Une coalition Bloc-NPD?
25 septembre 2008

Le dernier sondage Ekos se révèle plus qu’intéressant: il démontre un glissement vers l’est des appuis au NPD et une érosion subtile mais indéniable de l’attrait des Conservateurs au Québec.

D’abord, le NPD. Le 3 septembre dernier, le parti recueillait à peine 9% des intentions de vote au Québec (21% pour le PLC), mais maintenant il chauffe le parti de Stéphane Dion avec 15% des votes (18% – PLC). Même en Ontario et dans les provinces atlantiques, la vague orange semble vouloir déferler: +7% d’intentions de vote en Ontario et +8% dans les provinces atlantiques! Par contre, le NPD perd des appuis au Manitoba et en Saskatchewan. Tout ceci est très compréhensible.

En effet, Jack Layton a décidé d’offrir un discours résolument urbain et clairement progressiste. Délaissant un peu ses appuis traditionnels dans les Prairies, il a décidé de jouer son va-tout au Québec et en Ontario, confiant qu’il pourra y faire d’importants gains. Même s’il perd des votes dans l’ouest, il fait le pari qu’il pourra causer une surprise en Ontario et aller chercher au moins un comté au Québec, y installant au passage une organisation solide pour les prochaines élections.

Les Conservateurs, eux, perdent du terrain au Québec. Le 3 septembre, ils récoltaient 27% d’appuis (35% pour le Bloc) alors qu’ils végètent présentement à 22% (37% – Bloc). Fait intéressant, ils ont perdu 3% au cours des cinq derniers jours, un signe probable de la prise de conscience de nombreux québécois du radicalisme et de la dangerosité potentielle de leurs positions.

Si la tendance actuelle se poursuit, les Conservateurs pourraient se voir rejoints en terme de pourcentage de vote soit par les Libéraux, soit par les Néo-démocrates. Ceci dit, la distribution des votes les favorise: le vote néo-démocrate est principalement montréalais et dans des comtés perdants alors que les Conservateurs vont aller chercher de nombreux sièges en région, surtout en Beauce et à Québec.

Conséquemment, la stratégie s’avère évidente pour Stephen Harper: continuer de polariser le débat en ostracisant notamment les artistes et en jouant sur les préjugés d’une certaine partie de la population , surtout en région. Il doit aller chercher un maximum de comtés au Québec s’il espère former un gouvernement majoritaire.

Dans le cas du NPD, celui-ci devrait continuer de concentrer ses efforts en Ontario, dans les provinces atlantiques et… à Montréal. La formation d’un gouvernement sera visiblement pour une prochaine fois, mais il est impératif que le NPD s’impose comme la seule alternative pan-nationale face aux Conservateurs et organise ses militants à la grandeur du Québec.

En ce qui concerne le Bloc, il doit continuer de marteler son message selon lequel Harper est une menace pour le Québec, tout en étant très présent à Québec, cette région si chatouilleuse et qui doit être flattée dans le bon sens du poil.

Et les Libéraux? Je propose une montée des marches à genoux de l’Oratoire Saint-Joseph, un petit chapelet et une mission sur Mars pour leur chef. Si rien ne change, tout indique que le parti risque de devenir un parti mineur d’ici les prochaines élections, malgré la stabilisation (très précaire) des intentions de vote au Québec. Pas facile d’être coincé entre deux partis qui ont le vent dans les voiles.

Cette campagne est vraiment de plus en plus intéressante. Tout risque de se jouer au débat des chefs, mais d’ici là beaucoup de choses peuvent se produire. Et il ne faut pas oublier les Verts, ces trouble-fêtes un peu mêlés politiquement et qui viennent enlever des votes au NPD et au PLC, deux partis qui outre d’avoir à peu près la même sensibilité environnementale, sont beaucoup plus crédibles et cohérents…

Par ailleurs, je suis toujours décidé à voter NPD, mais je trouve que le Bloc a connu une bonne semaine et j’aime la vigueur retrouvée de Gilles Duceppe. Il serait intéressant de considérer une union Bloc-NPD, même si celle-ci forcerait le Bloc à confronter la triste réalité de son rejet (quasi-forcé, merci madame Marois) de sa mission souverainiste et les néodémocrates à s’allier avec l’ancien grand Satan « séparatiste ». Idéologiquement, les deux partis de centre-gauche ont beaucoup en commun. Ça pourrait être l’occasion de voler quelques sièges à Harper et Dion en échange de nouveaux pouvoirs pour le Québec.

Ainsi, non seulement le Bloc prouverait à tous ses détracteurs son utilité à Ottawa mais en plus il permettrait à un parti qui se situe à peu près au même endroit sur le continuum gauche-droite de s’approcher encore davantage du pouvoir. On pourrait même imaginer un poste de ministre pour Gilles Duceppe dans un gouvernement Layton, par exemple celui de responsable des langues officielles, ou de la francophonie. Il suffit d’être imaginatif pour considérer toutes les possibilités qu’offrirait une coalition entre les deux partis.

Car à un moment donné, il faut être logique: on ne peut pas dénoncer Harper et le qualifier de grand danger pour le pays et ensuite rester chacun isolés dans son coin sans agir. Si vraiment Harper est un danger pour le Québec et le Canada, alors ses opposants doivent s’unir et constituer une sorte de Front uni comme cela s’est déjà vu dans le passé lors de guerres ou de situations exceptionnelles. Si vraiment les Conservateurs risquent d’endommager irrémédiablement notre qualité de vie, notre réputation, notre économie et nos services publics, il devient plus qu’important de mettre les divergences de côté et de s’unir.

Or, Dion a dit non. Voilà pourquoi il faut considérer une alliance entre le Bloc et le NPD, et tant pis si celle-ci serait quasi-fatale pour les Libéraux. Ou ce qui reste des Libéraux, eux qui ont préféré faire cavalier seul, égoïstes et isolés. Le NPD et le Bloc pourraient ensuite se partager les restes encore chauds du PLC et on aurait peut-être (enfin!) la chance d’assister à une réelle coopération entre deux partis semblables idéologiquement mais ayant la particularité de représenter deux peuples dans une même Assemblée. Au lieu des éternelles chicanes, une ère de coopération pourrait s’ouvrir et déboucher sur un gouvernement canadien plus respectueux de l’environnement, de la classe moyenne, des plus démunis, et de l’importance pour le Québec de défendre sa culture et sa langue.

Je rêve peut-être. Mais c’est mieux que le cauchemar qui risque de nous frapper le 15 octobre au matin si rien n’est fait.

Les propositions stupides des Jeunes Libéraux
24 novembre 2007

Après les demandes des jeunes adéquistes (un pléonasme, s’il en est un) de s’en prendre aux assistés sociaux, voici que les jeunes libéraux s’attaquent à la classe moyenne et aux plus pauvres. Décidément, la droite n’en peut plus du statu quo et espère au plus vite nous américaniser, faisant disparaître la classe moyenne, étirée dans la plus grande partie vers le bas, et rarement vers le haut.

Première stupidité: le retour des péages partout. Un péage fixe, c’est un péage qui défavorise les plus pauvres ou la classe moyenne inférieure, c’est-à-dire Monsieur ou Madame Tout-le-monde qui travaille fort et essaie de joindre les deux bouts. Ce petit 2$ aller-retour cinq fois par semaine, c’est peut-être le 20$ qui était nécessaire pour les sorties, ou pour l’épicerie, quand ce n’est pas pour l’hypothèque. On s’en prend aux plus pauvres et à la classe moyenne pour quoi finalement? Pour pas grand chose, parce que ceux qui ont deux ou trois voitures dans le garage ont amplement les moyens de payer ces péages!

Deuxième stupidité: privatiser la SAQ. La Société des alcools du Québec est une véritable vache à lait, remettant près de 700 millions de $ par année aux Québécois. Une somme investie dans la santé, l’éducation, dans des services aux citoyens dont profitent tous ceux qui ne sont pas assez riches pour se payer une médecine ou une éducation privée. En se privant de cet argent, l’État québécois serait non seulement plus pauvre, mais la population serait également moins bien servie, puisque c’est la force du nombre qui permet à la SAQ de négocier des achats à prix avantageux et d’offrir des vins de qualité non seulement à Montréal, mais jusque dans les petits franchisés dans le fin fond des clins-clins. Essayez pas d’avoir un bon Bordeaux en dehors des grands centres; c’est ce qui attend les amateurs de vin si on privatise la SAQ.

Dans les faits, l’entreprise est un exemple de bonnes gestion et d’appréciation de la part des citoyens; elle est extrêmement rentable pour l’État tout en gérant des ventes responsables et offrant un choix très diversifié. Il n’y a pas de logique rationnelle derrière la proposition des jeunes libéraux; seulement l’aveuglement d’une idéologie dépassée et dangereuse.

Dernière ineptie: l’augmentation des tarifs d’Hydro-Québec. Encore une fois, qui écope? Et oui, la classe moyenne et les plus pauvres! Tiens, le même Monsieur Tout-le-monde à qui on enlève 20$ par semaine en péages, et un autre 10$ en électricité, et encore d’autres frais puisque l’État n’aurait plus les moyens de payer pour certains services sans les redevances de la SAQ… C’est la somme de tous ces petites pierres qui finit par faire un gros sac de roches à porter.

Le gars qui fait 150 000$ par année, ça lui fait quoi de payer 40$ de plus par mois en électricité? Rien. Niet. Mais le travailleur honnête de la classe moyenne, ça le prend encore une fois davantage à la gorge. Les plus pauvres et la classe moyenne qui écopent, voilà la finalité de cette stupidité.

Le gouvernement Charest n’est pas assez idiot pour suivre les recommandations de ces jeunes extrémistes. La classe moyenne est déjà assez soumise à la pression de vingt-cinq années de réformes néolibérales; elle n’a pas besoin de se faire appauvrir davantage par d’autres projets dangereux d’une droite en mal de visibilité.

Ce qui m’inquiète, par contre, c’est de penser que ce sont ces jeunes qui, un jour, seront peut-être à la tête de l’État. Et qui tenteront de nous faire revenir vers l’arrière, à une époque où la classe moyenne n’existait pratiquement pas et où la société était divisée entre une minorité de bien-nantis et une majorité de pauvres.

Et si on regarde vers les États-Unis – le « bel » exemple de cette bande de lunatiques radicaux – on se rend compte que la classe moyenne est effectivement en voie de disparition et que les inégalités sont plus criantes que jamais.

Et c’est cette société dégénérée que veulent nous proposer les jeunes libéraux? Il serait peut-être temps de leur faire passer un test de réalité – un « reality check » comme disent les Canadians.

Et la meilleure façon, qu’on le veuille ou non, est de les éloigner le plus loin possible du pouvoir aux prochaines élections.