Lisée et le PQ: unis contre le Québec français
15 janvier 2011

Les historiens du futur seront impitoyables dans leur analyse du déclin du français au Québec en ce début de vingt-unième siècle. Ils se gratteront d’abord la tête en cherchant à comprendre de quelle façon un parti qui a officialisé les aspirations de tout un peuple en paraphant la Charte de la langue française a par la suite œuvré à la dévalorisation de ses acquis, puis ils trouveront la seule conséquence logique: le sursaut nationaliste du Québec français de la fin du vingtième siècle constituait le plus tardif des chants du cygne d’un Canada français ne sachant pas disparaître sans au moins tenter un dernier baroud d’honneur qu’on pourrait ensuite mettre sur le compte d’une jeunesse idéaliste et archaïque.

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En effet, c’est bien ainsi que sont considérés, tant chez Jean-François Lisée que dans la proposition principale du Parti Québécois, ceux qui rêvent encore d’un Québec français comme flambeau de la pensée française en Amérique, comme lumière de la francophonie sur un continent ayant littéralement massacré ses populations francophones à grand coup de lois anglicisantes ou, la majorité fermement assurée, les laissant mijoter dans les oubliettes d’un multiculturalisme indigeste faisant de notre langue un simple ingrédient pimentant le grand potage canadien.

Lisée d’abord. Ce grand disciple du « bon-ententisme », comme le souligne Pierre Dubuc, pleure, dans son dernier texte, le sort de notre minorité anglophone, qualifiant ceux qui désirent un Québec aussi français que l’Ontario est anglaise d’archaïques, s’opposant à toute politique entraînant la diminution du poids démographique des anglophones. Jean-François Lisée, qui blâme, comme nos ennemis fédéralistes, l’exode des francophones de Montréal comme cause principale de la chute du français, alors qu’il a été démontré qu’il s’agit d’un mythe et que les banlieues s’anglicisent aussi vite sinon davantage que la ville centre. Jean-François Lisée, qui désire permettre une immersion anglaise aux francophones du cégep, mais qui n’explique pas de quelle façon les anglophones pourraient vouloir une immersion française alors que des études ont récemment démontré leur peu d’intérêt pour notre langue et notre culture.

Le PQ ensuite. Sa proposition principale, qui sera vraisemblablement adoptée par tous les carriéristes qui portent la sacoche de Marois comme leurs ancêtres ont été des porteurs d’eau, propose non seulement l’immersion anglaise au cégep, mais s’engage également à protéger les « droits linguistiques » et le « patrimoine institutionnel » de la « communauté anglophone ». En échange de l’application d’une Loi 101 au cégep ne voulant à peu près rien dire si on y permet l’immersion anglaise et qu’on a déjà anglicisé tous nos jeunes – première étape vers l’assimilation définitive -, le PQ s’engage également à intensifier l’apprentissage de l’anglais au primaire et au secondaire. En fait, comme le notait Bernard Desgagné, le PQ fait une fixation totale sur l’anglais, sur la nécessité d’en faire la promotion, mais ne parle nulle part de la nécessité d’améliorer la connaissance du français, la qualité de son enseignement; on ne parle pas non plus d’une intensification des cours de français alors, pourtant, que près d’un million de Québécois sont analphabètes et qu’un grand nombre d’anglophones ne parlent toujours pas la langue nationale. Non, non. Anglais, anglais, anglais. Et surtout, ne touchons pas aux institutions anglophones, méchants Québécois que nous sommes. Ce qui compte dans la proposition du PQ, ce n’est pas l’État national francophone, mais une simple primauté du français.

Les historiens de demain ne seront pas dupes. Le passage d’un État francophone à un État à primauté francophone ne constitue qu’un énième glissement vers la disparition définitive du français sur ce continent. La Nouvelle-France fut française, elle ne le fut plus. Le Canada fut majoritairement français, il devint majoritairement anglais. Le Québec ne peut échapper à cette damnation que s’il assure définitivement non seulement la prédominance du français, mais son statut indispensable pour fonctionner au Québec. Il doit être tout autant impossible de pouvoir vivre en anglais au Québec qu’en italien à Moscou ou en espagnol à Pékin. Ce n’est pas de devenir une langue prédominante qu’a besoin le français – elle l’a déjà été à de nombreuses reprises sur ce continent – mais de devenir une langue indispensable.

Un parti politique résolument nationaliste et au service du peuple québécois n’encouragerait pas l’immersion anglaise; il franciserait le plus gros cégep du Québec, Dawson. Un parti politique conscient du statut précaire de la langue française au Québec n’encouragerait pas l’augmentation de l’enseignement de l’anglais; il franciserait l’Université McGill et doterait enfin l’UQAM d’une faculté de médecine et d’un budget lui permettant de rayonner. Un parti politique ayant fait du français la seule langue officielle du Québec ne ferait pas la promotion de sa primauté, mais construirait une société française en s’assurant que l’État ne communique avec les citoyens que dans la langue nationale. Un parti politique se réclamant du Québec, des Québécois et ayant contribué à les libérer d’un ordre économique et linguistique où ils étaient des citoyens de seconde classe s’assurerait non pas de protéger les institutions de la minorité anglophone, mais reconnaîtrait plutôt le statut majoritaire de celle-ci à l’échelle continentale et encouragerait la solidarité avec les francophones hors-Québec en finançant leurs institutions pour assurer la survie de ce qui fut déjà une zone tampon entre le Québec français et l’Amérique anglaise. Un parti réellement QUÉBÉCOIS ne permettrait pas la construction, à Montréal, d’un méga-hôpital anglophone de 2,225 milliards de dollars, prenant l’argent des régions pour engraisser une minorité montréalaise déjà plus que riche.

Ce n’est pas archaïque, comme le soutient Lisée, de vouloir un Québec français. C’est être conséquent. Le rejet de l’identité canadienne-française par les Québécois des années soixante n’a eu de sens que si nous formons une majorité capable d’agir en tant que majorité et en mesure de défendre le français. Tant que nous n’oserons pas nous attaquer aux privilèges indus d’une minorité anglaise parmi les plus choyées au monde, tant que nous permettrons aux anglophones du Québec de surfer, grâce à leurs institutions sur-financées, au-dessus de la nation québécoise, ils n’accepteront pas leur statut de minorité et continueront de se percevoir comme des ayant-droits canadiens au sein d’une province comme les autres.

Ce qui est archaïque, par contre, c’est cette croyance que la bonne-entente et à l’à-plat-ventrisme devant le tout-anglais puisse mener à un résultat différent que ce que les trois derniers siècles de la même rengaine nous ont appris.

Les peuples qui survivent ne se couchent pas devant la menace, ils n’avancent pas à reculons en s’excusant d’exister et en répétant qu’ils ne toucheront pas à un cheveu des privilèges dont leurs vis-à-vis disposent. Les peuples qui survivent se tiennent debout et affirment, face au vent, qu’ils ont le droit d’exister et qu’ils prendront tous les moyens pour assurer leur survie. Les peuples qui survivent n’attendent pas un référendum ou le Saint-Esprit pour agir; ils défendent leur langue et leur identité au quotidien.

Olivar Asselin écrivait qu’il faudrait apposer l’épitaphe suivante sur la tombe du peuple canadien-français: « Ici gît un peuple mort de bêtise. »

Les divagations de Jean-François Lisée et la proposition principale du PQ ne peuvent que lui donner raison.

Force Québec ou Capitulation Québec?
7 octobre 2010

La création annoncée d’un nouveau parti politique fédéraliste et de droite (comme si cela manquait au Québec), articulé autour de François Legault et Joseph Facal, ne peut que laisser songeur. Deux ans après la mort annoncée de l’ADQ et sept ans après que Jean Charest ait promis sa propre révolution du « bon sens » inspiré des réformes de droite de l’ancien premier ministre ontarien Mike Harris, c’est encore une fois la même rengaine: une nouvelle bande de joyeux politiciens s’improvisent guérilleros du grand capital pour lutter contre « l’immobilisme ». Les visages changent, mais le but demeure: en finir avec une social-démocratie qui empêche les mieux-nantis de s’en mettre plein les poches.

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Typiquement, une fois au pouvoir, ou près de celui-ci, les mentalités finissent par évoluer. On se rend compte, chiffres à l’appui, que le modèle québécois est de loin supérieur à beaucoup d’autres modèles dans le monde. Nous sommes plus en santé, notre dette est dans la moyenne des pays de l’OCDE, nos bas frais de scolarité encouragent l’accessibilité, nous enrichissent, et ceux qui ont appliqué les recettes des « Lucides » sont aujourd’hui ruinés. On constate également que la population est capable de se mobiliser, que les syndicats, représentant démocratiquement leurs membres, sont en mesure de s’opposer à la mise aux enchères de notre bien commun. Les positions finissent ainsi par s’adoucir et on réalise, finalement, qu’il vaut mieux respecter la population et y aller à petits pas.

Or, cette fois-ci, on nous promet que ce sera différent. Contre l’immobilisme! Contre le statu quo! Pour une fois, on va réellement bouger! Alors que les trois quarts des Québécois veulent la démission d’un premier ministre ayant trop jouer à touche-pipi avec le privé, on nous en promet davantage! Alors que les mouvements de citoyens ont permis de faire reculer le gouvernement libéral lorsqu’il exagérait dans ses réformes (Mont-Orford, Suroît, etc.), on nous promet presque, pour mieux vendre sa salade, que la population ne sera plus écoutée. Pour en finir avec l’immobilisme, on va tout brûler.

On a parlé d’appeler ce parti « Force Québec ». Pourquoi pas. En Italie, ils ont le Forza Italia, parti d’un Berlusconi qui transforme en échec pour la population tout ce qu’il touche. Au moins, on saura à quoi s’attendre!

Le cas Facal

Joseph Facal représente à lui seul tout ce qui ne marche pas en politique au Québec actuellement. Belle-mère péquiste parti pelleter des nuages, il a passé les dernières années à parler d’indépendance, d’identité et de culture québécoise dans les pages du Journal de Montréal de Pier-Karl Péladeau. L’indépendance, oui, mais pas pour tout le monde. Et certainement pas pour le lockouté qui vit dans la misère depuis un an et demi parce que M. Facal a décidé d’encourager Quebecor. Une indépendance proprette, déconnectée de sa base, loin des préoccupations du citoyen lambda. Une indépendance tout à fait hostile à la réalité d’un combat de libération nationale ayant toujours marché main dans la main avec la libération collective des travailleurs, des chômeurs et des moins-nantis.

J’ai connu plusieurs Péquistes qui ne juraient que par lui. Et moi, je leur disais: « ce type n’est pas de notre côté ». Qu’importe, qu’on me répondait, car il est indépendantiste! Et bien non, il ne l’est plus. Il a décidé de la rejeter aux calendes grecques, ce qui ne saurait surprendre quand on part du principe que tout projet de libération collective basé sur des prémisses économiques hyper-individualistes ne fait pas de sens. Facal était indépendantiste parce qu’il voulait un pays « sur la mappe », pas par un quelconque désir d’inventer une société différente permettant d’assurer à la fois la survie du français ET une réduction des inégalités sociales. Pour lui, l’indépendance du Québec ne constituait qu’une façon supplémentaire de l’enchaîner aux accords économiques internationaux et d’y appliquer des réformes économiques qui ont déjà prouvé leurs échecs un peu partout.

Il tente maladroitement de se justifier sur son blogue en parlant de la nécessité de gouverner à court terme – et d’oublier l’indépendance – afin d’infléchir une situation qu’il considère comme catastrophique. Encore une fois, notons-le, avec le thème archi-utilisé des « Lucides »: nous serions trop endettés (ce qui est faux, Lisée l’a noté). Facal y va même d’une loufoquerie: « Les gouvernements ne peuvent plus emprunter ni hausser les impôts pour se financer. » Étrange, ne trouvez-vous pas, qu’après avoir baissé les impôts des mieux-nantis pendant une décennie, jusqu’à un point où ils sont parmi les plus bas des pays industrialisés, il se refuse jusqu’à considérer une saine hausse de ceux-ci?

C’est le principe qu’avait si bien expliqué Josée Legault: on affame la bête étatique en préparant le démantèlement de l’État-providence. À chaque période de croissance, on réduit les impôts, et à chaque recul de l’économie, on coupe les services et augmente les tarifs régressifs. On coupe les impôts, et cinq minutes après l’avoir fait, il est trop tard, on ne peut plus les hausser. On appelle cela un aveuglement idéologique.  On appelle cela une capitulation.

Si Facal se contentait de parler de culture, de langue et d’identité; s’il gardait ses thèses de l’extrême-droite économique pour APRÈS l’indépendance, on pourrait presque le trouver sympathique. Mais quand il torpille le projet indépendantiste et cherche à dépecer notre État pour satisfaire sa soif de pouvoir et son penchant idéologique de droite, il devient une nuisance.

La seule chose qu’il prouve, outre son profond manque de jugement, c’est la nécessité pour le Parti Québécois d’adopter un échéancier rapide et clair pour l’indépendance, sous peine de finir écartelé entre son aile-gauche et son aile-droite. En ce sens, Facal nous est très utile: il expose clairement le manque de leadership de Pauline Marois et l’incapacité du PQ à faire la seule chose pour laquelle il devrait exister: l’indépendance du Québec.

La seule Force dont le Québec a besoin, en ce moment, c’est celle devant mener à la libération nationale et commune de ses citoyens, à la fois du carcan canadien et des idéologues désirant privatiser notre bien commun et nous appauvrir collectivement.

Et à court terme, cela signifie tourner le dos aux traîtres comme Joseph Facal et sa Force Québec qui, aveuglés par leur idéologie passéiste, risquent de nous éloigner de notre mieux-être.

Plus que jamais, la vraie force ne consiste pas à se plier aux diktats économiques des grandes entreprises et des lobbys de droite, mais à se tenir debout pour le plus grand nombre de citoyens.

Ce n’est peut-être pas Force Québec, finalement, qui devrait constituer le nom de ce mouvement, mais bien Capitulation Québec.  Quand nous sommes agressés au quotidien par une idéologie ayant fait tant de ravage partout sur la planète, l’immobilisme constitue peut-être un moindre mal…

Dette du Québec: les mensonges du ministre des Finances
5 mars 2010

La droite en entier fait ses choux gras d’une récente annonce du ministre des Finances qui a, mensongèrement, affirmé que le Québec était la cinquième économie la plus endettée au monde. La réalité est toute autre, ce qu’a démontré avec brio le blogueur de la droite modérée Jean-François Lisée, sur son blogue: le Québec est près de la moyenne de l’endettement des pays industrialisés. Il est moins endetté que tous ces pays: Italie, Japon, Belgique, Grèce, États-Unis, Hongrie, Portugal, Allemagne, France et Grande-Bretagne.

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En fait, on se demande comment le gouvernement a pu présenter de tels chiffres sans faire immédiatement pouffer de rire tous les journalistes et les partis d’opposition (*bruits de criquets* ici… quelle opposition?). Considérer la dette sans tenir compte ni des actifs ni de ce qu’on appelle une bonne dette (infrastructures, investissements, etc.) ne fait pas le moindre sens. C’est d’une imbécilité innommable. Un peu comme si vous calculiez votre bilan financer sans tenir compte ni de votre salaire ni de vos biens!

Stéphane Gobeil, ancien membre du Cabinet du chef du Bloc Québécois de 1998 à 2009, s’offusque avec raison:

« Indiquer la dette brute d’un pays sans offrir le portrait global, ça n’a aucun sens. La Norvège, par exemple, avait une dette brute à 56 % de son PIB en 2008. Mais elle avait aussi accumulé une cagnotte de plusieurs centaines de milliards, ce qui fait qu’en réalité, la dette nette de la Norvège est à moins 125 % de son PIB.

[…]

Pourquoi le ministère des Finances agit ainsi ? C’est bien simple, en prenant en compte la dette nette, impossible de faire peur au monde, car le portrait change complètement. En 2008, la dette nette était, selon mes calculs, à 43 % du PIB, le Québec se situant alors au 11e rang, tout juste au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE. »

Parler de la dette du Québec sans parler des revenus d’Hydro-Québec, de la SAQ, de Loto-Québec reviendrait à aller faire une demande hypothécaire pour une maison sans divulguer son salaire ni parler de l’argent qui est déjà à la banque. Une personne peut facilement être endettée de 300 000$, mais si elle possède une maison qui en vaut 250 000$, a un salaire de 75 000$ par année et 100 000$ dans son compte en banque, que vaut cette dette?

Il faut hausser les impôts des plus fortunés

Par ailleurs, un rapport de l’Institut de recherche en économie contemporaine a confirmé cette semaine que la voie qui semble choisie par le gouvernement pour s’attaquer au déficit n’est pas la bonne. Le problème, affirment les chercheurs et les économistes signataires de l’ouvrage, n’en est pas un de trop grandes dépenses, mais plutôt de trop faibles revenus. Il faut impérativement annuler les baisses d’impôts consenties durant le premier mandat Charest et établir un quatrième palier d’imposition pour les plus fortunés.

Ce n’est pas d’une révolution culturelle dont le Québec a besoin, mais bien d’un changement de paradigme. La crise n’a pas été provoquée par l’explosion des dépenses publiques, mais bien par un secteur privé trop déréglementé. Il faut mettre à contribution ceux à qui la crise a profité : les pétrolières, et les institutions financières. Il faut revoir la fiscalité et introduire un quatrième palier d’imposition.

Malheureusement, il y a peu de chance que ces solutions soient retenues. Le but n’est pas – et n’a jamais été – d’améliorer l’état des finances publiques et le bien-être de la population, mais plutôt, comme l’expliquait Josée Legault, d’affamer la bête étatique en préparant le démantèlement de l’État-providence. À chaque période de croissance, on réduit les impôts, et à chaque recul de l’économie, on coupe les services et augmente les tarifs régressifs. La voilà, la véritable finalité.

La machine idéologique mise en place par le gouvernement et par ses sbires d’une droite affamée du sang financier de la classe moyenne et des moins-nantis est sans limite. On veut nous faire peur, on veut notre argent, on nous gave de publi-reportages « le Québec dans le rouge » et on veut nous convaincre de nous appauvrir pendant que les mieux-nantis continuent de faire le party. On veut nous convaincre que cette nouvelle crise des finances publiques est causée par l’embonpoint de l’État alors qu’elle est la conséquence directe de mesures économiques planifiées pour affamer notre collectivité.

Et tout ceci, pour notre bien, évidemment.

Pour en finir avec le projet Lisée
19 novembre 2009

Il y a quelques jours, j’écrivais un texte où je dénonçais la dernière proposition de Jean-François Lisée, qui consiste à fusionner les cégeps anglophones et francophones au sein d’un même réseau. Bon joueur, celui-ci a pris la peine de répondre à quelques-uns de mes arguments. On ne montre peut-être pas à un vieux singe à faire des grimaces, mais on peut le renvoyer à sa propre image dans notre miroir collectif.

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En effet, il me semble que la meilleure façon d’en finir avec cette idée dangereuse est de s’attaquer aux préjugés qui la sous-tendent. Il faut prendre le miroir, et nous regarder, Québécois, avec honnêteté et clairvoyance. M. Lisée part du principe qu’aucun cégep ne deviendrait bilingue, qu’il ne serait pas possible d’aider des Québécois souffrant d’un complexe d’infériorité face à l’anglais et que ceux-ci ont une assez bonne colonne vertébrale identitaire pour se défendre. Ce sont des idées ne reflétant pas la réalité et qui constituent de fragiles fondations pour une entreprise aussi ambitieuse. En deux mots: pensée magique. Prenons-les point par point.

Première pensée magique: aucun cégep ne deviendrait bilingue.

Comme le note Pierre Dubuc, dans L’aut’journal, actuellement 82% des étudiants suivent des cours dans des cégeps francophones, contre 18% dans des cégeps anglophones. En attribuant le même calcul mathématique qui s’est appliqué après l’imposition de la loi 101 aux écoles primaires et secondaires, on pourrait faire monter ce taux à 89% dans les cégeps francophones en appliquant cette loi aux cégeps.

Or, la proposition Lisée parle d’enseignement à 75% en français, contre 25% en anglais. C’est donc dire que si on l’adoptait, on se retrouverait dans une situation où le français aurait une influence de 14% moins forte que si on étendait la loi 101 aux Cégeps.

Le problème, c’est que ces chiffres ne sont pas neutres, c’est-à-dires que les transferts linguistiques ne s’opèrent pas d’une manière équitable. L’attrait de l’anglais, et peu importe les croyances de Lisée, s’avère infiniment plus fort que celui du français. Comme je le notais ici, l’Indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le potentiel d’attraction d’une langue, atteint 1,43 pour les anglophones de Montréal, contre seulement 1,09, à peine la parité, pour les francophones. Dans la pratique, si on met ensemble francophones et anglophones, les premiers s’assimileront éventuellement aux seconds, et peu importe s’ils sont majoritaires.

Deuxième pensée magique: les Québécois n’auraient pas de comportement d’infériorité face leur langue.

Lisée considère que les Québécois ne souffrent pas d’un complexe d’infériorité, car « si telle est la lecture que l’on fait de la vitalité francophone de la nouvelle génération rien, mal alors rien, n’est dès lors envisageable ». En d’autres mots: selon lui, il faut partir du point de vue que les Québécois ne se sentent pas inférieurs face à leur propre langue, sinon rien ne serait possible. C’est faire abstraction ici de toute conception historique et s’enchaîner dans une logique défaitiste où l’État québécois ne pourrait plus rien pour ses citoyens.

En fait, c’est précisément grâce aux lois linguistiques que les Québécois ont pu relever la tête dans les années 70 et se débarrasser d’une partie de leur sentiment d’infériorité. Avant la loi 101 – à l’époque du « libre » choix – près de 80% des immigrants choisissaient l’école anglaise. Vingt ans plus tard, la proportion s’était entièrement inversée. C’est précisément à cause de lois comme la loi 101 qu’on a permis à un peuple habitué à plier l’échine devant le « foreman », de travailler à la « shop » et qui avait intégré le « speak white » jusqu’au fond de son âme, de pouvoir concevoir son futur en français. Oui, les Québécois ont un sentiment d’infériorité, et c’est grâce à des politiques linguistiques courageuses qu’on a pu leur permettre de s’épanouir.

En octobre 2008, lors d’un « Rendez-vous des gens d’affaires » sur le français dans les petites entreprises, organisé par la chambre de commerce de Montréal, on a dévoilé des chiffres qui, à eux seuls, invalident complètement les prétentions de Jean-François Lisée: 60% des Montréalais ne demandent pas à être servis en français dans les commerces de moins de 50 employés. Ne s’agit-il pas précisément d’une autre preuve du sentiment d’infériorité des Québécois? De nombreux citoyens, dans leur quotidien, n’exigent même pas le français. On leur parle dans une langue qui n’est pas la leur et ils ne disent rien, ils s’accommodent, nous, les champions de l’accommodement des autres.

Pourquoi est-ce que cette situation changerait, par magie, au cégep? Pourquoi est-ce que, soudainement, les Québécois cesseraient de s’adresser en anglais aux anglophones et imposeraient enfin leur langue? Quand on baisse la tête depuis des siècles, comment peut-on espérer la lever bien haut d’un coup de baguette magique?

Troisième pensée magique: les Québécois peuvent apprendre l’anglais car ils ont une bonne colonne vertébrale identitaire.

Individuellement, rien n’est plus vrai:quiconque veut apprendre une langue étrangère et se sent assez confiant dans ce qu’il est peut le faire. Le problème est collectif. Collectivement, les Québécois n’ont aucune autre façon de se considérer comme tel autrement que par la langue qui les unit: le français.

Jacques Parizeau explique dans son dernier livre qu’à l’ère de la mondialisation, c’est grâce à leur culture (et donc à leur langue) que s’expriment les nations. C’est une position que partage l’économiste et philosophe Jacques Attali, qui écrivait que la composition des six éléments traditionnels de l’identité d’un peuple (un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun) se transforme et que le poids de la langue y augmente considérablement. En clair, la nation du futur, c’est celle qui a su respecter sa langue commune et en faire le principal outil d’intégration.

Le problème n’est pas que Lisée désire apprendre l’anglais aux Québécois, comme on offrirait des cours de langues étrangères à ceux qui s’y intéressent. Non. L’achoppement, c’est qu’il désire systématiser cet apprentissage, le rendre obligatoire en proposant des cours d’histoire ou d’autres matières en anglais. Il s’agit donc d’un bilinguisme institutionnel qu’il désire imposer, à l’encontre non seulement du caractère francophone du Québec, mais – surtout – de la capacité de survie d’un peuple bilingue dans un contexte minoritaire.

Qu’on soit honnête un peu. Dans toute l’histoire de l’humanité, vous connaissez combien de peuples minoritaires qui ont survécu après avoir adopté la langue de la majorité? Le bilinguisme institutionnel constitue la première étape vers l’assimilation finale. C’est en rendant les franco-canadiens bilingues qu’on les a assimilés, et ce sont maintenant nos propres élites qui nous proposent la même recette.

Alors non, la fusion des cégeps francophones et anglophones ne constitue pas une bonne idée. Elle n’est pas meilleure que celle d’augmenter les tarifs d’Hydro-Québec, de privatiser la société d’État à 25%, de supprimer l’impôt sur le revenu pour le remplacer par des taxes sur la consommation et de nombreuses autres proposition de Lisée, qui, s’enrobant de l’édulcorant de la « gauche efficace », propose toute sortes de réformes de droite dont les conséquences n’ont pas été assez étudiées. Je respecte beaucoup M. Lisée, mais il semble parfois camoufler un certain manque de courage politique derrière un compromis souvent plus dangereux que ce que proposent nos propres adversaires.

Le vrai courage, actuellement, n’est plus de rechercher le consensus pour accommoder Québécois et anglophones, mais de savoir imposer les valeurs de la majorité et de se donner les moyens d’assurer un futur pour notre langue et notre culture. Dans un contexte où notre poids démographique en Amérique du Nord régresse année après années, cela commence par l’application de la loi 101 aux cégeps et par la diminution des subventions à un réseau anglophone sur-financé. Et à terme – osons le dire – il faudra faire comme la plupart des pays du monde et ne financer que les institutions publiques dans la langue commune.

Et si on cessait d’avoir peur d’agir comme tout peuple souverain qui se respecte? Et si osait appliquer la loi 101 aux cégeps, n’en déplaise à des anglophones qui ont tout un continent pour vivre en anglais?

Il ne faut PAS fusionner les cégeps anglais et français
16 novembre 2009

Jean-François Lisée propose, sur son blogue, de fusionner les réseaux anglais et français au collégial. Il soutient que la proposition d’appliquer la loi 101 au Cégep est « frileuse et défensive » et que seule sa proposition permettrait de reprendre l’initiative. À mon avis, il a tort.

En effet, le problème avec la pensée de Lisée, c’est qu’elle est typiquement péquiste. Les péquistes sont des gens extrêmement intelligents et conscients de leur rôle de protecteurs de la langue française, mais ils croient – à tort – que tous les citoyens sont aussi fiers et libres qu’eux. Ils pensent qu’il suffit de mélanger une majorité de francophones à une minorité d’anglophones pour que les anglophones se francisent.

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Or, les anglophones et les francophones ne sont pas égaux dans leur histoire. Le français porte sur ses épaules le poids de 250 ans de domination et de repli alors que les anglophones, au Québec, se comportent comme une petite minorité rhodésienne imposant ses valeurs et sa langue. En clair: ce n’est pas en mettant ensemble un renard minoritaire avec des poules majoritaires que le renard se mettra à picosser le grain! Les Québécois se sont habitués à se sentir inférieurs face à l’anglais, habitués à reculer devant l’anglais, habitués à considérer l’apprentissage de cette langue étrangère comme la huitième merveille du monde.

Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder le fiasco des fusions municipales à Montréal. Si la logique péquiste avait été respectée, le regroupement d’une majorité francophone à une minorité anglophone aurait francisé la ville et augmenté le rayonnement du français. Et le résultat? Montréal s’anglicise plus que jamais, les francophones sont aujourd’hui minoritaires, et un maire corrompu à la crédibilité détruite a été réélu grâce au vote monolithique d’anglophones préférant la mafia et les enveloppes brunes à une démocrate « séparatiste ».

De la même manière, en fusionnant les deux réseaux, qui nous assure qu’on ne sera pas simplement témoin de la bilinguisation croissante des cégeps francophones? Qui nous assure que la minorité historique à la culture forte ne dévorera pas simplement la majorité historique à la culture faible?

Lisée affirme que nous nous retrouvons dans une attitude défensive en tentant d’appliquer la loi 101 au Cégep. Il a entièrement raison. Mais peut-on reprocher à quelqu’un dont l’identité est attaquée depuis sa naissance de se retrouver sur la défensive? Devrait-on demander à l’enfant battu par son père depuis sa tendre enfance de ne pas trembler la nuit en entendant les lourds pas s’approcher de sa chambre? Oui, nous sommes sur la défensive. Lisée a raison de dire qu’il faudrait passer à l’attaque, mais cela doit se faire intelligemment, c’est-à-dire en mesurant les conséquences de nos choix. Moi-même, je parlais dans ce texte de la nécessité de dépasser le cadre légal pour exprimer note identité.

Pour ce faire, je préfère qu’on commence par s’attaquer à l’extravagant surfinancement des institutions anglophones? Ces écoles, ces cégeps, ces universités sont autant de pôles d’attraction anglophones qui permettent d’angliciser des quartiers entiers. Recevant plus d’argent que les institutions francophones en fonction de leur poids démographique, ils constituent un des freins majeurs à la survie du français à Montréal.

Ensuite, qu’on applique la loi 101 au cégep. Oui, c’est peut-être défensif. Mais c’est nécessaire. C’est indispensable. Un Cégep comme Dawson, par exemple, avec ses 7500 étudiants, perdrait 40% de sa clientèle si on appliquait la loi 101. On parle ici de 3000 étudiants québécois qui poursuivraient des études supérieures en français, seulement pour cette école. En ouvrant leurs horizons littéraires, philosophiques et en participant à leur donner deux années supplémentaires de francité, on pourrait certainement en convaincre plusieurs de poursuivre, à l’université, des études en français. C’est un pari que nous ne pouvons pas perdre.

Finalement, il faut s’attaquer au plus grand des tabous: l’enseignement de l’anglais au primaire. Il faut revenir à un minimum de sens et permettre son enseignement – facultatif – à partir de la quatrième année. Il est insensé que des jeunes de six ans apprennent une seconde langue alors que des finissants du secondaire ne peuvent même pas écrire correctement un texte simple. D’un point de vue collectif, il s’agit d’une pure idiotie nuisant à la qualité de notre langue et à notre capacité à rendre fiers ceux qui la parlent. Et d’un point de vue individuel, des études ont démontré que l’apprentissage précoce d’une deuxième langue réduisait le niveau du vocabulaire dans les deux langues tandis que les gains présumés au niveau cognitif pourraient être supérieurs si on enseignait… les échecs, par exemple! Si un parent désire que son enfant parle une autre langue, peu importe laquelle, c’est son choix, mais le Québec n’a pas à encourager et à financer une pratique qui affecte sa capacité de survie.

Oui, il faut reprendre l’initiative. Cela passe par des solutions courageuses et des combats non seulement contre les anglophones, mais contre notre propre infériorité présumée qui nous pousse à adopter, naturellement, la langue de l’autre si l’État ne nous incite pas à faire le contraire. Individuellement, nous sommes faibles, mais unis, derrière l’État, nous pouvons nous donner les moyens de résister et de s’assurer de la survie du français.

Fusionner les cégeps anglais et français comme le propose Lisée, c’est contribuer à faire porter le fardeau de notre survivance sur nos frêles épaules, comme le dénonçait Facal, récemment. C’est à l’État, à nos politiciens, à nos élites, d’épauler notre combat quotidien et de nous donner les moyens d’assurer le futur d’une langue fragile et menacée. Et ce futur, il passe par des cégeps francophones d’un côté, et des cégeps anglophones de l’autre, tous deux soumis à une loi 101 revigorée.

La langue pauvre
2 février 2009

« In English, please ». Si vous travaillez à Montréal, vous entendez souvent cette demande. Non, cette requête. On ne demande pas l’anglais, on l’exige. Les anglophones considèrent l’anglais comme un droit inaliénable. Conséquence? Vous travaillez dans une langue étrangère dans votre propre ville!  C’est le cas de l’avocat Stéphane Handfield, à qui on refuse le droit de plaider en français à Montréal le 10 février prochain, mais cet exemple est loin d’être unique. L’anglais s’impose parce qu’il représente la langue de l’argent et qu’il s’appuie sur le manque de fierté des francophones.

En effet, deux études publiées l’an dernier par l’institut C.D. Howe et par Statistique Canada font état d’une disproportion majeure entre langue et revenu des nouveaux arrivants sur l’île de Montréal.   Les petits salariés parlent plus couramment le français alors que les plus fortunés s’expriment principalement en anglais.  Comme le note Charles Castonguay, professeur de mathématiques et de statistique à l’Université d’Ottawa depuis 1968:

« Cette stratification socioéconomique de la langue d’assimilation des immigrés à Montréal, en parallèle avec celle de la langue de travail, tend à reproduire le clivage qui affligeait la société québécoise d’avant la Révolution tranquille. […] Le fonctionnement actuel de la société québécoise, dans le jeu de francisation et d’anglicisation de ses immigrants, évoque de la sorte la société d’antan, avec les allophones francisés comme nouveaux coupeurs de bois et porteurs d’eau alors que les anglicisés renflouent l’ancienne élite d’origine britannique. » ((Charles Castonguay, « Qui apprend l’anglais s’enrichit! », L’aut’hebdo, 10 février 2008))

En clair, plus ça change, plus c’est pareil. Où sont les gains de la Révolution tranquille?

Puisque les anglophones disposent du pouvoir attractif de l’anglais, ils arrivent à dicter leur loi aux commerces. Une enquête de Noée Murchison, publiée en janvier 2008 dans le Journal de Montréal, le démontre très bien. L’auteure de celle-ci a fait semblant d’être une unilingue anglophone et a pu se trouver de nombreux emplois. Quand un client se plaignait, elle obtenait du soutien des patrons, pour qui les plaignants étaient des « chiâleux ». Le quotidien a par la suite reconduit son enquête avec une unilingue francophone et celle-ci a eu beaucoup plus de difficulté à se trouver un emploi, ce qui démontre le fait que la seule langue véritablement commune aux Montréalais est celle de l’argent: l’anglais.

Moi-même, je subis les affres de cette situation injuste. Je vais devoir me soumettre à une enquête de faits suite aux plaintes de deux clients que j’ai servis en français alors qu’ils m’ont abordé en anglais. Le premier cherchait visiblement à me provoquer et je l’ai ignoré, ce qui l’a mis en rogne. Le second était un immigrant que je voyais depuis plusieurs années et à qui j’ai affirmé qu’il allait sûrement finir par apprendre le français; la plainte est venu du client suivant, un anglophone. Il est possible que je doive subir des sanctions, voire être suspendu si je refuse de m’excuser, et tout ça parce que j’ai travaillé dans ma langue, dans ma ville, dans mon pays.

graphique1_20090202Le problème avec cette ville, justement, réside dans le fait qu’elle s’affiche comme étant francophone alors qu’elle ne l’est plus. Le dernier recensement de Statistique Canada démontre que le pourcentage de la population dont la langue maternelle est le français est passé pour la première fois sous la barre psychologique du 50%. Même si une partie des gens parlant une langue étrangère à la maison peuvent également communiquer en français, Jean-François Lisée souligne le peu d’impact de ceux pour qui le français constitue une langue seconde:

« Laissez-moi vous dévoiler un secret : 40 % des Sherbrookois savent parler l’anglais. Cela n’a aucune incidence sur les anglophones locaux, qui s’assimilent au français plus rapidement que les Acadiens ne s’anglicisent. Simple : la langue seconde n’a aucune force d’attraction. Dans la forêt linguistique, la langue seconde, ce sont les feuilles. Or, 93 % des Sherbrookois parlent français à la maison. L’usage, ce sont les racines. Voilà ce qui tient une langue debout. » ((Jean-François Lisée, Français : des renforts pour l’imprudence, L’Actualité, 15 mai 2008))

La vérité, la plus plate des vérités, c’est que la proportion de Québécois de langue maternelle française est passé de 82,5% à 79,6% entre 1951 et 2006, le poids démographique des francophones au Canada a été réduit de 25,7% en 1971 à 21,4% en 2006, et que près de 52% des transferts linguistiques au Québec se font vers l’anglais, même si la communauté anglophone ne représente que 8,2% de la population totale. ((Source: Recensement 2006, Statistique Canada)) Pire: une comparaison des pyramides démographiques francophones et anglophones démontre à quel point celle des francophones est débalancée et vieillissante en comparaison de celle des anglophones (voir graphique).  Si rien ne change, le futur sera anglo.

Peut-on en vouloir aux immigrants qui choisissent l’anglais? Individuellement, non. L’anglais offre de meilleures possibilités objectives de réussite personnelle pour ceux-ci et c’est pour cette raison qu’ils sont si nombreux à refuser de s’intégrer en français.

Par contre, n’aurions-nous pas nous-mêmes un mot à dire dans l’équation? Et si nous cessions de sacrifier ce que nous sommes pour une soi-disant réussite personnelle et exigions de pouvoir atteindre les plus hauts échelons de la société en français? Et si nous refusions de travailler en anglais et réclamions le français dans tous les secteurs de notre société, y compris les mieux payés? Peut-être que les immigrants auraient alors envie de s’intégrer au français… Parler le français à Montréal et refuser de travailler en anglais, ce n’est peut-être pas une simple affaire de langue, mais peut-être également une question de fierté. La fierté de faire sa part et de contribuer à l’épanouissement de notre langue et à l’intégration d’immigrants certes nombreux mais à qui nous pouvons offrir le choix d’appartenir à une patrie qui a un futur et n’est pas condamnée à une assimilation rapide et douloureuse.

Sinon, autant tout abandonner dès maintenant, cesser d’utiliser le français et renier définitivement notre héritage. Voilà qui éviterait bien des tourments à nos enfants, pris à supporter un poids historique que nous avons peut-être contribué, par notre lâcheté, à rendre insoutenable.

Et si ce n’était pas le français qui rendait pauvre, mais plutôt le manque de fierté de ceux qui le parlent?