Budget 2010: prendre du pauvre pour donner au riche
30 mars 2010

« Payez, les pauvres! » aurait pu dire le ministre Bachand en déposant son budget cet après-midi. Aux prises avec un déficit largement causé par les généreuses baisses d’impôt accordées aux mieux-nantis par les gouvernements libéral et péquiste, le ministre des finances a décidé de refiler la facture à la classe moyenne et aux plus démunis. On en revient toujours là: on réduit les revenus de l’État quand l’économie va bien, et on s’attaque à la « bête »en coupant les services et en haussant les tarifs dès qu’une crise frappe. Prévisible.

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En fait, ce qui surprend avec ce budget, c’est la manière quasi-désinvolte avec laquelle on cible principalement les plus démunis pour renflouer les coffres de l’État. Taxe sur la santé, ticket modérateur, hausse de la TVQ, hausse des tarifs d’électricité, hausse des frais de scolarité: si on pouvait simplement taxer la pauvreté, on le ferait. D’une manière systématique, on vise les plus pauvres et on épargne les mieux-nantis.

Soit les statistiques suivantes.

L’impact du budget provincial sur les quintiles de revenu inférieur, moyen et supérieur ((Les quintiles du revenu proviennent des données de Statistique Canada pour l’année 2007 ))

Revenu total 13 200$ 41 528$ 109 459$
Taxe-santé à 200$ par année (( À partir de 2012 )) 1.52% (( Le lecteur attentif notera que l’exemption pour la taxe-santé, pour une personne seule, sera à 14 040$. Cela ne change pas le calcul total, ou très peu. Ces chiffres ne sont qu’à titre indicatif; une personne gagnant 14 040$ paiera effectivement une charge plus élevée de son revenu qu’une personne en gagnant 40 000$ ou 110 000$. Le but du tableau n’est pas d’être hyper-précis, au dollar près, mais de démontrer la tendance générale. Dès qu’un individu atteint le 14 040$, à la limite du quintile inférieur, il est largement défavorisé.)) 0.48% 0.18%
3,37 visites par année médecin à 25$ par visite (( Le chiffre moyen de 3,37 visites par année vient d’ici et le 25$ vient du rapport Castonguay, qui recommandait ce ticket-modérateur pour aller chercher 600 millions $ par année et dont le gouvernement semble vouloir s’inspirer pour aller chercher plus de 500 millions $ par année.)) 0.64% 0.20% 0.08%
Augmentation de un cent du bloc patrimonial d’Hydro-Québec (( Les statistiques pour cette augmentation proviennent de cette étude et les hausses auront lieu vers 2013 )) 0.70% 0.44% 0.24%
Augmentation de la TVQ de 1% 1.00% 1.00% 1.00%
Surcharge financière 3.85% 2.12% 1.50%
Augmentation des frais de scolarité de 10% (( Le ministre a précisé qu’il y aurait une autre hausse à partir de 2012, et il a souligné que les étudiants contribueraient à « seulement » 13% des coûts de l’éducation, contre 23% ailleurs au Canada. Ces statistiques se basent donc sur l’hypothèse – plausible – que le ministre voudra, en 2012, rejoindre la moyenne canadienne )) 1.64%
Surcharge financière de l’étudiant 5.50%

On le constate, l’effort demandé aux moins-nantis est supérieur à celui exigé des plus hauts revenus. Cela n’est pas surprenant, car la plupart des mesures annoncées par ce budget sont régressives et ciblent donc plus directement les plus défavorisés. Que ce soit au niveau de la taxe-santé, qui pénalisera du même montant le millionnaire et l’employé de McDonald, du ticket-modérateur ou de la hausse du tarif patrimonial d’Hydro-Québec, la classe moyenne et les plus démunis seront systématiquement plus affectés par ces hausses: 3,85% des revenus du quintile inférieur seront ponctionnés, contre 2,12% pour un revenu moyen et un maigre 1,50% pour les mieux-nantis. Malgré un « impôt sur la solidarité » qui prévoit rapporter, en moyenne, et principalement aux familles, un minime 174$ par année, ce budget consacre une augmentation des inégalités sociales. Pour un étudiant, qui doit souvent travailler dans des emplois précaires en plus de suivre ses cours, la hausse sera encore plus dramatique: 5,50% de son revenu annuel! Et le le pire, c’est que ces chiffres sont optimistes.

En effet, la vérité est encore plus pathétique. La hausse de la TVQ de un pourcent, que j’ai réparti de manière égale dans le graphique ci-haut, frappera plus fortement les personnes défavorisés, car celles-ci ont moins tendance à épargner. Concrètement, un individu gagnant 13 000$ par année dépensera la quasi-totalité de cet argent dans des biens de consommation courante – taxables – alors qu’un individu en gagnant 110 000$ risque d’en mettre de côté, dans des RÉER ou ailleurs, ce qui réduira l’emprise de la taxe sur lui. On pourrait toujours arguer que l’épargne constitue une consommation future, mais puisqu’on ignore quelle sera la valeur de la taxe dans dix ou quinze ans – plusieurs seraient tentés de la réduire lorsque l’économie ira mieux -, il faut partir du principe que cette hausse pénalisera principalement les moins-nantis.

De la même façon, la moyenne de 3,37 visites par année chez le médecin est trompeuse. Un individu vivant dans la pauvreté, et qu’on appauvrira encore davantage avec ce budget, est forcément plus malade qu’une personne mieux-nantie. Il a été démontré que plus de 1,4 millions de personnes meurent, à chaque année, des causes des inégalités sociales dans les pays développés. Une étude de l’Institut canadien de la santé a aussi démontré le lien empirique entre pauvreté et santé. On peut donc estimer que le nombre de visites risque d’être supérieur, advenant, bien sûr, qu’une personne ne décide pas d’éviter de se présenter chez le médecin pour ne pas avoir à payer le coût de la visite, ce qui gonflerait le nombre de morts causés par les inégalités sociales. Dans tous les cas, l’appauvrissement entraîne la malade, et en fixant des tarifs égaux pour tous, on s’attaque plus fortement aux pauvres.

Qui plus est, on constate que si les particuliers et les entreprises consacrent 38,1% de l’effort financier exigé, les coupures dans les dépenses gouvernementales et des organismes atteignent 51,2%. Or, qui profite le plus des programmes gouvernementaux, sinon les citoyens de la classe moyenne et les plus démunis? Qui a le plus besoin du service des fonctionnaires de l’État, eux qui subissent encore cette injustice de voir qu’un départ sur deux n’est pas comblé, sinon ceux qui n’ont pas les moyens de se payer les services du privé? Pire: comment se fait-il que sur le 38,1% de l’effort des particuliers et des entreprises, ces dernières ne participent qu’à 7,1%? Dans les années 50, elles contribuaient à plus de 50% des revenus de l’État, mais aujourd’hui ce n’est même pas 10%. Pourquoi ne pas avoir annulé, comme le suggérait Québec Solidaire, la taxe sur le capital des entreprises, pour aller chercher 503 millions de dollars?

Aussi, pourquoi ne pas avoir créé un nouveau palier d’imposition pour les plus riches et ainsi aller chercher plus d’un demi-milliard de dollars? Pourquoi ne pas avoir imité, comme le soulignait Jean-François Lisée, la Grande-Bretagne, qui vient d’augmenter son taux d’imposition supérieur à 50%?

Au-delà des chiffres et de l’appauvrissement généralisé de ceux qui n’ont pas les moyens de participer à la grande « richesse individuelle » prônée par le Parti Libéral et sanctifiée par le Parti Québécois, on constate que si ce budget demande des efforts à tous les citoyens, ceux-ci sont répartis différemment selon qu’on gagne plus ou moins d’argent.

À une certaine époque, on croyait à la redistribution de la richesse. On comprenait que la pauvreté entraînait des coûts importants – ne serait-ce qu’au niveau du crime et de la santé. Aujourd’hui, on a inversé la pyramide et on opère désormais la redistribution inverse: on prend du pauvre et on donne au riche.

Un gouvernement à ce point méprisant pour la classe moyenne et les plus démunis devrait être pénalisé. Mais le problème, c’est que l’opposition, en face de lui, pense de la même manière et ne s’oppose que pour la forme.

Vous m’avertirez quand vous verrez du changement. Pour le moment, je dois travailler. Faut qu’il se paie, le party que les plus riches s’offrent depuis des années avec nos gouvernements de droite au pouvoir!

Tarifs d’électricité: la démythification
16 décembre 2009

Une étude, publiée il y a quelques jours par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), s’attaque aux mythes entretenus par une certaine droite économique quant aux tarifs d’électricité au Québec. Le constat est triple: notre électricité n’est pas vendue à rabais, une hausse des tarifs n’est pas juste et équitable et l’augmentation des tarifs ne permet pas de sauver l’environnement.

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Premier mythe: l’électricité en solde

On entend parfois certains idéologues déclarer que nous ne paierions pas assez cher notre électricité, que nous aurions droit à une sorte de rabais de la part d’Hydro-Québec. Une sorte de B.S. dont profiteraient l’ensemble des Québécois pour le bloc patrimonial, les premiers 165 terawattheures (TWh) achetés par Hydro-Québec Distribution et dont le coût est fixé par la loi à 2,79 ¢ le kilowattheure.

En fait, notent les chercheurs, « la division Production, qui est responsable de produire l’électricité du bloc patrimonial, est celle qui a réalisé, de loin, le plus gros bénéfice net en 2008(2,1 G$) ». Ce bénéfice de 2,1 milliards de dollars représente 68% de tous les profits réalisés par Hydro-Québec pour l’année. Le taux de rendement de cette division, pour l’actionnaire (nous!) se chiffre à 21%, soit près du triple de la limite jugée raisonnable par la Régie de l’énergie pour les divisions Transport et Distribution.

Qu’on se le dise franchement: ce bloc patrimonial est extrêmement rentable pour Hydro-Québec!

Deuxième mythe: une hausse des tarifs serait juste et équitable

Les maîtres de recherche de l’IRIS ont calculé l’impact qu’aurait une hausse de 1 ¢/kWh des tarifs du bloc patrimonial en fonction des revenus de la population. Ils ont divisé ces revenus en quintiles et ont ainsi démontré qu’une hausse se traduirait pour le premier quintile (personnes les plus pauvres) par un effort de 0,70% du revenu, contre 0,51% pour le deuxième quintile, 0,44% pour le troisième quintile, 0,35% pour le quatrième quintile et 0,24% pour le cinquième quintile (personnes les plus fortunées). En clair: une hausse des tarifs, contrairement aux fables de certains, toucherait principalement les moins bien-nantis.

À l’opposé, une hausse modeste de l’impôt (0,5%) pour les particuliers et de la taxe de vente (0,6%) rapporteraient les mêmes revenus sans s’attaquer aux plus démunis. Au niveau de l’impôt, les chercheurs ont calculé quel l’effort demandé aux quintiles deux à cinq ne dépasserait pas 0,54%; au niveau de la taxe, l’effort maximum de l’ensemble des quintiles serait de 0,34%. Concrètement, ces mesures permettraient de renflouer les coffres de l’État sans faire porter un fardeau supplémentaire à des citoyens qui sont déjà dans une situation précaire. Et on ne parle que de fractions d’un pourcent ici, loin de toutes les baisses d’impôts accordées depuis une décennie par les gouvernements péquiste et libéral…

Troisième mythe: l’augmentation des tarifs permettrait de sauver l’environnement

Il s’agit d’un mythe propagé par une certaine droite aimant se donner bonne conscience. Ne serait-il pas merveilleux de pouvoir s’en prendre à la redistribution de la richesse tout en « sauvant l’environnement? » Voilà le pari (trompeur) choisi par certains. Mais les faits, eux, invalident ces prétentions.

Ainsi, les auteurs de l’étude notent que l’électricité possède une élasticité-prix très faible; une modification des tarifs n’entraîne pas de changements de comportement majeurs. Une augmentation de 15% de la facture d’électricité (la moyenne si on augmente le tarif du bloc patrimonial de 1 ¢/kWh), par exemple, n’entraînerait qu’une diminution de 2,4% de la consommation, puisque la plupart des ménages utilisent principalement l’électricité pour des besoins de base, comme le chauffage, utilisé par 73% des Québécois. Si on espère modifier la consommation en ajustant les prix, il faudrait donc financer d’importants travaux d’infrastructure pour permettre aux citoyens de se chauffer autrement.

Or, la meilleure façon de réduire la consommation consiste à pénaliser une consommation excédentaire, c’est-à-dire celle qui ne correspond pas aux besoins vitaux des ménages. Il faudrait modifier la structure tarifaire de la clientèle domestique (tarif D) pour pénaliser les fortes consommations tout en protégeant, voire en récompensant, les ménages économes. Une telle mesure serait beaucoup plus efficace car l’élasticité-prix des mieux-nantis est beaucoup plus forte (88,1%) que celle des plus faibles (39,2%).

Les auteurs de l’étude notent, avec justesse:

Les consommateurs québécois, il est vrai, sont des énergivores, et il reste beaucoup à faire en termes d’efficacité énergétique et d’économies d’énergie. Bien qu’il puisse être tentant de hausser les tarifs pour induire des comportements énergétiques plus responsables, l’augmentation du prix du bloc patrimonial est loin d’être le moyen le plus efficace. Il est beaucoup plus intéressant de modifier la structure tarifaire pour cibler et pénaliser les grands consommateurs, tout en récompensant les ménages qui consomment peu.

Si on désire réduire la consommation d’électricité et éviter le gaspillage, il faut donc s’attaquer aux tarifs des paliers supérieurs de consommation et aux mieux-nantis, car ce sont ces ménages qui utilisent le plus l’électricité pour des besoins non-vitaux et qui ont la plus grande marge de manœuvre pour opérer des changements dans leur consommation.

Le mérite d’une telle étude consiste à objectiver le débat et à l’épurer des mythes et des préjugés qui le contamine. Elle permet de concevoir cette hausse anticipée des tarifs pour ce qu’elles est, c’est-à-dire une mesure régressive pénalisant principalement la classe moyenne et les moins-nantis tout en épargnant les plus favorisés et en permettant à ces derniers, encore une fois, de continuer le party sur le bras de la majorité.

Il serait peut-être temps de rebâtir les ponts. On ne peut pas opposer écologie et redistribution de la richesse; on ne peut pas renvoyer dos à dos ceux qui veulent une amélioration de notre environnement et ceux qui désirent vivre autrement que dans la pauvreté. À qui profite cette division, sinon à ceux qui parlent d’effort et de serrage de ceinture en autant que ce soit l’effort et la ceinture des autres?

Et si, pour une fois, on leur demandait à eux aussi de faire un effort en augmentant leurs impôts?

L’orphelinat politique
6 novembre 2008

L'orphelinat politiqueJe ne voulais pas écrire un billet où je m’en prends à Mario Dumont; j’ai presque bâti ma réputation de blogueur en le démolissant et, honnêtement, en ce moment je l’ai un peu pris en pitié. Soyons réalistes: Dumont a raté son coup, son parti s’en va nulle part, ses députés le quittent, et il en est rendu à proposer des mesures désespérées pour espérer attirer l’attention médiatique sur son parti, tel un enfant turbulent qui met son caca sur les murs pour que ses parents s’occupent de lui. (Mario Dumont mérite-t-il une meilleure comparaison, lui qui parlait de ses ex-députés en disant, à la télévision, que ceux-ci « faisaient dans leurs culottes »?) Dernière stupidité en liste: sa proposition de privatisation partielle d’Hydro-Québec.

Comment ne pas s’étonner que du flot quasi-ininterrompu de conneries qui peuvent émaner de sa bouche, Mario Dumont puisse encore trouver l’imagination nécessaire pour débiter de telles aberrations? Hydro-Québec est, avec la SAQ et quelques autres entreprises publiques ou semi-publiques, un fleuron québécois, apportant des milliards $ à chaque année à l’État. Vouloir privatiser, même partiellement, une entreprise aussi rentable relève d’une stupidité innommable et d’un manque flagrant de vision à long terme; pense-t-on sérieusement à se chauffer tout l’hiver en utilisant le bois de la galerie? Mais que ferait-on ensuite, le printemps venu? Quand des entreprises sont aussi rentables que Hydro-Québec ou la SAQ, on doit les conserver, car ces profits profitent à tous.

Ceci dit, quelle alternative y a-t-il à Dumont? Veut-on sérieusement élire un Jean Charest qui nous a démontré son incapacité à être à l’écoute de la population lorsqu’il est majoritaire? Les écoles juives, le Suroît, la privatisation du Mont-Orford, les hausses des frais de scolarité, ça vous dit quelque chose?

Et Pauline Marois; veut-on vraiment d’une vieille bourgeoise hautaine et prétentieuse pour diriger le Québec? Marois représente la continuité directe de Lucien Bouchard et de ses politiques de droite qui ont transformé le parti en un clone soi-disant souverainiste du Parti Libéral. En ce moment, tant l’ADQ, le PLQ et le PQ proposent des « solutions » de droite, et ce ne sont pas les mesures d’aides aux entreprises proposées par le PQ ce matin qui me feront changer d’idée (notons au passage que l’appui à l’offre, comme le propose le PQ, est une des vieilles stratégies de la droite et que cette stratégie s’est avérée inefficace lors de la grande crise des années 30).

Conséquemment, que reste-t-il pour le social-démocrate indépendantiste que je suis? Pas grand chose. À la limite, si le PQ ne s’était pas débarrassé de son idéologie souverainiste, j’aurais pu voter pour ce parti de droite en me bouchant le nez. Mais désormais, je n’ai plus aucun intérêt à donner mon appui à celui-ci.

Mes idées n’ont jamais changé, ni même mes valeurs, mais le virage à droite du PQ m’a en quelque sorte expulsé du champ des principaux partis politiques, un peu comme furent laissés orphelins les militants de centre-gauche quand le Parti Démocrate états-unien ou le Parti Travailliste britannique laissèrent tomber leurs thèmes de redistribution de la richesse et de lutte contre des élites s’appropriant les richesses collectives pour embrasser les dogmes néolibéraux. Le Parti Québécois préfère-t-il plaire aux idéologues de droite de La Presse plutôt que d’aller chercher mon vote?

Ainsi, je vais probablement voter pour le Parti Indépendantiste aux prochaines élections si celui-ci peut se sortir de sa grogne interne des derniers mois. Sinon, je risque de voter pour un indépendant ou un parti encore plus marginal. Pour une rare fois, je trouve difficilement ma place sur l’échiquier politique; on a jugé que mes positions ne valaient plus la peine d’être défendues, et moi je décide que ces partis qui m’ont tourné le dos ne méritent pas mon vote.

Car je suis social-démocrate et indépendantiste, donc je ne suis pas péquiste. Je ne suis pas prêt à me boucher le nez pour un parti à peine moins pire que l’ADQ et dirigé par une vieille matante qui a autant de charisme que ma table de cuisine. Et Québec Solidaire? Il est hors de question que je vote pour un parti imposant un quota de femmes chez ses candidats; je suis pour l’égalité des sexes et je crois qu’on doit choisir quelqu’un en fonction de ses idées et pas de son sexe ou de sa race.

Alors, bref, je suis orphelin. On ne veut pas de mon vote. Suis-je le dernier social-démocrate indépendantiste au Québec?

Le (vrai) cartel
13 juin 2008

Un petit coup de pied au derrière de nos amis adeptes des coà¯ncidences (c’est-à -dire ceux qui ne croient jamais à un complot sous quelque forme que ce soit): on vient de mettre à jour un complot pour fixer les prix de l’essence en Estrie. Le seul problème, c’est qu’on ne touche pas aux vrais cartels.

Les vrais cartels, ce sont les grosses pétrolières, qui fixent les prix à grande échelle. Ils ont toujours l’excuse facile de dire qu’ils s’approvisionnent aux mêmes sources, mais pourquoi doivent-elles faire exactement le même profit et refusent-elles de se faire compétition?

à€ mon avis, c’est le gouvernement qui est à blâmer. C’est lui seul qui a les moyens d’agir. Non seulement en empêchant cette collusion des prix, mais également en éliminant la loi qui fixe un prix plancher et qui empêche les guerres de prix si bénéfiques pour le consommateur (je me souviens d’avoir vu l’essence à 0,19$ le litre en 1999 durant une de ces saines compétitions).

Malheureusement, le gouvernement défend la loi en disant qu’elle protège les petits commerçants. C’est vrai, mais qui est le plus important: les petits commerçants ou nous, le gros de la population?

En vérité, ça prendrait des couilles. Nous sommes le pays avec les deuxièmes plus grandes réserves de pétrole de la planète. Ne pourrions-nous pas nous inspirer du Vénézuela, par exemple, où l’essence coûte moins de 0,05$ le litre? N’ayons pas peur des grands moyens: nous sommes le seul pays producteur au monde qui n’a pas le moindre contrà´le sur sa ressource. Il est plus que temps que remédier à cela en nationalisant le pétrole, comme le recommande l’économiste Léo-Paul Lauzon, et en assurant un prix modeste et stable profitant à l’ensemble des citoyens.

Attention, l’idée n’est pas de gaspiller. Si on désire que le pétrole coûte un certain montant pour éviter le gaspillage, c’est correct. Si la production du litre nous coûte 0,30$, on peut le vendre à 1$; l’idée est d’en finir avec les fluctuations quotidiennes et de permettre aux profits engendrés de rester au pays. Bref, tout comme Hydro-Québec et la SAQ redonnent des millions et des milliards $ au gouvernement, une énergie pétrolière nationalisée en ferait de même.

Ce blogueur a bien raison:

Il est évident qu’il faut nationaliser le pétrole parce qu’actuellement ce qui se passe au Canada c’est que les étrangers pompent le pétrole de notre sol pour nous le revendre à gros prix. En plus de nous faire croire qu’ils doivent en importer parce qu’ils ne suffissent pas à la demande. Foutaise! Si la gestion du parc pétrolier était bien faite, le Canada serait un pays auto-suffisant en pétrole et pourrait carrément se foutre du prix du baril de pétrole qui ne finit plus de monter. C’est la situation qui se passe au Vénézuela, un tout petit pays, dont le Canada devrait prendre modèle cà´té pétrolier.

Car tant qu’à avoir un cartel en place, autant qu’il soit public et retourne ses profits à la collectivité.

Et pour ceux qui croient qu’on peut agir sur les pétrolières en organisant un boycott, voici ce qu’en pense Le Satellite Voyageur:

[…] ce n’est pas la pétrolière qui va le plus payer, mais les détaillants. De toute façon, pendant qu’on en boycotterait une, y en aurait cinq autres qui se gargariseraient avec notre argent.

Ce n’est donc pas seulement Esso, Pétro-Canada, ou Ultramar. C’est un système complexe de collusion qui fixe les prix. Le pétrole, nous en avons besoin. Le boycotter, c’est nous boycotter. Boycotter tout notre mode de vie, notre alimentation, notre travail, nos institutions. Ça ne mènerait nulle part. C’est au politique d’agir; nos élus doivent nous représenter et agir dans notre intérêt.

Ainsi, c’est au gouvernement de choisir: ou bien il agit pour mettre fin à la collusion systématique des grandes pétrolières, ou bien il crée son propre monopole qui agira dans l’intérêt de tous. Le pétrole est une ressource trop vitale, trop importance, trop capitale pour être laissée dans les mains du secteur privée. Il est plus que temps de se réapproprier cette ressource.

Lire: Vol à la pompe

Mes lumières sont restées allumées
29 mars 2008

Ça me fait un peu rigoler moi tous ces gens qui ont fermé leurs lumières ce soir à 20h00 pour participer à « l’événement » Une heure pour la planète, où on invitait tout le monde sur la planète à retourner à l’âge de pierre pendant une heure soi-disant pour « sensibiliser les populations aux économies d’énergie ». Sauf que mes lumières sont restées allumées. Et j’en suis fier.

Si on écoutant certains soi-disant écologistes, on retournerait presto vers nos cavernes, la chasse en moins. On se nourrirait de racines et on mourrait à vingt-cinq ans, rachitiques et faibles. Ça ne m’intéresse pas.

L’énergie, j’en veux, j’en consomme, et j’en veux toujours davantage. C’est grâce à l’énergie de la machine à vapeur qu’on a pu sortir du Moyen-Âge, où l’espérance de vie n’était que d’une quarantaine d’années. C’est aussi grâce à l’énergie que nous vivons si bien aujourd’hui. Et encore grâce à elle qu’internet existe, qu’on envoie des humains dans l’espace, qu’on voyage sur de nombreux continents, qu’on mange de la salade et des légumes frais en plein hiver, qu’on peut se divertir après le coucher du soleil, qu’on peut se réveiller à l’heure le lendemain matin. L’énergie est plus qu’utile à nos sociétés; elle est essentielle.

Au lieu de constamment penser négativement, en termes de « conservation » d’énergie, ou de « préservation », ou encore « d’économie » d’énergie, il serait peut-être temps de penser en winners.

En effet, nous avons une richesse incroyable au Québec avec une énergie propre produite par l’hydro-électricitié. Pourquoi ne pas construire davantage de barrages dans le nord du Québec? Lâchez-moi les quelques centaines d’Inuits à protéger et fournissez-moi des millions de kilowatteurs qui non seulement me chaufferont et amélioreront ma vie directement, mais en plus pourront être revendus aux États-Unis, enrichissant effectivement toute la société! Et pourquoi pas le nucléaire? C’est très propre et sécuritaire quand c’est bien fait. Et les éoliennes, et l’énergie solaire!

Ne me parlez pas de consommer moins d’énergie, mais dites-moi que je pourrai toujours en consommer davantage, car l’énergie c’est en grande partie le progrès et l’opportunité pour la majorité d’améliorer ses conditions de vie. Ne me demandez pas d’éteindre mes lumières, mais parlez-moi plutôt de meilleures façons de me fournir l’énergie dont j’ai tant besoin!

Une heure pour la Terre, c’est un bon début. Mais à quand l’heure pour ceux qui y vivent, et dont la qualité de vie est directement dépendante d’une énergie peu coûteuse et disponible?

Les propositions stupides des Jeunes Libéraux
24 novembre 2007

Après les demandes des jeunes adéquistes (un pléonasme, s’il en est un) de s’en prendre aux assistés sociaux, voici que les jeunes libéraux s’attaquent à la classe moyenne et aux plus pauvres. Décidément, la droite n’en peut plus du statu quo et espère au plus vite nous américaniser, faisant disparaître la classe moyenne, étirée dans la plus grande partie vers le bas, et rarement vers le haut.

Première stupidité: le retour des péages partout. Un péage fixe, c’est un péage qui défavorise les plus pauvres ou la classe moyenne inférieure, c’est-à-dire Monsieur ou Madame Tout-le-monde qui travaille fort et essaie de joindre les deux bouts. Ce petit 2$ aller-retour cinq fois par semaine, c’est peut-être le 20$ qui était nécessaire pour les sorties, ou pour l’épicerie, quand ce n’est pas pour l’hypothèque. On s’en prend aux plus pauvres et à la classe moyenne pour quoi finalement? Pour pas grand chose, parce que ceux qui ont deux ou trois voitures dans le garage ont amplement les moyens de payer ces péages!

Deuxième stupidité: privatiser la SAQ. La Société des alcools du Québec est une véritable vache à lait, remettant près de 700 millions de $ par année aux Québécois. Une somme investie dans la santé, l’éducation, dans des services aux citoyens dont profitent tous ceux qui ne sont pas assez riches pour se payer une médecine ou une éducation privée. En se privant de cet argent, l’État québécois serait non seulement plus pauvre, mais la population serait également moins bien servie, puisque c’est la force du nombre qui permet à la SAQ de négocier des achats à prix avantageux et d’offrir des vins de qualité non seulement à Montréal, mais jusque dans les petits franchisés dans le fin fond des clins-clins. Essayez pas d’avoir un bon Bordeaux en dehors des grands centres; c’est ce qui attend les amateurs de vin si on privatise la SAQ.

Dans les faits, l’entreprise est un exemple de bonnes gestion et d’appréciation de la part des citoyens; elle est extrêmement rentable pour l’État tout en gérant des ventes responsables et offrant un choix très diversifié. Il n’y a pas de logique rationnelle derrière la proposition des jeunes libéraux; seulement l’aveuglement d’une idéologie dépassée et dangereuse.

Dernière ineptie: l’augmentation des tarifs d’Hydro-Québec. Encore une fois, qui écope? Et oui, la classe moyenne et les plus pauvres! Tiens, le même Monsieur Tout-le-monde à qui on enlève 20$ par semaine en péages, et un autre 10$ en électricité, et encore d’autres frais puisque l’État n’aurait plus les moyens de payer pour certains services sans les redevances de la SAQ… C’est la somme de tous ces petites pierres qui finit par faire un gros sac de roches à porter.

Le gars qui fait 150 000$ par année, ça lui fait quoi de payer 40$ de plus par mois en électricité? Rien. Niet. Mais le travailleur honnête de la classe moyenne, ça le prend encore une fois davantage à la gorge. Les plus pauvres et la classe moyenne qui écopent, voilà la finalité de cette stupidité.

Le gouvernement Charest n’est pas assez idiot pour suivre les recommandations de ces jeunes extrémistes. La classe moyenne est déjà assez soumise à la pression de vingt-cinq années de réformes néolibérales; elle n’a pas besoin de se faire appauvrir davantage par d’autres projets dangereux d’une droite en mal de visibilité.

Ce qui m’inquiète, par contre, c’est de penser que ce sont ces jeunes qui, un jour, seront peut-être à la tête de l’État. Et qui tenteront de nous faire revenir vers l’arrière, à une époque où la classe moyenne n’existait pratiquement pas et où la société était divisée entre une minorité de bien-nantis et une majorité de pauvres.

Et si on regarde vers les États-Unis – le « bel » exemple de cette bande de lunatiques radicaux – on se rend compte que la classe moyenne est effectivement en voie de disparition et que les inégalités sont plus criantes que jamais.

Et c’est cette société dégénérée que veulent nous proposer les jeunes libéraux? Il serait peut-être temps de leur faire passer un test de réalité – un « reality check » comme disent les Canadians.

Et la meilleure façon, qu’on le veuille ou non, est de les éloigner le plus loin possible du pouvoir aux prochaines élections.

Parlons ampoules
4 novembre 2007

Il y avait un dossier sur les ampoules fluocompactes sur Cyberpresse cette semaine. Faut le dire, ces nouvelles ampoules, de petits néons en torsade, sont très populaires, appuyées par de vastes campagnes publicitaires, notamment de la part d’Hydro-Québec. Elles seraient plus écologiques, plus économes, plus durables, plus performantes… Sauf que quand on y regarde de plus près, on voit une autre histoire.

D’abord, elles coûtent cher; souvent près de trois fois le prix d’une ampoule incandescente. Pour ce qui est de parler au porte-feuille des gens, ça commence mal. Sauf qu’elles durent plus longtemps, et on croit donc que le consommateur y sauvera en économisant de l’énergie à long terme. Malheureusement, pour économiser, il faudrait utiliser l’ampoule plus que quelques minutes à la fois (adieu la salle de bain) et il faudrait faire abstraction de son défaut principal, qu’on cherche à nous faire passer pour une qualité: son absence de chaleur.

En effet, on dit souvent qu’une ampoule incandescente « gaspille » 90% de son énergie en chaleur. Une vieille blague affirme que ces ampoules sont de petits gadgets chauffants qui ont comme effet secondaire de produire de la lumière. Le discours ambiant affirme donc que puisque les ampoules fluocompactes ne produisent pour ainsi dire par de chaleur, elles sont donc beaucoup moins énergivores. Mais ce raisonnement est faux, car dans un pays où on chauffe nos maisons près de huit mois sur douze, la chaleur produite par l’ampoule incandescente n’est pas mystérieusement perdue, mais simplement dissipée dans la pièce. Bref, quand on utilise une ampoule incandescente, on sauve un peu d’énergie qui aurait dû être dépensée autrement pour chauffer le logement. De ce côté, on peut donc affirmer que les deux ampoules s’équivalent, ce qui fait paraître encore plus problématique le problème du coût d’achat initial des ces ampoules.

Ensuite, les ampoules fluocompactes comportent du mercure, qui peut se répandre dans la maison quand l’ampoule brise, ou qui se ramasse dans l’environnement d’une façon ou d’une autre. Le mercure est un métal très toxique, même en toute petite quantité. Il est vrai que dans un pays chaud (où la chaleur produite par l’incandescente est effectivement un gaspillage) où l’électricité est produite à partir du charbon, la quantité de mercure libéré par la combustion du charbon pour produire l’énergie d’une ampoule incandescente est supérieure à celle d’une fluocompacte. Mais au Québec, avec notre hydro-électricité, la quantité de mercure est plus élevée lors de l’utilisation d’une fluocompacte.

Mais le mercure n’est pas le seul danger de ces ampoules. Il y aussi le fait qu’elles peuvent surchauffer et leur base peut brûler lorsqu’elles ne sont plus bonnes. Elles émettent ensuite une fumée, qui peut notamment déclencher un système d’alarme et créer une alerte aux pompiers, augmentant encore une fois le coût dérivé de ces luminaires.

Et finalement, soyons honnêtes, leur lumière blanche style « néon d’école primaire » est plutôt déprimante, peu conviviale, et ne permet pas d’utiliser des lampes à gradateur pour se créer une ambiance plus tamisée. Il ne s’agit évidemment que d’un petit inconvénient, pouvant sûrement être surmonté si les fluocompactes disposaient d’avantages écrasants, mais puisqu’elles ne sont pas si miraculeuses, voilà bien une autre raison de s’en passer, surtout quand on connaît leur agressivité « stroboscopique », émettant jusqu’à 60 flashs par seconde, imperceptibles à l’oeil nu mais enregistrés par le cerveau…

D’une certaine façon, les ampoules fluocompactes sont symptomatiques d’une nouvelles classe d’acheteurs voulant faire quelque chose pour l’environnement mais ne disposant pas des bonnes informations ou des bonnes manières pour agir. Ça me fait un peu penser au fantasme – irréaliste – de voitures fonctionnant à l’hydrogène, soi-disant propres, mais où le consommateur « oublierait » que l’électricité nécessaire à produire cet hydrogène (qui est un transmetteur d’énergie hautement négatif; c’est-à-dire qu’il faut beaucoup d’énergie pour que l’hydrogène n’en redonne qu’une petite partie) vient d’une centrale au gaz, au charbon, ou d’autres sources d’énergies polluantes.

Ainsi, c’est un peu une sorte de sous-traitance de la bonne conscience environnementale. On ne voit pas ce qui se fait avant ou après, mais pendant qu’on utilise nos fluocompactes on ne pollue pas. Et peu importe le mercure, peu importe les coûts pour la société, peu importe de quelle façon on produit l’électricité pour les alimenter.

On sauve l’environnement parce qu’on achète vert, mais on oublie qu’un produit soi-disant vert n’a pas toujours été produit vertueusement ni même transporté ou emballé d’une manière écologique. Bref, on se met la tête dans le sable, on sort son porte-feuille, et on croit sauver la planète parce qu’on remplace une forme de pollution par une autre.

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’aime bien mes incandescentes, et je ne suis pas certain que je vais changer de sitôt.

Dumont a raison… puis a tort!
3 octobre 2007

C’était la suite aujourd’hui de la joute orale entre Jean Charest et Mario Dumont, un véritable débat sur l’environnement et l’économie qui laisse le PQ complètement absent du paysage politique.

Quand Dumont affirme qu’il faudrait développer davantage notre hydro-électricité et favoriser les exportations, il a tout à fait raison. Dans un contexte de crise énergétique majeure qui risque de se produire d’ici quelques années, toute forme d’énergie propre et renouvelable jouit d’un immense avantage sur le pétrole.

J’écrivais dans L’indépendance face au pic pétrolier que l’Alberta aura un important avantage sur le Québec grâce à ses larges réserves de pétrole. Dans les conditions actuelles, c’est un fait qui ne peut être démenti. Mais si le Québec se dotait de nouveaux grands projets hydro-électriques lui permettant d’assurer sa sécurité énergétique tout en profitant de la hausse du coût de l’énergie pour pouvoir offrir une électricité à bas prix à ses citoyens tout en se servant des profits pour payer de meilleurs programmes sociaux, on serait évidemment gagnant.

Là où Dumont se trompe, cependant, c’est quand il ne s’oppose pas clairement à la hausse des coûts de l’électricité. Car ce n’est pas à l’ensemble des citoyens, dont les plus pauvres, qui sont les plus touchés, d’avoir à payer pour une électricité plus chère. Le coût de la vie est déjà assez élevé ainsi et il faudrait que le monopole d’État d’Hydro-Québec rapporte aux plus démunis et à la classe moyenne, grâce à une électricité à bas prix pour les Québécois et au prix du marché lors de l’exportation.

Ainsi, et seulement de cette façon, le Québec peut-il tirer son épingle du jeu dans un contexte de raréfication des ressources pétrolières et de hausse dramatique des coûts énergétiques.

Construire de nouveaux barrages, d’accord, mais il faut que ça profite au citoyen lambda, et pas juste à ceux qui ont les moyens de supporter les hausses de frais imposées par Hydro-Québec.

Profiter à tous, pas juste aux argentiers de l’ADQ à la haute finance qui salivent déjà sur les contrats à venir.

Face de mépris
24 mai 2007

Monique Jérôme-Forget était en entrevue à Radio-Canada quand on a appris que le PQ allait voter contre son budget. Voici grosso modo sa réaction:

« S’ils veulent faire tomber le gouvernement, qu’ils le fassent. Mais une élection, ça coûte 72 millions $, et gaspiller 72 millions $ pour une coquetterie, ça fait cher. »

Dans les faits, 1 milliard $ de baisses d’impôts pour les plus riches, quand les besoins sont si criants en santé, en éducation, quand les routes tombent en ruine, ce n’est PAS une coquetterie. Vendre les actifs d’Hydro-Québec pour boucler le budget, ce n’est PAS non plus une coquetterie. Hypothéquer notre avenir pour satisfaire l’appétit des plus nantis, ce n’est PAS une coquetterie. Respecter la volonté des électeurs n’est PAS une coquetterie.

Véritablement, Jérôme-Forget est en train d’établir de nouveaux standards en matière de mépris dans la politique québécoise. Et 72 millions pour se débarrasser d’elle et de ses politiques économiques faites à la va-vite, ce n’est pas si cher payé.

Le PQ prend un gros risque en votant contre le budget, mais si c’est pour nous éviter d’avoir à subir une Margaret Thatcher québécoise, ça vaudra chaque sous jusqu’au dernier. Mépriser à ce point la démocratie et le fonctionnement d’un gouvernement minoritaire, ça ne mérite qu’une seule chose: le congédiement.

Les suiveux
31 mars 2007

Expo 67C’est bizarre comme les gens changent, et les peuples aussi, à leur image. Quand les baby-boomers avaient une vingtaine d’années, le Québec était jeune, original; nous étions les leaders et les autres nous suivaient. Nous imposions nos idées, nous expérimentions. Nous analysions une situation problématique et nous nous demandions: « pouvons-nous faire preuve d’audace pour régler ce problème? ». Et nous sommes sortis de la Grande Noirceur, nous avons lancé le Québec dans la modernité avec des programmes sociaux humanistes, nous avons innovés avec la Baie James, avec l’éducation, avec l’assurance-emploi…

Aujourd’hui, nous sommes une bande de suiveux. Une bande de frileux qui a peur du futur, qui est davantage préoccupée par notre petite personne que par le sort de la société. Nous avons la chienne. Nous ne voulons plus imaginer de nouvelles solutions; nous ne désirons plus tracer le chemin pour les autres en étant créatifs; nous suivons.

Dix ans plus tard, le Québec décide qu’il désire suivre la « révolution du bon sens » à la Mike Harris, même si celle-ci a plongé une grande partie de la population ontarienne dans la pauvreté. Nous avons perdu la capacité d’analyser rationnellement ce qui ne fonctionne pas et nous cherchons plutôt des solutions clef en main. Résultat? Des incohérences.

Pendant que le coût des médicaments augmente de 15% par année, enrichissant des pharmaceutiques croulant déjà sous les profits, la solution rationnelle serait d’encourager les médicaments génériques et d’en produire une partie nous-même. Mais non, nous préférons augmenter les primes et faire payer davantage les gens les plus vulnérables.

L’énergie éolienne produite par le privé coûte environ 50% plus cher que celle qui serait produite par Hydro-Québec. Malgré tout, on décide de suivre le courant et de confier au privé.

L’éducation est la plus grande richesse d’une société et permet d’améliorer le bien-être général d’une population; alors que déjà le décrochage scolaire est une plaie, on décide d’augmenter les frais, ce qui aura comme conséquence de pousser davantage de jeunes à quitter les bancs d’école.

On se plaint que l’État manque d’argent, mais on refuse de taxer les entreprises et on réduit les impôts des plus riches.

Les exemples sont nombreux. Nous sommes des suiveux. Nous avons décidé de suivre le courant de ce qui se fait en Amérique du Nord, et de dépecer l’État au profit du plus offrant en refusant toute solution rationnelle qui pourrait réellement régler les problèmes.

Et comment appelle-t-on un choix soi-disant réfléchi mais qui refuse systématiquement de regarder certaines options? Un choix idéologique.

Nous sommes des suiveux. Mais nous ne sommes pas que ça: nous sommes aussi des lâches qui avons décidé de faire le CHOIX de laisser pourrir la situation en refusant de s’attaquer aux vrais problèmes, préférant les petites chicanes et attaques contre les syndicats et la classe moyenne aux véritables solutions.

Des solutions qui sont souvent un peu plus à gauche et qui demandent du courage politique. Et un minimum d’imagination.