Une autre action inutile signée RRQ
6 novembre 2011

Le Réseau de résistance du Québécois (RRQ) avait annoncé une « grande action » contre la corruption; on a encore eu droit à un pétard mouillé. Tout comme lorsqu’une simple banderole (1000$ de l’argent des militants) accrochée à un avion avait constitué une « action réussie » lors de la visite du prince l’été dernier, ou lorsqu’on a lancé du ketchup au visage du maire de Mascouche, le RRQ a la victoire facile. Hier, en occupant les bureaux très régionaux de SNC-Lavalin à Québec, le réseau a une fois de plus démontré à quel point il est déconnecté de la réalité québécoise.

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Le fantasme du RRQ est toujours le même: il existerait un réseau occulte, une « nébuleuse » de forces fédéralistes à l’œuvre au Québec et qui utiliseraient l’argent et la corruption pour affaiblir le mouvement indépendantiste. Cette pensée est à l’origine de la plupart des actions du RRQ. L’occupation de SNC-Lavalin, une entreprise ayant contribué massivement à la caisse du PLQ, constituait la suite logique d’une idée certes séduisante – il suffirait de détruire ce monstre caché pour réaliser l’indépendance – mais sans aucun fondement concret. Encore une fois, le RRQ se trompe de cible. Et encore une fois, après s’en être pris à un maire francophone, à des militants francophiles, c’est encore une fois à une entreprise québécoise qu’on s’en prend. Prochaine cible: Gilles Vigneault ou la Bottine Souriante?

Blague à part, l’idée directrice du RRQ est fausse et c’est ce qui contamine la plupart de ses actions. Ce n’est pas parce qu’existerait un réseau fédéraliste occulte qui manierait les médias à sa guise et dirigerait dans l’ombre nos destinées que l’idée d’indépendance ne lève pas. L’idée d’indépendance ne lève pas parce que la population y est indifférente; on ne lui a jamais appris ce que constitue réellement l’indépendance. Après des décennies de péquisteries où on parle de faire du Québec un pays pour mieux l’enchaîner aux accords internationaux ou pour utiliser la monnaie du pays d’à côté, tout en respectant scrupuleusement les privilèges de la minorité anglophone, on en est venu à considérer l’indépendance comme étant tout à fait interchangeable avec l’état actuel. En fait, plusieurs ne voient même pas en quoi l’indépendance représenterait une quelconque forme d’indépendance si on remplace un Canada mondialiste et culturellement asservi au dogme multiculturaliste par un Québec mondialiste tout aussi à genoux.

Le RRQ vit dans le passé. Le pouvoir qui nous opprime ne vient plus d’Ottawa, et à peine de Washington. L’Empire est partout; les banques ont pris le contrôle d’à peu près tous les pays, imposant leur vision purement utilitariste et commerciale des choses. Il faut relire Soral pour comprendre de quelle manière la quasi-totalité des pays soi-disant indépendants sur cette planète sont en fait devenus des subalternes des banques, qui permettent le jeu politique en autant que celui-ci ne mine pas leur pouvoir (voir également vidéo ci-bas).

« Il faudra bien déclarer l’indépendance face à Ottawa » me répliquerait-on. Ah oui? Et à quand l’indépendance face au cartel bancaire? Le RRQ – et de nombreux militants formés à son école passéiste – considèrent encore l’indépendance comme étant un simple processus de création d’un État à l’ONU et bingo! tout est réglé. Rien n’est plus faux. Même la France n’est plus indépendante. Le Front National français, malgré quelques remugles d’un racialisme n’ayant plus sa raison d’être et que Marine Le Pen tente d’éliminer, est devenu un parti tout aussi indépendantiste que le Parti Québécois l’a déjà été. Pourtant, la France est indépendante, non? Non. Elle ne l’est plus. On lui laisse gérer son petit carré de sable tant que cela ne dérange pas les banques.

Évidemment, cela ne veut pas dire que l’indépendance de papier – un pays sua mappe! – est inutile. Elle permettrait de mieux gérer notre carré de sable et de contrôler un peu mieux notre immigration et nos politiques – tant que cela ne nuit pas au cartel bancaire. Mais si cette indépendance ne mobilise plus les troupes, c’est parce que nombre de mouvements qui la revendiquent se limitent à cette gestion du petit carré de sable en faisant abstraction de toute réflexion philosophique sur la réelle signification du mot « indépendance » en ce début de vingt-unième siècle. Ils veulent faire du Québec l’équivalent des autres sans se rendre compte que cette équivalence ressemble de plus en plus à un artifice.

En occupant une entreprise québécoise comme SNC-Lavalin sous prétexte que ses employés ont contribué à la caisse du PLQ, le RRQ contribue à nous enfermer dans cette logique de l’apparence et cette idée tout à fait fausse qu’il suffirait de lutter contre la corruption et d’affaiblir les forces « fédéralistes » (au fait, combien de fédéralistes convaincus avez-vous rencontré depuis une décennie?) pour donner un nouveau souffle au mouvement. En fait, la corruption est plutôt le SIGNE du désengagement complet des citoyens de la chose publique parce que ceux-ci ont compris que les partis politiques se ressemblent tous et que leurs politiques sont équivalentes, en directe ligne avec le catéchisme du cartel bancaire. Les citoyens sont tellement désespérés qu’ils sont prêts à croire n’importe qui ou n’importe quoi qui donne une apparence de changement (NPD, Legault, etc.).

Elle est là, la vraie cible.

J’écrivais récemment qu’il faut descendre dans les livres avant de descendre dans la rue. Je crois que c’est ce que devrait faire le RRQ. Il lui faudrait mettre à jour son discours afin de cesser de lutter contre des réseaux fantômes omniscients dans l’esprit de ses dirigeants, et plutôt chercher à construire la véritable résistance de demain, qui se fera contre le système économique actuel et qui se construira sur ses ruines, avec l’aide des autres peuples, mais dans le respect des particularités de chacun.

En attendant, on doit se battre pour ne pas perdre notre langue et notre culture (où était le RRQ le 16 octobre dernier quand des citoyens ont pris la rue contre le sur-financement des institutions de langue anglaise?), et préparer une lutte non pas contre le PLQ – une simple succursale du cartel bancaire – mais contre le système en entier. On doit se battre non pas pour attirer des kodaks, mais pour développer un argumentaire permettant de construire les luttes de demain. À cet effet, on peut s’inspirer de ce qui se fait en France, notamment avec le mouvement Égalité et Réconciliation. Dans tous les cas, si on ne veut pas lutter pour une indépendance réelle, qu’on le fasse au moins pour la langue et il y a des centaines de cibles plus pertinentes qu’une entreprise québécoise comme SNC-Lavalin (à commencer par McGill et tout le réseau d’institutions de langue anglaise sur-financées).

Malgré cela, il faut féliciter les militants qui ont pris la peine de se battre pour ce en quoi ils croient. À mes yeux, c’était inutile, mais toute personne qui se tient debout est le plus beau des monuments, pour paraphraser Georges Dor. Reste à souhaiter que le dévouement et la force extraordinaire de ces militants soit mieux utilisée par le RRQ qui, incidemment, semble beaucoup plus utile lorsqu’il se limite à son nouveau rôle d’agence de sécurité lors de manifestations.

Comment meurt notre langue
24 février 2011

Notre langue ne meurt pas parce nous oublions sa valeur, parce que nous ne nous considérons plus comme des résistants francophones sur ce continent du tout-anglais. Elle ne meurt pas non plus parce nous ne savons plus apprécier sa beauté, ses rimes, sa sonorité, sa précision, ses particularités; ce n’est pas parce que nous cessons de la chérir qu’elle meurt. Elle ne meurt pas également parce que nos enfants oublient leurs parents, que leurs parents oublient leurs grands-parents et que nos ancêtres sortent de nos vies comme autant de blessures trop lourdes pour être rappelées à la conscience.

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Notre langue meurt parce que nous ne la considérons plus comme étant une chose allant de soi. Déconnectée de nous-mêmes, nous l’intellectualisons, nous la « cérébralisons », nous demandons aux gars d’en bas, ceux des tripes, ceux du ventre, ceux des couilles, d’abdiquer, de faire confiance à ceux d’en haut, ceux qui remettent tout en question, ceux qui n’existent que pour relativiser, qui ne s’attachent ni à la terre ni aux cieux, ceux qui, par la raison, aimeraient nous convaincre que notre langue ne vaut pas la peine d’être par et pour elle-même.

Notre langue meurt parce que nous ne la vivons plus autrement que par les mots qui s’attachent à notre rationalité, aux rares livres que nous lisons, aux discussions raisonnées que nous avons avec nos semblables. Quand vient le temps d’exprimer une émotion, une joie, un accord, une colère, une fraternité, les premiers mots qui viennent à notre esprit sont, invariablement, un « yeah » bien senti, un « oké », un « fuck », un « man ». La langue du bas, celle qui s’impose depuis deux siècles comme celle du pain et du beurre sur la table ne fait qu’une bouchée de la langue intellectualisée, celle qui se superpose au cerveau reptilien par un obscur désir collectif de ne pas disparaître.

Notre langue meurt parce que notre musique, nos arts, sont déjà anglicisés. Notre raison parle français, mais la musique qui nous fait vibrer, celle qui nous fait bouger, celle qui fait déhancher les femmes, celle qui donne chaud aux hommes, est anglophone. La joie, l’allégresse, la fête, la sexualité, la violence-exutoire trouvent toutes leurs mots dans la langue d’Amherst; notre musique, sauf de rare exception, chante surtout la mélancolie, la tristesse, la perte, le vide, l’amour. Nous ne voulons plus nous attacher à ces sentiments montant du fond de l’histoire, ceux d’un peuple qui n’en finit plus de mourir et qui, deux siècles plus tard, chante encore « Évangéline » un trémolo dans la voix. Notre âme a déjà abdiqué là où notre raison veut poursuivre le combat.

Notre langue meurt aussi parce que nous ne considérons plus le français comme étant suffisant pour réussir. Notre raison, résistant aux mutineries des cols bleus du bas depuis si longtemps, montre des signes d’essoufflement. Nous sommes épuisés de penser au prochain; nous ne voulons pas intellectualiser un combat collectif impliquant de s’unir pour qu’il puisse être possible de réussir, ensemble, en français. Les gars du bas veulent l’argent rapide, ils veulent l’argent facile. Ils veulent réussir individuellement, non pas pour améliorer le monde dans lequel ils vivent ou faire partie d’un grand tout, mais simplement pour avoir le ventre plein et tirer un bon coup le vendredi soir.

Notre langue meurt parce que nous ne rêvons plus de territoires glorieux, d’une francophonie enracinée, d’une Abitibi, d’une Baie James, d’un Grand Nord à coloniser, de territoires où apporter nos Lumières et planter notre croix. Notre horizon, loin de s’être ouvert au monde, se limite désormais à une planète de cités urbaines interchangeables où on parle une langue interchangeable et où se croisent des gens interchangeables. L’anglais ne nous a pas ouvert les possibilités; il a au contraire résumé cette ouverture aux grands boulevards, un éternel chemin bétonné d’un gris tiède où, si ce n’était de quelques spécificités locales en voie de disparition, l’humanité serait Toronto, New York ou Londres. Notre territoire infini, celui du contact avec la nature, avec les autres peuples, de climats différents, d’une langue se portant comme on porte un flambeau, n’existe plus qu’en imagination.

Notre langue meurt parce que nous ne la croyons plus nécessaire pour vivre ici. Nous nous sommes fait un devoir d’apprendre l’anglais, nous l’imposons à nos enfants de sixième année comme le lourd tribut d’une disparition que nous n’avons pu assumer nous-mêmes, au même moment que nous sommes tout à fait satisfait de savoir que les anglophones, eux, n’ont, dans leurs écoles, que quelques cours d’un français saupoudré à subir. L’apprentissage intensif d’une autre langue constitue notre corvée; il ne nous viendrait jamais à l’esprit qu’un gouvernement responsable devant l’Histoire ou face à notre destin devrait au contraire prioriser l’apprentissage intensif du français chez ceux qui, même parmi les nôtres, ont encore de la difficulté à en saisir toute la richesse.

Notre langue meurt parce que nous voulons être aussi doux avec autrui qu’on a été rude avec nous-mêmes. Elle meurt parce que nous octroyons des privilèges à ceux qui habitent ici sans la parler, des privilèges qu’aucune nation au monde n’accorde. Elle meurt parce que, plutôt que de la porter à bras le corps, dans un geste viril de défiance face à la fatalité de notre Histoire, nous sommes plus inquiets du sort de ceux qui ne la parlent pas que de nous-mêmes. Elle meurt parce que nous sommes des lâches qui préférons le pire des compromis au nécessaire combat de la terre, de la sueur, des poings levés, de l’identité nationale affirmée, d’un peuple québécois dont la maturité ne se mesure pas aux privilèges qu’il octroie à une minorité anglophone n’attendant que le moment propice pour nous couper la tête, mais qui se respecte assez pour s’assurer, une fois pour toutes, que plus jamais ni notre langue ni notre identité ne seront menacées.

Notre langue meurt parce que nous avons oublié de la parler, d’utiliser la richesse de ses mots non pas pour vivre de misérables vies individuelles se terminant soit en terre soit dans une urne, mais pour parler de ce cri du fond des âges, de cette parole-humanité criant la vérité, hurlant l’existence d’une vie autrement plus riche que la bourbe mondialiste qu’on nous enfonce dans le crâne comme autant de clous dans le corps d’une humanité qui aurait pu, avec un peu de courage, devenir réellement plurielle.

Langue française: Trudel doit être plus agressif
20 septembre 2010

J’adore Denis Trudel. C’est un comédien hors-pair et une excellente figure populaire pour la cause du français. J’ai eu la chance de travailler avec lui sporadiquement alors que j’étais sous contrat avec le Mouvement Montréal français (MMF) et je n’ai que du bien à dire à propos de lui. Ceci dit, en tant que porte-parole du MMF, il aurait avantage à modifier son discours, à le rendre un peu plus revendicateur et à être moins sur la défensive.

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Par exemple, pour faire la promotion du méga-spectacle contre la loi 103, il était en entrevue à la télévision. Radio-Canada ou LCN, je ne me souviens plus. Il disait à peu près ceci:

« Nous ne sommes pas contre le bilinguisme, nous voulons le mieux pour nos enfants. Nous ne sommes pas contre l’anglais, nous sommes ouvert sur le monde. Mais nous voulons protéger le français car il risque de disparaître. »

Qu’on me pardonne l’approximation, mais j’ai presque échappé mon repas par terre en l’entendant tenir ce discours. Quelques mots, trois phrases tout au plus, et il venait de reproduire lui-même – et volontairement – les principaux mythes propagés par les adversaires du Québec français. Trente secondes, peut-être moins, et il a réussi à dire:

  1. Que le bilinguisme est quelque chose de souhaitable et de compatible avec un Québec français;
  2. Qu’il est justifié d’apprendre l’anglais à nos enfants pour assurer leur bien-être individuel;
  3. Que la lutte pour un Québec français ne se fait pas contre la langue anglaise;
  4. Que l’apprentissage de l’anglais constitue un pré-requis pour une « ouverture » sur le monde.

Rien que ça. À trop vouloir prévenir les coups de nos adversaires, Trudel a tenu un discours peureux et faible. Plutôt que d’avoir le courage d’aller au front et de faire face aux mythes, il a préféré s’excuser de vouloir défendre notre langue et rassurer ceux qui pourraient croire qu’on oserait réclamer autre chose qu’une réserve de sauvages francophones en terre d’Amérique anglophone. Des nègres blancs 2.0, quoi.

Ce qu’il faut plutôt, actuellement, c’est la capacité d’adopter un discours plus agressif, plus revendicateur.

Par exemple :

  1. Oui, nous sommes opposés au bilinguisme. Ce mot – bilinguisme – doit être descendu de son piédestal;le bilinguisme en tant que langage n’existe pas. Le bilinguisme, comme le disait le linguiste Albert Dauzat, c’est un état transitoire entre deux langues, le passage d’une langue faible vers une langue forte. Aucun peuple dont la langue était dominée n’est devenu bilingue avec la langue dominante sans perdre sa langue. Que des gens veuillent apprendre des langues étrangères, cela les regarde. Mais le bilinguisme en tant que concept généralisé ne peut que mener à la disparition du français en terre d’Amérique. Nous avons tous les Canadiens et les Louisianais bilingues pour le prouver.
  2. Le mieux-être de nos enfants passe par la langue française. Si nous adhérons à l’idée que pour maximiser leurs chances de réussite individuelle il faudrait absolument leur apprendre une langue étrangère, nous abdiquons notre rôle collectif qui devrait être de leur permettre, précisément, d’atteindre les plus hauts échelons de la société en parlant français. Si nous affirmons qu’il faille parler anglais pour réussir dans la vie, nous faisons du français une langue de perdants et nous oublions que pour la plupart des nations du monde, la seule langue nationale permet d’accéder à tous les pouvoirs et toutes les possibilités. Nous n’avons pas besoin de mettre en danger notre nation française pour le 2-3% de citoyens qui devraient travailler en relation directe avec un pays anglophone.
  3. Oui, la lutte pour un Québec français se fait contre la langue anglaise. Cessons d’être dupes : ce n’est pas le mandarin ou l’espagnol qui menacent le français au Québec. Il ne s’agit pas d’un jeu gagnant-gagnant où tout le monde fait une ronde à la fin de l’émission de Passe-Partout. La réalité est aussi crue que cela : chaque gain de l’anglais se fait en grande partie au détriment du français et, inversement, chaque gain du français se fait largement au détriment de l’anglais. Nous voulons un Québec français, mais pour y arriver, nous n’aurons pas le choix de nous attaquer aux privilèges des anglophones, par exemple à leurs institutions qui sont sur-financées par rapport à leur poids démographique.
  4. Qu’on cesse un peu de nous dire que l’anglais nous ouvre sur le monde! D’abord, l’anglais n’est que la troisième langue la plus parlée au monde, derrière le mandarin et l’espagnol. Ensuite, le monde ne parle pas qu’une seule langue, mais des centaines de langues différentes. La richesse de cette humanité, c’est sa pluralité, sa diversité. Concevoir un monde anglais, c’est recouvrir de bitume l’ensemble de l’Amazonie sous prétexte de s’ouvrir à elle. On détruit précisément ce à quoi on cherchait à s’ouvrir. On communique à Taïwan, à Bangkok, à New York ou à Londres, mais ce sont toujours les mêmes individus vivant selon la même culture anglicisée, les mêmes rites d’une world-culture ayant délaissé les identités nationales. L’ouverture sur le monde, plutôt, c’est assurer la survie de ces identités et s’assurer que le Québec, en étant en mesure de protéger sa langue commune, puisse continuer, à l’image d’autres peuples, à assurer la richesse culturelle et linguistique de cette humanité.

BOUM. BOUM. BOUM. BOUM. Je ne demande pas un argumentaire parfait, mais je veux voir quelqu’un au combat. Je veux le voir monter sur le ring contre le discours tout en muscles que les ennemis du Québec français cogitent depuis des décennies. Je veux le voir en prendre plein la gueule, mais se battre, tomber, se relever encore, à l’image d’un Québec qui n’acceptera jamais de dénaturer son discours de peur de voir le type dans l’autre coin du ring venir nous sacrer des volées. Je veux le voir saigner, conscient qu’il n’est pas seul dans cette lutte et qu’il a l’appui des centaines d’autres peuples au prise avec la même problématique – même si elle est moins aiguë qu’ici.

Quand on parle d’appliquer la Loi 101 aux écoles privées non-subventionnées et au cégep, on tient un discours offensif, revendicateur. Les militants sont prêts. Mais la population, elle, doit se faire dire les vraies choses. On doit cesser de la dorloter et de lui inventer des bouts de pensées patchées comme des collages d’intelligence qu’on colle dans le grand cahier de la bêtise argumentaire. Qu’on arrête un peu de lui dire en même temps qu’elle doit devenir bilingue et qu’elle doit exiger le français partout. Qu’on arrête de donner des cellulaires aux enfants en leur demandant d’utiliser la vieille cabine téléphonique. Qu’on soit honnête avec elle : notre langue nationale est en danger et il faut en finir avec l’anglomanie propagée par nos élites.

Denis Trudel constitue une élite de rechange, un modèle d’inspiration pour une nouvelle génération de Québécois désireux d’entendre un discours alternatif. Il n’a pas le droit de faillir à la tâche. Il doit se relever les manches, mettre les gants et monter dans le ring.

Sinon, et peu importe ses immenses qualités, il doit céder sa place à un autre.

Le poids réel de la « minorité » historique anglaise
12 août 2010

Nous ne sommes pas des sauvages. Les anglophones font leur possible pour éliminer la présence française en Amérique du Nord, eux qui ont interdit tout enseignement français dans la plupart des provinces canadiennes pendant près d’un siècle, mais nous confirmons des droits à la « minorité anglaise historique » du Québec. Que ce soit en santé ou en éducation, nous sommes fiers – peut-être trop fiers – de leur offrir de généreux services dans leur langue. Mais quel est le poids réel de cette minorité historique? À quelle hauteur devrions-nous financer leurs institutions?

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J’ai souvent parlé, dans de nombreux billets, du fait que nous sur-financions les institutions anglophones. Me basant sur la simple observation qu’il y a 8,2% d’anglophones de langue maternelle au Québec, j’en concluais que les institutions anglophones étaient sur-financées. La situation est pire que cela.

En fait, c’est Pierre Serré qui m’a mis la puce à l’oreille, alors que je lui demandais une analyse critique d’un mémoire que je rédigeais pour la prochaine consultation sur la loi 103. Le chiffre 8,2% ne représente PAS la minorité historique anglophone du Québec; il s’agit simplement de ceux qui ont la langue anglaise comme langue maternelle, que ce soit des immigrants, des gens nés dans d’autres provinces canadiennes ou des résidants permanents. Les anglophones « de souche » sont encore moins nombreux.

J’ai fait les calculs. Les anglophones de langue maternelle nés au Québec représentent 5,4% de la population. En répartissant au prorata les réponses multiples, et selon le recensement de 2006 – ce qui ne serait sûrement plus possible si Harper allait de l’avant avec ses attaques contre le questionnaire long – ils ne sont que 401 526 personnes sur une population totale de 7 435 902 citoyens. Un gros 5,4%, le voilà le poids de la minorité historique anglaise. (( Les données brutes sont ici.))

Or, cette minorité jouit d’un réseau anglais de cégeps et d’universités publics engouffrant respectivement 19% et 27% du financement total et d’un méga-hôpital engloutissant 45,4% (1,5 milliards de dollars contre 1,8 milliards pour l’hôpital francophone) des ressources consacrées aux méga-hôpitaux. Tout ça, oui, pour 5,4% de la population.  Le colonialisme continue.

Soyons cohérents!

Le Québec est français. Article premier de la Charte de la langue française. Nous consentons des accommodements à la minorité historique anglophone. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que nous leur donnons un financement juste et équitable en fonction de leur poids démographique mais que nous intégrons l’ensemble des autres citoyens à la société française constituant le cœur de cette nation. Si les anglophones « de souche » forment 5,4% de la population, cela signifie que 94,6% des citoyens doivent s’intégrer en français et que l’État doit faire tout son possible pour les y intégrer. Cela signifie que nous désirons intégrer les immigrants à l’école française et que tout citoyen n’appartenant pas à la minorité anglaise historique devra fréquenter des institutions lui permettant de s’intégrer en français.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. Comment peut-on espérer intégrer près de 95% des citoyens du Québec en français alors que nos cégeps ne sont financés qu’à 81%, que nos universités ne le sont qu’à 73%, que notre méga-hôpital – dont la construction n’est même pas commencée – obtiendra à peine 54,5% du budget alloué pour les deux méga-hôpitaux? Ce sous-financement des institutions francophones ne peut qu’inciter davantage de citoyens à s’intégrer en anglais.

En fait, nous ne finançons plus seulement les institutions de la minorité anglophone historique, mais nous aidons l’intégration en anglais de tous les nouveaux arrivants, y compris ceux venant d’autres provinces, dont le nombre ne peut être sous-estimé. Sur un total de 291 040 citoyens étant nés dans une autre province canadienne, 37,4%, soit 108 992, ont l’anglais comme langue maternelle. Ces gens-là, plutôt que de les intégrer en français, nous leur donnons des services en anglais, dans leur langue maternelle. Nous sommes donc très loin de financer les institutions de la minorité historique; nous finançons plutôt les institutions de la majorité canadienne sur notre territoire; nous nous privons de ressources qui auraient pu servir à assurer une meilleur intégration à la langue commune et nationale du Québec.

Le déséquilibre du financement des institutions doit être au cœur des enjeux

Le problème du déséquilibre du financement – le sur-financement des institutions anglophones et le sous-financement des institutions francophones – ne peut plus être ignoré. À un moment aussi critique que le nôtre, alors que le pourcentage de citoyens de langue maternelle française a glissé sous 80% au Québec et sous 50% à Montréal pour la première fois depuis qu’on tient de telles statistiques, nos descendants nous jugeront cruellement si nous n’avons pas le courage d’agir.

Affirmer que le Québec est français, que la langue française constitue la langue d’inclusion et d’intégration des nouveaux arrivants, c’est bien. Cesser de sur-financer des institutions anglophones pour 5,4% de la population, c’est beaucoup mieux.

Le jour où nous financerons équitablement, en fonction de leur poids démographique, les institutions anglophones, sera le jour où le français deviendra réellement la langue commune et d’inclusion des Québécois.

En attendant, on pourra quantifier notre recul en silence. Jusqu’à ce qu’un gouvernement borné nous enlève ce dernier droit et nous empêche d’avoir accès jusqu’aux statistiques faisant état de notre déclin.

De toute façon, ces gens-là, ils n’ont pas été à l’UQAM ou à l’UdM, n’est-ce pas?

Le Québec reçoit-il trop d’immigrants?
10 novembre 2009

Pierre Curzi pose une bonne question du bout des lèvres: le Québec reçoit-il trop d’immigrants? « Proportionnellement à la population totale du Québec, c’est trois fois plus que la France et deux fois plus que les États-Unis » note le député péquiste. Voilà une question qui mérite d’être posée.

En fait, on pourrait ajouter qu’à partir de 2010, lorsque le Québec recevra 55 000 immigrants à chaque année (sur une population estimée à 7 850 000 personnes), nous en recevrons, toujours proportionnellement à notre population, 1% de plus que l’Autriche, 15% que l’Angleterre, 18% que la Suède, 22% que la République Tchèque, 26% que la Corée du Sud et la Norvège, 83% que les Pays-Bas, 86% que les États-Unis, 104% que l’Italie, 108% que la Belgique, 111% que le Danemark, 140% que l’Allemagne, 150% que la France, 176% que la Hongrie, 189% que la Finlande, 202% que la Turquie, 391% que la Slovaquie, 539% que le Portugal, 601% que la Pologne, 1003% que le Japon et 1806% que le Mexique! (( Chiffres de la population et de l’immigration pour 2005, données de l’OCDE. Données de StatCan pour population du Québec. )) Seule une poignée de pays développés accueilleront davantage d’immigrants que le Québec.

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En outre, il faut peut-être se questionner sur l’origine des immigrants. Sur le nombre total de nouveaux arrivants au Québec, près de 40,8% ne sont pas, théoriquement, d’origine latine (( J’ai utilisé les données issu de ce document; j’ai additionné le pourcentage provenant d’Asie à celui de l’Afrique sans le Maghreb )). Ce sont là des individus qui, s’ils peuvent déclarer une certaine connaissance du français (on ne leur fait pas passer de test), n’ont aucune affinité naturelle avec notre langue.

Or, comme le démontre une publication du Conseil supérieur de la langue française, le pourcentage de transferts linguistiques vers le français chez les immigrants d’influence non-latine se maintient entre 14 et 22%. En clair, sur le 40,8% d’immigrants d’origine autre que latine que nous recevons à chaque année, seulement une personne sur cinq s’intègre vers le français. C’est donc dire qu’à partir de 2010, le Québec « s’enrichira » de près de 17 920 (40,8% de 55 000, puis 80% (100%-20%) de ce nombre) nouveaux anglophones à chaque année. En une décennie, c’est davantage que la ville de Sherbrooke au complet qui vient s’installer ici et qui refuse d’apprendre notre langue! Et c’est seulement pour la portion du 40,8% de non-latins!

Dans un contexte où le taux de fécondité des Québécoises est en forte hausse (de 71 825 en 2000 à 85 900 en 2007) (( Statistique Canada, Tableau 051-00041, Composantes de l’accroissement démographique, Canada, provinces et territoires, annuel (personnes) )), il m’apparait plus que sain de se questionner sur cette hausse de l’immigration. Serait-il possible de l’arrimer à un niveau plus acceptable, comme cela se fait dans des pays n’ayant pas le même fardeau de la disparition sur nos épaules? Comme je le notais dans ce billet, le ratio naissances/immigration est passé de 4,7 en 1982 (4,7 fois plus de naissances que d’immigrants reçus en une année) à 1,8, en 2007. Pour un nombre de naissances semblable (88 580 naissances en 1982 contre 85 900 en 2007), nous recevons donc trois fois plus d’immigrants! Est-ce vraiment nécessaire? D’autant plus que l’immigration comporte ses coûts

Au-delà de cette marée montante de statistiques, il faut peut-être se poser la seule et unique question véritablement pertinente: comment peut-on espérer sauver notre langue, dans un pays étranger, dans une Amérique du Nord où nous ne sommes que 2%, si en plus on nous impose une immigration supérieure à la majorité des pays développés? Comment rivaliser, en terme d’intégration, avec l’Irlande, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Angleterre ou l’Espagne? Ce sont tous des pays souverains dont la langue commune est unanimement reconnue et où le potentiel d’intégration y est donc beaucoup plus élevé qu’au Québec. Comment exiger d’un Asiatique qui croit arriver dans un Canada anglophone qu’il se francise et nous rejoigne si d’autres pays souverains recevant une immigrant comparable connaissent eux-aussi des ratés au niveau de l’intégration?

Nous sommes un peuple ouvert, peut-être le plus ouvert au monde, mais faut-il s’ouvrir jusqu’à l’extinction? À partir de quel moment, quel seuil psychologique, quel recul inadmissible du français devra-t-on se réveiller et finalement se donner les moyens d’assurer la survie de notre langue et de nos valeurs? Nous sommes généreux, nous aimons aider les autres, mais qui aidera-t-on lorsque plus personne ne parlera notre langue ou partagera notre culture? Les quelques poussières éparpillées qu’on appelle encore Canadiens-français, hors-Québec, sont-ils d’un grand secours pour intégrer les nouveaux arrivants et leur donner le goût de participer à un destin commun? Quel service rend-on aux immigrants en les parquant dans des ghettos, faute de pouvoir les intégrer?

À quand un véritable débat sur une saine réduction du nombre d’immigrants?

Tant de questions pour un débat auquel il est mal vu de participer, dans un Québec englué dans le dogme du multiculturalisme à la canadienne…

Six sur 26 000?
8 octobre 2009

« Six cas sur 26 000 ». C’est dans ces mots que le premier ministre du Québec a rejeté du revers de la main les doléances de l’opposition concernant les passe-droits offerts par la SAAQ aux membres de certaines religions exigeant de se faire servir par une personne de leur propre sexe. « À genoux! », « pas de colonne! » ont répliqué péquistes et adéquistes. Et ils ont eu raison de le faire.

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En effet, on ne doit pas juger d’une situation seulement en termes numériques. Ce n’est pas parce que ce sont seulement six cas sur 26 000 que ce ne sont pas six cas de trop. Où place-t-on la limite? 6 sur 26 000, par de problème. 50 sur 26 000, ça va. 1000 sur 26 000, pas trop grave. Et 10 000? Où trace-t-on la ligne? À partir de combien de cas peut-on parle d’un véritable problème?

En fait, la véritable question est celle d’établir à qui s’applique la loi. Si moi, un Blanc Québécois catholique non-pratiquant exige d’être servi par un homme plutôt qu’une femme, pourquoi pourrait-on me le refuser davantage qu’à un Musulman, par exemple? La loi est la même pour tous. Dès qu’on ouvre la boîte de pandore, on s’expose aux pires conséquences. Aujourd’hui, ce sont 6 cas sur 26 000, mais demain j’exigerai de voir un médecin homme, un caissier homme à la banque, un coiffeur homme, etc. À partir du moment où on déclare qu’il est correct que 6 personnes puissent choisir le sexe de la personne qui les sert, il faut offrir ce choix à tous les autres citoyens. Bref, par un simple accommodement raisonnable, on annihile toute notion d’égalité des sexes et on ouvre la porte aux pires excès.

Le Québec possède trois valeurs de base, trois profonds pieux enfoncés dans le sol meuble d’une identité du reste plutôt incertaine: laïcité, égalité des sexes et langue française. Ces trois valeurs nous représentent. Ce sont les fondements de notre identité, les valeurs qui ne sont pas négociables. Ce sont nos règles de bienséance à nous, ces petits-riens qu’on impose à nos invités. Ce sont nos phrases du genre: « peux-tu enlever tes souliers avant d’entrer » ou « pourriez-vous utiliser un sous-verre ». Notre maison, c’est le Québec, et nous sommes ouverts, tolérants et sympathiques en autant qu’on respecte au minimum nos règles.

Or, quand on décide de faire passer le choix religieux avant l’égalité des sexes ou qu’on endure une bilinguisation de nos vies, on renie ces valeurs fondamentales. On fait passer l’autre en premier. On lui lance le message suivant: « D’habitude, j’exige qu’on enlève ses souliers pour entrer, mais toi tu peux marcher dans la boue et en mettre partout si tu le désires ». On renie ce que nous avons de plus précieux pour faire plaisir à l’autre. Sous prétexte d’une mondialisation et d’un soi-disant besoin de davantage d’immigrants, alors qu’on peine déjà à intégrer ceux qui sont ici, on renie notre propre identité et on devient la carpette sur laquelle plusieurs ne rêvent, justement, que de s’essuyer les pieds.

Affirmer ses valeurs, imposer le français, la laïcité ou l’égalité des sexes dans toutes les circonstances, ne constitue pas un affront aux immigrants. C’est une simple question de respect. Non seulement nous respecteront-ils, mais ils seront davantage tentés de nous rejoindre, de faire partie de ce peuple ouvert à autrui mais respectueux de ses valeurs fondamentales.

Car, dites-moi, vous auriez envie, vous, de vous intégrer à un peuple tellement peu fier de lui-même qu’il oublie qui il est, son histoire et ses espoirs, dès qu’il entre en présence de l’autre?

En minimisant le problème des accommodements raisonnables, le gouvernement Charest ne contribue pas seulement à passer sous silence le cas de six individus sur 26 000. Il ignore également le problème de six millions de Québécois désireux de s’ouvrir aux autres sans y perdre leur identité.

Et ça, c’est beaucoup plus dangereux.

La barricade
19 juillet 2009

Eric Amber a davantage fait pour la cause du français que le Parti Québécois depuis des années.

Pendant que le parti de Pauline Marois tergiverse sur son nationalisme inclusif et entend faire l’indépendance par la porte d’en arrière avec une population de jeunes à qui on a enfoncé l’anglais dès la première année du primaire, le français continue de reculer à Montréal. On vit cette chute dans un état hypnotique, comme si la baisse progressive de l’utilisation du français constituait moins une régression qu’une simple adaptation à un nouvel ordre mondial. « Faut parler anglais, c’est la langue internationale ». Bullshit.

barricade

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La langue internationale se parle à l’international. Ici, c’est le local. Ici, c’est chez nous. Parler anglais en-dehors de nos frontières, c’est s’habiller du voile gris de l’uniformité et s’assurer d’une communication de base, superficielle. C’est croiser quelqu’un dans la rue et le saluer de l’autre trottoir. C’est se serrer la main d’une poigne moite et impersonnelle, c’est communiquer à la surface des choses.

Chez soi, plutôt, on se touche, on se caresse, on se parle dans le blanc des yeux. On se dit les vraies affaires. On se promène tout nu, on rote ou on pète. On est soi-même. A-t-on besoin de faire semblant, de se parler de loin pour respecter la décence de l’ordre international jusque dans sa propre maison? Non. Chez soi, on est soi-même et on laisse de côté cet habit abrutissant du tout-anglais.

C’est cela qui a choqué avec l’affaire Eric Amber. D’un subtil glissement où on se sent de moins en moins à l’aise chez soi on en est venu à se sentir carrément de trop, insultés, comme si on nous imposait de vivre selon d’autres valeurs en notre propre maison. On peut s’adapter au malaise jusqu’à un certain point, mais quand on vous insulte en votre propre maison, dans votre propre nation, parce que vous avez seulement osé être ce que vous êtes, c’en est trop.

Bourgault a déjà écrit: « C’est en constatant le sort réservé aux Canadiens français dans ce beau Canada uni que nombre de Québécois sont devenus souverainistes. Nous étions tous Canadiens français alors. Si nombre d’entre nous ont choisi plutôt de devenir Québécois, c’est pour tenter d’échapper au sort que réservait le Canada à sa minorité française. »

Rien n’a changé. Ou plutôt, si peu. Aujourd’hui, même les indépendantistes se sont laissés sabler par le ponçage du temps. Ils ont tellement attaché d’importance à l’idée de devenir indépendant qu’ils ont oublié que l’indépendance n’est pas une fin mais un moyen. Le moyen de survivre en tant que peuple et de s’assurer que le français ne meurt pas en Amérique du Nord, par exemple. Ça, ils l’ont oublié.

Or, un événement comme celui du Theatre Ste. Catherine permet de recentrer le débat sur les enjeux fondamentaux: la protection du français au Québec. De nombreux Québécois, surtout en-dehors de la métropole, semblent avoir oublié à quel point le français est menacé. En faisant l’étalage de tout le racisme et de la francophobie dont sont capables les anglophones de Montréal, on peut espérer sensibiliser de nombreux citoyens à la défense du français et à l’importance d’exiger de se faire servir en français.

Car, qu’on le veuille ou non, ce type d’insultes est monnaie courante. Moi-même, lorsque je travaillais à Ville Saint-Laurent, je me suis fait insulter à de nombreuses reprises parce que je parlais français. J’étais poli, j’étais serviable, j’étais dévoué. Mais je parlais français. SACRILÈGE! La voilà, la réalité à Montréal en 2009: les Québécois sont devenus des citoyens de seconde classe se devant de parler une langue étrangère sans quoi ils se font insulter.

Et voilà pourquoi Eric Amber nous aide: il personnifie à merveille l’anglophone raciste, hostile et chauvin, incapable de comprendre que le Québec, de Westmount à Gaspé en passant par Parc-Extension et Val d’Or, est francophone. Il représente cette injustice que nous pouvons enfin personnifier et proposer aux autres Québécois, loin des tranchées linguistiques, afin qu’ils aient un aperçu vivant et concret de la détérioration de la situation du français à Montréal.

Malgré tout, il n’y a pas lieu de se réjouir. À une époque pas si lointaine, un tel anglophone pris en flagrant délit de racisme et de francophobie se serait excusé en baragouinant les douze mots de français qu’il a appris en une décennie. Aujourd’hui, il résiste et se sent en droit de nous accuser, nous, le deux pour cent de francophones d’une Amérique du Nord nous ayant javellisé dans des siècles de « Speak White », d’être les racistes et les fanatiques. Il persiste et signe: pas question de s’intégrer à notre culture. C’est là une bataille que nous avons perdu.

Heureusement, tout comme une bataille ne fait pas la guerre, cette démonstration devrait nous permettre de convaincre nombre de Québécois de l’urgence d’agir et d’exiger le français en toutes circonstances sur le territoire du Québec. Exiger le français en tant que client, mais aussi au travail, dans la rue, partout!

Devant le rouleau-compresseur de l’assimilation, si on construisait, de nos mots et de notre fierté, une formidable barricade?

Doit-on se séparer de Quebec City?
21 juillet 2008

Il existe une culture de la médiocrité et de l’à -plat-ventrisme à Quebec City. Une haine et une jalousie de « Mourial » et de tous ceux qui sont fiers de ce qu’ils sont et qui s’affirment sans complexe et qui laisse l’arrière-goût amer du complexe d’infériorité qui afflige une ville qui fut un jour une capitale mais qui aujourd’hui n’est plus qu’une petite banlieue recluse vivant dans l’espoir de se faire reconnaître et apprécier par le vaste monde.

Quebec City me fait penser à un enfant orphelin, abandonné par sa mère-patrie, et qui désire avant tout se faire reconnaître et aimer et qui est prêt à tout pour cela. Même à renier sa culture, ses valeurs, et son histoire. Pourquoi Quebec City en est-elle rendue si bas?

Historiquement, quand les Anglais ont pris Québec, en 1759, cela a entraîné la fuite des élites françaises vers la France. Québec s’est donc trouvée isolée, sans élites, et la seule façon pour une grande partie de la population de survivre a été de s’amouracher des nouvelles élites anglophones et d’embrasser cette culture qu’on a appris à considérer comme supérieure. Cet à -plat-ventrisme s’est perpétué de génération en générations, et est-ce si surprenant de considérer que Quebec City fut un des endroits au Québec où les Québécois (francophones) ont voté en plus grand nombre pour le NON en 1995? Est-ce si surprenant de constater que c’est Quebec City qui a voté majoritairement pour l’ADQ en 2006? Et encore Quebec City qui a porté des Conservateurs au pouvoir?

Car Quebec City se fout des enjeux, se fout de la culture (quelle culture?), se fout de tout… Tout ce qu’elle veut, c’est se faire dire qu’elle est spéciale et unique. Elle veut voir Harper venir lui parler à elle et à elle seule (surtout s’il ne va pas à « Mourial » après!) ou Dumont lui chanter ses louanges. Quebec City veut être aimée et c’est tout ce qui compte pour elle. Et ceux qui représentent le gros village doivent agir en ce sens.

En effet, avez-vous regardé l’entrevue de Denis Lévesque avec Paul McCartney? Je l’ai écouté: c’était fascinant. Fascinant de voir un Denis Lévesque agir comme le roi-nègre d’une obscure colonie d’Afrique recevant un roi européen et lui poser des questions du genre: « Aimez-vous Céline Dion? Car nous sommes bien fiers d’elle! » (Et McCartney de répondre: elle vient du Québec?) Ou encore mieux: « Vous ennuyez-vous de votre femme? » (à€ quoi t’attends-tu comme réponse, le casque? « Non je ne m’en ennuie pas du tout, qu’elle crève en enfer la salope? » Du grand journalisme.) Un sujet devant sa majesté. Un colonisé. J’ai honte d’être Québécois quand je vois ça.

Et à qui avait-on droit en première partie du spectacle de sa majesté McCartney, payée grassement à même les fonds publics? à€ Éric Lapointe, aux Loco Locass, aux Cowboys Fringants, à Gilles Vigneault? à€ un hommage à Félix Leclerc? à€ quelque chose qui nous rappelle qu’on fête effectivement un peuple francophone et une ville francophone. Non. Ce furent les groupes The Stills (imposé par McCartney) et la très anglophile Pascale Picard (prononcer: Péskà´à´le Paà¯khà´rde ). Nous fêtons le 400e de l’établissement de la première ville francophone en Amérique du Nord et le spectacle est 100% anglophone. Quelle honte! Nous faisons vraiment rire de nous! (Voilà un argument qui pourrait toucher nos amis de Quebec City, pour qui tout ce qui compte est ce qu’en disent les autres… c’est comme ça quand on a peu d’estime de soi!)

Évidemment, les gens de Quebec City se trouvent des arguments pour défendre leur pathétisme culturel et leur à -plat-ventrisme linguistique. Ils accusent Montréal de jalousie, ils se disent ouverts sur le monde. J’ai des nouvelles pour vous, mes amis de Quebec City, mais l’ouverture sur le monde c’est aussi l’ouverture sur la diversité du monde, sur la multitude des peuples et des cultures, des histoires et des langues, des destins et des possibles. C’est tout sauf de se plier à la langue impériale anglaise et de se prostituer en acclamant des Pascale Picard ou des Simple Plan qui sont trop niais pour chanter leur réalité dans leur langue. L’ouverture d’esprit, c’est la volonté d’enrichir la culture mondiale en affirmant haut et fort sa propre culture (sans se fermer à celle des autres) et en n’ayant pas peur de se célébrer soi-même, non pas pour ce qu’on est, mais également parce qu’en se célébrant soi-même on contribue à assurer la diversité des cultures humaines! L’ouverture d’esprit, c’est tout, absolument tout sauf aller se brancher sur un spectacle anglophone et nier ainsi sa réalité.

Contrairement à ce que pensent certains bien-pensants, ce n’était pas qu’une histoire de McCartney et de ses ex-Coccinelles grisonnantes. Ce qui a fait autant réagir les gens (avec justesse!) c’est plutà´t parce qu’il s’agit d’un signe supplémentaire du peu de considération qu’a la ville de Quebec City pour notre histoire et du peu de respect qu’elle a pour nous. Elle se fout éperdument de son rà´le historique, de sa culture, de sa langue, de ses valeurs. Elle aurait invité Lord Durham à chanter le God Save the Queen si Durham avait été encore vivant. Elle se prostitue, mais c’est nous, notre culture, qu’elle vend ainsi à rabais.

Finalement, puisque tout ce qui compte pour les Quebec-cityois, quelle image a-t-on donné au touriste étranger venu dans la ville? L’image d’un endroit où il fait bon parler anglais, où l’histoire est sans importance, où même les artistes locaux chantent en anglais. L’image d’une ville sans fierté et dont la culture n’est pas différente de n’importe quel bled perdu au Mid-West. Une ville dont les seules particularités sont son architecture et le fait que les nègres locaux vous parlent avec un accent quand ils s’empressent de vous servir dans la langue de Shakespeare.

Et c’est cette ville-là que vous voulez pour capitale dans votre Québec indépendant?

Pas moi. Je crois que la capitale de notre pays doit être une ville qui nous rend fiers, et donc les citoyens sont conscients de leur histoire et de leur rà´le dans le monde. Une ville qui nous représente, qui nous donne envie de continuer à nous battre pour protéger notre langue et notre culture. Une ville qui s’estime assez pour voter elle-même pour le pays à créer.

Aujourd’hui, j’ai honte d’être Québécois. Honte d’être associé aux gens de Québec. Honte de ce spectacle aliénant qui transforme notre histoire en une petite parenthèse qu’il faut vite effacer pour s’intégrer au monde… anglo-saxon!

à€ lire: La petite noirceur

Randonnée au Mont Mansfield
8 juillet 2008

Hier après-midi, Gaby et moi sommes allés marcher au Mont Mansfield, la plus haute montagne du Vermont. Le Mount Mansfield comme on l’appelle au sud de la frontière est un monstre très large avec trois sommets bien distincts et séparés parfois d’un ou deux kilomètres! Fait à noter: si on regarde la montagne de cà´té on a l’impression d’y voir un visage! Il y a vers le sud le « Forehead » (le front), au milieu il y a le « Nose » (le nez) avec les antennes et la station de ski, et beaucoup plus au nord le « Chin » (le menton) que nous avons monté hier.

Nous avons abordé la montagne via son flanc ouest, dans le Underhill State Park, et à cet endroit il y a quatre choix de pistes: la Sunset Ridge Trail, la Laura Crowles, la Maple Ridge Trail et une autre dont j’ai oublié le nom. L’an dernier j’avais monté la Maple Ridge Trail, une piste assez difficile dont la première partie monte en sous-bois à 35-40 degrés d’inclinaison mais qui par la suite est magnifique, avec une montée sur les crêtes donnant l’impression de marcher sur le toit du monde! Celle-ci débouche sur le Forehead, qui offre un panorama plus qu’intéressant sur les cà´tés sud et ouest de la montagne.

Cette fois-ci, par contre, nous avons choisi un trajet légèrement plus facile en prenant la Sunset Ridge Trail, qui suivait le nord-ouest de la montagne et dont la plus grande partie était en sous-bois et le reste sur une crête. Contrairement à la Maple Ridge, il n’y avait pas de falaise à escalader (ou presque!) ni même d’endroit où il fallait sauter par-dessus une crevasse de trois ou quatre mètres de profond! Mais… Quel spectacle époustouflant en haut! Une vue à 360 degrés, de la tundra partout, le calme absolu! Si le ciel avait été moins brumeux, on aurait probablement vu le Mont Saint-Hilaire, comme l’an dernier! C’était vraiment un endroit exceptionnel, même si ça a pris 3h30 pour s’y rendre (on s’est arrêté quelques fois en montant… faisait quand même à peu près 38 degrés avec l’humidex en bas de la montagne).

Vers 18h30, on a décidé de redescendre, après un lunch sur le toit du Vermont et un petit somme la tête dans le ciel bleu immaculé. On a décidé de prendre la piste Laura Crowles, un peu plus courte que la Sunset Ridge. On ne savait vraiment pas dans quoi on s’embarquait! La Laura Crowles est une piste qui part du point A au point B; en d’autres mots elle suit un ruisseau (et une nappe phréatique sous celui-ci) qui part du sommet vers la base. Bref, on a eu droit à une descente extrêmement prononcée (à peu près du 40 degrés d’inclinaison, et je n’exagère pas) et des roches glissantes sur une distance de trois kilomètres! Et il semble qu’il y aurait une piste encore plus difficile: ayoye! On a descendu comme ça pendant pas loin de deux heures, mais nous sommes tout de même arrivés à temps pour l’arrivée de la noirceur, vers 21h00.

C’était vraiment une expédition inoubliable. Si vous avez envie de vous dépasser et de monter une montagne vraiment exceptionnelle et pas trop loin de Montréal (2h30 en comptant une légère attente aux douanes et un arrêt en chemin), le Mont Mansfield est un incontournable!

Quelques anecdotes en vrac…

Nous étions stressés avant de passer les douanes vers les États-Unis, car Gaby n’avait pas son certificat de naissance officiel (seulement son acte de naissance), mais quand on l’a soumis au douanier, celui a répondu « What’s this? » (C’est quoi ça?) Et il a ajouté: « pas besoin de ça! » Il ne nous a pas demandé où nous allions, ni si nous avions des choses illégales avec nous, ni combien de temps nous passerions aux États-Unis. Il a simplement dit « Have a nice day » (Bonne journée) et nous sommes partis, comme ça.

Par contre, en revenant aux douanes canadiennes, on a eu besoin de montrer pièces d’identité, certificat de naissance, et on a dû répondre à une litanie de questions pendant un gros cinq minutes (le temps est long avec les douaniers). Vraiment, je ne comprends pas. Si on n’avait pas eu les certificats de naissance, il nous aurait renvoyé… aux États-Unis? Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi c’est si facile d’entrer aux États-Unis et si difficile de revenir au Canada par la suite? à€ moins que ce ne soit une conséquence de cela?

à€ part de ça, ce fut un merveilleux voyage. Seule anicroche: j’ai eu beaucoup de difficultés à me faire servir en français. J’ai trouvé que les Américains manquaient cruellement d’ouverture sur le monde et étaient refermés sur eux-mêmes, incapables de me parler dans ma langue. Vous savez, moi j’ai grandi dans un pays où on ne cesse de me répéter que les étrangers sont des rois et maîtres et que je suis le plus grand des salauds si je ne leur parle pas dans leur langue, si je ne renie pas ma langue et ma culture pour me plier aux exigences des touristes et de ceux qui refusent d’apprendre notre langue. Si je refuse de parler la langue de l’étranger, on me qualifie de borné, ou de replié sur moi-même, ou d’injuste. Ça, c’est le discours qu’on me lance à la figure depuis toujours.

Alors, pourquoi les Américains ne sont-ils pas plus accomodants? Je suis l’étranger, et je suis dans leur pays, donc c’est à EUX de s’adapter à moi. C’est quoi ce patriotisme exclusif débile consistant à accorder davantage d’importance à ceux qui habitent à un endroit depuis des siècles au détriment du visiteur d’une seule journée? J’exige qu’on me serve dans ma langue! Les étrangers sont des dieux, nous devons nous mettre à genoux devant eux, alors j’exige qu’on me parle en français partout aux États-Unis!

On me dit que c’est ça, être ouvert sur le monde. Renier ses origines et se mettre à plat ventre devant l’autre. Bizarre, mais y a pas grand monde qui fait ça aux États-Unis. Faut croire que nous, Québécois, sommes vraiment une société distincte.

Faire un petit voyage, ça replace les idées. Et je dois dire que j’admire nos voisins du sud, qui parlent dans leur langue sans complexe, qui s’affirment sans haine ni méchanceté, qui ont été très aimables et cordiaux avec moi sans pour autant renier ce qu’ils sont. Ainsi, non seulement le Mont Mansfield m’a permis de me dépasser moi-même et de voir de magnifiques paysages, mais cette excursion a aussi renforcé mes idées politiques sur la nécessité d’être fermes mais polis dans notre désir de parler français dans notre pays.

Bonne Saint-Jean aux (vrais) Québécois!
23 juin 2008

(Un client que je vois régulièrement depuis près de deux ans arrive à la caisse…)
– Bonjour! (sourire)
-…
– Ça va? (sourire)
-…
– Avez-vous besoin d’un sac avec ça?
– …
– Avez-vous besoin d’un sac avec ça? (regard dans les yeux)
– I don’t speak french.
– Avez-vous besoin d’un sac? (je prends le sac, et le pointe en terminant ma phrase, de sorte que même un idiot aurait compris ce qu’est un sac, peu importe la langue)
– I don’t speak french.
– Avez-vous besoin de la facture? (je prends la facture, et la lui montre en la secouant)
– I don’t speak french.
– Bonne soirée monsieur, et bonne Saint-Jean! Bonne fête du QUÉBEC!
– …

Bienvenue à Ville dans Saint-Laurent, dans le merveilleux Québec anglicisé de tous ceux qui se dépêchent de répondre en anglais aux immigrants et qui leurs enlèvent ainsi toute nécessité (ou même tout désir) d’apprendre notre langue.

Bienvenue dans le Québec du futur, où on vous regarde avec de gros yeux et comme si vous descendiez de la lune parce que vous parlez français.

Bonne Saint-Jean aux vrais Québécois, c’est-à -dire tous ceux – peu importe leur origine – qui sont conscients de notre responsabilité culturelle et linguistique et qui se respectent assez pour refuser de parler anglais, que ce soit au travail, chez des amis, ou n’importe où sur le territoire du Québec!

à€ vous tous, je vous lève mon turban!

Et pour les autres, comme l’écrit Akakia, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes:

Pas de problème sous le ciel bleu fleurdelysé du Québec puisqu’il n’y a que le maire de Hérouxville qui ressort désorienté de ce constat très savant. Puisque la « crise des accommodements » (sic) sort des bureaux des médias qui ont monté l’affaire en épingle. Puisque le Parlement de Québec a décidé de garder son crucifix au-dessus du trà´ne (tout un gain !). Puisque les Canadiens français forment le peuple le plus bonasse et intellectuellement le plus paresseux du monde et qu’ils attendent tout bonnement de noyer leur chagrin, bien assis sur leur caisse de 24 devant le feu de la Saint-Jean, sans nourrir d’appréhension pour le lendemain.

Dormez, surtout, continuez de dormir! Nous sommes en train de disparaître, mais, surtout, continuez de dormir!