Laval, une ville perdue pour le français ?
20 juin 2019

Il y a un peu moins d’une dizaine d’années, je compilais des statistiques sur ce que j’appelais alors une invasion anglophone à Laval. Presque une décennie plus tard, les choses ont-elles changé ? Pas vraiment.

La carte interactive ci-dessous (basée sur les aires de diffusion de Statistique Canada) fait état de l’indice de vitalité linguistique (IVL) de l’anglais et du français à Laval. Cet indice est calculé en divisant le nombre de locuteurs de langue d’usage par celui de langue maternelle ; un résultat de 1 constitue un équilibre linguistique parfait. J’ai ensuite soustrait l’IVL français à partir de l’IVL anglais pour obtenir un différentiel de vitalité. En clair, si le différentiel est positif, il y a une plus forte vitalité anglaise (rouge sur la carte) et, à l’inverse, si le résultat est négatif, c’est le français qui jouit d’une plus forte vitalité (bleu sur la carte).

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Le résultat est aussi clair que déprimant : sauf quelques rares exceptions, la carte est presque entièrement rouge. Dans presque tous les quartiers de Laval, c’est l’anglais qui prime, c’est l’anglais qui gagne des points, c’est l’anglais qui transforme des locuteurs qui avaient une langue maternelle autre en langue d’usage anglaise. C’est l’anglais qui, dans une nation soi-disant de langue française, « intègre ».

Ce qui est encore plus inquiétant est la force de cet attrait de l’anglais : dans de nombreux quartiers, l’IVL anglais dépasse 2, voire 3, ce qui est énorme ! Par exemple, le secteur 185, autour du métro Cartier, a seulement 1,3% de sa population de langue maternelle anglaise, mais 5,3% qui ont l’anglais comme langue d’usage, pour un IVL de 4.11 ! Que de telles anomalies se produisent dans un deux quartiers serait surprenant mais possible, mais ce genre de données se répète un peu partout dans toute la ville de Laval.

La Loi 21 constitue peut-être un pas dans la bonne direction, considérant l’ampleur de l’immigration massive qu’on nous impose — tout ce qui peut rendre le Québec moins accueillant pour un immigrant constitue une avancée — mais il faudra des mesures beaucoup plus agressives et ciblant directement les privilèges anglais, des privilèges qu’aucune autre majorité sur cette planète n’accorde à sa minorité.

Si nous continuons d’attendre, Laval sera perdue. D’ailleurs, il est peut-être déjà trop tard…

Les meilleurs quartiers où élever une famille à Laval
31 mai 2019

La ville de Laval constitue la troisième ville la plus populeuse au Québec, avec plus de 437 000 habitants. Arrivant au quatorzième rang des pires villes de la région métropolitaine de Montréal pour y élever des enfants, elle est si vaste et ses secteurs y sont si variés qu’on y trouve de très bons et de très mauvais quartiers pour élever une famille. Que ce soit pour planifier l’achat d’une propriété ou simplement pour en savoir plus à propos des gens vivant près de chez soi, cet article permet de mieux connaître la ville et de savoir quels sont les quartiers les plus intéressants pour fonder une famille… et ceux à éviter !

La carte ci-dessous (qu’il est possible de cliquer pour agrandir) est compilée grâce aux données de Statistique Canada (recensement de 2016). Elle fait état des meilleurs et des pires quartiers de Laval pour élever une famille. Cette carte est comparative, c’est-à-dire que les secteurs en vert sont jugés meilleurs que ceux en rouge, mais seulement à l’intérieur des limites de la ville de Laval. Ainsi, un secteur en vert à Laval pourrait être en jaune dans une ville comme Boucherville, par exemple.

Les meilleurs et les pires quartiers de Laval où élever des enfants. Les meilleurs secteurs sont en vert et les pires en rouge.

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Les divisions de la carte sont déterminées selon les aires de diffusion de Statistique Canada. Si un côté de la rue est vert et l’autre est rouge, cela signifie simplement qu’il y a une forte différence entre la moyenne des deux secteurs. S’il était possible (et logique d’un point de vue statistique) de faire une analyse par rue, on verrait un plus grand dégradé des couleurs. Il est recommandé de considérer la moyenne des secteurs adjacents au secteur choisi pour obtenir une plus grande précision dans les résultats. Ainsi, un secteur rouge entouré de secteurs verts serait possiblement plus intéressant, tandis qu’un secteur vert au centre de nombreux secteurs rouges serait peut-être à reconsidérer.

Ces résultats sont basés sur une analyse comparative de quatre facteurs et quatorze sous-facteurs.

  • Structure familiale (la proportion de la population âgée de moins de quine ans, la proportion de couples mariés ou en union libre et la proportion de familles monoparentales) ;
  • Cohésion sociale (la proportion de la population ayant le français en tant que langue d’usage, la proportion de la population ne faisant pas partie d’une minorité visible et la proportion de la population étant née au pays) ;
  • Situation financière (la proportion des ménages ayant un revenu dans le décile inférieur, la proportion des logements nécessitant des réparations majeures, la proportion des ménages dépensant plus de 30% de leurs revenus pour se loger, le taux de chômage et la proportion de la population dont le diplôme d’études secondaires constitue le plus haut diplôme) ;
  • Enracinement local (la proportion de la population dont le trajet domicile-travail prend moins de quinze minutes, la proportion de la population dont le trajet domicile-travail se fait en transport en commun, à pied ou à bicyclette et la proportion de la population n’ayant pas déménagé depuis cinq ans).

Plus de détails sur ces facteurs et la méthodologie suivie ici.

La première chose qu’on remarque en observant la carte, c’est à quel point les zones rouges et vertes sont bien délimitées. Contrairement à une ville comme Repentigny, par exemple, où les zones vertes et rouges se côtoient et se croisent, les secteurs sont relativement bien délimités à Laval : vert à l’ouest, au nord et au nord-est ; rouge au sud et au sud-est, jaune ailleurs.

Voici les résultats détaillés avec les statistiques par thème, pour chaque secteur de Laval. On peut agrandir le tableau en le cliquant.

Les meilleurs et les pires quartiers de Laval où élever des enfants. Les meilleurs secteurs sont en vert et les pires en rouge.

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LES TROIS MEILLEURS SECTEURS

Les trois meilleurs secteurs sont tous situés dans Sainte-Rose (voir tableau plus bas).

  1. Le secteur 587 (situé dans Sainte-Rose, près du boulevard Sainte-Rose E. et de la voie ferrée) constitue le paradis des enfants : près de 35% de la population a moins de quinze ans ! De plus, le taux de monoparentalité est très bas (seulement 8%) et la situation financière du quartier est excellente, alors que 0% des ménages dépensent plus de 30% des revenus. Il s’agit également d’un quartier très stable, car 85% des ménages n’ont pas déménagé depuis plus de cinq ans. Même si on aurait aimé constater une plus haute proportion de la population ayant notre langue comme langue d’usage, les autres données sont si bonnes que ce secteur se classe au premier rang des quartiers de Laval !
  2. Le secteur 629 (situé en plein centre de Sainte-Rose) se situe au deuxième rang des meilleurs secteurs de Laval, avec 23% de sa population ayant moins de quinze ans, de même que d’excellentes statistiques quant à la cohésion sociale et à la situation financière (aucun logement nécessitant des réparations majeures). Notons que près d’un travailleur sur quatre fait son trajet domicile-travail en moins de quinze minutes.
  3. Le secteur 632 (situé dans le même secteur que le secteur 629) se situe au troisième rang des meilleurs secteurs de Laval. Avec seulement 5% de familles monoparentales, il offre des conditions optimales pour le développement des enfants. De plus, le taux de chômage, au moment du recensement, était de seulement 2%. Un quart des travailleurs vont travailler à en transport en commun, à pied ou à vélo. Un quartier intéressant !

Voici ci-bas un tableau faisant état des vingt meilleurs secteurs de Laval où élever une famille. Il est intéressant de noter que le quartier Sainte-Rose est l’hôte de onze des vingt meilleurs secteurs à Laval !

Les meilleurs et les pires quartiers de Laval où élever des enfants. Les meilleurs secteurs sont en vert et les pires en rouge.

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LES TROIS PIRES SECTEURS

Il n’est pas besoin de chercher bien loin sur la carte pour trouver les pires secteurs de Laval : ils sont presque tous dans Chomedey !

  1. Le secteur 341 (au coin de Notre-Dame et du boulevard Chomedey) constitue le pire secteur de la ville de Laval. Avec 27% des familles qui sont monoparentales, seulement 45% de la population née au pays — le lecteur qui se questionne quant à la pertinence des données sur l’immigration ou par rapport au statut de minorité visible peut lire les études scientifiques disponibles dans la méthodologie et qui établissent clairement de quelle façon une trop grande hétérogénéité diminue la confiance qu’ont les citoyens entre eux au sein d’un quartier — 38% des ménages dépensant plus de 30% de leurs revenus pour se loger et seulement 40% parmi ceux-ci n’ayant pas déménagé depuis cinq ans, ce secteur constitue le pire quartier de la ville de Laval pour élever des enfants.
  2. Le secteur 401 (au coin de Notre-Dame et du boulevard Curé-Labelle) constitue le deuxième pire secteur de la ville de Laval. Seulement 30% de la population a le français comme langue d’usage et un hallucinant 42% des ménages dépensent plus de 30% de leurs revenus pour se loger. En outre, seulement 43% parmi ceux-ci n’ont pas déménagé depuis cinq ans.
  3. Le secteur 342 (au coin de Chomedey et du boulevard Curé-Labelle) constitue le troisième pire secteur de Laval. La situation financière de ce secteur est tout à fait déplorable, alors que 27% des ménages se situent dans le décile inférieur des revenus tandis que le taux de chômage y était de 24% au moment du recensement. Il est également à noter que près de 36% des adultes ont le diplôme d’études secondaires comme plus haut diplôme obtenu, ce qui démontre une très faible scolarité.

Comme le montre le tableau ci-bas, dix-huit des vingt pires secteurs de Laval sont situés dans Chomedey. Si Chomedey ne faisait pas partie de Laval, cela changerait véritablement l’image de cette ville.

Les meilleurs et les pires quartiers de Laval où élever des enfants. Les meilleurs secteurs sont en vert et les pires en rouge.

EN CONCLUSION

Si on fait exception du quartier Chomedey (et de quelques autres endroits plus défavorisés, comme Pont-Viau ou certaines parties de Laval-des-Rapides), la ville de Laval offre dans son ensemble des conditions très intéressantes pour élever des enfants. Il est à noter que les secteurs plus ruraux du quartier Saint-François constituent tous des endroits intéressants, tout comme la plupart des quartiers situés au nord de l’autoroute 440. À l’aide de ces données et en s’assurant de choisir le bon quartier, une famille désireuse d’élever des enfants mettra toutes les chances de son côté en s’établissant dans les meilleurs secteurs de Laval !

Citoyen de seconde classe
17 janvier 2011

Je suis en train de lire un livre tout à fait fascinant intitulé « La reconquête de Montréal », de Marc V. Levine, un expert américain de la question québécoise. La thèse est assez simple: c’est la puissance collective des citoyens, représentée surtout par l’État québécois, qui a réussi à briser le monopole politico-financier de la poignée d’anglophones de Montréal qui réussissaient, grâce au jeu de coulisse de l’argent, à imposer leur langue et leur agenda anglophone à des Québécois désolidarisés. Alors que Montréal avait un visage essentiellement anglais avant la Révolution tranquille, les Québécois se sont organisés afin de se faire respecter et de créer, véritablement, une ville française, représentative de la majorité qu’ils formaient dans la province.

Source de l’image

Aujourd’hui, tous les voyants lumineux sont au rouge. Montréal, qui était majoritairement francophone depuis la fin des importantes vagues d’immigration des années 1820-1850, a vu sa population de langue maternelle française chuter sous les 50%. Au Québec, également, nous sommes passés sous la barre historique des 80%. Les anglophones ont vu leur proportion de locuteurs augmenter pour la première fois depuis que Statistique Canada tient de telles données. L’exode des anglophones vers les autres provinces est presque terminé. Les banlieues ont une croissance de leurs locuteurs anglophones plus rapide que la ville-centre. Le cégep Dawson fait tellement d’embonpoint qu’il place ses élèves au forum Pepsi. On construit un méga-hôpital anglophone de 2,225 milliards pour une minorité…

On recule.

Nous en voyons les signes à tous les jours.

Tenez, par exemple, ce soir, j’ai été magasiner au Village des Valeurs, à Laval (votre humble serviteur vit pauvrement, imaginez-vous). Me promenant dans les allées, j’entendis soudain un long message audio, s’adressant aux clients en anglais seulement. Pas trois secondes, pas quelques mots. Long. Une minute peut-être. En anglais. À Laval, au Québec, nation francophone où le français constitue la seule langue officielle.

Offusqué, je décidai de me plaindre. La caissière, très gentille, m’avoua que c’était nouveau. « Ça fait peut-être deux mois, pas plus. Avant c’était en français, mais des anglophones se sont plaints, qu’elle m’expliqua.
– Quoi, ici, à Laval, dans le quartier le plus francophone de l’Île?
– Je sais, je trouve ça bizarre moi aussi, me répondit-elle. »

Je lui dit que je voulais porter plainte et elle appela sa gérante. « Karine est demandé à la caisse cinq, Karine à la caisse cinq! » Lorsque la gérante fut arrivée, je lui fis part du fait que je trouvais inacceptable qu’on s’adresse ainsi aux clients en anglais alors que la (seule) langue officielle du Québec est le français.
« Nous avons beaucoup de clients bilingues ici, me répondit sèchement la gérante.
– S’ils sont bilingues, ils parlent français. Pourquoi ne mettez-vous pas ces messages en français alors?
– On a eu des plaintes de clients, c’est pour ça qu’on les a changés, me lança-t-elle avec un regard méprisant.
– Je suis un client moi-aussi, madame, et j’aimerais me plaindre.
– Ça ne marche pas comme ça ici, me cracha-t-elle avant de tourner les talons et de s’en aller en marmonnant. »

Les deux bras me sont tombés. J’ai regardé la caissière, lui faisant un signe du genre « as-tu vu cela? » et elle a opiné du chef. Je demandai le nom de la gérante dans le but de faire une plainte au service à la clientèle, ce que j’obtins assez facilement (la caissière était d’accord avec moi et comprenait ma frustration, qu’elle me dit).

Or, arrivé à la maison, et alors que le goût amer de la saveur « citoyen de seconde classe » me pourrissait encore sous la langue, je tentai d’obtenir les coordonnés me permettant de me plaindre à la fois du mépris de la langue officielle du Québec et de l’attitude de la gérante. Peine perdue: le bureau-chef est aux États-Unis et tout indique qu’on ne pourra pas m’y répondre dans ma langue.

Speak White mon chum.

* * *

On m’accuse parfois de m’en prendre, dans ces pages – en passant, merci d’être toujours aussi fidèles; ce blogue bat des records de fréquentation depuis quelques semaines – aux anglophones. En fait, je ne m’en prends pas véritablement aux anglophones individuellement, car nous avons les anglophones que nous méritons. Ce sont nous, les Québécois, qui sommes à blâmer pour la dérive de la situation de notre langue nationale.

Cette petite Karine, gérante du Village des Valeurs, combien y en a-t-il comme elle au Québec, toujours prêtes à servir le client anglophone dans sa langue, à écouter ses revendications et à mépriser le Québécois exigeant d’acheter dans un milieu francophone? Combien de femmes et d’hommes comme elle, toujours prêts à donner plus de crédibilité à tout ce qui est anglais et à mépriser les siens?

Cette situation, ces Karine, c’est NOUS qui les avons créées. Alors que ce fut collectivement que nous nous sommes libérés, et collectivement que nous nous sommes élevés, qu’enseigne-t-on aujourd’hui dans nos écoles, quels messages lancent nos politiciens, quelles idéologies polluent les ondes de nos radios, de nos télévisions, d’Internet? L’anglais, l’anglais, l’anglais. Il n’y en a que pour l’anglais. On se moque de la capacité de Pauline Marois à parler cette langue étrangère, mais qui se moque du ministre Sam Hamad, par exemple, qui massacre notre langue dès qu’il ouvre la bouche? On parle d’imposer l’anglais intensif au primaire ou au secondaire, mais qui parle d’imposer le français intensif dans les écoles anglaises? Pire: dans un contexte budgétaire difficile, qui parle de réduire les privilèges des écoles anglaises, sur-financées? On n’en a que pour la réussite individuelle alors que c’est précisément lorsque nous avons décidé d’embrasser le concept de réussite collective, lors de la Révolution tranquille, que nous avons pu réduire substantiellement les écarts de salaires entre les anglophones et les francophones.

Nous créons, quotidiennement, ces Karine. La génération montante ne s’inspire pas de ce que nous disons alors que nous nous gargarisons de langue française comme d’un reliquat folklorique qu’on ressort occasionnellement pour se faire croire que nous avons encore des racines. La génération montant s’inspire de ce que nous faisons. Elle ne veut rien savoir de nos discours sur le français, sur l’importance de la langue, sur le statut officiel de celle-ci; elle nous regarde, à genoux devant l’anglais, prenant des cours du soir pour le parler, faisant des pieds et des mains pour que nos bambins puissent avoir le luxe de se remettre à ramper dès qu’ils ont appris à marcher.

Nous sommes les coupables.

Alors oui, je vais tenter de me plaindre contre cette Karine. Mais ce n’est même pas contre elle; c’est contre nous tous, ceux qui rampent, ceux qui se méprisent et ceux qui croient qu’il vaut mieux apprendre l’anglais pour réussir que de réclamer, collectivement, de pouvoir réussir en français. C’est fort de la conviction que de nombreux peuples se lèvent contre cette anglomanie que j’avancerai pour le respect de nos droits.

Esdras Minville écrivait, en 1934:

Et comment attendrions-nous des anglophones qu’ils mettent du français en ce pays, quand nous, les intéressés, nous employons à y diffuser l’anglais, à barbouiller d’anglais tout ce qui nous entoure?

Les anglophones nous respecteront le jour où nous nous respecterons nous-mêmes. Lorsque nous arrêterons de « barbouiller » nos vies d’une langue étrangère, ils comprendront peut-être, enfin, qu’ils vivent au sein d’une nation francophone et qu’ils n’ont de choix que de s’intégrer.

Ou de partir.

En attendant, nous sommes redevenus ce que nous avons toujours été, depuis 1760: des citoyens de seconde classe.

Des nègres blancs d’Amérique qui n’ont rien reconquis sinon leur séculaire agonie d’un peuple qui n’en finit plus de mourir.


MISE À JOUR: J’ai contacté le responsable des magasins du nord de la région de Montréal. Il a été réceptif pour ma plainte concernant la gérante et m’a dit que s’il préférait les annonces en français, il laissait ses gérants libres de choisir français ou bilingue. Il m’a dit qu’il allait en discuter avec le gérant et qu’on verrait s’il peut y avoir des changements à apporter. Il m’a également avoué qu’il est possible que les responsables de ce magasin ne pensaient pas déplaire aux Québécois en passant à l’anglais.

Bref, j’ai fait ma part.

À vous, maintenant.

À nous.


MISE À JOUR (27 janvier):
La gérante du Village des Valeurs m’a rappelé pour s’excuser de la manière dont j’ai été traité et pour m’annoncer qu’elle avait fait la demande pour que le système audio unilingue français soit de retour et qu’elle s’attendait à ce qu’il le soit bientôt.

Le leçon? Plaignez-vous quand on vous manque de respect et exigez le français partout!

En tant que citoyen québécois, je me sens de nouveau respecté et non seulement je retournerai à ce magasin, mais je le conseillerai à mes amis et à ma famille.

DEBOUT, QUÉBÉCOIS!

Laval: l'invasion anglophone
12 avril 2010

On parle beaucoup de l’anglicisation de Montréal, mais on oublie généralement de parler de celle, beaucoup plus spectaculaire, qui affecte la ville de Laval,  la troisième ville du Québec avec ses 365 000 habitants. Si j’avais déjà calculé sommairement l’anglicisation de cette ville de banlieue, y découvrant une tendance aussi rapide qu’inquiétante, une analyse plus rigoureuse des données expose une situation encore plus catastrophique.

Observez le tableau ci-bas.

Portrait de l’anglicisation fulgurante de la ville de Laval

Quartiers et ville Croissance des locuteurs de langue d’usage anglaise (2001-2006) Croissance des locuteurs de langue d’usage française (2001-2006) IVL français 2006 IVL anglais 2006
Auteuil 118.00% 5.49% 1.06 2.27
Chomedey -4.23% -4.81% 1.13 1.87
Duvernay 75.30% -1.20% 1.08 2.37
Fabreville 108.94% -5.41% 1.06 1.34
Îles-Laval 304.84% -12.78% 1.01 1.22
Laval-des-Rapides 18.65% -8.25% 1.09 1.55
Laval-Ouest 48.61% 4.95% 1.05 1.25
Laval-sur-le-lac 22.49% -7.63% 1.02 1.66
Pont-Viau 53.03% -10.22% 1.07 1.06
Sainte-Dorothée 108.06% 7.64% 1.07 1.82
Saint-François 121.64% -4.87% 1.09 1.17
Sainte-Rose 197.72% 6.48% 1.06 1.42
Saint-Vincent-de-Paul 71.83% -4.82% 1.07 1.73
Vimont 37.69% -11.74% 1.09 2.27
Laval 36.41% -3.36% 1.08 1.80

Les deux premières colonnes comparent la croissance des locuteurs de langue anglaise et française entre les recensements de 2001 et 2006. On parle ici d’une distance temporelle de cinq ans, et les résultats sont ahurissants: plusieurs quartiers ont vu leur population de langue d’usage anglaise littéralement exploser. À l’échelle de la ville de Laval, on parle d’une hausse de 36,4% d’anglophones en cinq ans! Pendant ce temps, la population francophone a baissé de 3,4%. À cette vitesse, combien faudrait-il d’années avant que les anglophones deviennent majoritaires?

Au niveau de l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le pouvoir d’attraction d’une langue en divisant les locuteurs de langue d’usage par ceux de langue maternelle (le chiffre 1 constitue le seuil de renouvellement; au-dessus, on observe un gain, en-dessous, une assimilation), la situation n’est guère meilleure: avec 1,80, l’IVL anglophone de Laval surpasse celui de la plupart des principales villes canadiennes. C’est donc dire qu’un anglophone a davantage de chance de transmettre sa langue anglaise à ses descendants à Laval qu’à Toronto, Vancouver ou Ottawa. Dans certains quartiers, comme Auteuil, Duvernay et Vimont, l’IVL atteint des niveaux quasi-stratosphériques, difficilement imaginables pour un peuple qui n’est pas en situation d’invasion. En fait, l’IVL du français étant de 1,08, c’est donc dire que le niveau d’attrait de l’anglais à Laval est dix fois supérieur à celui du français!

Méthodologie

Ces données des recensements de Statistique Canada pour les années 2001 et 2006 proviennent de la ville de Laval. J’ai additionné les réponses uniques aux réponses multiples n’impliquant qu’une seule des deux langues et j’ai calculé les résultats faisant état de langues multiples impliquant à la fois le français et l’anglais au pro-rata de l’influence de chacune de ces deux langues dans le quartier en question.  Vous pouvez consulter les données brutes ici.

Et si on agissait?

Pendant qu’on discute de notre loi 101 et de la nécessité pour le gouvernement actuel de la renforcer, les anglophones passent à l’attaque. Ils exigent de plus en plus l’anglais et il suffit de se promener au Carrefour Laval ou dans n’importe quel quartier central de la ville pour être témoin du recul de notre langue commune. Je ne compte plus les anecdotes personnelles ou celles d’amis ou connaissances ayant eu de la difficulté à se faire servir en français à Laval; et je ne parle même pas ici du nombre croissant d’entreprises exigeant le bilinguisme à l’embauche.

Après le Mouvement Montréal français, le Mouvement Montérégie français et le Mouvement Laurentides français, faudra-t-il à nouveau nous organiser et créer un Mouvement Laval français? Dans quel sorte de pays vivons-nous pour avoir à nous organiser entre citoyens pour exiger le droit de faire une chose aussi normale que de se parler dans la langue commune et nationale? Imaginerait-on des mouvements de défense du français en France, de l’allemand en Allemagne ou du russe en Russie?

Au lendemain du formidable spectacle pour la loi 101, les mots de Lord Durham résonnent encore dans ma tête:

Je n’entretiens aucun doute sur le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada; ce doit être celui de l’Empire britannique, celui de la majorité de la population de l’Amérique britannique, celui de la race supérieure qui doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent de l’Amérique du Nord. Sans opérer le changement ni trop vite ni trop rudement pour ne pas froisser les esprits et ne pas sacrifier le bien-être de la génération actuelle, la fin première et ferme du Gouvernement britannique doit à l’avenir consister à établir dans la province une population de lois et de langue anglaises et de n’en confier le gouvernement à une Assemblée décidément anglaise.

Et si on changeait l’histoire? Et si on en finissait avec ce génocide culturel?

Pour le moment, je ne peux que vous inviter à joindre le groupe Facebook de l’Association Laval français, mais qui sait ce dont l’union de Québécois fiers de leur langue et fatigués d’avoir à se prosterner devant une langue étrangère peut donner?

Rue par rue, quartier par quartier, reprenons la ville de Laval.

Nous n’avons pas le choix.

Laval: l’invasion anglophone
12 avril 2010

On parle beaucoup de l’anglicisation de Montréal, mais on oublie généralement de parler de celle, beaucoup plus spectaculaire, qui affecte la ville de Laval,  la troisième ville du Québec avec ses 365 000 habitants. Si j’avais déjà calculé sommairement l’anglicisation de cette ville de banlieue, y découvrant une tendance aussi rapide qu’inquiétante, une analyse plus rigoureuse des données expose une situation encore plus catastrophique.


Observez le tableau ci-bas.

Portrait de l’anglicisation fulgurante de la ville de Laval

Quartiers et ville Croissance des locuteurs de langue d’usage anglaise (2001-2006) Croissance des locuteurs de langue d’usage française (2001-2006) IVL français 2006 IVL anglais 2006
Auteuil 118.00% 5.49% 1.06 2.27
Chomedey -4.23% -4.81% 1.13 1.87
Duvernay 75.30% -1.20% 1.08 2.37
Fabreville 108.94% -5.41% 1.06 1.34
Îles-Laval 304.84% -12.78% 1.01 1.22
Laval-des-Rapides 18.65% -8.25% 1.09 1.55
Laval-Ouest 48.61% 4.95% 1.05 1.25
Laval-sur-le-lac 22.49% -7.63% 1.02 1.66
Pont-Viau 53.03% -10.22% 1.07 1.06
Sainte-Dorothée 108.06% 7.64% 1.07 1.82
Saint-François 121.64% -4.87% 1.09 1.17
Sainte-Rose 197.72% 6.48% 1.06 1.42
Saint-Vincent-de-Paul 71.83% -4.82% 1.07 1.73
Vimont 37.69% -11.74% 1.09 2.27
Laval 36.41% -3.36% 1.08 1.80

Les deux premières colonnes comparent la croissance des locuteurs de langue anglaise et française entre les recensements de 2001 et 2006. On parle ici d’une distance temporelle de cinq ans, et les résultats sont ahurissants: plusieurs quartiers ont vu leur population de langue d’usage anglaise littéralement exploser. À l’échelle de la ville de Laval, on parle d’une hausse de 36,4% d’anglophones en cinq ans! Pendant ce temps, la population francophone a baissé de 3,4%. À cette vitesse, combien faudrait-il d’années avant que les anglophones deviennent majoritaires?

Au niveau de l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le pouvoir d’attraction d’une langue en divisant les locuteurs de langue d’usage par ceux de langue maternelle (le chiffre 1 constitue le seuil de renouvellement; au-dessus, on observe un gain, en-dessous, une assimilation), la situation n’est guère meilleure: avec 1,80, l’IVL anglophone de Laval surpasse celui de la plupart des principales villes canadiennes. C’est donc dire qu’un anglophone a davantage de chance de transmettre sa langue anglaise à ses descendants à Laval qu’à Toronto, Vancouver ou Ottawa. Dans certains quartiers, comme Auteuil, Duvernay et Vimont, l’IVL atteint des niveaux quasi-stratosphériques, difficilement imaginables pour un peuple qui n’est pas en situation d’invasion. En fait, l’IVL du français étant de 1,08, c’est donc dire que le niveau d’attrait de l’anglais à Laval est dix fois supérieur à celui du français!

Méthodologie

Ces données des recensements de Statistique Canada pour les années 2001 et 2006 proviennent de la ville de Laval. J’ai additionné les réponses uniques aux réponses multiples n’impliquant qu’une seule des deux langues et j’ai calculé les résultats faisant état de langues multiples impliquant à la fois le français et l’anglais au pro-rata de l’influence de chacune de ces deux langues dans le quartier en question.  Vous pouvez consulter les données brutes ici.

Et si on agissait?

Pendant qu’on discute de notre loi 101 et de la nécessité pour le gouvernement actuel de la renforcer, les anglophones passent à l’attaque. Ils exigent de plus en plus l’anglais et il suffit de se promener au Carrefour Laval ou dans n’importe quel quartier central de la ville pour être témoin du recul de notre langue commune. Je ne compte plus les anecdotes personnelles ou celles d’amis ou connaissances ayant eu de la difficulté à se faire servir en français à Laval; et je ne parle même pas ici du nombre croissant d’entreprises exigeant le bilinguisme à l’embauche.

Après le Mouvement Montréal français, le Mouvement Montérégie français et le Mouvement Laurentides français, faudra-t-il à nouveau nous organiser et créer un Mouvement Laval français? Dans quel sorte de pays vivons-nous pour avoir à nous organiser entre citoyens pour exiger le droit de faire une chose aussi normale que de se parler dans la langue commune et nationale? Imaginerait-on des mouvements de défense du français en France, de l’allemand en Allemagne ou du russe en Russie?

Au lendemain du formidable spectacle pour la loi 101, les mots de Lord Durham résonnent encore dans ma tête:

Je n’entretiens aucun doute sur le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada; ce doit être celui de l’Empire britannique, celui de la majorité de la population de l’Amérique britannique, celui de la race supérieure qui doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent de l’Amérique du Nord. Sans opérer le changement ni trop vite ni trop rudement pour ne pas froisser les esprits et ne pas sacrifier le bien-être de la génération actuelle, la fin première et ferme du Gouvernement britannique doit à l’avenir consister à établir dans la province une population de lois et de langue anglaises et de n’en confier le gouvernement à une Assemblée décidément anglaise.

Et si on changeait l’histoire? Et si on en finissait avec ce génocide culturel?

Pour le moment, je ne peux que vous inviter à joindre le groupe Facebook de l’Association Laval français, mais qui sait ce dont l’union de Québécois fiers de leur langue et fatigués d’avoir à se prosterner devant une langue étrangère peut donner?

Rue par rue, quartier par quartier, reprenons la ville de Laval.

Nous n’avons pas le choix.

Laval
6 avril 2010

« Regarde par la fenêtre: Laval, c’est laid comme ça ». Nous étions assis, ma copine et moi, au Amir du tout nouveau « Quartier Laval », près du métro Montmorency. Devant nos yeux, tout ce qui ne fonctionne pas à Laval. Entre deux bouchées, entre deux couches de peinture au nouvel appartement, nous apparaissait toute la fausseté de Laval.

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D’abord, le « Quartier Laval », sorte de gros centre d’achat extérieur où les boutiques sont agencées pour donner l’impression de rues de village, avec des commerces aux grandes vitrines, les stationnements parallèles et les vastes espaces piétons. Devant nous, d’ailleurs, végétait une vaste place d’une dizaine de mètres carrés avec un immense trottoir menant absolument nulle part. Vous voyez l’idée: vous prenez le trottoir, et rendu au bout, soudainement, il y a de l’herbe à poux, des roches et de la boue. C’est ça Laval.

L’autre côté du boulevard Corbusier, mur de Berlin de six voies de large, on apercevait un autre terrain vague, immense balafre au coeur de ce qu’on voudrait appeler centre-ville. À côté, des condos, des boutiques, encore des boutiques. Et des rues, et du béton. Et des stationnements, que des stationnements.

Carrefour Laval, Place Laval, Centre Laval, Quartier Laval; vu des airs, on dirait que le centre de cette ville qui n’aurait jamais dû en être une est un vaste stationnement. Était-ce l’idée que se faisaient nos élus lorsqu’ils ont fusionné les quatorze municipalités de l’Île-Jésus en 1965? Les meilleures terres arables du Québec couvertes de bitumes, c’était cela, leur rêve?

On appelle cela le progrès. Exactement comme pour le Quartier 10/30, à Brossard, on construit des commerces au milieu des champs et on prétend créer de l’activité économique. Non, pire: on prétend créer de la richesse.

Or, rien ne se perd, rien ne se crée. Ce n’est pas parce qu’on construit deux cents magasins que les gens vont acheter davantage. Ce centre-ville de pacotille que cherche à se créer Laval, il se bâtit sur le dos des boutiques de quartier. Combien de commerces fermés peut-on observer sur le boulevard des Laurentides? Et sur le boulevard Cartier, véritable allée mortuaire du commerce de détail? Le Tim Hortons, fermé. Les centres d’achats sont soit à moitié vides ou sont occupés par des églises évangéliques du genre « on prend le Seigneur pour emporter ».

Avant, il suffisait de marcher pour faire ses courses. Aujourd’hui, il faut prendre la voiture et aller downtown, car c’est bien là la langue utilisée dans ce centre-ville en carton. Avant, l’employé allait travailler à pied; maintenant il faut prendre la voiture. Tout, absolument tout dans ce centre-ville nécessite la voiture. À Laval, si tu n’as pas de bagnole, tu es un sous-homme. Pouvez-vous croire que j’ai vu une Chevrolet Cavalier avec un aileron et un silencieux du genre « je veux qu’on entende mon moteur de souffleuse jusqu’à Chibougamau »? Et tant pis pour la pollution! Et tant pis pour la qualité de vie.

En fait, le gros problème de Laval, c’est que la ville semble encore, quarante-cinq ans plus tard, à essayer de justifier son existence. Elle tente de se donner une image, de se centraliser. Elle ne réalise pas que sa plus grande richesse réside précisément dans ses quartiers, les anciennes villes auxquelles les citoyens sont restés fidèles. Car avant d’être Lavallois, on vient de Sainte-Rose, de Vimont, de Laval-des-Rapides. On n’est pas fier de Laval; on est fier de son quartier.

Au lieu de gaspiller les ressources financières de la ville pour chercher à se créer un centre qui ne pourra jamais véritablement exister autrement que de manière artificielle, la ville ferait peut-être bien de revaloriser ses quartiers, de redévelopper des secteurs qui forment autant de centres-ville naturels qu’on a délaissés pour l’illusion d’une croissance économique factice bâtie sur de fausses promesses et du bitume inutile.

Car dans un futur où le prix de l’essence ne peut qu’augmenter, construire une ville autour de la voiture apparait constituer un choix plus que hasardeux…

Après vingt années avec Gilles Vaillancourt à l’hôtel de ville, du sang neuf serait peut-être nécessaire.

Et si on bâtissait une ville à hauteur d’homme – et non de voiture – dès maintenant?

Dans deux semaines, je serai un citoyen de Laval-des-Rapides. J’espère, un jour, pouvoir être assez fier de ma nouvelle ville pour me considérer Lavallois. Mais quels changements d’ici là!

Faut-il couper les vivres aux universités anglophones?
4 septembre 2009

La sortie de l’ex-premier ministre Bernard Landry pour une francisation obligatoire du cégep, hier, m’a laissé un goût doux-amer en bouche. Doux parce qu’il était plus que temps de s’attaquer au problème que pose les 40% d’allophones qui choisissent le cégep en anglais. Amer parce que Landry, au pouvoir, n’a rien fait en ce sens et que la critique se déclame toujours plus facilement quand on n’est plus en position de pouvoir. Mais amer, surtout, parce qu’il ne s’attaque pas au véritable problème : les universités.

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En effet, comme le note Marc Chevrier, professeur au département de science politique de l’UQAM, les trois universités anglophones québécoises reçoivent 27% des subventions normées alors que les anglophones de langue maternelle au Québec ne représentent que 8,2% de la population (2006). En clair, elles sont trois fois plus financées que ce que leur poids démographique devrait permettre. Elles reçoivent également la part du lion du financement fédéral : entre 2000 et 2005, McGill, par exemple, a obtenu 121 des 213 chaires de recherches accordées au pays (194 sur 213 chaires sont anglophones). En 2004-2005, elle a également obtenu 60% de l’ensemble des contributions de recherches versées par les agences fédérales du financement.

À l’opposé, les francophones hors-Québec ne jouissent pas des mêmes privilèges. En 2004, l’investissement aux universités anglophones du Québec se chiffrait à près de 400 millions de dollars par année alors que l’ensemble du financement supérieur offert aux francophones pour toutes les autres provinces se chiffrait à 72 millions de dollars! Considérant qu’il y a près de 950 000 francophones hors-Québec contre près de 575 000 anglophones au Québec, l’investissement québécois pour ses universités anglophones est près de six fois plus élevé que celui offert aux francophones hors-Québec! On le constate, les universités anglophones du Québec sont choyées.

Le problème est le suivant : pendant que les Québécois débattent d’affichage, de francisation de raisons sociales anglophones, de changements de noms de rues, de services offerts en français – l’apparence de francisation – les anglophones se concentrent sur ce qui leur permet réellement de prospérer sans jamais avoir à apprendre le français : la vie intellectuelle. Nous dansons le tango avec les virgules et la proportion d’écriture française en relation avec celle anglaise pendant que les anglophones jouissent d’une éducation de meilleure qualité leur permettant d’occuper des postes prestigieux dans un milieu culturel anglophone vivace.

Par ailleurs, on parle beaucoup de sous-financement des universités. Le PLQ a même augmenté les frais de scolarité de près de 30%, faisant porter le fardeau de l’éducation aux jeunes qui commencent dans la vie. On a pourtant un autre choix, beaucoup plus utile socialement : prendre aux universités qui en ont beaucoup (McGill, Bishop, Concordia) et donner à celles qui crient famine (UQAM, UdM, Laval, UdS). En finançant le réseau anglophone à la hauteur de son poids démographique, on pourrait sauver 66% du financement qui lui est accordé et cet argent pourrait être réinvesti dans le réseau francophone.

Les lois imposant le français ont leur utilité, mais elles sont souvent trop brutales, trop directes, et donnent l’impression d’une injustice aux anglophones vivant ici, pouvant contribuer à leur radicalisation. En finançant plus adéquatement le réseau francophone à même les fonds d’institutions anglophones souffrant d’embonpoint financier, on pourrait arriver au même objectif d’une manière beaucoup plus élégante : les anglophones choisiraient les cégeps et universités francophones non pas parce qu’on les oblige, mais parce qu’elles sont de meilleure qualité et leur offre tous les outils pour s’épanouir… en français! En ce moment, loi ou pas loi, entre une McGill sur la montagne et nageant dans l’argent et une UQAM dans un sous-sol et en quasi-faillite, le choix est trop clair.

À quand un véritable débat sur le financement des universités anglophones? Qui aura le courage de s’attaquer à cette injustice?

La rampe sociétale
19 mai 2009

420$ d’amende pour ne pas avoir tenu la rampe de l’escalier roulant à la station de métro Montmorency, à Laval. On en jase beaucoup sur la blogosphère. Patrick Lagacé, pour ne nommer que lui, n’en parle pas une fois, pas deux fois, mais trois fois sur son blogue. Si on l’écoutait, on demanderait immédiatement la tête des policiers qui ont osé demander à Bela Kosoian de tenir la rampe.

Pourtant, les policiers ont fait leur travail. Lagacé et d’autres croient que les agents auraient du faire preuve de jugement, et ne pas appliquer la loi d’une manière trop stricte. Faudra se brancher: demande-t-on aux policiers d’appliquer la loi ou de juger si une loi mérite d’être appliquée ou non? À ce que je sache, le travail de l’agent de paix est d’appliquer la loi votée par nos représentants. Le policier ne doit pas perdre de temps à se demander si telle loi fait du sens ou non. « Tenir la rampe d’escalier, ah non, ça c’est un mauvais règlement, je ne l’applique pas! » Il doit agir rapidement et appliquer le règlement, point.

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Veut-on vraiment d’une police pour qui la loi est flexible? Évidemment, pour une histoire de rampe d’escalier, on passerait l’éponge. Mais qu’en serait-il la prochaine fois? À partir du moment où on laisse au policier la possibilité d’évaluer quelle loi doit ou non être appliquée, on court le risque d’assister à de réelles dérives, car la moralité est quelque chose de très personnel. Un policier, par exemple, peut décider que brûler un feu rouge la nuit est moins dangereux que de risquer de se prendre les cheveux dans un escalier roulant. Ou bien quand il arrête un citoyen qu’il connaît bien et que celui-ci est en état d’ébriété au volant, il peut lui laisser une chance. Il peut aussi fermer les yeux sur une plantation de cannabis, sur un vol, sur un meurtre. Dites-moi, elle est où la ligne? Quelles lois méritent d’être appliquées et quelles lois doivent être flexibles?

Dans les faits, les policiers ont été corrects avec la dame. Ils l’ont averti. Ils lui ont laissé une petite chance. Celle-ci, au lieu de répondre « désolé, j’ignorais ce règlement », a répondu une bêtise aux policiers ( « je n’ai pas trois mains » ). Un policier te donne une chance, et tu lui craches un visage. Les policiers n’ont fait que leur travail. Si je peux me permettre, je crois que si Kosoian avait eu une meilleure attitude, rien de tout cela ne se serait produit. Les policiers ont voulu utiliser leur jugement, et elle n’a pas pris la perche qu’ils lui tendaient.

Nous sommes dans un régime démocratique et un État de droit. Quand un policier nous interpelle, on se ferme et on suit ses directives.  Si on considère que celui-ci a mal agi, qu’il a outrepassé son pouvoir d’agent de la paix, on peut toujours envoyer une plainte en déontologie le soir-même. Et si on considère qu’un règlement est inutile ou injuste, on peut contacter son député pour lui demander de faire pression pour le modifier. C’est ça, la démocratie. C’est ça, agir avec responsabilité.

Alors, non, je n’ai pas la moindre sympathie pour Bela Kosoian. Elle aurait du remercier les policiers de lui donner une chance et aller en déontologie si elle considérait son arrestation abusive. Qu’on soit d’accord ou non avec le règlement, il existe, et il n’y a pas de bon ou mauvais règlement dans l’esprit du policier; il y a une loi à appliquer et on le paie pour qu’il l’applique.

S’attaquer aux agents qui ont agi dans les règles m’apparait donc non seulement inutile, mais tout à fait hypocrite. Si vraiment on considère abusif d’avoir un règlement qui force les gens à tenir la rampe, qu’on demande aux autorités de le modifier au lieu de s’en prendre à ceux qui ne font que l’appliquer.

Car ce n’est pas seulement d’une rampe qu’il est question ici, mais du devoir de chaque citoyen de connaître et respecter la loi ou de s’impliquer politiquement pour la changer. À mes yeux, les cris indignés de certains blogueurs en relation à cet événement traduisent plutôt un manque de désir d’utiliser les mécanismes disponibles pour construire une meilleure société.

S’indigner, avoir l’air piteux avec le constat d’infraction en mains, c’est facile. Contacter son député ou son conseiller municipal pour qu’il modifie le règlement, ça demande beaucoup plus d’effort.  Sauf que c’est ce type de comportement qui permet d’améliorer la société.

Pourquoi Québec aime Harper
7 septembre 2008

Il y a quelque chose de hautement symbolique dans les actions de Stephen Harper aujourd’hui.

D’abord, comme le note Stéphane Laporte, Harper a pris une voiture pour se rendre du 24 Sussex jusque chez la gouverneure-générale pour lui annoncer son intention de dissoudre la chambre et de lancer le pays en élections. Quand on constate à quel point Harper se fout de l’environnement, voilà qui devrait confirmer le message.

Ensuite, en affirmant qu’il désire violer sa propre loi pour aller en élection parce que « le Parlement ne fonctionne pas et que son gouvernement ne peut pas faire adopter ses lois » il ment honteusement à la population, car son gouvernement ne va nulle part depuis des mois, sans direction, coupant par ci ou par là pour le plaisir de la chose.

Et finalement – le plus important – Harper s’est immédiatement dirigé vers Québec où il a tenu un discours devant une poignée de militants, vantant les soi-disant accomplissements de son gouvernement et demandant à son « coeur du parti Conservateur » dans la province de l’aider à gagner ses élections. Mais pourquoi Québec? Et pourquoi maintenant?

En fait, il s’agit peut-être de superstition ou de calcul politique. Un peu des deux, probablement. Le 19 décembre 2005, Stephen Harper lançait sa campagne électorale en grand à Québec, en promettant un « fédéralisme d’ouverture » et une place pour le Québec sur la scène internationale (ce qui n’a jamais été accompli, en passant). Par ce geste, il espérait profiter non seulement du désarroi de la population québécoise face aux Libéraux, à la suite du scandale des commandites, mais il espérait faire vibrer le profond sentiment conservateur, voire régionaliste, qui anime la région de Québec.

Bref, comme je l’écrivais il y a peu de temps, la région de Québec (et dans une moindre mesure la Beauce) est différente du reste du Québec. Traditionnellement plus à droite, plus conformiste, moins aventureuse. Elle ne vit souvent que pour détester Montréal et tous ceux qui sortent un peu du rang. Québec est le royaume du conformisme social et quiconque pourrait lui donner l’impression de lui donner la place qu’elle croit qu’elle devrait occuper dans l’Histoire obtient immédiatement tout son respect.

Le problème, comme je l’écrivais il y a déjà un an et demi, c’est que le Québec a changé trop vite. D’une société ultra-conservatrice régentée par l’Église nous sommes passés à un libéralisme moral et à une ouverture des consciences, à une liberté de l’esprit et une multiplication des possibles en très peu de temps, d’un point de vue historique. Il n’est donc pas surprenant de constater un retour du balancier, surtout chez ceux qui traînent le lourd poids historique d’une ville qui fût la capitale de tout un continent et qui a aujourd’hui la taille d’un gros village et le poids démographique de la ville de Laval. Beaucoup sont nostalgiques d’un passé idéalisé, d’une société pré-révolution tranquille, voire encore plus avant, quand Québec était encore LA ville de la province, et que Montréal n’avait pas pris encore complètement le statut de coeur financier, économique, culturel et démographique qu’elle a aujourd’hui.

N’oublions pas: Québec n’a pas connu l’extrême-pauvreté de Montréal. Elle n’a pas connu la misère sans nom que des politiques économiques de droite ont causée au début du siècle précédent. Elle a toujours été relativement épargnée grâce à son statut de ville gouvernementale, dominée par une petit élite bourgeoise canadienne-française, pouvant compter sur de nombreux emplois dans la fonction publique, notamment, et n’ayant donc pas grand chose à craindre. Québec, cette vieille capitale qui, si elle avait voté oui en 1995 nous aurait donné notre pays, a toujours vécu dans la ouate et se sent aujourd’hui dépossédée, frustrée face à un Québec qui a beaucoup avancé socialement et dont elle n’est plus le seul centre lumineux.

C’est ce sentiment de frustration et de peur à l’égard de la nouveauté et de ce qui pourrait représenter une expression culturelle dépassant son statut de parent pauvre dans le domaine (les plus grands artistes ne naissent pas souvent dans la ouate) qui précipite de nombreux citoyens de la région dans les bras du Parti Conservateur. Pour ces gens, le fait que Harper et sa clique ait coupé les vivres aux artistes est un argument EN FAVEUR du Parti Conservateur. Ils détestent la nouveauté, ils abhorrent ceux qui sortent du rang et qui semblent contaminés par le Grand « Mourial » satanique et corrompu.

S’en prendre aux artistes, aux B.S., aux pauvres, aux chômeurs, aux honnêtes travailleurs syndiqués; voilà le type de discours qui charme une population qui, n’ayant pas connu les conséquences désastreuses des inégalités sociales, se laisse charmer par le discours adéquiste ou conservateur proposant une politique plus à droite où le voleur n’est plus le millionnaire ne payant pas un cent d’impôt, mais son voisin, son semblable. Et Montréal, bien sûr. On déteste Montréal à Québec.

Voilà pourquoi Québec a autant besoin du Parti Conservateur que Harper a besoin de Québec. C’est une relation synergique où la ville assure une base électorale au parti alors que le parti offre une reconnaissance des idées vieillottes, anti-syndicales, néolibérales et revanchardes qui animent la ville. Gagnant-gagnant.

Et perdants. Perdants sont tous ceux qui croient à un Québec moderne, où on redistribue la richesse, où on valorise la culture, où on assure une égalité des chances à tout le monde et où on fait de la lutte aux exagérations du capitalisme une priorité. Perdants sont tous ceux qui rejettent ce grand retour en arrière proposé par un parti aux idées dépassées qui cherchent à utiliser une ville et sa population parfois naïve et en mal de reconnaissance.

* * *

Désormais, j’ai décidé de prendre congé de mon carnet le lundi. Alors il se peut que je ne vous lise pas ni vous réponde (ni ne puisse modérer quelques commentaires qui auraient échappé à mon contrôle). J’ai décidé de prendre cette décision pour avoir davantage de temps pour mes autres projets. À mardi!

Du canot chez Céline… et autres merveilles
16 juillet 2008

La région de Montréal, malgré son éternelle grisaille et sa pollution qui semble encrasser un peu nos vies, réserve tout de même d’agréables surprises. Il y a bien sûr le parc des àŽles-de-Boucherville, le Mont-Royal, mais qui connaît le parc de la Rivière-des-Mille-àŽles ou celui de l’île-de-la-Visitation?

Hier, Gaby et moi nous avons fait les deux, hé oui! D’abord nous sommes allés jusqu’à Sainte-Rose et avons loué un canot pour visiter de plus près la magnifique rivière des Mille-àŽles. Le temps était exceptionnel; juste assez chaud, un petit vent rafraîchissant et quelques nuages pour ne pas brûler. Nous avons donc ramé entre les canards (qui s’approchaient très près de nous) vers l’île aux Fraises, puis vers l’île aux Juifs, qui n’était pas avare de de petits recoins charmeurs. Le courant était parfois assez fort, et je mentirais si je disais que nous avancions toujours rapidement (et même si je disais que nous avancions toujours), mais ça valait la peine.

Entre autres choses, nous avons vu le fastueux chalet château de Céline Dion, avec sa clà´ture à fils barbelés et son gazon plus vert qu’un terrain de golf. Il y avait même une petite motocyclette pour enfant près du triple-garage, ce qui nous laissait croire que René-Charles n’était pas bien loin. Céline, « notre Ceûûûline à nous », elle en a du foin. Et ce n’est pas l’endroit qui manque dans sa grange pour le ranger.

Bref, ce fût bien intéressant comme sortie. Pas tous les jours qu’on peut allier sortie en pleine nature et mondanités de la haute société.

Et qu’est-ce qu’on a fait par la suite, après une petite visite dans la belle-famille et un agréable resto? Hé oui, on a remis ça, au parc de l’île-de-la-Visitation cette fois-ci. Un parc un peu moins axé sur les sports nautiques que le premier, mais avec de magnifiques sentiers et une éblouissante promenade sur le bord de la rivière des Prairies qui pourrait redonner le sourire à un catatonique sous médicamentation.

Faut découvrir un peu; il y a vraiment des endroits splendides à moins de trente minutes en voiture de Montréal! Et le mieux dans tout cela, c’est que l’accès y est gratuit! Un des derniers vestiges de notre État social-démocrate; profitez-en avant que les chantres du néolibéralisme ne décident d’implanter le concept d’utilisateur-payeur et de nous priver encore davantage des merveilles de notre pays.