Moulin à paroles: deux poids, deux mesures
6 septembre 2009

Il est étrange de constater que les mêmes personnes qui réclamaient que la reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham ait lieu car il importait, selon eux, de reconnaître notre histoire et de l’accepter, veulent désormais boycotter le Moulin à paroles sous prétexte qu’on y lira le Manifeste du FLQ. Nous, Québécois, devrions accepter notre défaite de 1759 et la perte de notre identité subséquente, mais eux ne peuvent accepter des événements ayant eu lieu il y a moins de quarante ans. Deux poids, deux mesures.

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En fait, les événements d’octobre 1970 font autant partie de notre culture et de notre identité que la Défaite de 1759 ou les rébellions de 1837-1838. Sous prétexte de s’opposer à une minorité de radicaux ayant choisi la violence pour faire avancer une cause pourtant noble, des millions de Québécois ont été privés de leurs droits fondamentaux, d’autres ont été emprisonnés sans raison, des familles ont été déchirées, des vies ont été brisées. Et oui, il y a eu mort d’homme. Ceci est notre histoire; c’est notre passé et il détermine en grande partie ce que nous sommes.

Ainsi, en voulant censurer la lecture du manifeste du FLQ, le gouvernement Charest s’attaque à ce que nous avons de plus précieux: notre identité. Il ne s’agit pas seulement de réécrire l’histoire, mais plutôt de « désinventer » celle-ci, de s’attaquer aux fondements du malaise historique qui nous gangrène et mine notre capacité à nous épanouir. La lecture de ce manifeste, ce texte maudit qu’ils sacralisent eux-mêmes, constitue un formidable pied-de-nez aux fantasmes hallucinés de plusieurs originaux pour qui la Défaite de 1759 aurait été un grand bonheur pour notre peuple et aurait permis la constitution d’une nation francophone en constante diminution démographique mais heureuse de son sort. La manifeste du FLQ, c’est la révolte brute, caillouteuse, terreuse, d’un peuple conquis et à ce point désarticulé qu’il ne possède même plus la capacité de s’émanciper autrement que par la voie sans issue du terrorisme.

Les Plaines. Ah, ça c’est beau. Wolfe d’un côté, Montcalm de l’autre, on se sert la main et on danse cet étrange ballet des guerres nobles de l’époque. Un peu plus et on se paie un pichet les uns les autres. Ça, c’est un événement qui mérite d’être fêté. Nos ancêtres, d’égal à égal, avec les Anglais. Ça, il faut se le rappeler.

Mais octobre 1970, c’est sale, bruyant, pollué. Ça sent le désespoir, la petite misère, le combat perdu d’avance. Pas de poignée de mains ici, seulement deux-trois bombes et ce manifeste, ce désir brûlant de reconstruire ce qui a été détruit et permettre l’épanouissement d’un peuple. Ce brouillon d’un Québec qui aurait pu être. Pas question de s’en souvenir!

Au fond, je me demande qui sont les vrais radicaux. Patrick Bourgeois, et son Réseau de résistance du Québec? Biz, des Loco Locass? Luck Mervil, qui promet de lire le manifeste du FLQ? Ou bien Sam Hamad, Régis Labeaume, Josée Verner et Jean Charest, pour qui toute référence au désir inné et héréditaire des Québécois de se libérer du joug historique anglo-saxon constitue un tabou innommable?

Plus que jamais, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans la région de Québec. Et si les habitants de notre capitale nationale refusaient de voter pour ces bouffons qui renient notre histoire et se décidaient enfin à agir en maîtres chez nous et à se libérer du poids historique de notre défaite? Voilà certainement un autre scénario non grata pour ceux qui se disent neutres mais épousent le statu quo comme on fait l’amour à une maîtresse au désir un peu trop exclusif…

Notre histoire, c’est ce que nous sommes. Nous l’enlever, nous la censurer, nous cacher ce qu’elle a de hideuse ou de magnifique, c’est un peu nous détruire.

Région de Québec, à quand un peu de fierté?

Francofolies: nées pour un petit pain
12 août 2009

Le déménagement des Francofolies en juin dès l’an prochain dépasse le traditionnel conflit Québec-Montréal. N’en déplaise au volubile maire Labeaume, c’est surtout la fête nationale et la célébration du français à Montréal qui seront pénalisées. On a beau reconnaître la problématique voulant qu’il soit plus difficile pour le Festival d’été de recevoir des artistes internationaux un mois après un événement comme les Francofolies, il demeure qu’il s’agit d’une problématique mineure en comparaison de la nuisance imposée aux activités de la Fête nationale et de l’affront fait aux francophones en reléguant cet événement au rang de fête de seconde classe.

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La fête nationale. 24 juin. Quatre jours après la fin annoncée des Francofolies. Comme se demandait Mario Beaulieu, président du Comité de la Fête nationale du Québec à Montréal, dans une conférence de presse ce matin, en organisant un tel événement puisant dans le même bassin d’artistes et de spectateurs, comment s’assurera-t-on d’obtenir des commanditaires de qualité pour une seule journée, alors que les Francofolies dureront une dizaine de jours?

De même, comment inciter des artistes à se produire dans un spectacle gratuit le 24 juin alors qu’ils pourront se faire payer en salle quelques jours plus tôt? Et surtout: ne risque-t-on pas d’épuiser les gens en leur offrant dix jours de festivités francophones précédant la Saint-Jean-Baptiste? « La Fête nationale a toujours bénéficié d’une large couverture de presse qui contribuait à sa notoriété, son rayonnement et par conséquent, facilitait la sollicitation auprès des partenaires actuels et les démarches pour en trouver de nouveaux. La Fête sera dorénavant prise en sandwich entre les Francofolies, qui pourraient se terminer le 22 juin, et le Festival de jazz, qui débuterait dès le 25. Inévitablement, la couverture de la Fête n’aura plus la même envergure avec des conséquences qu’il est facile de prévoir », explique M. Beaulieu. Est-il surprenant que l’édition la moins populaire des dix dernières années de la Fête nationale ait eu lieu en 2006, alors que les Francofolies se sont exceptionnellement tenues en juin pour faire de la place pour les Outgames?

Équipe Spectra, l’entreprise privée organisant les Francofolies et le Festival international de Jazz, a publié un communiqué assez intéressant hier après-midi. On y lit notamment ceci: « [Les Francofolies visent ] en effet à soutenir la défense de la chanson francophone, de l’identité culturelle et de l’intégration des communautés dans une Montréal où plus de 50 % des ménages ne parlent pas le français à la maison. » Récapitulons. Montréal s’anglicise, le pourcentage de Montréalais parlant le français à la maison a chuté sous les 50%, et Équipe Spectra déplace unilatéralement les Francofolies pour les mettre en plein mois de juin, alors que les écoliers sont à l’école, les travailleurs au travail et les touristes ne sont pas encore venus faire leur valser leurs dollars. Ça va sûrement contribuer à revaloriser le français comme langue commune à Montréal…

En fait, les vraies raisons de ce déménagement unilatéral, on les connaît. Équipe Spectra espère sauver plus de 250 000$ en n’ayant pas à démonter ses scènes entre les Francofolies et Festival international de jazz. Et puis, les chambres d’hôtel sont moins chères en juin. Bravo. On prend un joyau et on le fout au grenier parce qu’il y demande moins d’entretien.

La petite misère québécoise

Or, une célébration, ça se paie. Si Équipe Spectra, qui a réussi à ruiner le Festival international de film de Montréal il y a quelques années, est incapable d’organiser une fête de la culture francophone en plein été, même avec les généreuses subventions gouvernementales, qu’elle passe le flambeau à quelqu’un d’autre. Bousculer tout le monde et organiser son projet à un moment où les travailleurs sont encore au travail, ça sent la petite misère québécoise.

Nés pour un petit pain, on peut avoir un « Just for Laughs » au coeur de l’été, un Festival international de jazz de Montréal, un Festiblues, un Osheaga, un Festival International Nuits d’Afrique, Festival du film fantastique Fantasia, Divers/Cité, la Coupe Rogers… Mais un événement qui célèbre notre culture, nos racines, notre langue? Ah non, ça on doit l’organiser dans un sous-sol d’église entre deux chaises pliantes. Tenez, même le nom sonne étranger: « Francofolies ». Aurait-on idée, à New York ou Washington, de célébrer le festival « Anglofolie »? On célèbre le français à Montréal comme s’il était une langue étrangère, bizarre, ethnique. « Un peu de français avec ton shish kebab? » On s’ethnicise.

Si vraiment on veut économiser de l’argent, on pourrait peut-être organiser l’événement en février, non? Les hôtels ne coûtent presque rien, et il suffirait d’entasser un peu de neige pour faire une scène extérieure. Ah, quoi? Ah oui, vous avez raison, il y a déjà le festival Montréal en Lumière en février…

Quand toute la poussière sera retombée, on aura le résultat suivant: une culture francophone dévalorisée et instituée au rang de folklore ne méritant même pas le coeur de l’été et une Saint-Jean-Baptiste diminuée, privée de commanditaires et au nombre réduit de participants. Équipe Spectra, elle, aura des centaines de milliers de dollars supplémentaires pour continuer sa gestion douteuse et sa stratégie unilatérale de développement plaçant tout le monde devant le fait accompli.

Labeaume a réagi. Y a-t-il un maire à Montréal?