui a pris fin avec un terrible fracas l’an dernier avec la crise du crédit à risque, les subprimes.

Les subprimes, ce sont des prêts à très haut risque consentis à des acheteurs parfois inconnus du système bancaire. Pourquoi leur prêtait-on l’argent? Simple: parce que la propriété achetée servait de garantie et que le marché immobilier montait depuis 1945. En clair, même si l’hypothèque sur une propriété ne pouvait être payée, la banque avait toujours la possibilité de reprendre possession de cette dernière et de faire un juteux profit en la revendant à la hausse. Tout ce cercle vicieux constituait en fait une formidable fuite vers l’avant se basant sur l’espoir – vain – que la bulle immobilière ne se dégonflerait jamais. Mais le propre des bulles est d’éclater. Et ce n’est peut-être qu’un début.

En effet, si les subprimes valent 855 milliards $, il existe une autre catégorie de prêts, appelé les Alt-A (Alternative A-paper), d’une valeur de plus de 1000 milliards $. Ces prêts sont consentis à des acheteurs qui ont soumis une demande incomplète ou qui ont un niveau d’endettement supérieur à ceux généralement acceptés par l’industrie. D’après une étude de la Mortgage Asset Research Institute, la quasi-totalité de ces prêts sont consentis à des emprunteurs dont la moitié exagèrent leurs revenus de plus de 50%! ((Frédéric Lordon, « Le jour où Wall Street est devenue socialiste, Le Monde diplomatique, Octobre 2008, pp.4-5))

Ainsi, dès lors que la crise financière se répand dans l’économie et entraîne le moindre ralentissement, le risque d’un véritable tsunami de défauts de paiement doit être sérieusement considéré. La plupart des emprunteurs des Alt-A doivent gérer un budget extrêmement serré, voire déficitaire, et nombre de ceux-ci font maintenant face, outre la perte de valeur de leur propriété, à des pertes d’emplois ou autres conséquences de la crise. Ils se retrouveront eux aussi en défaut de paiement, accentuant la gravité de la dépression.

Habituellement, les États-Unis s’étaient sortis des précédentes récessions grâce au crédit facile; le niveau actuel record d’endettement n’offre pas cette chance cette fois-ci. Conséquemment, les dirigeants en sont rendus à improviser, à renier leurs propres dogmes de la toute-puissance du libre-marché en nationalisation l’assureur AIG, par exemple, dont l’État étatsunien possède aujourd’hui 79,9% du capital…

Pensons-y un peu: le pays héraut du néolibéralisme, voulant l’imposer à toute la planète et mettant toute sa foi dans le libre-marché vient de socialiser non seulement des banques, mais même une compagnie d’assurance privée! Que Hugo Chavez aille se rhabiller! C’est dire le sérieux de la situation. Gérard Duménil et Dominique Lévy explique bien les enjeux dans leur texte publié dans le dernier numéro de la revue Manière de Voir:

On peut donc entrevoir une sortie masquée et limitée des règles néolibérales sous forme d’exceptions au coup par coup. […] Ce genre de néo-libéralisme « bricolé » incarne bien l’étrange destin d’une puissance hégémonique dont la domination à long terme est en jeu. ((Gérard Duménil & Dominique Lévy, « Une trajectoire financière insoutenable», Manière de Voir, Octobre-Novembre 2008))

En vérité, la situation est tellement grave qu’aucun représentant gouvernemental n’osera l’affirmer comme tel. Ce sont les fondements même des systèmes financier et économique qui s’effondrent. Nous assistons à nouveau à l’échec du libéralisme économique, qui avait causé la crise de 1929 et la dépression subséquente. De fins idéologues ont voulu nous faire avaler une version édulcorée, mais la vérité nous frappe encore une fois en pleine face: le capitalisme doit être régulé par l’État, sinon il s’auto-détruit et nous emporte avec lui dans son vortex de chaos.

On a beaucoup blâmé l’État-providence depuis vingt-cinq ans, mais manifestement ce système se révèle de loin supérieur au laisser-faire économique qui a causé la merde actuelle.

Ceci dit, je suis certain que nos propagandistes de l’Institut Économique de Montréal, eux qui se font un devoir de promouvoir les déréglementations à la source des problèmes actuels, sauront se recycler et se faire entendre dans des médias en mal d’analystes. Ça ne manque pas de souffle, non? On participe à la création d’une crise et ensuite on s’en met plein les poches en l’analysant.

Comme quoi y aura toujours des métiers d’avenir pour ceux qui n’ont pas conscience de leurs propres contradictions.

Sauf que pendant ce temps, c’est à nous de subir les conséquences de ces folies… Et ça ne fait que commencer!

Les pauvres
14 juillet 2007

Ah ces pauvres qu’on ne veut plus voir! Que ce soit sur la rue, dans le métro, à l’épicerie, il y en a partout. Une vraie épidémie! Qu’ils disparaissent, qu’ils s’éduquent, qu’ils se rasent, se trouvent un emploi comme tout le monde!

Pourtant, ils sont utiles les pauvres. S’ils n’étaient pas là, pourquoi y aurait-il des gens qui travaillent au salaire minimum dans des conditions minables? Pourquoi se faire chier à 8$ de l’heure dans un dépanneur ou une station-service si on ne risque pas de tomber plus bas? C’est la peur d’un plus grand échec qui pousse des gens à accepter un échec juste un peu plus tolérable.

On lit ou on entend parfois: qu’ils aillent à l’école chercher un diplôme pour enfin sortir de la pauvreté! Mais pourtant, que se passerait-il si tout le monde avait un diplôme collégial, par exemple? Ça prendrait un baccalauréat pour travailler chez McDo. Car dans notre monde capitaliste, c’est la lutte de tous contre tous, la lutte de moi contre toi, de lui contre nous, de mon voisin contre le tien. Dans un monde globalisé ayant des besoins déterminés et non infinis en matière d’employés qualifiés, si moi – toi, ou nous – j’ai un diplôme et un emploi, c’est que quelqu’un quelque part est en compétition avec moi pour un emploi. Et les entreprises vont prendre la personne la plus qualifiée et pour le moins cher possible.

La lutte de tous contre tous. La loi de la jungle.

Les pauvres, ils ne peuvent pas disparaître, parce que le système a besoin d’eux. Ce sont eux qui poussent les salaires à la baisse; ce sont eux qui font le bonheur d’entreprises milliardaires qui n’ont pas à bien payer leurs employés grâce à cette masse de pauvres qui seraient prêts à faire le même travail pour moins cher.

En conséquence, si vraiment on voulait éliminer la pauvreté, ce ne serait pas en donnant des coups de pied dans le cul à ceux qui en sont victimes comme le fait la droite, mais plutôt en valorisant des changements économiques et politiques permettant une meilleure redistribution de la richesse.

Car tant et aussi longtemps que nous refuserons de bien répartir cette prospérité, les pauvres existeront et entraîneront nos salaires et nos conditions de vie vers le bas. Et puisqu’ils sont en compétition contre tous les pauvres de la planète, nous ne pourrons jamais les aider – et nous aider – en laissant le libre-marché décider de tout.

C’est à l’État de prendre ses responsabilités et d’assurer un niveau de vie décent pour tous, car nous en serons tous gagnants, pauvres comme ceux qui ont peur de le devenir.