Des condos dans les îles?
5 juin 2007

Pour ceux qui ne le savent pas, le parc des îles de Boucherville est un des parcs nationaux les plus fréquentés au Québec. Situé en plein coeur du Saint-Laurent, il s’étend du pont-tunnel jusqu’à Varennes, et il comporte de nombreuses îles, de même qu’un réseau cyclable permettant de faire du vélo le long des berges. On peut aussi y faire du kayak, du canot, du pédalo, ou y jouer au golf, ou faire un pic-nique. Et c’est aussi probablement le dernier endroit dans la couronne de Montréal où on y trouve des cerfs en liberté. Voilà un parc qu’il conviendrait de choyer et de protéger.

Pourtant, on projette de construire 2500 unités de condos juste à son entrée, sur l’île Charron, sur un terrain vendu par Desjardins pour la somme de 350 000$.

Même si cette construction ne se ferait pas dans le parc lui-même, elle se ferait dans une zone tampon entre l’entrée du parc et l’autoroute. En d’autres mots, même si on ne coupe pas dans le parc officiellement, on détruirait une grande partie de la beauté sauvage de l’endroit pour y installer des condos luxueux repoussant encore davantage la limite de la nature et les animaux des îles. Mais surtout, on enlèverait la chose la plus précieuse du parc: sa naturalité.

En effet, ce qui est bien avec le parc des îles de Boucherville, c’est qu’on a vraiment l’impression d’être ailleurs quand on y est. On a peine à croire que Montréal est à 2-3 km.; on se croit dans la vraie nature. On se promène, on regarde la rive invitante du vieux village de Boucherville, on traverse vers l’île Grosbois sur le bac-à-sables, et presque partout où on regarde on ne voit que nature ou beauté.

Mais qu’en serait-il avec des tours à condos constamment dans le champ de vision? D’affreuses constructions carrées perçant l’horizon, attirant le regard, rappelant aux visiteurs leur triste destin de petites gens urbaines coincées par le béton et le bitume. N’est-ce pas de la pollution visuelle, polluant effectivement les gens qui sont dans le parc?

Voici une situation où le gouvernement Charest a une possibilité de se racheter pour sa tentative de privatisation au Mont Orford. L’ensemble des îles doit restée le plus sauvage possible. Oui, il y a déjà un hôtel, mais restons-en là. Inutile de rajouter des condos et d’autres constructions détruisant la nature et polluant l’horizon des gens.

Mais le gouvernement a-t-il seulement la volonté de s’attaquer au problème et de faire ce qui doit être fait, c’est-à-dire voter une loi, acheter le terrain et agrandir le parc? Et que doit-on attendre d’une ville comme Longueuil, qui a autrefois sacrifié tout son bord de l’eau pour y construire une route à six voies de large?

Dans un monde où la seule valeur qui compte est celle du profit et du « développement » économique, que vaut le respect d’un derniers espaces verts sauvage de la région immédiate de Montréal?

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