Où vivent les immigrants à Saint-Jérôme ?
3 juin 2019

La ville de Saint-Jérôme, au nord de Montréal, ne fait pas partie des meilleures villes de la région pour fonder une famille et elle possède une criminalité assez élevée en comparaison d’autres villes. Malgré tout, elle possède d’excellents quartiers pour élever des enfants. Quand vient le temps de choisir un quartier où vivre, il peut également être intéressant d’en connaître davantage sur la composition démographique du quartier. Par exemple, y a-t-il beaucoup d’immigrants ?

Voici, ci-bas, une carte qu’il est possible de cliquer pour agrandir et qui fait état des endroits où il y a le plus d’immigrants (en rouge) et ceux où il y en a le moins (en vert). Les immigrants de première génération (les personnes nées à l’extérieur du pays) et de deuxième génération (les personnes dont au moins un des deux parents n’est pas né au pays) ont été considérés pour ce calcul.

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On remarque, en observant cette carte, que les secteurs où il y a davantage d’immigrants et ceux où il y en a moins se côtoient et se chevauchent régulièrement, ce qui témoigne d’une répartition relativement équitable de l’immigration. Les secteurs où il y a le moins d’immigrants sont principalement situés dans les zones plus rurales du quartier Bellefeuille, dans Saint-Antoine, le long de la rivière dans le centre de la ville et vers Lafontaine.

Plusieurs études scientifiques font état des effets de l’immigration au sein d’un quartier :

  • Crowder, Hall et Tolnay (2011) démontrent que l’importance relative de la population immigrante dans un quartier est positivement reliée à la probabilité de déménager dans un autre quartier et, à l’inverse, qu’une large population immigrante dans les quartiers voisins réduit la probabilité de déménager.
  • Rokeach et al. (1960)1 démontrent qu’il y a une tendance naturelle des gens à s’associer, à socialiser et à être plus confortables avec d’autres personnes partageant des systèmes de croyances similaires. Plus grande et la similarité perçue des autres, le plus on leur fait confiance.
  • Saiz et Wachter (2006) expliquent que la valeur des logements dans les quartiers à forte proportion immigrante augmente comparativement moins rapidement que dans les autres quartiers. La population native est prête à payer une prime pour habiter dans un quartier où il y a moins d’immigrants.
  • Hall et Crowder (2013) arrivent à la même conclusion : une plus grande proportion immigrante dans un quartier encourage une fuite de ce quartier par la population locale. Un quartier où une personne sur cinq est immigrante augmente de plus du double la probabilité d’un exil de la part de la population native. En outre, la population native déménage systématiquement dans des quartiers où il y a moins d’immigrants que le quartier qu’elle a quitté.
  • Alesina et La Ferrara (2002) font également état du fait que la confiance entre les citoyens d’un quartier augmente également en fonction du temps passé par chaque citoyen au sein de celui-ci ; les quartiers où il y a plus de déménagements ont un taux de confiance sociale plus bas.

Concrètement, un quartier avec une plus forte immigration a une confiance plus faible entre ses citoyens, des déménagements plus fréquents et une augmentation moins rapide de la valeur des propriétés. Il s’agit là d’une information intéressante à connaître pour tout acheteur potentiel d’une propriété à Saint-Jérôme.

On peut lire d’autres données et d’autres études dans la méthodologie.

Voici les résultats, pour chaque quartier :

Les quartiers de Saint-Jérôme selon la proportion d’immigrants

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Source : Recensement de Statistique Canada (2016) et calculs de l’auteur.

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On constate que les secteurs 34 et 47, dans l’est du centre de la ville, sont les endroits où il y a le plus d’immigrants. En effet, un peu moins d’un habitant sur quatre y est d’origine immigrante, de première ou de deuxième génération. À l’inverse, il y a plusieurs secteurs plus favorisés, par exemple le 20, dans Lafontaine, mais aussi les secteurs 5, 39, 60, 69 et 70.

Saint-Jérôme constitue une ville ayant, pour le moment, une immigration encore relativement basse, en comparaison avec d’autres villes du sud du Québec. En choisissant le bon quartier où s’installer, on peut bien y vivre dans un environnement où les gens se font confiance entre eux.

La folie des opposants à la Loi 21
6 avril 2019

Racisme, nettoyage ethnique, xénophobie, source de honte… Les qualificatifs ne manquent pas pour critiquer le projet de loi du gouvernement Legault en faveur de la laïcité des travailleurs représentant l’État. Un peu plus, et on demande à l’OTAN de bombarder le Québec pour mettre fin à l’hécatombe. On nage en plein surréalisme.

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Comme le souligne avec justesse Richard Martineau, il y a des codes de conduite et vestimentaires dans toutes les professions. Si un employé représente une banque, il ne peut pas arriver en manches courtes le corps couvert de tatouages, même si ces tatouages font partie de son identité.

Quand on demande aux représentants de l’État de laisser les symboles religieux ostentatoires à la maison, ce n’est ni de la discrimination, ni du racisme, ni du nettoyage ethnique ; on reconnaît simplement qu’il existe des règles et qu’on ne peut pas davantage placer les tatouages (ou des piercings dans le visage) entre l’employé de banque et le client qu’on peut placer le voile entre l’enseignante et l’étudiant. L’employé de banque doit être neutre parce qu’il représente une institution (la banque) qui se veut neutre ; idem pour l’État.

vivre dans le passé

La réaction aussi émotive et extrême des opposants à cette loi tient peut-être qu’ils ne réalisent pas le changement qui s’est opéré au sein de la société québécoise. Le Québec est un des endroits au monde qui reçoit, proportionnellement à sa population, le plus d’immigrants. Le feu couve depuis plus d’une décennie. On est passé de la polémique d’Hérouxville à la commission Bouchard-Taylor, à la charte des valeurs, puis maintenant la loi 21. À chaque fois, les partisans du multiculturalisme espéraient pouvoir enterrer le problème sous le tapis et qu’il disparaîtrait de lui-même.

L’historien Éric Bédard a raison de comparer cette loi à la Loi 101. Tout au long des années soixante et soixante-dix, on a vu des gouvernements chercher des moyens de régler la question linguistique ; il y a eu des commissions, des lois, diverses tentatives, toutes aussi infructueuses les unes que les autres, jusqu’à la La Charte de la langue française, votée dans l’année suivant l’élection du Parti Québécois en 1976. Le parallèle avec la CAQ, qui vient d’arriver au pouvoir, est assez intéressant ; dans les deux cas on parle d’un parti qui entend opérer une cassure avec le statu quo est qui a mis ses cartes sur la table, en toute honnêteté, tout au long du processus l’ayant porté au pouvoir.

Toutes ces personnes qui se déchirent la chemise sur la place publique finiront par accepter que le Québec a changé et trouveront normal qu’une personne laisse ses signes religieux à la maison lorsqu’elle va travailler pour le gouvernement. Personne ne force qui que ce soit à travailler dans quelque lieu que ce soit ; si pour une femme le voile d’Allah est plus important que son travail, elle est libre de se trouver un autre emploi. Idem pour l’employé de banque et ses tatouages ou ses piercings.

L’ethnocentrisme immigrant

À Rome, on fait comme les Romains. On ne force personne ni à habiter au Québec, ni à travailler pour l’État québécois. Si des gens ont fait le choix de venir vivre chez nous, ils doivent avoir comme objectif de s’intégrer à notre société, non de chercher à la transformer pour qu’elle devienne semblable au pays qu’ils ont quitté.

De la même manière, si une Québécoise allait vivre en Arabie Saoudite, réclamerait-elle le droit de se promener la tête découverte ou de boire de l’alcool dans les lieux publics (ce qui est interdit là-bas) ? Non. Elle accepterait le fait qu’elle est dans un pays étranger et qu’elle a la responsabilité de s’y adapter.

Les immigrants qui arrivent ici, par contre, sont tellement nombreux qu’ils vivent souvent reclus sur eux-mêmes, dans des ghettos, et ils n’ont que peu de contact avec l’essence de ce qui constitue notre culture. Ils sont surpris, ces jours-ci, de constater que les lois votées dans une ville et une province s’appelant Québec peuvent les affecter. Ils arrivaient ici sans rien savoir ni de nous, ni de nos valeurs, et souvent encore moins de notre langue. Ils arrivent au Canada, en Amérique, et c’est tout. Ils vivent souvent repliés sur leur petite réalité et ignorent celle du pays qui les accueille.

Quand la poussière sera retombée, le Québec aura gagné non seulement une plus grande cohésion sociale, mais également un plus grand respect de la part de ces immigrants. Les prochains qui arriveront n’auront de choix de prendre acte de la présence du peuple québécois qui, par ses institutions et ses lois, a déterminé la place que doit occuper la vie religieuse au sein de ses institutions et a trouvé la manière de leur permettre de s’épanouir sans que leur religion ne prenne préséance sur la laïcité de notre État.

En espérant qu’il ne s’agit que d’une première étape. Il faudrait encore réduire le nombre d’immigrants, car sans cela, la pression démographique finira par nous mettre en minorité et rendra de telles lois plus difficiles à adopter dans le futur.

Comme on dit : à chaque jour suffit sa peine.

Tenez bon, M. Legault !

Le chemin de croix
4 avril 2012

Défendre le français au Québec – et donc la pluralité linguistique dans le monde – ressemble de plus en plus à un chemin de croix. À chaque jour ou presque, on lacère encore davantage notre langue. Il y a quelques semaines, c’était Stéphane Gendron qui se moquait de notre aménagement linguistique. La semaine dernière, on découvrait que les jeunes anglophones méprisent notre langue. Il y a quelques jours, on apprenait que Québec finance les cours d’anglais des immigrants. Aujourd’hui, on découvre que les séances d’accueil aux immigrants se feront désormais en anglais. Encore aujourd’hui, on apprend que l’anglais est largement sur-représenté dans les emplois du secteur public. Il ne manque que la crucifixion et on peut fermer les livres.



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Chacune de ces attaques contre la langue nationale des Québécois est assez grave en soi, mais c’est le nombre et l’intensité de celles-ci qui a de quoi surprendre. On dirait qu’il n’y a plus rien pour nous sortir de notre torpeur. Un peu comme si, intérieurement, nous avions déjà capitulé. Un peu comme si nous avions décidé, après des années d’auto-dénigrement, de dévalorisation, de haine de nous-mêmes, que nous n’avions plus le droit d’aspirer à assurer notre futur collectif. Nous avons cessé de rêver.

Cette incapacité à concevoir un futur dont nous serions les maîtres nous a transformés en champions de la servitude. Face à une idée originale ou insolite, nous n’avons plus la moindre curiosité ; nous sommes sceptiques. Nous ne souhaitons plus « briller parmi les meilleurs », mais nous conformer à ce qui se fait ailleurs. Nous ne souhaitons plus avoir une éducation accessible parce que cela rejoint nos valeurs ; nous voulons nous adapter à la moyenne canadienne. Nous ne voulons plus nous donner les moyens d’exister ; nous voulons nous « adapter » à la réalité nord-américaine. Nous ne désirons plus avoir une société plus juste ; nous souhaitons suivre les recettes économiques états-uniennes ayant échouées. Nous n’aspirons plus à la vie ; nous désirons passer inaperçu. Nous sommes des prostitués longeant les murs.

Notre problème n’est pas seulement linguistique, mais onirique. Nous ne rêvons plus, ou bien nous rêvons de manière sectorisée. Nous pouvons imaginer quelques petites originalité éparses, que ce soit une éducation accessible, une langue française qui nous regroupe tous, une politique économique différente, mais peu de gens sont en mesure de rêver à grande échelle. Chacun vit enfermé dans son propre petit monde. Chacun fait ses propres petits combats. Pas question pour les étudiants de se battre pour la langue nationale. Pas question pour les francophiles de lutter contre l’enfoncement à droite de la société québécoise. Chacun vit pour soi.

Ces attaques contre la langue française sont donc d’autant plus faciles qu’aucun mouvement de masse ne peut s’y opposer. Nous regardons, l’air béat, notre langue et nos valeurs reculer et nous saluons de la main, capitaines sur le bateau de nos rêves, le naufrage de nos idéaux.

Nous contemplons notre chute en silence.

Prioriser

Au cœur de toutes les vicissitudes de notre quotidien, nous devrions pourtant reconnaître une nécessité : protéger l’avenir. Mettre les graines qui pourront un jour germer à l’abri et préparer la relève. Reconnaître que si de nombreux débats ont leur importance au Québec, un seul est incontournable : celui de notre langue. Car si notre langue disparaît, nous disparaissons. Le cœur, l’âme de notre identité, surtout depuis la Révolution tranquille et la chute de notre foi, c’est notre langue. Si nous la perdons, nous avons tout perdu.

Il nous faut donc prioriser, choisir nos luttes. On peut appuyer les étudiants, on peut lutter pour une société plus juste, on peut se battre pour l’environnement, on peut œuvrer à une foule d’enjeux locaux, nationaux ou mondiaux, mais la jonction de toutes ces causes doit être la langue française ; une éducation plus accessible ne nous servirait à rien si nous n’étions plus là ; une planète plus propre ne nous serait d’aucune utilité si nous n’existions plus. La langue doit être le combustible qui enflamme toutes les autres causes.

À la face de l’ethnocide du français en Amérique du Nord, et parce que nous constatons que l’anglomanie et le sur-financement des institutions des anglophones au Québec atteignent des sommets, il nous faut mettre le français au centre de toutes nos luttes et refuser le moindre compromis sur cette question.

Le peuples accommodants ne représentent qu’une astérisque dans un livre d’histoire.

Multiplions les luttes et les solidarités, mais exigeons le français, et uniquement le français, en toutes circonstances et pour toute occasion.

Accepter le contraire, c’est légitimer le dénigrement de ce que nous sommes et c’est porter nous-mêmes la croix sur laquelle on nous crucifie jour après jour dans tous les médias.

Pour en finir avec Jacob Tiernay
8 juillet 2010

Polémique créée de toutes pièces. Non satisfaite d’avoir fait une grande nouvelle du fait divers selon quoi Jean-Daniel Lafond, le mari de la gouverneure-générale Michaëlle Jean, rejetait le nationalisme québécois (mais pas le nationalisme canadien, bien sûr, lui qui vit sur notre bras depuis cinq ans), La Presse en a ajouté une couche avec les propos de Jacob Tierney, un obscur réalisateur anglophone déversant son fiel sur la soi-disant fermeture des Québécois face aux immigrants et aux anglophones.  Même Cassivi, le laquais de service de la pute de la rue Saint-Jacques – dixit Olivar Asselin – a ajouté son grain de sel en donnant raison aux propos de Tiernay. Rétablissons les faits.

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D’abord, il y a quelque chose de profondément ironique à se faire ainsi insulter par un Jacob Tiernay ayant participé à des films comme The Trotsky, Walk All Over Me, Twist, Straight Up, This Is My Father, The Neon Bible et Are You Afraid of the Dark?. L’homme, qui a grandi à Montréal et s’y sent chez lui, n’a associé son nom qu’avec des réalisations dans la langue maternelle de 8,2% de la population du Québec. Les autres, les 91,8% de la population du Québec qui n’ont pas l’anglais comme langue maternelle, ne les ignore-t-il pas? N’est-il pas lui-même fermé à la réalité du Québec d’aujourd’hui, un Québec dont la langue commune, nationale et officielle est le français? Comment peut-il insulter les Québécois, qui font des films dans la langue nationale – leur langue – d’être fermés alors que lui n’a jamais eu la moindre volonté, le moindre désir de s’intégrer au Québec?

Marc Cassivi y va de sa propre parade pour défendre Tiernay: puisque près de 40% de la population de Montréal parle une autre langue que la langue nationale, cette « diversité » devrait être présentée dans les films. Et Cassivi de se réjouir que le dernier film de Tiernay ne « gomme pas » la réalité de Montréal, une réalité qu’il affirme pluriethnique et qu’on devine multilingue. Un peu plus, et il donnerait un trophée à Tiernay pour « oser » présenter des contre-exemples, des gens ayant fait le choix de vivre en marge de la société québécoise et de refuser de s’y intégrer.

Multiculturalisme contre intégration

Le noeud du problème, encore une fois, touche aux différences fondamentales entre les visions canadienne et québécoise de ce qui constitue une société. Pour La Presse, Cassivi et Tiernay, la société est ce qui est, ce qui existe devant nos yeux. Ce n’est donc pas surprenant que la moitié du texte de Cassivi parle des immigrants qu’il voit dans son quartier. Pour les Québécois – et la plupart des autres peuples sur cette planète – la société constitue, cependant, un idéal à atteindre, une vision commune de ce qui doit être.

Ainsi, la France, l’Allemagne, l’Italie, ne conçoivent pas leurs pays respectifs comme des photoramas de ce qui existe présentement; à leurs yeux, un immigrant ne parlant pas la langue nationale et ne partageant pas la moindre des valeurs nationales ne constitue pas un élément du multiculturalisme ou de la diversité de la nation, mais plutôt un immigrant à intégrer au destin commun du pays. On ne fera pas un film à propos d’un immigrant ne parlant pas la langue nationale en célébrant ce fait, mais bien davantage en soulignant les problématiques de l’intégration.

Au Canada, par contre, on s’appuie sur la force tranquille de l’impérialisme linguistique de l’anglais et on se permet de célébrer toute forme de différence parce qu’on a la conviction, qu’à long terme, l’anglais saura s’imposer. On considère que l’immigrant fraîchement débarqué, ou que le citoyen d’origine sikh qui réclame le droit de ne pas avoir à porter de casque de protection à cause de ses croyances religieuses, sont autant Canadiens que n’importe qui d’autre. Est Canadien qui habite le territoire canadien, simplement, parce qu’à long terme, l’anglais et les valeurs communes – ou l’absence de valeurs communes – finiront par s’imposer. C’est un peu cela, le multiculturalisme.

Au Québec, une telle façon de faire serait suicidaire. Si on décidait d’accepter qu’il y a des immigrants qui ne parlent pas français, ne veulent pas parler français, détestent le français; si on décidait de respecter de souligner l’apport de la « communauté » anglophone, on se condamnerait à la désintégration sociale et à empêcher toute forme d’intégration des immigrants à la langue et à la culture nationales. Ce serait la disparition rapide et finalement du peuple québécois.

En d’autres mots: quand Tiernay affirme que le cinéma québécois est fermé, il émet le souhait que nous considérions les anglophones et les immigrants rejetant le caractère francophone du Québec comme des particularités québécoises plutôt que comme des individus en attente d’être intégrés à notre nation. Pour lui, le fait que les Québécois ne forment que 2% de l’Amérique du Nord ou que notre langue régresse n’a pas la moindre importance: l’immigrant qui débarque ici et qui choisit de parler anglais – nuisant ainsi à notre capacité collective de survivre en tant que peuple – devrait jouir des mêmes privilèges que ceux qui se sont intégrés à notre langue nationale. En clair: Tiernay veut nous imposer un multiculturalisme tueur de notre spécificité plutôt que d’accepter que nous ayons choisi, à l’instar de nombreux peuples, d’intégrer les immigrants et les minorités à notre culture nationale.

Notre cinéma est ouvert à l’intégration

Et ce choix que nous avons fait, il se reflète dans notre cinéma, un cinéma ouvert à l’intégration des minorités (origine ethnique, langue, orientation sexuelle, etc.), contrairement au repli sur soi et au refus de la participation à sa collectivité prônés par Tiernay. Que ce soit le film 1981, qui fait l’éloge de l’intégration d’une famille d’origine italienne, 15 février 1839, qui parle notamment du courage de Charles Hindelang, un Suisse ayant décidé de participer pleinement au combat patriote, Congorama, qui s’interroge sur les relations filiales entre un Belge (d’origine québécoise) et son enfant Noir, Les Boys, qui traite notamment de l’homosexualité dans un contexte d’acceptation par un groupe de hockeyeur, C.R.A.Z.Y., qui parle également d’intégration et d’homosexualité, et la liste continue.

Le cinéma québécois est ouvert à la différence dans une perspective d’intégration de celle-ci alors que Tiernay, lui, avec ses films unilingues anglais, dont le dernier se passe dans un quasi huis-clos de ghetto anglophone refusant de se joindre à la nation québécoise, incite à la fermeture et au rejet. Le Québec s’ouvre vers la création d’une communauté partageant une langue, une culture et des valeurs communes alors que Tiernay nous rejette et refuse de participer à cette nécessaire intégration.

Au fond, n’est-ce pas Tiernay qui constitue lui-même le pire des fermés? Alors qu’il vit sur le territoire d’une nation riche en histoire, en culture, et qui possède une langue unique méritant d’être protégée, il a fait le choix de nous tourner le dos et d’embrasser une culture anglophone n’ayant absolument rien à voir avec le Québec dont nous rêvons.

Et puisque le cinéma se fait souvent à partir de rêves, le choix de Tiernay se transforme peut-être en cauchemar, appuyé par les idéologues de La Presse, où les Québécois ne seraient plus qu’une ethnie parmi d’autres dans un beau et grand Canada coast to coast où toutes les libertés sont permises, sauf celle, évidemment, d’avoir en son sein un peuple cohérent se souhaitant un futur collectif différent.

Cette cohérence, si Tiernay l’avait, il s’en servirait pour faire un film dans la langue des Québécois. Si c’est trop lui demander, qu’il se taise et qu’il vive son racisme et sa haine des Québécois et de leur spécificité dans le silence de cette bulle de verre qu’il s’est construit autour de son égo.

Notre nation est française, et si cela ne lui plaît pas, il a tout l’Amérique du Nord pour vivre son anglomanie.

Les deux nationalismes
24 mai 2010

Il y a deux nationalismes dans les rues du Québec en ce moment. Celui qui s’affiche avec le fleurdelisé ou le drapeau des Patriotes et celui qui se vit en bleu-blanc-rouge, à l’image du club de hockey des Canadiens de Montréal. Le premier se célèbre à dates fixes, presque avec modestie, alors que le second est exubérant, s’affiche sur chaque voiture, se klaxonne dans les rues, se convertit en émeute, occupe toutes les tribunes. Pourquoi l’un serait-il plus important que l’autre?

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On aime parler du côté rassembleur du hockey. Peu importe tes origines, tes valeurs, si tu te reconnais dans les règles du jeu et que tu connais le nom de quelques joueurs, tu fais partie du groupe. On ne te demande pas grand chose: comprends et respecte la forme du jeu, ses lois et ses principes, accepte que ses règlements fassent partie intégrante de la partie, et tu deviens membre de la grande fraternité des amateurs de hockey du Québec.

Alors, il devient possible de se promener avec des drapeaux du CH, des tatouages du CH, des coupes de cheveux à l’effigie de la « Sainte Flanelle », des serviettes du CH, des peluches du CH, des sacs à dos du CH, des chandails du CH, des manteaux du CH, des casquettes du CH, alléluia! Ça, c’est la fierté acceptable, le nationalisme propret, ce sentiment d’appartenir à une collectivité partageant les valeurs communes du sport.

À l’opposé, il semble qu’on ait peur de célébrer l’autre nationalisme, celui qui commémore d’autres règles et d’autres lois. Certains voient même dans le nationalisme quelque chose de suspect, comme si le fait d’apprécier des valeurs communes dans la vraie vie serait plus dangereux que dans le sport. Un individu habillé du CH de la tête aux pieds encouragera la discussion et sera qualifié de « vrai » partisan; un autre qui a des effigies des Patriotes ou qui s’enroule dans son drapeau sera vu comme un fanatique, un « pur et dur », bref quelqu’un de suspect.

Pourtant, le nationalisme québécois n’est-il pas tout aussi inclusif et respectable que celui du Canadien de Montréal? Au hockey, il y a les traditions, les pénalités pour rudesse, les cérémonials; on accepte quiconque comprend et accepte ces règles. Dans la société, c’est la même chose: que tu sois Noir, Blanc, Jaune ou Vert avec des picots, on ne veut pas savoir d’où tu viens, pour paraphraser Pierre Falardeau, mais où tu vas! On ne veut pas connaître ta vie, on veut savoir si tu comprends qu’un coup de bâton intentionnel en plein visage contrevient aux valeurs du hockey et que de vivre ici sans apprendre notre langue contrevient à nos règles communes. On ne veut pas être au courant de ce que tu fais dans ta chambre à coucher, on aimerait que tu saches reconnaître la longue histoire du Canadien de Montréal et son désir de victoire avec la même passion que celle de notre peuple. On ne veut pas savoir quelle langue tu parlais chez toi à l’origine; dans notre sport, il n’y a que la langue du hockey, et dans notre pays il n’y a que la langue du pays: le français.

Deux nationalismes, deux modèles d’intégration, deux façons d’inciter les nouveaux arrivants à participer à leur société d’accueil. Deux collectivités qui ont leurs règles propres, leurs codes, leurs histoires, leurs façons de vivre. Mais pourquoi s’intègre-t-on plus facilement au hockey qu’au peuple québécois?

Et s’il était plus facile pour un immigrant de s’intégrer et de respecter le Canadien de Montréal et le sport du hockey simplement parce que les règles et les attentes y sont plus claires? Et si, à l’opposé, les attentes du Québec étaient trop floues, complexes, et pas assez assumées?

Si le hockey était comme l’État multiculturaliste

Si le hockey fonctionnait comme notre État, actuellement, il chercherait tellement à plaire à tout le monde qu’il perdrait le respect de tout un et chacun. On établirait des quotas de minorités visibles dans l’équipe. À chaque pénalité, on irait devant un processus d’appel, et révision, à la Cour de ceci ou cela pour déterminer si la pénalité viole les droits individuels. On permettrait aux joueurs Sikhs d’avoir le bâton dans une main et leur poignard dans l’autre. On jouerait les hymnes nationaux des pays de chaque « membre d’une communauté » présente dans l’amphithéâtre. On accuserait les arbitres de faire du profilage racial et après qu’un gros « goon » ait disjoncté et blessé un autre joueur, une coalition contre la brutalité des arbitres se mettrait en place pour se battre contre sa suspension. On donnerait un avantage numérique à une équipe comptant des joueurs d’autres origines à titre de discrimination positive. On poursuivrait en Cour un entraîneur pour libelle. On givrerait les baies vitrées pour empêcher les juives orthodoxes de voir des hommes faire du sport. On construirait un nouvel aréna dans le sens de la Mecque. On éliminerait les parties du samedi soir pour ne pas nuire au Juifs. On annoncerait les buts et les pénalités dans 150 langues pour ne pas faire de discrimination. On enlèverait les portraits de Maurice Richard ou Guy Lafleur afin de ne pas donner l’idée qu’il aurait pu y avoir un peuple francophone à l’origine de cette équipe. Et la liste s’allonge!

Si le hockey était à l’image de notre société, on ne pourrait plus y jouer ou l’apprécier. Il faudrait penser à chaque mot, peser le pour et le contre de chaque virgule, se sentir mal de chaque règlement et se questionner sur les impacts de chaque pénalité. De peur d’offusquer tel ou tel groupe, les règles deviendraient tellement confuses et malléables que plus personne ne voudrait s’y identifier.

C’est ce qui se produit, actuellement, avec le nationalisme québécois. On a tellement peur de brusquer les immigrants, tellement peur de se faire traiter de xénophobes parce qu’on ose se questionner sur nos capacités d’intégration qu’on ne discute plus de rien. On craint tellement de se faire accuser de poser violence à un tel ou une telle parce qu’on désire imposer notre langue dans notre pays, qu’on ne parle plus du pays. On aimerait tellement plaire à tout le monde et se faire aimer qu’on déplaît à tout le monde et qu’on nous méprise non pas pour ce qu’on impose aux autres, mais bien parce que nous sommes trop pleutres pour nous respecter.

Oser être soi-même

Et si on osait simplement… être nous-mêmes? Si on décidait, tout comme pour le hockey, qu’il est normal d’avoir des règles communes, des lois qui régissent notre nation et que ces règles, ces valeurs communes que sont le français, la laïcité, l’égalité hommes-femmes et d’autres, ne sont pas plus négociables qu’une pénalité au hockey?

Si nous avions assez confiance pour imposer ce que nous sommes et ainsi offrir des règles cohérentes, fortes, qui donneraient le goût aux immigrants de se joindre à nous comme on s’attache à une équipe gagnante?

Les drapeaux du Canadien ou du Québec ne se portent pas à l’épaule en signe de deuil ou bien cachés dans nos maisons. Ils s’affichent fièrement à la face du monde comme représentations d’idéaux qui nous unissent et de collectivités partageant des règles, des lois, et qui acceptent quiconque respectent ces règles et ces lois.

Car à force d’accommoder et de vouloir plaire à tout le monde, ce n’est plus seulement notre nationalisme et notre fierté qui disparaissent, mais nous-mêmes…

Manifeste pour une inclusion québécoise
27 mars 2010

Tout le monde écrit des manifestes ces temps-ci. Voici le mien, inspiré par les propositions de citoyenneté québécoise de la Société Saint-Jean-Baptiste et par ma propre compréhension de la nécessité de définir un vivre-ensemble offrant aux Québécois un cadre assurant le respect de leurs valeurs fondamentales, et aux immigrants des règles claires leur permettant de s’intégrer au vivre-ensemble québécois.


Dans le débat identitaire qui secoue actuellement le Québec, certains universitaires ont voulu définir, dans leur manifeste pour un Québec pluraliste, une position d’ouverture aux minorités et d’adaptation réciproque entre celles-ci et le peuple majoritaire. Selon eux, il serait acceptable, voire souhaitable, de ne pas exiger l’intégration des immigrants aux mœurs de la majorité sous prétexte de ne pas les brimer dans leurs valeurs. Il faudrait accepter un « équilibre mouvant » entre les droits de la majorité et ceux de chaque individu. Autrement dit, il faudrait s’enorgueillir du statu quo et revivre éternellement le débat sur les accommodements raisonnables que ne manquerait pas de susciter cette absence de règles claires.

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Je crois, au contraire, qu’il importe de définir clairement les attentes du peuple québécois face aux nouveaux arrivants afin de faciliter leur intégration à une culture québécoise possédant une histoire, un présent et un futur commun. Les Québécois accueillent volontiers les personnes qui s’établissent ici avec le désir de contribuer à la poursuite d’une entreprise culturelle commune où le français, la laïcité et l’égalité entre les hommes et les femmes constituent des valeurs incontournables.

Ces valeurs communes ne constituent pas la projection de nos propres valeurs personnelles, comme voudraient le faire croire les signataires pluralistes, mais plutôt le fruit d’un large consensus qui s’est exprimé et qui continue de s’exprimer dans nos médias, à notre Assemblée nationale et au sein de la société civile. L’espace civique québécois repose sur l’adhésion des citoyens québécois aux lois et aux institutions qui représentent notre appartenance à ces valeurs, exprimées dans notre culture commune.

Culture commune et diversité des apports

Il est normal que toute société d’accueil s’attende à ce que les nouveaux arrivants adhèrent à une culture commune. Chercher l’intégration des immigrants ne constitue pas, comme l’affirment les tenants du multiculturalisme pluraliste, une discrimination ou une exclusion de la différence. Il s’agit plutôt d’une ouverture à la diversité, d’une incitation au dialogue avec d’autres cultures qui, en respectant les valeurs fondamentales des Québécois, permettent réellement d’enrichir la culture québécoise et d’éviter les sempiternels affrontements identitaires.

La cohésion de la société québécoise n’entraîne pas et ne peut entraîner l’éradication des fidélités familiales et historiques liées au pays ou à la culture d’origine : d’une part, parce que les citoyens québécois jouissent des libertés individuelles; d’autre part, parce que le modèle québécois d’intégration suppose que ces références ne sont ni effacées ni gardées en vase clos, mais réinvesties dans la société d’accueil.

En établissant clairement nos exigences face aux nouveaux arrivants quant au respect de notre culture commune, on leur offre ainsi la véritable liberté d’exprimer leurs propres racines identitaires dans un cadre leur permettant de participer au devenir commun. C’est précisément en réitérant le caractère non-négociable de nos valeurs fondamentales – langue française, laïcité, égalité entre les hommes et les femmes – qu’on réussit à construire une société cohérente où l’apport immigrant n’est pas perçu comme une menace à l’identité québécoise, mais comme un enrichissement.

Le soutien à l’intégration

Cette approche inclusive ne fait pourtant pas abstraction de la complexité du processus d’intégration à la société québécoise et elle reconnaît que certains groupes de citoyens victimes de discrimination ont besoin d’un soutien. Celui-ci leur est accordé au nom de l’égalité plutôt que de la différence, et pour résoudre un problème, pas pour créer un droit différent.

En conséquence, les interventions de l’État québécois pour redresser les inégalités fondées sur la différenciation tendent à recréer, tant dans les relations avec les partenaires que dans le mode d’action, les conditions de mixité de la vie réelle. L’État s’adresse aux citoyens qui vivent une même situation, qu’elle qu’en soit la cause, et non à des catégories permanentes de citoyens. On ne parle donc plus de relations avec des « communautés culturelles », mais avec la communauté québécoise dans toute la diversité de ses expressions.

L’État québécois intervient donc pour réduire les obstacles sociaux à l’intégration, peu importe la cause (origine ethnique, sexe, classe sociale, handicap, etc.), parce qu’ils freinent l’accès à l’égalité des citoyens.

Le message de l’État aux citoyens

Dans l’approche inclusive, l’espace civique québécois est déethnicisé et déconfessionnalisé, les fidélités ethniques ou religieuses relèvent de choix personnels et non politiques. Il repose sur l’adhésion des citoyens québécois aux lois et aux institutions de la communauté québécoise, selon des principes acceptés comme universels. Il s’adresse à tous les membres de la communauté en tant que citoyens québécois et non en tant que Noirs, Musulmans, Italiens, Juifs ou Canadiens-français.

Ainsi, lorsque l’État s’adresse aux citoyens, il adopte un discours inclusif, axé sur l’appartenance à la communauté québécoise et sur l’égalité des citoyens. Il évite de catégoriser (ethnies, minorités visibles, races, etc.) et se réfère à tous comme à des citoyens québécois, peu importe la différence. Il parle moins de relations « interethniques », « interraciales », « interculturelles » que de relations entre citoyens, d’adhésion aux institutions, d’harmonie sociale, de rapports sociaux, de cohésion sociale, de culture civique commune. Il invite les Québécois à nouer de nouvelles solidarités en travaillant ensemble à des projets communs.

Le discours de l’État en est un de cohésion sociale, de reconnaissance de la nécessité pour tous de vivre dans une société cohérente, partageant des valeurs communes et adhérant volontiers à ces paradigmes de plein gré, avec la conscience que la minime perte de liberté que peut impliquer le fait de devoir renoncer à certaines croyances incompatibles avec celles de la majorité est largement compensée par la plus grande des libertés : celle d’appartenir à une société qui traite de la même façon chaque citoyen, selon la même justice, selon les mêmes lois.

Quelle continuité?

Les critiques de l’approche inclusive affirment suivre la voie de la continuité, celle des chartes, celle de « l’équilibre-mouvant », tandis que mon approche en serait une de rupture.

En fait, l’approche inclusive se veut plutôt celle du réajustement, après plusieurs décennies de multiculturalisme, de chartisme, et de tensions identitaires croissantes au sein de la société québécoise. Elle propose l’inclusion des nouveaux arrivants dans un devenir collectif québécois et la fin des incessants débats d’accommodements raisonnables à la pièce – ce faux équilibre – qui minent la cohésion sociale et empêchent les valeurs de la collectivité québécoise de réellement prendre racine dans le futur.

Nous ne pouvons faire l’économie de cette remise en question. Qu’on ose le dire et le redire: protéger les valeurs québécoises et intégrer les nouveaux arrivants à ces valeurs, c’est enrichir l’humanité de notre présence dans le temps et c’est affirmer que ce siècle ne sera pas celui de la disparition de ce qui fait notre originalité, mais plutôt celui de l’épanouissement d’une humanité réellement plurielle ayant inclus, dans son village global, les maisons de chaque peuple, avec leurs spécificités, leurs passés et leurs désirs d’un futur commun.

Ce manifeste en est un d’humanité, de diversité des peuples et des cultures, et un appel à l’enrichissement de l’expérience humaine dans le respect de toutes les caractéristiques nationales qui la composent.

Sur la ligne de feu
2 mars 2010

« Je vais te faire perdre ton emploi ». Un autre contrôle manqué par l’enfant, une autre ronde de menaces téléphoniques de la part de la mère. Tania écope. Encore. Quand on enseigne dans des classes d’intégration pour immigrants, il faut savoir la seule chose véritablement utile: l’autre a toujours raison. Pas toi, pas ton pays, pas tes règles de sécurité, ta laïcité, ton égalité homme-femme. Non. Tout ça prend le bord quand on fait affaire avec une minorité d’intégristes qui, à l’image de cette fanatique refusant les règles de son école, cherchent à miner le fondement de notre État de droit tout en s’affairant à rendre la vie insupportable à ceux et celles qui essaient les aider.

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Tania n’a enseigné qu’une seule année à cette école primaire du nord-est de la ville, spécialisée dans l’intégration des nouveaux arrivants. Elle aurait pu continuer, mais c’était trop difficile émotionnellement. Pire: on lui a fait couler son évaluation, avec une note de zéro sur cinq au niveau de l’éthique et des accusations de racisme de la part du directeur et de son assistante. Son crime? Avoir voulu donner des cours de géographie à une enfant, avoir fait part de ses échecs à ses parents et lui avoir demandé de chausser des espadrilles au cours d’éducation physique.

« Toronto, c’est au Liban, mon papa me l’a dit, non non non tu es une menteuse! » lançait la jeune fille voilée de onze ans à sa professeure, en pleine classe. Tania lui montra la carte mondiale, lui pointa Toronto, puis le Liban. « Non, ce n’est pas au Liban, Toronto. Ton père s’est peut-être trompé ». Non, Tania, son père ne s’est pas trompé. Papa-musulman a toujours raison. Tu devrais le savoir. Et c’est pourquoi, le lendemain, il est débarqué dans ta classe, sur l’heure du midi, en violation des règles les plus élémentaires de l’école, pour t’insulter, te traiter de raciste, t’invectiver et te menacer.

Peu de temps après cela, un voyage au Liban de huit semaines pour la petite fille. Lorsqu’elle est revenue, elle a pris beaucoup de retard, si bien que ses résultats n’étaient pas à la hauteur de ses camarades de classe. Rencontre avec les parents et le directeur. Le diagnostic? Non, la petite n’a pas de retard, non elle n’a rien à apprendre. C’est toi, Tania, la raciste, la méchante féministe qui veut apprendre des idées de libération de la femme à son enfant, dixit une mère hystérique, une Canadienne d’Halifax convertie aux vertus de la soumission au mari et du voile corporel. Le directeur te demande de sortir, et plus rien ne sera jamais pareil entre toi et lui par la suite. Sa confiance, tu l’avais perdue.

Les mois passèrent, accompagnés des insultes bi-hebdomadaires suivant inexorablement chaque test, chaque échec d’une petite fille à qui on a appris que le monde est ce que Papa-musulman dit qu’il est. Un jour, la professeure d’éducation physique appela Tania et lui dit, à propos de l’enfant: « elle ne veut pas enlever ses bottes, car elle dit qu’il est mal qu’on puisse voir ses chevilles ». Tania rassura la petite fille, lui expliqua qu’Allah ne la punirait pas, qu’elle devait simplement mettre ses souliers de course et s’amuser avec ses amis. Elle finit par la convaincre, mais à quel prix? Le lendemain, elle est de nouveau convoquée au bureau du directeur, où elle se fait de nouveau insulter, où son propre supérieur lui dit qu’elle aurait dû accepter que la fille participe aux activités en bas (ce qui est pourtant extrêmement dangereux et contraire au règlement). Textuellement, il lui a dit ceci: « entre les règles de l’école et les règles de la religion de monsieur, ce sont les règles de religion de monsieur qui doivent primer ». Et c’est ce qui se produisit par la suite, merci aux menaces de poursuites répétées de la part du triste individu.

Combien de dictées t’a-t-on renvoyées avec un gros « X », Tania, parce qu’elles faisaient référence à Noël ou à Pâques? Combien de fois as-tu dû t’adapter pour simplement survivre, ici, dans ton propre pays, là où tu devrais précisément servir d’exemple aux nouveaux arrivants?

À la fin de l’année, plutôt que d’avoir pris la défense de sa professeure, le directeur et son assistante, une Libanaise d’origine, ont décidé de se débarrasser d’elle du mieux qu’ils le pouvaient. À l’école des immigrants, Tania, pourtant elle-même fille d’une immigrante italienne, n’avait pas compris la leçon de base: au Québec, ce sont les immigrants qui font la loi, et nos règles ne s’appliquent qu’à ceux qui sont assez malchanceux pour être blancs et francophones. Les autres, ils sortent l’insulte du racisme, ils en appellent aux vertus du multiculturalisme, ils appellent leurs avocats, ils se basent sur la Charte des droits et libertés pour nous imposer LEURS droits et LEURS libertés.

Pourtant, « il y en a, il y en a tellement des gens gentils, explique Tania. Je trouve ça plate, parce qu’à chaque fois où on en parle c’est à propos d’histoires complètement débiles. Des madames gentilles qui t’envoient des baklavas, ça on ne s’en souvient pas ». Le problème, il est précisément là: des gens gentils et des gens méchants, confus, violents, psychotiques, existent dans chaque culture, dans chaque peuple. Au Québec, cependant, il suffit qu’un de ces énergumènes utilise sont statut ethnique pour qu’on lui confère immédiatement un semblant de crédibilité. Si tu es blanc et francophone et que tu agis de la sorte, on va te foutre dehors de l’école, appeler la police, appeler la DPJ, t’emmener au poste et te poursuivre. Si tu viens d’ailleurs, on va te laisse faire au nom du multiculturalisme, au nom de l’accommodement raisonnable, au nom de la bonne entente.

Qu’on le veuille ou non, c’est une guerre. Une lutte entre nos valeurs, nos conceptions de l’espace public et des libertés, et celles d’individus sans scrupules qui croient pouvoir utiliser notre ouverture contre nous-mêmes, qui enfoncent nos portes ouvertes et occupent ensuite nos maisons. Et dans cette guerre, sur ce front, se trouvent des gens comme Tania qui, si elle a laissé tomber l’enseignement aux enfants, continue néanmoins d’apprendre notre langue et notre culture aux immigrants adultes et participe, en se prenant des balles de haine à chaque jour, à améliorer notre société et à favoriser une plus grande cohésion, dans le respect de nos valeurs communes. Tania est une héroïne à sa façon, dans les tranchées du multiculturalisme, l’arme de notre insouciance à la main.

Et si on se décidait enfin à l’appuyer, à respecter ceux et celles qui, comme elle, travaillent à l’intégration des immigrants? Si on affirmait enfin, haut et fort, que nos valeurs et notre culture ne sont pas négociables, que notre loi s’applique à tous et que nous n’avons pas à subir les affronts de ceux qui les refusent? Si on osait exiger des nouveaux arrivants le respect de nos institutions et de ceux et celles qui oeuvrent à les aider à se réaliser dans notre maison à tous les jours?

Car si nous n’agissons pas au niveau de l’intégration en osant imposer nos valeurs, il va falloir agir au niveau du nombre d’immigrants à recevoir. Et ça, c’est un tout autre débat. Nécessaire, mais ô combien plus difficile à assumer pour les apôtres d’un multiculturalisme ayant accumulé les échecs comme les Québécois les médailles aux derniers Jeux Olympiques.

D’ici là, merci Tania, et bon courage.

L’épouvantail Bouchard
17 février 2010

Il y a de ces épouvantails qu’on se refuse à ranger lors de l’arrivée de la première neige. Ils guettent, stoïques, les quelques flocons du rêve de l’été précédent tomber et ensevelir ce qui fut une terre fertile. La dernière sortie de Lucien Bouchard, qui s’en prend au soi-disant radicalisme identitaire du Parti Québécois, démontre bien que de tels épouvantails ne veulent pas mourir et s’accrochent désespérément à leurs combats d’arrière-garde.

Source de l’image
Se réclamant de René Lévesque, qui se retournerait dans sa tombe si son nom n’avait pas été si souvent invoqué en vain par de tels profanateurs du bien-commun, il reproche au Parti Québécois de s’interroger sur la meilleure façon d’intégrer les nouveaux arrivants. Tapant sur le vieux clou rouillé de la sempiternelle culpabilité identitaire des Québécois, qui n’auraient que le droit de disparaître dans le silence le plus chrétien en récitant les chapelets de sénilité canadienne-française de son frère Gérard, Lucien Bouchard n’a pourtant pas une si grande caution morale à proposer lui-même. Son bilan à la tête du Parti Québécois est loin d’être reluisant.
En effet, pour quelqu’un qui semble croire que l’intégration des immigrants constitue un phénomène magique, voire mystique, force est de constater qu’il a échoué à en favoriser la francisation au niveau scolaire, pourtant une des meilleures façons de les inclure à notre projet de société. Entre 1996 et 2001, soit grosso modo au même moment où il emmerdait le Québec avec ses « conditions gagnantes » d’une indépendance à laquelle il ne semble plus croire aujourd’hui – y a-t-il seulement déjà cru? – le pourcentage d’allophones passant du secondaire français au cégep français chutait de 58,7% à 54,2%. (( Source :Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, octobre 2008. )) La leçon porte: cette même proportion a immédiatement commencé à remonter à partir de 2001, quand Bouchard a quitté le PQ et qu’on a recommencé à parler, bien timidement, de protéger le français. En 2006, avec 60,7%, on est encore loin du 82,3% de 1987, mais on est sorti de la grande noirceur de l’ère Bouchard.
De la même manière, l’influence du français au sein de la société québécoise a également reculé, ce que démontre l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le niveau d’attraction d’une langue. Celui-ci a augmenté, entre 1996 et 2001, de 1,015 à 1,020 pour le français, et de 1,226 à 1,263 pour l’anglais. C’est donc dire que la hausse de la vitalité de l’anglais au Québec, sous le règne du magicien de l’intégration Bouchard, a été près de huit fois supérieure à celle du français!
Au niveau économique, est-il besoin de rappeler que les coupes sauvages du gouvernement Bouchard pour l’atteinte de son sacro-saint déficit zéro ont fait exploser les inégalités sociales? Le coefficient de Gini sur le revenu total, qui permet de mesurer ces inégalités, est passé de 0,401 en 1995 à 0,421 en 1998, soit une hausse de deux points en quelques années! (( Statistique Canada, Tableau 202-07051,2,7 Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) Il s’agissait de la hausse la plus spectaculaire des inégalités sociales depuis que Statistique Canada a commencé à compiler ces statistiques en 1976. Pour donner un ordre de grandeur, ce coefficient n’a varié que de cinq points en trente ans; 40% de cet écart a eut lieu durant les années du déficit zéro de Lucien Bouchard. Pas exactement le genre de projet de société qui donne envie aux immigrants de s’intégrer et d’apprendre à dire autre chose que « t’as-tu vingt-cinq cennes « man »? ».
Quand l’épouvantail Bouchard traite les Québécois de paresseux, appose sa signature au bas d’un manifeste pour un Québec cupide, ou sermonne un Parti Québécois, pourtant à peine moins pleutre que son son règne, parce qu’il considère simplement agir pour avoir une influence sur notre existence en tant que peuple, il démontre simplement à quel point il est déconnecté de la société et de quelle façon son bref passage à la tête du PQ fut un triste accident de parcours. Tel un despote immobile au milieu de ses ruines, il engueule ceux qui essaient de reconstruire ce qu’il a détruit avec tant d’élégance, à grand renfort de pluralisme et de courbettes identitaires.
Les temps ont changé. La passivité et l’à-plat-ventrisme ont fait leur temps. Avant que ne disparaisse la neige et que ne pointent les premières pousses d’un nouveau printemps, porteur d’espoir et de récoltes abondantes, il serait peut-être temps de remiser l’épouvantail moisi qui, s’il intimide ceux qui l’ont déjà admiré, ne cause pas le moindre désagrément à tous ceux qui se sont habitués à nous picosser le dos à chaque fois où nous menaçions de relever la tête.

L'épouvantail Bouchard
17 février 2010

Il y a de ces épouvantails qu’on se refuse à ranger lors de l’arrivée de la première neige. Ils guettent, stoïques, les quelques flocons du rêve de l’été précédent tomber et ensevelir ce qui fut une terre fertile. La dernière sortie de Lucien Bouchard, qui s’en prend au soi-disant radicalisme identitaire du Parti Québécois, démontre bien que de tels épouvantails ne veulent pas mourir et s’accrochent désespérément à leurs combats d’arrière-garde.

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Se réclamant de René Lévesque, qui se retournerait dans sa tombe si son nom n’avait pas été si souvent invoqué en vain par de tels profanateurs du bien-commun, il reproche au Parti Québécois de s’interroger sur la meilleure façon d’intégrer les nouveaux arrivants. Tapant sur le vieux clou rouillé de la sempiternelle culpabilité identitaire des Québécois, qui n’auraient que le droit de disparaître dans le silence le plus chrétien en récitant les chapelets de sénilité canadienne-française de son frère Gérard, Lucien Bouchard n’a pourtant pas une si grande caution morale à proposer lui-même. Son bilan à la tête du Parti Québécois est loin d’être reluisant.

En effet, pour quelqu’un qui semble croire que l’intégration des immigrants constitue un phénomène magique, voire mystique, force est de constater qu’il a échoué à en favoriser la francisation au niveau scolaire, pourtant une des meilleures façons de les inclure à notre projet de société. Entre 1996 et 2001, soit grosso modo au même moment où il emmerdait le Québec avec ses « conditions gagnantes » d’une indépendance à laquelle il ne semble plus croire aujourd’hui – y a-t-il seulement déjà cru? – le pourcentage d’allophones passant du secondaire français au cégep français chutait de 58,7% à 54,2%. (( Source :Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, octobre 2008. )) La leçon porte: cette même proportion a immédiatement commencé à remonter à partir de 2001, quand Bouchard a quitté le PQ et qu’on a recommencé à parler, bien timidement, de protéger le français. En 2006, avec 60,7%, on est encore loin du 82,3% de 1987, mais on est sorti de la grande noirceur de l’ère Bouchard.

De la même manière, l’influence du français au sein de la société québécoise a également reculé, ce que démontre l’indice de vitalité linguistique (IVL), qui calcule le niveau d’attraction d’une langue. Celui-ci a augmenté, entre 1996 et 2001, de 1,015 à 1,020 pour le français, et de 1,226 à 1,263 pour l’anglais. C’est donc dire que la hausse de la vitalité de l’anglais au Québec, sous le règne du magicien de l’intégration Bouchard, a été près de huit fois supérieure à celle du français!

Au niveau économique, est-il besoin de rappeler que les coupes sauvages du gouvernement Bouchard pour l’atteinte de son sacro-saint déficit zéro ont fait exploser les inégalités sociales? Le coefficient de Gini sur le revenu total, qui permet de mesurer ces inégalités, est passé de 0,401 en 1995 à 0,421 en 1998, soit une hausse de deux points en quelques années! (( Statistique Canada, Tableau 202-07051,2,7 Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) Il s’agissait de la hausse la plus spectaculaire des inégalités sociales depuis que Statistique Canada a commencé à compiler ces statistiques en 1976. Pour donner un ordre de grandeur, ce coefficient n’a varié que de cinq points en trente ans; 40% de cet écart a eut lieu durant les années du déficit zéro de Lucien Bouchard. Pas exactement le genre de projet de société qui donne envie aux immigrants de s’intégrer et d’apprendre à dire autre chose que « t’as-tu vingt-cinq cennes « man »? ».

Quand l’épouvantail Bouchard traite les Québécois de paresseux, appose sa signature au bas d’un manifeste pour un Québec cupide, ou sermonne un Parti Québécois, pourtant à peine moins pleutre que son son règne, parce qu’il considère simplement agir pour avoir une influence sur notre existence en tant que peuple, il démontre simplement à quel point il est déconnecté de la société et de quelle façon son bref passage à la tête du PQ fut un triste accident de parcours. Tel un despote immobile au milieu de ses ruines, il engueule ceux qui essaient de reconstruire ce qu’il a détruit avec tant d’élégance, à grand renfort de pluralisme et de courbettes identitaires.

Les temps ont changé. La passivité et l’à-plat-ventrisme ont fait leur temps. Avant que ne disparaisse la neige et que ne pointent les premières pousses d’un nouveau printemps, porteur d’espoir et de récoltes abondantes, il serait peut-être temps de remiser l’épouvantail moisi qui, s’il intimide ceux qui l’ont déjà admiré, ne cause pas le moindre désagrément à tous ceux qui se sont habitués à nous picosser le dos à chaque fois où nous menaçions de relever la tête.

Quand Lagacé traite les Québécois de racistes
12 janvier 2010

Patrick Lagacé publie aujourd’hui un billet très intéressant sur un reportage du Toronto Sun faisant état du plus haut niveau de chômage des immigrants au Québec. Intéressant, non pas en soi, mais bien parce que Lagacé en tire la conclusion suivante: nous, Québécois, serions des racistes. Le problème, c’est que Lagacé prend le problème à l’envers; il ne faut pas se questionner sur le chômage des immigrants sous la lorgnette du Québécois raciste, mais plutôt y voir la difficulté pour ceux-ci de s’intégrer à la culture québécoise alors que partout, dans tous les médias, on les bombarde de l’idéologie multiculturaliste et on leur rappelle qu’ils auraient le droit de vivre ici sans jamais s’intégrer.

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En fait, comparer le Québec aux autres provinces au niveau de l’intégration des immigrants ne fait pas de sens si on oublie de considérer cette vérité la plus cruciale: le Canada a embrassé une idéologie du multiculturalisme où les immigrants ne sont pas tenus de s’intégrer et où il n’y a pas, à proprement parler, de valeurs ou d’histoire canadiennes. Le Québec, lui, s’attache à un héritage francophone et à une histoire distinctes. Il est donc normal que les immigrants aient plus de difficulté à s’intégrer au Québec que dans le reste du Canada, puisque les exigences d’intégration sont différentes. Si au Québec on exige le français et, dans une certaine mesure, des comportements compatibles avec la laïcité, le Canada est beaucoup moins regardant à ce sujet. L’immigrant, au Canada, peut se replier sur lui-même, vivre isolé avec des membres de sa « communauté », et cela ne choque personne.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’Indice de vitalité linguistique (IVL) de l’anglais est plus faible dans toutes les provinces et territoires canadiens (sauf le Nunavut) qu’au Québec; l’anglais devient de moins en moins la langue commune au Canada. L’immigrant arrivant au Canada ne ressent pas de pression pour s’intégrer; il peut relativement facilement se trouver un emploi dans sa « communauté » en ne faisant que baragouiner un anglais approximatif. Au Québec, cela ne fonctionne pas; nous avons des exigences d’intégration beaucoup plus élevées, non pas par racisme, mais simplement parce que nous avons la conviction différente de ce que constitue la cohésion sociale. Nous souhaitons l’intégration des immigrants à un destin commun au lieu de les voir s’isoler dans des passés et des futurs distincts.

Que le Toronto Sun fasse l’éloge du multiculturalisme canadien ne devrait pas nous surprendre. Ce qui déçoit, par contre, est cette adhésion presque sans remise en question de la part de Lagacé, qui devrait, mieux que quiconque étant donné son statut de journaliste québécois, comprendre la nécessité pour le Québec d’adopter une vision différente de l’immigration.

Il faut en finir avec l’idéologie multiculturaliste

Le multiculturalisme, contrairement à ce qu’affirment certains idéologues, n’est pas synonyme d’ouverture aux autres, d’ouverture sur le monde, d’acceptation de la différence. Il s’agit plutôt d’une fermeture à la seule différence valable dans le temps: celle de l’histoire des collectivités humaines. Autrement dit: en acceptant l’idée que la culture apportée par le nouvel immigrant possède la même valeur que la culture qui est implantée ici depuis des siècles, on contribue à l’homogénéisation du monde, à la destruction des différences historiques et des peuples qui ont façonné la diversité humaine actuelle. On contribue à la création d’un Québec dénationalisé, sans langue commune, sans identité partagée, sans passé porteur de sens et sans futur différent de celui d’une autre nation. Le multiculturalisme tue la différence.

Mathieu Bock-Côté, une référence sur la question multiculturelle, explique: « Le multiculturalisme reconfigure l’espace public des sociétés où il se déploie en pathologisant systématiquement un nationalisme historique faisant le procès non pas des « dérives du multiculturalisme », mais du multiculturalisme comme dérive. Il diabolise, il criminalise, il stigmatise ceux qui refusent la conversion de la communauté politique à la société des identités. » Si on ose croire à un passé commun, à une histoire où les combats de nos ancêtres ont permis la création d’une société cohérente, on s’expose au jugement impitoyable des censeurs du multiculturalisme.

Dans ce contexte, l’accusation de Lagacé comme quoi le plus haut taux de chômage des immigrants au Québec serait un signe de notre racisme, prend tout son sens. Au lieu de se questionner sur le fait que les immigrants reçoivent des messages contradictoires où on leur dit d’un côté que le Québec et le Canada seraient multiculturels et qu’ils n’ont pas vraiment à s’intégrer et où la réalité leur démontre le profond désir des Québécois de survivre et de continuer à enrichir le monde de leur spécificité, Lagacé choisit un raccourci facile: « plus de chômage, plus de racisme ». Le fardeau d’intégration, qui devrait être celui des immigrants, a été renversé; on demande maintenant aux natifs de s’intégrer aux nouveaux arrivants, de les accepter sans tenir compte de leurs valeurs de base, sans même savoir si elles sont compatibles avec les nôtres et si elles s’intègrent bien dans notre vivre-ensemble et notre désir de survie identitaire.

Voilà peut-être la plus grande victoire des ennemis du Québec. Depuis le référendum de 1995, on a plongé dans le multiculturalisme sans jamais se demander s’il était compatible avec notre désir de survivre en tant que collectivité historique et nationale. Aujourd’hui, alors qu’on nous inonde sous le poids d’une immigration plus nombreuse, per capita, que la plupart des pays développés, on préfère parler du racisme des Québécois pour expliquer les problèmes d’intégration des immigrants plutôt que de questionner l’idéologie multiculturaliste qui prône une augmentation incessante de l’immigration et un repli sur soi des immigrants dans un contexte de communauté nationale n’ayant plus rien d’une communauté et encore moins d’une nation.

Et si on arrêtait un peu de s’auto-flageller et qu’on réclamait, enfin, le droit à notre différence? Protéger la spécificité québécoise, quoi qu’on en dise, c’est encore assurer la plus grande et durable diversité humaine qui soit. Vouloir que le Québec puisse signifier autre chose qu’un magma confus d’identités désolidarisées sans passé ni futur, c’est encore la plus grande preuve d’ouverture à la diversité humaine planétaire.

Voilà une leçon que Patrick Lagacé aurait tout intérêt à comprendre.