Laval, une ville perdue pour le français ?
20 juin 2019

Il y a un peu moins d’une dizaine d’années, je compilais des statistiques sur ce que j’appelais alors une invasion anglophone à Laval. Presque une décennie plus tard, les choses ont-elles changé ? Pas vraiment.

La carte interactive ci-dessous (basée sur les aires de diffusion de Statistique Canada) fait état de l’indice de vitalité linguistique (IVL) de l’anglais et du français à Laval. Cet indice est calculé en divisant le nombre de locuteurs de langue d’usage par celui de langue maternelle ; un résultat de 1 constitue un équilibre linguistique parfait. J’ai ensuite soustrait l’IVL français à partir de l’IVL anglais pour obtenir un différentiel de vitalité. En clair, si le différentiel est positif, il y a une plus forte vitalité anglaise (rouge sur la carte) et, à l’inverse, si le résultat est négatif, c’est le français qui jouit d’une plus forte vitalité (bleu sur la carte).

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Le résultat est aussi clair que déprimant : sauf quelques rares exceptions, la carte est presque entièrement rouge. Dans presque tous les quartiers de Laval, c’est l’anglais qui prime, c’est l’anglais qui gagne des points, c’est l’anglais qui transforme des locuteurs qui avaient une langue maternelle autre en langue d’usage anglaise. C’est l’anglais qui, dans une nation soi-disant de langue française, « intègre ».

Ce qui est encore plus inquiétant est la force de cet attrait de l’anglais : dans de nombreux quartiers, l’IVL anglais dépasse 2, voire 3, ce qui est énorme ! Par exemple, le secteur 185, autour du métro Cartier, a seulement 1,3% de sa population de langue maternelle anglaise, mais 5,3% qui ont l’anglais comme langue d’usage, pour un IVL de 4.11 ! Que de telles anomalies se produisent dans un deux quartiers serait surprenant mais possible, mais ce genre de données se répète un peu partout dans toute la ville de Laval.

La Loi 21 constitue peut-être un pas dans la bonne direction, considérant l’ampleur de l’immigration massive qu’on nous impose — tout ce qui peut rendre le Québec moins accueillant pour un immigrant constitue une avancée — mais il faudra des mesures beaucoup plus agressives et ciblant directement les privilèges anglais, des privilèges qu’aucune autre majorité sur cette planète n’accorde à sa minorité.

Si nous continuons d’attendre, Laval sera perdue. D’ailleurs, il est peut-être déjà trop tard…

Laval: l'invasion anglophone
12 avril 2010

On parle beaucoup de l’anglicisation de Montréal, mais on oublie généralement de parler de celle, beaucoup plus spectaculaire, qui affecte la ville de Laval,  la troisième ville du Québec avec ses 365 000 habitants. Si j’avais déjà calculé sommairement l’anglicisation de cette ville de banlieue, y découvrant une tendance aussi rapide qu’inquiétante, une analyse plus rigoureuse des données expose une situation encore plus catastrophique.

Observez le tableau ci-bas.

Portrait de l’anglicisation fulgurante de la ville de Laval

Quartiers et ville Croissance des locuteurs de langue d’usage anglaise (2001-2006) Croissance des locuteurs de langue d’usage française (2001-2006) IVL français 2006 IVL anglais 2006
Auteuil 118.00% 5.49% 1.06 2.27
Chomedey -4.23% -4.81% 1.13 1.87
Duvernay 75.30% -1.20% 1.08 2.37
Fabreville 108.94% -5.41% 1.06 1.34
Îles-Laval 304.84% -12.78% 1.01 1.22
Laval-des-Rapides 18.65% -8.25% 1.09 1.55
Laval-Ouest 48.61% 4.95% 1.05 1.25
Laval-sur-le-lac 22.49% -7.63% 1.02 1.66
Pont-Viau 53.03% -10.22% 1.07 1.06
Sainte-Dorothée 108.06% 7.64% 1.07 1.82
Saint-François 121.64% -4.87% 1.09 1.17
Sainte-Rose 197.72% 6.48% 1.06 1.42
Saint-Vincent-de-Paul 71.83% -4.82% 1.07 1.73
Vimont 37.69% -11.74% 1.09 2.27
Laval 36.41% -3.36% 1.08 1.80

Les deux premières colonnes comparent la croissance des locuteurs de langue anglaise et française entre les recensements de 2001 et 2006. On parle ici d’une distance temporelle de cinq ans, et les résultats sont ahurissants: plusieurs quartiers ont vu leur population de langue d’usage anglaise littéralement exploser. À l’échelle de la ville de Laval, on parle d’une hausse de 36,4% d’anglophones en cinq ans! Pendant ce temps, la population francophone a baissé de 3,4%. À cette vitesse, combien faudrait-il d’années avant que les anglophones deviennent majoritaires?

Au niveau de l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le pouvoir d’attraction d’une langue en divisant les locuteurs de langue d’usage par ceux de langue maternelle (le chiffre 1 constitue le seuil de renouvellement; au-dessus, on observe un gain, en-dessous, une assimilation), la situation n’est guère meilleure: avec 1,80, l’IVL anglophone de Laval surpasse celui de la plupart des principales villes canadiennes. C’est donc dire qu’un anglophone a davantage de chance de transmettre sa langue anglaise à ses descendants à Laval qu’à Toronto, Vancouver ou Ottawa. Dans certains quartiers, comme Auteuil, Duvernay et Vimont, l’IVL atteint des niveaux quasi-stratosphériques, difficilement imaginables pour un peuple qui n’est pas en situation d’invasion. En fait, l’IVL du français étant de 1,08, c’est donc dire que le niveau d’attrait de l’anglais à Laval est dix fois supérieur à celui du français!

Méthodologie

Ces données des recensements de Statistique Canada pour les années 2001 et 2006 proviennent de la ville de Laval. J’ai additionné les réponses uniques aux réponses multiples n’impliquant qu’une seule des deux langues et j’ai calculé les résultats faisant état de langues multiples impliquant à la fois le français et l’anglais au pro-rata de l’influence de chacune de ces deux langues dans le quartier en question.  Vous pouvez consulter les données brutes ici.

Et si on agissait?

Pendant qu’on discute de notre loi 101 et de la nécessité pour le gouvernement actuel de la renforcer, les anglophones passent à l’attaque. Ils exigent de plus en plus l’anglais et il suffit de se promener au Carrefour Laval ou dans n’importe quel quartier central de la ville pour être témoin du recul de notre langue commune. Je ne compte plus les anecdotes personnelles ou celles d’amis ou connaissances ayant eu de la difficulté à se faire servir en français à Laval; et je ne parle même pas ici du nombre croissant d’entreprises exigeant le bilinguisme à l’embauche.

Après le Mouvement Montréal français, le Mouvement Montérégie français et le Mouvement Laurentides français, faudra-t-il à nouveau nous organiser et créer un Mouvement Laval français? Dans quel sorte de pays vivons-nous pour avoir à nous organiser entre citoyens pour exiger le droit de faire une chose aussi normale que de se parler dans la langue commune et nationale? Imaginerait-on des mouvements de défense du français en France, de l’allemand en Allemagne ou du russe en Russie?

Au lendemain du formidable spectacle pour la loi 101, les mots de Lord Durham résonnent encore dans ma tête:

Je n’entretiens aucun doute sur le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada; ce doit être celui de l’Empire britannique, celui de la majorité de la population de l’Amérique britannique, celui de la race supérieure qui doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent de l’Amérique du Nord. Sans opérer le changement ni trop vite ni trop rudement pour ne pas froisser les esprits et ne pas sacrifier le bien-être de la génération actuelle, la fin première et ferme du Gouvernement britannique doit à l’avenir consister à établir dans la province une population de lois et de langue anglaises et de n’en confier le gouvernement à une Assemblée décidément anglaise.

Et si on changeait l’histoire? Et si on en finissait avec ce génocide culturel?

Pour le moment, je ne peux que vous inviter à joindre le groupe Facebook de l’Association Laval français, mais qui sait ce dont l’union de Québécois fiers de leur langue et fatigués d’avoir à se prosterner devant une langue étrangère peut donner?

Rue par rue, quartier par quartier, reprenons la ville de Laval.

Nous n’avons pas le choix.

Laval: l’invasion anglophone
12 avril 2010

On parle beaucoup de l’anglicisation de Montréal, mais on oublie généralement de parler de celle, beaucoup plus spectaculaire, qui affecte la ville de Laval,  la troisième ville du Québec avec ses 365 000 habitants. Si j’avais déjà calculé sommairement l’anglicisation de cette ville de banlieue, y découvrant une tendance aussi rapide qu’inquiétante, une analyse plus rigoureuse des données expose une situation encore plus catastrophique.


Observez le tableau ci-bas.

Portrait de l’anglicisation fulgurante de la ville de Laval

Quartiers et ville Croissance des locuteurs de langue d’usage anglaise (2001-2006) Croissance des locuteurs de langue d’usage française (2001-2006) IVL français 2006 IVL anglais 2006
Auteuil 118.00% 5.49% 1.06 2.27
Chomedey -4.23% -4.81% 1.13 1.87
Duvernay 75.30% -1.20% 1.08 2.37
Fabreville 108.94% -5.41% 1.06 1.34
Îles-Laval 304.84% -12.78% 1.01 1.22
Laval-des-Rapides 18.65% -8.25% 1.09 1.55
Laval-Ouest 48.61% 4.95% 1.05 1.25
Laval-sur-le-lac 22.49% -7.63% 1.02 1.66
Pont-Viau 53.03% -10.22% 1.07 1.06
Sainte-Dorothée 108.06% 7.64% 1.07 1.82
Saint-François 121.64% -4.87% 1.09 1.17
Sainte-Rose 197.72% 6.48% 1.06 1.42
Saint-Vincent-de-Paul 71.83% -4.82% 1.07 1.73
Vimont 37.69% -11.74% 1.09 2.27
Laval 36.41% -3.36% 1.08 1.80

Les deux premières colonnes comparent la croissance des locuteurs de langue anglaise et française entre les recensements de 2001 et 2006. On parle ici d’une distance temporelle de cinq ans, et les résultats sont ahurissants: plusieurs quartiers ont vu leur population de langue d’usage anglaise littéralement exploser. À l’échelle de la ville de Laval, on parle d’une hausse de 36,4% d’anglophones en cinq ans! Pendant ce temps, la population francophone a baissé de 3,4%. À cette vitesse, combien faudrait-il d’années avant que les anglophones deviennent majoritaires?

Au niveau de l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le pouvoir d’attraction d’une langue en divisant les locuteurs de langue d’usage par ceux de langue maternelle (le chiffre 1 constitue le seuil de renouvellement; au-dessus, on observe un gain, en-dessous, une assimilation), la situation n’est guère meilleure: avec 1,80, l’IVL anglophone de Laval surpasse celui de la plupart des principales villes canadiennes. C’est donc dire qu’un anglophone a davantage de chance de transmettre sa langue anglaise à ses descendants à Laval qu’à Toronto, Vancouver ou Ottawa. Dans certains quartiers, comme Auteuil, Duvernay et Vimont, l’IVL atteint des niveaux quasi-stratosphériques, difficilement imaginables pour un peuple qui n’est pas en situation d’invasion. En fait, l’IVL du français étant de 1,08, c’est donc dire que le niveau d’attrait de l’anglais à Laval est dix fois supérieur à celui du français!

Méthodologie

Ces données des recensements de Statistique Canada pour les années 2001 et 2006 proviennent de la ville de Laval. J’ai additionné les réponses uniques aux réponses multiples n’impliquant qu’une seule des deux langues et j’ai calculé les résultats faisant état de langues multiples impliquant à la fois le français et l’anglais au pro-rata de l’influence de chacune de ces deux langues dans le quartier en question.  Vous pouvez consulter les données brutes ici.

Et si on agissait?

Pendant qu’on discute de notre loi 101 et de la nécessité pour le gouvernement actuel de la renforcer, les anglophones passent à l’attaque. Ils exigent de plus en plus l’anglais et il suffit de se promener au Carrefour Laval ou dans n’importe quel quartier central de la ville pour être témoin du recul de notre langue commune. Je ne compte plus les anecdotes personnelles ou celles d’amis ou connaissances ayant eu de la difficulté à se faire servir en français à Laval; et je ne parle même pas ici du nombre croissant d’entreprises exigeant le bilinguisme à l’embauche.

Après le Mouvement Montréal français, le Mouvement Montérégie français et le Mouvement Laurentides français, faudra-t-il à nouveau nous organiser et créer un Mouvement Laval français? Dans quel sorte de pays vivons-nous pour avoir à nous organiser entre citoyens pour exiger le droit de faire une chose aussi normale que de se parler dans la langue commune et nationale? Imaginerait-on des mouvements de défense du français en France, de l’allemand en Allemagne ou du russe en Russie?

Au lendemain du formidable spectacle pour la loi 101, les mots de Lord Durham résonnent encore dans ma tête:

Je n’entretiens aucun doute sur le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada; ce doit être celui de l’Empire britannique, celui de la majorité de la population de l’Amérique britannique, celui de la race supérieure qui doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent de l’Amérique du Nord. Sans opérer le changement ni trop vite ni trop rudement pour ne pas froisser les esprits et ne pas sacrifier le bien-être de la génération actuelle, la fin première et ferme du Gouvernement britannique doit à l’avenir consister à établir dans la province une population de lois et de langue anglaises et de n’en confier le gouvernement à une Assemblée décidément anglaise.

Et si on changeait l’histoire? Et si on en finissait avec ce génocide culturel?

Pour le moment, je ne peux que vous inviter à joindre le groupe Facebook de l’Association Laval français, mais qui sait ce dont l’union de Québécois fiers de leur langue et fatigués d’avoir à se prosterner devant une langue étrangère peut donner?

Rue par rue, quartier par quartier, reprenons la ville de Laval.

Nous n’avons pas le choix.

L’épouvantail Bouchard
17 février 2010

Il y a de ces épouvantails qu’on se refuse à ranger lors de l’arrivée de la première neige. Ils guettent, stoïques, les quelques flocons du rêve de l’été précédent tomber et ensevelir ce qui fut une terre fertile. La dernière sortie de Lucien Bouchard, qui s’en prend au soi-disant radicalisme identitaire du Parti Québécois, démontre bien que de tels épouvantails ne veulent pas mourir et s’accrochent désespérément à leurs combats d’arrière-garde.

Source de l’image
Se réclamant de René Lévesque, qui se retournerait dans sa tombe si son nom n’avait pas été si souvent invoqué en vain par de tels profanateurs du bien-commun, il reproche au Parti Québécois de s’interroger sur la meilleure façon d’intégrer les nouveaux arrivants. Tapant sur le vieux clou rouillé de la sempiternelle culpabilité identitaire des Québécois, qui n’auraient que le droit de disparaître dans le silence le plus chrétien en récitant les chapelets de sénilité canadienne-française de son frère Gérard, Lucien Bouchard n’a pourtant pas une si grande caution morale à proposer lui-même. Son bilan à la tête du Parti Québécois est loin d’être reluisant.
En effet, pour quelqu’un qui semble croire que l’intégration des immigrants constitue un phénomène magique, voire mystique, force est de constater qu’il a échoué à en favoriser la francisation au niveau scolaire, pourtant une des meilleures façons de les inclure à notre projet de société. Entre 1996 et 2001, soit grosso modo au même moment où il emmerdait le Québec avec ses « conditions gagnantes » d’une indépendance à laquelle il ne semble plus croire aujourd’hui – y a-t-il seulement déjà cru? – le pourcentage d’allophones passant du secondaire français au cégep français chutait de 58,7% à 54,2%. (( Source :Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, octobre 2008. )) La leçon porte: cette même proportion a immédiatement commencé à remonter à partir de 2001, quand Bouchard a quitté le PQ et qu’on a recommencé à parler, bien timidement, de protéger le français. En 2006, avec 60,7%, on est encore loin du 82,3% de 1987, mais on est sorti de la grande noirceur de l’ère Bouchard.
De la même manière, l’influence du français au sein de la société québécoise a également reculé, ce que démontre l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le niveau d’attraction d’une langue. Celui-ci a augmenté, entre 1996 et 2001, de 1,015 à 1,020 pour le français, et de 1,226 à 1,263 pour l’anglais. C’est donc dire que la hausse de la vitalité de l’anglais au Québec, sous le règne du magicien de l’intégration Bouchard, a été près de huit fois supérieure à celle du français!
Au niveau économique, est-il besoin de rappeler que les coupes sauvages du gouvernement Bouchard pour l’atteinte de son sacro-saint déficit zéro ont fait exploser les inégalités sociales? Le coefficient de Gini sur le revenu total, qui permet de mesurer ces inégalités, est passé de 0,401 en 1995 à 0,421 en 1998, soit une hausse de deux points en quelques années! (( Statistique Canada, Tableau 202-07051,2,7 Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) Il s’agissait de la hausse la plus spectaculaire des inégalités sociales depuis que Statistique Canada a commencé à compiler ces statistiques en 1976. Pour donner un ordre de grandeur, ce coefficient n’a varié que de cinq points en trente ans; 40% de cet écart a eut lieu durant les années du déficit zéro de Lucien Bouchard. Pas exactement le genre de projet de société qui donne envie aux immigrants de s’intégrer et d’apprendre à dire autre chose que « t’as-tu vingt-cinq cennes « man »? ».
Quand l’épouvantail Bouchard traite les Québécois de paresseux, appose sa signature au bas d’un manifeste pour un Québec cupide, ou sermonne un Parti Québécois, pourtant à peine moins pleutre que son son règne, parce qu’il considère simplement agir pour avoir une influence sur notre existence en tant que peuple, il démontre simplement à quel point il est déconnecté de la société et de quelle façon son bref passage à la tête du PQ fut un triste accident de parcours. Tel un despote immobile au milieu de ses ruines, il engueule ceux qui essaient de reconstruire ce qu’il a détruit avec tant d’élégance, à grand renfort de pluralisme et de courbettes identitaires.
Les temps ont changé. La passivité et l’à-plat-ventrisme ont fait leur temps. Avant que ne disparaisse la neige et que ne pointent les premières pousses d’un nouveau printemps, porteur d’espoir et de récoltes abondantes, il serait peut-être temps de remiser l’épouvantail moisi qui, s’il intimide ceux qui l’ont déjà admiré, ne cause pas le moindre désagrément à tous ceux qui se sont habitués à nous picosser le dos à chaque fois où nous menaçions de relever la tête.

L'épouvantail Bouchard
17 février 2010

Il y a de ces épouvantails qu’on se refuse à ranger lors de l’arrivée de la première neige. Ils guettent, stoïques, les quelques flocons du rêve de l’été précédent tomber et ensevelir ce qui fut une terre fertile. La dernière sortie de Lucien Bouchard, qui s’en prend au soi-disant radicalisme identitaire du Parti Québécois, démontre bien que de tels épouvantails ne veulent pas mourir et s’accrochent désespérément à leurs combats d’arrière-garde.

Source de l’image

Se réclamant de René Lévesque, qui se retournerait dans sa tombe si son nom n’avait pas été si souvent invoqué en vain par de tels profanateurs du bien-commun, il reproche au Parti Québécois de s’interroger sur la meilleure façon d’intégrer les nouveaux arrivants. Tapant sur le vieux clou rouillé de la sempiternelle culpabilité identitaire des Québécois, qui n’auraient que le droit de disparaître dans le silence le plus chrétien en récitant les chapelets de sénilité canadienne-française de son frère Gérard, Lucien Bouchard n’a pourtant pas une si grande caution morale à proposer lui-même. Son bilan à la tête du Parti Québécois est loin d’être reluisant.

En effet, pour quelqu’un qui semble croire que l’intégration des immigrants constitue un phénomène magique, voire mystique, force est de constater qu’il a échoué à en favoriser la francisation au niveau scolaire, pourtant une des meilleures façons de les inclure à notre projet de société. Entre 1996 et 2001, soit grosso modo au même moment où il emmerdait le Québec avec ses « conditions gagnantes » d’une indépendance à laquelle il ne semble plus croire aujourd’hui – y a-t-il seulement déjà cru? – le pourcentage d’allophones passant du secondaire français au cégep français chutait de 58,7% à 54,2%. (( Source :Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, octobre 2008. )) La leçon porte: cette même proportion a immédiatement commencé à remonter à partir de 2001, quand Bouchard a quitté le PQ et qu’on a recommencé à parler, bien timidement, de protéger le français. En 2006, avec 60,7%, on est encore loin du 82,3% de 1987, mais on est sorti de la grande noirceur de l’ère Bouchard.

De la même manière, l’influence du français au sein de la société québécoise a également reculé, ce que démontre l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le niveau d’attraction d’une langue. Celui-ci a augmenté, entre 1996 et 2001, de 1,015 à 1,020 pour le français, et de 1,226 à 1,263 pour l’anglais. C’est donc dire que la hausse de la vitalité de l’anglais au Québec, sous le règne du magicien de l’intégration Bouchard, a été près de huit fois supérieure à celle du français!

Au niveau économique, est-il besoin de rappeler que les coupes sauvages du gouvernement Bouchard pour l’atteinte de son sacro-saint déficit zéro ont fait exploser les inégalités sociales? Le coefficient de Gini sur le revenu total, qui permet de mesurer ces inégalités, est passé de 0,401 en 1995 à 0,421 en 1998, soit une hausse de deux points en quelques années! (( Statistique Canada, Tableau 202-07051,2,7 Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) Il s’agissait de la hausse la plus spectaculaire des inégalités sociales depuis que Statistique Canada a commencé à compiler ces statistiques en 1976. Pour donner un ordre de grandeur, ce coefficient n’a varié que de cinq points en trente ans; 40% de cet écart a eut lieu durant les années du déficit zéro de Lucien Bouchard. Pas exactement le genre de projet de société qui donne envie aux immigrants de s’intégrer et d’apprendre à dire autre chose que « t’as-tu vingt-cinq cennes « man »? ».

Quand l’épouvantail Bouchard traite les Québécois de paresseux, appose sa signature au bas d’un manifeste pour un Québec cupide, ou sermonne un Parti Québécois, pourtant à peine moins pleutre que son son règne, parce qu’il considère simplement agir pour avoir une influence sur notre existence en tant que peuple, il démontre simplement à quel point il est déconnecté de la société et de quelle façon son bref passage à la tête du PQ fut un triste accident de parcours. Tel un despote immobile au milieu de ses ruines, il engueule ceux qui essaient de reconstruire ce qu’il a détruit avec tant d’élégance, à grand renfort de pluralisme et de courbettes identitaires.

Les temps ont changé. La passivité et l’à-plat-ventrisme ont fait leur temps. Avant que ne disparaisse la neige et que ne pointent les premières pousses d’un nouveau printemps, porteur d’espoir et de récoltes abondantes, il serait peut-être temps de remiser l’épouvantail moisi qui, s’il intimide ceux qui l’ont déjà admiré, ne cause pas le moindre désagrément à tous ceux qui se sont habitués à nous picosser le dos à chaque fois où nous menaçions de relever la tête.

Quelle paix linguistique?
27 novembre 2009

Certains éditorialistes canadiens parlent du projet péquiste de renforcement des lois linguistiques comme étant une mauvaise idée parce que cela nuirait à la « paix linguistique ». Comme l’ont démontré les statistiques publiées hier, ce n’est plus seulement Montréal qui s’anglicise, mais également sa banlieue. Pire, la vitalité linguistique de l’anglais, dans la région de Montréal, surpasse celle de la plupart des villes et provinces canadiennes! Vous avez dit: paix linguistique?

paix

Source de l’image

Soit le tableau ci-bas: (( Source: Recensement Statistique Canada 2006. J’ai utilisé les mêmes municipalités qu’ici pour déterminer les villes de la couronne sud et de la couronne nord.))

Indice de vitalité linguistique (IVL) du français et de l’anglais dans diverses villes, banlieues et divisions de recensement au Canada

Ville/région IVL Anglais IVL Français Province IVL Anglais IVL Français
Laval 1.82 1.06 Nunavut 1.67 0.55
Montréal 1.48 1.09 Québec 1.29 1.03
Banlieues insulaires 1.31 0.92 Ontario 1.17 0.59
Couronne sud 1.21 1.03 Territoires du Nord-Ouest 1.17 0.45
Couronne nord 1.10 1.02 Colombie-Britannique 1.16 0.28
Total banlieues 1.33 1.03 Manitoba 1.18 0.44
Toronto 1.30 0.45 Alberta 1.12 0.32
Grand Vancouver 1.24 0.33 Territoire du Yukon 1.11 0.49
Division No. 6 (Alberta) 1.13 0.30 Saskatchewan 1.11 0.24
Peel (Ontario) 1.30 0.43 Nouveau-Brunswick 1.07 0.91
Division No. 11 (Alberta) 1.15 0.33 Nouvelle-Écosse 1.04 0.53
York (Ontario) 1.31 0.39 Île-du-Prince-Édouard 1.04 0.50
Ottawa (Ontario) 1.21 0.71 Terre-Neuve-et-Labrador 1.01 0.34

L’IVL se calcule en divisant, pour chaque langue, le nombre de ses locuteurs selon la langue d’usage par celui selon la langue maternelle. Un quotient supérieur à 1 signale une vitalité plus élevée; un quotient inférieur à un une vitalité plus faible. On peut parler de force d’attraction d’une langue, ou d’incitatif à la parler, selon la force de l’IVL.

Les résultats sont spectaculaires. La vitalité de l’anglais en banlieue de Montréal, avec un résultat de 1.33, est à la fois plus élevée que celle de toutes les provinces canadiennes (sauf le territoire du Nunavut), mais également que les sept divisions de recensement les plus populeuses au pays (à l’exception de Montréal)! Pire: Laval, avec un indice de 1.82, est de loin l’endroit au Canada où l’anglais se porte le mieux, suivi de près par Montréal elle-même. Dit autrement: on a davantage de chance de conserver sa culture anglophone à Laval, Montréal et sur la rive-sud qu’à peu près partout ailleurs au Canada! Et ce phénomène n’est pas que montréalais: l’IVL de l’anglais pour l’ensemble du Québec atteint 1.29. Le Québec est donc la province ou territoire où l’anglais se porte le mieux, immédiatement après… le Nunavut!

Évidemment, la vitalité de l’anglais ne signifie pas automatiquement la faiblesse du français. Les langues tierces ont tendance à se maintenir beaucoup plus longtemps dans le reste du Canada qu’au Québec, où les immigrants s’identifient assez rapidement soit au français, soit à l’anglais. Ainsi, un francophone aura tout de même plus de chance de conserver sa langue et sa culture à Laval, avec un IVL du français de 1.06, qu’à Ottawa, avec un IVL du français de 0.71.

Par contre – et c’est le point important – le fait que l’IVL des deux langues soit en progression constitue un indicateur de lutte pour la francisation des nouveaux arrivants. Quand deux langues progressent à la fois, c’est le signe d’une féroce compétition où il n’y a pas clairement de langue commune établie. En d’autres mots: sur papier, le français est la langue commune partout au Québec, mais statistiquement, l’anglais constitue une langue plus attractive pour un nombre assez important de personnes pour que cette langue surpasse la langue officielle de notre nation.

Dans un contexte normal, comme on peut le constater pour les autres provinces, il y a une langue commune qui progresse (IVL au-dessus de 1) et les autres langues régressent (IVL inférieur à 1); il s’agit d’un processus normal d’assimilation des nouveaux arrivants à la langue commune. Mais au Québec, et plus spécifiquement à Montréal et dans sa banlieue, l’assimilation vers la langue commune se fait de plus en plus difficilement. Au fur et à mesure que l’IVL de l’anglais augmente, on crée donc une formidable tension sur la langue française, qui doit résister pour assurer son maintien au-dessus du seuil de renouvellement de « 1 ». Plus la vitalité et l’attirance de l’anglais augmentent, plus il devient difficile de maintenir le français au-dessus de ce « 1 » fatidique. Les deux langues sont en conflit.

La paix des lâches

Dans ce contexte, on peut difficilement parler de paix linguistique. Une paix négociée, acceptée, se retrouve dans un certain statu quo faisant le bonheur des deux partis. Actuellement, ce statu quo n’existe pas. Les francophones sont maintenant minoritaires à Montréal, où le français y régresse de manière spectaculaire, les banlieues s’anglicisent plus rapidement que la métropole au niveau de la langue maternelle, le nombre de nouveaux locuteurs anglophones dans ces mêmes banlieues explose et l’indice de vitalité linguistique démontre un profond déséquilibre des forces des deux langues.  Hier c’était Montréal, aujourd’hui ce sont les banlieues, et demain ce seront les régions.

Qu’on parle de paix linguistique, de nécessité d’attendre avant d’agir ou qu’on parle de peur injustifiée tant qu’on voudra, les faits sont là. Le français recule, certaines villes de banlieue sont encore plus attractives pour les anglophones que la ville-centre, et de tels résultats ne peuvent rien indiquer de positif pour l’avenir du français au Québec. Cette situation ne peut conduire qu’à une vitalité croissante de l’anglais, au fur et à mesure qu’on bilinguise les commerces et qu’on force les Québécois à parler l’anglais dans leur quotidien, sous peine de ne pas se faire engager ou de se faire congédier.

Quand on est à genoux, le couteau sous la gorge avec le village qui brûle derrière soi, on n’est pas en paix. On est vaincu.

Le français aux Jeux olympiques: une formidable mascarade!
16 septembre 2009

Signalisation déficiente, affiches unilingues anglophones, bénévoles incapables de parler le français, zéro service en français aux aéroports. Le rapport du Commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, est cinglant:  si rien n’est fait, le Canada manquera à ses objectifs d’assurer la tenue de Jeux Olympiques bilingues. « Je ne veux pas que les visiteurs se fassent accueillir par des phrases comme: « Sorry, I don’t speak French » », affirme-t-il. Trop tard, c’est déjà le cas: ce pays n’est pas plus bilingue qu’un adéquiste n’est socialiste. C’est une vue de l’esprit: le Canada demeure un rouleau-compresseur à francophones, peu importe les fioritures.

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Partout, au Canada anglais, le francophone est un individu de seconde classe. Aux aéroports de Vancouver et de Toronto, par exemple, l’offre active en personne de service en français atteint respectivement 5% et 0% alors que la disponibilité du service en français – c’est-à-dire ceux qui ont assez de temps pour attendre qu’on aille chercher le ti-coune de service qui baragouine un peu la langue de Molière – n’est que de 55% et 23%. En terme d’éducation supérieure, ce n’est guère mieux: 950 000 Canadiens francophones se partagent un maigre 72 millions de dollars, contre 400 millions de dollars pour les 575 000 anglophones du Québec. On traiterait la minorité anglophone du Québec de cette façon que l’OTAN aurait déjà bombardé la ville de Québec.

En fait, le retard en ce qui concerne le bilinguisme des Jeux olympiques de Vancouver constitue peut-être simplement cette pression du réel qui n’a pas encore été terni par la politique. La réalité, pour l’ouest du pays, est anglophone. Au recensement de 2001, on dénombrait 1,9% de francophones au Manitoba, 0,5% en Saskatchewan, 0,7% en Alberta et 0,4% en Colombie-Britannique.   Il y a davantage de turcophones à Montréal que de francophones dans toute la Saskatchewan.  De plus, comme le note Charles Castonguay, le taux d’assimilation des 35-44 ans – le coeur de la pyramide démographique – atteint 60% alors que le déficit entre générations atteint plus de 40% au Manitoba et 50% dans les trois autres provinces.

Pire, l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule la capacité d’une langue à se renouveler (un nombre supérieur à 1 indique une croissance; inférieur à 1 une décroissance), atteint dans ces régions respectivement 0,45, 0,26, 0,33 et 0,29. À titre indicatif, l’IVL des allophones au Québec atteint 0,62. Concrètement, un allophone du Québec a au moins deux fois plus de chances d’assurer la persistance de sa langue qu’un francophone hors-Québec. Dans ce contexte, toute notion de bilinguisme apparaît plus qu’étrange pour les habitants de l’ouest canadien.

Or, en cherchant à bilinguiser l’affichage, la signalisation ou l’accueil aux aéroports, on ne fait qu’ajouter une couche de peinture rose supplémentaire au bulldozer anglophone. On lui donne un aspect charmant, presque naïf. On fournit un service de façade au touriste francophone; on lui offre sa propre version de ce qu’il conçoit du Canada, c’est-à-dire un pays réellement bilingue. Bref, on lui monte un gros Truman Show où les bénévoles et employés ne sont plus de simples participants, mais de véritables acteurs devant « veiller à ce que la dualité linguistique du Canada soit prise en compte de manière adéquate ». Dit autrement: le Canada se présente sur la scène mondiale et dans tous les congrès francophones comme étant un pays bilingue. Puisque la réalité ne rejoint pas cette perception, on va modifier la réalité pour offrir, l’espace de quelques semaines, un Canada fictif aux voyageurs. Et quand la flamme sera éteinte, quand les caméras seront parties, l’assimilation des francophones se poursuivra.

Le summum de toute cette opération de marketing linguistique s’avère notre propre participation à cette mascarade. Pertinemment, nous réclamons des services en français pour les Jeux de Vancouver, mais nous oublions que de contribuer à une telle image d’un Canada bilingue ne fait que diminuer notre légitimité internationale en tant qu’indépendantistes. De quelle aide le chef d’État assistant aux cérémonies et repartant convaincu que le français se porte bien au Canada peut-il nous être? On se l’imagine déjà, s’adressant à la mouvance souverainiste, et déclarant: « De quoi vous plaignez-vous? Je suis venu au Canada, et j’ai très bien été servi en français. » Certains diront que ce n’est qu’un détail. Je ne crois pas. Le Canada sera le centre de monde pendant deux semaines et il aura l’occasion de se créer une image et une apparence bilingues dans l’esprit des centaines de millions de personnes regardant les Jeux.

Le Canada déploie de formidables efforts pour assurer des jeux bilingues à ses invités. Ne pourrait-il pas faire de même avec ses propres citoyens francophones, dont la proportion fond comme une boule de crème glacée sur l’asphalte brûlant de juillet?

Élèves francophones minorisés: faut-il réduire l’immigration?
3 septembre 2009

Minoritaires! Après que la proportion de francophones à Montréal ait chuté sous le seuil historique des 50%, un nouveau plancher vient d’être défoncé: les Québécois de souche sont désormais moins nombreux que les allophones dans les écoles publiques montréalaises! Et ce n’est pas fini: le nombre d’immigrants devrait augmenter de 46 000 à 55 000 d’ici 2010. Jusqu’où ira-t-on pour affaiblir la culture québécoise?

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Oh, mais je vous entends déjà débiter le sempiternel refrain: « l’immigration est une richesse, comment oses-tu remettre en question ce formidable trésor, ce don du ciel, alléluia! » et bla-bla-bla. Vrai. Mais l’eau aussi constitue une richesse, ce qui n’empêche pas qu’en trop grande quantité elle peut tuer. L’eau est une richesse, mais le tsunami tue. Une richesse n’est pertinente qu’en relation avec les conséquences négatives de sa trop grande possession.

De la même manière, la cohésion sociale représente peut-être une richesse encore plus précieuse que l’immigration. Selon Marie McAndrew, professeure à l’Université de Montréal, à partir d’une concentration ethnique dépassant 75%, des effets négatifs sur la cohésion peuvent se produire dans les classes. Près de soixante écoles sur l’île de Montréal dépassent ces chiffres. Pensons-y un peu: comment espère-t-on intégrer des jeunes vivant dans un environnement ignorant tout du Québec et de sa culture et où le terme « Québécois » possède plus souvent qu’autrement une connotation négative?

Pourtant, les effets négatifs d’une trop grande immigration sont bien connus. Benoît Dubreuil, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CÉRIUM), explique:

On sait que l’incidence de la pauvreté chez les immigrants est deux fois supérieure à ce qu’elle est dans la population en général et que les minorités visibles sont deux fois plus touchées par le chômage. Ces résultats ne semblent pas dépendre de notre système de protection sociale particulier puisque tous les pays industrialisés – autant la Suède, la Belgique que les États-Unis – sont confrontés à des résultats semblables.

Qui plus est, la ghettoïsation a atteint un stade inquiétant dans le domaine résidentiel, où se multiplient les enclaves ethniques, et dans le domaine scolaire, où 60 % des enfants issus de l’immigration fréquentent des écoles à majorité immigrante. À cela s’ajoute bien sûr la question linguistique, loin d’être réglée alors qu’un immigrant sur deux arrivé au cours des 25 dernières années utilise toujours l’anglais dans ses interactions publiques.

Certains pays, comme l’Angleterre, ont compris les dangers d’une trop grande immigration sur la cohésion sociale et ont décidé de limiter la venue de certains groupes. (( Le Monde, International, jeudi, 26 octobre 2006, p. 8, EUROPE, GRANDE-BRETAGNE MARCHÉ DU TRAVAIL, Au nom de la cohésion sociale, Londres limite l’immigration des Bulgares et des Roumains, Marc Roche )) Ici, pas question! On ouvre encore davantage les vannes, et que l’eau monte! Vous en voulez une richesse, la voilà! Et buvez, buvez, chers amis, jusqu’à votre mort!

L’ouverture

D’autres nous disent encore: « il faut faire preuve d’ouverture! ». Sommes-nous réellement plus « ouverts » aujourd’hui qu’il y a vingt-cinq ans, par exemple? Le ratio naissances/immigration était de 4,7 en 1982 (4,7 fois plus de naissances que d’immigrants reçus en une année). En 2007, le ratio tombe à 1,8. Pour un nombre de naissances semblable, nous recevons trois fois plus d’immigrants. (( Statistiques Canada, Tableau 051-00041, Composantes de l’accroissement démographique, Canada, provinces et territoires, annuel (personnes) )) Et ce n’est qu’un début!

Qu’est-ce que l’ouverture, au fait? L’ouverture, il me semble, c’est de se montrer accueillant et prêt à faire des compromis, à accepter l’autre dans ses différences en autant que celui-ci respecte nos valeurs de base. Et de ces valeurs, il me semble, une doit être notre capacité à survivre en tant qu’entité culturelle et linguistique et l’autre doit être de bien pouvoir s’occuper des nouveaux arrivants. On peut ouvrir toutes grandes les portes de notre maison, mais il doit être clair pour nos invités qu’il s’agit effectivement de notre maison. Ils nous font la fleur d’amener leur héritage culturel, mais y a-t-il suffisamment de pots pour tous?

Parallèlement, il a été démontré que l’intégration des immigrants constitue un travail beaucoup plus ardu qu’on pourrait le croire. Le démographe Marc Termote le souligne:

Les natifs dont la langue maternelle n’est ni le français, ni l’anglais, ni une langue autochtone, constituent environ 30 % du total de la population de langue maternelle « autre ». Même s’ils sont nés au Canada, ces descendants d’immigrants ne sont guère portés à abandonner la langue tierce qu’ils ont héritée de leurs parents : seulement quelque 40 % l’ont fait, et parmi ces derniers, à peine un quart ont choisi le français comme langue d’usage à la maison. En d’autres termes, au sein de ce groupe de natifs de langue maternelle tierce, seulement 10 %, soit environ 20 mille personnes, ont choisi comme langue d’usage à la maison la langue officielle et majoritaire du Québec. Puisqu’il s’agit ici de transferts sur la durée de vie, on peut aisément estimer à quelques centaines d’unités le gain annuel moyen réalisé par le groupe francophone grâce à l’ « intégration » linguistique des descendants d’immigrants. Un tel résultat démontre, s’il en est besoin, l’extrême difficulté à changer de langue.

Ce problème est particulièrement explosif chez les immigrants de souches non latines. Le Conseil supérieur de la langue française (CSLF), en plus de dénoncer la hausse prévue du nombre d’immigrants comme étant disproportionnée en relation aux ressources disponibles pour l’intégration de ceux-ci, a établi que les efforts de francisation des Asiatiques, Slaves et Scandinaves depuis trente ans ont été à peu près nuls. (( Le Devoir, LES ACTUALITÉS, vendredi, 27 juin 2008, p. a1, État de la langue française, Québec «ne doit pas laisser aller les choses», Un bloc irréductible d’immigrants ne se francise jamais, Dutrisac, Robert )) Composant près de 35% de l’apport d’immigrants à chaque année, ils n’apprennent le français que dans une proportion de 15%. Comment expliquer cela?

L’indice de vitalité linguistique

La réponse se trouve peut-être dans l’indice de vitalité linguistique (IVL). Cet indicateur, très utile, s’obtient en divisant le nombre de personnes parlant une langue d’usage par celles la parlant en tant que langue maternelle. Quand le résultat est près de 1, il y a stagnation, au-dessus il y a un certain attrait pour cette langue, et en-dessous on parle d’assimilation. Au Québec, par exemple, l’IVL des francophones sur l’île de Montréal est passé de 1 en 1986 à 1,08 en 2006. Les anglophones, eux, ont vu leur IVL exploser de 1,22 à 1,42! Concrètement, le pouvoir d’attraction de la langue anglaise est de loin supérieur à celui du français. Faut-il se surprendre, alors, s’il a été démontré qu’entre 54% et 60% des travailleurs de langue maternelle française parlent anglais quand ils s’adressent à leurs supérieurs, leurs collègues ou leurs subordonnés anglophones? ((Idem.))

L’anglais constitue une langue plus attractive, simplement.

Des lieux d’éducation remplies d’immigrants, une cohésion sociale amoindrie, des difficultés d’intégration, une dévalorisation de la culture québécoise, une langue menacée et un faible pouvoir d’attraction; ne s’agit-il pas de la recette parfaite pour une catastrophe linguistique et culturelle? Quelle société d’accueil offre-t-on aux nouveaux arrivants en les parquant dans des écoles où ils ont peine à rencontrer des Québécois de souche? Soyons humains, et offrons-leur une société cohérente.

À défaut de pouvoir tout solutionner d’un seul coup, ne faudrait-il pas commencer par le début et réduire le nombre d’immigrants avant qu’il ne soit trop tard? Face aux dogmes des solutions magiques du multiculturalisme et de l’immigration prônés par ces bien-pensants qui jouissent avec le feu, qui aura le courage de poser crûment la question?