Option nationale ou Option provinciale?
9 novembre 2011

Un commentateur, sur la page Facebook d’Option nationale, l’a bien exprimé hier: « Mais c’est la plateforme de Québec Solidaire! ». Il a raison: Option nationale se positionne à peu près dans le même registre idéologique que Québec Solidaire, que ce soit sur la question de la nationalisation des ressources naturelles, de la création de Pharma-Québec, de la gratuité scolaire ou de la valorisation du transport collectif. Pourquoi, alors, voter pour Option nationale si un parti déjà établi propose sensiblement le même programme? « Pour l’indépendance », disent certains. Pourtant, Option nationale, sur la plupart de ses propositions, n’est pas davantage indépendantiste que Québec Solidaire (ou le Parti Québécois).



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Le problème fondamental de la plupart des propositions de Québec Solidaire et d’Option nationale tient au fait que l’indépendance n’est pas un pré-requis. Nous n’avons pas davantage besoin d’être « indépendants » (je mets ce terme entre guillemets car la réelle indépendance constitue davantage que de mettre un « pays sua mappe », comme je l’écrivais ici) pour nationaliser nos ressources, pour instaurer la gratuité scolaire que pour donner un mandat différent à la Caisse de dépôt et placement ou pour œuvrer à notre indépendance énergétique. Ce sont là des mesures qui peuvent être prises par une province, n’importe laquelle. René Lévesque n’a pas attendu l’indépendance pour participer à la nationalisation de l’hydro-électricité au Québec, par exemple.

Quand on vise l’indépendance d’un peuple, c’est pour lui offrir les pouvoirs de faire les choses autrement. En France, on a tué le roi pour instaurer la république. Aux États-Unis, on a déclaré l’indépendance pour ne plus se faire imposer des taxes punitives en or alors qu’on tentait d’établir les bases d’un système monétaire différent. En Iran, on s’est débarrassé du Shah pour bâtir une république islamiste. Dans la plupart des pays africains, on a déclaré l’indépendance pour mettre fin à la mainmise coloniale sur les ressources du pays. Or, le Québec, même dans le giron canadien, jouit de la plupart des pouvoirs lui permettant de gérer son éducation, ses ressources, et de vivre selon ses valeurs (dans une certaine limite). La seule façon de justifier l’indépendance serait donc de la réclamer pour obtenir les pouvoirs qui nous manquent afin de mettre fin à une situation d’injustice.

Me suivez-vous? Le cœur des revendications d’Option nationale concerne des pouvoirs que nous avons déjà. Ressources naturelles, c’est à nous. Éducation, c’est à nous. Santé, c’est à nous. Gestion de notre mode électif, c’est à nous. Outils économiques, c’est en grande partie à nous. Ce sont là des combats importants, mais ce sont des combats provinciaux. L’indépendance n’est pas davantage nécessaire pour établir la gratuité scolaire qu’un jeune adulte devrait avoir à quitter la maison parentale pour avoir son propre lit. L’indépendance constitue un moyen non pas d’obtenir des pouvoirs provinciaux, mais d’obtenir des pouvoirs nationaux permettant une réelle indépendance.

Un chèque en blanc?

Il nous faut revenir à la base. Qu’est-ce que l’indépendance? L’indépendance, pour le peuple québécois, c’est sa capacité à se gérer lui-même, à prendre ses propres décisions et à être entièrement maître de son destin. Une constitution, comme le propose Option nationale, constitue un geste d’indépendance; elle n’est cependant pas l’indépendance, mais seulement un médium permettant d’inscrire dans l’imaginaire les valeurs fondatrices du peuple. La constitution doit servir à parapher les valeurs fondamentales et inaliénables d’un peuple, s’opposant aux valeurs qui précédaient l’indépendance et qui opprimaient le peuple. Par exemple, aux États-Unis, la constitution affirme que seul le Congrès peut créer la monnaie physique et que cette monnaie doit être en argent ou en or. Cette mesure s’opposait à l’utilisation exclusive par la Grande-Bretagne de l’étalon-or et à la mainmise de l’économie américaine par celle-ci. En clair, la constitution américaine permettait une libération, même si on a violé cette garantie un siècle et demi plus tard en créant la Réserve fédérale.

Dans le programme d’Option nationale, il y a peu de choses qui peuvent être inscrites dans une constitution. On parle de constitution, mais on parle du véhicule, pas de ce qu’on y met à l’intérieur. On ne parle pas, entre autres, de la mainmise totale du secteur bancaire sur les nations occidentales et de quelle manière on espérerait se libérer de cette situation (ceux qui doutent de cette mainmise n’ont qu’à ouvrir la télévision et voir de quelle façon on a forcé Papandréou en Grèce et Berlusconi en Italie à démissionner). On ne parle pas de création d’une monnaie québécoise. On ne parle pas de la libération de l’ALÉNA, de l’OMC, du FMI et d’autres accords internationaux qui limitent notre indépendance. On ne définit pas de quelle manière on va offrir des services à nos minorités nationales, anglophone ou allophones (dire qu’on va « davantage » respecter le poids démographique des anglophones n’est pas plus significatif que de dire que le mois de février est « davantage » chaud que le mois de janvier). On ne définit pas la création d’une armée québécoise.

En clair, on demande un chèque en blanc. On propose une litanie de mesures provincialistes n’ayant rien à voir avec l’indépendance et on demande à la population d’embarquer avec l’espérance qu’une possible constitution serait écrite et qu’un possible référendum suivrait. Au lieu d’avoir les deux étapes péquistes nous éloignant de l’indépendance – élection et référendum – on ajoute désormais une troisième occasion pour nos ennemis de réduire notre capacité à devenir indépendants. Qu’est-ce qui nous garantit, dans cette plateforme, de ne pas revivre le sempiternel débat sur les « conditions gagnantes », ou de parler de « discussion nationale » et autres péquisteries menant à un cul-de-sac et nous éloignant de la victoire?

Dans le cas de Québec Solidaire, on peut comprendre que l’indépendance passe au second rang. Ce parti a de solides liens avec le NPD, plusieurs de ses membres sont fédéralistes, et on vise clairement la gauche économique. Dans le cas d’Option nationale, cependant, cette attitude est tout à fait inacceptable. Plutôt que d’unir le peuple derrière l’idée du contrôle total de notre territoire, on le divise avec des question secondes sur l’éducation, la santé, ou l’économie. Des questions importantes d’un point de vue provincial, mais complètement triviales sur le strict plan de l’atteinte de la réelle indépendance pour le peuple québécois. Des questions qui risquent d’éloigner plusieurs citoyens un peu plus à droite au plan économique.

Pour une VRAIE indépendance

Il s’agit d’une tautologie que d’affirmer qu’il faut faire l’indépendance pour la faire. C’est pourtant la réalité: tant qu’on se contentera de parler de pouvoirs provinciaux pendant qu’on regarde la plupart des pays soi-disant indépendants se faire littéralement violer par le cartel bancaire dès qu’ils tentent de relever la tête, on n’arrivera à rien. Le Québec n’est pas encore indépendant. La Grèce ne l’est pas davantage. L’Italie non plus. Ni la France. Ni les États-Unis, dans une certaine mesure.

Ce que propose Aussant, c’est de mieux gérer notre petit pré carré, celui qu’on nous laisse et qui n’indispose pas trop les forces à l’œuvre. Un peu comme Lévesque ou Parizeau allaient rassurer les banquiers de Wall Street dans les années 70, Aussant ne semble pas avoir l’envergure d’un politicien en mesure de mener un combat véritablement indépendantiste, soit celui non par pour créer une illusion d’indépendance, mais une véritable indépendance. Celle, significative, qui renverse l’Histoire.

Tout n’est pas noir dans ce programme. Il y a plusieurs idées intéressantes et je suis certain que de nombreux progressistes y trouveront leur compte, hésitant entre ce parti et celui d’Amir Khadir. Il s’agit pourtant d’un programme provincialiste n’ayant pas ni le courage ni le désir de s’attaquer aux privilèges du monde de la finance (pas de monnaie québécoise, pas d’indépendance québécoise), au sur-financement de la minorité de langue anglaise, à la défense de notre territoire, dans le but de créer non pas un clone du Canada que nous désirons créer, mais une véritable forteresse québécoise en terre d’Amérique, flambeau de la pensée française sur ce continent et lueur d’espoir pour les autres peuples – y compris ceux de pays soi-disant indépendants – à la recherche d’un ordre mondial alternatif plus respectueux de la volonté et des valeurs de chaque peuple.

Une autre action inutile signée RRQ
6 novembre 2011

Le Réseau de résistance du Québécois (RRQ) avait annoncé une « grande action » contre la corruption; on a encore eu droit à un pétard mouillé. Tout comme lorsqu’une simple banderole (1000$ de l’argent des militants) accrochée à un avion avait constitué une « action réussie » lors de la visite du prince l’été dernier, ou lorsqu’on a lancé du ketchup au visage du maire de Mascouche, le RRQ a la victoire facile. Hier, en occupant les bureaux très régionaux de SNC-Lavalin à Québec, le réseau a une fois de plus démontré à quel point il est déconnecté de la réalité québécoise.

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Le fantasme du RRQ est toujours le même: il existerait un réseau occulte, une « nébuleuse » de forces fédéralistes à l’œuvre au Québec et qui utiliseraient l’argent et la corruption pour affaiblir le mouvement indépendantiste. Cette pensée est à l’origine de la plupart des actions du RRQ. L’occupation de SNC-Lavalin, une entreprise ayant contribué massivement à la caisse du PLQ, constituait la suite logique d’une idée certes séduisante – il suffirait de détruire ce monstre caché pour réaliser l’indépendance – mais sans aucun fondement concret. Encore une fois, le RRQ se trompe de cible. Et encore une fois, après s’en être pris à un maire francophone, à des militants francophiles, c’est encore une fois à une entreprise québécoise qu’on s’en prend. Prochaine cible: Gilles Vigneault ou la Bottine Souriante?

Blague à part, l’idée directrice du RRQ est fausse et c’est ce qui contamine la plupart de ses actions. Ce n’est pas parce qu’existerait un réseau fédéraliste occulte qui manierait les médias à sa guise et dirigerait dans l’ombre nos destinées que l’idée d’indépendance ne lève pas. L’idée d’indépendance ne lève pas parce que la population y est indifférente; on ne lui a jamais appris ce que constitue réellement l’indépendance. Après des décennies de péquisteries où on parle de faire du Québec un pays pour mieux l’enchaîner aux accords internationaux ou pour utiliser la monnaie du pays d’à côté, tout en respectant scrupuleusement les privilèges de la minorité anglophone, on en est venu à considérer l’indépendance comme étant tout à fait interchangeable avec l’état actuel. En fait, plusieurs ne voient même pas en quoi l’indépendance représenterait une quelconque forme d’indépendance si on remplace un Canada mondialiste et culturellement asservi au dogme multiculturaliste par un Québec mondialiste tout aussi à genoux.

Le RRQ vit dans le passé. Le pouvoir qui nous opprime ne vient plus d’Ottawa, et à peine de Washington. L’Empire est partout; les banques ont pris le contrôle d’à peu près tous les pays, imposant leur vision purement utilitariste et commerciale des choses. Il faut relire Soral pour comprendre de quelle manière la quasi-totalité des pays soi-disant indépendants sur cette planète sont en fait devenus des subalternes des banques, qui permettent le jeu politique en autant que celui-ci ne mine pas leur pouvoir (voir également vidéo ci-bas).

« Il faudra bien déclarer l’indépendance face à Ottawa » me répliquerait-on. Ah oui? Et à quand l’indépendance face au cartel bancaire? Le RRQ – et de nombreux militants formés à son école passéiste – considèrent encore l’indépendance comme étant un simple processus de création d’un État à l’ONU et bingo! tout est réglé. Rien n’est plus faux. Même la France n’est plus indépendante. Le Front National français, malgré quelques remugles d’un racialisme n’ayant plus sa raison d’être et que Marine Le Pen tente d’éliminer, est devenu un parti tout aussi indépendantiste que le Parti Québécois l’a déjà été. Pourtant, la France est indépendante, non? Non. Elle ne l’est plus. On lui laisse gérer son petit carré de sable tant que cela ne dérange pas les banques.

Évidemment, cela ne veut pas dire que l’indépendance de papier – un pays sua mappe! – est inutile. Elle permettrait de mieux gérer notre carré de sable et de contrôler un peu mieux notre immigration et nos politiques – tant que cela ne nuit pas au cartel bancaire. Mais si cette indépendance ne mobilise plus les troupes, c’est parce que nombre de mouvements qui la revendiquent se limitent à cette gestion du petit carré de sable en faisant abstraction de toute réflexion philosophique sur la réelle signification du mot « indépendance » en ce début de vingt-unième siècle. Ils veulent faire du Québec l’équivalent des autres sans se rendre compte que cette équivalence ressemble de plus en plus à un artifice.

En occupant une entreprise québécoise comme SNC-Lavalin sous prétexte que ses employés ont contribué à la caisse du PLQ, le RRQ contribue à nous enfermer dans cette logique de l’apparence et cette idée tout à fait fausse qu’il suffirait de lutter contre la corruption et d’affaiblir les forces « fédéralistes » (au fait, combien de fédéralistes convaincus avez-vous rencontré depuis une décennie?) pour donner un nouveau souffle au mouvement. En fait, la corruption est plutôt le SIGNE du désengagement complet des citoyens de la chose publique parce que ceux-ci ont compris que les partis politiques se ressemblent tous et que leurs politiques sont équivalentes, en directe ligne avec le catéchisme du cartel bancaire. Les citoyens sont tellement désespérés qu’ils sont prêts à croire n’importe qui ou n’importe quoi qui donne une apparence de changement (NPD, Legault, etc.).

Elle est là, la vraie cible.

J’écrivais récemment qu’il faut descendre dans les livres avant de descendre dans la rue. Je crois que c’est ce que devrait faire le RRQ. Il lui faudrait mettre à jour son discours afin de cesser de lutter contre des réseaux fantômes omniscients dans l’esprit de ses dirigeants, et plutôt chercher à construire la véritable résistance de demain, qui se fera contre le système économique actuel et qui se construira sur ses ruines, avec l’aide des autres peuples, mais dans le respect des particularités de chacun.

En attendant, on doit se battre pour ne pas perdre notre langue et notre culture (où était le RRQ le 16 octobre dernier quand des citoyens ont pris la rue contre le sur-financement des institutions de langue anglaise?), et préparer une lutte non pas contre le PLQ – une simple succursale du cartel bancaire – mais contre le système en entier. On doit se battre non pas pour attirer des kodaks, mais pour développer un argumentaire permettant de construire les luttes de demain. À cet effet, on peut s’inspirer de ce qui se fait en France, notamment avec le mouvement Égalité et Réconciliation. Dans tous les cas, si on ne veut pas lutter pour une indépendance réelle, qu’on le fasse au moins pour la langue et il y a des centaines de cibles plus pertinentes qu’une entreprise québécoise comme SNC-Lavalin (à commencer par McGill et tout le réseau d’institutions de langue anglaise sur-financées).

Malgré cela, il faut féliciter les militants qui ont pris la peine de se battre pour ce en quoi ils croient. À mes yeux, c’était inutile, mais toute personne qui se tient debout est le plus beau des monuments, pour paraphraser Georges Dor. Reste à souhaiter que le dévouement et la force extraordinaire de ces militants soit mieux utilisée par le RRQ qui, incidemment, semble beaucoup plus utile lorsqu’il se limite à son nouveau rôle d’agence de sécurité lors de manifestations.

Nous sommes des esclaves
29 octobre 2011

« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis. »

-Thomas Jefferson

* * *

« L’or est une monnaie. C’est tout. »

-J.P. Morgan

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Une des activités préférées des indépendantistes comme moi est de se demander pourquoi l’indépendance ne s’est pas faite. Pourquoi, en fait, le Québec est toujours dans le giron canadien alors que je ne me rappelle même pas avoir rencontré un seul Québécois ouvertement et fièrement fédéraliste depuis dix ans. Pourquoi le Québec n’est pas un pays alors qu’existe une telle indifférence à l’égard du Canada. Dans un récent billet, je parlais de l’individualisme en tant que pire ennemi d’une conception collectiviste comme l’indépendance, mais il me semble qu’il faille aller plus loin. Et si la raison de ce manque d’intérêt provenait simplement de l’incapacité pour la population de concevoir ce que représente réellement la véritable in-dépendance?

Depuis des décennies, on nous vend un projet clef-en-main quant à la création magique d’un État soi-disant indépendant. Je dis « soi-disant » parce que la plupart des élites indépendantistes considèrent qu’un État québécois s’enchaînerait de la même manière que l’État canadien en adoptant ses alliances – dont le libre-échange nord-américain – et sa monnaie. Il s’agit d’une erreur fatale.

Qu’est-ce que l’indépendance?

L’indépendance commence par la capacité de diriger soi-même sa destinée et s’il y a UNE SEULE chose qui domine toutes les autres dans ce domaine, c’est la monnaie. Laisser la gestion de la monnaie à d’autres – une banque centrale semi-privée, un État étranger, un conglomérat de banques, etc. – constitue l’équivalent pour un jeune adulte d’aller vivre en appartement tout en laissant la clef à ses parents. Il n’y a pas un seul bien qui soit plus important que la monnaie.

La monnaie permet la vie économique. Elle permet de s’acheter des biens. Elle évalue ces biens. Elle participe à l’éducation, à la culture, à la langue d’une nation selon qu’elle favorise une dépendance face à ses voisins ou une indépendance face à ceux-ci. La monnaie, c’est l’arme ULTIME de toute nation. Qui contrôle la monnaie contrôle la nation.

Or, les nations ne contrôlent plus leur monnaie aujourd’hui. Le Canada, la France, les États-Unis ou l’Allemagne ne sont pas davantage indépendants que le Québec. Ce sont des groupes de banquiers qui, aujourd’hui, décident des politiques des États. Ce sont eux qui prêtent l’argent aux pays, ce sont eux qui prêtent l’argent aux gens. Ce sont eux qui créent cet argent à partir de rien du tout et qui détruisent ainsi les économies de la population par l’inflation.

Regardez l’image ci-dessous.

Tout en haut existe un cartel bancaire, formé de méga-banques, principalement étatsuniennes, mais également européennes. Elles contrôlent toute l’économie de deux façons. De la première (partie gauche), elles prêtent aux États – qui deviennent de facto leurs subalternes – ce qui entraîne une augmentation de la dette publique, contrebalancée en partie par des dépenses publiques entraînant des revenues de taxes et d’impôts. De l’autre (partie droite), elles prêtes aux particuliers et aux corporations, qui ensuite dépensent et obtiennent un retour sur leurs investissements.

Or, à chaque étape, on crée davantage d’argent, puisque l’argent constitue aujourd’hui une dette (chaque dollar dans vos mains est en fait une promesse de règlement de dette; le dollar n’a pas la moindre valeur par lui-même). Quand on prête aux gouvernements, les intérêts réclamés augmentent la masse monétaire. Et quand on prête aux particuliers et aux entreprises, on crée encore davantage d’argent puisqu’on peut créer jusqu’à dix fois la valeur reçue. Par exemple, si vous déposez 100$ à votre banque, celle-ci peut en prêter 1000$; on vient de créer 900$ à partir de rien.

Cela a deux conséquences: d’un côté les banques encaissent de juteux profits en recevant les intérêts de leurs prêts; de l’autre l’augmentation de la masse monétaire entraîne une augmentation de l’inflation et la dévaluation de la valeur de l’argent dans nos poches.

Concrètement: on se fait avoir des deux côtés.

Si vous regardez au centre du graphique, on voit différentes « solutions » proposées pour mettre fin aux dettes privées ou publiques. Notez que celles-ci ne constituent pas de véritables solutions. En privatisant ou en nationalisant, on transfère simplement les dettes soit vers la collectivité, soit vers l’individu; cela ne change strictement rien pour les banques en haut. D’un point de vue moral, on pourrait souligner qu’il est mieux de faire peser le poids de ces dettes sur la collectivité, mais à terme, même dans un système ayant largement nationalisé ses entreprises et réduit la pauvreté, le poids de la dette finirait par tout étouffer puisque l’argent est une dette.

En clair: puisque l’argent constitue une dette, et puisque les dettes augmentent proportionnellement selon la quantité d’argent en circulation, il est tout à fait IMPOSSIBLE de rembourser ces dettes. Pensez-y. Les États sont endettés comme jamais et les individus ont un taux d’épargne négatif. Tout n’est que dette, dette, dette. Cette dette existe parce qu’elle est argent et on ne peut pas plus la rembourser que d’éliminer tout l’argent en circulation.

Ce système fonctionne un peu comme un siphon: il aspire vers le haut toutes les forces productives de la société jusqu’à rendre chacun de nous aussi esclaves qu’ils peuvent l’être, pris entre d’un côté les taxes élevés nécessaires pour rembourser la dette publique et de l’autre les salaires de misère ou les prix élevés pour rembourser la dette privée.

Nous sommes des esclaves.

L’or: la seule libération

Il y a une seule façon de sortir de cette gigantesque partie de casino truquée: l’or. L’or, depuis des millénaires, n’a qu’une seule fonction: celle d’être une monnaie. On ne peut pas imaginer une monnaie plus stable et plus indépendante: on ne peut pas l’imprimer, on ne peut pas la détruire volontairement (on pourrait, en théorie, mais ce serait stupide puisque sa valeur est intrinsèque), on ne peut pas altérer sa valeur. L’or est d’une telle importance que le lieu où il est gardé constitue présentement un secret encore plus important que celui concernant le lieu d’armes nucléaire.

Si vous avez de l’or, vous avez la liberté. On ne peut plus dévaluer votre monnaie. On ne peut plus vous aspirer dans une course sans fin pour battre l’inflation. Vous stockez le produit de votre travail dans l’or et on ne peut pas vous le prendre ni par les taxes, ni par l’inflation. L’or existe, simplement. Sa valeur est intemporelle, éternelle. Elle ne monte pas; elle ne descend pas. Seule la monnaie à laquelle on le compare monte ou descend.

Si vous calculez vos revenus et vos dépenses en or, vous pouvez les comparer dans le temps. Par exemple, le salaire per capita des États-Unis, en 1970, était de 3 587$ par année, ce qui équivalait à 102 onces d’or (35$/oz.). En 2010, ce salaire était rendu à 39 945$, soit 29 onces d’or (1400$/oz). Il s’agit d’une baisse du pouvoir d’achat en or de 72%.

Évidemment, cela ne signifie pas, selon le paradigme actuel, que tous les Américains se sont appauvris de 72%. Puisque notre monnaie est créée à partir de rien, qu’elle ne repose sur rien, et ce depuis le début des années 70, on a créé une gigantesque bulle de crédit facile s’appuyant à la fois sur les épargnes du passé (taux d’épargne à la baisse depuis quatre décennies) et sur les richesses du futur (voilà exactement ce que constitue le crédit). On a ensuite donné l’illusion de la richesse à des gens qui, s’ils étaient réellement observateurs, remarqueraient sans peine que là où un seul salaire réussissait à faire vivre une famille un demi-siècle plus tôt, deux sont maintenant insuffisants.

Et quand le système actuel s’effondrera, quand le gigantesque siphon aura sucé jusqu’au dernier baril de pétrole à bas prix, quand il aura rendu esclave des dettes le dernier des citoyens, quand cette gigantesque bulle se dégonflera parce que l’épargne du passé et les anticipations du futur ne suffiront plus pour alimenter la machine, que restera-t-il?

Il restera ceux qui auront une monnaie alternative, libre de toutes contraintes.

Voilà pourquoi le Québec, plutôt que de vouloir devenir l’équivalent des autres « pays » soumis de cette planète, ferait mieux de commencer à accumuler ses richesses et à tenter de construire un modèle alternatif. Il devrait s’allier à tous les mouvements, à tous les partis politiques, à toutes les organisations réellement indépendantistes, de tous les pays, dans le but non pas de créer un nouvel ordre mondial différent, mais plutôt un ordre local sain, véritable, basé non pas sur des dettes, mais sur des richesses concrètes et inviolables.

Individuellement, les citoyens devraient également commencer à se protéger et à retirer progressivement leurs jetons de ce grand casino pour acheter des valeurs sûres, comme l’or. Évidemment, la première étape, s’ils sont comme votre humble serviteur, consiste d’abord à se sortir de dettes…

Aucune monnaie fiat, basée sur de l’air, n’a jamais réussi à créer un ordre stable. Celle-ci s’effondrera également, comme les autres.

À ce moment-là, on descendra dans les rues, on deviendra des Indignés et on réclamera le retour d’une forme ou d’une autre de monnaie basée sur l’or. À ce moment-là, le fruit sera mûr et notre discours sera assez porteur pour atteindre le 99% encore confortablement assis au casino aujourd’hui.

Ces changements risquent de se produire de toute façon, si on se fie à certains documents rendus publics par Wikileaks et qui indiquent que la Chine entrevoit un retour partiel à l’étalon-or d’ici quelques années par les États-Unis dans le but de sauver son système et de limiter la croissance exponentielle de la Chine et de l’Inde, notamment…

Tout est lié.

Une dernière chance de survie pour le PQ
23 juin 2011

La crise au Parti Québécois est beaucoup plus profonde qu’elle n’y parait. Malgré toute l’antipathie qu’on peut éprouver pour les méthodes autoritaires de Pauline Marois et de son entourage, le simple fait de changer de chef n’offrirait pas de solution durable au problème fondamental du parti: c’est l’idée-même d’indépendance qui est en crise et le PQ ne pourra survivre s’il ne se réapproprie pas le côté révolutionnaire du projet.

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Comme le soulignait récemment l’historien Pascal Cyr, l’indépendance prônée par le Parti Québécois s’affiche de plus en plus comme étant une idée d’un autre temps; on n’a pas pris acte des profonds changements des dernières décennies et de la subordination croissante des États aux impératifs économiques d’organisations n’ayant aucun compte à rendre à la population. Pris dans la tourmente de la libéralisation des échanges économiques, et n’étant plus en mesure d’imposer adéquatement des multinationales menaçant de délocaliser leur production, les pays soi-disant indépendants ne le sont déjà plus réellement. On n’a qu’à observer de quelle façon le FMI tente d’imposer son plan d’austérité et de privatisations à une Grèce affaiblie… précisément par des années d’une même recette économique.

L’intellectuel français Alain Soral explique bien l’étendue du problème dans son dernier essai Comprendre l’empire dont le sous-titre « Demain la gouvernance globale ou la révolte des nations? » résume l’ampleur du problème. En clair, selon lui, le moteur de la politique des derniers siècles est la tentative de la Banque de s’émanciper du contrôle politique. Cette quête a notamment expliqué la Révolution française, de même que les nombreuses tentatives ratées cherchant à redonner le pouvoir économique à la collectivité (communisme, fascisme). Rejoignant Pascal Cyr, il explique d’ailleurs les conquêtes de la social-démocratie nationaliste du vingtième siècle comme constituant le lest jeté par la Banque face à la peur de voir les deux idéologies pré-citées se répandre au sein de la population. L’appétit financier des grands de ce monde a donc accepté une réduction de son appétit de peur de perdre toute son assiette; ce fut le printemps des peuples, ou la création de cette troisième voie représentée par le gaullisme français ou, d’une certaine manière, par la social-démocratie québécoise et la quête d’indépendance politique prônée par le Parti Québécois dès ses débuts.

Or, aujourd’hui, après la chute du Bloc communiste, l’indépendance politique ne veut plus rien dire parce que le pouvoir politique est tout à fait à genoux devant les intérêts économiques. La population – cette sagesse populaire – sent bien ce glissement puisqu’elle semble avoir perdu non seulement son respect pour les politiciens, mais également parce qu’elle ne se donne même plus la peine d’aller voter. On a compris que le pouvoir, s’il était largement à Québec en 1976, ne s’y trouve que très réduit en 2011. Du côté d’Ottawa, c’est à peine mieux: les accords économiques signés par le Canada rendent ce pays tout aussi aliéné que le Québec a pu l’être au cours des siècles.

Pourtant, on ne peut simplement affirmer que l’idée d’indépendance est dépassée, comme le fait Pascal Cyr, sans expliquer clairement par quoi. Dire que le Québec ne peut plus être indépendant parce que le politique s’est éclipsé devant l’économique est une chose. Faire face aux conséquences réelles de cette éclipse en est une autre. Ces conséquences sont pourtant tout à fait terribles: atomisation croissante de la société, recul du français, corruption, appauvrissement généralisé de la classe moyenne et des moins-nantis. Ces tares ne sont uniquement québécoises: c’est à l’échelle mondiale qu’on voit les inégalités sociales augmenter, les langues nationales perdre de leur influence et les intérêts privés prendre le pas sur les intérêts collectifs.

Un parti contre l’Empire

Le mot fait peur, mais osons l’écrire: nous faisons désormais partie de l’Empire. Un empire qui n’est plus britannique comme au 19e siècle, qui n’est plus étasunien comme au vingtième, qui n’est même pas canadien. Nous sommes à la botte d’un système économique ayant fait de nos politiciens des collaborateurs d’un ordre économique injuste privilégiant une minorité – au détriment du bien-être de la majorité – et transformant nos représentants en bouffons d’un jeu où toutes les décisions sont prises en-dehors de notre Assemblée nationale.

Le Parti Québécois, depuis 1976, a oscillé tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Parfois, on a pris le parti du peuple, parfois celui des banquiers. Depuis Lucien Bouchard, on a définitivement choisi la seconde option, et la création de Québec Solidaire a été le premier pieu que le parti s’est lui-même planté en son cœur.

L’indépendance, n’en déplaise à certains, constitue un projet révolutionnaire. C’était vrai en 1837, c’était vrai en 1976, et c’est encore vrai aujourd’hui. Les Patriotes se battaient contre le pouvoir colonial britannique, les indépendantistes des années soixante-dix luttaient contre l’oppression canadienne; aujourd’hui, le combat a évolué et c’est contre le mondialisme, le libre-échange et l’affaiblissement du pouvoir des nations qu’il faut reprendre la lutte.

Tout projet ne prenant pas acte de la perte de pouvoir des États et se contentant de réclamer un « pays sur la mappe » sans expliquer de quelle façon celui-ci permettrait de lutter contre l’hégémonie de la finance internationale est condamné à échouer.

À l’inverse, un parti comme celui que propose de créer François Legault ne ferait que lier encore davantage le Québec à ces mêmes intérêts.

La seule solution durable, à long terme, est celle consistant à réclamer non pas une indépendance de papier, mais une indépendance effective. Il faut développer un discours plus combatif, et cesser d’avoir peur de pointer les chaînes qui nous oppriment, à commencer par notre adhésion à l’OMC, au FMI et à l’ALÉNA. Tout parti réellement indépendantiste devrait cesser de jouer les prostitués d’un ordre économique rendant l’indépendance des peuples de plus en plus improbable et se réclamer d’une réelle solidarité nationale, prélude à une solidarité internationale de peuples vivant chacun chez eux, selon leurs us et coutumes, mais se respectant les uns les autres.

L’autre option porte un nom: démission. La démission non pas des politiciens qui ont quitté le Parti Québécois, mais celle d’un peuple qui, usé par des décennies de verbiage sur une indépendance imaginée, risque de choisir des chaînes qui ont au moins le mérite de s’assumer.

Révolution, contre-révolution.

Nous en sommes là.

Ou le Parti Québécois s’assume pleinement et devient le fer de lance d’un nouveau mouvement anti-mondialisme de reconquête de l’économique par le politique, ou bien il disparaît.

C’est sa dernière chance.

Pourquoi je vais voter pour le Bloc Québécois
25 avril 2011

J’ai fait mon choix: je vais voter pour le Bloc Québécois. Moins de trois ans après la dernière élection fédérale, je mesure d’autant mieux le cheminement de ma pensée politique que j’avais écrit, à cette occasion, un texte où j’expliquais les raisons m’ayant poussé à préférer le Nouveau Parti Démocratique. J’avais tout faux, et s’il m’a fallu réfléchir longuement sur les conséquences d’un choix sur un autre, il n’y a plus de doute dans mon esprit: cette élection oppose d’un côté des partis canadiens, et de l’autre un parti québécois. Quand ceci est dit, tout est dit.

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En 2008, je basais ma décision de voter pour le NPD essentiellement sur deux raisons: le chef de ce parti, Jack Layton, avait mené une très bonne campagne électorale et le NPD était le seul parti à valoriser activement la répartition de la richesse et des programmes sociaux permettant de nous enrichir collectivement. Paradoxalement, je pourrais tirer exactement les mêmes conclusions aujourd’hui: non seulement Layton est-il encore supérieur à ce qu’il était il y a trois ans – et Gilles Duceppe beaucoup plus faible – mais le NPD est encore une fois le seul des principaux partis politiques fédéraux à parler de mesures sociales progressistes.

Pourtant, j’ai choisi d’appuyer le Bloc Québécois. Je reconnais aujourd’hui les erreurs de ma pensée d’il y a trois ans. D’abord, on ne doit pas voter pour un parti ou un autre en fonction de la performance médiatique d’un chef; nous sommes en démocratie et c’est le parlement qui doit être souverain. Si un homme ou un autre peut nous paraître sympathique ou antipathique, il faut autant que possible exclure ces émotions du raisonnement: on doit voter pour les idées, pas parce que la bouille d’un type nous revient davantage que celle d’un autre. De la même manière, si le NPD a de loin le meilleur programme économique et social des principaux partis, il faut rappeler qu’il ne fait rien pour s’attaquer au principal problème de cette fédération, l’éléphant dans la pièce que les Canadiens-anglais ont choisi d’ignorer: le fait que le Québec n’a pas signé la constitution et que sa situation n’est toujours pas réglée au sein du Canada.

Si cette vérité d’un parti centralisateur et typiquement canadian a été soulignée par plusieurs auteurs, ce sont des expériences personnelles qui m’ont convaincu de la dangerosité d’un vote pour ce parti. Au nombre de ces expériences, on peut penser au fait que le NPD communique systématiquement avec ses membres du Québec en anglais et en français, au mépris de la seule langue officielle du Québec. On peut également souligner le fait que si la quasi-totalité des pages provinciales du NPD sur Facebook sont en anglais, celle du Québec est entièrement bilingue; on lance ainsi le message que s’il est justifiable pour le parti de fonctionner entièrement en anglais dans des provinces anglophones, il ne peut l’être de respecter de la même manière la langue nationale des Québécois. Ajoutez à cela un discours tenu par nombre de ses membres selon quoi la question linguistique ne serait pas importante, qu’il faudrait « passer à autre chose », et vous avez comme résultat un parti qui ne peut pas représenter adéquatement les intérêts du Québec.

Dans cette situation, deux valeurs s’affrontent: d’un côté la volonté des Québécois d’assurer des politiques sociales plus progressistes, et de l’autre leur volonté d’assurer la survie de leur langue dans un contexte où elle est en régression et, osons le dire, en danger de mort. Ces valeurs – qui sont exactement les miennes – ne devraient pas pouvoir être subordonnées l’une à l’autre; dans les faits, on doit se forcer à le faire et j’ai décidé de le faire. La vérité est la suivante: si le français survit, mais que la société opère un terrible virage à droite, nous appauvrissant collectivement et nous faisant régresser socialement, rien n’est perdu, car il serait toujours possible de faire marche arrière plus tard. Par contre, si le français ne survit pas, si nous passons le rubicon de notre déclin et que nous n’arrivons plus à assurer la pérennité de notre langue, quand bien même nous vivrions dans un paradis social-démocrate, nous serions morts. Game Over, pour le dire dans une langue qui serait désormais la nôtre. D’un côté, un recul temporaire, de l’autre, un recul permanent. Oui, ces valeurs peuvent et DOIVENT être subordonnées: on ne peut pas, sous aucun prétexte, mettre en danger ce que nous sommes pour quelque raison que ce soit.

À partir du moment où on comprend l’extrême précarité de notre situation et où on accepte l’idée qu’il est impossible qu’un parti désirant se faire élire d’un bout à l’autre du Canada puisse respecter notre spécificité sans heurter les sensibilités de ceux qui désirent « passer à autre chose » en nous passant sur le corps, on n’a d’autre choix que de mettre de côté l’échelle gauche-droite pour nous concentrer sur le vieux paradigme Québec-Canada qui, loin d’être usé, sera pertinent tant et aussi longtemps que d’une chose le Québec sera séparé, d’autre chose le peuple québécois sera décimé et le français y sera aussi mort que dans les autres provinces.

Oui, on peut trouver que la situation stagne, que rien ne bouge. Oui, on peut questionner la présence du Bloc à Ottawa, d’autant plus que Gilles Duceppe est possiblement l’un des politiciens les plus frileux sur les questions linguistique et identitaire. Par contre, on doit avoir l’honnêteté de reconnaître que ce blocage n’est pas celui du Bloc, mais celui d’une fédération dont la vaste majorité des habitants a décidé de « passer à autre chose » pendant que la minorité québécoise continue d’affirmer que son existence et ses intérêts ne peuvent être ignorés.

Il est légitime d’avoir un désir de changement, de vouloir faire confiance au visage sympathique de Jack Layton et de lui « donner une chance ». Ceci dit, ce changement ne peut pas aller à l’encontre de l’existence du peuple québécois et toute réduction de l’influence du Bloc Québécois à Ottawa aurait comme conséquence l’embellie des forces de ceux qui désirent implanter au Québec l’idée que notre existence et notre survie sont des choses du passé.

Le 2 mai, je vais voter Bloc Québécois. Pas parce que son chef mène une bonne campagne ou parce que je n’aime pas le NPD. Simplement, parce que je suis Québécois et que mes intérêts en tant que Québécois ne pourront jamais être mieux respectés que par un parti qui considère le Québec non pas comme une province parmi d’autres, mais comme un pays en devenir.

Marois doit partir
1 novembre 2010

Quand le malade vivote sur le respirateur artificiel et que tout espoir de guérison a été écarté, il faut parfois agir d’une manière humaine et le débrancher. C’est ce à quoi aspirent réellement le groupe des cinquante ayant signé une lettre pour mettre au rancart (l’étapisme de) Pauline Marois. Ces jeunes péquistes ne devraient pas être ostracisés ou traités de « no-name » (sans-noms) comme l’a fait avec si peu de classe et de fierté francophone l’ancien président de l’aile-jeunesse du parti, Alexandre Thériault-Marois. Il faudrait plutôt les féliciter, voire les récompenser pour leur tentative de sauver ce qui reste du parti de René Lévesque.

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En effet, Pauline Marois est devenu un boulet pour le Parti Québécois. Alors que le gouvernement Charest atteint un niveau d’insatisfaction stratosphérique dans les sondages, Marois n’arrive qu’à égalité avec le premier ministre au niveau des intentions de vote. Pire: un hypothétique parti n’existant même pas encore sur papier et dirigé par deux anciens péquistes prendrait le pouvoir si des élections étaient déclenchées demain matin!

On peut chercher des solutions de midi à quatorze heures, on peut vouloir mieux « vendre » Marois, on peut travailler sur ses manières, on peut dépenser des dizaines de milliers de dollars pour améliorer son image médiatique: rien n’y fait. Le courant ne passe pas. La population ne fait pas confiance à Pauline Marois. Elle est compétente, probablement très intègre, sûrement une excellente politicienne, mais les gens ne veulent pas d’elle, peu importe les raisons. Nous aimerions tous nous identifier au légitime rêve de Marois de devenir première ministre et de diriger un gouvernement du Parti Québécois, mais la particularité du rêve consiste à s’estomper quand sonne le réveil du matin.

Or, ce réveil a sonné depuis bien assez longtemps. Quand ce sont des députés libéraux qui rigolent du leadership de Marois, c’est qu’il est temps d’agir. La récente sortie de Jacques Parizeau doit sonner le réveil des troupes. Ce n’est plus le temps d’appuyer sur « snooze » et d’oublier la réalité. Si le Parti Québécois aspire à prendre le pouvoir et à réaliser l’indépendance, il lui faudra trouver des solutions à la fois au problème Marois et améliorer son plan de match en faveur de l’indépendance.

Gilles Duceppe doit prendre la tête du Parti Québécois

Gilles Duceppe n’est ni René Lévesque ni même Jacques Parizeau. Sur plusieurs points, on pourrait même affirmer qu’il fait partie de ces politiciens qu’on trouve un peu trop « langue de bois ». Ceci dit, ses convictions sont claires, nettes et précises. Il ne manque pas une occasion de parler de souveraineté. Il ne le fait pas du bout des lèvres comme Marois, presque comme une éruction involontaire; il le dit haut et fort et il semble davantage prêt à agir en faveur de celle-ci.

De plus, la population l’aime. Oui, il est imparfait. On se rappelle tous l’avoir vu avec un bonnet sur la tête ou s’être mêlé dans ses mots alors qu’il faisait une entrevue télévisée. Peu importe: il est imparfait et il nous ressemble. N’importe quel citoyen du fond d’une ruelle de Montréal ou d’un rang de la région peut s’identifier à Gilles Duceppe.

Or, au-delà du discours, des idées, de la rhétorique, à la fin, dans l’isoloir, la question se résume souvent à celle-ci: « est-ce que je fais confiance à cette personne? » Et Duceppe, dominant outrageusement les élections fédérales au Québec depuis plus d’une décennie, inspire confiance.

Le Parti Québécois doit refuser tout projet de gouvernance et bâtir l’indépendance dès maintenant

Outre la question du chef, celle du discours reste importante. La « gouvernance souverainiste » de Pauline Marois est vouée à l’échec. Le concept-même de gouverner une province – et peu importe les fantasmes de bizarreries du genre « indépendance sectorielle » – implique de faire des choix selon l’axe gauche-droite et non plus selon celui indépendantisme-fédéralisme. Une gouvernance provinciale du PQ ne peut qu’entraîner des déchirures à ce niveau; l’aile-gauche (ou ce qui en reste) et l’aile-droite ne pourraient jamais être satisfaits. Le parti serait constamment écartelé entre sa gauche et sa droite. On l’a vu sous les règnes de Bouchard et Landry. Ne dit-on pas que la folie consiste à agir d’une même manière en espérant des résultats différents?

L’indépendance constitue un geste de rupture. Par essence, il s’agit d’une position radicale. On ne peut pas constamment agir sur la pointe des pieds en ayant peur des sondages. Les plus grandes réalisations du Québec moderne ont constitué autant de gestes de rupture. Croyez-vous qu’on aurait nationalisé l’hydro-électricité en parlant de « nationalisation sectorielle » ou qu’on aurait appliqué la Loi 101 en revendiquant des gains linguistiques circonscrits? Il arrive un moment pour un peuple où celui-ci doit rompre avec un passé le sclérosant et lui faire mordre la poussière.

Le Québec stagne ou recule depuis des années précisément parce qu’on n’a pas définitivement réglé la question nationale et qu’on a préféré avancer sur la pointe des pieds en se contentant des miettes lâchées par le gouvernement de l’autre nation. L’indépendance ne tombe pas du ciel comme un fruit mûr, malgré ce qu’affirment certains rêveurs. Ce n’est pas parce que l’identité québécoise s’avère de plus en plus forte – qui se définit encore principalement comme Canadien aujourd’hui? – que l’indépendance approche; au contraire, c’est peut-être parce que nous avons de moins en moins l’impression de voir les chaînes qui nous limitent que nous avons peur des gestes de rupture.

Autrement dit: l’idée d’indépendance s’est bâtie sur une opposition entre un Québec français et un Canada anglicisant. Or, nous assistons à la naissance du concept de Québécois francophone – et à la légitimation de l’oxymore « Québécois anglophone » – laissant entrevoir non pas un rapprochement vers la réalisation de l’indépendance, mais plutôt vers la bilinguisation puis l’anglicisation du Québec. Loin de constituer une amélioration vis-à-vis du statu quo, la stratégie des petits pas et de la création d’une identité québécoise à l’intérieur du Canada nous rapproche plutôt du précipice.

Voilà précisément pourquoi il est d’une importance capitale de rejeter la stratégie de l’étapisme prônée depuis des décennies par les bonzes péquistes. Elle a échoué. Et elle échouera encore. Les peuples qui sont devenus libres ont d’abord planifié leur libération, l’ont exécuté, puis sont passé à d’autres enjeux.

Si l’article premier du Parti Québécois affirme que le but du parti est de réaliser l’indépendance du Québec, il doit s’y atteler dès maintenant en se débarrassant à la fois du boulet Marois et de son plan d’étapisme ne constituant qu’un énième recul pour la cause. S’il faut une élection référendaire, qu’à cela ne tienne. Le but, le seul, doit être d’utiliser tous les moyens possibles pour libérer définitivement le peuple québécois de l’État canadien.

Sinon, qu’il change son article premier et qu’il devienne un simple parti provincial.

Et nous disparaîtrons en silence à grands renforts de bilinguisme et de « In English Please » (en anglais SVP) éructé de la bouche pointue d’un individu faisant partie d’une nation qui, elle, se respecte.

Force Québec ou Capitulation Québec?
7 octobre 2010

La création annoncée d’un nouveau parti politique fédéraliste et de droite (comme si cela manquait au Québec), articulé autour de François Legault et Joseph Facal, ne peut que laisser songeur. Deux ans après la mort annoncée de l’ADQ et sept ans après que Jean Charest ait promis sa propre révolution du « bon sens » inspiré des réformes de droite de l’ancien premier ministre ontarien Mike Harris, c’est encore une fois la même rengaine: une nouvelle bande de joyeux politiciens s’improvisent guérilleros du grand capital pour lutter contre « l’immobilisme ». Les visages changent, mais le but demeure: en finir avec une social-démocratie qui empêche les mieux-nantis de s’en mettre plein les poches.

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Typiquement, une fois au pouvoir, ou près de celui-ci, les mentalités finissent par évoluer. On se rend compte, chiffres à l’appui, que le modèle québécois est de loin supérieur à beaucoup d’autres modèles dans le monde. Nous sommes plus en santé, notre dette est dans la moyenne des pays de l’OCDE, nos bas frais de scolarité encouragent l’accessibilité, nous enrichissent, et ceux qui ont appliqué les recettes des « Lucides » sont aujourd’hui ruinés. On constate également que la population est capable de se mobiliser, que les syndicats, représentant démocratiquement leurs membres, sont en mesure de s’opposer à la mise aux enchères de notre bien commun. Les positions finissent ainsi par s’adoucir et on réalise, finalement, qu’il vaut mieux respecter la population et y aller à petits pas.

Or, cette fois-ci, on nous promet que ce sera différent. Contre l’immobilisme! Contre le statu quo! Pour une fois, on va réellement bouger! Alors que les trois quarts des Québécois veulent la démission d’un premier ministre ayant trop jouer à touche-pipi avec le privé, on nous en promet davantage! Alors que les mouvements de citoyens ont permis de faire reculer le gouvernement libéral lorsqu’il exagérait dans ses réformes (Mont-Orford, Suroît, etc.), on nous promet presque, pour mieux vendre sa salade, que la population ne sera plus écoutée. Pour en finir avec l’immobilisme, on va tout brûler.

On a parlé d’appeler ce parti « Force Québec ». Pourquoi pas. En Italie, ils ont le Forza Italia, parti d’un Berlusconi qui transforme en échec pour la population tout ce qu’il touche. Au moins, on saura à quoi s’attendre!

Le cas Facal

Joseph Facal représente à lui seul tout ce qui ne marche pas en politique au Québec actuellement. Belle-mère péquiste parti pelleter des nuages, il a passé les dernières années à parler d’indépendance, d’identité et de culture québécoise dans les pages du Journal de Montréal de Pier-Karl Péladeau. L’indépendance, oui, mais pas pour tout le monde. Et certainement pas pour le lockouté qui vit dans la misère depuis un an et demi parce que M. Facal a décidé d’encourager Quebecor. Une indépendance proprette, déconnectée de sa base, loin des préoccupations du citoyen lambda. Une indépendance tout à fait hostile à la réalité d’un combat de libération nationale ayant toujours marché main dans la main avec la libération collective des travailleurs, des chômeurs et des moins-nantis.

J’ai connu plusieurs Péquistes qui ne juraient que par lui. Et moi, je leur disais: « ce type n’est pas de notre côté ». Qu’importe, qu’on me répondait, car il est indépendantiste! Et bien non, il ne l’est plus. Il a décidé de la rejeter aux calendes grecques, ce qui ne saurait surprendre quand on part du principe que tout projet de libération collective basé sur des prémisses économiques hyper-individualistes ne fait pas de sens. Facal était indépendantiste parce qu’il voulait un pays « sur la mappe », pas par un quelconque désir d’inventer une société différente permettant d’assurer à la fois la survie du français ET une réduction des inégalités sociales. Pour lui, l’indépendance du Québec ne constituait qu’une façon supplémentaire de l’enchaîner aux accords économiques internationaux et d’y appliquer des réformes économiques qui ont déjà prouvé leurs échecs un peu partout.

Il tente maladroitement de se justifier sur son blogue en parlant de la nécessité de gouverner à court terme – et d’oublier l’indépendance – afin d’infléchir une situation qu’il considère comme catastrophique. Encore une fois, notons-le, avec le thème archi-utilisé des « Lucides »: nous serions trop endettés (ce qui est faux, Lisée l’a noté). Facal y va même d’une loufoquerie: « Les gouvernements ne peuvent plus emprunter ni hausser les impôts pour se financer. » Étrange, ne trouvez-vous pas, qu’après avoir baissé les impôts des mieux-nantis pendant une décennie, jusqu’à un point où ils sont parmi les plus bas des pays industrialisés, il se refuse jusqu’à considérer une saine hausse de ceux-ci?

C’est le principe qu’avait si bien expliqué Josée Legault: on affame la bête étatique en préparant le démantèlement de l’État-providence. À chaque période de croissance, on réduit les impôts, et à chaque recul de l’économie, on coupe les services et augmente les tarifs régressifs. On coupe les impôts, et cinq minutes après l’avoir fait, il est trop tard, on ne peut plus les hausser. On appelle cela un aveuglement idéologique.  On appelle cela une capitulation.

Si Facal se contentait de parler de culture, de langue et d’identité; s’il gardait ses thèses de l’extrême-droite économique pour APRÈS l’indépendance, on pourrait presque le trouver sympathique. Mais quand il torpille le projet indépendantiste et cherche à dépecer notre État pour satisfaire sa soif de pouvoir et son penchant idéologique de droite, il devient une nuisance.

La seule chose qu’il prouve, outre son profond manque de jugement, c’est la nécessité pour le Parti Québécois d’adopter un échéancier rapide et clair pour l’indépendance, sous peine de finir écartelé entre son aile-gauche et son aile-droite. En ce sens, Facal nous est très utile: il expose clairement le manque de leadership de Pauline Marois et l’incapacité du PQ à faire la seule chose pour laquelle il devrait exister: l’indépendance du Québec.

La seule Force dont le Québec a besoin, en ce moment, c’est celle devant mener à la libération nationale et commune de ses citoyens, à la fois du carcan canadien et des idéologues désirant privatiser notre bien commun et nous appauvrir collectivement.

Et à court terme, cela signifie tourner le dos aux traîtres comme Joseph Facal et sa Force Québec qui, aveuglés par leur idéologie passéiste, risquent de nous éloigner de notre mieux-être.

Plus que jamais, la vraie force ne consiste pas à se plier aux diktats économiques des grandes entreprises et des lobbys de droite, mais à se tenir debout pour le plus grand nombre de citoyens.

Ce n’est peut-être pas Force Québec, finalement, qui devrait constituer le nom de ce mouvement, mais bien Capitulation Québec.  Quand nous sommes agressés au quotidien par une idéologie ayant fait tant de ravage partout sur la planète, l’immobilisme constitue peut-être un moindre mal…

Trop pressés
18 mars 2010

« On ne doit jamais penser à la distance, quelle qu’elle soit, qui nous sépare de la vertu. »
– Confucius

La décision du SPQ-Libre de continuer à militer au sein du Parti Québécois constitue une autre déception pour ceux qui, comme moi, espéraient voir ce qui reste de l’aile social-démocrate du Parti Québécois s’organiser au sein d’un autre parti. Il s’agit, encore une fois, de l’erreur classique de gens qui, trop pressés d’obtenir des résultats, négligent de réfléchir à leurs possibilités réelles et qui, sous prétexte de se rapprocher d’un idéal aussi usé que le parti qu’ils défendent malgré leur rejet, pilent sur leurs principes et gaspillent leurs énergies dans une cause perdue.

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Ces pressés affirment à qui veut encore les entendre qu’il vaut mieux militer au sein d’un parti qui a « une chance » de prendre le pouvoir, plutôt que de rejoindre un parti plus marginal ou de créer son propre parti. Or, qu’est-ce que l’histoire du PQ elle-même nous apprend? Exactement le contraire! Quand René Lévesque a quitté le Parti Libéral de Jean Lesage, en 1967, il a sacrifié toute emprise sur le pouvoir pour se lancer dans le vide. Il a décidé que ses principes n’étaient pas à vendre et qu’il valait mieux manger son pain noir durant quelques années que de vivre avec la honte de voir chacun de ses idées battues à chaque fois. Neuf ans plus tard, il était premier ministre. Voilà la force d’une conviction.

En fait, en continuant à oeuvrer au sein d’un parti qui a rejeté à la fois les idéaux sociaux-démocrates avec son nouveau programme économique calqué sur les Libéraux et ses idéaux indépendantistes lorsqu’il a rejeté l’idée d’un référendum rapide, le SPQ-Libre lance le message que ces idéaux n’étaient, sommes toutes, pas si importants. Si vraiment ceux-ci représentaient la population, étaient la solution, on se sort tout simplement de l’Histoire en refusant de leur donner le respect qu’ils méritent. Si René Lévesque avait agi ainsi, il aurait probablement affirmé, en 1967, que le Parti Libéral constituait le « meilleur véhicule », car il était le plus à même de gagner les élections. C’est de courage qu’il faut. Et le SPQ-Libre – tout comme les autres sociaux-démocrates qui demeurent au parti en se pinçant le nez – se sont mis à genoux devant le PQ. On a fait passer le véhicule avant les valeurs qu’il défend.

Or, ces valeurs doivent être la raison d’être de n’importe quel parti politique. On ne peut pas parasiter une organisation sous le prétexte qu’elle risque de nous amener quelque part. On ne peut pas, après un Lucien Bouchard et ses « conditions gagnantes », un Bernard Landry et son « assurance morale de gagner » et une Marois qui ne veut rien savoir d’un référendum sur la souveraineté, continuer à croire que les valeurs défendues par le Parti Québécois sont celles du SPQ-Libre et des sociaux-démocrates. On ne peut pas non plus croire qu’il est possible de s’attacher à un bazou rouillé qui, à défaut d’être capable de proposer une alternative au libéralisme économique actuel, suit le courant et fait de la petite politique à la semaine en espérant atteindre le pouvoir. On ne peut pas faire cela sans devenir soi-même des prostitués du pouvoir, des individus qui renient leurs convictions profondes, leurs idéaux, pour devenir exactement ceux qu’ils dénoncent: des carriéristes prêts à vendre leur mère pour continuer à s’abreuver aux mamelles du pouvoir.

Andrée Ferretti, auteure et militante indépendantiste de la première heure, l’a pourtant bien expliqué: « qui ne fait pas l’indépendance, la combat » (( Ferretti, Andrée (1996). Le Parti québécois : pour ou contre l’indépendance. Lanctôt Éditeur. Montréal. 109 p. )). En réaction à la mise à la porte du SPQ-Libre par le PQ en fin de semaine dernière, elle n’a pas mâché ses mots:

[L’objectif du PQ] n’a jamais été de réaliser l’indépendance nationale, mais celui d’exercer le pouvoir provincial. Avant-hier et hier, dans une véritable intention d’améliorer le sort du peuple québécois. Aujourd’hui, dans le seul but de prendre le pouvoir et, à l’instar du Parti libéral, de l’exercer au profit de la classe dominante.

Cette critique rejoint celle de Jacques Parizeau qui, dans son dernier livre, parlait de tous ces « déclinologues » (les Lucides) que le PQ écoute aujourd’hui avec tant de soins et de la nécessité de ne pas attendre pour agir lorsqu’on atteint le pouvoir et de préparer le référendum bien avant. Véritable fuite en avant, le PQ n’écoute plus ces sages conseils, tout comme le Parti Libéral, en 1967, n’a jamais voulu entendre les plaintes de ceux qui voulaient se doter d’un pays.

Combien d’énergie, combien de talents, combien d’années utiles gaspille-t-on ainsi dans un parti pour qui le pouvoir semble devenu la seule raison d’être? Pensons à tous ces honnêtes militants, ces citoyens qui achètent leur carte de membre, qui s’illusionnent sur les principes sociaux-démocrates et indépendantistes du PQ, qui croient vainement qu’en participant à des colloques et à des tables rondes ils arriveront à faire monter leurs chaudes idées dans l’air gelé du statu quo péquiste? Tous ces gens, ne seraient-ils pas beaucoup plus utiles ailleurs?

Robert Laplante, véritable expert de la question politique, expliquait que le cycle de la Révolution tranquille avait pris fin avec la loi de la clarté, après le dernier référendum, qui mettait, aux yeux du Canada anglais, un point final aux revendications politiques et identitaires québécoises:

Le Parti québécois, s’il a paru s’en affranchir un moment, a fini par retomber lui, aussi, dans les ornières de cette vieille culture politique façonnée par l’Indirect rule. C’est celle qu’imposent les catégories mentales sous-jacentes à la gestion provinciale et qui consiste à gouverner en se convainquant soi-même de la nécessité de prévenir les débordements d’un peuple qui, laissé à lui-même, pourrait se laisser aller à des gestes estimés radicaux. C’est la politique de la moindre audace qui confond la fermeté et le radicalisme, la détermination et l’entêtement.

Ce parti politique, c’était le Parti Québécois de Lucien Bouchard, celui de Bernard Landry, d’André Boisclair, et de Pauline Marois aujourd’hui. On ne parle plus d’échéancier pour l’indépendance (trop radical) ou de redistribution de la richesse (trop radical). On se contente de laisser voguer la bateau en espérant que l’usure du pouvoir battra, à elle seule, le gouvernement Charest. On n’a jamais voulu comprendre que la fin du dialogue canadien, avec la loi sur la clarté, ne devait pas signifier la fin de l’idée d’indépendance, mais plutôt sa radicalisation et sa redéfinition, devant le refus canadien d’assumer son rôle d’interlocuteur.

On peut comprendre le SPQ-Libre et de nombreux militants sociaux-démocrates et indépendantistes d’être pressés. Malheureusement, quand on veut faire les choses trop vites, on les fait souvent mal. Quand on fait passer le véhicule avant les idées, quand on se convainc soi-même de se pincer le nez et de voter pour un parti qui ne représente plus du tout nos idées, on se condamne à oeuvrer à son propre abrutissement, à travailler à sa propre disparition, et à donner crédibilité aux forces qui souhaitent notre propre disparition.

Créer un nouveau parti ou tenter d’en modifier un, comme Québec Solidaire, dont les valeurs au niveau économique peuvent éventuellement se rapprocher de celles du SPQ-Libre, c’est difficile. Ça peut prendre du temps. Mais l’action est essentielle, que ce soit QS ou un autre parti. Rome ne s’est pas bâtie en un jour, et si l’urgence de nos vies fuyantes nous pousse à nous presser, il peut être bon de se rappeler qu’à l’échelle d’un peuple, quelques années, voire quelques décennies supplémentaires, ne sauraient nous couler.

Le mouvement nationaliste a pris près de soixante ans à se développer avant d’atteindre le pouvoir. Il ne faut pas espérer, face à un monde en mutation où les identités nationales sont soumises à une énorme pression anglicisante et multiculturelle, sauver le Québec dès demain matin. Il faudra rebâtir le discours, accepter quelques échecs électoraux, et lutter, au corps à corps, et sans compromis, pour la défense de nos valeurs sociales et identitaires. Il faudra accepter l’idée de concentrer nos forces non pas à infiltrer un vieux rafiot rouillé comme le Parti Québécois, mais à se construire, idée par idée, le navire qui portera la prochaine génération vers ses rêves.

L’Histoire nous regarde, et c’est à nous que revient la nécessaire tâche d’être courageux et de laisser à ses soins un parti qui a été important dans l’histoire de l’affirmation identitaire et sociale du Québec, mais qui ne peut plus rien faire pour nous aujourd’hui.

Ce courage, les pressés du SPQ-Libre et tous les militants péquistes croyant à l’indépendance et à la social-démocratie, en ont manqué.

Cruellement.

Pourquoi il faut quitter le PQ
14 mars 2010

Si de nombreux indépendantistes et sociaux-démocrates croyaient à la possibilité de modifier le Parti Québécois de l’intérieur, ils doivent changer d’avis. La décision de Pauline Marois d’exclure le SPQ-Libre de son parti répond à cette question. Non, ce parti ne changera pas, quand bien même ses militants le souhaiteraient. Au PQ, on ne défend pas des valeurs ou des idées; on dirige le parti au gré des sondages et des objectifs politiques à court terme. Le but est toujours le même: le pouvoir pour le pouvoir, et tant pis pour les militants. C’est d’une rupture dont il est question.

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À l’origine, la recette était pourtant simple: en permettant la création de clubs politiques à l’intérieur du parti, l’ancien chef Bernard Landry espérait satisfaire une aile-gauche échaudée par plusieurs années de gouvernance de droite et empêcher sa fuite vers Québec Solidaire, qui empêchait l’élection de nombreux candidats, à cause de la division du vote. Officiellement, n’importe quelle organisation de militants pouvait prétendre à ce statut, sous certaines conditions, mais toutes les demandes furent systématiquement rejetées. Si bien qu’on s’est retrouvé avec un seul club politique au parti, donnant une sorte de caution morale de la part des progressistes aux orientations du PQ. De nombreux militants du Mouvement pour une élection sur la souveraineté, par exemple, se sont ainsi fait barrer la route; les clubs politiques n’ont pas été créés pour démocratiser le parti, mais simplement pour accommoder temporairement la gauche de peur de la voir quitter pour Québec Solidaire. Simple calcul.

Or, aujourd’hui, avec la dégringolade de l’ADQ dans les sondages, la donne a changé. On ne craint plus Québec Solidaire, non pas parce que le parti ne continue pas sur sa lancée, mais simplement parce qu’il n’y a plus d’alternative majeure à Jean Charest et que le vote adéquiste devrait trouver sa place, naturellement, dans un PQ de droite. On fait le calcul qu’après neuf ou dix ans d’un même gouvernement, les Québécois, en 2012, auront le goût du changement, et que le pouvoir devrait tomber comme un fruit mûr, en autant qu’on n’effraie pas trop les électeurs avec des politiques social-démocrates ou indépendantistes. Résultat: on se colle sur le discours économique dominant, on se tient tranquille, et on censure les empêcheurs de tourner en rond. Au moment où le PQ parle d’identité, il renie la sienne pour faire de la petite politique du sondage, comme le faisait l’ADQ de Mario Dumont, sa seule priorité.

« Les partis de nature révolutionnaire, lorsqu’ils ne réalisent pas rapidement ce dont pourquoi ils ont été créés, deviennent rapidement la possession de réseaux privés […] et utilisent leur mission originelle en faire valoir de leurs buts corrompus » a écrit le politologue K. Deutsch. C’est exactement ce qui se produit actuellement avec le Parti Québécois. On enfonce de force dans la bouche des militants la régurgitation de stratégies politiques à la petite semaine n’ayant comme but que le pouvoir, ce fruit si longtemps désiré et qui viendrait couronner la carrière des nombreux apparatchiks qui se servent du parti non pas pour réaliser des objectifs politiques communs, mais simplement pour y faire carrière. Ces réseaux d’individus décidant des orientations derrière des portes closes et gérant les congrès ou les colloques comme d’habiles metteurs en scène, corrompent ce qui devrait constituer l’essence même de n’importe quel parti politique en santé: sa démocratie, c’est-à-dire la capacité des membres d’en bas de voir leurs valeurs relayées aux plus hauts échelons de la pyramide.

Ainsi, si on ne peut plus permettre à des membres de s’exprimer en s’organisant dans un club politique plus à gauche, si on désire les cacher parce qu’ils s’expriment un peu trop ou sont trop intéressés par les débats d’idées, ce n’est pas seulement d’une formidable capacité d’opposition qu’on se débarrasse. On rejette la démocratie de parti et on inverse la pyramide; les membres ne sont plus que de simples faire-valoir qu’on montre aux caméras et qui adoptent, en applaudissant bêtement, les décisions prises en haut. On tue le parti politique en tant que véhicule capable de représenter les valeurs de la population. Il devient un simple taxi payant, changeant de destination au gré des sondages et laissant tel ou tel groupe sur le coin d’une rue en fonction des objectifs du jour.

À partir du moment où le Parti Québécois devient ce parti sans âme, où les décisions ne proviennent plus véritablement de la base, il ne peut qu’entraîner davantage d’opportunistes, de carriéristes et autres plaies pour n’importe quelle organisation incapable d’en contrôler l’influence. Aucun groupe de militants, aucune sous-organisation, aucun club informel ne peut plus changer les choses: les chefs décident, et les militants suivent. La seule façon de participer aux décisions nécessite donc de monter au sein de la pyramide, et la seule façon de s’y hisser est de voter oui à toutes les suggestions des dirigeants en regardant le plafond et en baillant. On crée ainsi une organisation politique où l’à-plat-ventrisme et le refus des débats devient une condition sine qua non pour atteindre le pouvoir. Le but n’est plus de gouverner pour la population, mais de permettre au système vicié de maintenir son existence atrophiée.

Les changements politiques qui permettent de faire avancer les enjeux importants ne peuvent provenir d’une telle façon de faire. Depuis que les Grecs ont inventé la démocratie, notre système en entier est basé sur l’idée du débat d’idées, de la confrontation de positions opposées devant permettre de faire jaillir la vérité. Si la politique du parti a sensiblement modéré cette approche, forçant chaque clan à s’opposer parfois jusque sur la forme, le débat à l’intérieur des partis ne doit pas, ne peut pas cesser. On ne peut pas museler tout un groupe sous prétexte qu’il offre une mauvaise image au parti ou que ses idées ne sont pas partagées par la direction du parti; ce n’est pas à une minorité de parvenus de court-circuiter cet appareil démocratique.

Dans ce contexte, ce ne sont pas seulement les militants et sympathisants du SPQ-Libre qui doivent prendre acte de la décision de Marois et de ses sbires. C’est à l’ensemble des militants indépendantistes et sociaux-démocrates de réaliser que le Parti Québécois ne peut plus, ne veut plus être modifié de l’intérieur. Les grands chantiers, les grandes discussions, les grands débats, tout ceci est désormais du passé. Il ne reste plus que des ruines fumantes qu’on tente de faire passer pour un spectacle pyrotechnique.

Désormais, c’est de l’extérieur qu’il faut agir, dans d’autres partis, sous d’autres appellations, et il faut avoir le courage de cesser d’écouter les vieux refrains sur les soi-disant convictions indépendantistes et social-démocrates de ce parti, et réaliser qu’à l’interne, le seul mot important est celui-ci: POUVOIR.

Le reste, c’est un spectacle pour la télévision.

Pour ceux que ça intéresse encore.

Bouchard ne pourra éteindre le flambeau de l’indépendance
3 mars 2010

Les récentes critiques de Lucien Bouchard sur le soi-disant radicalisme identitaire du Parti Québécois et à l’effet qu’il ne croit plus l’indépendance réalisable ne devraient pas surprendre. Tout au long de son mandat de premier ministre, Bouchard a été un véritable éteignoir pour le mouvement souverainiste. Si ses déclarations sur l’indépendance ont depuis été éclipsées par d’autres événements, il importe tout de même de ne pas oublier de conférer à ce triste individu la sombre place qu’il mérite dans notre histoire.

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En 1996, devant le gratin anglophone du théâtre Centaur, et faisant fi de tout rapport de force historique, il prophétisait, comme d’autres ont annoncé la fin de l’Histoire, l’échéance de « l’ère des bouleversements [linguistiques] pour entrer dans une période d’intérêt mutuel ». Désormais, anglophones et francophones marcheraient, main dans la main, pour l’avènement magique d’une société multiculturelle à la canadienne permettant de devenir « l’un des carrefours les plus originaux de la planète ». Le ver était dans la pomme; on ne prônerait plus l’indépendance comme un moyen d’assurer la survie du peuple québécois, mais comme une simple marque de commerce permettant de répliquer les travers de la société canadienne, mais au Québec.

Toutes les décisions subséquentes furent assujetties à ce même état d’esprit pusillanime où il convenait de se plier aux diktats de la minorité anglophone avec l’espoir – incertain – d’en convaincre une minorité de voter pour l’indépendance.

Ainsi, huit mois après le discours du Centaur, Bouchard affirmait qu’il ne pourrait plus « se regarder dans le miroir » si les membres adoptaient une résolution pour invalider la loi 86, qui ouvrait des brèches béantes dans la loi 101. Plutôt que de s’arrimer aux revendications identitaires des Québécois, le premier ministre se faisait un devoir de rejeter toute mesure qui aurait pu permettre d’assurer la survie du français au Québec. Il rejeta également le projet, pourtant dans la plate-forme électorale du PQ aux élections précédentes, d’appliquer la loi 101 au cégep.

De la même façon, il resta de marbre, sourd aux pressants appels de ses propres militants, de son propre parti, alors que divers groupes menaçaient de partitionner le Québec et que le fédéral imposait sa loi sur la clarté.

En 2001, il blâmait publiquement à l’Assemblée nationale le citoyen Yves Michaud, un des plus grands défenseurs de notre langue, à propos d’une citation qu’il n’avait même pas entendue. Il démissionnait quelques mois plus tard en blâmant le peu de réactions des Québécois face aux tactiques fédérales et en sous-entendant la présence d’éléments extrémistes au sein du mouvement indépendantiste.

Or, n’est-ce pas précisément Lucien Bouchard lui-même qui a tout fait, de par son refus d’adhérer aux saines revendications identitaires de son parti, pour provoquer l’apathie généralisée de la population et les crises internes au Parti Québécois? Il a répudié les grandes revendications linguistiques traditionnelles du PQ et a contribué à la ré-anglicisation du Québec. Et il avait le culot de blâmer les Québécois pour sa propre incompétence à la tête d’un parti qui se proclamait indépendantiste!

Une décennie plus tard, c’est ce même Lucien Bouchard qui blâme les modestes revendications identitaires prônées par un parti qu’il a contribué à affaiblir avec ses atermoiements et son incapacité à se faire le porte-voix de la moitié de la population qui croit que le destin d’un peuple consiste à devenir souverain.

Malgré le travail de sape ponctuel d’un Lucien Bouchard plus occupé à jouer les gérants d’estrade qu’à se battre pour une cause qu’il a prétendu avoir à cœur, tous les sondages démontrent que plus de 40% des Québécois souhaitent notre libération collective. Ces citoyens, ces millions de Québécois qui veulent d’une indépendance permettant à leurs valeurs, leur langue et leurs croyances de se perpétuer dans le temps, nul n’a le droit de les décevoir en donnant la moindre crédibilité aux divagations d’un homme dont les meilleures années sont maintenant loin derrière et qui semble plus intéressé à s’attirer les bonnes grâces des grandes entreprises et de ses amis chez Power Corporation.

L’indépendance, dans un contexte de mondialisation où chaque peuple cherche à protéger ses valeurs, ne constitue pas le projet pusillanime et détaché de l’identité tel qu’il fut prôné par Bouchard. L’indépendance constitue un projet du futur, vivant, ouvert à tous, et qui assure la diversité mondiale en assurant la survie de tous les peuples minoritaires. Cette indépendance est plus nécessaire que jamais, et le sain débat identitaire que veut étouffer Bouchard ne pourra que gagner en force et allumer le flambeau de nos convictions.