Une expérience qui a échoué
16 octobre 2007

« Vers le milieu du vingtième siècle, posséder une voiture était devenu un prérequis pour une citoyenneté de première classe aux États-Unis. Il était assumé que chaque adulte allait posséder une voiture et l’utiliser constamment pour les tâches les plus mondaines – aller au travail, aller manger, acheter de l’aspirine – et aussi pour quelques activités sacrées comme aller à l’église ou faire l’amour. L’environnement de tous les jours que l’Amérique a construit après la seconde Guerre Mondiale pour accomoder ce régime constituait une cassure radicale face aux traditions du design civique, avec tout ce qu’accompagne le douloureux cheminement d’essais-erreurs de ce qui marche et de ce qui ne marche pas, ce que nous appelons la culture acquise. Tout ceci a été jeté aux ordures. Le nouvel environnement a été conçu principalement pour les motoristes. […] Le problème est qu’on ne peut plus se permettre cet arrangement urbain. L’habitat humain centré sur la voiture, dominé par la voiture, peut maintenant être considéré – tout comme l’économie léniniste – comme une expérience qui a échoué. »

Home from Nowhere: Remaking Our Everyday World for the 21st Century, James Howard Kunstler, Touchstone, 1996, p. 59.

À méditer
5 octobre 2007

Je suis en train de lire un autre livre très intéressant, dont je traduis un court passage ci-dessous:

Qu’y a-t-il de si spécial avec les énergies fossiles de toute façon?

Les énergies fossiles sont une conséquence unique de l’histoire géologique qui permet aux êtres humains d’étendre artificiellement et temporairement la capacité de leur habitat à les supporter. Avant que les énergies fossiles – en les nommant: charbon, pétrole et gas naturel – soient largement utilisées, moins de un milliard d’êtres humains habitaient cette planète. Aujourd’hui, après plus ou moins deux cent ans d’énergies fossiles, et avec un taux d’extraction maintenant à un taux record qui ne sera plus jamais égalé, la planète supporte six milliards et demi de gens. Soustrayez les énergies fossiles et la race humaine a un sérieux problème. Le bonanza de l’énergie fossile était un deal qui n’arrive qu’une seule fois et l’intervalle où nous en avons joui était une période anormale de l’histoire humaine. Celle-ci a duré assez longtemps pour que les gens qui vivent maintenant dans une ère industriellement très avancée la considère comme la norme. Les énergies fossiles ont apporté à chaque personne dans un pays industrialisé l’équivalent d’avoir des centaines d’esclaves constamment à sa disposition. Nous sommes maintenant incapable d’imaginer la vie sans eux – ou penser selon un modèle socioéconomique différent – et ainsi nous ne sommes pas préparés pour ce qui s’en vient. ((James Howard Kunstler, The Long Emergency, Atlantic Monthly Press, New York, 2005, p. 30-31.))

En clair, la théorie de Kunstler est la suivante: notre mode de vie est profondément mésadapté pour faire face à la crise énergétique à venir. Les banlieues sont la pire allocation de ressources de l’histoire de l’humanité et ce mode de vie va disparaître car c’est seulement à cause du pétrole à bas prix qu’il a pu exister.

De la même façon, ce sont les engrais chimiques à base de pétrole, et tous les engins agricoles fonctionnant à l’essence qui sont à la base de la croissance exponentielle de la population depuis un demi-siècle, et avec la fin du pétrole à bas prix on verra aussi la disparition progressive de l’agriculture intensive permettant de nourrir une quantité importante de gens avec seulement quelques « employés ». On reviendra à un modèle plus local, permettant de nourrir moins de gens, et ainsi on se retrouvera avec quelques milliards d’humains en trop.

Et que fait-on avec ces humains? Simple: les guerres pour le contrôle des dernières ressources de pétrole et le chaos social résultant d’une baisse de la richesse globale devrait, à terme, les éliminer d’eux-mêmes.

Pour ceux qui aiment les histoires assez noires et qui empêchent de bien dormir la nuit, je vous conseille ce livre. Pour ceux qui préfèrent croire que tout va bien et qu’on trouvera sûrement un moyen magique de faire face au problème en temps et lieu, je crois qu’il est temps de regarder les choses autrement et de constater que si la situation ne sera pas à ce point dramatique, des temps durs s’en viennent néanmoins.<a