Frais de scolarité : propagande de Quebecor
26 février 2012

Les grands manipulateurs l’ont toujours dit : pour contrôler la réponse à une question, il suffit avant tout de contrôler la question. C’est exactement ce que fait Quebecor avec son sondage demandant aux gens s’ils seraient prêts à payer plus d’impôts pour financer l’éducation. Alors que les sommes permettant un financement adéquat des études universitaires peuvent venir d’une foule de secteurs, Quebecor fait fi de cette réalité en rétrécissant le débat : ou bien on fait payer les étudiants, ou bien on hausse les impôts.

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Même s’il a maintes fois été démontré que l’éducation est très rentable, et que tout investissement public dans celle-ci entraîne une plus-value pour la société, partons du principe qu’il manquerait 265 millions de dollars au système actuel, soit la somme qu’on veut chercher dans les poches des étudiants, pour atteindre l’éden universitaire, version Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party.

Donc, s’il manque 265 millions de dollars, n’y aurait-il pas moyen d’aller chercher cette somme sans s’attaquer aux étudiants ou augmenter les impôts ? Bien sûr !

1) Une augmentation du nombre de paliers d’imposition. Entre 1988 et aujourd’hui, le nombre de paliers d’imposition est passé de 16 à 3. Cette situation réduit amplement le caractère progressif de l’impôt. Une étude de l’IRIS a démontré qu’un retour à dix paliers permettrait d’assurer une baisse des impôts pour 87% des contribuables tout en engrangeant des revenus supplémentaires de 1,2 milliard de dollars.

2) Une augmentation des redevances minières. Le Québec donne littéralement ses ressources à l’industrie. Son taux de redevance est parmi les plus bas en Amérique du Nord, ce qui n’est pas sans nous rappeler l’époque où Duplessis vendait la tonne de fer « une cenne ». Selon la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine, l’État pourrait augmenter ses revenus entre 1 milliard et 4 milliards de dollars si le Québec rejoignait le peloton de tête en augmentant substantiellement ses redevances.

3) Faire payer le plein prix aux étudiants étrangers. Comme je le notais dans un billet précédent, le simple fait de faire payer le plein prix aux étudiants ne venant pas du Québec permettrait d’aller chercher un minimum de 444 millions de dollars par année. Accessoirement, cela permettrait d’améliorer la situation du français, surtout dans la région métropolitaine.

4) Réintroduire la taxe sur le capital. L’élimination progressive de cette taxe par le Parti Libéral du Québec / Liberal Party of Quebec entraîne un manque à gagner récurrent de près de 950 millions de dollars.

On pourrait ajouter d’autres idées, telles qu’exprimées par la coalition Non aux hausses : diminuer le plafond des RÉER (300 millions), moduler la taxe à la consommation en fonction des biens achetés (745 millions), lutter contre l’évitement et l’évasion fiscaux (800 millions), adopter des mesures de contrôle du prix des médicaments (1 milliard), abolir la règle de protection des brevets de 15 ans (200 millions), etc.

En clair, le choix ne se limite pas entre faire payer les étudiants ou hausser les impôts. Une foule de solutions existent et permettraient non seulement de maintenir le gel des frais de scolarité, mais également d’assurer la gratuité scolaire, qui coûterait entre 176 et 405 millions de dollars.

Quand Quebecor (ou le Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party) nous propose ce faux choix, il n’est donc pas question de faits, mais d’idéologie. Il n’est pas question de bien commun, mais de propagande. Il n’est pas question d’information, mais d’une vile désinformation de la part d’un média ayant décidé de limiter le débat à une guerre entre classe moyenne et moins nantis, pendant que son patron continue de compter ses millions, dont une grande partie ont été gagnés grâce au corporatisme des subventions de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

À nous de rappeler que si l’État est à court d’argent, ce n’est pas à cause de généreux programmes sociaux ou de l’éducation, mais bien parce qu’on fait le choix, collectivement, de baisser la tête pour juger ceux d’en bas, plutôt que d’avoir le courage de la garder bien droite et de questionner ceux d’en haut.

La Suède de Facal le scab
6 janvier 2011

Comme je l’écrivais dans mes derniers billets, une des particularités de l’ultradroite est sa tendance à vouloir modifier le réel pour tenter de l’adapter à son idéologie. Ainsi, Joseph Facal, dans une chronique publiée hier dans un journal en lock-out, tente de se moquer de ceux qui voient dans la Suède, notamment, un exemple à suivre pour le Québec. Qualifiant au passage les progressistes de « dinosaures » – depuis quand les idées centristes et solidaires sont-elles d’un autre temps? -, il parle des réformes entreprises par la Suède dans les années 90 pour tenter de faire croire que ce pays serait davantage un exemple pour la droite que pour la gauche.

Ainsi, Facal refait jouer le vieux disque usé de la nécessité de réduire les dépenses plutôt que de hausser les impôts. Le problème, c’est qu’il ne peut s’inspirer de la Suède pour cela. Comme le montre le graphique 1, le taux d’imposition des mieux-nantis est beaucoup plus élevé en Suède qu’au Québec ou au Canada. À titre indicatif, c’est également le cas pour les couples avec enfants; la Suède impose beaucoup plus adéquatement ses plus riches que le Québec.

Graphique 1

Sources: OCDE et Chaire de recherche en fiscalité et finances publiques.

On pourrait également parler du taux de syndicalisation (graphique 2). Facal, en tant que signataire du manifeste des « Lucides » (sic), a toujours prôné des mesures nuisant au syndicalisme. On ne peut d’ailleurs pas passer sous silence le fait qu’il n’hésite pas à jouer les scabs pour le Journal de Montréal, alors que les employés légitimes sont en lock-out depuis près de deux ans. Or, qu’en est-il de son exemple suédois? On constate que le taux de syndicalisation y est presque deux fois plus élevé qu’au Québec! S’il fallait s’inspirer de la Suède, ne faudrait-il pas alors encourager la syndicalisation afin de rattraper ce retard?

Graphique 2

Sources: OCDE et gouvernement du Québec.

De la même manière, comment passer sous silence le fait que le système de santé suédois est public à près de 82%, contre 71% pour le Québec (graphique 3)? Joseph Facal n’hésitait pourtant pas à faire la promotion du privé dans la santé dans ce texte. Quand on parle de Facal, duquel devons-nous parler? Celui qui veut augmenter la marchandisation du réseau de la santé ou de celui qui veut que le Québec s’inspire de la Suède en réduisant l’influence du privé dans la santé? Il est confus, le monsieur…

Graphique 3

Sources: OCDE et gouvernement du Québec.

Sur le même thème, Facal prône le dégel des frais de scolarité alors que l’éducation, en Suède, est virtuellement gratuite de la maternelle au doctorat. Veut-il oui ou non que le Québec s’inspire du pays scandinave? Si la réponse est « oui », nous avons un grand rattrapage à opérer pour enrichir les Québécois d’un accès le plus grand possible à une éducation supérieure de qualité.

Graphique 4

Il y a quelque chose d’assez surréaliste à voir l’ultradroite valoriser un modèle pourtant plus à gauche que le Québec dans des secteurs aussi vitaux que l’impôt sur le revenu, le taux de syndicalisation, la part du public dans la santé et les frais de scolarité. Pourtant, le modèle suédois faisant une grande place à l’État, loin de mener à la ruine comme nous l’annoncent les propagandistes de l’ultradroite, fonctionne très bien. Comme le démontre ce graphique, le ratio de la dette nette sur le PIB de la Suède est parmi les plus avantageux des pays développés. Alors que le Québec arrive dans la moyenne des pays de l’OCDE au niveau de sa dette (devançant même des pays comme les États-Unis, la France, l’Allemagne, le Japon et la Belgique), la Suède n’est devancée que par la Corée, la Finlande et la Norvège.

L’ultradroite, on le constate, n’a pas peur du ridicule. Elle n’hésite pas à manipuler les faits et à prôner à la fois des mesures désolidarisantes et à travestir la réalité pour faire croire que des pays réussissant économiquement réussissent parce qu’ils ont adopté de telles mesures. Au contraire, les dernières années nous ont montré l’effondrement de pays ayant radicalement appliqué les mesures de l’ultradroite. Des pays comme l’Islande et l’Irlande sont ruinés précisément à cause de ces politiques.

Si vraiment Facal veut que le Québec s’inspire de la Suède, il nous faudrait commencer à agir dès maintenant et à rejeter en bloc ses idées du dix-neuvième siècle. La solution aux problèmes actuels ne passe pas par la réduction de la taille d’un État déjà largement en décroissance, mais plutôt, si on se fie sur la Suède, par une hausse des impôts des mieux-nantis, une augmentation du taux de syndicalisation (notamment en renforçant le code du travail pour encourager un maximum de travailleurs à se syndiquer), une réduction de l’influence du privé dans la santé et une élimination définitive des frais de scolarité réduisant l’accès aux études supérieures.

Merci M. Facal. Grâce à vous, nous connaissons désormais la recette du succès.

Et nous savons ce que valent vraiment vos idées, M. le scab.

Le gros jambon de la vieille droite
25 octobre 2010

Quand Martineau parle de langue ou d’identité, ses analyses sont sensées. Malheureusement, et un peu à l’image d’autres individus aux idées tout aussi arrêtées que basées sur des préjugés, ses positions radicales et quasi d’extrême-droite sur le plan économique le rendent pénible à lire et lui enlèvent beaucoup de crédibilité. C’est encore le cas aujourd’hui alors qu’il compare, sur son blogue qui lui sert aussi de plate-forme pour jouer les scabs au Journal de Montréal, l’État québécois à un jambon. Sauf que le jambon n’est pas celui qu’on croit.

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En effet, Martineau tient le même discours que tout un pan de la droite québécoise, qu’elle soit au pouvoir comme le PLQ ou qu’elle se drape de feue sociale-démocratie en parlant de réussite individuelle comme le PQ. Il oppose l’État aux citoyens. D’un côté, dit-il, les citoyens font des efforts pour boucler leur budget. De l’autre, l’État devrait faire la même chose. C’était le discours, remarquez-bien, que le gouvernement libéral tenait au lendemain du dernier budget. L’État serait devenu une sorte de monstre froid, glouton, volant nos impôts pour payer des cours de feng shui aux fonctionnaires. Plus de préjugés que cela et tu te laves les mains après avoir serré la main d’un Noir.

Dans les faits, on ne peut pas opposer l’État et les citoyens. L’État fonctionne pour les citoyens, précisément. Demander à la population de se serrer la ceinture en attendant que l’État fasse de même, c’est imposer une privation collective comme récompense d’une privation individuelle. Le gras que Martineau et les extrémistes comme lui aimeraient couper, en bout de ligne, ce serait peut-être une sortie à la piscine publique pour un enfant, une visite à l’hôpital pour un malade, une poursuite des études pour un étudiant. Ce « gras » qu’on enlève à court terme, combien nous coûterait-il à long terme? Combien de rêves brisés, de vies gâchées? Combien de morts?

Le système de santé? Trop gros, au régime! Qu’importe si un système largement privé comme celui des États-Unis coûte, per capita, un peu moins du double de celui du Canada tout en laissant sur le carreau près de 15% de la population. Et qu’importe s’il est tellement sous-performant que les citoyens étatsuniens y meurent largement plus qu’au Canada.

Le système d’éducation? Les frais sont trop bas, haussez-moi ces tarifs et faites payer les utilisateurs, pas l’État! Et qu’importe si toute hausse de frais de scolarité se traduit par une baisse de fréquentation et qu’une population moins éduquée est généralement plus malade (et coûte donc plus cher à soigner). Rien à foutre, comprenez-vous, il faut couper!

Les fonctionnaires? Foutez-moi ça à la porte. Et à coups de pieds dans le derrière SVP! Un participant du Réseau Liberté-Québec (sic) n’a-t-il pas été chaudement applaudi en fin de semaine dernière après avoir déclaré que la seule chose qui l’intéressait, c’était de les foutre à la porte? Oui, c’est à ce niveau que vole Martineau. Pourtant, comme l’a noté avec justesse sur ce blogue un commentateur, le nombre de fonctionnaires au Québec, et seulement dans la santé, a baissé de 40% à 50% entre 1990 et 2009 au même moment où la population augmentait de près de 11%! Jusqu’où ces fanatiques de la droite veulent-ils couper? Ne seront-ils heureux que lorsqu’il n’y aura plus d’État, plus de société, plus de civilisation?

Car n’est-ce pas de cela qu’il s’agit, en bout de ligne? Des pays avec un État quasi-inexistant, on en connaît: Somalie, Haïti, Afghanistan. S’agit-il là du véritable rêve de ces coupeurs de gras? Ou peut-être le retour au Moyen-Âge quand l’État se limitait au Seigneur, l’impôt à une partie des récoltes, au servage et au droit de cuissage? On aimerait savoir. La population sait ce qu’ils dénoncent – le méchant Satan étatiste québécois – mais elle est tout aussi consciente de jouir d’un des plus hauts niveaux de vie au monde grâce à lui. Elle attend seulement de voir ce qu’ils proposent.

Malheureusement, de ce côté, les réussites sont bien faibles. L’Islande? Cet ancien paradis libertarien (dixit Milton Friedman, le gourou de ces bouchers de la misère) est en faillite. L’Irlande? À peine mieux. Les États-Unis? Leur dette est si élevée et la pauvreté y est si généralisée qu’on peut difficilement en faire un exemple.

Couper dans le gras, c’est bien beau sur papier (et encore!), mais quand on ne peut pas nommer un seul pays qui réussit durablement à réduire ses inégalités sociales et que chaque État ayant tenté ces réformes de droite en a subi de lourdes conséquences, ça donne l’impression que ces idées ne proviennent pas d’une froide analyse de la situation, mais plutôt d’une idéologie anti-étatiste presque maladive, ayant peut-être davantage à voir avec le manque d’éducation sociale et les préjugés d’une minorité adoptant ce discours passéiste.

Il faut hausser les impôts des mieux-nantis

Martineau, au lieu de traiter Claudette Charbonneau de dinosaure parce qu’elle propose une hausse des impôts, devrait s’en inspirer. Car c’est la meilleure des solutions. Nous avons baissé les impôts de près de dix milliards de dollars en une décennie. Entre 1998 et 2007, par exemple, le taux implicite d’imposition du quintile supérieur est passé de 27,3% à 22,9%. C’était beaucoup trop. Les impôts des plus riches au Canada sont actuellement parmi les plus BAS au monde!

Avant de penser à affamer l’État sous prétexte d’un endettement trop élevé (alors que le Québec est exactement dans la moyenne des pays de l’OCDE à ce niveau, malgré les mensonges d’Éric Dumaine) et de s’enfermer dans le cycle décrit par Josée Legault comme une destruction programmée de la « bête étatique », il serait peut-être temps de revenir à un peu de bon sens et à reconnaître que si l’État québécois n’est pas parfait, c’est précisément l’augmentation de sa présence qui nous a permis de sortir de la Grande Noirceur et c’est sa braderie par le Parti Libéral du Québec qui ouvre la porte à la corruption.

Qu’on se le rappelle bien: ceux qui ont le plus à perdre d’une destruction de notre État-providence ne sont ni Éric Duhaime ni Richard Martineau, mais bien la classe moyenne et les moins-nantis.

Mais si on osait hausser les impôts des plus riches et mettre ainsi fin aux privilèges consentis par les deux derniers gouvernements de droite, je vous laisse deviner qui seraient les premiers à devoir se contenter d’un gros jambon au lieu de manger leur caviar volé aux lockoutés du Journal de Montréal…

Notre chien de garde a faim
20 mai 2010

Une nouvelle étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) démolit la plupart des mythes de la droite économique. Que ce soit le « travaillez plus » de Lucien Bouchard, l’enrichissement individuel de Pauline Marois ou le « moins d’État » de Jean Charest, toutes les élites de droite en prennent pour leur rhume. Évidemment, voilà une recherche dont vous entendrez très peu parler les éditorialistes en chef de La Presse…

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Concrètement, on y confirme ce qui ne fait plus grand doute dans l’esprit des gens: les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. Ce qui est nouveau, plutôt, c’est la compréhension de la façon dont se produit cet accroissement des inégalités sociales. De 1976 à 2006, l’économie québécoise a cru de 71%. Au même moment, la majorité des gains de revenu a été au 10% des gens les plus riches pendant que les 70% les plus pauvres ont vu leur assiette fiscale régresser. Tous les déciles sous le décile 8, à l’exception des ultra-pauvres, ont subi une détérioration de leurs revenus au cours de cette période.

Or, c’est précisément à partir de la fin des années 70 et du début des années 80 qu’ont eu lieu les premières réformes néolibérales et le début du désengagement de l’État. Désassurance dentaire, hausse des frais de scolarité, diminution des prestations d’assurance-emploi, baisse des impôts aux compagnies et aux plus fortunés, cette période de trente ans a constitué l’âge d’or de ceux qui ont toujours affirmé – et qui affirment encore aujourd’hui, malgré les tourments économiques que leur idéologie a créés – qu’il fallait rendre la vie plus facile aux plus riches afin qu’ils contribuent à tirer la société vers le haut. Ce qu’on constate, aujourd’hui, est précisément l’inverse: les mieux-nantis se sont effectivement envolés avec l’argent, mais le reste de la société, à l’exception des plus pauvres, a perdu de son pouvoir d’achat. Il s’agit du constat d’un échec et d’un sérieux avertissement à ceux qui seraient tentés de croire, notamment, que le Parti Québécois ferait un bon choix en favorisant l’enrichissement individuel.

Au travail, esclaves!

À tous les Lucien Bouchard et autres soi-disant lucides qui affirment que nous ne travaillons pas assez, l’étude démontre également que l’appauvrissement collectif de la classe moyenne s’est produit au même moment où le nombre de semaines de travail de celle-ci augmentait de près de 16,5%! Parallèlement, les mieux-nantis ont vu leur charge de travail diminuer de près de 6%! Concrètement: en trente ans, l’économie québécois s’est embellie de plus de 71%, la classe moyenne travaille plus de 16,5% de plus, mais elle est plus pauvre, au moment même où lui casse les oreilles avec les soi-disant bénéfices de réformes économiques de droite! Vous y comprenez quelque chose?

En fait, le problème vient principalement du fait que l’État ne joue plus suffisamment son rôle de redistribution de la richesse. L’étude le note pertinemment bien: l’augmentation des revenus après impôts des déciles les moins riches n’était que de moitié de celle enregistrée pour le décile le plus riche. Les auteurs de l’étude notent:

L’impact de l’intervention de l’État est primordial. L’écart observé dans les gains distribués par le marché est plus faible lorsque nous considérons les effets des transferts et des impôts sur les revenus. Mais si l’État limite la croissance des inégalités, ses actions ne sont pas suffisamment vigoureuses pour pouvoir renverser ou simplement freiner cette augmentation.


Le budget de tous les dangers

Ce constat constitue la pire des critiques adressée au dernier budget provincial. Si l’État n’en fait pas suffisamment, depuis une trentaine d’années, pour limiter les inégalités sociales et tous les troubles qu’elles entraînent, le budget Bachand, avec son lot de mesures régressives (200$ pour la santé pour qui gagne 15 000$; 200$ pour la santé pour qui gagne 1 500 000$), ne pourra qu’aggraver la situation actuelle et permettre la continuation de la chute des revenus disponibles pour la classe moyenne et les plus démunis.

Et malheureusement, puisque le PQ de Pauline Marois semble avoir adopté la même idéologie de hausses de tarifs et de taxes alliées aux baisses d’impôts, cela ne laisse rien présager de bon pour l’avenir, advenant l’élection du Parti Québécois aux prochaines élections.

Affamer la bête

Tout ceci nous ramène insidieusement à la définition de l’économiste Paul Krugman, qui parle de la stratégie orchestrée pour affamer l’État. Comme l’explique Josée Legault:

Leur stratégie fut baptisée « affamer la bête ». Elle commence par une réduction d’impôts – un geste toujours populaire. Puis, les revenus de l’État étant diminués, à la moindre crisette, le déficit augmente ou réapparaît. Les gouvernements se disent alors « forcés » de couper les services publics. Et une fois qu’on a bien « affamé la bête » étatique en baissant les impôts souvent au bénéfice des entreprises et des mieux nantis, ils coupent dans les services publics pour retrouver un équilibre budgétaire qu’ils ont détruit eux-mêmes. C’est précisément ce qui s’est passé à Québec et à Ottawa.

Cette étude de l’IRIS, c’est le rapport de l’état de santé des citoyens qui doivent, théoriquement, se faire protéger par la « bête étatique », notre chien de garde collectif. Après des années de baisses d’impôts, de hausses de tarifs et de coupures de services, la bête est devenue tellement épuisée, affamée et rachitique qu’elle ne peut plus jouer son rôle d’assistance aux citoyens, eux qui sont maintenant de plus en plus « libres » de se retrouver isolés, à la merci des aléas du hasard, dans une jungle néolibérale leur proposant le projet de société d’avoir à se combattre les uns les autres pendant qu’une minorité de privilégiés continuent leur party.

Et si on se décidait enfin à hausser un peu leurs impôts et à les forcer, eux aussi, à participer à l’amélioration de la société?

Notre chien de garde étatique nous a sorti de la misère dans les années 60 et il nous a jamais laissé tomber depuis; ne le laissons pas crever de faim. Ce n’est pas à notre avantage collectif.

Budget 2010: prendre du pauvre pour donner au riche
30 mars 2010

« Payez, les pauvres! » aurait pu dire le ministre Bachand en déposant son budget cet après-midi. Aux prises avec un déficit largement causé par les généreuses baisses d’impôt accordées aux mieux-nantis par les gouvernements libéral et péquiste, le ministre des finances a décidé de refiler la facture à la classe moyenne et aux plus démunis. On en revient toujours là: on réduit les revenus de l’État quand l’économie va bien, et on s’attaque à la « bête »en coupant les services et en haussant les tarifs dès qu’une crise frappe. Prévisible.

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En fait, ce qui surprend avec ce budget, c’est la manière quasi-désinvolte avec laquelle on cible principalement les plus démunis pour renflouer les coffres de l’État. Taxe sur la santé, ticket modérateur, hausse de la TVQ, hausse des tarifs d’électricité, hausse des frais de scolarité: si on pouvait simplement taxer la pauvreté, on le ferait. D’une manière systématique, on vise les plus pauvres et on épargne les mieux-nantis.

Soit les statistiques suivantes.

L’impact du budget provincial sur les quintiles de revenu inférieur, moyen et supérieur ((Les quintiles du revenu proviennent des données de Statistique Canada pour l’année 2007 ))

Revenu total 13 200$ 41 528$ 109 459$
Taxe-santé à 200$ par année (( À partir de 2012 )) 1.52% (( Le lecteur attentif notera que l’exemption pour la taxe-santé, pour une personne seule, sera à 14 040$. Cela ne change pas le calcul total, ou très peu. Ces chiffres ne sont qu’à titre indicatif; une personne gagnant 14 040$ paiera effectivement une charge plus élevée de son revenu qu’une personne en gagnant 40 000$ ou 110 000$. Le but du tableau n’est pas d’être hyper-précis, au dollar près, mais de démontrer la tendance générale. Dès qu’un individu atteint le 14 040$, à la limite du quintile inférieur, il est largement défavorisé.)) 0.48% 0.18%
3,37 visites par année médecin à 25$ par visite (( Le chiffre moyen de 3,37 visites par année vient d’ici et le 25$ vient du rapport Castonguay, qui recommandait ce ticket-modérateur pour aller chercher 600 millions $ par année et dont le gouvernement semble vouloir s’inspirer pour aller chercher plus de 500 millions $ par année.)) 0.64% 0.20% 0.08%
Augmentation de un cent du bloc patrimonial d’Hydro-Québec (( Les statistiques pour cette augmentation proviennent de cette étude et les hausses auront lieu vers 2013 )) 0.70% 0.44% 0.24%
Augmentation de la TVQ de 1% 1.00% 1.00% 1.00%
Surcharge financière 3.85% 2.12% 1.50%
Augmentation des frais de scolarité de 10% (( Le ministre a précisé qu’il y aurait une autre hausse à partir de 2012, et il a souligné que les étudiants contribueraient à « seulement » 13% des coûts de l’éducation, contre 23% ailleurs au Canada. Ces statistiques se basent donc sur l’hypothèse – plausible – que le ministre voudra, en 2012, rejoindre la moyenne canadienne )) 1.64%
Surcharge financière de l’étudiant 5.50%

On le constate, l’effort demandé aux moins-nantis est supérieur à celui exigé des plus hauts revenus. Cela n’est pas surprenant, car la plupart des mesures annoncées par ce budget sont régressives et ciblent donc plus directement les plus défavorisés. Que ce soit au niveau de la taxe-santé, qui pénalisera du même montant le millionnaire et l’employé de McDonald, du ticket-modérateur ou de la hausse du tarif patrimonial d’Hydro-Québec, la classe moyenne et les plus démunis seront systématiquement plus affectés par ces hausses: 3,85% des revenus du quintile inférieur seront ponctionnés, contre 2,12% pour un revenu moyen et un maigre 1,50% pour les mieux-nantis. Malgré un « impôt sur la solidarité » qui prévoit rapporter, en moyenne, et principalement aux familles, un minime 174$ par année, ce budget consacre une augmentation des inégalités sociales. Pour un étudiant, qui doit souvent travailler dans des emplois précaires en plus de suivre ses cours, la hausse sera encore plus dramatique: 5,50% de son revenu annuel! Et le le pire, c’est que ces chiffres sont optimistes.

En effet, la vérité est encore plus pathétique. La hausse de la TVQ de un pourcent, que j’ai réparti de manière égale dans le graphique ci-haut, frappera plus fortement les personnes défavorisés, car celles-ci ont moins tendance à épargner. Concrètement, un individu gagnant 13 000$ par année dépensera la quasi-totalité de cet argent dans des biens de consommation courante – taxables – alors qu’un individu en gagnant 110 000$ risque d’en mettre de côté, dans des RÉER ou ailleurs, ce qui réduira l’emprise de la taxe sur lui. On pourrait toujours arguer que l’épargne constitue une consommation future, mais puisqu’on ignore quelle sera la valeur de la taxe dans dix ou quinze ans – plusieurs seraient tentés de la réduire lorsque l’économie ira mieux -, il faut partir du principe que cette hausse pénalisera principalement les moins-nantis.

De la même façon, la moyenne de 3,37 visites par année chez le médecin est trompeuse. Un individu vivant dans la pauvreté, et qu’on appauvrira encore davantage avec ce budget, est forcément plus malade qu’une personne mieux-nantie. Il a été démontré que plus de 1,4 millions de personnes meurent, à chaque année, des causes des inégalités sociales dans les pays développés. Une étude de l’Institut canadien de la santé a aussi démontré le lien empirique entre pauvreté et santé. On peut donc estimer que le nombre de visites risque d’être supérieur, advenant, bien sûr, qu’une personne ne décide pas d’éviter de se présenter chez le médecin pour ne pas avoir à payer le coût de la visite, ce qui gonflerait le nombre de morts causés par les inégalités sociales. Dans tous les cas, l’appauvrissement entraîne la malade, et en fixant des tarifs égaux pour tous, on s’attaque plus fortement aux pauvres.

Qui plus est, on constate que si les particuliers et les entreprises consacrent 38,1% de l’effort financier exigé, les coupures dans les dépenses gouvernementales et des organismes atteignent 51,2%. Or, qui profite le plus des programmes gouvernementaux, sinon les citoyens de la classe moyenne et les plus démunis? Qui a le plus besoin du service des fonctionnaires de l’État, eux qui subissent encore cette injustice de voir qu’un départ sur deux n’est pas comblé, sinon ceux qui n’ont pas les moyens de se payer les services du privé? Pire: comment se fait-il que sur le 38,1% de l’effort des particuliers et des entreprises, ces dernières ne participent qu’à 7,1%? Dans les années 50, elles contribuaient à plus de 50% des revenus de l’État, mais aujourd’hui ce n’est même pas 10%. Pourquoi ne pas avoir annulé, comme le suggérait Québec Solidaire, la taxe sur le capital des entreprises, pour aller chercher 503 millions de dollars?

Aussi, pourquoi ne pas avoir créé un nouveau palier d’imposition pour les plus riches et ainsi aller chercher plus d’un demi-milliard de dollars? Pourquoi ne pas avoir imité, comme le soulignait Jean-François Lisée, la Grande-Bretagne, qui vient d’augmenter son taux d’imposition supérieur à 50%?

Au-delà des chiffres et de l’appauvrissement généralisé de ceux qui n’ont pas les moyens de participer à la grande « richesse individuelle » prônée par le Parti Libéral et sanctifiée par le Parti Québécois, on constate que si ce budget demande des efforts à tous les citoyens, ceux-ci sont répartis différemment selon qu’on gagne plus ou moins d’argent.

À une certaine époque, on croyait à la redistribution de la richesse. On comprenait que la pauvreté entraînait des coûts importants – ne serait-ce qu’au niveau du crime et de la santé. Aujourd’hui, on a inversé la pyramide et on opère désormais la redistribution inverse: on prend du pauvre et on donne au riche.

Un gouvernement à ce point méprisant pour la classe moyenne et les plus démunis devrait être pénalisé. Mais le problème, c’est que l’opposition, en face de lui, pense de la même manière et ne s’oppose que pour la forme.

Vous m’avertirez quand vous verrez du changement. Pour le moment, je dois travailler. Faut qu’il se paie, le party que les plus riches s’offrent depuis des années avec nos gouvernements de droite au pouvoir!

Le PQ, toujours plus à droite
13 mars 2010

Virage à droite, virage à droite! On ne compte plus les commentateurs qui qualifient ainsi les nouvelles déclarations de Pauline Marois, qui désire enfoncer le parti dans des réformes économiques ayant pourtant prouvé leur inefficacité un peu partout où elles ont été appliquées. Ce n’est pas un changement idéologique qui affecte le parti; simplement une actualisation du discours, une affirmation de ce que tous savaient depuis déjà longtemps: le PQ EST un parti de droite.

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Les baisses d’impôts aux grandes entreprises et aux mieux-nantis, ce n’est pas seulement le Parti Libéral de Jean Charest qui en est responsable. C’est beaucoup le PQ, entre 1996 et 2003. Des baisses d’impôts qui, aujourd’hui, nous ont entraîné dans un déficit gigantesque et qui forceront vraisemblablement un gouvernement tout aussi à droite à couper nos services.

À l’époque, Landry parlait de « gauche réaliste » pendant qu’il baissait les impôts des corporations. Aujourd’hui, Marois parle d’élimination de la taxe sur le capital, de baisses d’impôts et de hausses de taxes – des mesures régressives qui réduiraient la redistribution de la richesse – tout en continuant à parler de social-démocratie. Ce « virage », c’est bel et bien celui qu’a effectué Tony Blair, en Grande-Bretagne, et qui a à ce point laissé dans la pauvreté quantité de Britanniques qu’on a fini par le qualifier de fils politique de Margaret Thatcher. Ce « virage », c’est la mort et l’enterrement définitif de ce qui reste de l’État-providence québécois.

Les péquistes disent: « créons de la richesse » et diminuons les impôts! Le problème, c’est que, précisément, les pays qui réussissent, qui « créent » de la richesse pour l’ENSEMBLE de leurs citoyens, sont également ceux qui ont les taux d’imposition les plus élevés! À l’opposé, les pays qui ont choisi de baisser drastiquement leurs impôts n’ont rien créé, sinon la pauvreté pour les moins-nantis, la misère, et l’insécurité. Comme je l’écrivais ici:

Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark. Et c’est vers cela que le PQ désire nous amener? C’est cela, le projet de société péquiste?

La véritable opération, le but avoué qu’ont décidé d’embrasser les péquistes maintenant qu’apparaît devant eux le pouvoir si longtemps souhaité, c’est la continuité de leur opération de destruction de l’État-providence et de sa capacité à être le moteur non seulement de notre économie, mais aussi et surtout de la redistribution de la richesse. Rien de nouveau sous le soleil; on désire affamer la bête en coupant les impôts, pour ensuite la dégriffer en coupant les services.

Ce sont les grands démolisseurs, qui, à l’époque de Duplessis, juraient sur la Bible, et qui désormais ne peuvent vivre sans implorer le Dieu du libre-marché et vanter les mérites d’un ordre économique qui nous promet toutes sortes de richesses que nous n’avons jamais vu et ne verrons jamais. C’est du domaine de la foi qu’il s’agit ici. De la foi en le marché, et de la décision concertée d’un parti politique d’abandonner ses racines pour se mettre au services d’un système économique qu’on a déifié et qui ne livre jamais ses promesses.

Cette énième fuite en avant du véhicule rouillé d’un nom ayant déjà mérité ses lettres de noblesse, ne réussira, en cherchant à cloner le Parti Libéral, qu’à frustrer ses éléments de centre-gauche et à les inciter à joindre les rangs de Québec Solidaire ou d’autres partis à l’écoute des besoins de l’ensemble de la population. Le parti met définitivement la hache dans ce qui constituait, à l’origine, son essence, et a décidé de larguer sa gauche pour satisfaire des visées électoralistes et/ou les argentiers préparant sa triomphale victoire aux prochaines élections.

Une victoire qui, malheureusement, se fera sans mon maigre appui.

Il serait grand temps que le SPQ-Libre comprenne qu’il n’a plus de futur dans ce parti et quitte le vieux rafiot péquiste.

À quand un parti social-démocrate qui souhaite défendre l’identité des Québécois? À quand un mélange des excellentes idées économiques de Québec Solidaire avec des valeurs comme la protection du français et la survie linguistique et identitaire des Québécois?

Celui qui saura répondre à cette question aura, selon moi, tout un bassin de population à satisfaire. Surtout depuis que le PQ a décidé que ces gens ne valaient plus la peine d’être représentés.

Ce n’est pas d’un virage qu’il est question, mais bel et bien d’un abandon.

Celui des plus pauvres, de la classe moyenne, des militants, et de l’ensemble d’une population qui a compris que si nous sommes faibles individuellement, nous sommes très forts collectivement. Et que c’est l’État, notre démocratie, qui doit être le levier et l’expression de cette puissance.

Le génocide des pauvres
8 mars 2010

Pendant qu’on nous demande de nous serrer la ceinture, de faire des efforts, bref, de nous appauvrir, on apprend aujourd’hui que le Canada est un des pays au monde imposant le moins ses entreprises. Si des pays comme le Japon et les États-Unis – pourtant pas des républiques socialistes – ont des taux d’imposition avoisinant le 40%, le Canada a une cible de près de 25% d’ici deux ans, et le Québec, en gros Wal-Mart de la copie bon marché, offre 11,9%. Et si, en gagnant cette course aux bas impôts, on ne contribuait pas simplement à accepter l’inacceptable?

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En effet, il faudra un jour se poser la question. La logique néolibérale est simple: puisqu’on ouvre toutes grandes les frontières, les entreprises sont en compétition les unes contre les autres. Ainsi, si des pays leurs imposent des normes environnementales, sociales ou financières « trop » sévères, elles quittent pour un endroit plus laxiste. Alors, dites-moi, à quand l’imposition zéro?

Illustrons en exagérant: pourquoi se contenter de baisser un peu les impôts, d’attendre qu’une autre nation les baissent davantage, puis les rebaisser de nouveau? Pourquoi ne pas simplement abolir les impôts des entreprises? On pourrait même imaginer leur offrir de l’argent, des bâtiments neufs, des subventions. Et pourquoi pas des toilettes en or? Puisque l’État est incapable, selon les tenants de la droite économique, de la moindre efficacité, il faut jouer le jeu de la compétition et assurer aux entreprises un cadre financier leur permettant de faire des milliards de dollars sans jamais redonner le moindre sou à la collectivité. Et on appelle cela le progrès? Et on appelle cela « compétitivité »?

En fait, ce n’est pas seulement au niveau des impôts aux corporations que l’État se délaisse de son rôle de redistribution de la richesse. Comme je l’écrivais ici, le Canada a également un des taux d’imposition des particuliers aisés parmi les plus faibles au monde. Seulement 27% d’imposition pour un individu seul gagnant 167% du revenu moyen; des pays comme le Danemark, la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas imposent à plus de 40% ces individus qui ont les moyens de payer. Et – surprise, surprise – ce sont également des pays parmi ceux-ci qui ont le plus faible taux de pauvreté des personnes en âge de travailler. Le lien doit être répété: l’impôt permet la redistribution de la richesse; les pays qui imposent moins leur population sont également ceux où il y davantage de pauvreté.

Un génocide des moins-nantis

Avec la pauvreté issue d’un manque de redistribution de la richesse vient, immanquablement, la mort. On savait déjà que le système de santé états-unien, par exemple, qui n’offre pas la moindre protection à plus de 47 millions de personne, entraîne la mort de plus de 101 000 personnes par an. On apprend, aujourd’hui, sur le blogue de Jean-François Lisée, qui cite une étude du British Medical Journal, que c’est plus de 1,4 millions de personnes qui meurent, ANNUELLEMENT, à cause des inégalités sociales, dans les trente pays les plus développés.

Dès que le coefficient de Gini, qui calcule ces écarts, dépasse 0.30, le nombre de morts augmente en flèche. Si 103 personnes meurent de l’inégalité au Canada (Gini 0.301), c’est plus de 11 000 en Angleterre (Gini 0.326), 16 000 en Italie (Gini 0.347), 883 000 aux États-Unis (Gini 0.357) et 425 000 au Mexique (Gini 0.480)! Soyons clair: l’inégalité tue. Tout ce qui permet au coefficient de Gini d’augmenter, que ce soient les baisses d’impôts aux mieux-nantis ou les hausses de tarifs pour la classe moyenne et les plus pauvres, résulte en la mort d’individus.

Or, il n’est que trop facile de se déresponsabiliser du fait que ces morts ne sont pas nécessairement visibles. Si on prenait 1,4 millions d’individus, qu’on les entassait dans des camps de concentration avant de les enfermer dans des chambres à gaz, tout ceci sous la direction d’un seul homme, on descendrait dans la rue, avec justesse, et on exigerait la tête du dictateur. Ce crime-là est inhumain. Tuer 1,4 millions d’individus de cette façon, c’est impensable.

Mais si on tue 1,4 millions de personnes par les milliers de mains d’un système économique bien huilé, personne ne bronche. Quand un homme meurt du cancer des poumons parce qu’il a travaillé dans des mines insalubres pour survivre, personne ne réagit. Quand une femme se prostitue pour payer les comptes, attrape le SIDA ou se fait battre à mort, ce n’est qu’un fait divers. Quand un enfant de douze ans sniffe de la colle pour oublier la tragédie de son quotidien, ce n’est qu’une histoire pathétique de plus, au mieux de la matière première pour journalistes en mal de pipole.

Les mêmes morts; seule la manière de les tuer qui diffère. D’un côté, la mort est organisée, planifiée, voulue, souhaitée, de l’autre elle est le résultat de la soi-disant faiblesse de personnes qu’on a laissé seules à elles-mêmes, des dommages collatéraux dans une société qui, au nom de la compétitivité, a fait de la loi de la jungle sa raison d’être. D’un côté, les morts justes, les victimes d’Holocaustes qu’on célèbre à chaque année avec des fleurs et des minutes de silence; de l’autre, des inconnus, des « faibles » qu’on lance dans la fosse commune de l’oubli.

Pourtant, une mort, une seule mort d’une personne qui a été privée de la chance de voir le soleil se lever un autre matin, est une mort de trop. Qu’on tue avec une machette, dans des chambres à gaz, sur une chaise électrique, avec une cuillère à crème glacée dans l’oeil ou en laissant les inégalités transformer notre société en tombeau des plus démunis, le résultat est le même: on se prive du talent d’un individu, et on laisse les plus faibles crever, comme dans la nature, comme chez les animaux. On commet l’indéfendable; d’un eugénisme à la Hitler ou d’un génocide mécanique des plus démunis, le résultat est le même: l’homme redevient animal, il se saborde, il détruit son âme et sa conscience.

Non, ce refus d’imposer les mieux-nantis, entreprises ou individus, ne constitue pas un fait divers. C’est la prémisse d’un changement de l’ordre social, d’une attaque non seulement contre l’État-providence, mais également contre la civilisation, contre nos valeurs humaines, contre cette conception que la vie est sacrée et que chaque humain a le droit de la vivre pleinement.

Peu importe les discours, peu importe les arguments économiques fallacieux d’économistes à la solde de leurs propres intérêts, et peu importe les manigances et les sermons quant à l’importance du serrage de – notre – ceinture, toute cette mécanique génocidaire et violente débute d’un système qui utilise les humains comme autant de boulons d’une complexe machine alors que ceux-ci devraient constituer, précisément, la finalité de toute entreprise.

Qu’on nous demande, aujourd’hui, d’accepter ces morts, de consentir à la diminution de notre niveau de vie pendant qu’on laisse les entreprises et les mieux-nantis continuer leur party, n’est pas seulement indécent: c’est criminel.

S’il y avait un semblant de justice sur la Terre, ceux qui votent de tels budgets, qui façonnent de telles politiques, et ceux qui en font la promotion, seraient jugés pour crimes contre l’humanité et collaboration à commettre ces crimes.

La pauvreté n’est pas innée ni volontaire; elle est la résultante de choix politiques. Notamment celui de ne pas imposer plus équitablement les entreprises et les mieux-nantis.

Les grands démolisseurs
24 février 2010

Parfois, il faut aller au-delà des chiffres pour comprendre l’étendue de l’entreprise idéologique cherchant à nous imposer des hausses de tarifs et des baisses de services. On aura beau démontrer noir sur blanc que de telles mesures seraient régressives, qu’elles nous appauvriraient, qu’elles ont échoué un peu partout où elles ont été appliquées, rien n’y fait. Josée Legault l’a noté avec justesse dans son dernier billet: nous ne sommes pas en présence de libre-penseurs cherchant philosophiquement à améliorer la société, mais d’une vaste entreprise de démolition de notre État.

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En fait, la dernière décennie aura constitué une sorte de pause, ou presque. Jusque vers 2001, on appliquait la doctrine à la lettre, et de nombreux mouvements sociaux ont éclos, convergé dans ce qu’on a appelé d’abord les anti-mondialistes, puis les alter-mondialiste. Par la suite, les mouvements d’opposition ont perdu de l’ampleur, peut-être parce que la croissance économique a permis de donner les miettes nécessaires à acheter la classe moyenne et les plus démunis pendant que les gros bonzes de la finance s’en mettaient plein les poches. On a coupé les impôts des mieux-nantis d’une manière irréfléchie, mais l’État était tout de même assez riche pour satisfaire les intérêts minimums du citoyen lambda.

Aujourd’hui, pourtant, ce n’est plus le cas. Après avoir dilapidé l’argent public dans des baisses d’impôts aux grandes entreprises et aux particuliers les mieux-nantis, le manège recommence. Il faudrait « se serrer la ceinture », faire preuve de réalisme, éviter la catastrophe. Bref, il faudrait encore une fois demander à la classe moyenne d’écoper pendant qu’on laisse les privilèges des plus favorisés intacts.

En 1998, Bourdieu écrivait déjà, à propos du néo-libéralisme:

Comme le marxisme en d’autres temps, avec lequel, sous ce rapport, elle a beaucoup de points communs, cette utopie suscite une formidable croyance, la free trade faith (la foi dans le libre-échange), non seulement chez ceux qui en vivent matériellement, comme les financiers, les patrons de grandes entreprises, etc., mais aussi chez ceux qui en tirent leurs justifications d’exister, comme les hauts fonctionnaires et les politiciens, qui sacralisent le pouvoir des marchés au nom de l’efficacité économique, qui exigent la levée des barrières administratives ou politiques capables de gêner les détenteurs de capitaux dans la recherche purement individuelle de la maximisation du profit individuel, instituée en modèle de rationalité, qui veulent des banques centrales indépendantes, qui prêchent la subordination des États nationaux aux exigences de la liberté économique pour les maîtres de l’économie, avec la suppression de toutes les réglementations sur tous les marchés, à commencer par le marché du travail, l’interdiction des déficits et de l’inflation, la privatisation généralisée des services publics, la réduction des dépenses publiques et sociales.

Le mot est lancé: foi. C’est une véritable foi dans le libre-marché. Ça n’a rien de rationnel. On en arrive à une logique complètement circulaire et fermée où toute proposition promettant de seulement limiter ou contrôler le marché se voit immédiatement discréditée à coups d’arguments idéologiques issus du petit catéchisme néolibéral. Hausser les impôts des plus riches? Êtes-vous fou, pensez à notre productivité! Mieux imposer les entreprises? Ça ne va pas, elle vont partir en Chine! Les propagandistes ont réponse à tout. Il faudrait accepter son sort, considérer le libre-marché et la libre circulation des biens et services comme inéluctable et observer une minorité de riches se la couler douce pendant que les autres s’appauvrissent, et tout cela parce que c’est la chrétienne économie.

Pourtant, les solutions existent. Celles de Québec Solidaire me semblent particulièrement intéressantes:

  • Redevances sur l’eau de 0,01$ du litre: 775 millions $;
  • Maintien de la taxe sur le capital: 503 millions $;
  • Diminution de 20% des subventions aux entreprises: 1203 millions $;
  • Un nouveau palier d’imposition pour les plus riches et une limite des RÉER: 533 millions $;
  • Imposition optimale des gains de capital: 818 millions $;
  • Suspendre le versement du Fonds des générations: 880 millions $;
  • Augmentation des redevances minières: 340 millions $.

Ces mesures permettraient d’aller chercher 5 milliards de dollars, soit grosso modo l’équivalent du déficit.  Elles ne constituent peut-être pas la panacée, mais elles ont le mérite de s’attaquer à ceux qui ont les moyens de payer.   Évidemment, ne comptez pas sur La Presse (Power Corporation), le Journal de Montréal (Quebecor) et d’autres médias dont les dirigeants auraient tout à y perdre pour en faire la promotion.

Voilà peut-être la seule réponse possible contre l’abrutissement généralisé que cherche à nous imposer ce gouvernement et son équipe de l’Inquisition de la vieille droite: la démocratie. Être capable, le jour du vote, dans l’isoloir, même si c’est dans trois ans, de se rappeler qui a eu notre sort à coeur et qui se contente de hausser les épaules en nous imposant leur remède de cheval.

Pour ma part, dans trois ans, je me souviendrai de Québec Solidaire. Je me rappellerai que c’est un des rares partis politiques au Québec qui, en un moment aussi critique où on cherche encore une fois à nous imposer des mesures faisant reculer notre nation, a eu le courage de développer un argumentaire alternatif et des mesures concrètes permettant de déboulonner les statues de fumier de ces fausses idoles issues d’un autre siècle.

Nous avons travaillé pendant des décennies pour bâtir un Québec moderne et démocratique qui, malgré ses défauts, fait l’envie du monde entier.

Ne les laissons pas tout démolir.

Force Jeunesse: en attendant le chèque
20 janvier 2010

« L’imagination et le courage sont les seules limites de notre capacité à lutter contre la situation budgétaire alarmante » affirme Jonathan Plamondon, président de l’organisme Force Jeunesse. De l’imagination! Du courage! Quoi, vous rêvez? Ce sont les mêmes vieilles « solutions » libérales de hausses de la taxe de vente du Québec (TVQ) et des tarifs d’électricité. Faut-il s’en surprendre, puisque Force jeunesse est financé par le Secrétariat à l’action communautaire autonome (SACA) et se trouve donc directement tributaire des décisions du gouvernement en place? S’il fallait seulement que Jean Charest coupe dans le gras plutôt que hausser les tarifs…

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Je suis peut-être vieux-jeu, ou même carrément vieux. De nos jours, on ne sait jamais. Trente ans, c’est vieux lorsqu’on pense au bien-commun, mais jeune lorsqu’on se veut dans la vent et qu’on propose des solutions « courageuses » pour lécher les bottes du gouvernement et s’assurer qu’elles seront bien luisantes lorsqu’on recevra un coup de pied dans l’arrière-train. Je suis peut-être vieux, donc, mais dans mon petit carré de sable de sagesse, il me semble que le courage et l’imagination, ça ne se résume pas à suivre l’idéologie dominante qui nous a foutu dans le pétrin et qui aujourd’hui nous propose davantage de ce qui nous a foutu dans le pétrin pour nous sortir du pétrin.

Le courage, ce n’est certainement pas d’augmenter la TVQ. La taxe est une mesure foncièrement régressive, c’est-à-dire qu’elle ne joue pas le moindre rôle dans la nécessaire redistribution de la richesse. Cinq pour-cent, c’est cinq pour-cent, que tu sois dans la rue en train de vendre ton corps ou que tu sois le PDG d’une multinationale. Pour la personne qui dépense 20 000$ par année, c’est peut-être le 1000$ qui l’empêche de payer ses comptes; pour celle qui se déleste de 200 000$, c’est bel et bien 10 000$, soit dix fois plus, mais il lui reste tout de même 190 000$, ce qui est bien suffisant pour vivre. Non, ce n’est pas du courage que de préconiser une hausse de la TVQ; c’est bel et bien le déni du rôle égalisateur de l’État et de son devoir de ne pas seulement penser en fonction des possibilités de revenus, mais aussi et surtout en fonction de la capacité de payer des gens.

Pareillement, l’imagination, ce n’est pas non plus d’augmenter les tarifs du bloc patrimonial d’Hydro-Québec, comme le suggère Force Jeunesse. L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a démontré d’une manière magistrale de quelle façon une telle hausse pénaliserait principalement les moins-nantis tout en épargnant ceux qui ont les moyens de sur-consommer. Ce sont à ces derniers qu’il faut s’attaquer, pas à la classe moyenne et aux plus démunis qui peinent déjà à joindre les deux bouts. L’élasticité-prix de l’électricité est très faible pour les moins-favorisés: 39,2%, contre 88,1% pour les plus riches. Concrètement, cela veut dire qu’une hausse des tarifs ne résulterait pas en une baisse marquée de la consommation pour les premiers, mais plus certainement pour les seconds; en haussant le tarif patrimonial, on n’incite donc pas la classe moyenne et les moins-nantis à réduire leur consommation, mais on permet simplement aux mieux-nantis de continuer leur party!

Non, le courage, l’imagination, c’est oser s’attaquer au dogme des baisses d’impôts qui gangrènent nos capacités depuis une dizaine d’années. Des baisses, encouragées par nos gouvernements de droite au pouvoir depuis des décennies et qui se sont traduites, dans la décennie 1998-2007, par une réduction marquée de la contribution des mieux-nantis et par une hausse tout aussi remarquable du coefficient de Gini, qui calcule les inégalités sociales. De trop généreuses baisses qui privent, comme le souligne Josée Legault, l’État québécois de près de 10 milliards de dollars par année, soit davantage que le déficit actuel!

Peut-être que si les grands penseurs de Force Jeunesse passaient un peu moins de temps à fixer les akènes dans les arbres qui font face à leur binerie de la rue Laverdure en attendant leur chèque du SACA et un peu plus à penser à défendre leur article premier, qui est de « défendre et promouvoir les intérêts des jeunes en emploi », ils réaliseraient peut-être – magie, magie! – que ce sont effectivement les jeunes qui seraient les premiers touchés par leurs mesures régressives; ce sont eux qui vivent le plus de précarité; ce sont eux qui tournent des boulettes chez McDo pour un salaire ridicule; ce sont eux qui doivent manger du Kraft Dinner le mercredi en attendant les maigres émoluments du lendemain.

Non, décidément, je ne veux plus être jeune si c’est pour être représenté par des gens comme cela. Appelez-moi le jeune-vieux ou le vieux-jeune si ça vous chante, mais je préfère encore m’arrimer à des générations qui ont eu les couilles de se battre pour des changements permettant d’améliorer réellement la société et qui ne se sont pas contentés de chanter en chœur les refrains usés du parti au pouvoir en gardant un œil sur la boîte aux lettres d’où ils recevront leur prochain chèque.

Tarifs d’électricité: la démythification
16 décembre 2009

Une étude, publiée il y a quelques jours par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), s’attaque aux mythes entretenus par une certaine droite économique quant aux tarifs d’électricité au Québec. Le constat est triple: notre électricité n’est pas vendue à rabais, une hausse des tarifs n’est pas juste et équitable et l’augmentation des tarifs ne permet pas de sauver l’environnement.

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Premier mythe: l’électricité en solde

On entend parfois certains idéologues déclarer que nous ne paierions pas assez cher notre électricité, que nous aurions droit à une sorte de rabais de la part d’Hydro-Québec. Une sorte de B.S. dont profiteraient l’ensemble des Québécois pour le bloc patrimonial, les premiers 165 terawattheures (TWh) achetés par Hydro-Québec Distribution et dont le coût est fixé par la loi à 2,79 ¢ le kilowattheure.

En fait, notent les chercheurs, « la division Production, qui est responsable de produire l’électricité du bloc patrimonial, est celle qui a réalisé, de loin, le plus gros bénéfice net en 2008(2,1 G$) ». Ce bénéfice de 2,1 milliards de dollars représente 68% de tous les profits réalisés par Hydro-Québec pour l’année. Le taux de rendement de cette division, pour l’actionnaire (nous!) se chiffre à 21%, soit près du triple de la limite jugée raisonnable par la Régie de l’énergie pour les divisions Transport et Distribution.

Qu’on se le dise franchement: ce bloc patrimonial est extrêmement rentable pour Hydro-Québec!

Deuxième mythe: une hausse des tarifs serait juste et équitable

Les maîtres de recherche de l’IRIS ont calculé l’impact qu’aurait une hausse de 1 ¢/kWh des tarifs du bloc patrimonial en fonction des revenus de la population. Ils ont divisé ces revenus en quintiles et ont ainsi démontré qu’une hausse se traduirait pour le premier quintile (personnes les plus pauvres) par un effort de 0,70% du revenu, contre 0,51% pour le deuxième quintile, 0,44% pour le troisième quintile, 0,35% pour le quatrième quintile et 0,24% pour le cinquième quintile (personnes les plus fortunées). En clair: une hausse des tarifs, contrairement aux fables de certains, toucherait principalement les moins bien-nantis.

À l’opposé, une hausse modeste de l’impôt (0,5%) pour les particuliers et de la taxe de vente (0,6%) rapporteraient les mêmes revenus sans s’attaquer aux plus démunis. Au niveau de l’impôt, les chercheurs ont calculé quel l’effort demandé aux quintiles deux à cinq ne dépasserait pas 0,54%; au niveau de la taxe, l’effort maximum de l’ensemble des quintiles serait de 0,34%. Concrètement, ces mesures permettraient de renflouer les coffres de l’État sans faire porter un fardeau supplémentaire à des citoyens qui sont déjà dans une situation précaire. Et on ne parle que de fractions d’un pourcent ici, loin de toutes les baisses d’impôts accordées depuis une décennie par les gouvernements péquiste et libéral…

Troisième mythe: l’augmentation des tarifs permettrait de sauver l’environnement

Il s’agit d’un mythe propagé par une certaine droite aimant se donner bonne conscience. Ne serait-il pas merveilleux de pouvoir s’en prendre à la redistribution de la richesse tout en « sauvant l’environnement? » Voilà le pari (trompeur) choisi par certains. Mais les faits, eux, invalident ces prétentions.

Ainsi, les auteurs de l’étude notent que l’électricité possède une élasticité-prix très faible; une modification des tarifs n’entraîne pas de changements de comportement majeurs. Une augmentation de 15% de la facture d’électricité (la moyenne si on augmente le tarif du bloc patrimonial de 1 ¢/kWh), par exemple, n’entraînerait qu’une diminution de 2,4% de la consommation, puisque la plupart des ménages utilisent principalement l’électricité pour des besoins de base, comme le chauffage, utilisé par 73% des Québécois. Si on espère modifier la consommation en ajustant les prix, il faudrait donc financer d’importants travaux d’infrastructure pour permettre aux citoyens de se chauffer autrement.

Or, la meilleure façon de réduire la consommation consiste à pénaliser une consommation excédentaire, c’est-à-dire celle qui ne correspond pas aux besoins vitaux des ménages. Il faudrait modifier la structure tarifaire de la clientèle domestique (tarif D) pour pénaliser les fortes consommations tout en protégeant, voire en récompensant, les ménages économes. Une telle mesure serait beaucoup plus efficace car l’élasticité-prix des mieux-nantis est beaucoup plus forte (88,1%) que celle des plus faibles (39,2%).

Les auteurs de l’étude notent, avec justesse:

Les consommateurs québécois, il est vrai, sont des énergivores, et il reste beaucoup à faire en termes d’efficacité énergétique et d’économies d’énergie. Bien qu’il puisse être tentant de hausser les tarifs pour induire des comportements énergétiques plus responsables, l’augmentation du prix du bloc patrimonial est loin d’être le moyen le plus efficace. Il est beaucoup plus intéressant de modifier la structure tarifaire pour cibler et pénaliser les grands consommateurs, tout en récompensant les ménages qui consomment peu.

Si on désire réduire la consommation d’électricité et éviter le gaspillage, il faut donc s’attaquer aux tarifs des paliers supérieurs de consommation et aux mieux-nantis, car ce sont ces ménages qui utilisent le plus l’électricité pour des besoins non-vitaux et qui ont la plus grande marge de manœuvre pour opérer des changements dans leur consommation.

Le mérite d’une telle étude consiste à objectiver le débat et à l’épurer des mythes et des préjugés qui le contamine. Elle permet de concevoir cette hausse anticipée des tarifs pour ce qu’elles est, c’est-à-dire une mesure régressive pénalisant principalement la classe moyenne et les moins-nantis tout en épargnant les plus favorisés et en permettant à ces derniers, encore une fois, de continuer le party sur le bras de la majorité.

Il serait peut-être temps de rebâtir les ponts. On ne peut pas opposer écologie et redistribution de la richesse; on ne peut pas renvoyer dos à dos ceux qui veulent une amélioration de notre environnement et ceux qui désirent vivre autrement que dans la pauvreté. À qui profite cette division, sinon à ceux qui parlent d’effort et de serrage de ceinture en autant que ce soit l’effort et la ceinture des autres?

Et si, pour une fois, on leur demandait à eux aussi de faire un effort en augmentant leurs impôts?