Les dérives de la politique de l’identité
3 avril 2019

Aujourd’hui, on apprenait en grande pompe que la ville de Chicago passait à l’histoire pour avoir élu une femme à la fois noire et homosexuelle.

Ses idées ? Aucune idée. Ses valeurs ? On ne sait pas. Mais elle est noire. Et elle est homosexuelle. Si en plus elle avait été handicapée, ça aurait été le jackpot. C’est une tendance de plus en plus lourde pour la gauche, en Occident, de ne plus considérer une personne en fonction de ses talents ou de ses capacités, mais uniquement en fonction de ses caractéristiques visibles, de son statut perçu de minorité. On se souvient notamment de Justin Trudeau, qui avait choisi d’établir la parité hommes-femmes dans son caucus, en 2015, « parce qu’on est en 2015 » (et tant pis si des hommes plus qualifiés sont mis de côté).

En Europe aussi, on constate ce phénomène , notamment en Allemagne, où Merkel déroule le tapis rouge pour les immigrants. Cette petite vidéo ci-bas est assez éloquente, et pas besoin de parler allemand (ou anglais) pour en comprendre le sens.

Le marxisme social

Il n’y a pas si longtemps, Martin Luther King proclamait son rêve d’une société où les gens ne seraient pas jugés en fonction de la couleur de leur peau, mais plutôt de leur caractère. Que s’est-il passé pour qu’en un demi-siècle tout se soit ainsi inversé et qu’on ne se gêne même plus pour instaurer des quotas de minorités visibles ou qu’on célèbre la réussite non pas d’une personne aux idées de qualité, mais aux seules caractéristiques d’être une double minorité en politique ?

Le marxisme social est à blâmer selon moi. Le marxisme, d’un point de vue économique, a été un tel échec dans la dernière partie du vingtième siècle, qu’il n’était plus possible de le prôner sans risquer le ridicule ou l’opprobre public. Par contre, socialement, l’idée marxiste n’a pas encore été poussée jusqu’à sa finalité ultime : la transformation d’une société d’individus en une société purement de groupes ou de classes.

En d’autres mots : le marxisme social ne considère pas que le citoyen lambda est un individu blanc hétérosexuel ayant à vivre une vie riche et diverse, mais plutôt que Jean fait partie d’un groupe privilégié et donc qu’il s’agit de son identité et doit être considéré comme tel. À l’inverse, un autre citoyen n’a pas à développer ses propres compétences personnelles, ou sa résilience, s’il est noir et homosexuel, et donc une minorité éternellement opprimée. L’individu n’existe plus ; seule la classe a droit de cité.

En URSS, on a constaté la même logique d’un point de vue économique, alors que les Koulaks, ces paysans prospères dans l’ancien régime, ont été violentés, tués et déportés au Goulag pour la seule raison qu’ils faisaient partie d’une classe particulière. Ils ont ensuite été remplacés par une agriculture collectiviste de moindre qualité et ayant contribué aux nombreuses famines soviétiques.

Reconquérir l’individu

La seule manière de mettre fin à cette folie consiste à redécouvrir, voire à reconquérir le rôle de l’individu, libre, qui constitue le fondement de nos sociétés occidentales.

Un homme, une femme, ne sont pas simplement des produits de rapports de force sociaux les faisant appartenir à une classe qui opprime ou qui est opprimée. Chaque individu est unique et a le droit, malgré ses caractéristiques propres, d’être considéré pour ses qualités et ses défauts qui lui sont particuliers.

Signe des temps : voilà une idée dont il est de plus en plus risqué de parler en public…

Les Fils de la poubelle
10 novembre 2011

Quand on pense aux radio-poubelles, on pense spontanément à la ville de Québec et à une certaine droite populiste sans classe qui y sévit depuis plusieurs années. Pourtant, ce genre de radio existe à Montréal, sur Internet, dans l’indifférence la plus totale. Ainsi en est-il d’un obscur groupuscule de pseudo-militants indépendantistes qui pollue la toile avec des propos homophobes, sexistes, discriminatoires et haineux. J’ai nommé les « Fils de la liberté ».



Source de l’image

Derrière ce nom pompeux, affublé d’un sous-titre tout aussi prétentieux – « La réponse à 1984 est 1837! », comme si le simple fait de juxtaposer le célèbre livre d’Orwell avec la rébellion patriote pouvait prouver quoi que ce soit sinon le manque total de culture historique de ceux qui ont eu cette idée bizarre – se cachent Jean-Philippe Décarie-Mathieu, Simon Thouin, Fred Pageau, Mathieu Duchesne, Christian Bergevin et André Forget.

Dans leur émission de la semaine dernière, ils s’en sont d’abord pris aux homosexuels: « Si tu veux vraiment voir de quoi ça a l’air 100 000 personnes, va-t-en à la parade des tapettes » (4:24). Ils ont également parlé de la Grèce comme ayant seulement réussi à produire « Nana Mouskouri, les Jeux olympiques et la sodomie » (15:50). Finalement – et le pire de tout – ils ont parlé de Françoise David (vers 5:30), la cheffe de Québec Solidaire, de la manière la plus dégradante qui soit:

Pour promouvoir son prochain livre, euh, de rage et de tampons, euh, de frustration et de lesbianisme… euh c’est pas témoignage d’une femme fontaine… aaaahhh merci… la fontaine est tarie depuis très longtemps, c’est à sec… (*rires*) … c’est comme du papier sablé. […] Je pensais qu’il y avait un porte-parole homme et femme à Québec Solidaire je vois juste deux hommes.

L’homosexualité et l’apparence physique. Peut-on croire, en 2011, qu’on en soit encore rendu là? Mes lecteurs – qui sont fort heureusement beaucoup plus nombreux que ceux qui suivent les péripéties de ces adeptes de la radiophonie de fond d’égout – savent que je critique parfois des personnes, ou des groupes. Je le fais à propos de leurs idées ou de leurs gestes; c’est-à-dire à propos de ce qui peut se changer.

Il y a en effet une forte nuance à apporter entre la critique de l’essence d’un individu et celle de ses idées ou de ses comportements. Ainsi, lorsque ces individus – dont l’un crache son fiel du fond du placard (de source sûre) – s’attaquent aux homosexuels ou à la féminité de Françoise David, ils s’en prennent à l’essence, à des choses qui ne peuvent pas être changées. C’est l’équivalent le plus clair et net du racisme; dire qu’on déteste un Noir, par exemple, est méprisable parce qu’un individu ne choisit pas la couleur de sa peau. De la même manière, personne ne choisit d’être homosexuel ou d’avoir l’air plus ou moins viril.

Ce qui est le plus triste, c’est que les auteurs de cette émission présentent des thèmes avec une prétention intellectuelle. Je dis « prétention », bien évidemment, car les sujets ne sont traités qu’en surface et avec la subtilité d’un camion de quarante pieds dans une ruelle. Quand on écoute une radio-poubelle de Québec, on s’attend à du ridicule, à des niaiseries, à du langage prépubère; ils ne se prennent pas au sérieux. Dans le cas de cette bande au discours haineux, on ajoute l’intellect au misérable; une belle crotte sur laquelle on étend de la crème fouettée.

Je ne sais pas si Françoise David portera plainte contre ces gens. Elle devrait. Bien sûr, certains pourraient être tentés de dire que ce ne sont que des imbéciles à l’homosexualité refoulée ou des pseudo-révolutionnaires de salon à l’égo aussi gros que leur insignifiance, mais il serait dangereux, collectivement, de ne pas réagir quand on entend de tels propos.

Si on laisse passer de telles aberrations, que laissera-t-on passer la prochaine fois? Il arrive un moment où, collectivement, on doit mettre son pied à terre et se faire respecter. L’intimidation, qu’elle vienne du RRQ, des « Fils de la liberté » ou d’un quelconque autre mouvement pseudo-révolutionnaire, n’a pas sa place.

De la division?

Je devine déjà les haut-cris d’une minorité qui affirme que ce serait encore favoriser la division que de s’en prendre les uns aux autres entre indépendantistes. Non, ce ne serait pas le cas. Le mouvement indépendantiste est un beau et un grand mouvement, mais il y a plusieurs pommes pourries qui le gangrènent.

Dans un article précédent, par exemple, j’ai expliqué – et prouvé à l’aide de copies d’écran – de quelle manière Carl Contant, chef de section du RRQ dans Lanaudière, a tout fait pour empêcher une manifestation pour la Loi 101. Ici, je pourrais également parler d’un des animateurs des Fils de la liberté, Mathieu Duchesne, qui m’a intimidé en me disant qu’il se demandait pourquoi j’étais encore en vie et que je devrais me cacher. On pourrait également parler de Jean-Philippe Décarie-Mathieu – un autre des Fils de la liberté – qui a insulté gratuitement le militant Jason Keays. La liste est longue. La question à se poser est la suivante: jusqu’à quel point doit-on se pincer le nez pour oublier l’existence de ces individus qui se servent de la cause pour se donner une estime d’eux-mêmes qu’ils n’auraient pas autrement?

J’ai rencontré une très bonne personne dernièrement. Un militant, un vrai. Actif, il a occupé un poste important au RRQ, il a organisé une manifestation contre l’exploitation du gaz de schiste, il a coorganisé deux manifestations pour une Loi 101 plus forte, il a été de tous les combats pour la langue. Dernièrement, il m’a annoncé qu’il cessait de militer. Pourquoi? À cause de tous ces gens. À cause de l’intimidation. À cause de membres de son ancienne organisation qui lui cherchent noise et parce qu’il en a assez de ces pommes pourries.

Voilà le vrai prix du silence. Quand on refuse de réagir face à l’intimidation, quand on laisse des gens faire ce qu’ils veulent et qu’on n’agit pas sous prétexte qu’ils sont une minorité, on finit par toucher à la force vitale des vrais militants et on décourage ceux qui auraient envie de s’impliquer dans ce mouvement.


Ajout: Les Fils de la poubelle on affirmé que leur site serait plus populaire que le mien à cause qu’il serait en meilleure position sur le site Alexa; mais ils ont « oublié » de souligner que la réputation du mien est près de deux fois supérieure à la leur, c’est-à-dire qu’il y a beaucoup plus de liens entrants vers le mien, et des liens de qualité, que vers le leur. Enfin, bref, nul besoin de faire un concours de popularité; il est facile d’attirer beaucoup de paranoïaques avec des mots clefs comme « Rothschild » et autres. Le fait est que leur site web est peu visité, beaucoup moins que celui-ci, et que ça n’invalide pas ma dénonciation de leur homophobie et de leurs commentaires haineux à l’encontre de Françoise David.

La parade… des voyeurs
28 mai 2007

Avez-vous déjà assisté au défilé de la Fierté Gaie? Moi non plus. Oh, ce n’est pas que je sois intolérant, loin de là; je n’ai juste jamais compris le sens de voir une bande d’à-moitié habillés se déhancher et le soi-disant impact sur la tolérance de la société en général d’une telle foire. Faut dire, ici, à Montréal, l’homosexualité n’est plus vraiment controversée et semble généralement bien acceptée. Ce n’est pas ainsi partout.

En effet, la Fierté Gaie moscovite a littéralement été prise d’assaut par une extrême-droite déchaînée, avec l’appui implicite de la police qui n’a rien fait pour défendre la loi. Pourtant, on était loin là-bas du niveau d’hyper-sexualisation atteint parfois dans nos parades nord-américaines, qui auraient pu choquer une société moins habituée à l’homosexualité.

Au contraire, il s’agissait d’une parade principalement politique, sobre, revendicatrice, très peu offensante. De simples citoyens – ayant la particularité d’être homosexuels – qui marchaient dans la rue pour afficher leur différence et essayer de faire avancer l’acceptation de leur identité. Il n’y avait pas vraiment de monokini jaune fluo, de boucles de métal sur les mamelons, de travestis en froufrou; juste des gens ordinaires aux revendications assez ordinaires.

Mais ce qui est le plus choquant, ce n’est pas le message de cette extrême-droite qui a violenté les participants de ce défilé. Ce ne sont pas ces idiots qui ont frappé au visage des innocents au nom de Dieu ou qui ont affirmé vouloir protéger leur pays de cette « marche satanique ». Non, non. Ce qui est véritablement intolérable, c’est… nous!

Évidemment, nous n’étions pas sur place physiquement, mais nos yeux y étaient, via les dizaines et dizaines de caméras braquées sur la parade. Et que faisions-nous sur place? Nous observions. Ou plus précisément, nous ne faisions rien. Nos yeux étaient braqués via les caméras de dizaines de journalistes stoïques devant l’agression, immobiles.

Regardez le vidéo ci-bas: des gens se font agresser en pleine rue. Les caméras tournent, observent. Un homme reçoit un coup de poing à la figure; les caméras continuent de tourner, d’observer. Y a personne qui lâche son objectif pour prendre la défense de celui qui se fait frapper. Non, non, car l’important c’est de filmer pour nous, chers Occidentaux voyeurs à la recherche de sang, de violence, d’intolérance.

Combien y en a-t-il ici qui rêvent secrètement de faire du « tape tapette »? Qui haïssent en silence les homosexuels et qui derrière leurs discours à l’apparence ouverts se régalent de scènes comme celles-ci? Car on aurait tort de penser que l’homophobie n’existe qu’en Russie.

Non, ici nous ne sommes plus homophobes. Mais nous sommes des voyeurs, et c’est par procuration que nous attaquons les « tapettes » et c’est bien assis dans notre fauteuil que nous jugeons ceux qui sont différents.

Que ce soient les homosexuels, ou les Russes qui les oppriment.

Toujours notre regard. Toujours de haut. Car nous sommes tellement meilleurs qu’eux. Nous voyons tout, nous ne faisons rien, mais nous sommes les meilleurs. Nous sommes partout.

Mais responsables de rien.