La Presse en guerre contre les étudiants
1 mai 2012

L’avantage de toute crise, c’est qu’elle force quiconque veut y participer à laisser tomber son masque. Lorsqu’un débat est aussi tranché que celui opposant les étudiants au gouvernement, on a tendance à laisser tomber les nuances et à mettre tout son poids dans une direction ou une autre.

Dans le cas d’un média, néanmoins, on s’attendrait à un minimum de respect pour l’intelligence des lecteurs. À La Presse, propriété de Gesca (Power Corporation), dont la direction est reliée de près au PLQ, on a laissé tomber toute prétention à l’objectivité. Ce journal qui fut un jour intéressant et honnête, est devenu tout aussi malhonnête que le gouvernement dont il liche les souliers.

Aujourd’hui, 1er mai, par exemple, Alain Dubuc, qu’on a rapatrié du journal Le Soleil pour ajouter du poids aux textes anti-étudiants d’André Pratte, qualifiait les offres de la FECQ et de la FEUQ de « braquage » et les accusait de ne pas mettre d’eau dans leur vin et de constituer des « enfants-rois ». Aucun mot sur le caractère honnête des propositions, aucun commentaire sur le fait que c’est le gouvernement qui s’entête en refusant toute négociation sur la hausse, aucune remarque sur le fait que des étudiants qui sacrifient leur session et leur temps pour le bien d’autrui sont l’anti-thèse d’enfants-rois. Non, à La Presse, on suit la ligne gouvernementale : les étudiants sont intransigeants.

Hier, 30 avril, André Pratte écrivait un texte surréaliste où il accusait les étudiants de former une « tyrannie de la minorité » et où il incluait dans ses calculs l’ensemble des jeunes de 15 à 24 ans. Jean-François Lisée a bien démoli l’argumentaire de Pratte en soulignant que l’électorat du PLQ est tout aussi minoritaire, ce qui n’enlève pas la légitimité du gouvernement. Malgré tout, La Presse suivait la ligne gouvernementale : les étudiants grévistes sont minoritaires.

Hier encore, 30 avril, Alain Dubuc se commettait dans un éditorial où il proclamait que la fermeté du gouvernement constituait une démonstration de démocratie. Encore une fois, la ligne gouvernementale : nous ne céderons pas.

Et ça continue :

  • 27 avril – Pratte affirme que la hausse est légitime et que le gouvernement ne doit pas céder.
  • 27 avril – Dubuc justifie la position gouvernementale d’exclure la CLASSE.
  • 26 avril – Mario Roy soutient que la FECQ et la FEUQ doivent se dissocier de la CLASSE.
  • 21 avril – Pratte : si le gouvernement cède, on ouvrira la porte à tous les radicaux.
  • 17 avril – Pratte : tous ceux qui accusent le gouvernement de favoriser la violence sont complices de celle-ci.
  • 13 avril – Pratte : le gouvernement ne doit pas céder face à la « Sainte Trinité PQ-syndicats-artistes » (sic).
  • 13 avril – Dubuc : la hausse est juste, le gouvernement n’a pas à céder sur quoi que ce soit.

Et ça continue, et ça continue.

Les éditorialistes de La Presse sont en guerre. À une certaine époque, le combat des journalistes était celui du quatrième pouvoir, celui qui critiquait le gouvernement, qui le dénonçait, qui représentait les forces mouvantes d’une société. La Presse, en ce début de vingt-unième siècle est devenu le laquais du gouvernement Charest. Son porte-parole. Son organe officiel. Le petit chien-chien qui va chercher les pantoufles quand il fait trop froid pour sortir du lit.

Ce n’est pas pour rien que Gesca ne veut pas publier les états financiers de La Presse et des autres médias du réseau, malgré les demandes incessantes d’un Yves Michaud, par exemple. C’est simplement parce que le but de ce journal n’est pas de faire un profit, n’est pas d’informer, n’est pas d’être rentable.

Le seul but de La Presse, c’est la manipulation de l’opinion publique, et les pertes encourues dans cette opération sont largement compensées par la présence d’un gouvernement au service de ses propriétaires.

Si vous achetez La Presse, si vous lisez La Presse, si vous considérez que ce journal jouit de la moindre crédibilité, non seulement nuisez-vous à la lutte des étudiants, mais vous contribuez également à l’affaiblissement de notre démocratie et à la vente de feu de nos institutions.



Ce texte venait à peine d’être écrit qu’André Pratte remettait ça en accusant les étudiants d’avoir du culot de proposer une contre-offre et qu’il s’agissait de « pelleter les nuages ». Que ce soit clair : si vous achetez La Presse, vous encouragez cette propagande.

Des mensonges de Pratte à la libération d’un peuple!
27 octobre 2010

La Presse est en guerre. Ou plutôt, le multimilliardaire Paul Desmarais, propriétaire de celle-ci et ayant déjà affirmé que l’indépendance du Québec signerait sa fin, met tout en œuvre pour empêcher tout renforcement de la Loi 101. Et qui de mieux que son laquais numéro un, l’éditorialiste André Pratte, pour accomplir l’ingrate besogne?

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En moins d’une semaine, Pratte a signé trois textes sur la question. Le 19 octobre dernier, il affirmait que l’indifférence des Québécois vis à vis de la question linguistique témoigne de l’approche modérée (sic) du gouvernement Charest. Le 22 octobre, il blâmait les francophones quittant l’île de Montréal pour justifier l’anglicisation de la métropole. Le 26 octobre, il vantait la présence « respectueuse » des anglophones montréalais et expliquait qu’il ne servirait à rien d’étendre l’enseignement obligatoire dans la langue nationale de 12 à 14 ans en appliquant la Loi 101 au cégep.

Trois textes, trois morceaux de propagande. Pratte est en campagne, et la fin du Québec français constitue son seul objectif. La maison est en feu, mais il ne faudrait surtout pas s’inquiéter! Démontons ses mensonges un par un.

Premier mensonge: les Québécois sont indifférents à propos de leur langue.

Non, ce n’est pas parce qu’il n’y a eu « que » 3000 à 5000 manifestants le 18 octobre dernier pour dénoncer la loi 115 que les Québécois sont indifférents. Un sondage publié l’an dernier démontrait d’ailleurs que près de 90% des Québécois croient que le français est menacé à Montréal. Et cinq mille manifestants, c’est déjà 40% plus de participants qu’au rassemblement contre la loi 103 du 18 septembre et près de cinq fois le nombre de spectateurs au premier spectacle du 11 avril dernier! Bien sûr, nous sommes encore loin de la marche en faveur du retour des Nordiques, mais le fait que les gens marchent plus facilement pour un club de hockey que pour la langue ne témoigne peut-être pas de leur indifférence quant à celle-ci, mais peut-être simplement de leur implication supérieure à propos de cet enjeu et du fait que celui-ci requiert un engagement politique beaucoup moins exigeant (tout le monde veut le retour des Nordiques; il est beaucoup plus difficile de défendre une opposition à un projet de loi complexe).

Deuxième mensonge: l’exil des Québécois de Montréal explique l’anglicisation de la métropole.

Pratique comme analyse, ne trouvez-vous pas? Il suffit de démontrer que les Québécois quittent Montréal plus massivement que les anglophones, de parler du déplacement de la limite traditionnelle des quartiers francophones et anglophones et BINGO l’affaire est ketchup. Or, j’ai déjà démontré à plusieurs reprises que cette perception est erronée: si l’exode des Québécois de Montréal était un facteur de l’anglicisation de la métropole, comment pourrait-on expliquer que la banlieue s’anglicise tout aussi rapidement? André Pratte parle du départ des Québécois vers Repentigny, Terrebonne et Varennes; sait-il seulement que la croissance des locuteurs de langue d’usage anglaise pour ces villes, entre 2001 et 2006, était respectivement de 69%, 60% et 7%? S’il y avait un tel exode de francophones vers la banlieue, pourquoi la croissance des locuteurs de langue anglaise pour l’ensemble des banlieues rapprochées était de 7,6% alors qu’elle n’était que de 4,4% pour Montréal elle-même? Mathématiquement, les prétentions d’André Pratte ne fonctionnent pas. Le départ de nombreuses familles québécoises vers la banlieue ne constitue PAS un facteur d’anglicisation de la métropole. La réponse est ailleurs.

Troisième mensonge: il ne sert à rien d’appliquer la Loi 101 au cégep.

André Pratte commet l’erreur de nombreux fédéralistes (et même de certains indépendantistes) qui croient que l’application de la Loi 101 au cégep constituerait une sorte de parachèvement de la Loi 101, la fin du combat des Québécois pour la survie de leur langue. « Douze ans ou quatorze ans d’éducation en français, qu’est-ce que ça change? » pourraient-ils affirmer. L’étude de l’IRFA, publiée le mois dernier, est assez convaincante à ce sujet: le cégep anglais anglicise fortement. Mais il faut voir plus loin. Il faut concevoir l’application de la Loi 101 au cégep non pas comme une finalité, mais comme le début d’un renouveau où les Québécois cesseraient de se contenter de défendre une Loi 101 sacralisée (mais pourtant dépecée plus de deux cent fois depuis son adoption) et prendraient l’initiative pour véritablement franciser le Québec. Et le dés-angliciser, forcément.

Il faut désacraliser la Loi 101

La vérité, c’est que le Québec et Montréal s’anglicisent non pas seulement parce que les Québécois sont indifférents, qu’ils quittent Montréal vers les banlieues ou parce que la Loi 101 n’est pas appliquée au cégep. Tout ça est beaucoup trop facile. Même si ces facteurs peuvent jouer, une des véritables causes de l’anglicisation m’a été expliquée par Pierre Serré il y a quelques mois: il s’agit du solde migratoire interprovincial du Québec. Concrètement: si les anglophones quittaient le Québec massivement au cours des dernières décennies, ils ont plus tendance à s’accrocher aujourd’hui, faisant porter un fardeau supplémentaire sur notre langue nationale.

Regardez le tableau suivant: (( Données provenant de Statistique Canada. ))

Période
Anglophones
Migration nette (arrivées moins les départs)
1976 à 1981 -123 053
1981 à 1986 -50 193
1986 à 1991 -30 747
1991 à 1996 -36 159
1996 à 2001 -44 548
2001 à 2006 -16 005

On y constate que si les anglophones ont été nombreux à quitter le Québec après l’élection du Parti Québécois en 1976, ils ne sont plus qu’une minorité à le quitter aujourd’hui. Ces anglophones « québécois », loin d’être les anglophones respectueux du français qu’idéalise André Pratte, forment plutôt une nouvelle catégorie de citoyens ne se réclamant plus du Canada, mais s’affichant fièrement comme Québécois ou Montréalais, même s’ils ne parlent pas toujours la langue nationale du Québec. Plutôt que de faire face à des anglophones dans un processus soit de francisation ou d’exil – des anglophones acceptant le statut francophone du Québec – , nous avons désormais des anglophones travaillant activement à l’anglicisation du Québec et s’enracinant durablement au sein de la société québécoise.

Cette situation n’existe que parce que nous avons sacralisé la Loi 101 et refusé de la remettre en question. Tellement fiers de nous être enfin libéré du joug colonialiste avec la charte de la langue française, nous en avons fait un idéal tel que nous n’osons plus la renforcer à un moment où elle en a cruellement besoin. Nous avons peur de l’adapter aux nouvelles situations, peur de s’en servir pour véritablement faire du Québec la nation française qu’il prétend être. Peur d’exister non pas par défaut, mais parce que nous voulons enrichir l’humanité de notre présence. Peur d’OSER modifier la Loi 101 non pas parce qu’une cour politique d’une nation étrangère nous le demande, mais parce que nous avons le désir de le faire par nous-mêmes.

Voici ce qu’un peuple courageux ferait:

  1. L’abolition du réseau scolaire public anglophone. Un peuple fier ferait exactement comme font toutes les nations du monde. Il ne financerait qu’un seul réseau d’éducation dans la langue nationale. Actuellement, pour 5,6% d’anglophones de langue maternelle nés au Québec, nous finançons leurs écoles primaires et secondaires à 11%, leurs cégeps à 16% et leurs universités à 27%.
  2. L’application de la Loi 101 à toutes les écoles privées du Québec, de la maternelle à l’université. Un peuple audacieux refuserait de décerner un diplôme national à une école refusant le statut francophone de la nation québécoise.
  3. La fin de toute subvention à un établissement (santé, éducation ou autre) qui ne soit pas francophone. À l’image de dizaines d’États refusant de financer avec des derniers publics des organismes œuvrant dans une autre langue que la langue nationale, un Québec brave cesserait d’encourager la dislocation sociale et l’anglicisation en ne finançant que des organisations francophones.
  4. L’obligation que tous les services gouvernementaux soient dispensés dans la langue nationale. Vous voulez votre permis de conduire? Un Québec véritablement libéré ferait à l’image de dizaines d’État américains et vous obligerait à parler la langue nationale. Idem pour la santé, pour le droit de vote ou pour n’importe quel service gouvernemental. Fini le « press nine ».
  5. Francisation de toutes les marques de commerce. Plusieurs États forcent non seulement l’affichage dans la langue nationale, mais également que le nom des compagnies soit affiché dans cette langue. Un Québec qui se tient debout devrait faire la même chose.
  6. Interdiction d’exiger la connaissance d’une langue étrangère pour tout emploi œuvrant spécifiquement au Québec. Il n’est pas normal que de nombreux commerces exigent la connaissance d’une langue étrangère quand ceux-ci ne font pas affaire avec un pays anglophone. Aucun emploi s’adressant exclusivement à des Québécois ne devrait nécessiter la connaissance d’une langue étrangère.
  7. Obligation pour tous les médias s’adressant aux Québécois d’avoir un certain pourcentage de leur contenu en français. The Gazette, CHOM, et même des sites internet existent entièrement en anglais. Il faudrait qu’une certaine partie du contenu soit en français. On peut penser, par exemple, à 25% des pages en français dans The Gazette et à 25% des interventions en français pour CHOM ou d’autres stations de radio anglaises. En ce qui concerne le contenu musical, il faudrait augmenter les quotas de musique québécoise. Notons que plusieurs pays ont légiféré en ce sens.
  8. Obligation pour toutes les entreprises d’écrire dans un bon français. Fini les « École de conduite du camion et d’auto » et autres traductions approximatives. Dans un Québec fier, aucun permis d’exploiter une entreprise ne pourrait être donné sans une utilisation d’un français grammaticalement correct.
  9. Augmentation des heures d’école consacrées à l’Histoire et au français. Il n’est pas normal que notre jeunesse ne sache rien ni de notre histoire ni de l’écriture correcte de notre langue nationale. Plutôt que de miser sur une langue étrangère (une seule, de surcroît) il faudrait d’abord leur apprendre à savoir d’où ils viennent et de quelle façon écrire leur langue.
  10. Diminution de l’immigration pour atteindre un seuil mieux gérable. À près de 50 000 immigrants par année, nous recevons davantage d’immigrants que la plupart des pays développés. Or, nous ne jouissons pas de leur cohésion culturelle et linguistique et avons donc encore plus de difficulté à les intégrer.
  11. Refus de reconnaître toute décision émanant de la Cour suprême du Canada. Un Québec libéré ne reconnaîtrait pas le droit de la cour politique d’une nation étrangère à décider de ce qui est le mieux pour lui.

Voilà ce que ferait un peuple qui se tient debout. Ce peuple se battrait pour exister. Il donnerait des coups de griffes partout. Il reconnaîtrait que le départ d’anglophones constitue une excellente nouvelle et que le modèle MONDIAL d’États homogènes d’un point de vue linguistique constitue le meilleur gage de survie pour la langue française en Amérique. Il lutterait de toute son âme pour la diversité culturelle et la pluralité mondiale en s’assurant que cesse le génocide culturel des francophones du Canada.

Ce peuple, il se tiendrait face au vent, il cesserait de lire tous les mensonges des Pratte de ce monde et il oserait enfin crier, du poids de son nombre et avec la force que lui confère son État: J’EXISTE!

La quasi-totalité des nations du monde se sont dotées de lois linguistiques assurant la survie de leur langue nationale. Qu’attendons-nous, dites-moi? Attendons-nous, après avoir été minoritaires en Amérique du Nord, puis minoritaires au Canada, de devenir minoritaires au Québec?

Reprenons l’initiative linguistique et réchauffons l’hiver de notre peuple en brûlant la grosse Presse à Pratte!

Pour en finir avec Jacob Tiernay
8 juillet 2010

Polémique créée de toutes pièces. Non satisfaite d’avoir fait une grande nouvelle du fait divers selon quoi Jean-Daniel Lafond, le mari de la gouverneure-générale Michaëlle Jean, rejetait le nationalisme québécois (mais pas le nationalisme canadien, bien sûr, lui qui vit sur notre bras depuis cinq ans), La Presse en a ajouté une couche avec les propos de Jacob Tierney, un obscur réalisateur anglophone déversant son fiel sur la soi-disant fermeture des Québécois face aux immigrants et aux anglophones.  Même Cassivi, le laquais de service de la pute de la rue Saint-Jacques – dixit Olivar Asselin – a ajouté son grain de sel en donnant raison aux propos de Tiernay. Rétablissons les faits.

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D’abord, il y a quelque chose de profondément ironique à se faire ainsi insulter par un Jacob Tiernay ayant participé à des films comme The Trotsky, Walk All Over Me, Twist, Straight Up, This Is My Father, The Neon Bible et Are You Afraid of the Dark?. L’homme, qui a grandi à Montréal et s’y sent chez lui, n’a associé son nom qu’avec des réalisations dans la langue maternelle de 8,2% de la population du Québec. Les autres, les 91,8% de la population du Québec qui n’ont pas l’anglais comme langue maternelle, ne les ignore-t-il pas? N’est-il pas lui-même fermé à la réalité du Québec d’aujourd’hui, un Québec dont la langue commune, nationale et officielle est le français? Comment peut-il insulter les Québécois, qui font des films dans la langue nationale – leur langue – d’être fermés alors que lui n’a jamais eu la moindre volonté, le moindre désir de s’intégrer au Québec?

Marc Cassivi y va de sa propre parade pour défendre Tiernay: puisque près de 40% de la population de Montréal parle une autre langue que la langue nationale, cette « diversité » devrait être présentée dans les films. Et Cassivi de se réjouir que le dernier film de Tiernay ne « gomme pas » la réalité de Montréal, une réalité qu’il affirme pluriethnique et qu’on devine multilingue. Un peu plus, et il donnerait un trophée à Tiernay pour « oser » présenter des contre-exemples, des gens ayant fait le choix de vivre en marge de la société québécoise et de refuser de s’y intégrer.

Multiculturalisme contre intégration

Le noeud du problème, encore une fois, touche aux différences fondamentales entre les visions canadienne et québécoise de ce qui constitue une société. Pour La Presse, Cassivi et Tiernay, la société est ce qui est, ce qui existe devant nos yeux. Ce n’est donc pas surprenant que la moitié du texte de Cassivi parle des immigrants qu’il voit dans son quartier. Pour les Québécois – et la plupart des autres peuples sur cette planète – la société constitue, cependant, un idéal à atteindre, une vision commune de ce qui doit être.

Ainsi, la France, l’Allemagne, l’Italie, ne conçoivent pas leurs pays respectifs comme des photoramas de ce qui existe présentement; à leurs yeux, un immigrant ne parlant pas la langue nationale et ne partageant pas la moindre des valeurs nationales ne constitue pas un élément du multiculturalisme ou de la diversité de la nation, mais plutôt un immigrant à intégrer au destin commun du pays. On ne fera pas un film à propos d’un immigrant ne parlant pas la langue nationale en célébrant ce fait, mais bien davantage en soulignant les problématiques de l’intégration.

Au Canada, par contre, on s’appuie sur la force tranquille de l’impérialisme linguistique de l’anglais et on se permet de célébrer toute forme de différence parce qu’on a la conviction, qu’à long terme, l’anglais saura s’imposer. On considère que l’immigrant fraîchement débarqué, ou que le citoyen d’origine sikh qui réclame le droit de ne pas avoir à porter de casque de protection à cause de ses croyances religieuses, sont autant Canadiens que n’importe qui d’autre. Est Canadien qui habite le territoire canadien, simplement, parce qu’à long terme, l’anglais et les valeurs communes – ou l’absence de valeurs communes – finiront par s’imposer. C’est un peu cela, le multiculturalisme.

Au Québec, une telle façon de faire serait suicidaire. Si on décidait d’accepter qu’il y a des immigrants qui ne parlent pas français, ne veulent pas parler français, détestent le français; si on décidait de respecter de souligner l’apport de la « communauté » anglophone, on se condamnerait à la désintégration sociale et à empêcher toute forme d’intégration des immigrants à la langue et à la culture nationales. Ce serait la disparition rapide et finalement du peuple québécois.

En d’autres mots: quand Tiernay affirme que le cinéma québécois est fermé, il émet le souhait que nous considérions les anglophones et les immigrants rejetant le caractère francophone du Québec comme des particularités québécoises plutôt que comme des individus en attente d’être intégrés à notre nation. Pour lui, le fait que les Québécois ne forment que 2% de l’Amérique du Nord ou que notre langue régresse n’a pas la moindre importance: l’immigrant qui débarque ici et qui choisit de parler anglais – nuisant ainsi à notre capacité collective de survivre en tant que peuple – devrait jouir des mêmes privilèges que ceux qui se sont intégrés à notre langue nationale. En clair: Tiernay veut nous imposer un multiculturalisme tueur de notre spécificité plutôt que d’accepter que nous ayons choisi, à l’instar de nombreux peuples, d’intégrer les immigrants et les minorités à notre culture nationale.

Notre cinéma est ouvert à l’intégration

Et ce choix que nous avons fait, il se reflète dans notre cinéma, un cinéma ouvert à l’intégration des minorités (origine ethnique, langue, orientation sexuelle, etc.), contrairement au repli sur soi et au refus de la participation à sa collectivité prônés par Tiernay. Que ce soit le film 1981, qui fait l’éloge de l’intégration d’une famille d’origine italienne, 15 février 1839, qui parle notamment du courage de Charles Hindelang, un Suisse ayant décidé de participer pleinement au combat patriote, Congorama, qui s’interroge sur les relations filiales entre un Belge (d’origine québécoise) et son enfant Noir, Les Boys, qui traite notamment de l’homosexualité dans un contexte d’acceptation par un groupe de hockeyeur, C.R.A.Z.Y., qui parle également d’intégration et d’homosexualité, et la liste continue.

Le cinéma québécois est ouvert à la différence dans une perspective d’intégration de celle-ci alors que Tiernay, lui, avec ses films unilingues anglais, dont le dernier se passe dans un quasi huis-clos de ghetto anglophone refusant de se joindre à la nation québécoise, incite à la fermeture et au rejet. Le Québec s’ouvre vers la création d’une communauté partageant une langue, une culture et des valeurs communes alors que Tiernay nous rejette et refuse de participer à cette nécessaire intégration.

Au fond, n’est-ce pas Tiernay qui constitue lui-même le pire des fermés? Alors qu’il vit sur le territoire d’une nation riche en histoire, en culture, et qui possède une langue unique méritant d’être protégée, il a fait le choix de nous tourner le dos et d’embrasser une culture anglophone n’ayant absolument rien à voir avec le Québec dont nous rêvons.

Et puisque le cinéma se fait souvent à partir de rêves, le choix de Tiernay se transforme peut-être en cauchemar, appuyé par les idéologues de La Presse, où les Québécois ne seraient plus qu’une ethnie parmi d’autres dans un beau et grand Canada coast to coast où toutes les libertés sont permises, sauf celle, évidemment, d’avoir en son sein un peuple cohérent se souhaitant un futur collectif différent.

Cette cohérence, si Tiernay l’avait, il s’en servirait pour faire un film dans la langue des Québécois. Si c’est trop lui demander, qu’il se taise et qu’il vive son racisme et sa haine des Québécois et de leur spécificité dans le silence de cette bulle de verre qu’il s’est construit autour de son égo.

Notre nation est française, et si cela ne lui plaît pas, il a tout l’Amérique du Nord pour vivre son anglomanie.

Le négationniste de la langue
21 avril 2010

Quand Alain Dubuc a publié son texte Les angoissés de la langue le 9 avril dernier, dans La Presse à Power Corporation, j’y ai lu un tel concentré de préjugés et de faussetés que je n’ai pas cru devoir y répondre. Et puis – il faut le dire – j’étais également très pris par la préparation du rassemblement pour le français, ayant lieu deux jours plus tard. Une anecdote m’a fait changé d’idée et donner le goût de détruire, point par point, le tissu de mensonges publié en réponse à l’étude de Pierre Curzi.

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Ainsi, une personne me contait qu’elle avait épinglé un article parlant du recul du français sur le babillard de son entreprise. Le lendemain, comme toute réponse, on avait mis le texte de Dubuc par-dessus, comme s’il s’agissait d’une réfutation en règle. Voilà la force de la crédibilité d’un média de masse.

Or, Dubuc ne mérite pas cette crédibilité. Les principaux arguments de son texte, que je reprends un par un, sont tous au mieux trompeurs, au pire l’oeuvre d’un travail journalistique bâclé.

Les arguments d’Alain Dubuc:

1) La peur du recul du français provient des chiffres de la langue maternelle, qui est passée sous le 50% à Montréal et le 80% au Québec.

Par un habile amalgame, Dubuc reprend l’argument courant consistant à voir dans le simple recul de la langue maternelle un recul généralisé du français, alors que les études de Curzi et de la plupart des démographes crédibles se concentrent bien davantage sur la langue d’usage. Il devient facile ensuite pour Dubuc d’invalider l’idée que le français régresse en statuant que la langue maternelle ne constitue pas un bon indicateur, car elle ne permet pas de bien constater la hausse des langues tierces.

Évidemment que le recul de la langue maternelle ne permet pas de jauger de la situation! Le problème, c’est précisément qu’il ne s’agit que d’une fraction des signaux permettant de constater le déclin du français. En cherchant à en faire un argument central de ceux qui s’inquiètent légitimement du recul de notre langue commune, Dubuc crée un argument faible et s’assure ensuite de mieux le détruire.

Très malhonnête comme méthode.

2) La cause de l’anglicisation de Montréal n’est pas linguistique; ce sont les francophones qui déménagent vers les banlieues.

L’exode des francophones vers les banlieues comme cause de l’anglicisation de Montréal est un mythe. Montréal ne devient pas anglaise parce que les banlieues, gonflées par des francophones délaissant la ville-centre, se francisent.

En fait, l’ensemble des banlieues montréalaises subit une baisse du français presque aussi rapide que la ville de Montréal elle-même. Entre 2001 et 2006, le recul pour Montréal était de l’ordre de -2.4%, alors qu’il était de -2% pour l’ensemble des banlieues rapprochées.

La cause de l’anglicisation de Montréal EST donc linguistique, contrairement à ce qu’affirme Dubuc.

3) Le calcul de la différence entre l’attraction de la langue française et de la langue anglaise est trop « alambiqué pour être pris au sérieux ».

Quand les chiffres démontrent qu’on a tort, on lance la calculette au loin et on affirme qu’ils ne veulent rien dire.

Ce que n’aime pas Dubuc, c’est l’utilisation de l’Indice de vitalité linguistique (IVL) par Curzi, pour démontrer la différence d’attrait entre les deux langues. Cet indice – rappelons-le – mesure, en divisant le nombre de locuteurs d’usage par ceux de langue maternelle, le degré d’attrait d’une langue par rapport à une autre.

Il ne s’agit nullement d’une formule « alambiquée » ou d’une lubie de statisticien: l’IVL permet de voir clairement si une langue maternelle est capable de devenir une langue d’usage, c’est-à-dire si un enfant dont les premiers mots sont en français risque de parler le français à la maison à n’importe quel moment de sa vie ou s’il ne risque pas de perdre sa langue et de s’angliciser. Le chiffre 1 constitue le seuil de renouvellement permettant à une langue de se renouveler.

Ce que démontrent les statistiques, simplement, c’est que l’IVL de l’anglais à Montréal est de 1.43, contre seulement 1.09 pour le français, ce qui signifie que l’anglais est presque cinq fois plus attractif que le français. Ce n’est pas plus complexe que cela, et si Alain Dubuc avait le début du commencement d’une bonne foi, il le reconnaîtrait lui-même.

4) L’étude ne fait pas de distinction entre la langue d’usage et la langue publique.

L’étude ne fait pas cette distinction, car cette distinction n’est pas importante. L’indice de la langue publique existe, et il a été littéralement haché en morceaux et enterré par le statisticien et démographe Charles Castonguay. Au-delà des problématiques méthodologiques reliées à cet indice (il est presque impossible à calculer), celui-ci est… purement inutile.

En effet, il est de peu d’utilité de savoir quelle langue parle un anglophone en-dehors de son domicile; ce qui compte, c’est l’attachement véritable à une langue, c’est-à-dire de savoir quelle est la langue dans laquelle « vit » un individu. Par exemple, il est possible pour un individu de parler anglais à la maison, de baragouiner le français en public, mais l’impact, la trace laissée par cet individu dans la société, sera résolument anglaise, puisque son monde, sa vision des choses, les médias qu’il écoute, ce qu’il lit, ce qu’il écrit, tout se fera en anglais.

La langue d’usage, en intégrant la langue publique, constitue donc un indice beaucoup plus complet et fiable sur l’attachement réel à une langue ou à une autre.

5) Les chiffres de 2006 ne reflètent pas l’attraction de l’anglais aujourd’hui, mais des choix faits souvent avant la loi 101.

Je crois qu’on atteint de nouveaux sommets avec cette affirmation. Qu’on comprenne bien Alain Dubuc dans toute sa « grandeur »: les immigrants récents choisissent davantage le français, donc ce que nous voyons aujourd’hui ne serait qu’un aperçu de ce qui se faisait avant.

Cette affirmation ne fait pas le moindre sens d’un point de vue de la logique. Si les immigrants choisissaient de plus en plus le français, comment se fait-il que le français régresse? Si nous sommes tributaires des choix d’il y a trente-cinq ans, pourquoi les études ont-elles souligné une amélioration rapide de la situation linguistique après l’adoption de la loi 101, et un recul sensible depuis au moins une décennie? Pourquoi – soudainement – serions-nous en train de subir une situation vieille de plusieurs décennies alors qu’il était possible, dans les années 1980, de mesurer les gains concrets issus de la loi 101?

6) Parler de l’île de Montréal sans regarder l’ensemble de la région métropolitaine est « parfaitement arbitraire ».

Dubuc trouve injuste qu’on inclut Pointe-Claire dans les données de Montréal, par exemple, mais non Longueuil. Laissez-moi redonner la justice à ce brave éditorialiste. Les chiffres, je les ai calculés: entre 2001 et 2006, Pointe-Claire a perdu -1% d’anglophones et -2% de francophones pendant que Longueuil « gagnait » 5% d’anglophones et perdait -3% de francophones. Oui, vous avez bien lu: Longueuil s’anglicise plus rapidement que Pointe-Claire.

Et si on prend l’ensemble de la région métropolitaine (Montréal, Laval et les couronnes nord et sud), la croissance totale des locuteurs de langue d’usage anglaise atteint 6%, contre seulement 1% pour le français!

Arbitraire ou non, l’anglais progresse partout!

* * *

On le constate, on a raison d’être angoissés du recul du français. Celui-ci est généralisé et bien réel.

Quand Dubuc conclut son torchon en écrivant « le français n’est pas menacé », s’appuyant sur ses faux-arguments, il met simplement des lunettes roses à une personne à qui il vient de crever les deux yeux.

Contre les préjugés et les mensonges, qui aura maintenant le courage de déclarer publiquement que le négationniste de la langue Dubuc, de même que le journal pour lequel il écrit, n’ont plus la moindre crédibilité? À une époque où Power Corporation et sa Presse sont en guerre ouverte contre tout renforcement de la loi 101, voilà des faits qu’il ne faudra pas oublier…

Hausse des tarifs: dislocation sociale 101
19 décembre 2009

La Presse travaille fort pour nous convaincre de la nécessité de hausser les tarifs d’électricité. L’organe de presse de Power Corporation, sous la plume de son nouveau caniche des pages éditoriales, utilise l’exemple du Vénézuela, où l’essence est peu coûteuse, pour parler du gaspillage systématique d’une ressource lorsque son prix n’est pas fixé par le marché. Derrière cette logique apparente se cache une idéologie beaucoup plus pernicieuse: mettre fin aux services publics et forcer les citoyens à payer le coût réel pour chaque service.

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Ainsi, même s’il a été démontré par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) que les hausses de tarifs d’électricité n’empêchent pas le gaspillage car l’électricité possède une très faible élasticité-prix – elle est à ce point nécessaire dans notre climat froid qu’on ne peut qu’appauvrir la majorité de la population en augmentant son prix – et que ces hausses toucheraient principalement la classe moyenne et les plus démunis, les idéologues de La Presse n’en démordent pas: il faut faire payer le « vrai » prix aux citoyens.

Or, à quoi ressemblerait une société où le principe de l’utilisateur-payeur serait érigé en dogme absolu? Autrement dit: pourquoi s’arrêter à l’électricité si la recette est si efficace?  Si tout ce qui est fourni au citoyen en-dessous de la valeur marchande est gaspillé, pourquoi ne pas s’attaquer aux autres forme de gaspillage?

  • Santé. Les citoyens devraient payer le coût réel de chaque hospitalisation, de chaque opération, de chaque visite chez le médecin.  « Monsieur, vous opérer coûterait 10 000$, avez-vous l’argent? »  Un tel système ressemblerait à ce qui se fait aux États-Unis, qui possède un réseau de la santé presque deux fois plus coûteux qu’au Canada et qui est responsable de la mort de plus de 100 000 personnes par année, conséquence d’une trop grande place faite au privé.
  • Éducation. Pourquoi l’État devrait-il fournir l’éducation à ses citoyens en-dessous du prix du marché?  Il faudrait démanteler le réseau public et facturer directement les parents.  Au Canada, on estime le coût d’une année d’étude à plus de 3500$ au primaire et 4700$ au secondaire.  C’est donc dire que le coût moyen assumé par chaque parent pour assurer une éducation de base à ses enfants serait de 45 000$.  Croyez-vous que beaucoup d’enfants d’Hochelaga-Maisonneuve ou de Montréal-Nord iraient à l’école?
  • Transport. L’entièreté du coût des transports en commun devrait être assuré par les citoyens.  Oubliez la CAM à 70$; s’il faut faire payer le coût réel du service, il faudrait probablement doubler le coût de la passe mensuelle à Montréal.  En outre, assurerait-on des services dans les quartiers pauvres, moins rentables?  Ou la nuit?  Oubliez-ça: comme à Detroit, un service pourri, sur les grandes artères seulement, hors-de-prix, et très irrégulier.   Dans un tel contexte, nombreux sont ceux qui préféreraient utiliser leur voiture!
  • Garderies. Sept dollars par jour, êtes-vous fou?  Qu’importe si les Centres de la petite enfance (CPE) ont contribué à la hausse du taux de natalité.  Non, non, payez mes amis.  Oubliez ça, 35$ par semaine pour faire garder vos enfants; pensez plutôt à 35$ par jour, 175$ par semaine! Il ne faudrait quand même pas gaspiller un tel service en y envoyant « trop » vos enfants!
  • Aide sociale. Quelle est la valeur réelle du B.S.?  Nulle, diraient certains.    Si on doit faire payer le « vrai » prix aux citoyens, il faut être conséquent et éliminer le B.S.  Et ces gens, sans emploi, sans B.S., qui ne peuvent ni se faire soigner gratuitement, ni se faire éduquer, ni se déplacer, ni faire garder leurs enfants, que leur resterait-il?   Le nombre de vols, de meurtres et de délits divers exploserait (les gens doivent se nourrir et on ne peut pas inventer 500 000 emplois demain matin).

Le beau programme. On rêve déjà, n’est-ce pas? Des quartiers entiers poussés dans la pauvreté, la précarité, des gens qui meurent faute de soins, le taux d’analphabétisme qui explose, une mobilité quasi-absente, des vols, de la misère, des riches qui s’isolent derrière des grilles pour se protéger de la rapace…

Mon grand-père, de son vivant, me parlait parfois de Ville Jacques-Cartier, sur la rive-sud, une bourgade dont le territoire compose le gros de l’actuelle ville de Longueuil.  J’habitais à Longueuil, à l’époque, et il m’avait expliqué pourquoi à un certain endroit les rues n’arrivent pas les unes face aux autres: « À l’époque, qu’il me racontait, il y avait une palissade entre Longueuil, son électricité, ses rues asphaltées, son réseau d’égout et ses riches citoyens, et Ville Jacques-Cartier, avec ses rues de boues, ses bécosses, ses maisons délabrées. Ville Jacques-Cartier, c’était la misère noire. »

Ne voilà-t-il pas le comble du comble du paiement du coût « réel » de chaque service? Des quartiers trop pauvres pour avoir l’eau courante, des rues asphaltées… Et on ne parle pas ici des conditions épouvantables de santé ou d’éducation. Voilà ce vers quoi veulent nous amener les gentils idéologues de La Presse de Power Corporation. Tout pour les riches, qui peuvent se payer le coût réel, et rien pour les autres. Dislocation sociale 101.

Payer moins cher que le prix du marché, c’est aussi déclarer qu’un service est trop important pour laisser le jeu de l’offre et de la demande en dicter le prix. Ce n’est pas du gaspillage, mais une juste appréciation de la nécessité de protéger la classe moyenne et les plus démunis. Car à partir du moment où on accepte de hausser les tarifs d’un service aussi essentiel que l’électricité, on ouvre la porte aux pires excès et on redécouvre les plus grandes noirceurs d’un passé qu’on croyait loin derrière soi.

Le SISP contre les couilles en or
14 décembre 2009

À chaque fois qu’un Lucide s’exprime, La Presse et autres médias à la solde d’intérêts privés se dépêchent de rapporter ses propos et de les présenter comme étant le « gros bon sens ». Quand le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP) donne ses propres solutions économiques, on devient soudainement bien silencieux à l’office de propagande de la rue St-Jacques.

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Évidemment, je ne suis pas si naïf: la réfutation en règle des propositions du SISP viendra. On ne peut pas laisser impunément des « méchants syndicats » contaminer le débat public en insinuant qu’on pourrait parler d’économie autrement que pour décider de quelle façon on peut convaincre les plus pauvres de s’appauvrir encore davantage.

Pourtant, les suggestions du SISP sont intelligentes et bien équilibrées. Contre la folie du déficit zéro à tout prix, on rappelle la nécessité, pour l’État, de stimuler l’économie et d’assurer ainsi la croissance, comme cela s’est fait notamment aux États-Unis avec le plan Obama, quitte à revenir à l’équilibre budgétaire un peu plus tard. Contre les bouchers ne rêvant que de dépecer encore davantage nos services publics, on rappelle l’importance de les protéger. Contre l’aveuglement de la hausse des tarifs d’électricité, qui pénaliserait les plus pauvres, on suggère l’intensification de la lutte à l’évasion fiscale, une imposition plus équitable des plus hautes fortunes, l’imposition d’une taxe sur les produits de luxe, une augmentation des contributions des sociétés financières, l’imposition d’un impôt minimum aux entreprises rentables et un resserrement des crédits d’impôt et congés fiscaux des entreprises. Contre l’à-plat-ventrisme du gouvernement Charest face à Ottawa, on exige qu’il obtienne une compensation pour l’harmonisation de la TVQ et de la TPS, une mesure qui pourrait rapporter jusqu’à 2,6 milliards de dollars.

Or, ces propositions ne sont-elle pas, précisément, plus lucides et complètes que celles d’une certaine droite à la logique binaire, répétant ad nauseam qu’il n’y aurait de choix économique qu’entre des hausses de tarifs et des coupures dans nos services? Ne sont-elles pas plus complètes, elles qui s’intéressent notamment aux (trop) généreuses baisses d’impôts accordées aux plus nantis depuis une décennie?

Le problème, c’est la crédibilité, ou plutôt l’apparence de crédibilité que certains médias donnent à ce genre de propositions. Quand ce sont des syndicats – des organisations démocratiques au service de leurs centaines de milliers de membres – qui proposent, personne n’écoute. Mais si c’est La Presse, un quotidien à la solde d’intérêts privés et d’une minorité de bien-nantis, qui propage son petit catéchisme depuis 1884, soudainement, cela prend de l’importance. Il s’agit du deux poids, deux mesures typique d’une société de moutons qui en est venue à confondre ceux qui les flattent pour leur bien et ceux qui jaugent de la qualité de leur chair avant de les amener à l’abattoir.

En fait, il semble qu’il y a tout un discours à reconstruire. Il est devenu suspect, dans un Québec habitué à plus de vingt-cinq années de politiques économiques de droite, de vouloir s’attaquer aux privilèges indus et à ceux qui auraient les moyens de contribuer davantage au bien-commun. Avec fatalisme, on regarde une minorité s’enrichir grâce à notre force de travail, grâce à la cohésion sociale offerte par une société ne laissant pas ses plus pauvres à l’abandon, grâce à une éducation de qualité payée à même nos impôts, et on considère cette richesse extravagante comme un dû et cette nouvelle bourgeoisie comme devant être protégée des affres de mesures socialisantes voulant les priver du fruit de leur labeur. En clair: on sait où se trouvent les ressources, mais on préfère se battre entre nous pour les miettes plutôt que d’oser les récupérer. On préfère demander aux plus vulnérables d’entre nous d’écoper plutôt que d’avoir à augmenter les impôts des entreprises ou des mieux-nantis ou de s’opposer aux dogmes d’un libéralisme économique nous ayant conduit à cette crise.

Alors oui, peut-être que les recommandations du SISP sont orientées idéologiquement et visent à protéger les intérêts de leurs membres. Mais je préfère de loin l’idéologie d’une organisation démocratique au service de centaines de milliers de travailleurs et qui s’applique à chercher le véritable bien-commun à celle d’une minorité de propagandistes aux couilles en or qui, bien assis dans leur fauteuil en cuir de la rue St-Jacques, nous répètent que nous devons nous serrer la ceinture.

Ces petits princes de l’opinion se croient bien lucides lorsque vient le temps de nous demander de nous attaquer à nos « vaches sacrées », mais ils ne remettent jamais en question les mamelles privées desquelles ils s’abreuvent et grâce auxquelles ils nous fournissent, semaine après semaine, le même vieux fromage puant d’une servilité n’ayant que trop fermenté dans le vieux lait caillé d’une entreprise ne visant pas l’information des citoyens, mais plutôt son propre profit.

De Hérouxville à Ottawa: La Presse se ridiculise
15 novembre 2009

Ainsi donc, La Presse, par la bouche de son éditorialiste en chef, considère que le guide canadien pour les immigrants constituerait un « bon travail ». « L’ouverture et la générosité du Canada excluent les pratiques culturelles barbares qui tolèrent la violence conjugale, les meurtres d’honneur, la mutilation sexuelle des femmes ou d’autres actes de violence fondée sur le sexe », affirme le manuel. André Pratte se félicite que le guide « rappelle en termes clairs que les valeurs fondamentales de la majorité doivent avoir le dessus ». Un peu plus et on sabre le champagne en l’honneur du gouvernement, ce grand protecteur des « valeurs canadiennes ».

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Pourtant, il y a moins de trois ans, Pratte et sa clique d’éditorialistes obtus pourfendaient les normes de Hérouxville, qui affirmaient grosso modo les mêmes choses. Des normes, qui rappelaient aux immigrants l’égalité des sexes, l’interdiction d’exciser ou de lapider les femmes, qui avaient véritablement lancé le débat sur les accommodements raisonnables.

Malgré les ressemblances entre les deux guides, André Pratte a considéré Hérouxville comme l’envers du Québec qu’on aime, c’est-à-dire « inquiet, frileux et mal informé ». Alain Dubuc, éditorialiste tellement détesté à Montréal qu’il a dû s’exiler à Québec, a aussi offert une collaboration spéciale à La Propagandiste de la rue Saint-Jacques: « Hérouxville, c’est très clairement une manifestation de racisme ordinaire, où se sont exprimés les deux ingrédients de base qui nourrissent l’intolérance: la peur et l’ignorance ». Patrick Lagacé, lui, parlait de « puantes normes de vie ». Pierre Foglia palabrait sur les morrons (sic) de Hérouxville. ((FOGLIA, Pierre, La Presse, Nouvelles générales, mardi, 30 janvier 2007, p. A5, La ruelle de Chateaubriand )) Yves Boisvert, guère mieux, parodiait ces normes en parlant de talibans avec des cailloux pleins leurs valises et n’ayant comme seul but de lapider les femmes. La Presse était déchaînée: Hérouxville et ses normes de vie, c’était l’ennemi à abattre.

Or, personne ne s’y lève aujourd’hui pour parler des méchants talibans avec leurs valises pleins de couteaux servant à exciser les femmes, pour dénoncer les « morrons » d’Ottawa, le guide « puant » sur les immigrants, de la peur et de l’ignorance du gouvernement canadien ou du pays « inquiet, frileux et mal informé » qui impose ce guide. Non, non. Quand ça vient du Québec, quand ce sont des Québécois qui veulent imposer leurs valeurs aux immigrants afin de créer un meilleur vivre-ensemble, on parle de racisme et de xénophobie. Quand c’est Ottawa qui fait la même chose, on félicite le gouvernement pour ce « bon travail ». Deux poids, deux mesures.

En fait, cela rejoint les propos de Jean-François Lisée sur son blogue: on peut insulter un immigrant ou un fils d’immigrant québécois en lui reprochant de ne PAS voter de manière ethnique – c’est-à-dire d’appuyer les fédéralistes ou ceux qui négligent la protection du français – mais on ne peut surtout pas lui faire de reproches s’il décide de voter de manière ethnique. Bref, il est possible pour Christine St-Pierre d’invectiver Pierre Curzi en lui rappelant son origine ethnique sans que personne ne réagisse, mais on ne peut pas souligner le fait statistiquement vérifiable que le référendum de 1995 a été perdu largement à cause du vote monolithique des anglophones et d’immigrants qu’on n’a pas réussi à intégrer. On part du principe que le souverainiste est un raciste potentiel qui doit se disculper, alors que le fédéraliste serait orné d’une auréole de bonne volonté que ne pourrait même pas troubler de véritables propos racistes.

On m’objectera peut-être que les normes de Hérouxville faisaient figure de règlement alors que le guide canadien ne constitue qu’une recommandation de lecture. Qu’on me dire, alors, que constitue la valeur d’une « recommandation » si personne n’est tenue de la respecter? En d’autres mots: on peut vanter un « bon travail » jusqu’à Pâques comme le fait André Pratte, mais si ce guide n’a pas de valeur coercitive, à quoi sert-il véritablement? Hérouxville a eu le courage de ses convictions: les recommandations ont fait force de loi. Peut-être maladroitement, mais avec la volonté d’imposer ce qui constitue, à nos yeux, la meilleure façon de vivre dans le respect des valeurs qui nous rassemblent et qui assurent un minimum de cohésion sociale.

Quand la catin de la rue Saint-Jacques décide, volontairement, de féliciter l’approche d’Ottawa immédiatement après avoir dénoncé celle de Hérouxville, elle nous affirme donc deux choses. D’abord qu’elle considère que ce sont seulement des fédéralistes qui sont aptes à parler de normes de vie pour les immigrants. Ensuite, qu’on peut bien en parler autant qu’on en veut, en autant que ce ne soient que des paroles vaines sans conséquences pour ceux qui ne les respectent pas. Bref, on félicite le vent de faire tourner le moulin et on se fout de savoir ce que celui-ci produit d’utile en retour. La roue tourne, et peu importe dans quel but!

On en dira ce qu’on en veut, mais le problème des accommodements raisonnables n’est pas réglé. Le gouvernement Charest a caché la poussière sous le tapis en espérant que d’autres se chargeraient de la dissimuler sous le canapé. Ne soyons pas dupes: La Presse et le gouvernement du Canada possèdent la même croyance, c’est-à-dire celle que les francophones ne constituent qu’une ethnie parmi d’autres et qu’en tant que tel ils ne sont pas dignes de se questionner sur la place des immigrants dans la société. C’est à la majorité, aux vrais habitants de ce pays, les anglophones, qu’il appartient de décider pour nous.  Et ce guide, qui n’indique nulle part que les immigrants doivent envoyer leurs enfants à l’école française au Québec, même si la Chambre des Communes a reconnu ce droit, n’en est que l’expression la plus fétide.

Est-ce qu’au moins La Presse aurait l’honnêteté de cesser de se qualifier de « grand quotidien français d’Amérique » pour enfin épouser entièrement entièrement ses idéaux et finalement publier ses âneries dans la langue de Shakeaspeare, la seule qui resterait si on appliquait ses recettes identitaires?

Quand les médias ignorent Projet Montréal
6 octobre 2009

J’ai reçu l’invitation, mais je n’ai pas pu y aller. Je travaillais. Pas de rencontre sur un bateau avec Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, pour moi. Et si j’y étais allé, j’aurais eu beau jeu de participer, car le seul média d’importance à s’être pointé fut Infoman. Pas La Presse, pas Le Devoir, niet, niet. Ça ne les intéresse pas, la mise en valeur des berges du Saint-Laurent. Et puis, Richard Bergeron ne reçoit « que » 20% des appuis

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En fait, me raconte un candidat du parti, les médias ont Projet Montréal en horreur. Trop transparent, trop jeune, trop militant. À La Presse, surtout, on aime les vieux partis, ces coquilles vides où les débats sont aseptisés et où les quelques militants se trouvent une vocation à quelques semaines du vote. « Projet Montréal est appuyé par l’ancien juge Gomery, ce n’est pas rien! On veut se débarrasser de la corruption institutionnalisée causée par les décisions prises à huis clos par le comité exécutif. Harel, elle, veut simplement prendre le contrôle de la machine » m’explique-t-il. « On vaut 20% du vote, mais les médias ne se déplacent même pas. Pourtant, ils sont là à chaque poignée de main de Tremblay où dès que Harel lâche un pet ». Ce serait plus facile si les médias n’étaient pas tous privés, m’explique-t-il. Quand on sait que Harel a promis la tête du comité exécutif à Benoît Labonté, un proche de Power Corporation, qui possède La Presse, on peut s’inquiéter…

La chronique de Lysiane Gagnon, où elle dénonce Richard Bergeron, ne constitue donc pas une surprise. La journaliste de La Presse, qui a été blâmée par le Conseil de Presse en janvier dernier pour avoir déformé des faits, est une sioniste convaincue, m’affirme le candidat de Projet Montréal. « Elle déteste tout ce qui est musulman et défend Israël dans toutes les circonstances. ». Pas surprenant qu’elle déteste Bergeron, qui s’est converti à l’Islam.

En outre, m’affirme le candidat, Gagnon et Ouimet, qui le cible également, reprennent à peu près les arguments du réseau de Frédéric Lapointe, c’est-à-dire que Projet Montréal ne serait qu’un parti de jeunes rêveurs. « Gagnon ment quand elle parle de contestataires qui seraient encore dans le parti. Lapointe et Vaillancourt n’en font plus partie. Oui, Projet Montréal comporte de nombreux jeunes militants, mais c’est bien parce que les autres partis n’intéressent personne et sont de véritables coquilles vides! »

A-t-on sérieusement besoin d’une coquille vide Harel pour remplacer une coquille vide Tremblay? Voilà une bonne question.

Que Bergeron soit la cible des attaques, voilà qui ne devrait surprendre personne. Il n’a pas peur de dire ce qu’il pense franchement. Il a eu besoin de courage pour affirmer que le 11 septembre 2001 a peut-être été facilité par les plus hauts échelons du gouvernement étatsunien. Il s’oppose à l’establishment en réclamant davantage de transparence. Il secoue nos certitudes en réclamant une ville à hauteur d’homme et qui ne soit pas bâtie en fonction des automobiles.

Ce qui surprend, par contre, c’est de quelle manière les attaques sont bases, voire médiocres. De quelle façon on l’attaque sur ses déclarations passées, sur le fait qu’il fume, sur sa religion, plutôt que de parler de son programme politique. Car contrairement aux autres partis, Projet Montréal, c’est bien davantage que le parti d’un seul homme. Toute une organisation s’agite derrière le chef et vote réellement les propositions.

Si seulement le parti pouvait promouvoir davantage le fait français, maintenant, en s’imposant comme le parti des Québécois à Montréal plutôt que d’appuyer un bilinguisme s’insinuant un peu partout, il est certain qu’il aurait mon vote.

On dira ce qu’on en veut, mais les militants sont souvent ceux qui observent les affaires de leur parti avec le plus de soins et qui empêchent la corruption institutionnalisée de s’y immiscer.  Et les militants, ceux qui se promènent jour après jour avec leurs macarons, ceux qui s’impliquent en-dehors du six mois précédant une élection, ces militants sont avec Projet Montréal.

Voilà une réalité que préfèrent ignorer les médias privés, eux qui ne daignent même pas se présenter à une conférence de presse d’un homme jouissant de l’appui d’un citoyen sur cinq, même si on l’ignore systématiquement.

Et vous, vous lisez toujours La Presse?


Je viens de publier un manuel pour aider les blogueurs à mieux bloguer et à se faire connaître. Jetez-y un coup d’oeil si ça vous intéresse.

Mario Roy et ses amis têtes brûlées
15 septembre 2009

Par un habile tour de passe-passe, Mario Roy, le plus radical des éditorialistes de La Presse, assimile les excès d’une minorité d’exaltés américains contre la réforme de la santé d’Obama à ceux qui s’opposent au privé ici. Faisant abstraction de toute forme de nuance ou de logique, il met en parallèle le comportement de fanatiques libertariens qualifiant Obama de socialiste, de communiste, le comparant à Hitler ou Staline, aux actions de ceux qui, ici, veulent empêcher la privatisation de notre système de santé. Encore une fois, Mario Roy aurait dû réfléchir avant d’écrire, et La Presse aurait dû refuser de publier ses divagations.

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En effet, comment peut-on comparer la minorité de fanatiques américains insensibles à toute forme de raison ou d’arguments logiques à ceux des nôtres qui utilisent les faits pour défendre un système de santé public et universel? Obama n’est pas Hitler, ni Staline, ni le Joker. Vouloir offrir des services de santé à la quarantaine de millions d’Américains n’ayant aucune couverture médicale, ce n’est pas plus du socialisme qu’un défilé de mode n’est un spectacle pornographique.

Ces libertariens, ces extrémistes, tiennent un discours corrompu, largement inspiré d’une Guerre Froide où on encourageait la population à se radicaliser pour assimiler toute forme de gain social à du communisme, ce Grand Satan. Ils sont l’équivalent américain des Talibans afghans que la CIA a radicalisé en leur envoyant des centaines de milliers d’exemplaires du Coran, afin de les instrumentaliser contre les Soviétiques dans les années 80. Sauf que les Soviétiques ne sont plus en Afghanistan. Et la Guerre Froide n’existe plus. Il ne reste que les fanatiques, ces anachroniques reliques d’un passé où on s’est servi d’eux pour atteindre des buts politiques. Et aujourd’hui, ils reprennent du service et jouent sur la peur des gens pour tenter de justifier leurs idées débiles.

Or, quand on se sert des peurs irrationnelles des gens, on ne contribue pas positivement au débat. L’argumentaire de ces extrémistes ne tient pas compte des faits, ne compare pas la situation globale avec celle d’autres pays, ne parle pas de solutions afin d’améliorer le système de santé le plus coûteux et le moins inclusif des pays développés. Que des émotions, que de la peur. Communisme! Socialisme! Hitler! Staline! Ne manque que le croque-mitaine.

De l’autre côté, et malgré ce qu’en pense Mario Roy, les opposants à une américanisation de notre système de santé tiennent un discours beaucoup plus sensé et rationnel que ces radicaux. On n’hésite pas, ici, à souligner qu’une étude a démontré que 101 000 personnes pourraient être sauvées à chaque année si les États-Unis se dotaient d’un système de santé davantage public. On note que le système de santé américain coûte 6714$ per capita contre 3578$ pour le Canada, et qu’il laisse sans aucune couverture médicale près de 16% de la population. On parle de statistiques démontrant une corrélation entre le nombre de médecins et le caractère public d’un système. On compare les chiffres du nombre d’années potentielles de vie perdues par 100 000 habitants pour diverses maladies entre les États-Unis et le Canada et on remarque que le système canadien bat celui de son voisin du sud dans tous les cas. On démontre, chiffes à l’appui, que le privé coûte cher. Des faits, des chiffres, du concret.

De la même façon, l’opposition canadienne à une plus grande présence du privé en santé s’exprime aussi de manière pacifique, courtoise. À ce que je sache, il n’y a pas eu de grand rassemblement où on a montré des portraits de Charest avec la moustache de Hitler quand il a voulu instaurer les PPP en santé. On n’a pas comparé Philippe Couillard à Staline, même s’il a utilisé son rôle de ministre de la santé pour se faire une belle place au soleil au privé. Des faits, des chiffres, du concret.

En assimilant le populisme de droite basé sur la peur et les préjugés à l’opposition constructive et rationnelle des Canadiens et Québécois contre une trop grande place du privé en santé, Mario Roy espère convaincre que ces deux groupes sont tout à fait égaux dans leur extrémisme et leur refus des faits. Malheureusement pour lui, cette analyse ne tient pas la route et en dit plus long sur Mario Roy lui-même et sur le journal qui accepte de le publier que sur ce qu’il tente de démontrer.

Non, Mario Roy, « la plus petite allusion à un rôle quelconque éventuellement alloué au secteur privé [ne] provoque [pas] des hurlements dont la stridence n’est pas moindre que ce qui nous crève les tympans depuis des semaines à CNN et à Fox News ». Non. Ce qui me crève les yeux, plutôt, c’est qu’un éditorialiste faisant aussi régulièrement preuve de mauvaise foi ait encore un emploi sur la rue Saint-Jacques.

Dans un débat aussi important que celui du futur de la santé, nous n’avons pas plus besoin du radicalisme des têtes brûlées libertariennes que de celui de Mario Roy. Ces gens constituent le désagréable bruit de fond sur lequel les autres essaient de réfléchir.

La Presse aura-t-elle un jour le courage de sévir contre lui?

Frais de scolarité: la malhonnêteté de André Pratte
14 juillet 2009

« Plus c’est cher, plus c’est populaire! » Voilà le titre et le leitmotiv du dernier texte d’André Pratte, l’éditorialiste de droite de La Presse. S’appuyant sur de nouvelles données de Statistique Canada, il s’échine à démontrer, à l’encontre de toute forme de logique économique, que la hausse des frais de scolarité n’aurait pas d’incidence sur la fréquentation des universités. Pure malhonnêteté intellectuelle.

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En effet, s’il est vrai que la fréquentation universitaire est en hausse presque partout au pays, passant notamment au Québec de 250 809 en 2002-2003 à 268 011 en 2007-2008, cela ne signifie pas pour autant que cette hausse soit tributaire du dégel des frais de scolarité. Ce que ne montre pas André Pratte, c’est que la hausse de fréquentation a surtout eu lieu entre 2002 et 2005. La hausse des frais de scolarité ayant été imposée en 2005, on a pu observer la première diminution du nombre d’étudiants québécois inscrits au premier cycle universitaire depuis l’an 2000, passant de 187 464 à 187 242 l’année suivante. ((Statistique Canada, Tableau 477-00131, Effectifs universitaires, selon le régime d’études, le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) )) En considérant les chiffres depuis 2002, M. Pratte camoufle ainsi une partie de la vérité.

Par ailleurs, l’éditorialiste de la rue Saint-Jacques met beaucoup d’emphase sur la hausse de fréquentation des universités en Ontario et en Colombie-Britannique, deux provinces où les frais imposés ont augmenté au cours des dernières années. Ce qu’il oublie de dire, cependant, c’est que la population âgée de 20 à 29 ans de ces deux provinces a explosé durant cette période, augmentant de 9,4% en Ontario et de 11,3% en Colombie-Britannique. Même au Québec, celle-ci a augmenté d’un peu moins de 2%. ((Statistique Canada, Tableau 051-00011, Estimations de la population, selon le groupe d’âge et le sexe au 1er juillet, Canada, provinces et territoires, annuel (personnes) )) Est-il surprenant qu’un plus grand nombre de jeunes dans la vingtaine signifie une plus grande fréquentation de l’université?

Parallèlement, le Nouveau-Brunswick, province où les frais de scolarité sont les plus élevés au pays, a vu sa population de jeunes dans la vingtaine diminuer de 6,7% de 2002 à 2008, passant de 98 574 à 92 016 individus. Faut-il se surprendre si le Nouveau-Brunswick a connu une baisse significative de près de 4% ses effectifs universitaires?

On le constate, le facteur démographique n’est pas à négliger lorsqu’il est question de comprendre pourquoi les universités sont de plus en plus fréquentées. Il est facile, tout comme le fait André Pratte, d’affirmer bêtement que hausse des frais de scolarité et hausse de la fréquentation universitaire prouvent qu’il n’y a pas de lien entre les variables, mais cette affirmation n’a pas davantage de sens que cette vieille blague consistant à affirmer que la baisse de l’utilisation du spirographe suite aux années 60 a coïncidé avec une hausse du crime et des violences urbaines. On ne peut pas ignorer qu’il y a de plus en plus de jeunes en âge de fréquenter l’université, tout simplement. Ce n’est pas parce que deux variables évoluent dans un même sens qu’elles sont reliées pour autant.

De la même manière, n’y a-t-il pas une tendance lourde dans notre société à exiger des diplômes universitaires? Auparavant, on pouvait entrer dans une entreprise et y gravir les échelons; aujourd’hui on veut le diplôme, et c’est tout ce qui importe. L’attrait universitaire est indéniable: combien de jeunes prive-t-on de cet accès à cause de frais de scolarité trop élevés?

Contrairement à ce qu’affirme Pratte, l’expérience nous contraint à être prudents lorsqu’on hausse les frais de scolarité. En 1990-1991 et 1991-1992, les frais de scolarité, à l’échelle canadienne, se sont accrus de 15,2% et 16,% respectivement. Le nombre d’étudiants a chuté drastiquement, passant de 677 157 en 1992 à 668 535 l’année suivante, puis 658 284 en 1994-1995 et jusqu’à 633 018 en 1997-1998. En fait, il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’il y ait autant d’étudiants qu’avant les hausses des frais de scolarité. ((Statistique Canada, Tableau 477-00131, Effectifs universitaires, selon le régime d’études, le niveau d’études, la Classification des programmes d’enseignement, regroupement principal (CPE_RP) et le sexe, annuel (nombre) ))

En fait, cela fait du sens: si l’université possède aujourd’hui un fort potentiel d’attraction sur les jeunes, cela ne doit pas nous faire oublier que toute hausse des frais de scolarité entraîne des conséquences. Et celles-ci sont graves: on gaspille le potentiel d’étudiants n’ayant peut-être pas les moyens de s’endetter et on prive la société de leur apport.

Car quoi qu’on en dira, l’éducation est une richesse. Et celle-ci devrait être accessible à tous, pas seulement à ceux qui ont les moyens de se la payer. Le fait que le nombre d’universitaires soit en hausse ne signifie donc pas que les majorations des frais de scolarité soient sans conséquences, mais seulement que le nombre d’étudiants aux études supérieures serait de loin supérieur si on rendait celles-ci accessibles à tous. C’est avant tout une question démographique, ce que ne semble pas comprendre André Pratte.

Éditorialiste à La Presse, voilà tout de même un endroit où le diplôme universitaire ne semble pas obligatoire…