Ville la mieux gérée: un exercice idéologique?
23 juillet 2009

Longueuil constituerait la ville la mieux gérée au Québec. C’est du moins ce qu’avance une étude publiée dans le Macleans, un magazine de droite très populaire au Canada anglais, la version anglophone de L’Actualité. Longueuil?! Mais attendez avant de lui donner trop de crédibilité.

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En effet, l’étude publiée par le Macleans a été conduite par le Atlantic Institute for Market Studies (AIMS), un think-tank de droite basé à Halifax. Cet institut a un but bien précis: promouvoir la diminution du pouvoir de l’État au sein de la société et favoriser les réformes libéralisant l’économie. Quelques-unes de leurs positions:

  • L’AIMS reproche à la ville de Québec son « trop grand » nombre de conseillers municipaux.  (juillet 2009);
  • L’AIMS, par la plume de son président, félicite les baisses d’impôts et la réduction de la dette opérées par Ralph Klein.  (avril 2006); (( La Presse, Forum, dimanche, 9 avril 2006, p. A14, D’un Canada à l’autre, Contradictoire? Excellent premier ministre pour éliminer la dette et baisser les impôts, Ralph Klein n’a pas su se montrer efficace pour gérer la richesse croissante de l’Alberta, Crowley, Brian Lee ))
  • L’AIMS donne un « C » à Monique Jérôme-Forget pour son budget 2007-2008, car les impôts n’avaient pas été assez baissés (avril 2008); (( Le Soleil, Actualités, lundi, 7 avril 2008, p. 16, Budget, Un C pour Jérôme-Forget, La Presse Canadienne ))
  • Brian Lee Crowley, président de l’AIMS, dénonce l’appui de Jack Layton a un système de santé public et universel (décembre 2005); (( La Presse, Forum, vendredi, 23 décembre 2005, p. A23, D’un Canada à l’autre, Un « programme secret »?, La position de M. Layton n’a rien à voir avec la protection de la qualité des soins de santé que reçoivent les Canadiens ))
  • L’AIMS et son président demandent à ce que l’eau soit facturée (0ctobre 2005); (( La Presse, Forum, dimanche, 30 octobre 2005, p. A12, D’un Canada à l’autre, Eaux troubles, Nous avons permis que la politique pollue les prises de décision en matière d’eau ))
  • L’AIMS exige des baisses d’impôts de la part du Québec (novembre 2005); (( La Presse, Forum, dimanche, 27 novembre 2005, p. A12, D’un Canada à l’autre, Politiques défensives, Ottawa a du mal à reconnaître le fait qu’une grande partie de ses politiques est inspirée par la crainte du Québec ))
  • L’AIMS et son président attaquent les soins de santé publics et le taux d’imposition (décembre 2004); (( La Presse Affaires, lundi, 13 décembre 2004, p. LA PRESSE AFFAIRES, A-t-on les moyens de continuer?, Le niveau de vie des Québécois est inférieur à celui de l’Ontario, qui lui-même traîne derrière la plupart des États américains, Crowley, Brian Lee ))
  • L’AIMS plaide en faveur de la valorisation de l’utilisation de la voiture en ville (janvier 2005); ((La Presse, Forum, dimanche, 30 janvier 2005, p. A16, D’un Canada à l’autre, Cool, Montréal?, Une maison plus grande et une cour privée sont généralement synonymes de niveau de vie plus élevé ))

On le constate, il ne s’agit pas d’un simple « groupe de réflexion sur la politique publique » comme il se présente lui-même. Il s’agit d’un outil de combat contre nos services publics et chacune de leurs prises de position ou de leurs études vise ce seul but.

Or, est-ce surprenant? Comme le note Donald Gutstein, du site web SpinWatch, un organisme qui dénonce la manipulation des think-tanks, l’AIMS est notamment financée par la Donner Canadian Foundation, une organisation de droite cherchant à influer sur l’idéologie dominante du Canada:

Donner a une valeur de 200$ millions et donne 2$ millions par année à des causes de droite. Au milieu des années 90, elle a établi trois nouveaux think-tanks libertariens, le Atlantic Institute for Market Studies de Halifax, le Frontier Centre for Public Policy à Winnipeg et l’Institut économique de Montréal. (Ma traduction)

Faut-il se surprendre, alors, que l’AIMS cherche à déifier tout ce qui est privé et démoniser tout ce qui est public?

Longueuil. Soyons sérieux. J’ai habité Longueuil, et – n’en déplaise à mes amis qui habitent cette ville et l’aiment bien – c’est un trou. Réellement, un trou. Stagnation de matières en putréfaction en son centre, rempart de chaque côté pour s’en sortir et malaise lorsqu’on la traverse.

Évidemment, l’étude se défend de parler de qualité de vie, question de ne pas trop se discréditer. Mais dans les faits, une ville bien gérée ne signifie-t-elle pas de meilleurs services pour les citoyens et davantage de ressources pour leur permettre de jouir un peu de leur existence? On le ne dit pas directement, mais c’est de cela qu’il est question. Quand une ville dépense correctement l’argent de ses citoyens, elle peut se permettre de leur offrir une meilleure qualité de vie.

Or, de quelle genre de qualité de vie jouissent les Longueuillois? Oh, si vous habitez près du golf, près du parc, ou dans les nouveaux quartiers isolés avec des ronds-points et des cul-de-sac empêchant tous les gueux de venir polluer votre environnement visuel, vous aimez Longueuil. Vous appréciez Longueuil comme le riche Américain isolé dans sa villa affirme adorer son pays mais n’ose pas sortir de chez lui pour fêter le 4 juillet avec les autres.

Dans les faits, je connais Longueuil. J’ai habité sur la rue Bord-de-l’eau, qui dans les faits aurait du s’appeler « Bord de l’autoroute » car c’est ce qu’on a dans le visage, une belle grosse 132 de six voies gobant ce qui aurait pu être un « bord de l’eau » dans une ville ayant à coeur l’accès de ses citoyens au fleuve. J’ai habité sur la rue Briggs, à un endroit tellement pauvre qu’on se demandait comment les gens arrivaient à payer leurs petites maisons à moitié délabrées. J’ai habité près de Roland-Therrien, un gros boulevard style Saint-Joseph mais sans le cachet. J’ai aussi vécu sur Joliette, entre Curé-Poirier et Nobert, dans des blocs immenses et sans humanité ou tu avais davantage de services de la part du vendeur de drogue du coin que de la police. Je connais Longueuil.

Et c’est un trou, laissez-moi vous le dire. Services médiocres, peu de parcs ou équipement désuet, transport en commun trop cher et inefficace, peu de pistes cyclables, des voitures partout. Le paradis de l’AIMS, quoi.

Réduire les taxes, faire plus avec moins, s’attaquer à la dette et faire appel au privé, ce n’est pas synonyme de qualité de vie. C’est une décision idéologique entraînant peut-être une embellie des chiffres, mais n’aidant en rien à améliorer la qualité de vie des gens. Et, surtout, ne permettant pas de réduire la pauvreté, cette ressource primaire quasi-inépuisable dont regorge Longueuil.

Au lieu de s’abreuver à des études idéologiquement orientées et faisant abstraction de la qualité de vie réelle des citoyens, si on leur demandait, directement, ce qui leur plait ou non dans leur ville? Je suis certain que le classement serait bien différent… Charlottetown, une ville magnifique, ne serait probablement plus dernière et Longueuil retrouverait bien rapidement sa place au fond du classement.

À quand une étude honnête au lieu d’un pitoyable exercice idéologique?

Et ce n’est qu’un début
12 octobre 2008

Derby démolitionJe me souviens du début de l’année 2000. J’avais un blogue avant même que le terme soit inventé. Je vais être honnête: « blogue » est un bien grand mot pour décrire ce média très web 1.0 hard où le html devait être modifié à chaque texte publié et où les visiteurs ne pouvaient pas laisser de commentaires. Toujours est-il qu’il y a huit ans je bloguais déjà, et début 2000, quand la bulle techno a éclaté, j’y avais trouvé des similitudes avec la crise de 1929, puis, plus tard, avec celle de 1920-1921, précédant le gigantesque boom de la fin des années 20, qui lui-même engendra le terrible krach de 1929…

En fait, que s’est-il passé pendant le marché baissier du début des années 2000? Il y a surtout eu un transfert de richesse, et non sa destruction. L’argent investi dans les technos a tout simplement été transféré vers l’immobilier et son corollaire, les banques, à l’origine du fantastique boom immobilier qui a pris fin avec un terrible fracas l’an dernier avec la crise du crédit à risque, les subprimes.

Les subprimes, ce sont des prêts à très haut risque consentis à des acheteurs parfois inconnus du système bancaire. Pourquoi leur prêtait-on l’argent? Simple: parce que la propriété achetée servait de garantie et que le marché immobilier montait depuis 1945. En clair, même si l’hypothèque sur une propriété ne pouvait être payée, la banque avait toujours la possibilité de reprendre possession de cette dernière et de faire un juteux profit en la revendant à la hausse. Tout ce cercle vicieux constituait en fait une formidable fuite vers l’avant se basant sur l’espoir – vain – que la bulle immobilière ne se dégonflerait jamais. Mais le propre des bulles est d’éclater. Et ce n’est peut-être qu’un début.

En effet, si les subprimes valent 855 milliards $, il existe une autre catégorie de prêts, appelé les Alt-A (Alternative A-paper), d’une valeur de plus de 1000 milliards $. Ces prêts sont consentis à des acheteurs qui ont soumis une demande incomplète ou qui ont un niveau d’endettement supérieur à ceux généralement acceptés par l’industrie. D’après une étude de la Mortgage Asset Research Institute, la quasi-totalité de ces prêts sont consentis à des emprunteurs dont la moitié exagèrent leurs revenus de plus de 50%! ((Frédéric Lordon, « Le jour où Wall Street est devenue socialiste, Le Monde diplomatique, Octobre 2008, pp.4-5))

Ainsi, dès lors que la crise financière se répand dans l’économie et entraîne le moindre ralentissement, le risque d’un véritable tsunami de défauts de paiement doit être sérieusement considéré. La plupart des emprunteurs des Alt-A doivent gérer un budget extrêmement serré, voire déficitaire, et nombre de ceux-ci font maintenant face, outre la perte de valeur de leur propriété, à des pertes d’emplois ou autres conséquences de la crise. Ils se retrouveront eux aussi en défaut de paiement, accentuant la gravité de la dépression.

Habituellement, les États-Unis s’étaient sortis des précédentes récessions grâce au crédit facile; le niveau actuel record d’endettement n’offre pas cette chance cette fois-ci. Conséquemment, les dirigeants en sont rendus à improviser, à renier leurs propres dogmes de la toute-puissance du libre-marché en nationalisation l’assureur AIG, par exemple, dont l’État étatsunien possède aujourd’hui 79,9% du capital…

Pensons-y un peu: le pays héraut du néolibéralisme, voulant l’imposer à toute la planète et mettant toute sa foi dans le libre-marché vient de socialiser non seulement des banques, mais même une compagnie d’assurance privée! Que Hugo Chavez aille se rhabiller! C’est dire le sérieux de la situation. Gérard Duménil et Dominique Lévy explique bien les enjeux dans leur texte publié dans le dernier numéro de la revue Manière de Voir:

On peut donc entrevoir une sortie masquée et limitée des règles néolibérales sous forme d’exceptions au coup par coup. […] Ce genre de néo-libéralisme « bricolé » incarne bien l’étrange destin d’une puissance hégémonique dont la domination à long terme est en jeu. ((Gérard Duménil & Dominique Lévy, « Une trajectoire financière insoutenable», Manière de Voir, Octobre-Novembre 2008))

En vérité, la situation est tellement grave qu’aucun représentant gouvernemental n’osera l’affirmer comme tel. Ce sont les fondements même des systèmes financier et économique qui s’effondrent. Nous assistons à nouveau à l’échec du libéralisme économique, qui avait causé la crise de 1929 et la dépression subséquente. De fins idéologues ont voulu nous faire avaler une version édulcorée, mais la vérité nous frappe encore une fois en pleine face: le capitalisme doit être régulé par l’État, sinon il s’auto-détruit et nous emporte avec lui dans son vortex de chaos.

On a beaucoup blâmé l’État-providence depuis vingt-cinq ans, mais manifestement ce système se révèle de loin supérieur au laisser-faire économique qui a causé la merde actuelle.

Ceci dit, je suis certain que nos propagandistes de l’Institut Économique de Montréal, eux qui se font un devoir de promouvoir les déréglementations à la source des problèmes actuels, sauront se recycler et se faire entendre dans des médias en mal d’analystes. Ça ne manque pas de souffle, non? On participe à la création d’une crise et ensuite on s’en met plein les poches en l’analysant.

Comme quoi y aura toujours des métiers d’avenir pour ceux qui n’ont pas conscience de leurs propres contradictions.

Sauf que pendant ce temps, c’est à nous de subir les conséquences de ces folies… Et ça ne fait que commencer!

La Presse: information ou manipulation?
21 septembre 2008

Pourquoi La Presse s’acharne-t-elle sur le Bloc pendant cette campagne électorale tout en présentant positivement le gouvernement Harper?

Parce qu’elle appartient à Power Corporation, qui profiterait largement de l’élection du Parti Conservateur.

Portrait de famille.

Power Corporation of Canada, propriété du milliardaire Paul Desmarais, possède 100% du groupe Gesca, qui possède les quotidiens La Presse, Le Soleil, La Voix de l’Est, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Droit, le Quotidien et le site de nouvelles Cyberpresse.ca.

Elle possède aussi la Power Financial Corporation, qui possède à 50%, via la Parjointco N.V. la Pargesa Holding SA, la Great-West Lifeco inc. et l’IGM Financial inc.

Voici les actifs de la Power Financial Corportation:

  • Pargesa Holding SA:
  1. Elle possède à 48,6% le Groupe Bruxelles-Lambert (GBL), du milliardaire Albert Frère, qui fut l’une des deux seules personnes invitées par Nicolas Sarkozy le soir de sa victoire (l’autre étant Paul Desmarais lui-même). Ce groupe a des intérêts dans les autres compagnies possédées par la Pargesa Holding SA (voir ci-dessous), mais possède en outre Rockland Pipeline Company, basée à Houston au Texas, American Cometra Inc., une compagnie gazière et pétrolière de Forth Worth, Canadian Cometra, l’équivalent de cette dernière mais en Alberta et Canrock Pipeline Company Ltd., basée à Calgary. Il va sans dire que toute politique espérant modérer la frénésie pétrolière en Alberta serait nuisible pour le GBL.
  2. Possède également à 54,1% avec GBL Imerys, une compagnie de transformation de métaux industriels.
  3. A des intérêts dans Lafarge, la bétonnière, qui profite du boom albertain pour construire notamment des tuyaux servant à l’exploitation ou au raffinage des sables bitumineux albertains.
  4. A des intérêts dans Pernod-Ricard.
  5. Est impliquée dans Suez, qui est déjà pressentie pour être fusionnée avec la société d’État Gaz de France suite à la privatisation de celle-ci par Nicolas Sarkozy.
  6. A des intérêts dans Total, la cinquième pétrolière du monde, qui investit des milliards $ dans les sables bitumineux albertains.
  • Great-West Lifeco inc. : cette compagnie, qui avait un actif de 394 milliards $ à la fin 2007, propose via plusieurs de ses filiale des assurances-vie. On imagine très bien l’incroyable fortune que procurerait à cette entreprise une privatisation des soins de santé au pays.
  • IGM Financial Inc., qui contrôle notamment le Investors Group et la Mackenzie Financial Corporation.

Maintenant, la question qui tue: pourquoi, au milieu de toutes ces compagnies pétrolières, d’assurances ou d’investissements, Power Corporation possède-t-elle à 100% une filiale « médias », et spécifiquement au Québec?

Il suffit peut-être de lire La Presse ou Cyberpresse.ca pour comprendre. Pendant cette campagne électorale, pas un jour ne passe sans que ses éditorialistes ne s’attaquent tantôt au Bloc Québécois, tantôt au Nouveau Parti Démocratique, tantôt au Parti Libéral du Canada. Pas une semaine sans qu’on monte de toutes pièces une fausse polémique pour discréditer les adversaires du Parti Conservateur. Que ce soit en mettant en première page un énième torchon de Jacques Brassard, qui pourtant écrivait ses folies presque anonymement dans d’autres quotidiens du groupe Gesca depuis des mois, en publicisant la montée au front d’ex-bloquistes ou en montrant constamment Harper sous son meilleur jour, Gesca et Power Corporation sont en campagne électorale.

Est-ce si surprenant de voir Power Corporation appuyer si ouvertement le Parti Conservateur? Je ne crois pas. D’abord, le lien filial entre les Desmarais et le Parti Libéral du Canada (PLC) a été détruit; Jean Chrétien, dont la fille est mariée à André Desmarais, n’est plus dans le coup, ni même Paul Martin, qui a été président de la filiale de Power Corporation Canadian Steamship Lines Inc. bien avant de devenir premier ministre du Canada. En outre, le PLC de Stéphane Dion est beaucoup moins à droite économiquement que ses prédécesseurs et son Tournant Vert risque de pénaliser les entreprises polluantes albertaines.

Mais surtout, le Parti Conservateur est le seul parti majeur au pays pouvant assurer les intérêts de Power Corporation. Il entend défendre les pétrolières et le boom anarchique des sables bitumineux en Alberta (ce qui est bon pour GBL, Lafarge, Imerys et Total) et ses politiques économiques de droite, favorisant notamment le concept d’utilisateur-payeur, risquent d’enrichir la Great-West Co. si elles sont appliquées à la santé. De même, la politique étrangère du gouvernement Harper ressemble à s’y méprendre à celle de son homologue français, ce qui renforce les liens entre les Desmarais, les Frère, Sarkozy et Harper.

Et puisque traditionnement le Québec a toujours été plus progressiste, un peu plus en avance socialement sur le reste du Canada, qu’il est l’endroit où se jouera les prochaines élections et qu’il déterminera si le Parti Conservateur sera minoritaire ou majoritaire, il va de soi que Power Corporation envoie tous ses laquais de La Presse (Alain Dubuc, André Pratte, Mario Roy, etc.) et du reste du réseau Gesca pour s’assurer que le vote sorte du bon côté.

Et si ce n’est pas suffisant, on peut toujours demander de l’aide à l’Institut Économique de Montréal (IEDM), le petit frère du radicalement à droite Fraser Institute, dont la présidente, Hélène Desmarais, est la femme de Paul Desmarais Jr…

On le constate, l’information se porte très mal au Québec. Il est difficile de bien s’informer, et quand des journaux soi-disant sérieux comme La Presse manipulent et désinforment, violent nos esprits pour satisfaire les appétits cannibales de leurs riches propriétaires, je crois qu’il est de notre devoir de citoyens non seulement de les dénoncer, mais également, plus simplement, de ne plus acheter ces torchons qui cherchent à modifier notre compréhension du monde pour la façonner à l’image des intérêts de la famille Desmarais.

Et de passer le mot aux autres: ce que vous lisez dans La Presse n’est pas de l’information, mais l’opinion aseptisée de Power Corporation et de ses filiales.

Le rôle du journaliste et du journalisme en général doit être celui du quatrième pouvoir, c’est-à-dire de dénoncer les excès et les incompétences des autres. Quand le journaliste décide de se taire et de faire le dos rond à son maître qui piétine notre démocratie pour assouvir ses instincts carnassiers, il devient le collaborateur de l’appropriation par une minorité de notre richesse collective.

Et les collabos ne méritent pas d’être lus. Ils doivent être systématiquement démasqués, dénoncés, puis éliminés du système, comme les petites tumeurs qu’on retire du patient cancéreux. Il en va de la survie de tous les autres tissus sains, ceux qui ne demandent qu’à vivre et à exprimer toute la richesse de notre pouvoir collectif libéré des entraves d’une minorité de tyrans qui s’offrent le luxe de s’acheter médias et politiciens pour assouvir leurs désirs de puissance.


Je dédie ce billet à tous ceux qui ont le courage de dénoncer l’utilisation par Power Corporation de son groupe de presse Gesca (et des « journalistes » qui y travaillent) pour manipuler et désinformer la population.


Lire ce texte de Lutopium sur les liens entre Power Corporation et Gazprom, ce qui explique pourquoi La Presse appuie le projet de port méthanier à Rabaska…

Un budget pour les plus riches
24 mai 2007

On ne peut pas totalement rejeter du revers de la main quelque chose d’aussi complexe que le budget du Québec. Ceci dit, le dépôt par la ministre Jérôme-Forget du budget de l’an 1 du gouvernement libéral minoritaire a de quoi inquiéter la classe moyenne et les plus défavorisés, malgré quelques mesures positives.

Ainsi, les réductions d’impôts de près de 1 milliard $ se font avec l’argent du déséquilibre fiscal, qui aurait dû financer les programmes sociaux, notamment les soins de santé et l’éducation. À défaut d’être illégale, cette utilisation frauduleuse de l’argent d’Ottawa est certainement immorale et constitue un dangereux précédent, handicapant de manière potentiellement irréversible toute future demande du Québec pour obtenir de l’argent du fédéral pour améliorer ses programmes sociaux.

Par ailleurs, à qui profitent les réductions d’impôts? Certainement pas aux plus démunis, qui n’en paient pas, ni même à la classe moyenne, qui reçoit davantage en services que ce qu’elle paie en impôts. En faisant passer la limite inférieure du taux d’imposition de 24% de 59 765$ à 75 000$, le gouvernement fait un gros cadeau à ceux qui sont déjà des privilégiés et se prive de revenus qui auraient pu être utiles pour l’ensemble de la société. On le constate, le Parti Libéral soigne sa base, c’est-à-dire les plus riches parmi la population québécoise.

De la même façon, la décision d’éliminer la taxe sur le capital contribuera à la détérioration d’une situation déjà intolérable où les entreprises déclarent des profits indécents sans payer leur juste part à l’État du Québec. Cette inéquité profonde empêche le gouvernement de distribuer adéquatement la richesse produite, et quelle solution a trouvé Jérôme-Forget? Oui, oui, augmenter encore davantage ce déséquilibre en s’assurant de réduire le pouvoir étatique d’imposer à une juste hauteur les profits des entreprises.

Concernant la hausse des frais de scolarité, c’est déjà un vieux débat: les hausses seront imposées et les étudiants, parmi les plus pauvres de la population, écoperont. Pendant qu’on soulage des multinationales et ceux d’entre nous qui sont les plus riches, on augmente le fardeau des étudiants et on les décourage de continuer leurs études, affaiblissant le niveau global d’éducation du Québec et sa capacité compétitive à long terme.

Ensuite, la création d’un groupe de travail en santé chargé de faire des recommandations au gouvernement pourrait être une bonne idée. Malheureusement, ce groupe sera dirigé par un néolibéral notoire, Claude Castonguay, et on se demande de toute façon si le gouvernement écoutera ses recommandations, lui qui n’a pas attendu les résultats d’études des experts avant de décider d’augmenter les frais de scolarité.

Mais une des pires mesures, à mon avis, c’est la décision de vendre trois immeubles de société immobilière du Québec pour financer, avec les « gains » réalisés, cette chimère qu’est le Fonds des générations. En langage populaire, on appelle cette mesure « détruire le balcon pour chauffer la maison ». Bref, on se départit à la va-vite de biens publics, appartenant à la collectivité, pour obtenir un bénéfice temporaire et non-récurrent. Cette décision, alliée à la volonté de privatiser cinq services gouvernementaux, est tout à fait irresponsable.

Ceci dit, et malgré ces points profondément négatifs et rétrogrades, il y a quelques mesures intéressantes, voire nécessaires, notamment un investissement de 30 milliards $ au cours des cinq prochaines années pour rénover les infrastructures, dont les écoles et les hôpitaux. Cependant, considérant la durée de vie moyenne d’un gouvernement minoritaire, il y a fort à parier que cet engagement sera révisé en court de route.

En somme, ce qui frappe dans ce budget, c’est son inégalité: on donne des bonbons de 1 milliard $ et une élimination de la taxe sur le capital aux plus aisés, mais en même temps on augmente le fardeau des étudiants et on doit se débarrasser d’immeubles pour boucler le budget. On appelle cela au mieux de l’incohérence, mais en étant très cynique on peut simplement affirmer que le PLQ satisfait ses appuis du monde financier, de l’IEDM, des médias corporatistes et des plus hauts salariés.

Quand un budget devient l’occasion de remercier ses appuis et ne satisfait plus au rôle primordial de l’État qui est de chercher à mieux redistribuer la richesse, il devient évident qu’il existe un profond déficit démocratique et qu’il est dans l’intérêt de la majorité de changer le gouvernement au plus vite.

C’est bien beau le déficit zéro, mais qu’en est-il du déficit social? Il serait peut-être temps de réaliser qu’on a peut-être simplement transféré le déficit de l’État vers les particuliers…

Entrevue avec Simon Turcotte
2 janvier 2006

Simon Turcotte est un médecin qui complète sa formation en résidence en chirurgie générale au CHUM. Il travaille ardemment, mais il trouve tout de même le temps de s’impliquer socialement. Il est l’un des porte-parole du tout nouveau groupe de réflexion sur l’avenir du système de santé du Québec. « C’est une question de conviction. Ce qui est en train de se préparer dans la santé est inacceptable. Il est important de se positionner, de structurer le débat autour des vrais enjeux, explique-t’il. Il y a des lobbys qui poussent pour la commercialisation de la santé, avec leurs arguments fallacieux. Il faut appeler un chat un chat : ce qu’ils proposent ne va profiter qu’à une minorité. Les études sérieuses montrent sans équivoque qu’une plus grande part de privatisation n’aide pas les systèmes de santé publics, au contraire. On peut simplement regarder l’Angleterre: après trente ans de privatisations, ils présentaient en 1996 les pires listes d’attente d’Europe. »

Des lobbys et des hommes

Au cœur de ces lobbys qui influencent le débat et tentent d’inciter les politiciens à privatiser la santé, il y a l’Institut économique de Montréal (IEDM), un think-tank néolibéral créé en 2000 à partir du très conservateur Fraser Institute de Vancouver, et qui dispose d’un imposant budget de 1,5 million $ par an. « Ils sont enregistrés comme un organisme de charité, ce qui fait que ceux qui leur donnent de l’argent ont droit à un important retour d’impôt. Ils sont très agressifs ; ils imposent leurs arguments comme s’ils défendaient le bien commun alors que dans les faits, ils ne peuvent défendre que ceux des mieux nantis ».

La problématique avec l’IEDM, qui compte maintenant parmi ses « chercheurs » le déplorablement célèbre Jacques Chaoulli, c’est que le think-tank a ses entrées partout, de La Presse à L’Actualité, en passant par le journal Les Affaires par la nouvelle revue Santé Inc., distribuée par le biais de l’Association médicale du Québec à tous les médecins et étudiants en médecine. « S’il y a une chose scandaleuse, c’est bien la revue Santé Inc., s’exclame Simon Turcotte. Le mois dernier, le directeur de recherche de l’IEDM publiai tun article fortement biaisé en faveur de l’assurance privée ; le mois précédent, un dossier entier, non signé, s’intitulait ‘Notre système public va-t-il s’écraser?’ et proclamait que les médecins québécois n’auraient pas le choix, à court terme, de pratiquer dans un système privatisé. » Non seulement l’IEDM infiltre ses idées via les principaux médias, mais elle le fait aussi directement auprès des médecins et les étudiants en médecine.

Des médecins vulnérables

De nombreux médecins sont vulnérables au discours néolibéral, car leur environnement de travail se trouve passablement dégradé. « La plupart des médecins sont mécontents de travailler dans un système rationné depuis des années, à cause du déficit zéro. Le monde est écoeuré. Les médecins veulent du changement, peu importe le changement ; ils se sentent prisonniers et impuissants. »

Les listes d’attente constituent actuellement, surtout à Montréal, un problème inquiétant. Pour améliorer la situation, il faudrait entre autres un système intégré d’analyse et de suivi. « En ce moment, personne ne connaît la longueur des listes d’attentes, car chaque chirurgien a sa propre liste, » précise M. Turcotte. Il faut donc se fier à des approximations données par chaque médecin en regard de ses propres listes, et il existe peu d’outils de vérification permettant de redistribuer la charge entre médecins, hôpitaux, ou régions.

Le pire des scénarios

Dans un contexte où chaque médecin est le seul à gérer ses listes d’attentes, le pire des scénarios serait celui d’une médecine mixte (ou hybride) où le médecin pourrait à la fois pratiquer au public et au privé. Voilà pourtant le scénario défendu par les corporations médicales et qui risque d’être imposé par le gouvernement Charest. « La pratique hybride place clairement le médecin en situation de conflit d’intérêt. En travaillant à la fois au public et au privé, il a avantage à ce que ses listes d’attentes soient longues, car cela lui assure une clientèle de gens disposés à payer et un salaire plus élevé au privé. On le voit actuellement avec les radiologistes qui travaillentdéjà à l’hôpital et dans les cliniques de radiologie privées, dont Montréal présente la plus haute concentration au Canada : ils gagnent le plus haut salaire moyen des médecins québécois jusqu’à 450 000$ par année selon les chiffres de la RAMQ, et malgré tout, c’est à Montréal que les listes d’attentes pour les tests diagnostics gratuits passés à l’hôpital sont les plus longues au Canada! »

« Plutôt que d’envisager de grandes réformes qui cherchent en vain à régler des problèmes d’accessibilité particuliers, le gouvernement devrait mandater des professionnels de la santé de différents établissements à élaborer des projets concrets suivant une analyse rigoureuse des problèmes rencontrés dans leur région, explique M. Turcotte. Il faudrait également investir de façon sélective là où il y a des problèmes au lieu de construire un nouveau CHUM à 2 milliards $. On devrait se rassembler autour de projets communs pour la population de Montréal. »

Un CHUM pas trop amical

En effet, le nouveau CHUM se révèle inadapté à la médecine du 21e siècle. Grâce aux progrès technologiques, beaucoup de chirurgies peuvent maintenant s’effectuer en une seule journée (chirurgies ambulatoires) et il devient obsolète de les réaliser dans la lourde infrastructure d’un hôpital. Le bloc opératoire principal d’un hôpital devrait servir aux cas majeurs, comme le chirurgie du cancer, pour les patients qui doivent être hospitalisés plusieurs jours. Actuellement, comme la plupart des chirurgiens ne peuvent opérer qu’une seule journée par semaine, les chirurgies ambulatoires et majeures doivent être réalisées dans le même temps opératoire restreint et mobilise les mêmes ressources hospitalières. Pendant ce temps, un réseau plus ou moins licite de cliniques de chirurgie ambulatoire (surtout orthopédique, hanche et genoux) se développe sur l’île de Montréal. « Au lieu de dépenser 2 milliards $ sur un CHUM déjà archaïque, pourquoi ne pas mettre 1 milliard $ pour construire un centre de chirurgies ambulatoires et 1 milliard $ pour un centre d’interventions diagnostiques et d’imageries médicales ? Ce que permet la technologie moderne n’a pas à être réservé qu’aux entrepreneurs privés! Le système public peut parfaitement intégrer ces progrès et ainsi s’adresser aux problèmes d’accessibilité d’une manière plus équitable! Avec l’existence de ces centres ambulatoires, il y aurait davantage de place dans les hôpitaux pour les opérations majeures et les tests diagnostic serviraient principalement aux patients hospitalisés. »

En deux mots : penser différemment. Prendre ce qu’on a, et tenter de faire mieux. Le projet du CHUM est un projet politique, soutient Simon Turcotte. « McGill voulait construire un hôpital, puis le gouvernement s’est engagé à en construire un pour les francophones. C’est une conception des années 70, qui fait des projections budgétaires en fonction du nombre de lits… Mais ce n’est pas la quantité de lits qui compte, mais la façon dont sont organisés les types de soins qui sont offerts pour le bassin de population qu’on veut desservir, et dont les besoins varient d’une région à l’autre. » Si on ne clarifie pas ces enjeux qui touchent à la mission du nouveau CHUM, il ne réglera pas les problèmes d’accessibilité, surtout si on doit fermer les hôpitaux actuels pour le constituer.

Ceci dit, tout ne va pas mal dans le système actuel. Bien sûr que la situation pourrait aller mieux, mais généralement quand les gens ont accès aux soins ils en sont satisfaits. « Il y a une insécurité alimentée par une couverture médiatique catastrophiste des problèmes des hôpitaux montréalais depuis quelques années, qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec les succès et les faiblesses du système dans les autres régions. Il ne faut pas oublier de dire que les indicateurs de l’état de santé des québécois sont en général excellents lorsqu’on les compare à ceux des autres provinces ou pays. Tout ne va pas mal, et le système de santé est loin d’être mauvais. »

En fait, le problème en est un d’accessibilité et le gouvernement devrait faire confiance aux professionnels pour trouver ses solutions, soutient M. Turcotte. Au lieu d’être en lien direct avec l’IEDM et autres idéologues n’ayant comme autre but que de dépecer notre système public pour l’offrir au plus offrant, il devrait s’asseoir avec ceux et celles qui y travaillent jour après jour et qui ont véritablement la santé de la population à cœur : des médecins comme Simon Turcotte, qui considère les soins de santé comme un droit de citoyenneté plutôt qu’un service qu’on a les moyens ou pas de se payer.