La jacquerie
9 octobre 2011

L’ensemble du mouvement « Occupons », de Wall Street à Montréal en passant par la plupart des grandes villes nord-américaines constitue l’équivalent moderne des jacqueries, ces révolutions paysannes du Moyen-Âge. Beaucoup de bruit, beaucoup de colère, mais à la fin de la journée la plupart des révoltés vont rentrer à la maison et d’ici quelques semaines ou mois on n’entendra plus parler de ce mouvement.

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Les jacqueries n’étaient pas véritablement dangereuses et étaient la plupart du temps réprimées dans le sang. La raison de ce manque de dangerosité pour l’État était l’absence de direction des révoltés, l’absence d’un plan de remplacement du pouvoir en place, l’absence d’une idéologie canalisée permettant de se débarrasser du tyran pour s’émanciper. On y scandait des slogans, des appels à une plus grande « justice » de la part du roi, mais on était tout à fait dans l’impossibilité de proposer quoi que ce soit de constructif en remplacement de l’ordre actuel.

De la même manière, ces manifestations, qui culmineront le 15 octobre dans un événement mondial (et qui dit mondial au Québec dit anglicisé, puisque les organisateurs de l’événement à Montréal n’ont même pas été en mesure de respecter la langue nationale des Québécois) n’ont aucun plan pour remplacer le système actuel. Des milliers de citoyens d’un peu partout en Occident vont prendre de leur temps, vont faire des pancartes, vont descendre dans la rue avec des slogans pompeux du genre « Nous sommes le 99% » mais ils ne proposeront pas de solution de rechange au système actuel. Tout comme lors des jacqueries sous Richelieu, où on réclamait « le roi sans gabelle » (la gabelle était une taxe sur le sel), on se contentera de demander un peu plus d’humanité de la part des spéculateurs ou quelques mesures circonscrites ne changeant en rien le système actuel.

Les jacqueries ont vécu et elles ont disparu. Pourquoi? Elles ont disparu avec la venue d’idéologies organisées, notamment la démocratie, puis plus tard le socialisme. On ne parlait plus alors de révoltes de paysans exprimant une colère impuissante et désorganisée, mais désormais il était question de révolutionnaires beaucoup plus dangereux parce qu’ils proposaient un système alternatif. On a décapité le roi et la reine. On n’a plus demandé un « roi sans gabelle » parce qu’on ne pouvait pas imaginer la société sans roi; on a remplacé le roi.

Or, aujourd’hui, par quoi voudrait-on remplacer le système actuel chez les manifestants de ces manifestations? Il y a autant de réponses différentes que de manifestants. Certains voudraient l’anarchie, d’autre le socialisme, d’autre le communisme, d’autres une plus grande morale des banquiers, d’autres un taxe Tobin, d’autres la fin du fractionnement des réserves bancaires, d’autres la fin de la monnaie, etc. Il n’y a pas de direction. Il n’y a pas de capacité à remplacer le système actuel. « Le roi sans gabelle », c’est tout ce qu’on trouve à scander.

Ces militants se plaignent d’une prétendue censure de la part des médias à propos de leur organisation. Ce n’est pas de la censure. Il s’agit simplement de la compréhension, de la part du monde médiatique, de leur incapacité à proposer quoi que ce soit de constructif. En clair, il s’agit de l’image du jour, des gens scandant des slogans dans la rue, mais qui ne changeront rien du tout. Saveur du jour, spécial du mois. Et on passe à l’appel suivant. Qu’on compare cela aux révoltes du monde arabe où les manifestants réclamaient clairement le départ de leurs dirigeants et l’établissement d’une démocratie.

Le problème, c’est que nous sommes nous-mêmes en démocratie. Ou du moins, en théorie, même si en pratique on pourrait davantage parler d’une ploutocratie. Il n’y a pas de chemin facile vers le changement. Pas de système de remplacement clair et établi, surtout depuis l’effondrement des idéologies collectivistes. Pas de système fourre-tout permettant de regrouper tout le monde sous une même bannière et de réellement menacer le système en place.

Avant de descendre dans la rue, il faut descendre dans les livres. Il faut IMAGINER un monde différent. Il ne suffit pas de dire « nous voulons du changement » sans savoir ce que devrait constituer ce changement. Il faut se PRÉPARER au changement en articulant notre discours, nos revendications et en attendant que le système montre ses plus graves signes de faiblesse.

Vous voulez changer le monde? Imaginez d’abord ce que vous voulez changer et proposez une idéologie alternative.

Sinon, continuez vos jacqueries mais ne vous étonnez pas si rien ne change.

Le feu qui couve
8 octobre 2011

Il y a un travers du peuple québécois que j’aimerais voir changer: le culte de l’unanimité. On gaspille en ce moment quantité d’énergie, au sein du mouvement indépendantiste – les Québécois parmi les Québécois – à tenter de se convaincre les uns les autres de joindre tel ou tel parti ou de rester dans tel parti ou encore de quitter l’arène politique pour joindre la rue, etc. La scène indépendantiste n’est plus un lieu d’échanges et d’idées, de prises de position, mais un gigantesque trottoir de maraudage où chacun tente de convaincre l’autre de le joindre dans LE BON CHEMIN, le SEUL bon chemin. On dit des personnes qu’elles peuvent s’améliorer; il devrait en être ainsi des peuples.

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Historiquement, cette attitude typiquement québécoise se comprend: puisque nous sommes les descendants d’un peuple canadien-français ayant été ravagé par un ethnocide, le fait de se tenir les uns les autres en petites communautés « tissées serrées » a toujours constitué une manière de nous défendre. Aucun mouvement ne pouvait naître sans qu’il ne devienne l’expression d’une partie de l’âme collective des Québécois, cette unanimité ressentie et qui s’exprimait spontanément.

Cette façon que nous avons toujours eu de ne bouger que lorsque tous regardaient dans la même direction a mené aux plus grandes paralysies et aux plus grandes victoires de notre Histoire. Pendant des années, voire des décennies, rien ne se passait puisque nous étions divisés, et puis soudainement l’union sacrée se faisait et un changement drastique s’opérait. Il en fut ainsi en 1837; il en fut ainsi dans l’opposition aux guerres de l’Empire; il en fut ainsi lors de la Révolution tranquille.

Ce qui se produit en ce moment est extrêmement fécond. Tout comme la plus grande source d’énergie produite par l’Homme l’a été en divisant des atomes, l’opposition qui nous anime, les divisions, les chicanes (auxquelles l’auteur de ces lignes participe avec joie), les débats, consacrent simplement la fin d’une période d’unanimité et le retour d’une longue gestation en vue d’un nouveau mouvement collectif énergique et créatif.

En principe, il n’y a rien de mal avec le désir d’unanimité à l’origine des divisions actuelles. Tout comme certains individus traumatisés ont de la difficulté à vivre leurs émotions sur le moment – ils emmagasinent jusqu’à l’explosion – certains peuples s’actualisent difficilement. Nous en sommes simplement à une période de notre Histoire où l’idée d’indépendance est toujours la seule capable d’assurer notre mieux-être collectif mais où une large partie de la population ne se sent interpelée que par ce qui touche son individualité.

Se réapproprier notre idéologie collectiviste

Le problème, actuellement, est qu’une grande partie du mouvement indépendantiste n’arrive pas à prendre acte de la transition qui s’est opérée. Elle croit encore qu’il suffit de convaincre des indécis pour arriver jusqu’au Grand Soir. La vérité – et il faut y faire face – est que ces personnes ne sont pas indécises, ne sont même pas fédéralistes: ce sont des individualistes qui ont été éduqués au sein d’une société ayant perdu contact avec toute forme de collectivisme.

Or, en cherchant absolument à recréer de force l’unanimité, en édulcorant leur discours jusqu’à le rendre totalement imbuvable, certains indépendantistes ralentissent simplement le mouvement normal de libération du peuple québécois. Plutôt que de comprendre que le problème vient de la faillite bien temporaire des valeurs collectivistes et qu’il vaudrait mieux assumer son attachement à ces valeurs, ceux-ci font de la gymnastique intellectuelle pour tenter d’arrimer le projet d’indépendance à des valeurs individualistes totalement opposées à celui-ci. C’était exactement ce que je reprochais à Philippe Leclerc (et à Option Nationale) dans mon dernier texte.

La seule manière de faire progresser le peuple québécois est d’embrasser et de célébrer ces valeurs collectivistes. Il faut cesser de vouloir créer l’unanimité et accepter d’être minoritaire dans son camp comme un tison qui couve et qui attend le bon moment pour rallumer la flamme. Si on dilue notre discours pour proposer une indépendance désincarnée et à genoux devant les minorités, par exemple, on donne la victoire aux individualistes et on renie nos valeurs collectivistes qui imposent la protection de la COLLECTIVITÉ QUÉBÉCOISE avant celle de chacun des individus vivant sur le territoire de cette collectivité.

Qu’on me permette d’être clair: la division qui s’opère actuellement au sein du mouvement permet de départager les vrais indépendantistes (collectivistes) des faux indépendantistes (individualistes). Et croyez-moi, il y en a de chaque groupe dans chacun des partis. Ce problème touche exclusivement les indépendantistes parce que les fédéralistes ont déjà été forcés il y a bien longtemps d’adopter l’individualisme quand ils se sont rendus compte que la seule façon de garder les Québécois dans le Canada était de célébrer leur individualité et de cultiver leurs différences individuelles.

Si on veut réellement faire bouger les choses, la première étape est de reconnaître que l’unanimité chez les indépendantistes est IMPOSSIBLE pour le moment . Il n’y aura plus d’alliance sacrée au sein d’un seul parti parce qu’il faudra prendre le temps de rebâtir non seulement un véhicule d’accession à l’indépendance, mais également un discours essentiellement collectiviste et dénué de faux-compromis proposé par des mollassons qui se pensent indépendantistes mais qui sont surtout individualistes.

À partir du moment où on reconnaît que cette alliance est impossible, il faut célébrer non seulement l’éclatement du Parti Québécois, mais préparer la reconstruction d’un mouvement indépendantiste devenu certes minoritaire, voire marginal, mais authentique et composé d’individus adhérant à une même vision collectiviste de la gestion des affaires publiques. Des individus qui n’ont pas comme but de tenter de convaincre le voisin ou qui attendant l’unanimité du peuple québécois pour agir, mais qui s’informent eux-mêmes et s’organisent pour être prêts lorsque toute crise de l’idéologie individualiste se manifestera (ce qui peut se produire à tout moment).

Les choses peuvent changer rapidement. Qu’on s’organise, qu’on cesse de vouloir convaincre tout le monde et qu’on se débarrasse du vieux bois pourri qui empêche la flamme de la liberté COLLECTIVE de renaître des cendres de l’ordre ancien.

L’aveuglement idéologique du ministère des Finances
25 novembre 2009

Un nouveau courriel. Une représentante du ministre des finances du Québec qui m’écrit personnellement pour me demander d’aller donner mon opinion quant aux orientations que doit prendre le gouvernement lors de son prochain budget. Le gouvernement en personne qui prend la peine de m’écrire! Et qui écoutera mes suggestions! Wow!

En fait, il s’agit plutôt d’un exercice de propagande que de quoi que ce soit d’autre. Quelques questions plus ou moins dommageables, et à la page quatre, le couperet de désinformation tombe, avec une litanie de questions orientées. Parmi celles-ci, la pire de toutes: Faut-il « augmenter les impôts des particuliers et des entreprises, même si cela affecte notre compétitivité »?

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Vous avez bien lu. On ne demande pas au citoyen de juger de la meilleure façon de renflouer les coffres de l’État. Non, on lui impose une manière de voir, c’est-à-dire qu’on lui suggère, explicitement, que de hausser les impôts ne serait pas une bonne idée. Faut être compétitifs, voyez-vous! On doit pouvoir rivaliser avec de petits Chinois enchaînés à leurs machines et payés un salaire de misère. C’est la lutte de tous les pays conte tous les pays, et il serait indécent de demander aux mieux-nantis de faire leur part, eux qui ont profité de généreuses baisses d’impôts depuis une décennie!

Or, au-delà de la compétitivité, que l’économiste et prix Nobel d’économie Paul Krugman considère comme un mauvais indicateur pour un pays, n’y a-t-il pas des objectifs plus importants? Tiens, une meilleure redistribution de la richesse par exemple? Ou la lutte à la pauvreté et la plus grande cohésion sociale qu’elle implique?

Comme je l’écrivais dans un précédent billet, les pays qui ont les impôts les plus élevés sont également ceux dont la pauvreté de la population en âge de travailler est la plus faible. De même, je notais ici que les deux pays de l’OCDE dont le niveau d’inégalité a le plus augmenté depuis les années 80 sont la Finlande et la Nouvelle-Zélande, et que ces deux nations se sont attaquées à la progressivité de l’impôt. Et puis, le clou dans le cercueil des idéologues de la vieille droite, il y a une quasi-corrélation entre le niveau d’imposition d’un pays et ses inégalités sociales: plus un pays impose ses citoyens, moindre sont les inégalités!

En fait, en attachant une conséquence qu’on espère négative à sa question, le gouvernement manipule les citoyens en leur faisant faussement croire que l’annulation des généreuses baisses d’impôts consenties depuis une décennie (de 1998 à 2007, le taux implicite d’imposition du quintile supérieur est passé de 27,3% à 22,9%) serait une mauvaise chose. On lance le message suivant: on « pourrait » hausser les impôts, mais surtout n’y pensez pas!

Pourtant, pour d’autres questions, on n’a pas hésité à introduire des nuances et des spécifications censées protéger la classe moyenne et les plus démunis. On a parlé, par exemple, d’« Instaurer une contribution spécifique pour financer le système de santé tenant compte de la capacité de payer de chacun » ou de « Hausser les tarifs d’électricité en tenant compte des coûts croissants de production, tout en protégeant les ménages à faible revenu et la compétitivité des entreprises ». Ce ne sont plus des questions, ce sont des affirmations idéologiquement orientées.

Imaginerait-on, à l’inverse, les questions suivantes:

  • Faut-il annuler les baisses d’impôts des particuliers et des entreprises, des baisses qui ont profité principalement aux mieux-nantis et qui ont contribué à faire augmenter les inégalités sociales?
  • Faut-il s’opposer à la privatisation insidieuse qui gangrène notre système de santé et qui gaspille les ressources de l’État tout en créant un système à deux vitesses où les plus pauvres obtiennent des soins de moins bonne qualité?
  • Faut-il baisser les tarifs d’électricité en tenant compte du fait que ce sont les plus pauvres à qui ces tarifs font le plus mal et qu’on ne doit pas renflouer les coffres de l’État en les pénalisant?

Il est facile de bâtir des questions idéologiquement orientées. Facile et lâche. Le gouvernement devrait plutôt être à l’écoute de la population et se faire le représentant de ses désirs. En manipulant les questions qu’il pose aux citoyens, le ministère des finances ne peut qu’obtenir les résultats qu’il souhaite afin de nous précipiter dans des réformes ayant connu un retentissant échec, tant en Islande qu’en Irlande ou ailleurs.

Il serait peut-être bon de le rappeler: en période de crise, il est normal, voire souhaitable de faire des déficits afin de stimuler la demande. Ce qui l’est moins, par contre, est de baisser inutilement les impôts des plus privilégiés dès que la prospérité est au rendez-vous et de faire payer ce fabuleux party à la classe moyenne et aux plus pauvres dès que le ciel se couvre de nouveau.

Avec ces questions qui sous-entendent de tristes réformes, le gouvernement Charest démontre qu’il n’a rien appris de l’échec populaire de sa réingénierie de l’État de 2003, un programme idéologique que la population avait fortement condamné, que ce soit en manifestant ou aux urnes, en lui enlevant sa majorité.

Face aux dogmes et à l’aveuglement idéologique, même la réalité a tendance à s’effacer.

L’ennemi n’est plus que canadien
11 novembre 2009

Plusieurs ont sursauté en lisant un passage de mon dernier billet, où je défendais l’idée qu’il faille se débarrasser des vieilles querelles Québec-Canada et inventer de nouvelles structures permettant d’assurer notre survie. J’ai peut-être « garoché » un peu trop vite ces idées en quelques paragraphes, mais voici ce que je veux vraiment dire: la lutte pour la survie du peuple québécois constitue une lutte révolutionnaire, en ce sens qu’on propose une rupture avec le système en place. Si depuis des décennies, l’ennemi était canadien, aujourd’hui il est global.

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C’est ce glissement de sens que de nombreux indépendantistes ne semblent pas avoir compris. Dans certains milieux, on croit que le jour où l’indépendance sera acquise, tout sera réglé. On appelle cela de la pensée magique. Les faits sont accablants: alors même que le gouvernement du Québec contrôle son immigration à 75% et qu’il est maître de ses politiques linguistiques, le français et la culture québécoise reculent. Certes, la Cour suprême participe à ce recul, mais combien gagez-vous qu’un Québec indépendant adopterait le même genre de charte des droits et libertés que le Canada s’est doté il y a vingt-sept ans? Et même si ce n’était pas le cas, qui croit sérieusement que ce sont seulement les politiques d’Ottawa qui nous anglicisent? Ce ne sont tout de même pas de vieux juges en toge qui ont décidé d’apprendre l’anglais à nos jeunes de première année du primaire ou qui permettent qu’on exige l’anglais pour pouvoir être caissier dans un dépanneur. Ce sont nos gouvernements, péquistes et libéraux, qui ont participé à notre déclin.

En fait, la mondialisation et l’explosion des technologies de l’information ont transformé les identités. De moins en moins de Québécois et de Canadiens se considèrent comme tels. Avant d’appartenir à un peuple ou à une nation, on considère ses petites identités multiples: goûts musicaux, styles vestimentaires, activités sportives, orientation sexuelle, activités sociales, etc. Concrètement, on est gay avant d’être Québécois, punk avant d’être Canadien, planchiste extrême avant d’être Américain. Les identités se sont diluées. La nation, autrefois le ciment rassembleur de toutes ces particularités, a été reléguée au mieux rang de folklore, au pire comme une identité comme une autre. « Yo man, moi j’chill sur le skate, pis toi? – Moi j’trippe ben Québec power man! »

Or, qu’est-ce que cela nous enseigne? Simplement que le concept de nation, l’idée même de regroupement humain selon une culture, une langue et une histoire communes, trouvant son apogée dans un État indépendant reconnu par d’autres États indépendants, est un concept à l’agonie. Et cela dépasse de loin la question identitaire: la plupart des pays sont devenus de simples vassaux de pouvoirs supérieurs à son contrôle direct: OMC, FMI, OMS, États-Unis, Cour internationale, etc.

D’une certaine manière, nous vivons dans un empire, un empire global dont chaque pays, chaque nation, ne contrôle plus entièrement sa destinée. Des compagnies peuvent poursuivre des États en cour, des organisation transnationales peuvent en juger d’autres, le pouvoir suprême d’un État à disposer de lui-même et à protéger ses valeurs s’avère de plus en plus dilué. Le néolibéralisme a éliminé les frontières, si bien qu’il devient plus difficile pour un peuple, surtout s’il est minoritaire, de défendre ses intérêts. Et un État faible, dilué, n’incite pas ses citoyens à s’en réclamer fièrement.

Même le Canada n’est plus indépendant

Ainsi, il n’y a pas des dizaines de solutions. Deux, en fait. Ou bien on fait l’indépendance dans un contexte de revalorisation de l’État et de lutte au néolibéralisme, ou bien on invente d’autres structures permettant de protéger nos valeurs et notre culture dans le contexte actuel.

Le problème, c’est que de nombreux indépendantistes restent agrippés à leur vision un peu passéiste d’un ennemi canadien. Il faut se rendre à l’évidence: même le Canada ne constitue plus un pays réellement indépendant. Ses politiques sont alignées au quart de tour sur celles des autres pays du G8, et lorsque le géant du sud tousse, le Canada sort le mouchoir. Comment espérer un Québec « indépendant » agissant différemment, alors, sans remettre en question l’ordre néolibéral des choses?

En conséquence, la seule façon de réellement permettre au Québec de devenir indépendant, dans les structures actuelles, c’est de s’opposer à l’ordre néolibéral des choses. S’opposer à la conception selon laquelle une nation doit avoir comme seul but de favoriser les intérêts des entreprises et de gérer au minimum la vie de ses citoyens. Résister à une conception, très largement répandue chez nos deux principaux partis de droite, qu’il faille réduire les impôts, couper les services aux citoyens et « rationaliser » l’État.

De nombreux péquistes – qui ont presque tous en commun d’être de droite, ce qui en dit long sur le parti lui-même – me disent: « bah, on s’obstinera entre gauche et droite lorsqu’on aura fait l’indépendance! ». Ça ne fonctionne pas ainsi. Quand un parti donne l’impression que l’indépendance d’un peuple se décide dans un conseil d’administration, où les mots « liberté » et « survie » sont devenus des annexes d’une page 57b, comment voulez-vous qu’il crée le momentum nécessaire pour enfin réaliser le pays? En adhérant aux dogmes néolibéraux, il enlève toute substance à son projet.

L’indépendance est révolutionnaire, et elle se fait contre l’idéologie dominante actuelle. Vouloir mettre un pays sur la carte tout en l’ouvrant tout grand aux carnassières multinationales ne fait aucun sens. Le Québec que propose le PQ, actuellement, ne serait pas plus indépendant que le Canada. La seule façon de le rendre libre de sa destinée, c’est de considérer l’indépendance comme un combat politique de gauche, un projet du peuple, un outil plutôt qu’une fin. Et le PQ, avec ses tristes politiques économiques de ses deux derniers mandats, y a échoué lamentablement.

Les nouvelles structures

L’autre solution, si on refuse de se donner les moyens d’atteindre une réelle indépendance, celle du peuple, consiste à se doter de nouvelles structures et de créer de nouvelles solidarités autour des structures existantes. Cela passe par des mouvements de citoyens, des organisations comme la Société Saint-Jean-Baptiste, le Mouvement Montréal français, le Réseau de Résistance du Québécois, Impératif français et d’autres encore. Cela veut dire descendre dans la rue sans l’État, sans un Parti Québécois frileux et ayant tourné le dos à la vraie indépendance.

Mais aussi – et surtout – cela veut dire s’allier avec tous les mouvements internationaux prônant la survie identitaire des peuples minoritaires et de développer des solidarités avec eux pour développer un argumentaire de contre-poids à la world-culture actuelle.

Tout, absolument tout reste à faire. Nous en sommes revenus à l’étape de construire des idées et de semer les graines qui permettront à d’autres, peut-être nos enfants, d’en récolter les fruits. Certains sont impatients, et je le suis moi-même. Mais il faut comprendre l’incroyable changement qui s’est opéré depuis une trentaine d’années et réaliser que si l’ennemi fut autrefois principalement le Canada, aujourd’hui il n’est plus qu’un opposant parmi d’autres, et peut-être moins vorace et cruel que le rouleau-compresseur néolibéral et anglophile qui aplatit tous les pays sans distinction.

Un Québec indépendant à la sauce néolibérale aiderait-il la cause du français? Empêcherait-il notre disparition sur l’autel d’une anglicisation imposée par des prémisses économiques et s’abreuvant d’une immigration trop nombreuse pour nos capacités d’intégration? J’en doute.

Il faut choisir. Ou bien on se bat pour rétablir la valeur des frontières et on s’oppose au néolibéralisme. Ou bien on se construit de nouvelles solidarités dès maintenant, sans attendre une indépendance de papier.

Toute autre position porte un nom: capitulation.

Normandeau-Bonnardel: mariage PLQ-ADQ en vue?
23 avril 2009

On dit parfois que l’amour est aveugle. Pour les yeux, peut-être, mais pour les valeurs, jamais.  On peut faire abstraction de nombreux aspects en apparence moins charmants chez une personne, mais ne peut pas ignorer les valeurs de la personne aimée.  On peut s’amouracher d’une personne laide partageant ses valeurs tout comme on peut détester un mannequin ne les partageant pas.  Quand tout est dit, ce sont les valeurs qui font ou défont un couple.   Voilà pourquoi il importe de se questionner sur la relation entre la vice-première ministre libérale, Nathalie Normandeau, et le député adéquiste François Bonnardel.  Leur liaison constitue peut-être la consécration d’un rapprochement idéologique entre le Parti Libéral et l’Action Démocratique qui pourrait paver la voie à un possible retour de ce dernier parti dans le giron libéral.

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En effet – on l’oublie trop souvent – l’ADQ a été créée par des Libéraux dissidents qui rejetaient le fédéralisme centralisateur alors prôné par le PLQ.  Face à la vieille politique style pancanadienne du PLQ et au tout-indépendance du Parti Québécois, le parti a pu se trouver un créneau pour prospérer et offrir une troisième voie aux Québécois.  Mario Dumont, ancien président de la commission des jeunes libéraux, a su, grâce à son charisme, insuffler une vitalité certaine à ce parti jusqu’à ce qu’il devienne clair pour tous qu’un parti doit offrir davantage à la population que le charisme de son chef.

Soyons honnêtes: l’ADQ, en 2009, propose sensiblement les mêmes valeurs que le PLQ.  L’idylle Normandeau-Bonnardel n’en est qu’un signe supplémentaire.   Le parti s’est recentré et a éliminé de son discours ses projets les plus radicaux.  Face au fédéralisme décentralisateur et aux politiques de droite mieux assumées du gouvernement Charest, le parti n’arrive plus à se différencier.  Résultat?  Les deux formations politiques paraissent de plus en plus interchangeables et partagent les mêmes valeurs: moins d’État, plus de privé, libéralisme économique, davantage d’autonomie pour le Québec, etc.   La fracture issue du schisme de 1994 s’est colmatée et le départ de Dumont a simplement contribué à supprimer le facteur charisme de l’équation.

Conséquemment, il m’apparaît difficile de ne pas voir dans cette relation les premiers pas d’une future réconciliation entre les deux partis.  Quand on a en commun les mêmes valeurs, la même idéologie et qu’en plus on partage le même lit, qui sait ce qu’il peut advenir ensuite?

À quand le mariage?

Game Over: les miroirs craquent
28 novembre 2008

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Alors qu’il était premier ministre de la Chine au début des années 2000, Zhu Rongji avait réuni économistes, fonctionnaires, spécialistes de la finance et autres experts pour découvrir les meilleures possibilités de placements pour la Chine. Ceux-ci lui furent présentés comme « un miroir qu’on met face à un autre miroir, et ainsi de suite jusqu’à l’infini ».

Comment appeler différemment tous ces produits dérivés? Alors que le commerce mondial journalier n’atteint pas 50 milliards $, que le PIB mondial (valeur de la production des biens et services) frôle les 150 milliards, à quasi-égalité avec les marchés boursiers, les marchés de change s’élèvent à plus de 1700 milliards $ et les produits dérivés plus de 5600 milliards $! ((Le Monde diplomatique, novembre 2008, p.20)) C’est une incroyable bulle financière qui a été créée de toutes pièces. Ce que les néolibéraux appelaient « création de richesse » avant le krach apparaît maintenant dans toute sa clarté: il ne s’agissait que d’un reflet de la richesse, projeté par un ingénieux système de miroirs pour faire croire qu’on créait de la richesse avec du vent là où pourtant rien ne se créait.

Fort de cette compréhension de l’économie, la Chine a pu mettre la pédale douce et modérer ses investissements. Voilà pourquoi elle se trouve en bien meilleure position que beaucoup d’autres pays aujourd’hui.

Dans les faits, ce n’est pas seulement une crise financière qui ébranle le monde; il s’agit également d’une crise idéologique. Alors que la majorité des pays de la planète avaient souscrits au consensus de Washington depuis la chute du mur de Berlin, cette idéologie néolibérale consistant à appliquer les recettes drastiques du FMI et de la Banque Mondiale pour libéraliser et dérèglementer les économies, on voit poindre aujourd’hui un nouveau consensus, que certains seraient prêts à appeler « consensus de Pékin ».

En effet, devant l’échec retentissant de l’idéologie néolibérale, où même ses plus grands promoteurs nationalisent banques et compagnies d’assurances et épongent ainsi les déficits pharaoniques de ces colosses au pied d’argile, il semble que les politiques plus modérées de la Chine deviennent peu à peu un exemple à suivre.

Ce consensus de Pékin, tel que défini par l’économiste Joshua Cooper, contient trois théorèmes:

  1. Il faut mettre l’accent sur l’innovation;
  2. Il faut prendre en considération le Produit national brut (PNB) mais aussi la qualité de vie et une certaine forme d’égalité qui empêche le chaos;
  3. Il faut laisser les pays indépendants, libres de leurs propres décisions, sans se faire imposer quoi que ce soit par une puissance étrangère.

Évidemment, on est encore dans une économie capitaliste avec ce consensus, mais cette forme de capitalisme est beaucoup moins extrémiste et dangereuse. On reconnaît enfin la nécessité d’avoir une société cohérente où la pauvreté ne doit pas être extrême. On comprend enfin qu’une société largement inégalitaire entraîne des coûts sociaux et humains qui minent la croissance et empêchent la réalisation du plein potentiel des individus et des peuples.

Face au jeu de miroirs néolibéral se dessinera-t-il enfin un jeu de vitres ouvertes sur le monde où la manipulation et l’enflure spéculative sont remplacées par l’observation objective et rationnelles des conséquences des politiques économiques?

Si le mur de Berlin est tombé en 1989, c’est un autre mur qui s’écroule devant nos yeux. S’il restera toujours quelques fanatiques qui essaient de recoller les morceaux cassés du miroir néolibéral, à l’image de ces communistes pour qui 1989 ne signifiait rien de particulier, ceux-ci deviendront progressivement une minorité, une relique passéiste d’une idéologie qui a eu sa chance et qui a lamentablement échoué.

Game Over.

L’orphelinat politique
6 novembre 2008

L'orphelinat politiqueJe ne voulais pas écrire un billet où je m’en prends à Mario Dumont; j’ai presque bâti ma réputation de blogueur en le démolissant et, honnêtement, en ce moment je l’ai un peu pris en pitié. Soyons réalistes: Dumont a raté son coup, son parti s’en va nulle part, ses députés le quittent, et il en est rendu à proposer des mesures désespérées pour espérer attirer l’attention médiatique sur son parti, tel un enfant turbulent qui met son caca sur les murs pour que ses parents s’occupent de lui. (Mario Dumont mérite-t-il une meilleure comparaison, lui qui parlait de ses ex-députés en disant, à la télévision, que ceux-ci « faisaient dans leurs culottes »?) Dernière stupidité en liste: sa proposition de privatisation partielle d’Hydro-Québec.

Comment ne pas s’étonner que du flot quasi-ininterrompu de conneries qui peuvent émaner de sa bouche, Mario Dumont puisse encore trouver l’imagination nécessaire pour débiter de telles aberrations? Hydro-Québec est, avec la SAQ et quelques autres entreprises publiques ou semi-publiques, un fleuron québécois, apportant des milliards $ à chaque année à l’État. Vouloir privatiser, même partiellement, une entreprise aussi rentable relève d’une stupidité innommable et d’un manque flagrant de vision à long terme; pense-t-on sérieusement à se chauffer tout l’hiver en utilisant le bois de la galerie? Mais que ferait-on ensuite, le printemps venu? Quand des entreprises sont aussi rentables que Hydro-Québec ou la SAQ, on doit les conserver, car ces profits profitent à tous.

Ceci dit, quelle alternative y a-t-il à Dumont? Veut-on sérieusement élire un Jean Charest qui nous a démontré son incapacité à être à l’écoute de la population lorsqu’il est majoritaire? Les écoles juives, le Suroît, la privatisation du Mont-Orford, les hausses des frais de scolarité, ça vous dit quelque chose?

Et Pauline Marois; veut-on vraiment d’une vieille bourgeoise hautaine et prétentieuse pour diriger le Québec? Marois représente la continuité directe de Lucien Bouchard et de ses politiques de droite qui ont transformé le parti en un clone soi-disant souverainiste du Parti Libéral. En ce moment, tant l’ADQ, le PLQ et le PQ proposent des « solutions » de droite, et ce ne sont pas les mesures d’aides aux entreprises proposées par le PQ ce matin qui me feront changer d’idée (notons au passage que l’appui à l’offre, comme le propose le PQ, est une des vieilles stratégies de la droite et que cette stratégie s’est avérée inefficace lors de la grande crise des années 30).

Conséquemment, que reste-t-il pour le social-démocrate indépendantiste que je suis? Pas grand chose. À la limite, si le PQ ne s’était pas débarrassé de son idéologie souverainiste, j’aurais pu voter pour ce parti de droite en me bouchant le nez. Mais désormais, je n’ai plus aucun intérêt à donner mon appui à celui-ci.

Mes idées n’ont jamais changé, ni même mes valeurs, mais le virage à droite du PQ m’a en quelque sorte expulsé du champ des principaux partis politiques, un peu comme furent laissés orphelins les militants de centre-gauche quand le Parti Démocrate états-unien ou le Parti Travailliste britannique laissèrent tomber leurs thèmes de redistribution de la richesse et de lutte contre des élites s’appropriant les richesses collectives pour embrasser les dogmes néolibéraux. Le Parti Québécois préfère-t-il plaire aux idéologues de droite de La Presse plutôt que d’aller chercher mon vote?

Ainsi, je vais probablement voter pour le Parti Indépendantiste aux prochaines élections si celui-ci peut se sortir de sa grogne interne des derniers mois. Sinon, je risque de voter pour un indépendant ou un parti encore plus marginal. Pour une rare fois, je trouve difficilement ma place sur l’échiquier politique; on a jugé que mes positions ne valaient plus la peine d’être défendues, et moi je décide que ces partis qui m’ont tourné le dos ne méritent pas mon vote.

Car je suis social-démocrate et indépendantiste, donc je ne suis pas péquiste. Je ne suis pas prêt à me boucher le nez pour un parti à peine moins pire que l’ADQ et dirigé par une vieille matante qui a autant de charisme que ma table de cuisine. Et Québec Solidaire? Il est hors de question que je vote pour un parti imposant un quota de femmes chez ses candidats; je suis pour l’égalité des sexes et je crois qu’on doit choisir quelqu’un en fonction de ses idées et pas de son sexe ou de sa race.

Alors, bref, je suis orphelin. On ne veut pas de mon vote. Suis-je le dernier social-démocrate indépendantiste au Québec?

L’ADQ redevient un parti mineur
23 octobre 2008

Mario Dumont et Stephen HarperIl y a plusieurs façons d’analyser le passage de l’ADQ au PLQ des deux députés André Riedl et Pierre Michel Auger. On peut parler de motivations personnelles: le PLQ a le vent dans les voiles ces temps-ci dans les sondages. On peut parler de choix stratégiques: le PLQ a une meilleure organisation en prévision des prochaines élections. On peut également considérer une mésentente avec le chef Mario Dumont. Mais tout ceci, ce sont des facteurs secondaires.

En effet, le vrai fond du problème, c’est que l’Action démocratique du Québec est en train de redevenir une parti mineur. En chute libre dans les sondages, le parti de Mario Dumont n’aurait même pas le quart d’une chance de même espérer conserver ses acquis. C’est comme si le Québec en entier se réveillait et réalisait finalement que Mario Dumont jappe fort dans l’opposition mais qu’il est inapte à diriger, que son parti n’a rien à proposer, et que ses appels à des rencontres multi-partisanes pour parler d’économie ou son appui aux Conservateurs lors de la dernière campagne fédérale ne sont que des façons bêtement politiques de se faire du capital politique sur le dos de ceux qui tentent quelque chose.

Par ailleurs, le parti de Mario Dumont (a quand le changement de nom officiel, puisque l’ADQ a toujours été le parti d’un seul homme?), dans sa courte histoire, a souvent modifié ses politiques au gré des sondages, à la petite semaine, ne conservant qu’un dogme fondamental: la croyance que le marché pouvait tout régler et que l’État devait être minimal. Avec la crise financière actuelle qui est une conséquence du désengagement de l’État et du laisser-faire économique, la seule valeur relativement solide de l’ADQ vient d’éclater en morceau. Le discours anti-fonctionnaires et anti-État de Dumont se trouve tout à fait discrédité, exposant l’absence de ligne directrice et de pensée cohérente du parti.

Considérant que la situation économique ne risque pas de s’améliorer au cours des prochains mois et que le discours économique de droite prônant le tout-privé semble disqualifié au moins pour les quelques années subséquentes, nous n’assistons peut-être pas au dernier épisode de députés transfuges.

Et puisque le Parti Québécois est devenu un parti faible, sans idéologie, ayant laissé tombé le projet indépendantiste, quoi de plus normal pour les députés adéquistes ayant du flair que de rejoindre ce bon vieux Jean Charest, qui trône en haut dans les sondages non pas parce qu’il a fait quoi que ce soit de génial, mais précisément parce que son opposition est si mauvaise?

Villes et régions, même combat!
4 octobre 2008

Je m’interroge fréquemment sur les différences politiques entre les régions rurales et urbaines, notamment Montréal. J’essaie de comprendre comment un parti comme le Parti Conservateur (PC) peut y être si populaire alors que ses mesures proposées (du moins, si on lit les déclarations de Stephen Harper; nous sommes au 26e jour d’une campagne de 35 jours et les Conservateurs n’ont toujours pas présenté de programme!) semblent si déconnectées de ce qui permettrait de mieux vivre ensemble.

J’y réfléchissais encore hier, en me rendant au chalet familial dans la magnifique région de Saint-Calixte, à la limite de Lanaudière et des Laurentides, en promenant mon regard entre la route, le paysage incendié de feuilles d’un rouge violent et les cabanes d’arrières-cours qu’on considérerait, par chez moi, comme des taudis semi-délabrés. Et j’ai trouvé: l’État. Ou plutôt: la différence entre la campagne et la ville semble tenir à la relation vis-à-vis de l’État et à la confiance qu’on met en ses institutions.

En effet, nous, en ville, sommes à même de constater les bénéfices d’un État fort: nous avons des universités, des transports en commun, une multitude de services sociaux, une police omniprésente s’occupant des voyous comme de la circulation, des pompiers à quelques minutes, des règlements municipaux empêchant notre voisin de laisser sa maison décrépir, des règlements pour limiter le bruit, et ainsi de suite. Nous vivons empilés les uns sur les autres, casés mathématiquement comme les pièces d’un meuble IKEA dans sa boîte et nous avons besoin d’un État fort pour nous organiser, pour nous structurer, pour empêcher que nos villes ne basculent dans le chaos et l’anarchie.

À la campagne, au contraire, il y a de l’espace pour tous et on ne voit pas toujours l’intérêt d’avoir un État qui se mêle de ses affaires. On s’arrange entre soi et personne ne se plaint si le gazon du voisin n’est pas coupé ou si sa remise à outils tombe en morceaux. On ne constate pas aussi clairement les avantages de la redistribution de la richesse via l’impôt et son utilisation notamment dans des services au citoyen dont on ne profite que très partiellement. On a davantage l’impression de se faire voler et cette impression constitue un terreau fertile pour le travail au noir, surtout dans un contexte où tout le monde se connaît. À quoi bon payer pour les cégeps, les universités, les hôpitaux? Il n’y en a pas ici. Et les taxes municipales? La municipalité n’offre que peu de services; beaucoup n’ont même pas l’eau courante. Et les taxes scolaires? Quoi, payer pour une école aux trois quarts vide et qui formera de futurs exilés vers la ville…

Voilà pourquoi, à mon avis, le discours anti-étatiste du Parti Conservateur trouve des échos dans nos régions rurales. « Le PC n’a pas de programme, pas vraiment de vision, ni même de plan, mais il veut nous laisser tranquille et nous laisser nous arranger entre nous », pourrait-on entendre. C’est ça qui plaît: « donnez-nous plus d’argent dans nos poches et qu’importe si les gens des villes ont moins de services! »

Le problème, c’est qu’en bout de compte il n’y a pas davantage d’argent dans les poches. Ce qui est donné d’une main est repris de l’autre, et même pire! Au lieu d’attaquer le PC de front, il faudrait plutôt viser le problème à sa source: convaincre les gens des régions de l’intérêt d’un État fort et qui redistribue la richesse. On doit leur expliquer les avantages d’une société cohérente et équitable qui permet à une classe moyenne, largement syndiquée et professionnelle, forte et prospère, de pouvoir se payer tous les légumes, meubles, et items divers qui sont fabriqués en région. Leur parler des touristes qui aimeraient avoir autre chose à faire que de se promener de ghettos en ghettos en espérant ne pas se faire voler, si les inégalités sociales continuent de s’accentuer. Mais surtout, réitérer l’importance de bâtir un Québec uni, où la campagne a un rôle à jouer et où les villes ne sont pas des ennemies, mais des partenaires économiques, sociaux et culturels. Où chacun se complémente l’un l’autre.

Bref, on doit faire accepter à des gens qui croient ne pas avoir besoin d’un État fort la nécessité de celui-ci pour le bien de tous.

Car l’État a un rôle à jouer. Si ce n’est pas aussi évident à la campagne qu’en ville, c’est tout aussi important et il devient plus que nécessaire de bloquer l’idéologie de droite de Harper avant de subir les affres d’une déréglementation qui, on le constate aux États-Unis, ne fonctionne pas.

Quand l’automne arrive et que les feuilles tombent et préparent un lit douillet pour les premières averses de neige, c’est pour tout le monde. Et quand une société ou un système s’écroule, c’est toute la population qui en paie la note, qu’on habite coin Saint-Denis et Mont-Royal ou sur la rue des Bouleaux à Sainte-Gertrude.

Les Olympiques de la diversité
8 août 2008

Au risque de me faire qualifier à nouveau de celui qui tape sur le même clou, je dois vous parler de cette diversité culturelle époustouflante qui s’est offerte à nous lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin.

Car j’ai vu. J’ai vu des cultures qui s’affichaient, s’affirmaient sans complexe, des cultures ne demandant que la chance de pouvoir mieux s’exprimer. Cuba, Nicaragua, Brésil. Avez-vous vu tous ces peuples, tous ces représentants des pays de la Terre, avec leurs milles couleurs, leurs costumes nationaux, leurs particularités? Nigeria, Qatar, Palestine. Cette incroyable richesse du monde qui se révèle une légère brise rafraîchissante sur un monde un peu trop rectiligne et que certains aimeraient croire anglo-saxon et néolibéral? Cuba, Biélorussie, Inde.

Ce n’est pas le monde des revues de droite comme l’Actualité ou le Time magazine. Ou celui de l’IEDM et de son grand-frère le Fraser Institute. Non. Ce monde, c’est le nà´tre, celui des peuples, celui des cultures, celui de ceux qui refusent d’être une simple parenthèse qu’on efface pour faire place à une culture et une idéologie envahissantes qui prétendent être la solution à tous les maux de la planète. Si, bien sûr, la diversité et la répartition de la richesse sont un mal à éradiquer.

Mais la Chine ne se contente pas de faire du tape-à -l’oeil avec cette cérémonie. Comme le souligne Jean-Pierre Raffarin dans son carnet, la Chine possède une vision multipolaire du monde, et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a réitéré son appui à l’héritage du Baron Pierre de Coubertin et a réaffirmé la place du français en tant qu’une des langues officielles des Jeux Olympiques. Lors des trois ou quatre derniers jeux, cette présence francophone était trop souvent vécue comme de la mauvaise visite qu’on se dépêche de gaver avec l’espoir qu’elle parte rapidement et sans trop se plaindre.

Face à la prétention « d’un monde global », elle prà´ne la diversité culturelle.

Et c’est cette richesse incommensurable qu’elle affiche aux yeux du monde aujourd’hui et que nous avons la mission et le devoir historique de protéger. Mais puisque nous ne pouvons pas sauver le monde par nous-mêmes, pourquoi ne pas commencer par balayer le pas de notre porte et assurer la pérennité culturelle de notre peuple? Ainsi, donnerons-nous peut-être envie aux autres peuples d’en faire autant!

Vive la Chine et vive ces Jeux Olympiques de la diversité!