PLQ: Cynisme 1, Éthique 0.
31 août 2009

Les révélations de Radio-Canada selon lesquelles la compagnie ABC Rive-Nord, dont est actionnaire le ministre David Whissel, a reçu plusieurs importants contrats sans appel d’offres de la part du ministère des Transports ne constitue pas une exception. Cette violation des règles établies par le Conseil du Trésor constitue un énième signe du peu d’intérêt porté par le gouvernement libéral pour les questions éthiques. On a beaucoup parlé des fortes apparences de corruption de l’administration Tremblay à Montréal; il ne faudrait pas oublier les méthodes douteuses de plusieurs ministres du gouvernement Charest.

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Voici quelques exemples patents de cette « flexibilité » de l’éthique:

  • Sam Hamad.  En 2003, Danielle Dussault, sa femme, était propriétaire de quatre services de traiteurs obtenant de juteux contrats de la part du gouvernement.  Dans sa déclaration d’intérêts suivant son assermentation comme ministre, M. Hamad a pourtant écrit que ni lui ni des membres de sa famille immédiate ne possédaient d’entreprises « qui sont susceptibles de faire des marchés avec l’État ». Suite à l’analyse du jurisconsulte Claude Bisson, la relation entre l’entreprise Nourcy et le gouvernement a été démontrée, ce qui n’a pas empêché le gouvernement Charest de tolérer ces pratiques. (( Le Soleil, Le Québec et le Canada, jeudi, 11 septembre 2003, p. A6, La conjointe d’Hamad doit réduire ses services au gouvernement, La déclaration d’intérêts du ministre soulève des questions, Paquet, Stéphane ))
  • David Whissell. Plusieurs hommes politiques doivent choisir entre leurs intérêts privés et ceux de la nation.  Pas David Whissell.  En 2007, le gouvernement Charest a modifié la loi afin de permettre au ministre de conserver ses intérêts dans ABC Rive-Nord, une compagnie obtenant des contrats du ministère des Transports et dont le chiffre d’affaires a doublé entre 2006 et 2008. Par la suite, le ministère n’a pas hésité à violé la convention collective d’employés gouvernementaux pour favoriser cette même entreprise pour l’entretien d’une partie de l’autoroute 50, dans le comté de M. Whissell.  Au lieu de vérifier si le service ne serait pas moins coûteux avec le public, comme c’est la norme, il a fallu « déplacer des ouvriers du ministère vers un autre centre de service et retirer un contrat à un autre sous-traitant, tout ça pour permettre à la firme appartenant à un ministre d’obtenir un contrat avec le gouvernement », explique Éric Lévesque du SFPQ.  Comme quoi l’idéologie du tout-privé et les intérêts personnels des ministres ne sont jamais loin.
  • Philippe Couillard. M. Couillard a négocié pendant des mois son passage au privé chez Persistence Capital Partners (PCP), alors même qu’il était toujours ministre de la santé. Cinq semaines avant sa démission de ce poste important, il a même signé un « protocole d’entente concrétisant l’accord des parties et fixant les conditions de rémunération et d’autres considérations matérielles » avec PCP. Avec les deniers publics, sur un temps qui aurait dû servir à travailler sur les enjeux pour lesquels les électeurs l’avaient choisi, il a préféré se préparer un joli parachute doré en prévision de sa sortie. Et Charest, lui, a-t-il condamné ce manque flagrant d’éthique? Non, évidemment.
  • Jean D’Amour. En 2007, il a démissionné de son poste de maire de Rivière-du-Loup pour s’opposer à Mario Dumont lors des élections provinciales.  Un mois après sa défaite et quelques mois après avoir plaidé coupable de conduite avec facultés affaiblies, il est devenu directeur du développement des affaires pour la firme de génie-conseil BPR, en contravention directe avec les règles d’après-mandat pour un maire qui imposent un moratoire de deux ans sur les activités de lobbyisme auprès de « toute institution parlementaire, gouvernementale ou municipale » (( Source )). De la même manière, M. D’Amour n’était pas sur le registre des lobbyistes alors qu’il faisait du lobbyisme… au moment-même où il devenait président du Parti Libéral du Québec (PLQ) en mars 2008!

On le constate, le PLQ ne donne pas sa place en matière d’apparence de conflits d’intérêts, voire de corruption. Ce qui surprend, par contre, c’est la candeur avec laquelle on explique de quelle manière les lois ne sont pas faites pour être respectées par les députés, mais plutôt modifiées pour satisfaire chaque individu. « La directive, elle est ajustée à toutes les fois qu’un ministre remplit une déclaration d’intérêt, pour tenir compte des situations particulières des ministres », expliquait Hugo D’Amours, attaché de presse de Jean Charest, le printemps dernier. « Ça veut dire s’assurer que la règle puisse circonscrire chacune des situations. » En bon français, ça veut simplement dire que le gouvernement Charest se réserve le droit de modifier les lois selon son bon vouloir pour satisfaire ses intérêts politiques. Plus arrogant que ça, tu meurs électrocuté sur des pylônes électriques.

Encore une fois, la véritable victime de ces magouilles est la démocratie et l’institution parlementaire elle-même. Que voit le citoyen lambda, lorsqu’il ouvre sa télévision? Il voit une belle bande d’opportunistes faisant passer leurs intérêts personnels avant ceux de la population. Peut-on lui dire qu’il a tort?

Au moment-même où on s’arrache les cheveux en public sur le faible taux de participation aux élections, il serait peut-être bon de se rappeler que c’est souvent par cynisme que certains font le choix de rester chez eux. Ou par intérêt personnel, se disant que ça n’en vaut pas la peine. Maintenant, va-t-on leur reprocher cet égoïsme pendant que leurs élus contournent allègrement les règles pour s’en mettre plein les poches?

Ce n’est pas seulement la politique municipale qui a besoin d’un bon coup de balai.