Le gros jambon de la vieille droite
25 octobre 2010

Quand Martineau parle de langue ou d’identité, ses analyses sont sensées. Malheureusement, et un peu à l’image d’autres individus aux idées tout aussi arrêtées que basées sur des préjugés, ses positions radicales et quasi d’extrême-droite sur le plan économique le rendent pénible à lire et lui enlèvent beaucoup de crédibilité. C’est encore le cas aujourd’hui alors qu’il compare, sur son blogue qui lui sert aussi de plate-forme pour jouer les scabs au Journal de Montréal, l’État québécois à un jambon. Sauf que le jambon n’est pas celui qu’on croit.

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En effet, Martineau tient le même discours que tout un pan de la droite québécoise, qu’elle soit au pouvoir comme le PLQ ou qu’elle se drape de feue sociale-démocratie en parlant de réussite individuelle comme le PQ. Il oppose l’État aux citoyens. D’un côté, dit-il, les citoyens font des efforts pour boucler leur budget. De l’autre, l’État devrait faire la même chose. C’était le discours, remarquez-bien, que le gouvernement libéral tenait au lendemain du dernier budget. L’État serait devenu une sorte de monstre froid, glouton, volant nos impôts pour payer des cours de feng shui aux fonctionnaires. Plus de préjugés que cela et tu te laves les mains après avoir serré la main d’un Noir.

Dans les faits, on ne peut pas opposer l’État et les citoyens. L’État fonctionne pour les citoyens, précisément. Demander à la population de se serrer la ceinture en attendant que l’État fasse de même, c’est imposer une privation collective comme récompense d’une privation individuelle. Le gras que Martineau et les extrémistes comme lui aimeraient couper, en bout de ligne, ce serait peut-être une sortie à la piscine publique pour un enfant, une visite à l’hôpital pour un malade, une poursuite des études pour un étudiant. Ce « gras » qu’on enlève à court terme, combien nous coûterait-il à long terme? Combien de rêves brisés, de vies gâchées? Combien de morts?

Le système de santé? Trop gros, au régime! Qu’importe si un système largement privé comme celui des États-Unis coûte, per capita, un peu moins du double de celui du Canada tout en laissant sur le carreau près de 15% de la population. Et qu’importe s’il est tellement sous-performant que les citoyens étatsuniens y meurent largement plus qu’au Canada.

Le système d’éducation? Les frais sont trop bas, haussez-moi ces tarifs et faites payer les utilisateurs, pas l’État! Et qu’importe si toute hausse de frais de scolarité se traduit par une baisse de fréquentation et qu’une population moins éduquée est généralement plus malade (et coûte donc plus cher à soigner). Rien à foutre, comprenez-vous, il faut couper!

Les fonctionnaires? Foutez-moi ça à la porte. Et à coups de pieds dans le derrière SVP! Un participant du Réseau Liberté-Québec (sic) n’a-t-il pas été chaudement applaudi en fin de semaine dernière après avoir déclaré que la seule chose qui l’intéressait, c’était de les foutre à la porte? Oui, c’est à ce niveau que vole Martineau. Pourtant, comme l’a noté avec justesse sur ce blogue un commentateur, le nombre de fonctionnaires au Québec, et seulement dans la santé, a baissé de 40% à 50% entre 1990 et 2009 au même moment où la population augmentait de près de 11%! Jusqu’où ces fanatiques de la droite veulent-ils couper? Ne seront-ils heureux que lorsqu’il n’y aura plus d’État, plus de société, plus de civilisation?

Car n’est-ce pas de cela qu’il s’agit, en bout de ligne? Des pays avec un État quasi-inexistant, on en connaît: Somalie, Haïti, Afghanistan. S’agit-il là du véritable rêve de ces coupeurs de gras? Ou peut-être le retour au Moyen-Âge quand l’État se limitait au Seigneur, l’impôt à une partie des récoltes, au servage et au droit de cuissage? On aimerait savoir. La population sait ce qu’ils dénoncent – le méchant Satan étatiste québécois – mais elle est tout aussi consciente de jouir d’un des plus hauts niveaux de vie au monde grâce à lui. Elle attend seulement de voir ce qu’ils proposent.

Malheureusement, de ce côté, les réussites sont bien faibles. L’Islande? Cet ancien paradis libertarien (dixit Milton Friedman, le gourou de ces bouchers de la misère) est en faillite. L’Irlande? À peine mieux. Les États-Unis? Leur dette est si élevée et la pauvreté y est si généralisée qu’on peut difficilement en faire un exemple.

Couper dans le gras, c’est bien beau sur papier (et encore!), mais quand on ne peut pas nommer un seul pays qui réussit durablement à réduire ses inégalités sociales et que chaque État ayant tenté ces réformes de droite en a subi de lourdes conséquences, ça donne l’impression que ces idées ne proviennent pas d’une froide analyse de la situation, mais plutôt d’une idéologie anti-étatiste presque maladive, ayant peut-être davantage à voir avec le manque d’éducation sociale et les préjugés d’une minorité adoptant ce discours passéiste.

Il faut hausser les impôts des mieux-nantis

Martineau, au lieu de traiter Claudette Charbonneau de dinosaure parce qu’elle propose une hausse des impôts, devrait s’en inspirer. Car c’est la meilleure des solutions. Nous avons baissé les impôts de près de dix milliards de dollars en une décennie. Entre 1998 et 2007, par exemple, le taux implicite d’imposition du quintile supérieur est passé de 27,3% à 22,9%. C’était beaucoup trop. Les impôts des plus riches au Canada sont actuellement parmi les plus BAS au monde!

Avant de penser à affamer l’État sous prétexte d’un endettement trop élevé (alors que le Québec est exactement dans la moyenne des pays de l’OCDE à ce niveau, malgré les mensonges d’Éric Dumaine) et de s’enfermer dans le cycle décrit par Josée Legault comme une destruction programmée de la « bête étatique », il serait peut-être temps de revenir à un peu de bon sens et à reconnaître que si l’État québécois n’est pas parfait, c’est précisément l’augmentation de sa présence qui nous a permis de sortir de la Grande Noirceur et c’est sa braderie par le Parti Libéral du Québec qui ouvre la porte à la corruption.

Qu’on se le rappelle bien: ceux qui ont le plus à perdre d’une destruction de notre État-providence ne sont ni Éric Duhaime ni Richard Martineau, mais bien la classe moyenne et les moins-nantis.

Mais si on osait hausser les impôts des plus riches et mettre ainsi fin aux privilèges consentis par les deux derniers gouvernements de droite, je vous laisse deviner qui seraient les premiers à devoir se contenter d’un gros jambon au lieu de manger leur caviar volé aux lockoutés du Journal de Montréal…

Lock-out au Journal de Montréal: à quand la coop?
22 juillet 2009

Un geste d’éclat, six mois plus tard. En vain. Ce n’est pas en défiant l’injonction leur interdisant de rentrer dans les locaux du Journal de Montréal que les travailleurs en lock-out du quotidien aideront leur cause. Au mieux, ce geste provoquera un léger haussement de sourcil de la part du citoyen intéressé ou une indifférence complaisante chez les autres. Les ventes du Journal de Montréal ne baisseront pas; rien n’aura changé. Et si les travailleurs faisaient le choix de résister en créant une coopérative?

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Soyons sérieux un instant: de quoi se privent actuellement les lecteurs du quotidien en lock-out? Pas grand chose, soyons honnêtes. Les journalistes y sont pratiquement interchangeables tellement on leur demande de vulgariser à l’excès et d’édulcorer leurs idées jusqu’à ce qu’elles prennent la couleur du papier jaunissant sur lequel elles sont publiées. Du sport, du sexe, des crimes et très peu de politique. Sauf si ça implique du sport, du sexe ou des crimes. Banal. Des journalistes de qualité à qui on demande de faire toujours moins et de viser les plus bas dénominateurs communs.

Or, on dit que c’est ce que veut le petit peuple et Pier-Karl Péladeau, magnanime, a décidé que le pain vide dont il nourri sa populace n’a même plus besoin d’avoir l’apparence d’être nourrissant. « Les conditions de travail des employés correspondent à un monde qui n’existe plus! » Oui, et on le connait ce monde, c’était celui où le journaliste méritait son salaire en jouant son rôle de quatrième pouvoir, toujours prêt à mordiller ou même à mordre les puissants. C’était celui du papier, des presses salissantes et du camelot qui se lève aux petites heures pour quelques trente sous. Ce monde n’existe plus, et pariez que Péladeau n’en fait pas des cauchemars la nuit.

Alors, on a deux choix: accepter que la pensée critique et la plume acerbe ont leur place au musée, à côté du format papier. Ou résister.

Dans le premier cas, on peut se battre pour la forme en ouvrant un journal en ligne reproduisant les mêmes travers encouragés depuis une décennie de baisse continuelle de la qualité. Rue Frontenac. Bravo, c’est bien. Mais pourquoi sur internet? Pourquoi ne pas avoir fait comme les travailleurs en lock-out du Journal de Québec qui ont lancé Média Matin, un journal gratuit, lors de leur lock-out il y a deux ans? « À Montréal, on ne pouvait utiliser la même stratégie : il y a déjà plusieurs journaux gratuits sur le marché », expliquait le président du Syndicat des travailleurs de l’information, Raynald Leblanc. Ah oui, et vous croyez qu’il n’y en a pas à Québec? Ou aviez-vous peur que vos journalistes n’arrivent pas à concurrencer des feuilles de choux bourrées de publicité et abreuvées par les agences de presse?

D’un côté, on a une direction qui remet en cause le futur d’un journal papier où les employés sont payés adéquatement, et de l’autre on a des syndiqués qui prouvent leur manque de foi dans le format papier en se dépêchant d’ouvrir un site en ligne. D’une part une direction qui exige de plus en plus de banalité, et de l’autre des syndiqués qui se contentent de continuer leur lent déclin intellectuel amorcé au Journal. Vous y comprenez quelque chose?

En fait, la vraie question, à mon avis, est de chercher à comprendre pourquoi les travailleurs n’ont pas résisté. Résister. Pas sortir dehors avec des pancartes et scander « So, so, solidarité » en mangeant des beignes cuisinés par des employés sous-payés. Résister. Choisir de dire « non » à une entreprise qui ne les respecte pas et qui refuse toute forme de compromis. Se débarrasser des patrons, quoi.

Pourquoi les journalistes auraient-ils besoin de Quebecor pour produire du contenu? Pourquoi s’entêter à vivre sous le joug d’une entreprise dont l’antisyndicalisme est presque devenu la marque de commerce? Pourquoi s’entêter dans une lutte à mort pour ensuite retourner dans l’antre de la bête et continuer de l’engraisser bêtement?

Soyez originaux! Créez une coopérative! Organisez-vous! Si vous avez foi dans votre talent et que vous croyez qu’il est possible pour un journal d’être rentable en respectant ses employés, créez ce journal et distribuez-vous les profits! Il est facile de se laisser emporter par la vague déferlante de l’émotivité des confrontations syndicales-patronales, mais si on se recule un peu, si on se donne une vision d’ensemble, n’est-ce pas là l’option la plus logique? Permettre à chaque journaliste d’avoir son mot à dire sur le modèle du nouveau journal en devenant actionnaire de l’entreprise.

À ce que je sache, inaugurer un nouveau quotidien, ce n’est pas comme lancer une entreprise de pièces d’avion. Il faut des investissements, mais ceux-ci sont beaucoup plus limités. Il faut que les travailleurs mettent leur argent sur l’indifférence où s’écrasent leurs mots. Qu’ils y croient assez pour s’unir et s’investir dans un projet où il ne seront plus les prisonniers de personne. Qu’ils s’affranchissent, simplement, d’un syndicat qui a été incapable de les protéger et d’une entreprise qui veut les broyer.

Certains diront: « mais c’est difficile! ». Oui, il est laborieux de chercher à remonter le courant quand la chute approche. Mais a-t-on le choix? Il est plus aisé de faire un dernier coup d’éclat en souriant pour les caméras pendant que l’inertie nous entraîne vers la dégringolade. Mais est-ce ce que veulent vraiment les journalistes de la rue Frontenac?

Plus que jamais, je suis avec eux de tout coeur, mais ils ont besoin d’être imaginatifs. La bête s’est faite les dents avec le Journal de Québec. Elle est maintenant prête à les dévorer. Et s’ils décidaient de s’enlever du chemin et de créer leur propre coopérative au lieu de la frapper avec des cure-dents en espérant s’y faire avaler sans se faire mordre?

Faut-il réinventer le Journal de Montréal?
29 janvier 2009

impression-de-journauxJe me souviens de l’époque où je livrais les journaux. J’ai commencé à dix ans, avec une route de La Presse, et ça s’est terminé vers la fin de l’été de mes seize ans, avec deux routes de La Presse et deux du Journal de Montréal. Les deux dernières années, je me levais à 4h00 les jours de semaine et à 5h00 la fin de semaine (la grasse matinée).  J’avais ma routine. J’allais chercher les piles de journaux devant la porte, je les assemblais lorsque c’était requis, puis je livrais une partie et je revenais déjeuner en les lisant devant un bon repas composé le plus souvent de huit gaufres noyées sous le sirop d’érable et le beurre. Et c’est ainsi qu’à douze-quatorze ans j’ai commencé à m’intéresser à la politique et que je me tenais au courant de tous les enjeux du moment.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui quand j’évoque ces pensées de ma prime jeunesse est cette distance entre les deux journaux, une distance qui semble croître de plus en plus. À l’époque, je me souviens de La Presse et du Journal de Montréal comme de médias certes différents au niveau de l’importance accordée aux divers enjeux mais d’une certaine proximité quant au discours vis-à-vis de ces enjeux et à l’organisation des textes à l’intérieur du journal. En d’autres mots, on y trouvait des chroniqueurs spécifiques mais intelligents, avec leurs styles bien à eux.

Aujourd’hui, force m’est de constater que quand je feuillette le Journal de Montréal, j’y retrouve une litanie de publicités englobant quelques rares textes authentiques perdus dans le bruit ambiant de nouvelles génériques empruntées à différentes agences de presse ou appartenant au groupe Quebecor. Je ne retrouve plus la personnalité du journal; j’ai l’impression de lire une copie payante d’un quotidien gratuit comme Métro ou 24 heures.

On nous explique chez Quebecor depuis quelques semaines que le journalisme serait en crise à cause d’internet et qu’en baissant le salaire des journalistes on pourrait passer à travers celle-ci. Les travailleurs sont toujours une cible idéale mais rarement les patrons qui se sont octroyés des augmentations de salaire de 29% (Pier Karl Péladeau) ou les entreprises qui déclarent 50 millions $ de profit (Journal de Montréal). La faute revient aux journalistes, bon. Ils le disent, alors ça doit être vrai.  Vraiment?

Pourtant, comme le note avec justesse Michel Dumais, ce n’est pas une différence de 10 000 à 15 000$ par année par journaliste qui fait la différence entre un journal rentable ou non, loin de là. Le problème est beaucoup plus profond et exige des solutions originales qui vont au-delà de ce ramassis pseudo-interactif qu’on appelle convergence.

En effet, affirme Kenneth Whyte, éditeur du Maclean’s Magazine, les journaux ont présentement une réelle opportunité de se réinventer. « Ce que vous devez savoir est ce qui intéresse vos lecteurs. Vous devez connaître leurs sentiments – ce qui les réjouit, ce qui les intéresse, ce qui les allume vraiment – et si les journaux ne font pas cela, ils n’ont plus de sens. » ((Benjamin Shingler, Telegraph-Journal, Saint John, N.B., 29 janvier 2009, p. A3))
En outre, Whyte affirme que les journaux doivent se débarrasser du paradigme d’objectivité et de recherche du consensus qui ne fonctionnait que lorsqu’ils jouissaient d’un monopole sur l’opinion publique. « Il existe une scissure profonde entre ce que les journaux mettent en première page et ce qui intéresse réellement les lecteurs », ajoute-t-il. ((Idem.))

Bref, d’une certaine façon, les quotidiens qui espèrent survivre doivent favoriser l’expression de leurs journalistes en les encourageant non seulement à exprimer leurs opinions mais également en assumant leur subjectivité. Pourquoi les blogues fonctionnent-ils aussi bien? Parce que leurs auteurs osent parler de ce qui intéresse vraiment les gens et ils le font brillamment en y intégrant une partie de leur vécu, de leurs émotions au lieu de prétendre à une objectivité totale qui n’a plus sa place à l’ère d’internet et de la titanesque pluralité des points de vue. Un journal qui aspire à un futur doit choisir ce chemin, celui de la qualité et de la profondeur. Celui où les lecteurs s’identifient aux journalistes. Il s’agit de la voie qu’ont choisie Le Devoir et La Presse.

À l’opposé, le Journal de Montréal a décidé de renforcer les structures archaïques du contrôle de l’information et ses dirigeants ont cherché à profiter de la place prépondérante de Quebecor dans le secteur médiatique au Québec pour réduire le coût des nouvelles génériques au maximum. En clair, le quotidien n’aspire pas à se spécialiser, à créer un véritable lien entre ses lecteurs et ses principaux journalistes, mais essaie plutôt de compétitionner sur le marché de l’information rapide et impersonnelle. On veut nous vendre un Journal de Montréal sans âme et dont le contenu provient d’une multitude de sources diverses sans rapport réel entre elles.

On nous lance à la tête pâte, tomates, poivrons et fromage et on essaie de nous faire croire que c’est une pizza.  Sauf qu’une information n’est utile que si elle est décodée et interprétée; sinon, elle n’est que du bruit de fond, un mot perdu dans l’éther.  La mission du journaliste est de nous aider à cuisiner cette pizza mentale; c’est lui qui fait les liens nécessaires et décode l’essentiel dans le maelstrom de nouvelles insipides.   Et quoi de plus agréable que de retrouver jour après jour notre chef des mots préféré pour nous mitonner un autre délicieux petit plat à manger goulûment?

En devenant un simple recueil de textes écrits par d’autres, le Journal de Montréal ne permet plus la nécessaire identification de la population à ses journalistes et conséquemment on ne voit pas comment le quotidien de la rue Frontenac pourra se maintenir sans ce niveau de confiance.  Il pourra sûrement vivoter pendant quelques années, cherchant à réduire ses coûts, mais il se condamne lui-même en choisissant de se battre au niveau de la quantité et du bas prix des nouvelles au lieu de viser la qualité.  Aujourd’hui, l’information est partout. Ce que les lecteurs exigent désormais, c’est un plan pour la décoder et quelqu’un en qui ils ont confiance pour les aider à s’y retrouver.  Un plan, et de la qualité.

Le monde est une recherche Google infructueuse et le journaliste se doit d’être le guide à la recherche d’une information non pas faussement objective, mais pertinente!

Lock-out au Journal de Montéal: les singes se révoltent
25 janvier 2009

monkey-writerVous les méprisez les journalistes du Journal de Montréal, pas vrai? Ces syndiqués qui travaillent quatre jours par semaine et qui s’accrochent à une convention collective « d’un autre temps » (dixit la direction du JdM) pour publier leurs chroniques de chats écrasés. Ces pousseux de crayon ou tapeux de claviers interchangeables dont vous ne voulez même pas savoir le nom quand vous les lisez. Soyez honnête : la seule présence du nom d’un journaliste dans « votre » journal constitue selon vous un gaspillage d’espace.

En effet, à vos yeux, les journalistes sont des ouvriers à la chaîne qui suivent un plan pré-établi pour répondre à votre demande d’information. Un peu comme l’ado boutonneux qui prépare votre Big Mac selon la même vieille recette éprouvée, vous ne voyez pas la nécessité ni de bien les rémunérer ni même de les respecter. Ce sont de simples boulons dans la chaîne bien huilée de la production d’information en série.

Oh, mais attendez, vous voulez davantage de qualité? Vous aimeriez obtenir un cornichon supplémentaire dans votre Big Mac? Meuh non, vous ne comprenez rien. La recette du Big Mac fonctionne, vous l’avez toujours aimé ainsi et nous avons fait tout un tas de tests qui ont déterminé que c’est ce que vous désirez vraiment. Nous le savons que vous aimez ça les chroniques de chats écrasés et les mémoires de putes rive-sudoises. Vous raffolez de ces histoires-là qui auraient pu être rédigées par n’importe quel cégépien au-dessus de la moyenne.

Alors, pourquoi endurer les états d’âme de ces professionnels du chiâlage qui se disent journalistes en levant le nez et qui réclament des conditions de travail qu’on offre généralement à l’élite? A-t-on besoin d’un chef cuisinier pour produire un Big Mac? Alors pourquoi offrir de bonnes conditions de travail à des gens qui se prétendent experts avec les mots mais à qui on demande d’effectuer un travail en série visant le plus simple dénominateur commun?

À quelque part, la position de Quebecor avec ce lock-out ne manque pas de logique : on offre de l’information de qualité douteuse, on la produit en série à partir de directives claires forçant les « journalistes » à favoriser les produits et entreprises du groupe et si jamais les petits singes se révoltent et exigent qu’on les respecte on leur lance à la figure le fait qu’ils ne sont pas des créateurs, mais des exécutants et qu’en tant que tels ils ne devraient pas jouir du moindre privilège.

S’agit-il là du nouveau rôle du journaliste contemporain, condamné à jouer les publicistes pour les patrons et à vivre dans la précarité? Si vraiment nous vivons dans une société qui rétribue ses travailleurs selon la juste valeur de leur travail, pourquoi pénaliser ainsi les journalistes en les ostracisant parce qu’ils jouissent de conditions de travail avantageuses? Ce ne sont pas eux qui ont choisi volontairement de faire de la jaunisse textuelle; plusieurs ont un incroyable talent qui ne demande qu’à s’exprimer, mais devant la nécessité de gagner leur croûte plusieurs ont dû laisser tomber leurs idéaux et se résoudre à réduire la qualité de leur travail pour plaire à leurs patrons.

Me comprenez-vous vraiment? Vraiment? Approchez-vous. Plus près. Plus près encore. Regardez :

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Me voyez-vous? Ce point, c’est moi qui me cogne la tête sur l’écran et qui vous gueule que vous êtes responsables de cette situation. Quand vous achetez le Journal de Montréal, vous encouragez la médiocrité et vous faites passer les faits divers devant les vrais enjeux. Vous votez en payant; vous tranchez en faveur d’une entreprise qui ne se contente pas seulement de mépriser ses employés mais qui se joue également de vous en vous présentant une information qui escamote systématiquement les enjeux importants pour jouer sur vos instincts primaires tout en encourageant les projets de convergence de Quebecor.

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Et si je me cogne la tête plus fort sur votre écran, me voyez-vous, maintenant? Je suis le journaliste qui veut sortir de sa bulle d’éther et qui espère créer de la qualité pour le plus grand nombre. Vous n’êtes pas des idiots, et moi non plus. A-t-on nécessairement besoin d’écrire de la merde pour rejoindre un maximum de personnes? Allez, dites-moi que ce n’est pas le cas. Dites-moi que vous êtes plus intéressés par notre futur et par notre vivre-ensemble que par les dernières folies de stars ou meurtres crapuleux. Allez, s’il-vous-plaît, dites-moi que l’avenir de notre pays, de l’humanité sont plus importants que ces conneries.

Sinon, si vraiment vous aimez votre Journal de Montréal tel qu’il est, si vous assumez votre indifférence vis-à-vis d’une information déficiente et trompeuse, respectez au moins le sacrifice qu’ont dû accomplir de nombreux journalistes talentueux pour vous livrer votre dose quotidienne de banalité et encouragez-les afin qu’ils puissent continuer à jouir de ce monde et gagner assez d’argent pour être en mesure de piler sur leur orgueil de créateurs pour persister dans leur rôle d’exécutants façonnant pour une direction cupide de la merde en boîte que vous payez sottement.

Il fût une époque où les journalistes étaient des représentants du peuple dont le rôle de chiens de gardes du pouvoir leur méritait un grand prestige auprès de la population. Peut-être qu’aujourd’hui plus personne ne s’intéresse véritablement au pouvoir, ne veut même plus le surveiller, ne veut même plus savoir qu’il existe, sauf quand le pouvoir s’occupe d’eux personnellement. Au fond, c’est peut-être notre égoïsme à tous et notre refus d’effectuer le nécessaire travail de surveillance du pouvoir qui est à la base de cette situation?

Bientôt près de chez vous : une formation en publicité pour écrire dans votre Journal de Montréal?  Et tout va bien dans le petit monde des petits singes esclaves de nos passions les plus petites.

Cannibalisme inc.
27 avril 2007

On dit qu’il ne faut pas juger quelqu’un sur ses paroles, mais sur ses actions. Dans le conflit entre le Journal de Québec et ses journalistes, c’est on ne peut plus vrai. Au sein de l’empire Quebecor, on voit qui sont les « lucides » et qui sont les solidaires.

Parmi les « lucides », il y a Richard Martineau, cet éternel blasé, qui se cache derrière son contrat stipulant que ses articles écrit dans le Journal de Montréal peuvent être publiés dans le Journal de Québec. Pendant que ses confrères de Québec se font mépriser et insulter par Quebecor, cet homme de la ville, cet homme se revendiquant de l’urbanité et du béton, les laisse tomber et décide de profiter du conflit pour étendre toujours un peu plus son emprise. Martineau, la petite PME pour qui les journalistes de Québec en lock-out sont un obstacle de moins à ses rêves de notoriété et de puissances narcissiques.

De l’autre côté, il y a Lise Payette. L’ancienne ministre péquiste a le courage de ses convictions. Lorsqu’elle a été confronté à la même clause de contrat que Martineau, elle a décidé d’agir concrètement: elle a quitté le Journal en signe de solidarité. On dira ce qu’on veut sur la femme et sur ses idées, mais ça c’est du courage. Ça c’est joindre l’action aux paroles.

Ne se le cachons pas: un journaliste de Montréal qui remplace un journaliste de Québec en lock-out sous la protection d’une clause dans un contrat, c’est la même chose qu’une compagnie qui fait venir des briseurs de grève dans des camions escortés par des gardes armés. C’est une insulte pour tous les travailleurs et, dans ce cas-ci, pour les lecteurs de Québec, dépourvus de leur relation de proximité avec leurs journalistes.

Pour une fois, on aura raison à Québec de se plaindre de la montréalisation de l’information. Merci à Quebecor.

Pendant ce temps, l’entreprise a déposé une requête en cour – refusée – pour empêcher les journalistes en lock-out de publier leur propre journal. Quels arguments a-t-on invoqué, je l’ignore. Mais Quebecor a agi comme elle a toujours agi: en petite princesse a qui tout est dû.

Mais est-ce si surprenant, quand on pense que Péladeau lui-même a bâti son empire en écrasant les autres, puis qu’il s’est laissé engraisser par des politiciens vendus au concept du Québec inc. dans les années 80? Quebecor, depuis sa formation, est une entreprise qui cannibalise les autres et qui a grandi en s’abreuvant aux mamelles de l’État. Une telle entreprise peut-elle réellement changer?

Aujourd’hui on a la réponse. Mais que peut-on faire?

Beaucoup.

À une ère de convergence médiatique et de concentration de l’information, il est tout à fait possible d’agir nous-mêmes. Pas besoin d’avoir le courage de Lise Payette. Il suffit simplement de ne plus lire le Journal de Québec, le Journal de Montréal et toutes les publications de Quebecor. De ne plus synthoniser TVA et LCN. De rejeter tout ce qui vient de Quebecor. De dire « non » je ne participe pas à celà. De signifier aux entreprises publiant des annonces dans le Journal de Québec qu’ils perdront des clients. D’écrire à Quebecor pour se plaindre. De contacter son député pour qu’il propose une loi contre la concentration des médias.

De ne plus lire ceux qui, comme Martineau, jouent les briseurs de grève.

Parce que c’est facile de parler, de dénoncer. C’est facile de se plaindre que l’information au Québec est centrée sur Montréal et qu’il y a peu de place pour un point de vue divergent.

Mais qui osera agir?